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Chapitre 13 - Le culte des veaux et son châtiment - Première partie

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Introduction : la suite des réprimandes du chapitre précédent

Le chapitre 13 du livre d'Osée s'inscrit dans la continuité directe du chapitre précédent. À la fin du chapitre 12, nous avons vu le verset : « Éphraïm a provoqué d'amers chagrins ; son sang sera répandu sur lui, et son Seigneur lui fera retomber son opprobre », et nous avons expliqué que cela fait référence au fait que les enfants d'Israël ont eux-mêmes anéanti la maison de Jéroboam et celle d'Achab pour avoir servi le Baal - avant d'aller eux-mêmes servir ce même Baal. « Et son Seigneur lui fera retomber son opprobre » : le roi assassiné vient pour ainsi dire leur adresser un reproche : « Vous m'avez tué, et vous avez fait exactement comme moi ? Il s'avère donc que vous avez versé du sang innocent. » Le présent chapitre poursuit précisément ce même réquisitoire.

Verset 1 : « Dès qu'Éphraïm parlait, c'était un tremblement » - trois explications
כְּדַבֵּר אֶפְרַיִם רְתֵת נָשָׂא הוּא בְּיִשְׂרָאֵל וַיֶּאְשַׁם בַּבַּעַל וַיָּמֹת׃ - Quand Éphraïm parlait avec tremblement, il s'éleva en Israël ; mais il s'est rendu coupable par le Baal, et il est mort.

Le Malbim explique que ce verset s'inscrit lui aussi dans le principe de « son Seigneur lui fera retomber son opprobre » : le roi déchu et assassiné continue de leur répliquer. « Éphraïm » désigne ici le roi, car c'est de la tribu d'Éphraïm qu'est issue la royauté à Samarie. Lorsqu'Éphraïm a ordonné d'adorer les veaux d'or, il ne l'a pas fait par conviction religieuse mais par « tremblement » (rétèt) - par crainte et appréhension. Et de quoi avait-il peur ? « Il s'éleva en Israël » : pour préserver son élévation et sa souveraineté.

Tel est le fond de la question : le royaume s'était divisé, Juda et Benjamin d'un côté, et les dix tribus de l'autre. Le Beth Hamikdach se trouvait sur le territoire de Juda et Benjamin, et si le peuple montait en pèlerinage pour célébrer les fêtes, il verrait Jéroboam debout et Roboam fils de Salomon assis - car seuls les rois de la maison de David avaient le droit de s'asseoir dans la Azara (le parvis du Temple). Ils se diraient alors : « C'est lui le véritable roi, l'autre n'est qu'un usurpateur. » De plus, le roi de Juda risquait de reconquérir le cœur du peuple et de reprendre la royauté en main. C'est pourquoi Jéroboam a dit : nous n'avons pas besoin du Beth Hamikdach, nous avons un nouveau culte - les veaux. Il en résulte que « quand Éphraïm parlait avec tremblement » signifie que c'est par peur pour son trône qu'il a instauré l'idolâtrie.

Et bien qu'il ait agi ainsi par tremblement et par crainte, quelle fut sa fin ? « Il s'est rendu coupable par le Baal, et il est mort » : cela lui coûta très cher. Le Saint, béni soit-Il, décréta qu'il ne subsisterait aucun nom ni descendant à la maison de Jéroboam ; cet acte constitua sa faute capitale, et le peuple finit par le faire mourir.

Rachi interprète ce verset dans une tout autre direction : il s'agit des reproches que Jéroboam fils de Nebath a adressés au roi Salomon au sujet de la construction du Milo. Lorsqu'il s'est exprimé contre lui, il a tenu des propos sévères en tremblant - car Salomon était un grand roi, et il n'était pas aisé de s'élever contre lui, et encore moins de le réprimander. « Dès qu'Éphraïm parlait en tremblant » : lorsque Jéroboam, issu de la tribu d'Éphraïm, tint avec crainte ces dures paroles devant Salomon, « il s'éleva en Israël » - il mérita par cela d'accéder à la royauté, car tous virent en lui un homme de force et d'envergure, capable de se dresser pour réprimander le roi Salomon. « Mais il s'est rendu coupable par le Baal, et il est mort » : à la fin, il alla lui-même servir des idoles, et perdit par conséquent la royauté et la vie ; la maison de Jéroboam fut anéantie, tout comme plus tard celle d'Achab.

Le Radak propose une troisième voie : au départ, avant qu'Éphraïm ne fautât, il inspirait l'effroi à toutes les nations environnantes. Ils étaient considérés comme un peuple illustre et puissant, et quiconque entendait parler d'Éphraïm était saisi de tremblement et tremblait d'effroi. C'est en ce sens qu'il est dit qu'il était éminent parmi les tribus d'Israël, et que « sa descendance remplira les nations ». « Il s'éleva en Israël » : il portait la tête haute en Israël. Malgré tout cela, « il s'est rendu coupable par le Baal, et il est mort » : dès lors qu'il s'est rendu coupable d'idolâtrie, il fut vaincu par ses ennemis et considéré comme mort.

Nous en tirons une règle d'exégèse fondamentale, que nous retrouverons fréquemment dans ce chapitre : lorsqu'un verset est limpide et explicite, il n'y a guère matière à divergence, le sens littéral étant évident. En revanche, lorsqu'un verset est obscur - et l'expression « kedaber Éphraïm rétèt » en est une -, les interprétations se multiplient, chacune empruntant une voie totalement différente. Rachi l'applique à Jéroboam parlant contre Salomon, le Radak à ceux qui évoquaient Éphraïm en tremblant devant sa grandeur, et le Malbim à Jéroboam érigeant les veaux par crainte de perdre son pouvoir. Il existe d'autres explications encore, mais notre étude s'appuie principalement sur Rachi, le Radak et le Malbim.

Verset 2 : la faute s'aggrave désormais
וְעַתָּה יוֹסִפוּ לַחֲטֹא וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם מַסֵּכָה מִכַּסְפָּם כִּתְבוּנָם עֲצַבִּים מַעֲשֵׂה חָרָשִׁים כֻּלֹּה לָהֶם הֵם אֹמְרִים זֹבְחֵי אָדָם עֲגָלִים יִשָּׁקוּן׃ - Et maintenant, ils continuent de pécher ; ils se sont fait une image de fonte avec leur argent, selon leur industrie, des idoles qui sont toutes l'œuvre d'artisans. C'est à leur sujet qu'ils disent : « Que ceux qui sacrifient des hommes embrassent les veaux ! »

Le Malbim poursuit par la voix du roi assassiné : après m'avoir assassiné pour cette raison, comment pouvez-vous continuer à fauter ? Bien au contraire, votre faute actuelle est plus grande encore que celle du roi de son vivant. Car lorsque le roi vivait, c'est lui qui contraignait à l'idolâtrie, c'est lui qui en donnait l'ordre. Mais maintenant, vous le faites de vous-mêmes. Jusqu'à présent, l'idolâtrie venait du roi - et désormais « ils s'en fabriquent », ils agissent d'eux-mêmes. Jusqu'alors, la statue de métal fondu n'était pas faite avec leur propre argent, mais avec celui du roi - et à présent « avec leur argent ». Jusqu'à présent, elle ne venait pas de leur intelligence et de leur réflexion - et à présent « selon leur entendement », d'après leur propre conception. Il en ressort que leur faute est bien plus grave, car ils servaient alors les idoles par crainte du roi, tandis qu'aujourd'hui, ils le font de leur propre chef.

« Des idoles, toutes l'œuvre d'artisans » - l'idole a été façonnée avec un tel art et une telle ingéniosité qu'elle semble presque avoir une bouche pour parler, et ce sont les idoles elles-mêmes qui réprimandent le peuple venu les embrasser : « Ceux qui égorgent des hommes embrassent des veaux ! » - vous qui avez égorgé un être humain, qui avez assassiné le roi sous prétexte qu'il servait des idoles, qui avez tué Yarov'am et A'hav parce qu'ils s'étaient attachés au Baal - c'est vous-mêmes qui venez embrasser les veaux ? Dès lors, il apparaît rétrospectivement que votre meurtre n'était nullement mû par le zèle pour Hachem, mais n'était qu'un lâche assassinat, et vous avez sacrifié un homme pour rien. Telle est la plainte du roi assassiné contre ses meurtriers : comment avez-vous pu me tuer pour cela, alors que vous-mêmes avez commis par la suite des actes bien pires ?

Rachi explique le mot « Et maintenant » en faisant référence à la maison de Yéhou, qui a vu de ses propres yeux comment Yarov'am s'était dressé contre Salomon pour devenir souverain, puis avait sombré dans l'idolâtrie et tout perdu - et malgré cela, ils ont continué à fauter. « Selon leur entendement » (kitvonam), Rachi l'explique au sens de « selon leur modèle » (ketavnîtam), c'est-à-dire qu'ils avaient un gabarit et une forme précise d'après lesquels ils fabriquaient l'idole de métal (contrairement à l'explication « selon leur conception intellectuelle » vue chez le Malbim). Et sur les mots « ceux qui égorgent des hommes embrassent des veaux », Rachi cite la Guémara dans Sanhédrin : les prêtres du Molokh disaient aux enfants d'Israël d'immoler leurs enfants à l'idole, et quiconque méritait de sacrifier son fils méritait d'embrasser le veau, car il lui avait offert un présent d'une valeur insigne. Celui qui sacrifiait un homme avait le privilège d'embrasser le veau ; celui qui ne le faisait pas en était privé.

Le Radak explique « Et maintenant ils continuent à pécher » : maintenant que règne Yarov'am, ils ajoutent au péché. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque des Juges, certes ils servaient les Baals, mais c'était par intermittence, dans un mouvement de va-et-vient : un juge se levait et les ramenait au repentir, le pays demeurait en paix quarante ans, et le cycle recommençait. Tandis qu'à présent, ils ont totalement déraciné le culte d'Hachem : ils ont interdit de monter à Jérusalem, interdit de se rendre au Beth Hamikdach, ont érigé les veaux d'or en substitut, et ont proclamé : « Voici tes dieux, Israël, qui t'ont fait monter du pays d'Égypte ! » Jusque-là, le péché allait et venait, mais désormais, ils s'y sont figés et enracinés.

Le Radak s'interroge en outre : pourquoi le verset dit-il « de leur argent » (mikaspam), alors que le veau était d'or ? Le sens est que chacun donnait de son argent afin d'acheter de l'or pour confectionner le veau. « Selon leur entendement » - soit d'après la réflexion qu'ils ont menée sur la forme à lui donner avant de s'accorder dessus, soit, selon le Targoum Yonatan, « selon leur modèle », comme l'explique Rachi. « Toutes l'œuvre d'artisans » - il n'y a là rien de spirituel, ce n'est que l'ouvrage d'un menuisier ou d'un orfèvre, une fabrication purement matérielle, comme il est écrit : « Il n'y a aucun souffle en son sein ». « C'est à leur sujet qu'ils disent » - c'est en leur faveur que les prêtres du Baal disent à ceux qui viennent sacrifier : qui veut immoler pour le veau ? « Ils embrassent des veaux » - le culte du veau n'est complet que si on lui donne un baiser ; il ne suffit pas de lui sacrifier, il faut également l'embrasser, comme il est écrit : « et toute bouche qui ne lui a pas donné de baiser » ; on voit donc que leur coutume consistait à embrasser les idoles.

« Ceux qui égorgent des hommes embrassent des veaux » - La distorsion morale

Il est bien connu que le Maguid de Kelm fut invité à prononcer un discours à la Yéchiva 'Hakhmei Loublin, une dizaine d'années avant la Shoah, et y parla de l'Allemagne. Il leur dit : sachez qu'en cet endroit, on finira par égorger des êtres humains comme des veaux - sans le moindre remords, tout comme un homme mène un veau ou une volaille à l'abattoir. On lui objecta : honorable Rav, que dites-vous là ? L'Allemagne est un pays éclairé et instruit, le berceau de la culture ! Il leur répondit : je ne sais qu'une chose, je connais un verset. Et le verset déclare : « Ceux qui égorgent des hommes embrassent des veaux ». Un individu capable d'une telle aberration, d'embrasser un veau, n'éprouvera aucune difficulté à égorger un être humain. Sa distorsion morale est si profonde que quiconque peut élever un veau au rang d'homme et l'embrasser est tout aussi capable de rabaisser un homme au rang de bête et de l'égorger. Et devant leur étonnement, il expliqua avoir vu une femme allemande prendre son chien dans les bras pour l'embrasser, ajoutant : dans un pays où une telle chose est courante, les hommes seront également capables d'égorger des êtres humains.

Et comme chacun le sait, l'un des dirigeants nazis possédait un chien qu'il avait baptisé « Mensch » - c'est-à-dire « être humain » - et il lâchait ce chien contre des Juifs. Il était capable d'élever un animal au rang d'homme, et c'est pourquoi il n'avait aucun scrupule à rabaisser le Juif au rang de bête, et même plus bas encore que son chien, en livrant des Juifs en pâture à son animal. Lorsqu'un homme est perverti dans sa perception, il peut sombrer dans les dérives les plus effroyables.

Ce point a déjà été développé par le passé et ne constitue pas notre sujet ici, mais on peut l'observer également à notre époque. En apparence, on pourrait trouver des circonstances atténuantes aux mouvements de gauche en disant qu'il s'agit de personnes pétries de compassion, incapables de supporter ne serait-ce que la détresse d'un Palestinien, et voyant en elles des êtres miséricordieux envers toute créature. Pourtant, lors du désengagement, ils ont ouvert des refuges pour recueillir les chiens abandonnés par les habitants évacués qui n'avaient nulle part où les emmener, et lorsqu'on leur demandait : « Mais il y a ici des êtres humains que personne ne prend en charge ! », ils répondaient que c'était leur problème s'ils étaient allés s'installer là-bas. C'est exactement « ceux qui égorgent des hommes embrassent des veaux » : quiconque est capable d'embrasser un chien ou un veau et de l'élever au rang d'être humain - « adoptez un chien » - n'accueillera jamais un habitant des implantations, car à ses yeux, celui-ci est inférieur à une espèce animale. Et il y eut déjà un professeur, nommé Arnan, qui affirma que les Palestiniens devaient viser de leurs missiles les implantations plutôt que l'État d'Israël : à ses yeux, leur sang était déjà considéré comme licite.

Il n'y a pas d'illusion à se faire : lorsqu'un homme est faussé dans son jugement et se montre capable de témoigner à l'égard d'un non-Juif ou d'un terroriste une considération humanitaire empreinte de compassion, cela se fait inévitablement au détriment des Juifs fidèles aux mitsvot, des gens de droite, des orthodoxes, de ses propres frères. De là proviennent les propos les plus violents que l'on puisse entendre contre les observants des commandements et les habitants des implantations, jusqu'à la déclaration d'Uri Avnery affirmant qu'il faudrait les brûler avec leurs barbes - tandis qu'avec le Hezbollah, il conviendrait de dialoguer et d'examiner en quoi nous aurions failli en ne leur accordant pas assez. On constate ainsi que le phénomène est systématique : quand la pensée est dévoyée, la perversion n'est jamais partielle ; elle est totale.

Verset 3 : Nuée du matin, rosée, paille et fumée
לָכֵן יִהְיוּ כַּעֲנַן בֹּקֶר וְכַטַּל מַשְׁכִּים הֹלֵךְ כְּמֹץ יְסֹעֵר מִגֹּרֶן וּכְעָשָׁן מֵאֲרֻבָּה׃ - C'est pourquoi ils seront comme la nuée du matin et comme la rosée matinale qui s'évanouit, comme la paille emportée par le tourbillon loin de l'aire, et comme la fumée s'échappant de la lucarne.

Le Malbim explique qu'il y a ici deux étapes. D'abord, le Saint, béni soit-Il, leur retire le bien et la bénédiction, et ils deviennent semblables à un nuage matinal qui apporte des pluies de bénédiction mais se dissipe et disparaît aussitôt ; et de même "comme la rosée matinale qui s'en va" - même si l'on a reçu quelque chose au réveil, cela ne dure pas, car dès le matin cela s'est déjà dissipé. Ensuite, Il fera venir sur eux un mal effectif et les exilera : "comme la balle chassée par la tempête hors de l'aire" - la balle est l'écorce du blé qu'un vent de tempête emporte loin de l'aire tandis que le grain reste ; ainsi, au début, la balle sera exilée, c'est-à-dire les méchants, tandis que les bons demeureront. Et enfin "comme la fumée s'échappant d'un treillis" - tout comme la fumée s'échappe entièrement par l'ouverture et que tout est consumé, ils seront totalement exilés.

Verset 4 : Anokhi - Sans aucun intermédiaire
וְאָנֹכִי ה' אֱלֹהֶיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם וֵאלֹהִים זוּלָתִי לֹא תֵדָע וּמוֹשִׁיעַ אַיִן בִּלְתִּי׃ - Et Moi, Je suis l'Éternel ton Dieu depuis le pays d'Égypte ; tu ne connaîtras pas d'autre dieu que Moi, et il n'y a pas de sauveur en dehors de Moi.

Rachi explique : "Et Moi, Je suis l'Éternel ton Dieu" - tu n'aurais donc pas dû te révolter contre Moi, et ils mériteraient l'anéantissement. Car Je suis l'Éternel ton Dieu depuis que Je t'ai fait sortir du pays d'Égypte, et vous M'avez accepté comme Dieu ; il aurait donc convenu que "tu ne connaisses pas d'autre dieu que Moi" - que tu ne serves aucun dieu en dehors de Moi, puisque "il n'y a pas de sauveur en dehors de Moi" - qui irais-tu donc servir ? Qui te sauvera hormis Moi ?

Le Malbim relie cela à leur argument mentionné plus haut, selon lequel le Saint, béni soit-Il, ne veillerait pas sur eux par Lui-même. Leur prétention était la suivante : lors de la sortie d'Égypte aussi, Moché Rabbénou nous a guidés, "et par un prophète l'Éternel fit monter Israël d'Égypte" - nous étions donc dirigés par un intermédiaire. Dès lors, quel est le problème avec les veaux d'or ? Maintenant aussi, nous avons placé un intermédiaire à la place du prophète, afin que les veaux reçoivent l'influx divin. Ce à quoi le Saint, béni soit-Il, leur répond : "Moi, Je suis l'Éternel ton Dieu depuis le pays d'Égypte" - c'est Moi qui vous en ai fait sortir sans intermédiaire. "Tu ne connaîtras pas d'autre dieu que Moi" - il n'y avait là-bas aucun autre dieu ni second après Moi. "Et il n'y a pas de sauveur en dehors de Moi" - il n'y avait aucun émissaire de Ma part pour vous sauver, mais Je vous ai sauvés par Moi-même, sans aucun intermédiaire : Moi et non un ange, Moi et non un séraphin, Moi et non un messager. Comment osez-vous dès lors prétendre que Je vous aurais délivrés par une autre force ?

Et c'est la raison, déjà mentionnée, pour laquelle le nom de Moché n'apparaît pas dans la Haggada de Pessa'h : pour bien nous souligner que la délivrance n'émanait que de Lui, béni soit-Il, afin qu'on ne vienne pas prétendre qu'elle s'est accomplie par d'autres forces.

Verset 5 : Je t'ai connu dans le désert - et qu'est-ce qu'une "terre d'aridité extrême" ?
אֲנִי יְדַעְתִּיךָ בַּמִּדְבָּר בְּאֶרֶץ תַּלְאֻבוֹת׃ - C'est Moi qui t'ai connu dans le désert, dans une terre d'aridité extrême.

Dans le désert également, après t'avoir fait sortir d'Égypte, "c'est Moi qui t'ai connu". Le terme de "connaissance" (yédi'ah) dans le Tanakh exprime toujours l'attachement et la proximité, comme dans "Et Adam connut Ève, sa femme". C'est-à-dire : Je vous ai accompagnés avec une providence totale pour pourvoir à tous vos besoins dans une terre d'aridité extrême - dans une réalité où il était absolument impossible de survivre si ce n'est par des miracles constants : le miracle du puits de Myriam, la colonne de nuée qui les accompagnait, et la manne.

Que signifie "tal'ouvot" ? Rachi indique que ce mot n'a aucun équivalent ("ein lo dimyone"). Il convient ici d'expliquer la méthode exégétique : pour chaque mot du Tanakh que nous cherchons à comprendre, nous lui cherchons un "frère dans les Écritures", c'est-à-dire une occurrence similaire. Si j'ignore le sens du verbe "voler" (latous) et que je trouve ailleurs l'expression "il vola et plana", je comprends que ce vol est lié au mouvement dans les airs. C'est la méthode de la concordance : on recherche des versets où apparaît le mot ou sa déclinaison, et l'on en déduit son sens ici. La grande difficulté réside dans les mots qui n'ont pas de "frère" dans la Bible - "il n'a pas de frère", "pas de semblable", "pas d'équivalent" - toutes ces expressions reviennent au même : il n'existe aucun mot comparable dans les Écritures duquel on puisse déduire son sens.

Face à une telle difficulté, on décompose le mot et l'on recherche l'origine de sa racine. C'est précisément là que les commentateurs divergent : l'un affirme qu'il se rattache à telle racine, l'autre à telle autre, et le mot comporte parfois des éléments issus de deux racines à la fois, d'où la divergence dans son interprétation. "Tal'ouvot" est composé de deux termes : "tel" (un tertre, un amas) et "avah" - de la notion de désir et de convoitise (ta'ava), qui peut s'écrire avec un aleph ou un vav, comme dans "l'Éternel ne voudra pas (lo yové) lui pardonner", ou encore "mon beau-frère refuse (lo avah)", et le mot "indigent" (évyone) est ainsi nommé parce qu'il désire ardemment toute chose. C'est pourquoi Rachi associe les deux et explique : "Un tertre où l'on convoite tout bien sans rien trouver" - un lieu où l'on soupire après tout bienfait sans rien trouver, c'est-à-dire le désert.

Remarquez une règle supplémentaire : nous essaierons toujours de comprendre à partir du verset lui-même. S'il existe d'autres sources dans le texte, tant mieux ; sinon, nous comprenons selon le contexte. La coutume du texte biblique est de répéter une idée en termes différents (bien que le Malbim enseigne qu'il ne s'agit jamais exactement de la même chose, mais qu'une nuance s'y ajoute toujours), et cela donne néanmoins une orientation : puisqu'il est dit "Je t'ai connu dans le désert" en parallèle avec "dans une terre de tal'ouvot", je comprends que tal'ouvot relève de la nature du désert - un lieu où l'on languit après de la nourriture, de l'eau, des vêtements et toute chose nécessaire, sans rien y trouver du tout.

Verset 6 : La satiété qui conduit à l'oubli
כְּמַרְעִיתָם וַיִּשְׂבָּעוּ שָׂבְעוּ וַיָּרָם לִבָּם עַל כֵּן שְׁכֵחוּנִי׃ - À mesure qu'ils ont trouvé leur pâture, ils se sont rassasiés ; ils se sont rassasiés et leur cœur s'est élevé, c'est pourquoi ils M'ont oublié.

Après que Je les ai amenés du désert vers une terre habitée, vers la Terre sainte, ils ont trouvé de quoi paître - « À mesure qu'ils ont trouvé leur pâture, ils se sont rassasiés ». Et de cette satiété découle : « Yechouroun s'est engraissé et a regimbé » ; « ils se sont rassasiés et leur cœur s'est élevé », leur cœur s'est enorgueilli, comme il est écrit : « et ton cœur s'élèvera, et tu oublieras l'Éternel ton D.ieu » - « c'est pourquoi ils M'ont oublié ». C'est de l'arrogance que provient l'oubli d'Hachem.

Versets 7-8 : Les quatre bêtes et les quatre empires
וָאֱהִי לָהֶם כְּמוֹ שָׁחַל כְּנָמֵר עַל דֶּרֶךְ אָשׁוּר׃ - Je suis devenu pour eux comme un lion, comme une panthère J'épie sur le chemin.
אֶפְגְּשֵׁם כְּדֹב שַׁכּוּל וְאֶקְרַע סְגוֹר לִבָּם וְאֹכְלֵם שָׁם כְּלָבִיא חַיַּת הַשָּׂדֶה תְּבַקְּעֵם׃ - Je les attaquerai comme une ourse privée de ses petits, et Je déchirerai l'enveloppe de leur cœur ; Je les dévorerai là comme une lionne, la bête des champs les mettra en pièces.

Le Malbim souligne ici un point essentiel : ils ont oublié la bonté de D.ieu et ont renié Ses bienfaits, mais le malheur qui s'abat sur eux, ils Le lui attribuent. Le Saint, béni soit-Il, leur apparaît comme une bête féroce : lion, panthère, ours, lionne. Nous l'avons déjà mentionné : lorsqu'ils allaient bien, ils attribuaient ce bien au Baal, aux veaux d'or et à l'idolâtrie, et lorsqu'un malheur leur arrivait, ils disaient : « Cela vient d'Hachem ».

Et c'est ainsi que les gens agissent encore aujourd'hui. Lorsqu'une bonne chose arrive, on dit : « Il y a eu de la Siata Dichmaya » - sous-entendu : c'est moi qui ai agi, et Hachem m'a un peu aidé. Mais quand un malheur survient : « Tout vient du Ciel, tout vient du Ciel » - là, l'homme ne se sent nullement impliqué. Les bienfaits, c'est moi qui les produis avec l'aide d'Hachem, et les malheurs, c'est le Ciel qui les envoie ! Pourtant, le prophète affirme l'inverse : « Ta propre méchanceté te châtie » - le mal qui s'abat sur toi découle de tes propres actes, et c'est lui qui te tourmente ; et « de la bouche du Très-Haut ne sortent ni les maux ni le bien », car tout dépend des actes de l'homme.

Et pourquoi ces quatre bêtes en particulier - le lion, la panthère, l'ours et la lionne ? Le Malbim explique qu'elles correspondent aux quatre empires qui les ont détruits. Le lion représente l'empire de Babylone et d'Assyrie, que Daniel a d'abord aperçu sous la forme d'un lion. La panthère correspond à l'empire grec - « comme une panthère sur le chemin d'Achour » (ou : j'épie), car elle est venue sur le chemin d'Eretz Israël sans les exiler de leur pays, mais en surveillant et assiégeant leurs villes. « Je les attaquerai comme une ourse privée de ses petits » - c'est la deuxième bête vue par Daniel, « ressemblant à un ours », c'est-à-dire l'empire mède ; et « Je déchirerai l'enveloppe de leur cœur » s'est réalisé à l'époque de Haman, lorsqu'ils ont enfin ouvert leur cœur et fait téchouva. « Je les dévorerai là comme une lionne » - c'est l'exil d'Edom, la quatrième bête dont il est dit : « elle dévorait, brisait, et foulait aux pieds le reste » : elle a tout dévoré et broyé, piétinant ce qui restait, sans rien laisser d'intact.

De là découle la réponse à leur prétention : ils s'imaginent que c'est Moi qui les dévore, mais ils se trompent - « la bête des champs les mettra en pièces ». Je Me suis seulement voilé la Face, et ce qui les déchire, ce sont les bêtes sauvages, parce qu'ils ont abandonné la voie d'Hachem. Il en ressort que le Saint, béni soit-Il, n'apporte jamais le mal mais uniquement le bien ; et si le malheur survient, c'est parce que tu as abandonné Hachem et Lui as tourné le dos, si bien que Lui aussi voile Sa Face, et tous les tourments arrivent alors d'eux-mêmes en conséquence des fautes commises. Prétendre que cela vient directement de Moi est une déformation de la réalité.

Le Malbim nous enseigne également qu'il y a ici une gradation. D'abord : « comme une panthère sur le chemin d'Achour » - elle est aux aguets sur le chemin et regarde au loin. « Achour » ici n'est pas le nom du pays, car Rachi a déjà souligné que lorsque l'Assyrie est mentionnée en tant que pays, la lettre chin porte un daguech, or ici il n'y en a pas ; ce mot dérive donc de la racine de la vision - « j'observerai », comme dans « je le vois (achourenou), mais non de près », ou comme « ses rameaux s'élancent sur la muraille (chour) », cette haute muraille depuis laquelle on scrute au loin. C'est-à-dire comme une panthère postée sur le chemin qui observe, épie et guette le passant pour le capturer. L'étape suivante : « Je les attaquerai comme une ourse privée de ses petits », elle les affronte déjà directement. Ensuite : « Je les dévorerai là comme une lionne », elle les consume déjà dans leurs villes. Et enfin : « la bête des champs les mettra en pièces », lorsqu'elle partage les restes de la proie avec les autres animaux.

Et que signifie « un ours privé de ses petits » (dov chakoul) ? Rachi explique que « chakoul » fonctionne comme « chokel », sur la forme de « ‘hanoun verah’oum », au sens de celui qui prive d'enfants, qui tue les petits, comme dans « Il n'y aura point dans ton pays de femme qui avorte (mechakeila) ou qui soit stérile ». Selon cette explication, il ne s'agit pas de l'ours qui est lui-même endeuillé, mais d'un ours qui tue leurs enfants. Le Radak, en revanche, l'interprète selon son sens littéral, comme dans notre usage actuel : une ourse à qui l'on a arraché ses petits est la plus redoutable qui soit, animée d'une rage amère, et si elle croise un homme ou une bête, elle les anéantit sur-le-champ.

Le Radak pose la question : pourquoi précisément une ourse privée de ses petits (« dov chakoul »), et non une panthère ou un lion privés de leurs petits ? C'est que l'on raconte au sujet de l'ourse que lorsqu'elle met bas, le petit sort comme des morceaux de chair, entièrement enveloppé d'un placenta très épais. L'ourse lèche le placenta et le déchire peu à peu, délicatement pour ne pas blesser le petit, et elle s'y épuise longuement jusqu'à ôter toute cette enveloppe pour libérer le petit. Et parce qu'elle s'est donné tant de peine pour lui, son amertume est infiniment plus vive lorsqu'on le lui tue. C'est pourquoi le prophète a employé précisément l'image d'une ourse privée de ses petits.

Verset 9 : Tu causes ta perte, Israël, car en Moi était ton secours
שִׁחֶתְךָ יִשְׂרָאֵל כִּי בִי בְעֶזְרֶךָ׃ - Tu t'es détruit, Israël, car en Moi résidait ton secours.

Le Malbim explique : le fait que tu sois détruit par les bêtes sauvages - comme le jeune lion, la panthère, l'ourse privée de ses petits, le lion et « les bêtes des champs les déchireront » - ne vient pas de Moi. Vous prétendez qu'Hachem vous fait du mal, mais Hachem leur répond : ce n'est pas Moi qui ai causé cela, « Tu t'es détruit, Israël » - c'est toi qui as corrompu tes voies, et c'est précisément ce qui te détruit et attire sur toi tous ces malheurs.

Et quel est le sens de « car en Moi résidait ton secours » ? Le Saint, béni soit-Il, déclare : ce qui te donne l'impression que la ruine vient de Moi, sache d'où cela provient : c'est parce que jusqu'à ce jour, Je te venais en aide et déversais sur toi le bien. Par conséquent, dès l'instant où Je retire Mes bienfaits, tous les malheurs s'abattent aussitôt, et tu dis alors : « Hachem m'a fait du mal ». Or, en vérité, Je ne t'ai causé aucun tort ; simplement, jusqu'à présent Je te comblais de bontés, et à un certain moment, J'ai cessé de le faire. Il s'avère donc que le malheur ne vient que par ta faute : tout le bien dont tu jouissais jusqu'ici n'existait que parce que J'agissais pour te faire du bien, et dès lors que Je ne poursuis plus cette action, la destruction survient par ta propre faute.

En conclusion :

Dans ce chapitre, le prophète poursuit l'accusation du roi assassiné envers ses meurtriers : Yarov'am avait érigé les veaux par effroi et tremblement pour sa royauté, et il en est mort, tandis que le peuple, qui a assassiné ses rois au nom d'un zèle prétendu pour Hachem, a continué de pécher de sa propre initiative, de son argent et de son intelligence - transformant ainsi ces régicides en purs meurtres gratuits : « ceux qui immolent des hommes embrassent des veaux ». À partir de là, le prophète énumère les bontés d'Hachem - la sortie d'Égypte sans aucun intermédiaire, la providence dans la terre aride et brûlante, puis la satiété dans le bon pays qui a engendré l'orgueil et l'oubli - et rétablit la vérité dans toute sa clarté : les fauves prédateurs sont les quatre empires, et le Saint, béni soit-Il, ne fait que voiler Sa face. « Tu t'es détruit, Israël, car en Moi résidait ton secours » - tout le bien provient exclusivement de Lui, béni soit-Il, et le mal n'est rien d'autre que le fruit des actes mêmes de l'homme.