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Chapitre 10 - Vigne ravagée et cause de l'exil - Deuxième partie

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Le chapitre 10 d'Osée poursuit la réprimande du prophète envers le royaume d'Éphraïm dans ses derniers jours, et dépeint sa chute dans le registre du champ et du labour : semailles et moissons, sillons et raies, génisse et joug. Le prophète montre comment le dessein tramé en Israël pour renverser leur roi - en le dénonçant au roi d'Assyrie - est précisément ce qui a provoqué leur propre ruine, et comment les racines de cette perversion remontent à l'époque de Guiv'a. Dans le même temps, le prophète propose la voie alternative : « Semez pour vous selon la justice ». Nous suivrons l'ordre des versets, principalement selon le Malbim, accompagné de Rachi, du Radak et du Targoum Yonatan.

« NIDMEH CHOMRON MALKAH » - Quatre facettes du verset
נִדְמֶה שֹׁמְרוֹן מַלְכָּהּ כְּקֶצֶף עַל פְּנֵי מָיִם׃ (ז) - Samarie est anéantie, son roi est comme de l'écume à la surface de l'eau.

Le mot « Nidmeh » s'interprète de quatre manières. Le Targoum Yonatan traduit « Behatat Chomron bemalkah », de la racine de la honte : Samarie a été couverte de honte à cause de son roi. Nous pensions que le roi nous sauverait, et voilà que sa puissance équivaut à de l'écume sur l'eau, expression désignant une chose inconsistante, qui disparaît et s'efface en un instant. Rachi explique « Nidmeh » à partir de l'idée de silence et de cessation, comme dans « Al domi lakh » : le roi de Samarie a été réduit au silence, comparable à l'écume sur les eaux. Le Radak l'explique au sens de retranchement, comme dans « Nidmeh ami », qui signifie mon peuple a été retranché : le roi de Samarie a été exterminé. Combien de temps a-t-il tenu pendant le siège, pour finalement ne pas en réchapper et partir en exil.

Et qu'est-ce que « Ketsef » ? Le Targoum Yonatan traduit « Kerout'ha al apeï maya » - l'écume issue de l'ébullition de l'eau, et c'est ainsi que Rachi commente « écume en langue étrangère » (escume en ancien français), tout comme il le mentionne dans le Talmud, où la Guémara enseigne de ne pas boire la mousse à la surface d'une boisson. Le Radak, en revanche, interprète « Ketsef » comme un copeau ou une écorce de bois, à l'instar de « Outeénato liktsafah » (son figuier réduit en écorce déchiquetée), c'est-à-dire un fragment d'écorce ballotté et flottant à la surface de l'eau.

Le Malbim explique que le prophète vient éclairer ici ce qu'il a énoncé plus haut : « Et Israël aura honte de son dessein ». Ce complot même par lequel ils pensaient renverser Hoché'a, en faisant appel au roi d'Assyrie et en lui rapportant qu'Hoché'a s'était rebellé contre lui, est précisément ce qui a causé leur propre chute. Selon cette approche, « Nidmeh » provient de la racine de la ressemblance et de la parabole : ils sont devenus comparables à de l'écume sur l'eau. L'ébullition produit de l'écume, mais lorsque l'eau est agitée et s'écoule, l'écume se dissipe et l'eau redevient lisse. Il en fut de même ici : autour du trône, une effervescence s'est emparée du peuple, une écume d'agitation, et le peuple s'est insurgé contre son roi - ils ont conspiré contre Pékah ben Remalyahou, l'ont mis à mort et ont intronisé Hoché'a ben Élah à sa place. Puis cette même écume est partie en exil, à la suite de cette dénonciation portée contre Hoché'a devant le roi d'Assyrie. Tout comme le mouvement de l'eau balaie l'écume, ce bouleversement les a conduits en Assyrie, et leurs machinations pour consolider le culte du veau d'or ont échoué, car ils ont tous fini par être exilés.

« VE-NICHMEDOU BAMOT AVEN » - Épines et chardons sur les autels
וְנִשְׁמְדוּ בָּמוֹת אָוֶן חַטַּאת יִשְׂרָאֵל קוֹץ וְדַרְדַּר יַעֲלֶה עַל מִזְבְּחוֹתָם וְאָמְרוּ לֶהָרִים כַּסּוּנוּ וְלַגְּבָעוֹת נִפְלוּ עָלֵינוּ׃ (ח) - Les hauts lieux d'iniquité, péché d'Israël, seront détruits ; l'épine et le chardon croîtront sur leurs autels. Ils diront aux montagnes : « Couvrez-nous ! » et aux collines : « Tombez sur nous ! »

« Les hauts lieux d'iniquité » - Rachi, d'après le Targoum, explique qu'il s'agit des hauts lieux de Beth-El. Ces sanctuaires constituaient le « péché d'Israël », ils incarnaient la faute d'Israël, et par la défaite, ils seront eux aussi anéantis. « L'épine et le chardon croîtront sur leurs autels » - expression décrivant un lieu abandonné et délaissé, envahi par la végétation sauvage. Les autels ne serviront plus, c'est pourquoi les ronces et les chardons y pousseront, et ils demeureront désolés et en ruine.

« Ils diront aux montagnes : Couvrez-nous ! et aux collines : Tombez sur nous ! » - selon une première explication, ce sont les autels qui parlent ainsi. Les autels étaient dressés sur les monts et les collines, et à force de désolation, les montagnes et les collines s'effondreront pour les recouvrir, et les autels se trouveront enfouis sous des monceaux de terre. C'est une réalité bien connue : un endroit désert et sans entretien voit la poussière et la terre s'accumuler jusqu'à l'ensevelir complètement. Comme on peut le constater au Kotel, où des mètres entiers de rempart ont été ensevelis par la terre au fil des générations.

Rachi et le Radak expliquent en revanche que cette parole n'est pas une métaphore s'appliquant aux autels, mais l'expression du peuple d'Israël lui-même. Devant l'immense honte et la détresse accablante dans lesquelles ils seront plongés, ils imploreront les montagnes et les collines de les recouvrir : puissions-nous être enterrés sous elles plutôt que d'endurer ces souffrances, ces malheurs et cet opprobre. Autrement dit : je préfère être enseveli vivant plutôt que de subir le désastre qui fond sur nous.

« MIMEI HAGUIV'A 'HATATA YISRAËL » - Une racine ancienne
מִימֵי הַגִּבְעָה חָטָאתָ יִשְׂרָאֵל שָׁם עָמָדוּ לֹא תַשִּׂיגֵם בַּגִּבְעָה מִלְחָמָה עַל בְּנֵי עַלְוָה׃ (ט) - Depuis les jours de Guiv'a tu as péché, Israël ! Là ils sont restés figés ; ne les atteindra-t-elle pas à Guiv'a, la guerre contre les fils de l'iniquité ?

Rachi explique, selon sa démarche précédente : « Depuis les jours de Guiv'a » fait référence à l'épisode tragique de la concubine de Guiv'a (Pilaïguèch be-Guiv'a), à l'époque d'Otniel ben Kenaz, premier des Juges aux jours de Kouchane Rich'ataïm, époque où se trouvait également l'idole de Mikha. Le prophète dit : votre faute est ancienne, dès cette époque vous commettiez de graves péchés. « Là ils se sont tenus » - vous vous tenez encore aujourd'hui au même endroit, persistant dans la même conduite, la même déchéance et le même trait corrompu.

« Ne les atteindra-t-elle pas à Guiv'a, la guerre contre les fils de l'iniquité ? » - rafraîchissons notre mémoire. L'ensemble d'Israël partit en guerre contre Binyamin en exigeant qu'on lui livre les coupables qui avaient violenté la concubine à Guiv'a. Les Benjaminites refusèrent, voulant juger eux-mêmes les membres de leur tribu sans dépendre du tribunal des autres tribus, et face à ce refus, Israël partit en guerre. Cela s'était produit après que l'homme eut pris le corps de sa concubine décédée, l'eut découpé en douze morceaux et envoyé dans toutes les frontières d'Israël, pour leur dire : soyez stupéfaits devant une telle horreur et faites justice contre les criminels ! Lors des deux premières batailles, Israël subit une défaite cuisante et les Benjaminites les terrassèrent ; ce n'est qu'au troisième affrontement qu'Israël remporta la victoire sur Binyamin.

Et pourquoi Israël n'avait-il pas réussi au début ? Rachi explique : parce que le péché d'idolâtrie (Avoda Zara) pesait sur eux, n'ayant pas éradiqué le culte païen. Comme le rapporte la Guémara, le Saint, béni soit-Il, leur dit : « Pour Mon honneur vous n'avez pas protesté, et pour l'honneur de la chair et du sang vous protestez ? » En effet, l'idole de Mikha était érigée, sa fumée se mêlait à celle du sanctuaire de Chilo et à celle de l'autel, et contre cela vous n'avez point protesté. C'est pourquoi leurs mérites ne suffirent pas à vaincre les Benjaminites d'emblée. « Bné 'Alva » - équivaut à Bné 'Avla (fils de perversité) ; le Radak explique qu'il s'agit d'une inversion de lettres, un phénomène que l'on retrouve dans plusieurs termes bibliques comme zo'ah et za'wah, keves et kessev, simlah et salmah, ou ya'ef et 'ayef.

Le Targoum Yonatan interprète « Depuis les jours de Guiv'a » au sujet de la demande d'un roi, lorsqu'ils réclamèrent un souverain à Guiv'at Chaoul et couronnèrent Saül, ce qui constitua le grief divin. Mais Rachi fait remarquer que cette lecture s'accorde mal avec la formulation littérale du texte hébraïque, et que la suite du passage s'articule naturellement sur le premier sens et non sur la royauté de Saül. Le Radak souligne également que le verset ne se prête guère à cette explication ; le sens retenu par Rachi apparaît donc comme le plus fidèle.

Le Radak développe lui aussi dans cette direction : « Depuis les jours de Guiv'a tu as péché, Israël » - lorsque la tribu de Binyamin s'obstina à couvrir cette ignominie et refusa de livrer les criminels ; et les autres tribus furent également punies, car il y avait parmi elles des idolâtres. « Là ils se sont tenus » - les pécheurs de la génération présente s'obstinent dans cette même attitude, et de ce fait, ils vont désormais payer aussi le prix de ce qui fut commis alors.

Le Malbim propose une explication différente : « Depuis les jours de Guiv'a tu as péché, Israël » - les hauts lieux (bamot) et les péchés d'Israël, c'est-à-dire le culte idolâtre, remontent déjà aux jours de Guiv'a. Autrement dit, « Guiv'a » ne désigne pas ici directement le drame de la concubine, mais l'idolâtrie qui avait cours à cette époque. L'idole de Mikha se trouvait à Dan, et Yorov'am installa lui aussi, plus tard, un veau d'or à Dan. Pourquoi précisément à Dan ? Parce que l'endroit avait été accoutumé à leurs yeux à servir de lieu de culte idolâtre : l'idole de Mikha y avait joui d'une immense popularité et ce site était devenu un pôle idolâtre. Lorsque Yorov'am voulut instituer un centre de déviance religieuse, il bâtit sur les fondations de cet attrait ancien pour l'idole de Mikha. Il apparaît ainsi que c'est dès les jours de Guiv'a qu'ont débuté leurs fautes en érigeant des statues.

Selon le Malbim, « Là ils se sont tenus » signifie : c'est là que se dressaient les hauts lieux et les idoles depuis les temps anciens, contrairement à Rachi et au Radak qui l'entendent comme la persistance dans cette voie. C'est également la raison pour laquelle Israël ne connut pas le succès lors de la guerre : à cause de l'idole de Mikha. « Ne les atteindra-t-elle pas (lo tassiguem) » - vient du sens de reculer : la guerre de Guiv'a n'a pas fait reculer les Benjaminites, bien qu'il se soit agi d'une guerre « contre les fils de l'iniquité », contre les hommes de Binyamin qui agissaient avec perversité. Cela prouve que l'idolâtrie était déjà enracinée chez eux, et que dès cette époque, personne n'avait manifesté de zèle pour la déraciner.

"בְּאַוָּתִי וְאֶסֳּרֵם" - Deux sillons à la fois
בְּאַוָּתִי וְאֶסֳּרֵם וְאֻסְּפוּ עֲלֵיהֶם עַמִּים בְּאׇסְרָם לִשְׁתֵּי עוֹנֹתָם׃ (י) - Selon Mon désir Je les châtierai, et des peuples s'assembleront contre eux lorsqu'ils seront attelés pour leurs deux sillons.

Rachi explique que « be'avati » dérive du verbe vouloir et désirer : c'est par Ma volonté et selon Mon désir que Je les châtierai. Puisqu'ils refusent d'accueillir Mes réprimandes transmises par les prophètes qui les sermonnent, Je désire leur infliger des souffrances réparatrices - par le fait que « des peuples s'assembleront contre eux », c'est-à-dire que des nations viendront se liguer contre eux pour leur livrer bataille, et ces épreuves les amèneront à faire techouva et à corriger la perversité de leurs agissements.

« Lorsqu'ils seront attelés pour leurs deux sillons » - à l'image des bœufs que l'on attelle pour le labour. « 'Onotam » se rattache à la racine de « ma'anit », le sillon creusé dans le champ. Le Radak précise que le labour du champ trace des tranchées, et que les monticules de terre de part et d'autre forment les sillons. Il explique qu'il y a là une allégorie comparant Yehouda et Ephraïm à deux vaches de labour, dont on attendait un travail droit et qui ont finalement labouré de travers ; ils se sont attachés l'un à l'autre dans leur faute - « lorsqu'ils sont attelés pour leurs deux sillons ».

Et que signifie cela ? Pendant une longue période, les hommes de Binyamin furent des justes, mais à une époque ultérieure, nous constatons un lien entre Yehouda et Binyamin d'une part, et Ephraïm, c'est-à-dire Samarie et les dix tribus, d'autre part. Quand cela ? Lorsque Yéhochafat s'allia par mariage avec Achav, roi d'Israël, et qu'une union fut scellée entre eux, le Saint, béni soit-Il, lui envoya une prophétie : « Parce que tu t'es associé à lui, l'Éternel a brisé tes œuvres ». Bien que Yéhochafat fût un roi juste, le simple fait de s'associer au mal eut sur lui un effet néfaste. Il s'avère donc que « lorsqu'on les attachera pour leurs deux fautes » évoque l'action de lier et d'atteler : deux vaches attelées ensemble qui, au lieu de bien labourer, font ce qui est mal aux yeux de l'Éternel. Et comme nous l'avons vu, Yéhoram fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel et suivit les voies des rois d'Israël, et en ses jours Édom se révolta contre la domination de Yehouda, et ainsi fit également Ahazia. Cette union n'apporta donc aucun bien, mais seulement du mal.

Le Malbim explique : quand J'ai désiré les corriger et les punir pour la faute de l'idolâtrie, Je n'ai pas rassemblé contre eux une troupe issue du peuple d'Israël pour combattre les pécheurs, car Israël ne manifestait aucun zèle contre l'idolâtrie, et il n'y avait aucun sens à susciter parmi eux des hommes pour combattre et réprimander, puisque tous étaient pécheurs et persistaient dans cette voie néfaste. Il n'y avait donc d'autre choix que « des peuples s'assembleront contre eux » - des nations de l'extérieur, le camp d'Assyrie. Et « lorsqu'on les attachera pour leurs deux sillons » - c'est-à-dire qu'on les attellera aux deux sillons de la charrue. Quand on veut surcharger un bœuf, on lui impose une charrue qui ne trace pas un seul sillon, mais deux sillons à la fois, ce qui exige un effort double de ses forces. Le Saint, béni soit-Il, dit : tel est le châtiment que J'ai fait venir sur eux, Je les ai éprouvés par la dureté d'un tel asservissement, afin peut-être de les amener à corriger leurs actes.

« Ephraïm est une génisse dressée » - qui aime le travail facile
וְאֶפְרַיִם עֶגְלָה מְלֻמָּדָה אֹהַבְתִּי לָדוּשׁ וַאֲנִי עָבַרְתִּי עַל טוּב צַוָּארָהּ אַרְכִּיב אֶפְרַיִם יַחֲרוֹשׁ יְהוּדָה יְשַׂדֶּד לוֹ יַעֲקֹב׃ (יא) - Ephraïm est une génisse dressée, qui aime fouler le grain ; et Moi, J'ai passé sur son beau cou : J'attellerai Ephraïm, Yehouda labourera, Yaakov hersera pour lui. (11)

Le Malbim explique : Hachem lui a imposé le joug d'une charrue qui trace deux sillons à la fois, un lourd fardeau pour un bœuf. Et viens et vois : Ephraïm n'est nullement un bœuf, mais une génisse, et il n'a pas la force d'un bœuf pour labourer la terre ; il est comme un veau dressé uniquement aux tâches légères et non aux travaux pénibles. « Qui aime fouler le grain » - il aime battre le blé. Qu'est-ce que le battage ? Marcher sur la récolte et la piétiner. Il n'y a là ni traction ni lourd fardeau à tirer, seulement un piétinement. Le veau gambade sur le grain et le foule, tout en mangeant pendant le battage, car « tu ne muselleras pas le bœuf pendant qu'il foule le grain » - un travail avantageux. Il s'avère donc que le labour n'est pas la tâche d'Ephraïm, qui n'est qu'une génisse aimant fouler le grain, prête à supporter une servitude légère mais refusant de se charger de travaux pénibles.

C'est pour cette raison qu'il s'est tourné vers le roi d'Égypte : le roi d'Égypte ne leur imposait pas un travail pénible, et d'un autre côté, ils jouissaient des richesses du pays et y gagnaient dans le commerce, car l'Égypte était considérée comme une puissance économique. Ils estimaient qu'en Égypte la vie leur serait plus facile, et ils ne voulaient pas porter sur leur cou le lourd joug du roi d'Assyrie.

Le Saint, béni soit-Il, dit : « Et Moi, J'ai passé sur son beau cou » - Je Me suis approché d'elle et J'ai vu la beauté de son cou, gras, délicat et vigoureux, alors que le joug pesait sur lui et l'écorchait. J'ai eu pitié de cette génisse, et Je n'avais pas l'intention de la livrer aux mains des nations qui l'attelleraient à deux sillons et lui imposeraient un double labour. J'avais pensé qu'ils se soumettraient à Mon service, qui est un service léger n'exigeant pas un effort démesuré, et que par là ils éviteraient d'être livrés à des maîtres impitoyables. J'avais pensé qu'ils s'associeraient au royaume de Yehouda, qu'ils serviraient l'Éternel et laboureraient la terre sainte.

« J'attellerai Ephraïm » - Je pensais unir et associer Ephraïm à Yehouda, afin que tous deux s'attellent ensemble au service de l'Éternel. « Yehouda labourera » - la tribu de Yehouda, déjà rompue au service de l'Éternel et experte dans l'art de labourer, accomplirait le labourage ; « Yaakov hersera pour lui » - et Yaakov, qui n'est pas accoutumé à labourer, accomplirait la tâche la plus légère. Le nom de Yaakov désigne toujours le degré inférieur, l'aspect du « talon » (ekev), par opposition à Israël qui représente un niveau supérieur, tout comme Yehouda se situe à un degré plus élevé. Et le hersage consiste en ceci : après le labour, il reste de grands sillons et de grosses mottes de terre, et il faut les piétiner et briser les mottes pour les rendre fines et prêtes à recevoir la semence - un travail bien plus facile.

Et au fond des choses, dit le Malbim : Yehouda préparera la terre de l'âme, la labourera jusqu'à ce qu'elle soit prête à recevoir les semailles de la charité et des bonnes actions, et Yaakov, c'est-à-dire les dix tribus, viendra achever l'œuvre du labour et de la préparation. Toute cette parabole illustre la préparation spirituelle par laquelle Je les disposais à accueillir le service de l'Éternel. Mais lui, cet « Ephraïm, génisse dressée qui aime fouler le grain », est allé servir l'Égypte. J'avais pensé qu'il recherchait des tâches aisées, et Je lui avais offert Mon service qui est doux ; mais s'il s'obstine précisément dans des besognes pénibles - dit l'Éternel - Je les attellerai à leurs deux sillons : Je les lierai et les soumettrai à l'Assyrie comme un bœuf attelé à deux sillons, pour un travail écrasant qui brisera leur corps.

« Semez pour vous selon la justice » - la voie alternative
זִרְעוּ לָכֶם לִצְדָקָה קִצְרוּ לְפִי חֶסֶד נִירוּ לָכֶם נִיר וְעֵת לִדְרוֹשׁ אֶת ה' עַד יָבוֹא וְיֹרֶה צֶדֶק לָכֶם׃ (יב) - Semez pour vous selon la justice, moissonnez selon la bienveillance, défrichez-vous un champ nouveau ! Il est temps de chercher l'Éternel, jusqu'à ce qu'Il vienne et répande sur vous la justice. (12)

Vous avez labouré le mal, et le Saint, béni soit-Il, dit : Je vous demande de « semer pour vous selon la justice, moissonner selon la bienveillance » - accomplissez des actes qui vous rapprochent de la spiritualité. Le Radak explique : faites ce qui est droit à Mes yeux, et ce que Je vous donnerai dépassera infiniment ce que vous aurez investi et donné. C'est pourquoi l'Écriture emploie l'image des semailles : nul ne sème un kilo de blé pour récolter un kilo de blé, mais pour en récolter cent kilos. Vous accomplissez l'acte de semer, et Moi Je vous réponds : « moissonnez selon la bienveillance ». Or, le 'hessed (la bienveillance) surpasse toujours la tsédaka (la justice) : la tsédaka relève de la stricte justice, où Je te donne ce qui te revient et exige de toi ce à quoi tu es tenu ; mais le Saint, béni soit-Il, promet de donner bien plus que ce que l'on donne - et malgré tout cela, ils ne se laissèrent pas convaincre de faire la volonté de l'Éternel.

Nos Sages enseignent : la bienfaisance (Guémilout 'Hassadim) est plus grande encore que la charité (Tsédaka), car il est dit : « Semez selon la justice, et moissonnez selon la bonté ». Celui qui sème doute s'il mangera ou non, mais celui qui moissonne est certain de manger. Lorsqu'on sème, on ne sait pas si la récolte va lever ; mais une fois qu'on a moissonné, c'est acquis, le fruit est entre nos mains. La Tsédaka consiste à donner de l'argent : même après avoir reçu la pièce, le pauvre doit encore faire des efforts, aller acheter du blé, trier, moudre, etc., et son souffle s'épuise avant même qu'il ne voie du pain. En revanche, dans la bienfaisance, celui qui reçoit en profite immédiatement. C'est ainsi que la Guémara rapporte l'histoire de cette femme vertueuse qui dit à son mari, dont les pieds brûlaient dans le four où ils s'étaient réfugiés : « Pose tes pieds sur les miens ». Il lui demanda : « Pourquoi tes pieds ne brûlent-ils pas ? », et son esprit en fut peiné. Elle lui répondit : « Mon pain est prêt immédiatement pour les pauvres. Toi, tu fais la charité en leur donnant de l'argent, et le temps que le pauvre aille acheter à manger avec cela, il s'écoule du temps ». Nous apprenons ainsi que le 'Hessed dépasse la Tsédaka.

« Défrichez-vous un champ nouveau » : après avoir moissonné, remettez-vous à labourer et à semer de nouveau, afin que les bonnes actions ne cessent jamais. Bien souvent, l'homme accomplit un acte méritoire et s'endort sur ses lauriers ; c'est à ce sujet que le prophète lui dit : continue de labourer, ne t'arrête pas dans tes bonnes actions. Et le « nir » désigne ce labour neuf. Le Radak explique que défricher ce champ signifie éveiller les cœurs afin qu'ils accueillent les paroles de réprimande. Et comme le dit l'Écriture ailleurs : « Défrichez-vous un champ nouveau et ne semez pas au milieu des épines ». Celui qui sème au milieu des épines ne voit rien pousser, car les épines étouffent et détruisent tout ce qui y croît. C'est pourquoi commencez d'abord par labourer votre champ, faites un labour préparatoire, et alors vous pourrez semer, et la semence poussera comme il se doit.

La parabole du Maguid de Doubno s'applique ici à merveille. Certains s'interrogent : voilà, je me suis renforcé dans tel et tel domaine, et je constate que c'est toujours aussi difficile, en un mot, cela ne marche pas ! Cela ressemble à un homme qui marchait depuis longtemps vêtu d'un vieux costume de mendiant déguenillé, et qui décida de commander un costume neuf chez le tailleur. Le tailleur prit ses mesures et confectionna le vêtement. L'homme revint, prit le costume neuf, tenta de l'enfiler et s'exclama : « Il ne me va pas, impossible d'entrer dedans ! » Le tailleur le regarda et lui dit : « Insensé ! Retire d'abord ton vieux costume, et ensuite passe le neuf ; voudrais-tu par hasard enfiler le neuf par-dessus l'ancien ? Il est évident que tu ne peux pas y entrer ! »

De même, bien souvent, une personne veut s'améliorer et prend sur elle toutes sortes de bonnes résolutions, mais sans rien corriger de toute sa souillure passée. Elle veut accomplir de bonnes choses tout en conservant ses mauvais agissements ; elle reste dans sa dégradation morale en s'imaginant qu'il lui suffit d'ajouter des Mitsvot. Cela ne fonctionne pas ainsi, car face à chaque Mitsva accomplie, on commet une faute, et la faute éteint la Mitsva. Lorsqu'elle l'éteint, la Mitsva ne diffuse plus sa lumière, le principe selon lequel « une Mitsva en entraîne une autre » ne s'applique plus, et l'on se retrouve comme un yo-yo : tantôt attiré par le bien, tantôt entraîné par le mal. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut agir. La véritable voie consiste à « défricher un champ nouveau » : commence d'abord par labourer, ne sème pas au milieu des épines ! Que peut espérer récolter celui qui sème parmi les ronces ? Éradique les épines, débarrasse-toi de toute cette corruption, de toute cette fange. À celui qui vient faire Téchouva, on dit avant tout : cesse d'abord les transgressions, et peu à peu, prends de bonnes résolutions. On ne peut pas continuer à profaner le Chabbat, fréquenter les mêmes clubs et les mêmes endroits qu'auparavant, regarder les mêmes choses indécentes, et en même temps prendre sur soi des Mitsvot pour dire ensuite : « Mais mon cœur ne s'ouvre pas ! » Comment pourrait-il s'ouvrir, alors qu'on essaie d'enfiler un habit neuf par-dessus la saleté ? Retire les vêtements souillés, revêts alors le costume, et tu verras qu'il t'ira parfaitement.

« Et il est temps de chercher l'Éternel, jusqu'à ce qu'Il vienne répandre pour vous la justice » : cherchez Hachem pour connaître Sa Torah, et Il viendra vous enseigner la justice, selon le principe : « à celui qui vient pour se purifier, on prête assistance ». Tu bénéficieras de l'aide divine (Siyata Dichmaya), le Saint, béni soit-Il, t'accordera une bienveillance au centuple de ce que tu donnes, et t'enseignera le chemin de la droiture. Aux niveaux spirituels les plus élevés, Hachem lui envoie même un ange pour lui enseigner la Torah - tel est le sens de « jusqu'à ce qu'Il vienne enseigner la justice pour vous ». L'auteur du Beit Yossef atteignit un tel degré qu'Hachem lui envoya un Maguid céleste ; voilà bien quelqu'un qui lui enseignait la justice. Et ce Maguid, comme on le sait, réprimandait souvent le Beit Yossef sur ses actes les plus infimes. Rien qu'à travers ses reproches, on peut mesurer sa grandeur : il lui reprocha un jour d'avoir bu un verre d'eau de trop, ou d'avoir levé le pied sur la place du marché en cessant un seul instant de penser à Hachem, et d'autres choses semblables. Ainsi, lorsqu'un homme s'élève spirituellement, « Il vous enseignera la justice » : Hachem lui envoie un ange pour le guider. Et même s'il n'atteint pas ce niveau, une aide divine lui parviendra quoi qu'il en soit de la part d'Hachem, dès lors qu'Il verra en lui un éveil sincère.

Le Radak rapporte une autre explication au nom de son père : « moissonnez selon la bonté » signifie que tout ce que vous récoltez dans ce monde-ci relève de la pure bonté ('Hessed) ; tandis que « jusqu'à ce qu'Il vienne et dispense pour vous la justice » renvoie à la justice stricte, à la rétribution exacte qui vous est due et qui sera accordée dans le monde futur. Ici-bas, ce ne sont que les fruits dont on jouit. Il s'ensuit que tout ce que l'homme récolte en ce monde lui est accordé par pure grâce : c'est comme si Hachem lui faisait une faveur en lui versant déjà des dividendes ici-bas, sans que cela n'entame la récompense du monde futur. Et en fin de compte, Hachem vous dispensera Sa justice en vous accordant ce qui vous revient de droit, sans que ce qu'Il vous prodigue ici-bas ne vienne entamer le capital.

Le Malbim explique que « et il est temps de chercher l'Éternel » intervient après avoir préparé le labour et les semailles : c'est alors qu'il convient de chercher Hachem comme il se doit, et la pluie viendra, symbole de l'abondance d'En haut. Selon le Malbim, le terme « veyoreh » ne vient pas de l'enseignement (comme un maître de justice), mais de la première pluie (« Yoré » dans l'expression « Yoré ou-Malkoch ») : jusqu'à ce que le Saint, béni soit-Il, vienne faire descendre l'abondance céleste. Et que signifie « justice pour vous » ? C'est ce flux divin qu'Il déversera sur vous pour que les actes spirituels que vous avez accomplis portent leurs fruits en vous, vous influencent, suscitent en vous un éveil, et rassasient votre âme assoiffée par les ondées de Sa puissance et la profusion de Sa sainteté. Comme il est écrit : « Cieux, distillez d'en haut, et que les nuages fassent ruisseler la justice » - l'abondance spirituelle supérieure se déversera sur lui afin d'appuyer notre désir de nous rapprocher de Lui.

« Vous avez labouré la méchanceté » - Le résultat dans les faits
חֲרַשְׁתֶּם רֶשַׁע עַוְלָתָה קְצַרְתֶּם אֲכַלְתֶּם פְּרִי כָחַשׁ כִּי בָטַחְתָּ בְדַרְכְּךָ בְּרֹב גִּבּוֹרֶיךָ׃ (יג) - Vous avez labouré la méchanceté, vous avez moissonné l'iniquité, vous avez mangé le fruit du mensonge, car tu t'es fié à ta voie, au grand nombre de tes guerriers. (13)

Tels étaient les desseins décrits au verset précédent, mais quelles en furent les conséquences réelles ? Le prophète poursuit avec l'allégorie des champs, comme il l'a fait tout au long du chapitre : « Éphraïm est une génisse dressée, qui aime fouler le grain », « Juda labourera, Jacob hersera pour lui », « Semez selon la justice ». Et ici : « Vous avez labouré la méchanceté ». Le labour possède ici une double signification : au sens de « celui qui trame des pensées d'iniquité » (labourer le mal), et au sens littéral du labour, dans la continuité de la parabole agricole. En labourant de mauvaises actions, qu'avez-vous moissonné ? « Vous avez moissonné l'iniquité », et vous avez consommé le fruit du reniement et de la trahison envers Hachem. Ce que vous avez semé, c'est ce que vous avez récolté.

« Car tu t'es fié à ta voie, au grand nombre de tes guerriers » : voilà la raison pour laquelle vous n'avez pas fait Téchouva. Vous vous êtes reposés sur votre mauvaise conduite et vous avez pensé ne pas avoir besoin de l'aide d'Hachem, vous imaginant pouvoir vous débrouiller seuls : nous avons des héros, nous avons des hommes capables de livrer bataille ! Tu pensais être sauvé par la stratégie et la vaillance au combat, et c'est ce qui t'a empêché de t'éveiller au service divin.

« Comme le saccage de Beth-Arbel par Shalman »
וְקָאם שָׁאוֹן בְּעַמֶּךָ וְכָל מִבְצָרֶיךָ יוּשַּׁד כְּשֹׁד שַׁלְמַן בֵּית אַרְבֵאל בְּיוֹם מִלְחָמָה אֵם עַל בָּנִים רֻטָּשָׁה׃ (יד) - Un tumulte s'élèvera parmi ton peuple, et toutes tes forteresses seront dévastées, comme la dévastation de Beth-Arbel par Chalman au jour de la bataille, où la mère fut écrasée sur ses enfants.

« Un tumulte s'élèvera parmi ton peuple » - Le Malbim explique, conformément à ce qui a été exposé précédemment, qu'ils se sont révoltés contre le roi qui voulait abolir le culte des veaux d'or. Le terme « chaon » désigne un grand fracas, un grondement, et une rébellion a éclaté au sein même du peuple. Le mot « vekâm » (écrit ici avec un aleph) dérive de la racine indiquant l'action de se lever. Et par là même, « et toutes tes forteresses seront dévastées » : en raison de cette guerre intestine, les places fortes ont été livrées à l'ennemi. En effet, ce sont eux-mêmes qui ont appelé l'envahisseur à venir renverser leur roi, et l'ennemi est venu pour finalement les anéantir en même temps que le souverain. Ils se sont ainsi tiré une balle dans le pied et ont causé leur propre perte.

Mais qui est ce « Chalman » ? Ibn Ezra, ainsi que le Radak au nom de son père, et dans leurs pas le Malbim, expliquent que Chalman est une forme abrégée de Salmanasar (Chamanesser), le roi d'Assyrie, venu conquérir le pays. « Beth-Arbel » est le nom d'une forteresse du royaume d'Éphraïm qu'ils lui ont livrée au jour de la guerre en raison de leur discorde interne ; ils s'imaginaient qu'il viendrait simplement renverser le roi pour leur accorder la liberté, mais en fin de compte, en plus de destituer le roi, il s'est également emparé d'eux.

Le Malbim apporte en outre une raison supplémentaire à l'expression « comme la dévastation de Chalman » : dans les faits, ils lui ont remis la forteresse sans livrer bataille. Cette cinquième colonne issue de leurs rangs a calomnié le roi, affirmant qu'il avait conclu une alliance avec le roi d'Égypte, ce qui a attiré sur lui la fureur du roi d'Assyrie. Il s'ensuit que le souverain assyrien a reçu le pays sur un plateau d'argent, et tout s'est déroulé pacifiquement - d'où « comme le pillage de Chalman », le pillard étant venu s'emparer du pays dans la paix, sans combat. Et malgré tout - « Beth-Arbel au jour de la guerre » : il s'est comporté envers eux comme un conquérant ayant soumis le pays par les armes. Or la différence est immense : un conquérant se venge d'un peuple qui s'est rebellé et lui a résisté ; en revanche, un roi qui reçoit un territoire sur un plateau d'argent est disposé à se montrer bien plus clément, à laisser les habitants sur place et à leur accorder une liberté d'action, puisqu'ils ne l'ont pas combattu. Pourtant ici, il a reçu le pays sur un plateau d'argent mais a agi avec eux comme s'il l'avait conquis de haute lutte lors d'une terrible guerre.

C'est ainsi qu'on en est arrivé à : « la mère a été écrasée sur ses enfants ». Le Malbim explique que le verbe « ratach » ne signifie pas seulement tuer, mais massacrer au point que le corps perde toute forme reconnaissable. Aujourd'hui encore, en hébreu, on parle d'un « corps déchiqueté » (goufa meroutechet), où l'on ne distingue plus les traits humains. C'était l'expression d'une vengeance et d'une haine si féroces qu'il n'éprouva aucune pitié : il n'a pas seulement tué la mère sur ses enfants, il les a littéralement massacrés et mis en pièces.

Le Radak rapporte également une autre explication : Chalman était un ennemi bien connu à cette époque ; il attaqua Beth-Arbel par surprise, et les brigands qui l'accompagnaient massacrèrent la mère sur ses enfants, ne laissant aucun survivant. Lorsque le prophète vient annoncer que l'ennemi frappera avec une violence inouïe et détruira tout, il déclare : ce sera semblable au ravage de Chalman ; tout comme ce Chalman que vous connaissez a saccagé Beth-Arbel, ainsi vous sera-t-il fait. Et que signifie « la mère fut écrasée sur ses enfants » ? Le Radak précise que lorsqu'on venait arracher l'enfant à sa mère, celle-ci se jetait sur lui pour faire rempart de son corps, afin que les flèches ou l'épée la frappent elle plutôt que son fils ; mais l'ennemi, sans pitié, les massacrait tous deux ensemble. Selon ce commentaire, « reticha » évoque le fait d'être projeté violemment à terre pour être brisé.

Le Radak cite une autre explication encore au nom de nos Sages : « routacha » découle d'une notion d'abandon, à l'image de la traduction araméenne de « tu la laisseras reposer et tu l'abandonneras (ou-netachtah) », traduite par « teratcheha », c'est-à-dire l'abandonner. Dès lors, le sens est le suivant : saisis d'effroi devant l'épée et la famine, les hommes abandonnaient femmes et enfants pour fuir, laissant la mère esseulée avec ses enfants. Et quelle est la différence entre « natouch » et « ratouch » ? Le Radak explique : « ratouch » relève d'un acte délibéré, où l'on quitte un lieu de son plein gré, tandis que « natouch » s'impose sous la contrainte, lorsqu'on est forcé de partir.

« Voilà ce que vous a fait Beth-El »
כָּכָה עָשָׂה לָכֶם בֵּית אֵל מִפְּנֵי רָעַת רָעַתְכֶם בַּשַּׁחַר נִדְמֹה נִדְמָה מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל׃ (טו) - Voilà ce que vous a causé Beth-El, à cause de l'extrême noirceur de votre perversité : dès l'aube, le roi d'Israël aura totalement péri.

« Voilà ce que vous a causé Beth-El » - Le veau d'or de Beth-El est la cause de tout ce malheur. « À cause de l'extrême noirceur de votre perversité » - C'est votre faute suprême, l'idolâtrie, qui a attiré sur vous toutes ces calamités. « Dès l'aube, le roi d'Israël aura totalement péri » - « Dès l'aube » fait référence au début de son règne. En effet, il est écrit qu'en sa sixième année, le roi d'Assyrie l'a fait emprisonner, et qu'en la septième année, il est monté contre Chomeron (Samarie), l'a assiégée durant trois ans et s'en est emparé. Dès le début de son règne, le roi d'Israël lui payait déjà un tribut et était asservi au roi d'Assyrie. Ce n'est qu'ensuite qu'il s'est tourné vers le roi d'Égypte ; le roi d'Assyrie a alors marché sur lui à la suite de la trahison des délateurs restés dans le pays, et c'est ainsi qu'ont été anéantis aussi bien Hochéa que le peuple tout entier.

En conclusion :

Le chapitre s'ouvre sur la chute de Chomeron et de son roi - « comme l'écume à la surface de l'eau », montrant que la dynamique qu'ils ont eux-mêmes enclenchée, la révolte et la délation, a causé leur propre disparition. Les hauts lieux et les autels sont anéantis, recouverts d'épines, de chardons et de monceaux de poussière, au point qu'ils supplieront d'être ensevelis sous les montagnes pour échapper à la honte. Et la racine de cette déchéance est ancienne : « Depuis les jours de Guiv'a, tu as péché, Israël », depuis l'idole de Mikha et la faute de l'idolâtrie contre laquelle nul ne s'est élevé. Dès lors, le Saint, béni soit-Il, a dû les châtier par la main des nations étrangères, les attelant comme un bœuf à un double sillon. Éphraïm, qui ne recherchait que la tâche aisée du foulage et s'est tourné vers l'Égypte, aurait pu s'associer à Yéhouda pour labourer la terre sainte ; à la place, il a subi le joug écrasant de l'Assyrie. Face à cela, le prophète trace la voie : « Semez pour vous selon la justice, récoltez selon la bienveillance, défrichez-vous un champ nouveau » - semer peu pour récolter beaucoup, ne pas s'endormir sur ses lauriers et, par-dessus tout, arracher les épines avant les semailles, car on n'enfile pas un habit neuf sur des vêtements souillés. Et pour quiconque recherche véritablement Hachem, Il fera descendre Sa justice avec l'aide divine et Son abondance céleste. Mais eux ont « labouré la méchanceté » et mis leur confiance dans leur propre voie et leurs vaillants guerriers ; c'est pourquoi le tumulte a grondé parmi le peuple, les forteresses ont été livrées à Salmanasar qui a reçu le pays sans coup férir pour le traiter avec la cruauté d'un conquérant impitoyable - tout cela « à cause de l'extrême noirceur de votre perversité », à cause du veau de Beth-El.