Au chapitre 38, le Saint, béni soit-Il, répond à Job du sein de la tempête et le guide pas à pas à travers l'œuvre de la Création : comment Il a fondé la terre, l'a mesurée, l'a bâtie, a dévoilé la terre ferme et séparé les eaux d'en bas de celles d'en haut. Dans cette partie, Il en vient à parler de la lumière : la lumière primordiale des trois premiers jours, l'aube fixée au quatrième jour, puis la mer et l'abîme, l'ordre des jours et des années, et les trésors de neige et de grêle. Tout converge vers un même dessein : montrer à Job que la Providence divine descend dans les moindres détails, et que celui qui n'était pas présent lors de la fondation du monde ne peut juger les voies de la conduite divine.
הֲמִיָּמֶיךָ צִוִּיתָ בֹּקֶר, יִדַּעְתָּ הַשַּׁחַר מְקֹמוֹ׃ - Est-ce de tes jours que tu as commandé au matin, as-tu assigné à l'aube sa place ?
Le Malbim explique : durant les trois premiers jours, la lumière n'était pas encore suspendue aux luminaires célestes. Il existait une lumière primordiale qui enveloppait le globe terrestre de toutes parts ; non pas une lumière tournante, mais une lumière enveloppante, durant douze heures par jour. Au bout de douze heures, cette lumière se retirait de tout le pourtour du globe, laissant place à douze heures de nuit.
Et d'où sait-on que la lumière apparaissait et se retirait progressivement et non d'un coup ? Du verset : « Et ce fut le soir, et ce fut le matin ». En quoi le matin diffère-t-il de midi ? Le matin marque le début de la lumière, midi en est la pleine intensité, et le soir le moment où elle faiblit. Si la Torah qualifie cette lumière primordiale de soir et de matin, c'est nécessairement qu'elle apparaissait peu à peu et se retirait peu à peu. Et d'où sait-on qu'elle n'enveloppait pas le monde en permanence ? Cela découle également des termes « Et ce fut le soir » : s'il y a eu un soir, c'est qu'il y a eu un état d'absence de lumière. Il en ressort qu'elle enveloppait la terre pendant douze heures, puis s'estompait lentement pour laisser place à douze heures d'obscurité.
Ici se dégage un enseignement remarquable : si l'on cherche à définir ce qu'est la véritable aube dans le monde, il n'en existe qu'une seule - le moment où le Saint, béni soit-Il, a suspendu les luminaires et où le soleil a commencé à poindre. Pourquoi l'aube de chaque matin n'est-elle pas une « véritable aube » ? Parce que l'aube correspond à une position relative du soleil par rapport à la terre : au moment même où l'aube se lève chez toi, c'est déjà midi pour celui qui se trouve de l'autre côté du globe, et le crépuscule pour un autre encore plus éloigné. Il ne s'agit donc pas d'une aube absolue, mais seulement de la tienne. La véritable aube n'a eu lieu qu'une seule fois dans l'histoire : au quatrième jour, lorsqu'Hachem a placé l'orbe du soleil et fixé les luminaires à leur place. Depuis lors, chaque aurore est une aube pour l'un, un coucher de soleil pour l'autre, et midi pour un troisième.
Et c'est précisément ce que lui dit le Saint, béni soit-Il : « Est-ce de tes jours que tu as ordonné au matin » - ce premier matin advenu au premier jour, avant même la suspension des luminaires, cette lumière qui enveloppait le globe terrestre ; est-ce toi qui lui as ordonné d'éclairer pendant douze heures et de s'obscurcir pendant douze heures ? Et de plus : « As-tu assigné à l'aube sa place » - cette aurore qui s'est levée au quatrième jour à l'instant où le soleil fut suspendu à sa place avait un lieu précis où elle est apparue pour la première fois. Est-ce toi qui as déterminé cet endroit ? L'as-tu vu, l'as-tu su ?
C'est d'ailleurs ainsi qu'il faut comprendre le sens de Birkat HaHama (la bénédiction du soleil) : l'emplacement et le moment précis où le Saint, béni soit-Il, a fixé le soleil au tout premier instant, cette position exacte du quatrième jour où les luminaires furent suspendus - le soleil y revient périodiquement. C'est le moment et l'endroit exacts où le soleil retrouve cette position initiale. Le Saint, béni soit-Il, lui dit : savais-tu où le soleil devait se tenir à l'origine ?
לֶאֱחֹז בְּכַנְפוֹת הָאָרֶץ, וְיִנָּעֲרוּ רְשָׁעִים מִמֶּנָּה׃ - Pour saisir les extrémités de la terre, et que les impies en soient secoués.
Depuis qu'Hachem a délimité l'aube, celle-ci saisit continuellement les extrémités de la terre : à chaque instant, elle change de lieu et s'accroche au bord du globe, à l'image d'un homme qui saisit les pans de son talith pour le secouer. Et néanmoins, il ne s'agit pas d'un commencement absolu, car le bord saisi chez toi correspond déjà à la fin du jour et au crépuscule pour un autre.
« Et que les méchants en soient secoués » - les impies préfèrent la nuit, comme il est dit : « Tu répands les ténèbres et c'est la nuit ; alors s'agitent toutes les bêtes de la forêt ». La nuit, le malfaiteur sort accomplir sa besogne ; le jour, la chose lui est impossible. Et dès que l'aube se lève, saisit les extrémités de la terre et commence à poindre à l'horizon, les brigands nocturnes, qui percent les murs dans l'obscurité et pénètrent chez les gens, s'enfuient pour se terrer dans leurs cachettes.
תִּתְהַפֵּךְ כְּחֹמֶר חוֹתָם, וְיִתְיַצְּבוּ כְּמוֹ לְבוּשׁ׃ - Elle se transforme comme l'argile sous le sceau, et ils se dressent comme parés d'un vêtement.
Grâce à la lumière qui illumine la surface du globe terrestre, des formes variées viennent s'imprimer sur la terre. Nous voici parvenus à l'étape où la terre est découverte et où brille le soleil, et Hachem lui dit : sache que tout ce qui s'est façonné sur terre ne l'a été que par la force du soleil. Sans le soleil, rien ne subsisterait dans la création : la chaleur, la clarté, la végétation, les couleurs, la photosynthèse - tout procède de sa puissance.
Et que signifie « l'argile sous le sceau » ? On scellait jadis à la cire rouge : on la déposait sur le papier avant d'y appliquer un instrument lourd spécialement prévu à cet effet ; on fermait également les lettres avec une poix particulière, et si quelqu'un décachetait la lettre en brisant le sceau, on savait immédiatement qu'elle avait été lue. Il en va de même pour les formes de notre monde : le Créateur y a pour ainsi dire apposé Son sceau, et l'on reconnaît d'emblée l'œuvre du Saint, béni soit-Il. « Et ils se dressent comme parés d'un vêtement » - ce sceau divin, ce sont les plantes, les arbres et les fruits, tous marqués de l'empreinte du Saint, béni soit-Il. Tant qu'il n'y avait qu'une matière informe, qu'était-ce donc ? Rien de distinct. Mais à travers un sceau, on déchiffre un nom, une marque, un relief gravé. La végétation, les arbres et les fleurs forment comme la parure de la terre, à l'image du verset : « Les pâturages se vêtent de troupeaux et les vallées s'enveloppent de froment », tel un habit de pourpre. Tout cela découle de l'action de la lumière qui saisit les extrémités de la terre. Dans les ténèbres, il n'existait aucune forme distincte, seulement une matière brute ; désormais, cette matière s'est transformée sous l'effet du sceau et s'est parée comme d'un vêtement.
וְיִמָּנַע מֵרְשָׁעִים אוֹרָם, וּזְרוֹעַ רָמָה תִּשָּׁבֵר׃ - Et la lumière est refusée aux méchants, et le bras levé est brisé.
Dans l'existence même de la lumière, le Saint, béni soit-Il, a disposé le moyen de châtier les impies. De quelle façon ? En les privant de leur lumière. La lumière qui resplendit est synonyme de ténèbres pour le malfaiteur, lui pour qui « la nuit brille comme le jour » et dont les heures d'activité sont nocturnes. Lorsque le Saint, béni soit-Il, a fait luire le jour, Il leur a dérobé leur lumière, et par là « les méchants sont réduits au silence dans les ténèbres ». C'est ainsi que « le bras levé est brisé » : quand le jour paraît, on se met à rechercher qui a pillé et qui s'est introduit par effraction, on traque les coupables ; tandis que la nuit, il était aisé pour le brigand d'accomplir ses forfaits dans l'ombre.
Nous n'en avons guère conscience aujourd'hui, car pour nous la nuit est véritablement éclairée comme le jour grâce aux réverbères et à l'électricité. Mais observez ce qui arrive lors d'une panne de courant : tout semble frappé d'un couvre-feu, plongé dans une obscurité totale. C'est à cela que ressemblait la nuit autrefois : de profondes ténèbres où quiconque voulait dérober agissait en toute discrétion. La lumière du méchant, c'est l'obscurité ; et dès lors qu'Hachem a accordé la lumière, Il a entravé les méchants afin qu'ils ne puissent plus commettre leurs méfaits à l'insu de tous.
D'un autre côté, l'obscurité elle-même relève de la Providence et sert à châtier les impies, à l'image des ténèbres d'Égypte, où Hachem fit tomber sur eux une obscurité dense durant plusieurs jours sans qu'ils puissent bouger de leur place. On constate ainsi qu'Hachem se venge parfois des méchants par le truchement de la lumière - car on les poursuit alors, on s'empare d'eux et ils ne peuvent plus agir dans l'ombre -, et parfois par l'obscurité elle-même. Tout cela révèle la Hachgaha (Providence divine) : la lumière comme l'obscurité ont été ordonnées de façon à pouvoir réprimer les méchants et briser le bras des hommes altiers et pleins d'orgueil.
הֲבָאתָ עַד נִבְכֵי יָם, וּבְחֵקֶר תְּהוֹם הִתְהַלָּכְתָּ׃ - Es-tu parvenu jusqu'aux sources de la mer, as-tu parcouru les profondeurs de l'abîme ?
Après lui avoir parlé de la création de la terre, de l'émergence de la terre ferme et de la lumière, le Saint, béni soit-Il, commence à évoquer la mer et l'abîme. La terre repose sur les abîmes, et sous le globe terrestre il y a des eaux ; as-tu arpenté les profondeurs de la terre ? Es-tu parvenu aux profondeurs de la mer, en ses lieux les plus insondables, demeurés cachés aux yeux de tout chercheur ?
Récemment encore, des chercheurs ont découvert un poisson que l'on croyait disparu jusqu'alors - les livres affirmaient déjà depuis des décennies que cette espèce s'était éteinte - et soudain, on l'a retrouvé évoluant paisiblement au plus profond de l'océan, à plusieurs kilomètres sous la surface de la mer. Jusque-là, nul n'avait pu le trouver, car l'exploration n'avait jamais atteint ces profondeurs ; ce n'est qu'après avoir conçu un sous-marin spécial capable de résister à des pressions colossales, muni de caméras et d'instruments scientifiques, qu'on l'a aperçu nageant là-bas. Aujourd'hui encore, avec toute notre science et notre technologie, on commence seulement à explorer ces régions.
הֲנִגְלוּ לְךָ שַׁעֲרֵי מָוֶת, וְשַׁעֲרֵי צַלְמָוֶת תִּרְאֶה׃ - T'ont-elles été dévoilées, les portes de la mort, et as-tu contemplé les portes de l'ombre de la mort ?
Le Malbim explique : parfois, Hachem punit par les gouffres de la mer et parfois par les profondeurs de l'abîme, lorsque les eaux montent et débordent depuis le fond des mers ou depuis les entrailles du grand abîme. Un exemple de déferlement des eaux venant des profondeurs marines est le tsunami, ou encore la génération d'Enosh, qui fut submergée par les eaux de l'océan. Et pour ce qui est des entrailles du grand abîme, il s'agit du feu et du soufre jaillissant de la terre, comme un volcan qui crache du feu, des eaux bouillantes et du soufre. Ces lieux sont semblables à des portes menant à la mort : quand Hachem veut amener la mort, Il ouvre ces portes et l'océan inonde la terre, ou bien les abîmes situés sous l'écorce terrestre jaillissent à l'extérieur, anéantissant des villes entières et faisant périr une multitude d'hommes.
Il existe une ville appelée Pompéi, une cité entière conservée dans un état exceptionnel parce qu'un volcan l'a ensevelie. On y voit des êtres humains surpris par la mort en plein repas ou pendant leur sommeil ; en une seconde, une lave brûlante les a recouverts, et même les aliments qu'ils consommaient ont parfois été préservés. C'est ainsi qu'il existe des situations où Hachem punit par le feu et les vapeurs brûlantes enfermés dans le globe terrestre, qui sont expulsés et jaillissent au dehors.
הִתְבֹּנַנְתָּ עַד רַחֲבֵי אָרֶץ, הַגֵּד אִם יָדַעְתָּ כֻלָּהּ׃ - As-tu considéré l'étendue de la terre ? Dis-le, si tu en as la connaissance tout entière !
Jusqu'ici, Il lui parlait de ce qui fut accompli au cours des trois premiers jours - la lumière, la mer et la terre ferme, le firmament. À présent, Il en vient à ce qui fut fait le quatrième jour, où furent fixés les luminaires et où s'établit l'ordre des jours et des années. Et dans quel but les luminaires furent-ils fixés ? Lisons dans Béréchit (1, 14) : « Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel pour séparer le jour de la nuit, et qu'ils servent de signes, pour les fêtes, pour les jours et pour les années ». Des « signes » : lorsque les luminaires subissent une éclipse, c'est un présage défavorable ; pour les « fêtes » (moadim) : car Israël allait recevoir le commandement des solennités, et les fêtes se fixent d'après la lune ; pour les « jours » : la détermination du jour selon le soleil, par son lever et son coucher ; et pour les « années » : c'est grâce aux luminaires que l'on détermine la fin d'une année et le commencement d'une nouvelle.
Certes, il est également écrit : « et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre », mais il ne s'agit là que d'une raison secondaire, la raison principale étant expressément formulée : pour servir de signes, pour les fêtes, pour les jours et pour les années. Pourquoi le fait d'éclairer n'est-il qu'une raison secondaire ? Comment l'homme pourrait-il avancer dans l'obscurité ? La réponse est la suivante : dès le premier jour, il fut dit : « Dieu dit : Que la lumière soit » - une lumière primordiale intrinsèque, rayonnant par elle-même et ne dépendant aucunement du soleil. Dès lors, le but propre du soleil et de la lune est de servir de signes, pour les fêtes, pour les jours et pour les années. Ce n'est que parce que le Saint, béni soit-Il, réserva la lumière du premier jour pour les Justes dans le monde à venir, que la lumière actuelle nous est devenue indispensable pour voir ; mais à l'origine, cette lumière-là n'était pas requise à cette fin.
De plus, le cycle de la journée était déjà fixé par la première lumière, avant même celle du soleil et de la lune. En revanche, la détermination de l'année n'apparaît qu'au quatrième jour, car c'est seulement alors que commença la trajectoire du soleil, or le calcul de l'année dépend directement de la course solaire.
Représentons-nous le globe terrestre, traversé en son milieu par l'équateur - cet axe central où le soleil qui se déplace chemine toujours au centre. Quand on parle d'un soleil qui avance, on pourrait tout aussi bien dire que la terre tourne ; il s'agit simplement de décrire ce qui apparaît à nos yeux. Quiconque y prête attention remarquera que le soleil ne suit pas la même trajectoire en hiver et en été : au fil de ses révolutions, il s'incline peu à peu vers le sud jusqu'à atteindre un point extrême, puis s'oriente et progresse vers le nord jusqu'à son extrémité boréale, et ainsi de suite.
Ce phénomène fait qu'aux pôles, au nord comme au sud, règne une période de six mois consécutifs de lumière. Lorsque le soleil s'incline vers le nord et décrit des orbites qui éclairent davantage la partie septentrionale du globe, quiconque se trouve à l'extrême limite aperçoit le soleil en permanence : il bénéficie ainsi de six mois de jour. Puis, lorsque le soleil s'incline vers le sud durant l'autre moitié de l'année, cette région plonge dans six mois de nuit, tandis que ceux du pôle sud jouissent à leur tour de six mois de jour.
Et quel en est le bienfait ? La merveilleuse Hachgaha (Providence) a disposé que le soleil ne tourne pas toujours sur le même axe : d'abord pour éviter que la zone équatoriale ne soit calcinée sous un soleil incessant ; ensuite, pour faire alterner l'été et l'hiver. Lorsque le soleil s'éloigne vers l'autre hémisphère, c'est l'hiver chez nous ; quand il se rapproche, c'est l'été. Son éloignement apporte le froid hivernal et les pluies, et c'est ainsi que s'instaure le cycle du printemps, de l'été, de l'automne et de l'hiver.
אֵי זֶה הַדֶּרֶךְ יִשְׁכָּן אוֹר, וְחֹשֶׁךְ אֵי זֶה מְקֹמוֹ׃ - « Où donc est le chemin où réside la lumière, et l'obscurité, où est sa demeure ? »
Hachem lui dit : As-tu exploré toutes les étendues de la terre, où seulement ces réalités peuvent s'observer - sais-tu où se trouve la voie où la lumière séjourne en permanence, avec l'obscurité à son opposé ? Car lorsque le soleil se trouve dans la constellation du Cancer (Mazal Sartan), la lumière baigne le nord et l'obscurité enveloppe le sud ; et à l'inverse, du côté méridional, lorsqu'il fait face au Verseau (Mazal Dli).
כִּי תִקָּחֶנּוּ אֶל גְּבוּלוֹ, וְכִי תָבִין נְתִיבוֹת בֵּיתוֹ׃ - « Pourrais-tu la conduire à son domaine, et discernerais-tu les sentiers de sa demeure ? »
« Pourrais-tu la conduire à son domaine » - il existe un endroit qui constitue la frontière entre la lumière et l'obscurité, cette extrémité polaire où règnent six mois de clarté ou six mois de ténèbres, aux confins du nord et du sud. « Et discernerais-tu les sentiers de sa demeure » - le sentier désigne la trajectoire que parcourt le soleil dans sa rotation autour de la terre : comprends-tu quelle est cette trajectoire qu'il emprunte pour atteindre tantôt une extrémité, tantôt l'autre ?
יָדַעְתָּ כִּי אָז תִּוָּלֵד, וּמִסְפַּר יָמֶיךָ רַבִּים׃ - « Tu le sais sans doute, car tu étais déjà né, et le nombre de tes jours est si grand ! »
Après lui avoir montré comment Hachem a ordonné les luminaires dès l'origine, Il lui demande : Savais-tu que c'est alors que fut fixé l'ordre des années, déterminant ainsi en quelle année précise tu devais naître, et quel serait le compte de tes jours pour vivre de longues années ? En d'autres termes : étais-tu présent lorsque tout fut bâti, lorsque tout fut fondé, au commencement de toute chose ? C'est dès cet instant que fut allouée à chaque être humain la durée de son existence et la tournure que prendrait sa vie - savais-tu tout cela ?
הֲבָאתָ אֶל אֹצְרוֹת שָׁלֶג, וְאוֹצְרוֹת בָּרָד תִּרְאֶה׃ - « Es-tu parvenu jusqu'aux trésors de la neige, et as-tu contemplé les réservoirs de la grêle ? »
Jusqu'ici, le texte a évoqué la Création dans son ensemble : la lumière, l'atmosphère, les nuages, la pluie, le soleil et la lune, les profondeurs de l'océan et leur genèse. À partir d'ici, Il commence à entrer dans les détails. « Es-tu parvenu jusqu'aux réservoirs de la neige ? » - il existe des montagnes couvertes de neiges éternelles, des contrées formées d'immenses massifs de neige, ou des grottes et des vallées entièrement enneigées où tout demeure gelé depuis des milliers d'années, ne fondant que très lentement, et l'on apprend soudain qu'un pan de banquise se détache de l'Antarctique et dérive vers l'Europe ou d'autres régions. Il y a des endroits où les réserves de neige sont colossales, et Il demande : as-tu jamais mesuré et connu leur immensité ?
Et que sont les « réservoirs de la grêle » ? Dans les hauteurs célestes se trouvent des réserves de grêle, dans des zones totalement invisibles aux hommes. On peut expliquer cela selon nos connaissances contemporaines, montrant que certains corps célestes sont de véritables blocs de glace. Nous avons déjà mentionné la controverse entre Rabbi Eliézer et Rabbi Yéhochoua dans la Guémara, pour savoir si la terre s'abreuve des eaux d'en bas ou des eaux d'en haut, et nous avons expliqué que certaines pluies proviennent également de météores se détachant de ces lunes ou de ces astres entièrement glacés : en pénétrant dans l'atmosphère, ces météores atteignent des températures extrêmes, fondent, et engendrent des pluies. Voilà ce que sont les « réservoirs de grêle » situés dans un espace inaccessible au regard humain - « As-tu vu les trésors de la grêle ? »
אֲשֶׁר חָשַׂכְתִּי לְעֶת צָר, לְיוֹם קְרָב וּמִלְחָמָה׃ - Que J'ai ménagés pour le temps de détresse, pour le jour de combat et de guerre.
À propos des trésors de la neige, le verset dit : « Que J'ai réservés pour le temps de détresse » : ces montagnes sont comme une place forte. Un homme qui veut combattre autrui cherche une forteresse depuis laquelle attaquer et tirer ; de même, ces lieux sont comparables à des bastions. Hachem aurait-Il besoin de se retrancher quelque part ? Certes non, mais comme nous l'avons expliqué, le Saint, béni soit-Il, se sert des forces de la nature pour châtier les fauteurs. Tout comme lors du Déluge, où des eaux bouillantes ont jailli de la terre pour punir les pécheurs, il en va de même pour ces trésors naturels. De quelle manière ? Parfois, des tempêtes de givre et de neige surgissent de ces régions glacées et provoquent la mort de milliers de personnes, en particulier autrefois, lorsqu'il n'existait pas d'autre chauffage que le bois ; or dans ces contrées glaciales, le bois manquait cruellement, et une seule tempête pouvait anéantir des centaines ou des milliers de vies.
C'est comparable aux tempêtes de sable et de poussière : d'où viennent-elles ? D'un nuage de poussière en provenance du Sahara. Les météorologues l'observent sur les cartes synoptiques, suivent sa progression et annoncent son arrivée - et ici, on respire de la poussière, on sort et tout est jaune, le tout provoqué par ce qui arrive de si loin. De la même façon, des vents et des blizzards d'un froid extrême proviennent de ces zones polaires, par lesquels Hachem combat, pour ainsi dire, les impies.
« Pour le jour de combat et de guerre » - cela se rapporte aux trésors de la grêle : les réserves de grêle sont gardées auprès de Moi pour le jour de combat et de guerre. Comme nous l'avons vu lorsqu'Hachem fit tomber des pierres de grêle géantes (avné elgavich) sur la descente de Beit-Horon lorsque Yéhochoua combattait. Le Malbim souligne d'ailleurs qu'il est bien connu que la grêle cause parfois d'immenses ravages, comme celle qui s'abattit en l'an 5548, environ cent vingt ans avant son époque. On a pu voir aussi, il y a une dizaine d'années, des grêlons de la taille de balles de tennis ; par endroits, les voitures semblaient avoir essuyé un déluge de pierres, toits enfoncés et pare-brises brisés. Le Saint, béni soit-Il, combat donc pour ainsi dire Ses ennemis au moyen de la grêle, comme ce fut le cas lors des dix plaies d'Égypte.
Et là-bas, lorsque Pharaon implora que le fléau cesse et que Moché Rabbénou pria pour que s'arrête la grêle, qu'advint-il des grêlons ? Ils restèrent suspendus en plein ciel. Et pourquoi s'arrêtèrent-ils ? Ils attendaient la bataille de Yéhochoua. Et même alors, ils ne tombèrent pas tous, le reste étant réservé pour la guerre de Gog et Magog - en attente pour les ennemis d'Israël de chaque génération, et l'on ne doit rien craindre, ils recevront le châtiment qu'ils méritent. C'est le sens de « Que J'ai ménagés pour le temps de détresse, pour le jour de combat et de guerre » : les trésors de la grêle là-haut sont mis de côté et préservés auprès de Moi. Hachem lui dit : vois à quel point Ma Providence descend dans les moindres détails, chaque étape et chaque événement étant régis avec précision par Hachem, béni soit-Il.
Le Saint, béni soit-Il, conduit Iyov depuis la lumière primordiale qui enveloppait le globe durant les trois premiers jours, jusqu'à l'aube véritable et unique établie au quatrième jour ; vers cette lumière qui saisit les extrémités de la terre pour en secouer les méchants, et vers le sceau imprimé sur la terre par la force de la lumière, qui lui sert de vêtement. De là, Il le mène vers les profondeurs de la mer et les portes de la mort, vers l'ordre des jours et des années et l'inclinaison du soleil qui régit l'été et l'hiver, jusqu'aux trésors de la neige et de la grêle réservés pour le jour de combat et de guerre. Le message est unique : quiconque n'était pas présent lors de la fondation du monde ignore les limites de la lumière et de l'obscurité ainsi que les trajectoires du soleil, et ne saurait juger de la conduite divine. Or la Providence n'est pas seulement générale, elle descend dans les détails les plus infimes, et les forces mêmes de la nature se tiennent prêtes entre les mains du Créateur, pour la récompense ou le châtiment, à l'heure exacte qu'Il a décrétée.