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Chapitre 26 - Job réfute la thèse de l'ordre astral - 1ère partie

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Introduction : structure de la réplique

Job, chapitre 26. La réplique de Job que nous abordons à présent se divise en trois discours distincts. Dans le premier discours, Job vient réfuter la thèse de Bildad de Choua'h, entendue au chapitre précédent. En réalité, Job avancera encore deux autres arguments, mais nous les présenterons à l'approche des chapitres suivants, car trois ou quatre chapitres consécutifs s'ouvrent à présent, au cours desquels Job développe son argumentation.

La thèse de Bildad : l'ordre astral général et l'ordre astral individuel

La thèse de Bildad était qu'il est tout à fait possible d'observer dans ce monde un juste qui souffre et un impie qui prospère, et que cela découle du fait qu'on ne peut exiger du Saint, béni soit-Il, qu'Il modifie l'ordre astral général pour un seul individu. Si la pluie doit tomber, elle tombera pour tout le monde. Bien qu'il existe une Providence particulière (Hachga'ha Pratit), le Saint, béni soit-Il, ne bouleverse pas les lois de la conduite générale pour une seule personne, et ne créera pas une situation où les champs de chacun seraient arrosés sauf ceux de l'homme mauvais. C'est pourquoi certains impies profitent des bienfaits de ce monde - pour ainsi dire en « montant à bord » avec les justes.

Il y a en outre un autre aspect : l'influence astrale individuelle. Lorsqu'un homme naît, les corps célestes exercent une certaine emprise, un principe également admis par nos Sages : celui qui naît sous le signe de Tsédek (Jupiter) sera vertueux, celui qui naît sous tel autre signe sera ainsi. Il s'ensuit que le moment de la naissance et le Mazal ont une portée réelle. Il est donc possible qu'un homme jouisse du bien parce qu'il est né sous un Mazal de richesse et de bénédiction, bien qu'en lui-même il ne le mérite pas, ou inversement, qu'un juste subisse le mal parce qu'il est né sous un Mazal défavorable, bien qu'il méritât le bien. C'est le cas de Rabbi Eléazar ben Pedat que nous avons mentionné, à qui le Saint, béni soit-Il, a dit : « Veux-tu que Je bouleverse le monde entier dans l'espoir que tu naisses sous un Mazal de richesse ? »

Dès lors, où se trouve la justice ? Bildad répond qu'il existe une phase de rétablissement. Il y a un lieu où le Saint, béni soit-Il, règle tous les comptes : dans le monde de vérité (Olam HaÉmet). Le juste qui a souffert pour être né sous un mauvais Mazal recevra en compensation de ses souffrances une récompense décuplée et une félicité éternelle, tandis que l'impie qui a bénéficié dans ce monde d'un bien immérité verra Hachem lui réclamer des comptes là-haut.

Job se réjouit d'un aveu partiel

Job commence en disant : j'entends enfin quelqu'un qui commence à me donner raison. Que soutenait en effet Job depuis le début ? Que la configuration astrale et les corps célestes sont déterminants, et que c'est à cause d'eux qu'il souffre, car l'ordre astral produit des injustices, et le Saint, béni soit-Il, lui a abandonné la gestion du monde. Certes, la divergence entre Job et Bildad réside dans le fait que Bildad soutenait que les astres ne contraignent pas l'homme à être juste ou méchant, et qu'il subsiste une Providence particulière ainsi qu'un salaire et un châtiment - ce que Job contestait. Ne croyons pas que Job ait trouvé en Bildad un partisan total de sa thèse. Néanmoins, il y a ici un aveu partiel : la Providence particulière ne modifie pas ce que gouverne l'ordre astral. Si la configuration générale indique la réussite, on réussira même en étant impie. Et si le juste souffre, cela peut découler de son Mazal de naissance, ou du fait que, selon l'ordre astral, la collectivité traverse une période néfaste, bien que lui-même ne le mérite pas.

Mais la suite - à savoir qu'au bout du compte Hachem accordera une récompense au juste et un châtiment à l'impie -, Job ne la reçoit pas, car nous avons expliqué que Job ne croyait pas en l'immortalité de l'âme. C'est pourquoi il déclare : tes réponses ne me satisfont pas ; ce qui me convient en revanche, c'est que tu as commencé à te rapprocher de mon point de vue, reconnaissant qu'il existe des situations où l'ordre astral s'impose alors même que, selon la Providence suprême, cela n'est pas mérité, et que les astres l'emportent parfois sur la Providence particulière.

La difficulté : ce qui échappe à l'ordre astral

À l'encontre de la thèse même de Bildad, selon laquelle le Saint, béni soit-Il, ne pourrait pour ainsi dire punir l'impie en ce monde à l'encontre des lois de la nature et de l'ordre astral, Job vient lui opposer une contradiction tirée de ses propres propos. Bildad estime en effet que les étoiles ne gouvernent pas tout ce qui se produit dans le monde et n'exercent pas un pouvoir absolu : certains domaines leur sont soumis et d'autres non (contrairement à Job, qui prétendait que les constellations régissent l'ensemble de la création). Dès lors, interroge Job, qu'est-ce qui empêcherait le Saint, béni soit-Il, de recourir précisément à ces forces qui échappent à l'ordre astral pour rétribuer le juste et châtier l'impie ?

À titre d'exemple : selon la conception des philosophes de l'Antiquité, l'air et l'eau sont des éléments régis par leur propre nature et ne dépendent nullement de la configuration astrale, ni des étoiles ni des corps célestes. Ils possèdent pour ainsi dire une nature propre, affranchie de l'ordre astral et capable d'agir contre lui. Dès lors, demande Job, qu'est-ce qui empêcherait Hachem de châtier les impies par le moyen de l'eau, comme Il fit venir le Déluge sur la génération de Noé ? Tu prétends que tout est lié à l'ordre astral, or l'eau ne dépend pas des constellations. À quoi est-elle donc soumise, sinon à la Providence particulière du Créateur du monde ? Que Hachem s'en serve donc pour punir les méchants !

De là, Iyov prouve sa propre thèse : si l'on constate qu'Hachem ne punit pas les impies, même par cette voie, voilà la preuve de ce que j'affirmais d'emblée - que l'ordre astral gouverne tout, qu'il n'y a pas de providence particulière (Hachgaha Pratit), et que le Saint, béni soit-Il, a remis la conduite du monde entre les mains d'une force « insensée », selon sa définition précédente, c'est-à-dire une puissance aveugle qui commet l'injustice et n'agit ni avec droiture ni avec équité, et c'est pour cette raison que je souffre. Hachem est juste, mais c'est l'ordre astral qui engendre tous les maux. Or, selon ta conception, Bildad, selon laquelle la domination du système astral est limitée, qu'Hachem châtie donc l'impie dans ce domaine qui échappe à l'influence astrale !

« En quoi as-tu aidé celui qui est sans force ? » - Bildad conforte la thèse d'Iyov
וַיַּעַן אִיּוֹב וַיֹּאמַר׃ מֶה עָזַרְתָּ לְלֹא כֹחַ הוֹשַׁעְתָּ זְרוֹעַ לֹא עֹז׃ - Iyov prit la parole et dit : En quoi as-tu aidé celui qui est sans force, comment as-tu secouru un bras privé de vigueur ?

Iyov lui dit : par tes paroles, tu as apporté une aide immense à celui qui est sans force. En effet, ma position était que tout dépend des sphères astrales, que c'est de là que procède le mal et de là que provient le bonheur des impies, agissant selon un mécanisme autonome qui n'est pas soumis à la providence du Créateur. Jusqu'à présent, vous réfutiez cet argument, et Iyov semblait être un persécuté sans force - et voilà que tu viens lui prêter main-forte, en admettant que la constellation possède effectivement un pouvoir et qu'elle agit même à l'encontre de la providence, et qu'il existe des domaines où la providence fait pour ainsi dire défaut. De même, « comment as-tu secouru un bras privé de vigueur ? » - jusqu'ici, le bras d'Iyov était sans force, et tu es venu le secourir et le relever. C'est une métaphore pour expliquer comment Bildad, sans s'en rendre compte, vient étayer la position d'Iyov.

« Quel conseil as-tu donné à celui qui manque de sagesse ? » - Tu as rendu ma thèse recevable
מַה יָּעַצְתָּ לְלֹא חָכְמָה וְתֻשִׁיָּה לָרֹב הוֹדָעְתָּ׃ - Quel conseil as-tu donné à l'homme sans sagesse, et combien de saines pensées as-tu fait connaître en abondance !

À vos yeux, ma thèse était une pure folie, une doctrine dénuée de sagesse et de raison, et c'est ainsi que vous me traitiez lorsque j'affirmais que le Saint, béni soit-Il, a remis Son monde aux mains de l'ordre astral. Et voilà que tu viens consolider cette même thèse - tu lui as prêté main-forte et lui as ajouté une assise supplémentaire. « Et combien de saines pensées as-tu fait connaître en abondance ! » : tu as exposé la chose de telle manière que la plupart des hommes puissent l'admettre. Car ma propre position est radicale : il n'y a aucune providence, et c'est pourquoi je ne cesse de réclamer qu'Hachem me parle, car j'ai des réclamations sur les tourments que l'ordre des astres m'inflige. Toi, en revanche, tu as opéré une synthèse : il existe un ordre astral, et dans une large mesure il n'y a pas de providence et nous sommes livrés à sa merci, mais il existe aussi une part où Hachem exerce Sa providence. Dès lors, ce qui heurtait l'esprit des hommes, tu l'as rendu accessible à leur entendement ; tu as rendu ma thèse moins extrême et plus acceptable pour la raison.

אֶת מִי הִגַּדְתָּ מִלִּין וְנִשְׁמַת מִי יָצְאָה מִמֶּךָּ׃ - À qui as-tu adressé ces discours, et de qui émane le souffle qui est sorti de toi ?

Au fond, tu as affermi ma position, car tu as démontré ce que j'ai toujours soutenu : Hachem ne modifie pas le cours des astres en fonction des actes des créatures. Le juste endure des souffrances parce que son sort astral est néfaste, et l'impie prospère parce que sa destinée astrale est favorable - ce qui concorde exactement avec ma thèse. C'est le sens de : « À qui as-tu adressé ces discours ? » - Est-ce à moi que tu viens expliquer cela ? Mais c'est moi qui le crie sans relâche ! « Et de qui émane le souffle qui est sorti de toi ? » - D'où viennent les fondements de cet argument, sinon de moi-même ? C'est mon propre souffle d'esprit, c'est ce que je n'ai cessé d'affirmer tout au long !

« Les trépassés tremblent » - Y a-t-il une résurrection après la mort ?

La question demeure donc dans toute sa rigueur : il semble y avoir une injustice dans la conduite du monde, où le Saint, béni soit-Il, ne jugerait pas Son univers avec équité et justice - le juste souffre tandis que l'impie prospère. À cela, Bildad réplique : ne me rends pas complice de ta thèse, car pour ma part, il y a une suite - il existe un monde futur (Olam Haba), il y a une rétribution et un châtiment, et c'est là-bas que tout s'ajuste. À cela, Iyov lui répond :

הָרְפָאִים יְחוֹלָלוּ מִתַּחַת מַיִם וְשֹׁכְנֵיהֶם׃ עָרוֹם שְׁאוֹל נֶגְדּוֹ וְאֵין כְּסוּת לָאֲבַדּוֹן׃ - Les trépassés tremblent sous les eaux et auprès de ceux qui y résident. Le Chéol est mis à nu devant Lui, et l'abîme n'a point de voile.

Les « Refaïm » sont les morts descendus dans la tombe, ensevelis dans les profondeurs, dans un lieu proche des eaux de l'abîme qui jaillissent d'en bas. Iyov lui dit : le Saint, béni soit-Il, va-t-Il donc les faire sortir de ce lieu où ils ont été enterrés ? En d'autres termes - y a-t-il une vie après la mort ? Et si ce n'est pas le cas, de quelle rétribution me parles-tu, où le juste recevrait son dû et le méchant serait puni comme il se doit ? Une fois qu'un homme est descendu dans la tombe, comment pourrait-il se relever et revivre ?

Le Malbim explique que cette tournure poétique s'attaque à un mythe que racontaient les anciens. Dans la Torah, les « Refaïm » désignent les géants, auxquels ils attribuaient un caractère divin et des forces surnaturelles. Une partie de leurs croyances voulait que ces géants descendent dans les profondeurs de l'abîme, ressortent de sous les eaux, renaissent une seconde fois et deviennent des divinités, des créatures nouvelles - « comme cela est bien connu dans les vanités de la mythologie », selon les termes du Malbim. Il est inutile d'aller lire ces récits, qui ne sont que billevesées et vanités, mais il convient de savoir quelle conception déformée les nations avaient de toutes sortes de dieux et de puissances qui vivaient, mouraient, ressuscitaient et revenaient à la vie ; et même à travers l'histoire, certains furent tués en promettant de revenir, et d'autres futilités de ce genre.

C'est à ce sujet qu'il vient interroger : « עָרוֹם שְׁאוֹל נֶגְדּוֹ » (Le Chéol est nu devant Lui) - comment le Chéol pourrait-il les faire sortir, leur redonner naissance et les faire revivre une seconde fois ? Le corps que possédait l'homme s'est décomposé et a péri, et il est nu : de quoi le Chéol pourrait-il bien le vêtir ? Le Chéol n'a rien pour rhabiller l'âme de ces individus ; dès lors, comment pourraient-ils se relever et revivre ? Et comment oses-tu affirmer, Bildad, qu'à la fin ils recevront une rétribution ?

Deuxième explication : les instruments demeurés aux mains de la Providence

Le Malbim explique encore que dans ces versets, Iyov vient attaquer le fondement même de la thèse de Bildad. Tu prétends qu'Hachem ne punit pas le méchant et que celui-ci réussit parce qu'il est né sous une bonne étoile, que l'ordre naturel et les constellations exigent qu'il soit favorisé, et qu'Hachem ne modifie pas le cours des constellations pour un individu particulier. C'est à cela qu'Iyov répond : viens et vois, il existe des lois de la nature qui n'ont absolument aucun lien avec les constellations, comme nous l'avons expliqué plus haut.

Et c'est là le sens de : « הָרְפָאִים יְחוֹלָלוּ מִתַּחַת מַיִם וְשֹׁכְנֵיהֶם » (Les Refaïm tremblent sous les eaux et ceux qui y résident) - Hachem peut pourtant libérer ces puissances souterraines, qui sont les forces des eaux, pour en inonder le monde et punir ainsi les méchants, comme cela s'est produit à l'époque d'Énoch et lors de la génération du Déluge. Tu prétends qu'il existe un déterminisme astral et qu'Hachem n'intervient pas, mais le Saint, béni soit-Il, a conservé bien assez d'instruments qui n'ont point été abandonnés aux lois des constellations, telles les eaux et leurs créatures. Pourquoi donc Hachem ne les emploie-t-Il pas contre le méchant ?

Et c'est le sens de : « עָרוֹם שְׁאוֹל נֶגְדּוֹ וְאֵין כְּסוּת לָאֲבַדּוֹן » (Le Chéol est nu devant Lui, et le gouffre de perdition n'a point de voile) : ce qui se trouve dans les entrailles du Chéol et les profondeurs des eaux n'est pas soumis à l'ordre des astres. Et le gouffre de perdition des profondeurs n'a point de couverture, c'est-à-dire qu'il n'est pas dérobé aux regards d'Hachem, mais entièrement dévoilé devant Lui. Lorsqu'Hachem a confié le sort d'un homme à l'influence astrale, cela Lui est, pour ainsi dire, voilé - « J'ai confié cela aux constellations, Je n'interviens pas ». Or, le Chéol et l'abîme sont nus et manifestes devant Lui, et le Saint, béni soit-Il, les a gardés entre Ses mains pour agir par leur biais, bien qu'Il ait confié tout le reste au déterminisme astral.

Il reste donc une arme entre les mains de la Providence : pourquoi donc Hachem ne l'utilise-t-Il pas contre les méchants ? Telle est l'interrogation d'Iyov. On ne saurait lui adresser cette objection à lui-même, car selon sa propre conception, il ne reste rien : Hachem a tout remis aux mains du déterminisme astral et il n'y a aucune providence particulière, de sorte que tous ses griefs consistent à dire que les constellations lui font subir une injustice. Mais selon ta thèse à toi, Bildad, selon laquelle une part reste dévolue à la Providence, que le Créateur du monde l'actionne donc contre les méchants ! Et cela, même si, pour ce qui a été remis aux mains des constellations, tu soutiens qu'Il n'intervient pas, non parce qu'Il serait limité, à D.ieu ne plaise, mais parce qu'Il S'est Lui-même imposé cette limite.

En conclusion : au début de sa réponse au chapitre 26, Iyov prend Bildad au mot. Avec une ironie amère, il lui lance : « En quoi as-tu secouru celui qui manque de force ? » - tu es venu au contraire appuyer ma propre thèse en reconnaissant que les constellations agissent là même où la Providence ne modifie pas leur cours, et tu n'as fait que rendre ma position moins extrême et plus recevable : « Tu as prodigué d'amples conseils ». Quant à ce que tu as ajouté, affirmant que les comptes seront réglés dans le monde de vérité, Iyov le réfute : « Les Refaïm trembleraient-ils ? » Comment les morts se relèveraient-ils pour revêtir un corps déjà décomposé ? De plus, il soulève une difficulté à partir de la thèse même de Bildad : s'il existe dans le monde des forces qui n'obéissent pas à l'ordre astral - le Chéol, la perdition, les eaux et ce qui y habite, qui sont nus et dévoilés devant Hachem -, pourquoi le Saint, béni soit-Il, ne les emploie-t-Il pas pour châtier les méchants comme Il l'a fait lors de la génération du Déluge ? C'est ici que s'achève le premier volet de cette réplique, et dans les chapitres suivants, Iyov poursuivra en développant ses deux autres arguments.