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Chapitre 11 - 1ère partie - La réponse de Tsofar de Naama - Partie 1

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Introduction : la sixième réplique - Tsofar de Naama
וַיַּעַן צֹפַר הַנַּעֲמָתִי וַיֹּאמַר׃ - Tsofar de Naama prit la parole et dit :

Nous abordons ici la sixième réplique du livre d'Iyov, celle de Tsofar de Naama. Comme à notre habitude, introduisons d'abord l'idée fondamentale qui sous-tend ses propos, avant d'observer comment elle s'articule dans les versets. Les deux premiers intervenants s'accordaient avec le postulat d'Iyov : il est impensable que le Saint, béni soit-Il, exerce Sa providence et que, dans le même temps, le juste périsse, car ce serait une contradiction absolue - s'il y a providence, le juste ne peut périr. Leur controverse avec lui ne portait que sur les détails : soit il ne s'agissait pas véritablement d'un juste, soit il ne périssait pas réellement, puisque Hachem finirait par élever son rang, chacun selon son approche.

Mais Tsofar intervient et déclare : je rejette l'ensemble de ce principe. À mon sens, il est tout à fait possible que le Saint, béni soit-Il, exerce Sa providence et que le juste périsse, sans qu'il n'y ait là la moindre contradiction. Bien plus encore : il n'y a là aucune injustice - et c'est là le point essentiel. Hachem veille, le juste périt, et il n'y a en cela aucune injustice.

Deux modes de perception : la chose en soi et la chose telle qu'elle est perçue par nos sens

Le Malbim explique : Tsofar soutient que la perception, c'est-à-dire la manière dont nous appréhendons la réalité, s'opère selon deux voies. La première consiste à appréhender la chose telle qu'elle est en son essence, dans sa vérité absolue. La seconde consiste à connaître la chose telle qu'elle est perçue par nos sens. Or, nous savons tous que nous n'avons aucun moyen d'appréhender les choses en elles-mêmes, dans leur essence, mais seulement à travers nos sens. Ce qui est saisi par nos sens, nous le reconnaissons ; ce qui échappe à nos sens, nous ne le connaissons pas.

À tel point qu'il existe un courant philosophique affirmant que les choses n'existent peut-être que lorsqu'on les observe, et que lorsqu'on cesse de les observer, elles cessent d'être. Peut-on prouver le contraire ? Qu'un homme vienne affirmer : cette île n'existe que lorsqu'on la regarde. Pourriez-vous prouver que lorsque personne ne la regarde et qu'aucun appareil ne la photographie, elle existe encore ? C'est impossible à démontrer, car tout notre savoir passe par les sens. Ce qui est capté par nos sens, nous savons qu'il existe, mais personne ne prétendra que ce qui échappe à nos sens n'existe pas - qui a jamais capté des ondes radio avec ses yeux ? Grâce à un récepteur, oui, mais pas avec l'œil. Il en résulte que toute notre perception ne saisit pas l'essence de la chose en soi, mais seulement ce que j'ai vu, touché, goûté, senti ou entendu.

Déduire l'antérieur à partir de l'ultérieur

Bien plus encore : toute notre connaissance découle des sens, et notre appréhension du passé procède toujours de l'ultérieur vers l'antérieur. Lorsque je cherche à déterminer comment les choses se passaient lors de la création du monde, ou à quoi ressemblait une plante, un arbre ou un homme il y a cinq mille ans, je n'ai d'autre moyen d'en tirer des conclusions que d'examiner la chose telle qu'elle se présente aujourd'hui.

Prenons une parabole : deux hommes observent un enfant. Le premier a vu le nourrisson depuis sa naissance jusqu'à l'âge de dix ans. Au second, on présente un enfant de dix ans, et sa recherche consiste à déterminer à quoi ressemblait cet enfant à l'âge d'un an ou à l'âge de deux jours. Les conclusions de qui seront les plus exactes ? Assurément celles de celui qui l'a vu se développer. Le second se dit : s'il mesure telle taille et pèse tel poids à dix ans, et qu'il grandit de tant tous les deux jours, alors à tel âge il devait être ainsi. Cette conclusion est-elle toujours juste ? Elle est manifestement erronée.

Un jeune chercheur au début de sa carrière décide d'étudier le développement d'un lièvre. Prenons un exemple plus familier : un nourrisson. À la naissance, il pèse trois kilos, et à dix ans, il atteint trente kilos. Le chercheur calcule : en dix ans, son poids a été multiplié par dix ; par conséquent, à vingt ans, il pèsera trois cents kilos, et à trente ans, trois tonnes ! Que lui objecter ? Après tout, il a mesuré ! Pourtant, la déduction est fondamentalement fausse, car on extrapole d'une réalité observée vers une autre réalité qu'on n'a jamais vue. Et il en va de même en sens inverse : s'il déduisait de l'évolution entre trente et quarante ans ce qui s'est produit entre zéro et dix ans, sa conclusion serait tout aussi faussée. Telle est la manière dont nous élaborons tout raisonnement théorique : par les sens, et en déduisant ce qui existait dans le passé à partir de ce que nous voyons aujourd'hui. Une voie bien fragile pour parvenir à la vérité.

La grotte des stalactites

C'est exactement l'erreur dans laquelle on tombe à propos des grottes de stalactites et stalagmites. Quiconque a déjà visité une telle grotte a entendu le guide affirmer qu'elle a trois ou cinq millions d'années. Sur quoi se fonde ce calcul ? Il explique : chaque concrétion grandit de tant et tant de millimètres par an. Nous observons pendant quarante ans et constatons qu'elle croît d'un millimètre par an. Dès lors, une stalactite d'un mètre - mille millimètres - a mille ans, une de cinq mètres a cinq mille ans, et ainsi de suite.

Et où réside l'erreur ? Comment grandit une stalactite ? Par l'infiltration de l'eau à travers le calcaire : l'eau dissout la roche et les concrétions se forment. Mais aujourd'hui, il n'y a pas de cours d'eau au-dessus - alors qu'il est fort possible qu'il y a mille ans, une rivière coulait à cet endroit, et le débit d'infiltration était alors infiniment plus élevé. Ce qui semble aujourd'hui résulter d'un processus de mille ans a très bien pu s'accomplir en deux mois. Et si autrefois les chercheurs refusaient de l'admettre, ils le reconnaissent aujourd'hui, car on a découvert une grotte documentée : les habitants de la localité voisine témoignent qu'il n'y avait rien là-bas il y a quarante ou cinquante ans. En l'examinant quarante ans plus tard, on y a trouvé des stalactites auxquelles les scientifiques auraient attribué des dizaines de milliers, des centaines de milliers, voire des millions d'années. Pourtant, des témoins ont documenté et certifié qu'il n'y avait rien là quarante ans plus tôt. Il s'avère donc que tout cela peut se former très rapidement, selon le volume d'eau en surface. Une déduction opérée de cette manière est donc totalement erronée.

Les ossements et le Déluge

Le Malbim écrit quelque chose de similaire au sujet de ceux qui prélèvent des ossements et les analysent, pour déterminer leur âge d'après leur degré d'usure et leur aspect vieilli (comme on le fait aujourd'hui par la datation au carbone 14). Le Malbim explique : ce calcul néglige un détail fondamental - on ignore ce qui s'est produit dans le passé, et il est impossible de tirer des conclusions certaines sur les événements d'antan à partir d'une simple observation actuelle.

En effet, si l'on prend un os d'animal et qu'on le fait bouillir pendant un mois entier, avant de le jeter dans un coin de jungle pour qu'un scientifique le découvre, que dira-t-il ? En voyant à quel point il est friable et dégradé, il sera convaincu qu'il s'agit d'un os millénaire. Or, les chercheurs ne tiennent pas compte du fait que le monde entier a subi une véritable cuisson lors du Déluge. Tout a été bouleversé, et de façon extrême : des eaux bouillantes ont jailli, et pendant quarante jours, le monde a mijoté dans cette fournaise. Mettez des os pendant quarante jours dans une marmite sous une chaleur extrême, à quoi ressembleront-ils ? Les scientifiques omettent ainsi les réalités historiques.

Seul le Créateur d'une chose en connaît l'essence

Tel est l'argument de Tsofar : nous ne percevons que l'aspect extérieur des choses, la façon dont elles agissent sur nos sens et ce qu'elles paraissent être à présent, mais nous ne pouvons saisir les choses dans leur essence même. C'est comparable à quelqu'un qui voudrait comprendre ce qu'est une voiture en se contentant de la regarder. Qui la connaît réellement ? Celui qui l'a construite. Il saura expliquer avec précision de quoi elle est faite et comment elle fonctionne. Mais l'observateur extérieur dira : « On dirait un être vivant qui respire, je vois bien toute la vapeur qui sort par l'arrière ! » Ce que nos sens perçoivent nous conduit à des conclusions totalement erronées.

Autrefois, si l'on demandait à quelqu'un : « Y a-t-il du mouvement dans ce verre ? », il répondait : « Absolument aucun. » Aujourd'hui, nous savons que toute matière est composée d'atomes - un noyau central entouré d'électrons et de protons - qui créent l'illusion d'une masse solide, alors qu'en réalité la matière dense n'occupe presque aucun espace. Si l'on pouvait comprimer toute la matière de la tour Eiffel en éliminant le vide, elle tiendrait à peine dans une boîte d'allumettes. D'ailleurs, ne nous y trompons pas : personne n'a jamais vu un atome, pas même au microscope, c'est impossible. Comment définit-on ce qu'il est ? Par ses effets, par sa fission qui libère une énergie colossale, et c'est ainsi que l'on remonte à son principe. Même la représentation classique qu'on en donne n'est qu'une théorie, tout comme les ondes radio que l'on schématise sous forme d'ondes : qui dit qu'elles ressemblent vraiment à cela ? Le mot « atome » signifie d'ailleurs « insécable », la particule élémentaire qui ne peut être divisée. Et si de toute la tour Eiffel il ne reste même pas une boîte d'allumettes, que reste-t-il de l'homme ? Une poussière éphémère.

Autre exemple : de quelle couleur est le sang ? Rouge. Pourtant, nous savons tous aujourd'hui qu'il est composé de globules rouges et de globules blancs. Et qui l'a révélé ? Le saint Ari zatsal, il y a environ quatre cent cinquante ans, écrivait déjà que le sang de l'homme se compose d'une humeur blanche et d'une humeur rouge. Savait-on à son époque que le sang contenait des globules blancs ? D'où le saint Ari le savait-il ? Voilà toute la différence : celui qui raisonne de l'effet vers la cause dit : « J'observe avec mes sens et je vois du rouge. » Mais le saint Ari explique : « Je ne regarde pas le sang ici-bas, je contemple sa racine d'en Haut, la façon dont il a été créé. Et sachant comment il a été conçu, je sais qu'il renferme une substance blanche et une substance rouge, car j'ai accès aux plans de la Création. » Toute tentative de déduire le principe originel à partir des effets visibles n'est donc qu'une démarche vaine, vouée le plus souvent à des conclusions trompeuses.

« Le juste qui périt » - sait-on vraiment ce qu'est un juste ?

Il s'ensuit que si un homme venait à dire : « Selon ce que perçoivent mes sens, je vois ici un juste, et selon mes sens, je constate qu'il périt ; j'ai donc une objection fondamentale : comment est-il possible qu'un juste périsse ? » - on lui répondra : « Cher ami, tes sens t'induisent en erreur. Qui te dit que ton regard est juste ? Tu ne saisis pas les choses dans leur essence ; si tu les comprenais dans leur vérité profonde et non d'après leur apparence extérieure, tu n'aurais plus la moindre question. »

Et qu'est-ce qui nous échappe exactement ? Le Malbim explique : lorsque vous parlez d'un « juste qui périt », vous ne comprenez ni ce qu'est un tsadik, ni ce que signifie périr. D'abord, le fait de le qualifier de juste ne repose que sur ce qui est perceptible à vos yeux. Avez-vous sondé son cœur ? Vous ignorez sa véritable nature et ne voyez que les apparences. Ensuite, il se peut fort bien que cet homme accomplisse les actes d'un juste, mais que devant le tribunal céleste il soit considéré comme impie, ou à tout le moins fort éloigné de la véritable piété.

Comment cela ? Prenons un homme né avec des forces d'âme - disons, sur une échelle de un à cent - au niveau de quatre-vingt-quinze. Ce sont les outils qu'il a reçus, c'est le degré spirituel qu'il a la capacité d'atteindre. Et nous le voyons se tenir au niveau quatre-vingt-cinq. Que dirons-nous de lui ? Un Tsadik ! On raconte des prodiges à son sujet et tout semble parfait. Mais comment est-il considéré selon le tribunal céleste ? Comme un fauteur - car tu avais reçu quatre-vingt-quinze et tu t'es laissé tomber à quatre-vingt-cinq. En revanche, un homme qui se tient au niveau quarante : nous le regardons comme un homme indigne, alors qu'en vérité il est né à vingt et a doublé son potentiel pour parvenir à quarante. Savez-vous combien d'efforts il a fournis pour atteindre ces quarante ?

Dès lors, on comprend que l'on ne comprend pas. Sait-on avec quelles forces il a été créé ? Quelles ressources intérieures il a reçues ? Dans quel milieu il a grandi ? Ce sont pourtant là les seules données qui permettraient de juger, et nous n'en possédons aucune. Et qui peut déterminer s'il a parachevé son âme à la mesure des facultés reçues ou si, au contraire, il a déchu par rapport aux moyens qui lui ont été confiés ? Chaque homme possède ses prédispositions, les outils qui lui ont été attribués et le potentiel qui réside en lui. C'est pourquoi Tsofar affirme : quand tu t'interroges sur le "juste qui périt", dès cette qualification de "juste", ton propos est déjà faussé. Non pas que je décrète qu'il n'est pas un juste, mais c'est toi qui ne peux pas savoir s'il en est un.

Vélo et moto

À quoi cela ressemble-t-il ? À une course entre un vélo et une moto. La moto a parcouru vingt kilomètres en une journée, et le vélo dix kilomètres. Qui a gagné ? Assurément le vélo. Vingt kilomètres à moto représentent peut-être une demi-heure de route, alors qu'en une journée entière, on aurait pu en franchir des centaines. En revanche, le cycliste a appuyé sur les pédales, a peiné et a réussi à en accomplir dix. Celui qui ne regarde que les apparences dira : le vélo est en retard, la moto est devant, inutile de chercher plus loin. Mais vingt kilomètres à moto, c'est une honte, c'est un gâchis, le potentiel n'a nullement été exploité. Et c'est là le second point : même à supposer qu'il soit un Tsadik et que toutes les intentions de son cœur soient pures, qui a dit qu'il a fait tous les efforts requis pour atteindre le niveau auquel il pouvait véritablement accéder ?

L'histoire de la fille de Nakdimon ben Gorion

Nos Sages ont enseigné (Ketoubot 66b) : il arriva que Rabban Yohanan ben Zakaï sortait de Jérusalem monté sur un âne, et ses disciples marchant derrière lui. Il vit une jeune fille qui ramassait des grains d'orge parmi les crottins des bêtes d'Arabes. Remarquez les degrés successifs de la déchéance : de l'orge, ce qui signifie qu'il n'y a plus de blé et qu'il ne reste que la nourriture des bêtes ; parmi les excréments, ce qui signifie qu'il est impossible de trouver ne serait-ce que de l'orge ordinaire ; et des bêtes d'Arabes, car Israël ne possède plus de troupeaux du tout. Le degré d'avilissement le plus extrême qui soit.

Dès qu'elle l'aperçut, elle s'enveloppa de sa chevelure et se tint devant lui. Elle lui dit : Maître, nourris-moi ! Il lui demanda : Ma fille, qui es-tu ? Elle répondit : Je suis la fille de Nakdimon ben Gorion. Il lui dit : Ma fille, où est passée la fortune de la maison de ton père ? Il possédait des millions, où est cet argent ? Elle lui dit : Maître, ne formulait-on pas ce proverbe à Jérusalem : "Le sel de la fortune, c'est la diminution" ? De même que la viande se conserve par le sel, de même le sel de la richesse consiste à la restreindre en la donnant à la Tsedaka. Et certains ont pour variante "Hessed" - fais-en de la bienfaisance, ce qui revient exactement au même. Il lui dit : Et la fortune de la maison de ton beau-père, où est-elle ? Car ton beau-père était lui aussi immensément riche. Elle lui répondit : L'un est venu et a entraîné la ruine de l'autre - la perte des uns a englouti celle des autres. De même qu'un homme investit une part de son capital, la perd, et se voit contraint d'éponger ses dettes avec ce qui lui reste, ainsi les biens de mon beau-père ont été absorbés pour couvrir les dettes de la maison de mon père. Elle lui dit : Maître, te souviens-tu du jour où tu as signé ma Ketouba ? Il lui dit : Oui. Et il déclara à ses disciples : Je me souviens lorsque j'ai signé l'acte de mariage de cette femme, j'y lisais un million de dinars d'or provenant de la maison de son père, sans compter l'apport de son beau-père. Rabban Yohanan ben Zakaï pleura et dit : Heureux êtes-vous, enfants d'Israël ! Lorsque vous accomplissez la volonté de l'Omniprésent, aucun peuple ni aucune nation n'a de pouvoir sur vous ; mais lorsque vous n'accomplissez pas la volonté de l'Omniprésent, Il vous livre aux mains d'un peuple vil, et non seulement à un peuple vil, mais aux bêtes d'un peuple vil. (Quant au sens de cette exclamation "Heureux êtes-vous" au cœur d'une situation si dramatique, nous l'expliquerons en une autre occasion.)

« Pour son honneur il agissait » et « Il n'a pas agi comme il convenait qu'il agisse »

Et c'est ici le point précis auquel nous voulons parvenir. La Guémara s'interroge : Nakdimon ben Gorion n'avait-il donc pas pratiqué la Tsedaka ? Pourtant, n'a-t-il pas été enseigné dans une Baraïta : on racontait au sujet de Nakdimon ben Gorion que, lorsqu'il sortait de chez lui pour se rendre à la maison d'étude, on étendait sous ses pas de somptueuses étoffes de soie, et les pauvres venaient les replier derrière lui. On déployait devant lui de précieux tapis de soie, et chaque indigent venait, les enroulait, les emportait pour les vendre et assurer sa subsistance.

La Guémara propose deux réponses. Si tu veux, dis : c'est pour son honneur personnel qu'il agissait. C'est-à-dire que toute cette Tsedaka était entachée d'une recherche de gloire - afin que les gens s'exclament : avez-vous vu Nakdimon ben Gorion, quel homme généreux ! Le trait est ici volontairement forcé, mais assurément, lorsqu'on dit "pour son honneur", il peut s'agir d'une nuance d'une infinie subtilité, où s'est insinuée dans l'acte une très fine part d'amour-propre. Ou bien, si l'on veut, le déploiement même de ces tapis - ce véritable tapis rouge - était destiné à rehausser son propre prestige.

Et si tu veux, autre réponse : il n'a pas agi comme il convenait qu'il agisse. Il a donné, certes, mais pas à la mesure de ce qu'il lui incombait de faire. Comme le dit le proverbe populaire : c'est à la taille du chameau que l'on mesure sa charge. À titre d'exemple : lors d'un gala de bienfaisance, un fidèle ordinaire de la communauté donne mille chekels, puis arrive un grand magnat qui s'exclame : "Comment, mille seulement ? Moi, j'en donne deux mille !" Qui a donné le plus ? Assurément le premier. Car pour lui, avec ses dettes et son crédit immobilier, mille chekels représentent une somme considérable ; tandis que pour le milliardaire, deux mille ne sont rien du tout. En pourcentage de ses capacités, l'homme modeste a donné infiniment plus que le riche.

Dans le même sens, on demanda un jour au Rav Shteinman : comment est-il concevable que tant de grandes fortunes se soient effondrées lors du krach boursier et des faillites bancaires, alors même qu'ils soutenaient régulièrement les maisons d'étude de la Torah - pourquoi la Tsedaka ne les a-t-elle pas protégés ? Il leur répondit : Montrez-moi le riche qui a prélevé dix pour cent de ses bénéfices réels. Vous dites qu'il a donné un million par-ci et un million par-là, mais si le bilan financier montre qu'il a gagné quatre milliards cette année, a-t-il pour autant donné quatre cents millions à la Tsedaka ? Il en a donné quatre millions, et tout le monde s'émerveille : "Quelle somme colossale !" Mais bien au contraire : le Saint, béni soit-Il, lui a accordé quatre milliards, et la mesure de son devoir était d'en donner quatre cents millions.

Les deux points qui ressortent de ce récit

Remarquez que dans cette souguiya se trouvent précisément les deux points soulignés par le Malbim. Le premier - « c'est pour son propre honneur qu'il a agi » : vous dites voilà un juste, et comment un juste peut-il périr ? Mais qui vous dit qu'il est un tsadik ? Vous jugez d'après les actes, or les actes sont perçus par les sens, et les sens sont trompeurs. Il accomplit des actes de charité, mais que se passe-t-il au plus profond de son cœur ? Quelle part de tout cela est purement accomplie pour la gloire du Ciel ? Vous ne pouvez pas le savoir, vous êtes limité à une vision extérieure. Et le second point - « il n'a pas agi comme il aurait dû le faire, selon le chameau est la charge » : même si tout est pur dans son cœur et entièrement voué au Ciel, est-ce suffisant ? À ton niveau, avec tes capacités, avec ton potentiel, tu aurais pu accomplir bien davantage.

Une parabole tirée de la salle de classe

C'est ce que l'on constate dans chaque salle de classe. Il arrive qu'un enseignant admire un élève bien plus qu'un autre. L'un a obtenu quatre-vingts et l'autre cent. Et le maître vous explique : certes, celui-là a eu cent, mais il n'a fourni aucun effort, il s'amuse pendant le cours, Hachem l'a doté d'une compréhension fulgurante. En revanche, le second - combien d'efforts fournit-il, combien pose-t-il de questions en cours, combien de nuits blanches passe-t-il à réviser la matière, jusqu'à parvenir à cette note de quatre-vingts ! De qui faut-il être admiratif ? De celui qui a eu quatre-vingts, et non de celui qui a eu cent. Et bien au contraire, dans la situation de celui qui a eu cent, cette note n'est rien ; à son niveau, il devrait non seulement réussir des examens mais concevoir des épreuves, non seulement répondre à des questions mais apporter des éclairages novateurs sur les sujets abordés. Et puisqu'il n'exploite pas son potentiel, les sens de l'observateur l'induisent en erreur : ce qu'il aurait dû faire, il ne l'a pas fait.

En conclusion :

Tsofar le Naamathite conteste le postulat même du débat : il se peut parfaitement qu'Hachem exerce Sa providence tout en laissant périr celui qui semble juste, sans qu'il n'y ait là la moindre injustice. Le fondement de cette idée réside dans le fait que toute notre perception passe uniquement par les sens et que nous n'atteignons jamais l'essence des choses ; même nos déductions sur le passé, qui vont des effets vers les causes, sont fragiles et erronées (à l'image des grottes de stalactites et des ossements ébouillantés lors du Déluge). Et de même que nous ignorons l'essence des choses, nous ignorons qui est véritablement un tsadik : ni son for intérieur, ni les aptitudes et le potentiel avec lesquels il a été créé. Peut-être que dans ses actions, qui nous semblent vertueuses, s'est glissé le motif « c'est pour son honneur qu'il a agi », et peut-être même que, si tout a été accompli pour la gloire du Ciel, « il n'a pas agi comme il aurait dû le faire », car « la charge est à la mesure du chameau ». Et tant qu'il nous est impossible de savoir qui est véritablement juste, il nous est tout autant impossible de demander : « Pourquoi le juste périt-il ? ».