Le chapitre 25 constitue la seizième intervention du livre d'Iyov, dans laquelle Bildad le Chouhite revient à la charge pour tenter d'étayer sa doctrine. Il avait initialement avancé deux arguments : d'une part, les épreuves des justes relèvent d'une « rétribution compensatoire » - certes, tu souffres ici-bas, mais cette peine sera largement récompensée et tu recevras en échange un bien immense ; d'autre part, la réussite des impies s'explique par le fait que leur châtiment véritable est réservé pour le monde futur, où leur chair et leur âme seront définitivement retranchées. Or, Iyov a déjà réfuté ces deux thèses : tu prétends qu'Hachem m'accordera du bien en échange du mal, mais je ne désire ni ce bien ni ce mal, qu'on ne m'accorde rien pour compenser ce malheur ! Et tu affirmes que l'impie prospère car sa punition l'attend dans l'au-delà, mais au contraire, que l'impie soit puni ici-bas, sur le lieu même de ses forfaits ! Pourquoi le Saint, béni soit-Il, le laisse-t-il agir à sa guise en différant son châtiment pour un autre monde ?
Face aux répliques d'Iyov, Bildad prend la parole pour consolider ses arguments et réaffirmer sa position. Le fondement de son propos est le suivant : tout dépend de la providence particulière (Hachgaha Pratit), et Hachem rétribue le juste selon sa droiture et l'impie selon sa scélératesse. Mais si l'on objecte : « Pourtant, je constate bien des méchants qui prospèrent et des justes qui souffrent ; comment affirmer dès lors que tout relève de la providence particulière ? » Bildad répond : il arrive que des individus subissent une rigueur non pas en fonction de leur jugement propre, mais parce que la conduite générale du monde (Hanhaga Kelalit) s'oppose à ce qu'un bien leur soit octroyé ; et inversement, il arrive que des personnes jouissent d'un bienfait immérité, bien que leur méchanceté exigeât le malheur, parce que la conduite générale s'oppose à ce que la rigueur s'abatte sur elles.
Imaginons cinquante parcelles appartenant à des justes, et au milieu d'elles, une parcelle appartenant à un impie. Selon la stricte justice, la pluie ne devrait pas arroser le champ de l'impie, et au regard de sa providence individuelle, il n'en mérite aucune goutte. Cependant, la conduite générale ne permet pas une telle exception : dès lors qu'il y a là des champs de justes, la pluie doit nécessairement tomber, et l'impie reçoit ainsi ce bienfait par ricochet de la conduite générale, bien qu'il n'en soit pas digne à titre personnel.
Il en va de même de l'obscurité. La nuit en elle-même est-elle bénéfique ou nuisible ? Elle est assurément bénéfique. Comment l'homme pourrait-il trouver le repos s'il faisait continuellement jour ? De nos jours, les gens s'épuisent au travail du matin au soir, mais la nuit survient et chacun va dormir. Pourtant, certains exploitent cette obscurité pour nuire, pour voler et perpétrer des méfaits. Est-ce une raison pour qu'Hachem prive l'humanité de la nuit, à cause de ceux qui en abusent ? Devrait-Il retenir la pluie pour l'ensemble du monde afin de priver l'impie de ses bienfaits ? Non. Le Saint, béni soit-Il, dispense Ses dons à tous, et l'impie profite ainsi de ce qui ne lui revient pas de droit, car on ne saurait bouleverser l'ordre naturel général au seul motif d'un cas particulier.
Et la réciproque est tout aussi exacte : lorsqu'il y a des méchants, « si un feu s'allume, rencontre des épines et dévore un tas d'épis ou le blé sur pied... » Pourquoi ce feu a-t-il pris ? À cause des épines. Mais au bout du compte, les meules et les blés sur pied - c'est-à-dire le bon grain, les justes - finissent eux aussi par être consumés. En effet, sur un plan global, un châtiment est décrété. Pourrait-on attendre du Saint, béni soit-Il, qu'Il accomplisse des miracles individuels pour préserver chaque juste ? La conduite générale s'oppose à ce qu'il soit soustrait au sort commun du milieu dans lequel il vit. De même qu'Hachem ne peut faire tomber la pluie sur une contrée entière en épargnant une seule parcelle parce qu'un homme pervers y réside, de même il arrive que les méchants jouissent d'une faveur indue, et que le juste endure une souffrance imméritée.
Et si l'on objecte : « J'ai compris la nécessité d'un tel système, mais il subsiste tout de même une injustice flagrante : le juste a fidèlement servi Hachem et il endure l'épreuve, tandis que l'impie a bravé Hachem et le voilà comblé de bonheur et de bienfaits ! » À cela, Bildad répond : sache que même si, dans la réalité matérielle, tu vois le juste souffrir, Hachem lui accordera en fin de compte son salaire, en ce monde ou dans le monde futur, d'une manière qui n'exige nullement de modifier la conduite générale en sa faveur. De même, l'impie subira sa rétribution personnelle, en ce monde ou dans le monde futur, sans qu'il soit besoin de dérégler l'ordre établi. Il n'est pas nécessaire de fermer le robinet céleste au-dessus de son champ : il recevra plus tard, sur un autre plan, un châtiment individuel qui ne perturbe en rien la marche du monde. Ici-bas, il a bénéficié de la pluie parce qu'elle répond à un décret collectif impossible à suspendre pour un seul individu, mais en fin de compte, l'impie recevra sa punition, et le juste son salaire.
Bildad apporte dès lors un éclairage complémentaire. Ce n'est pas uniquement parce que la pluie profite à tous que l'impie en bénéficie, ni seulement parce qu'un fléau général s'abat que le juste en pâtit : cela tient également à la configuration astrale (le Mazal) sous laquelle chaque homme vient au monde. Si une personne naît à une heure où les influences célestes sont défavorables, il est naturel qu'elle traverse des difficultés. Peut-on exiger d'Hachem qu'Il réordonne toute la mécanique des sphères pour qu'à l'instant de sa naissance, tout s'inverse en bienfaits ? Tout comme Hachem ne retient pas la pluie universelle à cause du lopin de l'impie, et n'arrête pas le carnage d'une guerre qui frappe les scélérats au mérite d'un seul juste égaré parmi eux, de même lorsqu'un être naît sous un mauvais signe, c'est l'heure fatidique qui en est la cause, et Hachem ne saurait bouleverser l'ordre cosmique pour le seul juste né à cet instant précis.
C'est exactement le sens de ce que rapporte la Guémara au sujet de Rabbi Elazar ben Pedat : ayant subi une saignée, il chercha de quoi se restaurer mais ne trouva rien d'autre qu'une gousse d'ail, et son dénuement était si extrême et si effroyable qu'il se trouva en danger de mort. Le Saint, béni soit-Il, lui apparut et lui demanda ce qu'il souhaitait. Il Lui dit : « Maître du monde, jusqu'à quand serai-je pauvre et plongé dans une telle détresse ? » Le Tout-Puissant lui répondit : « Que veux-tu, que Je bouleverse le monde entier ? Que Je te fasse renaître sous une configuration de richesse, et peut-être alors connaîtras-tu un sort meilleur ? » Rabbi Elazar demanda : « Mais vivrai-je alors plus longtemps que la vie qui m'est aujourd'hui impartie ? » Hachem lui répondit : « Ce que tu as déjà vécu est vécu. » Il déclara alors : « S'il en est ainsi, j'y renonce, laisse-moi dans mon état actuel ; je ne désire pas revenir une nouvelle fois en ce monde, qui sait ce qu'il adviendrait de moi ! »
Cet homme est donc né sous un astre déterminé. Voudriez-vous que le Saint, béni soit-Il, bouleverse toutes les lois célestes de la nature pour modifier le destin d'un juste né précisément à cette heure-là ? Mais sachez bien qu'il recevra sa récompense : tant pour les actes de droiture qu'il a accomplis que pour les souffrances qu'il a subies sans faute de sa part, puisqu'il n'a pas souffert pour ses propres fautes. Pour ces souffrances endurées sans avoir commis de péché, il y a un monde éternel ; or ce monde éternel n'est pas soumis aux étoiles ni aux constellations, et c'est là qu'il méritera de jouir de la lumière des vivants, là qu'il brillera, resplendira et verra fleurir sa couronne. En fin de compte, il n'y a ici aucune injustice : l'injustice apparente sera réparée.
Ce qu'il avance ici se rattache à ce qu'il disait dans sa première réponse : les souffrances du juste relèvent du principe de compensation - ce que tu souffres ici-bas a pour but d'accroître ton salaire dans le monde de vérité ou à la fin de tes jours. Seulement, là-bas, il ne s'était pas expliqué clairement, et c'est pourquoi Iyov avait rejeté ses propos. À présent, il précise que cette rétribution ne signifie pas que Dieu désire le faire souffrir maintenant afin de le combler de bienfaits plus tard. À cela, Iyov avait répliqué : « Merci beaucoup, mais je renonce à vos faveurs, ne me faites aucune grâce ! Vous voulez m'affliger maintenant en me disant de ne pas m'inquiéter car j'aurai du bien à la fin ? Je ne veux ni de cette fin ni de ce début, ni d'eux ni de leur salaire ! » Ce à quoi Bildad répond : il ne s'agit pas de t'infliger le mal à présent pour t'accorder du bien plus tard. Le mal t'atteint parce qu'il n'y a pas d'autre issue : lorsqu'un malheur frappe de manière globale, les individus qui ne le méritaient pas en souffrent également. L'influence astrale détermine qu'un malheur doit survenir, ou bien la collectivité doit subir une épreuve et tu fais partie de cette collectivité - tu es au milieu des blés sur pied ou de la meule, et lorsque les épines brûlent, le reste brûle aussi. Mais ne crains rien, tu finiras par recevoir ton dû, et de grands biens te seront accordés dans l'avenir en contrepartie. Il ne s'agit pas d'un mal envoyé dans le seul but de donner du bien, mais d'un mal survenu par la force des choses, et malgré tout, tu recevras à la fin une compensation.
Selon cette perspective, on comprend également la parabole formulée précédemment par Bildad au sujet d'une plante que l'on déracine d'un endroit parce que le sol y est mauvais, pour la replanter ensuite ailleurs. Au début, le déracinement apparaît comme un grand malheur pour la plante : jusqu'alors, elle était attachée à sa terre et à sa source d'eau, elle y puisait sa sève, et voilà que soudain on l'arrache. Mais en réalité, cela est fait pour la transplanter dans un meilleur jardin, dans une terre plus fertile, dans un sol plus humide et plus riche. Il s'avère donc que ce qui semblait être un mal est en vérité un bienfait. De même, Hachem arrache le juste d'un mauvais lieu pour le replanter ensuite dans la terre des vivants, dans un monde spirituel, où il jouira du véritable bien.
Dès lors, les choses s'éclairent admirablement : être « planté dans un mauvais endroit » signifie se trouver au milieu des impies. Et lorsqu'on vit parmi des impies, on subit inévitablement ce que subissent tous les autres. Non pas à titre de punition personnelle, à Dieu ne plaise, mais définissons-le ainsi : s'il y a une guerre, elle le frappe aussi ; si tout le monde est dans l'angoisse, il est lui aussi dans l'angoisse ; si tous sont en danger et fuient, il fuit également. La majorité ici est corrompue et la plupart méritent ce sort, et toi, tu te trouves pris dans l'engrenage. Mais sache qu'Hachem déracinera cette plante de cet environnement néfaste pour la replanter dans le jardin de la vie, au Gan Éden dans le monde à venir ; là-bas, le juste recevra la récompense de toutes ses actions, et trouvera ainsi une compensation au mal qu'il a dû subir ici-bas.
Il en va de même pour l'impie : son thème astral impose qu'il réussisse, qu'il devienne riche, propriétaire de biens et de fortunes, et que tout fer qu'il touche se transforme en or - tel est le destin sous lequel il est né. Va-t-on modifier l'ordre céleste sous prétexte qu'il a choisi d'être pervers ? Les constellations ont décrété que cet homme prospérerait de son vivant : devrait-on bouleverser tous les astres à l'heure de sa naissance parce que l'on sait qu'il deviendra impie ? Non. Hachem laisse le cours des choses et la nature intacts. Et si tu demandes : où est la justice, voilà un impie qui reçoit une récompense ici-bas ? Ne t'inquiète pas, il finira par subir son châtiment de façon éternelle, et sera jugé au Guéhinam pour des générations sans fin. Il y a donc ici une sorte de contrainte naturelle faisant que l'impie jouit de ce monde, contrainte due à sa naissance astrale, mais tout cela sera compensé à la fin. Par conséquent, il ne faut pas s'étonner de sa réussite dans ce monde, causée par son signe de naissance, ou bien par le fait que la majorité de la population mérite le bien, que cette abondance se déverse sur eux et qu'il se trouve parmi eux - or lorsqu'on arrose un groupe, même celui qui ne le souhaite pas est mouillé ; quand la pluie tombe, l'impie en profite également. En définitive, l'impie recevra son châtiment pour ses mauvaises actions, et le juste sa récompense pour ses bonnes œuvres. Examinons maintenant les versets dans le texte.
וַיַּעַן בִּלְדַּד הַשֻּׁחִי וַיֹּאמַר׃ הַמְשֵׁל וָפַחַד עִמּוֹ עֹשֶׂה שָׁלוֹם בִּמְרוֹמָיו׃ - Bildad le Chouhite prit la parole et dit : « La domination et la terreur sont auprès de Lui ; Il fait régner la paix dans Ses hauteurs. »
Le Saint, béni soit-Il, accorde la souveraineté à des intermédiaires - « Hamchel », Il établit des gouverneurs sous Ses ordres - et malgré cela, « la terreur reste auprès de Lui ». À quoi cela ressemble-t-il ? À un roi puissant qui nomme des gouverneurs sous son autorité. Ces gouverneurs sont ceux qui exécutent les décrets, mais de qui tremblent-ils eux-mêmes, et de qui le peuple a-t-il peur ? Du roi, car tous savent qu'ils ne sont que ses ministres. Il en va de même pour les forces de la nature : le système astral, les étoiles, les constellations et les princes célestes exercent une influence et gouvernent, mais malgré tout, « la terreur reste auprès de Lui » : il existe un Souverain au-dessus d'eux tous, le Saint, béni soit-Il, et Il règne avec rigueur et justice.
« Il fait régner la paix dans Ses hauteurs » - bien que nous constations dans la création des forces contradictoires, une puissance s'opposant à une autre, une constellation s'opposant à une autre, sachez que toutes ces énergies émanent de Lui, qu'Il soit béni. Il les associe toutes en une conduite générale, une harmonie parfaite, et elles exercent leur action en des temps partagés et sous des modalités distinctes afin de ne susciter aucun conflit. La lumière tire son origine du Créateur et l'obscurité provient du Créateur ; et bien qu'il s'agisse de forces opposées - « Il forme la lumière et crée l'obscurité » -, la suite du verset proclame : « Il fait la paix ». Il a confié la lumière au gouvernement du jour et l'obscurité au gouvernement de la nuit.
De là découle aussi l'enseignement selon lequel « celui qui voit une marmite en rêve doit espérer la paix ». Pourquoi ? Lorsqu'une force appelée feu affronte une force appelée eau, elles s'annulent mutuellement : un feu intense évapore l'eau, et une eau abondante éteint le feu. Comment fait-on la paix entre les deux ? On prend une marmite : le feu en dessous, la marmite dessus et l'eau à l'intérieur, et l'on en tire profit : le feu a chauffé l'eau et l'on peut boire une tasse de café. Qui a instauré la paix entre le feu et l'eau pour qu'ils agissent positivement l'un sur l'autre ? La marmite. C'est ainsi que l'explique le Maharam Benet, comme cela a été rapporté dans l'ouvrage BeMichnat Ha'halomot. Dès lors, bien que les forces issues de Lui soient la lumière et l'obscurité, le Saint, béni soit-Il, établit la paix en leur assignant des périodes et des champs d'action différents pour éviter tout affrontement.
הֲיֵשׁ מִסְפָּר לִגְדוּדָיו וְעַל־מִי לֹא־יָקוּם אוֹרֵהוּ׃ - Y a-t-il un nombre à Ses légions, et sur qui Sa lumière ne se lève-t-elle pas ?
Jusqu'ici, nous avons parlé du Créateur du monde et des dominations que sont les ministres célestes, et nous passons maintenant aux forces particulières, qui sont les légions sous les ordres de ces ministres - à l'image d'un chef d'état-major, d'officiers et de soldats. Les détails particuliers sont eux aussi comme des légions soumises aux gouverneurs, et ils sont innombrables tant ils sont abondants. Et malgré tout cela : « et sur qui Sa lumière ne se lève-t-elle pas ? », de qui pourrait-on dire que la lumière de la Providence suprême ne le surveille pas et ne veille pas sur lui ? Pas seulement sur les grands ministres célestes, mais aussi sur les providences particulières les plus infimes : ce qui arrivera lorsque vous plongerez la main dans votre poche, ce qui lui arrivera lorsqu'il traversera la rue, ou ce qui se produira précisément lorsqu'il ouvrira un livre et tombera sur la bonne page. Tout cela constitue d'immenses légions d'actes de Providence. Il ne s'agit pas ici d'une providence générale sur le destin du peuple d'Israël - cette direction que nous avons qualifiée de dominateurs -, mais de petites providences particulières pour chaque chose. A priori, les contradictions pourraient y être bien plus nombreuses, et pourtant, le Saint, béni soit-Il, règne sur toutes et fait la paix dans Ses hauteurs. « Sa lumière », c'est la lumière du Saint, béni soit-Il, la lumière de la Providence et de la direction divine, qui supervise et veille sur tout ce que l'on voit dans le monde jusqu'au plus infime détail, et tout concourt à une finalité bienfaisante et positive, et non, à Dieu ne plaise, à quelque chose de négatif.
וּמַה־יִּצְדַּק אֱנוֹשׁ עִם־אֵל וּמַה־יִּזְכֶּה יְלוּד אִשָּׁה׃ הֵן עַד־יָרֵחַ וְלֹא יַאֲהִיל וְכוֹכָבִים לֹא־זַכּוּ בְעֵינָיו׃ - Comment l'homme serait-il juste devant Dieu, et comment l'enfant de la femme serait-il pur ? Même la lune n'a pas d'éclat, et les étoiles ne sont pas pures à Ses yeux.
Il lui dit : un être humain peut-il avoir raison dans les récriminations qu'il formule contre Dieu ? Peut-il véritablement plaider contre Lui ? Et quelles sont ses récriminations ? « Même la lune n'a pas d'éclat » : si un homme est né sous une constellation particulière, à un moment où la lune brillait, et que son destin astral lui était défavorable, qu'espères-tu donc ? Que le jour de ta naissance, la lune ne brille pas comme elle le doit, afin d'éviter que tu ne subisses son influence négative ? « Et les étoiles ne sont pas pures à Ses yeux » : l'ordre astral non plus ne me convient pas ; « zakou » vient de la racine évoquant la pureté et la limpidité, c'est-à-dire que cet ordre n'est pas digne à mes yeux, et Hachem aurait dû changer la marche des astres puisque je suis un juste. Le Saint, béni soit-Il, devrait-Il donc modifier pour toi seul tout le fonctionnement des étoiles ? Peux-tu émettre une telle prétention, demandant qu'Hachem crée pour toi d'autres astres annonciateurs de bien et de réussite ? Un être né d'une femme peut-il soutenir une prétention aussi absurde ?
אַף כִּי־אֱנוֹשׁ רִמָּה וּבֶן־אָדָם תּוֹלֵעָה׃ - Combien plus l'homme, qui n'est que vermine, et le fils de l'homme, qui n'est qu'un ver !
D'autant plus que l'ensemble des hommes, l'être mortel, n'est que vermine : sa matière est vouée à se décomposer dans la tombe et à devenir la proie des vers et de la pourriture. Or, l'essentiel réside dans l'âme spirituelle, la matière n'étant qu'un vêtement. Comment peux-tu imaginer qu'à cause de cette réalité éphémère du corps, qui ne dure que soixante-dix, quatre-vingts ou cent vingt ans, Hachem bouleverserait tout le système des constellations, retirerait la lune et écarterait les étoiles ?
Sache plutôt qu'il n'y a en cela aucune injustice. En fin de compte, le tsaddik recevra le salaire de sa droiture et le méchant le châtiment de sa méchanceté. Et ce que tu constates ici-bas découle du système d'ensemble et de l'agencement des constellations : le tsaddik ne souffre pas parce qu'il le mérite, mais parce que telle était la disposition astrale lors de sa naissance, tandis que pour le méchant, la configuration astrale indiquait du bien. Au bout du compte, une compensation exacte sera opérée, car ce monde-ci n'est qu'un monde matériel où l'homme n'est que vermine et le fils d'Adam destiné aux vers, alors que là-haut, dans le monde spirituel, chacun recevra ce qui lui est légitimement dû.
Dans ce chapitre, Bildad renforce sa thèse selon laquelle les souffrances du juste relèvent du principe de compensation, mais avec une explication plus précise qu'au début : ce n'est pas que le Saint, béni soit-Il, inflige le mal dans le but d'accorder ensuite une récompense - ce à quoi Iyov avait déjà répliqué : « Ni elles, ni leur salaire » -, mais plutôt que la direction générale du monde et l'influence des constellations ne sont pas modifiées pour un individu particulier. La pluie qui tombe sur les champs des justes abreuve également le champ de l'impie, et le feu qui prend dans les ronces dévore aussi les meules et les blés sur pied ; quant à celui qui est né sous une mauvaise étoile, on ne renverse pas pour lui l'ordre des astres, comme dans l'histoire de Rabbi Elazar ben Pedat. « La domination et la terreur Lui appartiennent » : les étoiles et les ministres célestes dominent, mais la crainte et la souveraineté du Saint, béni soit-Il, s'élèvent au-dessus de tout, et Il établit la paix entre les forces opposées ; « Y a-t-il un nombre à Ses légions ? » : la lumière de Sa Providence pénètre jusque dans les moindres détails ; et « Comment l'homme serait-il juste devant Dieu ? » : l'homme ne saurait exiger que les lois de la nature soient bouleversées pour lui, d'autant que son corps n'est que vermine et pourriture, tandis que son essence réside dans son âme spirituelle. Au terme de tout, la compensation sera totale : le juste sera arraché au lieu du mal pour être planté dans le jardin de la vie et recevra une immense compensation pour les souffrances qu'il a subies sans faute de sa part, tandis que le méchant recevra son châtiment pour l'éternité, sans la moindre injustice.