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Chapitre 2 - La quête de la sagesse et la délivrance du mal - 1ère partie

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Introduction : Ce qui est exigé de l'homme pour acquérir la sagesse

Le deuxième chapitre des Mishlé est un chapitre de conditions : le roi Salomon y détaille ce que l'homme doit accomplir de son côté - écouter, incliner son cœur, appeler, demander et chercher - et, en contrepartie, ce qu'il méritera de recevoir : la compréhension de la crainte d'Hachem et la connaissance divine. Nous suivrons l'explication du Malbim qui, fidèle à sa méthode, scrute chaque terme avec rigueur : quelle différence y a-t-il entre les paroles (amarim) et les commandements (mitsvot), entre la sagesse (hokhma) et le discernement (tevouna), entre bina et tevouna, et entre la demande et la recherche ? À travers ces nuances se dessine un tableau complet de la voie d'acquisition de la Torah.

Mes paroles et mes commandements - Deux dimensions dans la Torah
בְּנִי אִם־תִּקַּח אֲמָרָי וּמִצְוֺתַי תִּצְפֹּן אִתָּךְ׃ - Mon fils, si tu accueilles mes paroles, et si tu préserves auprès de toi mes commandements.

Le Malbim distingue celui qui « énonce une parole » (omer) de celui qui « ordonne » (metsavé). Celui qui ordonne contraint le destinataire à respecter ses paroles : le maître ordonne à son serviteur, le père à son fils, le commandant à son subordonné. La formule « je te l'ai ordonné » ne laisse aucun choix. En revanche, l'énonciation relève du « je te l'ai dit » - un homme s'adresse à son semblable, sans aucune contrainte.

Dans la sainte Torah, il existe deux registres. Il y a d'une part les mitsvot, que l'homme a le devoir impératif d'accomplir, et à leur sujet il est dit : « et si tu préserves auprès de toi mes commandements » - cette préservation consiste à les garder en mémoire en permanence sans jamais les oublier, à les enfouir dans son cœur, comme il est dit : « afin que vous vous souveniez et accomplissiez tous Mes commandements ». D'autre part, la Torah renferme des « paroles » (amarim) - ce sont les enseignements de moussar, les croyances et les conceptions fondamentales, que l'homme doit recevoir et faire siennes de plein gré.

C'est pourquoi le verset commence par : « si tu accueilles mes paroles » - l'expression d'accueil (lekikha) s'applique précisément au moussar, que l'homme adopte de sa propre volonté ; tandis qu'au sujet des commandements, ce terme n'est pas employé, mais plutôt « et si tu préserves auprès de toi mes commandements », car ils relèvent de l'obligation et de l'ordre, et non de son bon vouloir. Certes, il existe un verset disant « le sage de cœur accueillera les mitsvot », mais il s'agit d'un cas exceptionnel que le Malbim expliquera en son lieu.

La Hokhma par l'oreille, la Tevouna par le cœur
לְהַקְשִׁיב לַחׇכְמָה אׇזְנֶךָ תַּטֶּה לִבְּךָ לַתְּבוּנָה׃ - Pour prêter ton oreille à la sagesse, et incliner ton cœur vers le discernement.

Nous avons déjà expliqué que la Hokhma (sagesse) concerne les domaines qualifiés de « bien » et de « mal » : la cruauté opposée à la miséricorde, l'avarice opposée à la générosité, la sérénité opposée au stress et à l'agitation, etc. La Bina (discernement), en revanche, traite des croyances et des idées fondamentales, qui relèvent du « vrai » et du « faux ». Le Saint, béni soit-Il, est-Il Un ? Si vous répondez « Un », c'est la vérité ; si vous dites « deux », c'est un mensonge. On ne peut pas dire : « deux, c'est mal ». Mais si un homme est cruel, on peut affirmer : « c'est mal », et s'il est compatissant : « c'est bien ».

Nous avons également développé le fait que l'homme ne peut pas déduire de lui-même les lois de la Hokhma, car il est impossible qu'un individu détermine de son propre chef où il convient d'être impitoyable et où il faut faire preuve de miséricorde. Vous estimez qu'il faut avoir pitié d'un tel, alors que votre voisin pense qu'au contraire, dans ce cas précis, il faut se montrer intransigeant - qui tranchera ? Le seul moyen de connaître la véritable sagesse est la sainte Torah. Elle offre une orientation rigoureuse sur la conduite à adopter dans les domaines touchant au bien et au mal. Et pourquoi est-ce elle qui fait autorité ? Parce qu'il s'agit de la sagesse divine. Si Hachem vous dit qu'une chose est bonne, c'est la voie que vous devez emprunter ; et s'Il vous dit qu'elle est mauvaise, c'est la voie dont vous devez vous écarter. C'est pourquoi la sagesse ne s'apprend qu'auprès des prophètes et des Sages, à partir de la Torah.

Tel est le sens de « pour prêter ton oreille à la sagesse ». Vous voulez la sagesse ? Vous devez la recevoir d'autrui. Nous avons bien vu ce qui se produit lorsque l'homme décide de son propre chef : les Allemands ont décidé par eux-mêmes que leur cruauté constituait en réalité un acte de miséricorde envers le monde entier, massacrant et assassinant des millions d'êtres humains. Pour connaître la sagesse, il est impératif d'écouter - écouter celui qui est sage, et dont la sagesse découle de la Torah, des prophètes et de Moshé Rabbénou, qui la transmet de la bouche même d'Hachem.

D'un autre côté, la Tevouna n'entre pas dans la catégorie de la 'Hokhma, mais relève de ce que l'homme comprend par lui-même, comparant un élément à un autre et tirant des conclusions de la sagesse de son cœur. C'est pourquoi il est dit à son sujet : « Tu inclineras ton cœur vers la Tevouna » - elle ne requiert pas l'écoute de l'oreille, car elle ne provient pas de l'extérieur, mais l'inclinaison du cœur, car c'est là que réside la Tevouna.

À la Bina tu feras appel, vers la Tevouna tu élèveras la voix
כִּי אִם לַבִּינָה תִקְרָא לַתְּבוּנָה תִּתֵּן קוֹלֶךָ׃ - Car si tu appelles la Bina, et vers la Tevouna tu donnes de la voix.

Tout le monde connaît l'expression « si tu appelles la Bina », mais il faut préciser qu'il ne s'agit pas ici d'un simple « si » de condition : « car si tu appelles la Bina ». La Bina réside dans le fait d'observer, de déduire une chose à partir d'une autre et d'approfondir. C'est comparable à une personne qui voit un mécanisme et cherche à comprendre son fonctionnement : elle observe et remarque une roue dentée qui en entraîne une autre, transmettant la force, jusqu'à parvenir à la compréhension. C'est le sens de « tu appelleras la Bina » - tu l'appelles et l'invites à toi, c'est-à-dire que tu examines la chose et l'observes afin d'en saisir la raison d'être.

En revanche, la Tevouna, explique le Malbim, est l'intelligence globale qui englobe l'ensemble des choses. Comprendre la sagesse générale qui sous-tend la création du monde est hors de portée de l'homme, bien trop lointain pour être atteint. Par l'observation et la réflexion, on peut saisir des détails, des parties du réel, mais comprendre la chose dans sa globalité constitue un degré de perception trop élevé. C'est comme une personne qui examine un vaisseau spatial : elle peut comprendre le rôle de tel élément - fournir de l'oxygène - et le rôle de tel autre ; mais percevoir l'harmonie, la cohérence du tout, relève de la Tevouna, et cela dépasse sa portée. La Bina est locale : comprendre comment pousse cette plante. Mais appréhender la conduite générale du monde est extrêmement difficile d'accès pour l'homme.

C'est pourquoi il est dit : « à la Bina tu feras appel », car vers la Bina on peut appeler d'une voix ordinaire puisqu'elle reste accessible ; mais « vers la Tevouna tu donneras de la voix » - donner de la voix, c'est s'adresser à quelqu'un qui se trouve au loin, que l'on interpelle à distance. La Tevouna est éloignée de la portée de l'esprit humain, et il est très difficile d'y pénétrer convenablement ; c'est pourquoi l'homme ne peut que donner de la voix au loin.

Comme l'argent et comme des trésors cachés
אִם־תְּבַקְשֶׁנָּה כַכָּסֶף וְכַמַּטְמוֹנִים תַּחְפְּשֶׂנָּה׃ - Si tu la recherches comme l'argent, et si tu la scrutes comme des trésors cachés.

L'argent, l'homme le « recherche » - c'est-à-dire qu'il cherche à l'acquérir par le commerce : il négocie ou produit quelque chose de ses mains, et obtient ainsi de l'argent. Les trésors cachés, en revanche, ne s'obtiennent pas par le travail régulier, mais par la prospection : ils sont enfouis dans les profondeurs de la terre, dans les abîmes de la mer, au sein d'une épave engloutie il y a des siècles avec ses richesses antiques. Les trésors doivent être cherchés dans des lieux dissimulés.

Qu'est-ce donc que rechercher la sagesse comme l'argent ? C'est lorsqu'un homme est prêt, pour ainsi dire, à consacrer tous ses biens pour acquérir la sagesse, et qu'il y aspire comme l'on aspire à l'argent tout au long de sa vie. Au lieu de courir après les richesses, délaisser toutes les préoccupations matérielles pour courir après la sainte Torah.

Et « comme des trésors cachés tu la chercheras » - cela désigne l'effort soutenu. Les trésors ne traînent pas au sol. Il existe des entreprises entières dont l'unique mission est de retrouver des trésors : on sait par l'histoire qu'un navire chargé d'or et d'argent a coulé dans telle région, on dépêche des plongeurs et des bateaux, on installe des grues, on explore - ce n'est pas simple et cela prend du temps avant d'atteindre ces fortunes. Il en va de même pour celui qui peine sur les paroles de sagesse : la sagesse est là, mais il s'efforce de comprendre, le sujet ne lui paraît pas limpide, alors il reprend les Tossafot, réexamine la Guémara, scrute ici et là, car un trésor est enfoui et il doit le chercher comme on cherche un trésor caché.

Le Malbim souligne que la fouille minutieuse surpasse la simple recherche. « J'ai cherché l'objet dans la maison » indique un regard d'ensemble ; « j'ai fouillé » signifie que j'ai remué chaque pierre. La recherche correspond à l'argent, mais pour approfondir la Torah et atteindre la profondeur de ses secrets, il faut « tu la chercheras », avec l'acharnement de celui qui prospecte un trésor.

Le saint Ari fut interrogé par Rabbi 'Haïm Vital sur la manière dont il était parvenu à de si hauts niveaux de perception, à une telle puissance dans la Torah qu'on ne saurait ni mesurer ni décrire. Il lui répondit deux choses : premièrement, qu'il étudiait toujours avec joie ; deuxièmement, que sur un seul passage du Zohar, il pouvait passer une semaine ou deux, à l'examiner et à l'approfondir jusqu'à le saisir pleinement. « Je me noircissais les dents sur chaque passage du saint Zohar » - un véritable don de soi (*messirout néfech*). C'est précisément le sens de « Si tu la cherches comme des trésors cachés » : une quête sans relâche pour faire émerger ce qui est enfoui au cœur de la Torah.

Alors tu comprendras la crainte de l'Éternel
אָז תָּבִין יִרְאַת יְהֹוָה וְדַעַת אֱלֹהִים תִּמְצָא׃ - Alors tu comprendras la crainte de l'Éternel, et tu trouveras la connaissance de Dieu.

Nous avons déjà vu que « Le commencement de la sagesse est la crainte de l'Éternel ». Nous avons expliqué que les principes de la sagesse ne reposent sur aucune démonstration rationnelle - on ne peut pas prouver de façon logique où il convient de se montrer sévère et où il faut être miséricordieux. De plus, ils s'opposent directement aux penchants du cœur : mes envies me poussent dans une direction, mais les lois de la conscience et de la sagesse affirment que ce n'est ni digne ni convenable. J'ai envie d'ignorer autrui, mais les lois de la sagesse m'ordonnent d'avoir pitié et de lui faire du bien. J'ai envie de poursuivre mon chemin comme si je n'avais rien vu, mais les lois de la sagesse m'enjoignent : « Tu ne pourras pas te dérober », « Tu l'aideras à décharger », « Tu lui ouvriras ta main ». Naturellement, les lois de la sagesse s'opposent au cœur, car le cœur humain est semblable à un ânon sauvage qui veut agir à sa guise, et les lois de la sagesse viennent lui faire obstacle.

Dès lors, dans le cœur de qui les lois de la sagesse peuvent-elles s'enraciner, en l'absence de preuves logiques ? Grâce à la crainte de Dieu. Lorsque la crainte de Dieu m'habite, je sais que tout ce qui est consigné dans la Torah émane directement du Tout-Puissant, de la bouche de D.ieu béni soit-Il ; c'est ce qui m'empêche d'ignorer le pauvre et le démuni, et ce qui me pousse à aller vers lui pour l'aider. C'est la crainte qui m'amène à me comporter selon les lois de la sagesse. En revanche, si l'on s'en remettait au seul intellect, l'homme dirait : rien ne prouve qu'ici il faille faire preuve de compassion et là d'intransigeance. Avez-vous déjà vu un avare reconnaître qu'il l'est ? Il vous soutiendra que ce sont les autres qui sont dépensiers et ne savent pas gérer leur vie, tandis que lui seul sait avancer et vivre convenablement. Comment lui prouver ce qui est juste et ce qui ne l'est pas ? Qui en décide ? Quelle est la norme ? La sainte Torah. S'il y a la crainte du Ciel, quelqu'un vous guide avec sagesse ; en l'absence de crainte du Ciel, nul ne vous guide avec sagesse.

C'est pourquoi il est dit : « Alors tu comprendras la crainte de l'Éternel » - c'est par la crainte que tu accèderas à la sagesse, et les principes de la sagesse dépourvus de démonstration rationnelle deviendront pour toi une seconde nature. Parce que j'ai la crainte de D.ieu, j'adhère à tout ce qui est écrit dans la Torah et je l'accepte pleinement, sans chercher de preuves : la chose m'apparaît claire comme le jour. Interrogez n'importe quel homme fidèle aux mitsvot sur la cruauté et la miséricorde, l'orgueil et l'humilité ou les traits de caractère, et il vous répondra que ces notions sont évidentes, telles des vérités premières : ici l'on fait preuve de miséricorde, là c'est interdit, et quiconque se montre miséricordieux envers les cruels finira par être cruel envers les miséricordieux. D'où cela provient-il ? De ce que la sagesse est devenue une évidence première pour celui qui craint le Ciel, car il accepte la Torah comme une vérité absolue ; et si la Torah est absolue, ce qu'elle enseigne est l'authentique vérité, au point que son esprit s'ajuste entièrement à elle.

Tel est l'ordre des choses : si tu recherches et fouilles comme nous l'avons expliqué, et que la foi t'anime, tu mériteras de comprendre la crainte de l'Éternel. Un homme éloigné de la Torah te dira : « Qui l'a décrété ? Quel mal y a-t-il à s'enorgueillir ? Je dis à tout le monde qui je suis, pour qu'on me connaisse ! » Dis-lui qu'il s'agit d'orgueil et que l'orgueil est méprisable, il demandera encore en quoi c'est répréhensible. En revanche, celui qui a étudié et qui possède la crainte du Ciel sait pertinemment que l'orgueil est abject, méprisable et vil. D'où lui vient cette certitude ? En vertu de ce principe : « Alors tu comprendras la crainte de l'Éternel » - la sagesse indémontrable rationnellement est devenue pour lui évidente et limpide, telle une notion première, par la force même de la crainte.

« Et tu trouveras la connaissance de Dieu » - ce sont là les connaissances sublimes touchant au Divin : l'Œuvre de la Création (*Maassé Beréchit*), l'Œuvre du Char céleste (*Maassé Merkava*), tous ces enseignements ésotériques que l'on ne transmet qu'à un sage capable de comprendre par lui-même. Eux aussi, tu pourras les découvrir et les appréhender. En d'autres termes, lorsque tu parviendras à la crainte de l'Éternel et que tu étudieras la Torah en la recherchant comme l'argent et en la fouillant comme des trésors cachés, non seulement tu saisiras la Torah révélée comme une évidence première, mais le Saint, béni soit-Il, te révélera aussi ce qui est enfoui et dissimulé auprès de Lui : les secrets de la Torah, les mystères d'en haut et d'en bas, et toutes les profondeurs cachées.

Car c'est l'Éternel qui donne la sagesse
כִּי־יְהֹוָה יִתֵּן חׇכְמָה מִפִּיו דַּעַת וּתְבוּנָה׃ - Car c'est l'Éternel qui donne la sagesse ; de Sa bouche sortent la connaissance et le discernement.

Après avoir expliqué que l'homme ne peut concevoir de lui-même les principes de la sagesse mais doit nécessairement les recevoir d'une source extérieure - de la Torah, des prophètes et de l'enseignement des Sages - et que plus il la recherchera comme de l'argent et des trésors, plus il méritera de l'acquérir, le verset vient ajouter qu'il existe également une perception surnaturelle : « et tu trouveras la connaissance de Dieu », signifiant que le Saint, béni soit-Il, lui dévoile les secrets de la Torah.

C'est ce que nous avons constaté chez notre père Avraham, dont les deux reins étaient semblables à deux sources jaillissantes et qui accomplit la Torah avant même qu'elle ne fût donnée. La sagesse lui fut accordée tel un don, au point qu'il parvint à la saisir par lui-même. En effet, la sagesse doit être reçue, et la Torah n'avait pas encore été donnée ; mais le Saint, béni soit-Il, avait pour ainsi dire implanté Sa propre connaissance en lui, lui permettant de méditer et d'appréhender la Torah. « Car c'est l'Éternel qui donne la sagesse » : de qui provient la sagesse ? De D.ieu béni soit-Il. Par conséquent, même si tu ne possèdes pas encore la Torah, si tu t'attaches à la Source, à l'Éternel béni soit-Il, et que la crainte de D.ieu est en toi, tu atteindras également la sagesse.

« De Sa bouche procèdent la connaissance et le discernement » (Mifiv da'at outvouna). Or, nous avons dit que l'homme peut acquérir par lui-même la connaissance (da'at) et le discernement (tevouna). La « da'at » désigne les choses que l'homme sait d'un savoir clair, les lois et les principes immuables : qu'à cent degrés l'eau entre en ébullition, que la loi de la gravité fait tomber chaque objet vers le bas, et ainsi de suite - des principes constants, gravés et compréhensibles par l'intellect. Et la « tevouna », c'est ce que l'homme déduit par la force de son esprit : après avoir assimilé les principes fondamentaux, il réfléchit et en tire des déductions. Ce sont là deux dimensions que l'homme est effectivement capable d'atteindre par lui-même, par la réflexion, à la différence de la sagesse (hokhma) que, même abandonné sur une île déserte, il ne pourrait jamais découvrir de son propre chef.

Mais le verset vient nous enseigner : sache que la connaissance et le discernement que tu acquiers seul sont partiels et imparfaits, ils ne sont pas complets. Pourquoi ? C'est comparable à un homme qui souhaite analyser la composition d'un verre. Deux possibilités s'offrent à lui. La première consiste à contacter l'usine pour demander des précisions, et l'usine lui enverra une description exacte des matériaux qui le composent. La seconde consiste à apporter le verre dans un laboratoire, à le plonger dans des solvants, à observer la dissolution des différents composants, jusqu'à en déduire sa composition. La seconde conclusion sera-t-elle identique à cent pour cent à la première ? Pas nécessairement. Dans le premier cas, on dispose de la liste établie par le concepteur même ; dans le second, on a testé et cherché, mais il se peut que certains composants soient présents en doses infimes et aient échappé à l'analyse.

C'est toute la différence entre appréhender une chose de la cause vers la conséquence (de l'amont vers l'aval, « min hamoukdam el hame'oukhar ») ou de la conséquence vers la cause (« min hame'oukhar el hamoukdam »), comme nous l'avions déjà évoqué lors de l'étude du livre de Job (Iyov). La véritable sagesse consiste à appréhender la chose de la cause vers l'effet - la connaître à sa source, savoir comment elle a été constituée. Quant à la démarche inférieure et moins parfaite, elle va de l'effet vers la cause : après avoir constaté un résultat, on tente de comprendre son origine et ce qui l'a provoqué. C'est plus ardu, moins parfait, et les résultats ne sont jamais aussi certains que pour celui qui a examiné les choses à leur racine même.

C'est pourquoi le verset affirme : « De Sa bouche procèdent la connaissance et le discernement ». Si l'on bénéficie d'une aide divine, si l'on parvient à « trouver la connaissance de D.ieu » et à « comprendre la crainte de l'Éternel » - tout d'abord, Hachem nous accorde la sagesse que l'on ne saurait atteindre seul ; de surcroît, on reçoit également la connaissance et le discernement directement de Sa bouche. En effet, la connaissance et le discernement que l'on acquiert par soi-même restent incomplets, car on les découvre des conséquences vers les causes ; mais si l'on s'attache au Divin, on mérite de les appréhender de la cause vers l'effet - on saisit les choses à leur racine, et c'est à partir de là que l'on en comprend tous les aboutissements.

La pièce dans la tombe - Une perception à la racine

On raconte que des gens vinrent interroger Rabbi Zousha : un Juif craignant D.ieu avait été enterré quelques jours plus tôt, et il apparaissait à plusieurs reprises en rêve pour leur ordonner de pratiquer l'idolâtrie, sans que personne ne comprenne le sens d'un tel songe. Il leur dit : « Ouvrez sa tombe ; sans doute une pièce de monnaie appartenant à l'un des fossoyeurs est-elle tombée à l'intérieur lors de l'inhumation, et leurs pièces portent une croix. Cette idolâtrie se trouve là, dans la tombe, et le tourmente, c'est pourquoi il vous apparaît en rêve. » C'est exactement ce qui s'était passé : ils ouvrirent la tombe, découvrirent la pièce, la retirèrent et refermèrent la sépulture - et les songes cessèrent aussitôt.

On rapporta cet épisode au Gaon de Vilna. Il déclara : « Qu'y a-t-il d'extraordinaire là-dedans ? C'est un passage explicite du Talmud de Jérusalem (Yerouchalmi), c'est écrit tel quel là-bas. » Il ajouta toutefois que ce qui l'étonnait, c'était qu'un maître 'hassidique connaisse le Yerouchalmi. En effet, les 'Hassidim étaient souvent perçus comme se consacrant principalement aux ouvrages de 'Hassidout, de Moussar et de piété, et moins comme des érudits universels dans l'étude de la Torah - ce qui n'était d'ailleurs pas tout à fait exact, car il y avait parmi eux non seulement des Tsaddikim, mais aussi de prodigieux érudits maîtrisant la Torah tout entière.

On vint rapporter à Rabbi Zousha les propos du Gaon de Vilna. Il répondit : « En vérité, je n'ai pas étudié ce Yerouchalmi et je ne l'ai pas lu là-bas. Mais je l'ai vu à la source même où le Yerouchalmi l'a puisé. Toi, tu l'as vu parce que tu as étudié le Yerouchalmi, et moi, j'ai appréhendé la chose à sa racine - à l'endroit même d'où le Yerouchalmi l'a tirée. » Nous retrouvons ici ces deux approches : il y a la perception des choses à leur racine, et il y a leur compréhension après qu'elles sont descendues et se sont déployées dans ce monde, lorsque l'on tente de déduire la réalité à partir des effets visibles. C'est précisément le sens du verset : si tu la cherches comme l'argent et la poursuis comme un trésor, tu mériteras que « de Sa bouche procèdent la connaissance et le discernement » - la connaissance et le discernement que tu atteins par ton intellect, tu les recevras directement de la Source, et le savoir en devient infiniment plus clair.

En conclusion :

Ce chapitre nous enseigne une progression complète. Dans la Torah, il existe des « paroles » (amarim) - les enseignements de morale et de foi qu'il faut intégrer et accueillir dans son cœur -, et il existe des « mitsvot », des devoirs impératifs qu'il faut préserver précieusement sans jamais les oublier. La sagesse (hokhma), qui définit le bien et le mal, ne peut être inventée par l'esprit humain, d'où l'injonction : « prête ton oreille à la sagesse » - transmise par la Torah, les Prophètes et les Sages ; quant au discernement (tevouna), issu de l'intériorité, « incline ton cœur ». À la compréhension ponctuelle (bina), on peut faire appel d'une voix ordinaire, mais pour le discernement global (tevouna), il faut élever la voix de loin. Et tout cela repose sur une condition essentielle : « Si tu la cherches comme de l'argent et la scrutes comme des trésors cachés » - éprouver pour la Torah le même désir ardent qu'un homme ressent pour l'argent, et s'y investir avec acharnement comme celui qui cherche un trésor, à l'exemple du saint Ari zal qui étudiait avec une joie immense et approfondissait un seul passage durant des semaines entières. Celui qui agit ainsi mérite « alors tu comprendras la crainte de l'Éternel », car les lois de la sagesse dépourvues de preuve logique deviennent pour lui des évidences premières par la force de la crainte, et il parvient également à « trouver la connaissance de D.ieu » - le Saint, béni soit-Il, lui dévoilant les secrets enfouis et lui accordant la connaissance et le discernement directement de Sa bouche, de la cause vers la conséquence, au cœur même de l'essence des choses.

Chapitre 2 - La quête de la sagesse et la délivrance du mal - 1ère partie · Sefer Mishlei · ספר משלי