Le chapitre 10 d'Osée s'inscrit dans la continuité du décret de l'exil mentionné dans les chapitres précédents, et son but est d'en élucider la cause : qu'est-ce qui a véritablement attiré sur Israël un tel décret ? Le Malbim explique que le Saint, béni soit-Il, suscita au sein du peuple le trouble et la rébellion : la nation se révolta contre ses rois, et ce fut là la cause de l'exil. Déjà aux chapitres 7 et 8, nous avons vu que l'on tua Chalom ben Yabech, puis que l'on se révolta également contre Osée fils d'Ela, le dénonçant au roi d'Assyrie pour avoir envoyé des émissaires à So, roi d'Égypte, en quête de nouveaux protecteurs.
Et quelle était la racine de cette rébellion ? Le Malbim explique qu'il ne plaisait pas au peuple que ces rois ne s'attachent point aux péchés de Jéroboam : ils avaient inauguré une voie nouvelle et cessé de vouer un culte aux veaux d'or. Remarquons bien ce point : Chalom ben Yabech et Osée fils d'Ela n'étaient certes pas des justes, mais ils avaient aboli le culte des veaux, et nombreux au sein du peuple voyaient ce changement d'un mauvais œil et se soulevèrent contre eux. Cette rébellion est précisément ce qui entraîna la venue du roi d'Assyrie - d'abord à l'époque de Menahem ben Gadi, puis finalement aux jours d'Osée fils d'Ela - jusqu'à ce qu'il les exile tous. Aux côtés du commentaire du Malbim, nous verrons aussi l'approche du Radak, qui interprète le chapitre selon la voie classique, sans recourir au motif de la rébellion contre ces deux rois.
גֶּפֶן בּוֹקֵק יִשְׂרָאֵל פְּרִי יְשַׁוֶּה־לּוֹ כְּרֹב לְפִרְיוֹ הִרְבָּה לַמִּזְבְּחוֹת כְּטוֹב לְאַרְצוֹ הֵיטִיבוּ מַצֵּבוֹת׃ - Israël est une vigne qui se vide de ses fruits, qui produit du fruit à sa mesure ; à proportion de ses fruits, il a multiplié les autels ; à mesure que son pays prospérait, ils embellissaient les stèles.
Le peuple d'Israël est comparé à une vigne, comme nous l'avons appris dans Isaïe, au chapitre 5 : « Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile ». Le Saint, béni soit-Il, avait planté cette vigne et espérait qu'elle produirait de bons raisins, mais elle ne donna que des raisins sauvages. Il y est dit : « Il espérait la droiture, et voici la tyrannie ; la justice, et voici des cris d'angoisse » - le Saint, béni soit-Il, attendait que la vigne produise de bons fruits, et ces fruits de qualité sont la justice et l'équité. Au lieu de cela, Israël est devenu une « vigne qui se vide », une vigne qui s'étiole et laisse tomber ses fruits, sans donner le rendement qui lui conviendrait.
« Qui produit du fruit pour elle-même » (peri yechavé-lo) - on attendait qu'elle porte des fruits proportionnés à sa valeur. Le Malbim relève ici la nuance entre le verbe sima (poser, placer) et la racine de hachva'a (rendre égal, proportionner) : lorsque l'on pose une chose sur une autre, il n'y a pas nécessairement de correspondance entre ce qui est placé et son support, c'est pourquoi on emploie le verbe « poser ». En revanche, la forme techavé, comme dans « Tu poses sur lui éclat et splendeur » (hod vehadar techavé alav), porte aussi le sens d'équivalence : ce qui est conféré est à la mesure de la valeur de celui qui le reçoit. Ici de même : le Saint, béni soit-Il, attendait de la vigne un fruit digne d'elle, un fruit à la hauteur de son potentiel réel ; au lieu de cela, « Israël est une vigne qui se dépouille », terme évoquant la chute, l'abandon et le vide.
Et pourquoi ? « À mesure que ses fruits se multipliaient, il multipliait les autels ; plus son pays était prospère, plus ils embellissaient les stèles ». Tout le bien que J'ai déversé sur eux et toute la bénédiction que Je leur ai accordée auraient dû être employés à bon escient. Or, à mesure qu'Il multipliait pour eux les fruits et comblait leur terre de biens, ils multipliaient les autels et embellissaient les stèles vouées à l'idolâtrie. Le Malbim explique que ces stèles étaient destinées à parer les temples idolâtres ou la cité, et il les qualifie de « pyramides, obélisques ». L'obélisque est un monument, une sorte de colonne étroite et élevée surmontée d'une pointe pyramidale ; à cette époque, on le sculptait dans un seul bloc de roche, une pierre gigantesque et unique, sans l'édifier à partir de pierres multiples, et on l'érigeait dans le pays pour la gloire du culte idolâtre. En hébreu moderne, on l'appelle « aiguille de pierre » (matsevet ma'hat). Toute l'énergie de la vigne, dont on espérait des fruits, fut ainsi détournée vers l'idolâtrie.
חָלַק לִבָּם עַתָּה יֶאְשָׁמוּ הוּא יַעֲרֹף מִזְבְּחוֹתָם יְשֹׁדֵד מַצֵּבוֹתָם׃ - Leur cœur est partagé, maintenant ils vont porter leur faute ; Lui brisera leurs autels, Il dévastera leurs stèles.
Rachi explique : « Leur cœur est partagé » - leur cœur s'est séparé de Moi ; c'est-à-dire qu'ils se sont détachés d'Hachem, qu'Il soit béni, pour s'adonner à l'idolâtrie. C'est pourquoi « maintenant ils vont porter leur faute », et c'est ce qui amènera qu'« Il brisera leurs autels » (ya'arof mizbe'hotam) - Il abattra leurs autels, par allusion à l'action de rompre le cou (arifa).
Rachi cite ici un Midrach Aggada bien connu : grande est la paix, car même si Israël sert des idoles mais que la paix règne parmi eux, Satan ne les accuse pas, ainsi qu'il est dit : « Éphraïm est attaché aux idoles, laisse-le ! » - comme nous l'avons vu plus haut au chapitre 4, tant qu'Éphraïm reste uni, même s'ils s'attachent aux faux dieux, « laisse-le », le Saint, béni soit-Il, n'exerce pas Sa rigueur contre eux. Mais si « leur cœur est divisé - maintenant ils porteront leur faute ». Remarquons que l'enseignement homilétique de nos Sages diffère ici du sens littéral : selon le pchat, leur cœur s'est détaché d'Hachem, tandis que selon le drach, « leur cœur est partagé » signifie que leurs cœurs se sont divisés les uns des autres, qu'ils étaient déchirés par les querelles - et la discorde est tellement odieuse que dès l'instant où ils se divisèrent, Satan trouva prise pour venir porter accusation contre eux.
Le Malbim propose une autre explication : parce qu'ils s'étaient fabriqué des veaux et voulaient s'adonner à l'idolâtrie, Dieu divisa leur cœur - le Saint, béni soit-Il, suscita la mésentente et la désunion parmi eux. Selon cette lecture, « Il a partagé leur cœur » renvoie au Saint, béni soit-Il, qui a divisé leurs sentiments, et en conséquence « maintenant ils porteront leur faute » et recevront leur châtiment. Et ce châtiment est qu'« Il brisera leurs autels, Il dévastera leurs stèles » : cette division des cœurs est ce qui a provoqué la destruction des autels et le bris des stèles - le roi est allé déraciner les autels et briser les stèles, ce qui allait à l'encontre de la volonté populaire. Comme nous l'avons mentionné : Chalom ben Yabech et Osée fils d'Ela n'acceptaient point les veaux de Jéroboam ; c'est pourquoi ils abattirent leurs autels et saccagèrent leurs stèles, provoquant ainsi une profonde fracture au sein du peuple.
כִּי עַתָּה יֹאמְרוּ אֵין מֶלֶךְ לָנוּ כִּי לֹא יָרֵאנוּ אֶת־יְהֹוָה וְהַמֶּלֶךְ מַה־יַּעֲשֶׂה־לָּנוּ׃ - Car maintenant ils diront : « Nous n'avons point de roi, car nous n'avons pas craint l'Éternel ; et le roi, que peut-il faire pour nous ? »
Le Malbim explique : c'est de cette division même qu'ils se rebelleront contre le roi et voudront le déchoir de sa royauté. Le roi a fait une chose qui leur a déplu en abolissant le culte des veaux d'or instauré par Yarov'am (Jéroboam). Ils s'écrient alors : « Nous n'avons point de roi ! Comment ose-t-il abolir le culte du veau pour lui substituer le service d'Hachem ? » « Car nous n'avons pas craint l'Éternel » - nous ne craignons pas Hachem et ce culte ne nous convient pas ; « et le roi, que peut-il faire pour nous ? » - de quel droit le roi nous contraindrait-il à servir Hachem et à Le craindre ?
C'est là la cause même de ce « cœur partagé » : le peuple s'est soulevé contre le roi parce qu'il avait aboli les veaux d'or, et ils l'ont dénoncé au roi d'Assyrie. Alors, le roi d'Assyrie est venu, a brisé les veaux et a tout pillé. Il s'avère donc qu'ils ont eux-mêmes provoqué leur propre ruine. Un roi était là, qui avait enfin aboli les veaux d'or, mais vous l'avez dénoncé, vous vous êtes révoltés contre lui, créant ainsi la situation qui a permis à un envahisseur étranger de venir et de déporter tout le monde. C'est eux-mêmes qui ont attiré ce désastre sur leur tête.
Le Malbim propose une explication supplémentaire pour « maintenant ils seront tenus pour coupables » : jusqu'à présent, c'étaient les rois qui contraignaient le peuple à pratiquer l'idolâtrie. Yarov'am avait fabriqué des veaux d'or en disant : « Voici tes dieux, Israël », et avait interdit de monter au Beth Hamikdache, si bien que le peuple s'était peu à peu habitué à ce culte. La faute initiale n'incombait donc pas au peuple, mais aux souverains, ce qui leur laissait une circonstance atténuante. Mais à présent, alors que Chalom ben Yavech et Hochea ben Ela ont aboli le culte des veaux d'or et que le peuple s'obstine de lui-même à le perpétuer - la demande émanant de la base -, leur culpabilité devient immense. Vous prouvez ainsi que vous désirez vous-mêmes ces veaux, et vous ne pouvez plus rejeter la faute sur le roi en disant : « Il nous a forcés, il nous l'a ordonné. » Je vous ai suscité des rois opposés à cette idolâtrie, et vous avez malgré tout réclamé les veaux ! C'est le sens de « maintenant ils seront tenus pour coupables » : cette discorde et ce refus d'obéir au roi constituent leur pleine culpabilité.
Le Radak donne de ce verset une interprétation tout à fait différente : « Car maintenant ils diront » se rapporte à la période postérieure à l'exil, et constitue une expression de repentir et de regret. En exil, ils diront : « Nous n'avons point de roi » - il n'a en effet aucun pouvoir pour nous délivrer de la main des ennemis. Nous avions réclamé un roi pour mener nos guerres et nous sauver, et nous voilà déportés : où est donc notre roi ? « Car nous n'avons pas craint l'Éternel » - nous nous sommes trompés, nous aurions dû craindre Hachem au lieu de demander un roi ; si nous étions restés fidèles à la crainte d'Hachem, aucun malheur ne nous aurait frappés, et Il nous aurait délivrés de nos ennemis dès lors que nous accomplissions Sa volonté. « Et le roi, que peut-il faire pour nous ? » - ce roi que nous avons réclamé, en quoi peut-il nous être utile à présent ? Ce en quoi nous placions notre confiance est incapable de sauver. Ainsi, selon le Radak, tout ce verset est un cri de remords et de Techouva du peuple dans son exil.
דִּבְּרוּ דְבָרִים אָלוֹת שָׁוְא כָּרֹת בְּרִית וּפָרַח כָּרֹאשׁ מִשְׁפָּט עַל תַּלְמֵי שָׂדָי׃ - Ils ont proféré des paroles, juré de faux serments, conclu des alliances ; et le châtiment germe comme une herbe vénéneuse sur les sillons des champs.
Selon le Radak : « Ils ont proféré des paroles » - Yarov'am et ses conseillers ont comploté afin de maintenir leur pouvoir, élaborant des plans pour empêcher le peuple de monter à Jérusalem. « Juré de faux serments, conclu des alliances » - c'est à cette fin qu'ils ont prêté serment, fait alliance et juré faussement d'abolir la Torah et les Mitsvot pour s'adonner à l'idolâtrie. « Et le châtiment germe comme une herbe vénéneuse sur les sillons des champs » - comprends dès lors pourquoi le jugement par lequel Hachem les condamne et les châtie fleurit comme le poison et l'absinthe, selon l'expression : « une racine qui produit du poison et de l'absinthe ». Ce qui germera dans les sillons de leurs champs sera une plante vénéneuse : vous récolterez ce que vous avez semé. Et qu'avez-vous semé ? Vous avez cultivé le poison de l'idolâtrie, de la perversion et de l'abandon du service divin. C'est ce qui pousse sur les sillons de vos champs ; ne vous étonnez donc pas si le châtiment fleurit sur vous comme une plante toxique et si vous êtes exilés.
Le Malbim, fidèle à sa méthode, applique ce verset à la période précédant l'exil et y voit la description de la rébellion contre Chalom ben Yavech et Hochea ben Ela, qui avaient aboli l'idolâtrie. « Ils ont proféré des paroles » - c'étaient là leurs conciliabules continuels. « Vains serments » - ils ont ainsi violé le serment d'allégeance prêté au roi ; car lorsqu'on intronise un souverain, on s'engage sous serment à lui être soumis, sans quoi en quoi consisterait son acceptation comme roi ? Leur serment s'est donc avéré mensonger, car dès l'instant où le roi a ordonné d'abolir les veaux d'or, ils ont refusé d'obtempérer. « Conclu des alliances » - ils ont formé une conjuration pour assassiner Chalom ben Yavech et pour livrer Hochea ben Ela entre les mains du roi d'Assyrie afin de le faire périr.
Et c'est cette alliance funeste qui a provoqué ceci : « et le châtiment germe comme une herbe vénéneuse sur les sillons des champs » - la punition s'est abattue sur eux immédiatement. La « floraison » est un phénomène qui éclot soudainement : la graine de la révolte que vous avez semée en secret, au plus profond des sillons de la terre, a germé aussitôt, a fleuri, a porté ses fruits amers, et vous avez reçu sur-le-champ votre châtiment, comme nous allons le voir sans tarder.
לְעֶגְלוֹת בֵּית אָוֶן יָגוּרוּ שְׁכַן שֹׁמְרוֹן כִּי אָבַל עָלָיו עַמּוֹ וּכְמָרָיו עָלָיו יָגִילוּ עַל כְּבוֹדוֹ כִּי גָלָה מִמֶּנּוּ׃ - Pour les génisses de Beth-Aven trembleront les habitants de Samarie, car son peuple est en deuil sur lui, et ses prêtres s'affligent à son sujet, sur sa gloire qui s'en est allée loin de lui.
Le Malbim explique que le texte décrit ici la cause de la révolte et la manière dont le châtiment a immédiatement germé. « Pour les génisses de Beth-Aven » - tout l'enjeu résidait dans le fait qu'on leur avait retiré les veaux d'or et qu'on avait aboli leur culte idolâtre. Ce sont ces veaux dressés à Beth-El et à Dan qui avaient provoqué la division et les dissensions entre le peuple et le roi, et c'est à cause d'eux que « yagourou » - les habitants de Samarie se sont rassemblés afin de se rebeller contre le roi qui avait fait cesser leur culte. « Car son peuple mènera le deuil sur lui » - le peuple s'endeuille de l'abolition du culte des veaux. « Et ses prêtres païens se lamenteront à son sujet » - les desservants idolâtres, jusqu'alors attachés à ce culte, sont brisés et abattus « sur sa gloire qui s'est exilée loin de lui », parce que l'honneur des veaux s'est évanoui.
Expliquons également ce passage selon la perspective du Radak et de Rachi. Tout d'abord, que signifie « Beth-Aven » (la maison de l'iniquité) ? Les veaux érigés par Jéroboam étaient des mâles, or l'Écriture les qualifie de « génisses » (au féminin) par mépris ; de même, « Beth-Aven » désigne en réalité Beth-El, mais le texte lui substitue une appellation dépréciative. Comme l'enseigne la Guémara, il convient de désigner l'idolâtrie par des sobriquets infamants : « Beth Galia » devient « Beth Karia », et d'autres exemples semblables cités par le Talmud illustrent qu'il faut flétrir le culte idolâtre d'un terme péjoratif, afin de n'en parler qu'en manifestant notre dégoût. Et puisque l'acte perpétré à Beth-El était un acte d'iniquité (« aven »), tissu de mensonge et d'impiété, le prophète les nomme « les génisses de Beth-Aven ».
Le Radak, pour sa part, rattache « yagourou » à l'effroi (« magor »), et non au rassemblement comme le fait le Malbim : les habitants de Samarie sont saisis d'épouvante. Et pourquoi mentionner Samarie, alors qu'aucun veau ne s'y trouvait ? C'est que Samarie était la capitale du royaume, et les principaux adeptes des veaux appartenaient à ses notables ; voilà pourquoi les veaux sont évoqués en relation avec Samarie. Le sens profond en est le suivant : lorsque Beth-El fut dévastée et que les veaux furent incapables de la sauver, les habitants de Samarie commencèrent à trembler pour eux-mêmes. Si ce veau sur lequel je comptais pour me protéger ne parvient même pas à se sauver lui-même, qui viendra me défendre ? En effet, toute la terre d'Israël fut conquise avant Samarie, que le roi d'Assyrie assiégea ensuite pendant trois ans. Tel est le sens de « car son peuple mènera le deuil sur lui » - ils pleuraient amèrement sur le veau de Beth-El et sur sa gloire déchue, réalisant avec angoisse que le désastre frappait déjà à leur porte.
גַּם אוֹתוֹ לְאַשּׁוּר יוּבָל מִנְחָה לְמֶלֶךְ יָרֵב בׇּשְׁנָה אֶפְרַיִם יִקָּח וְיֵבוֹשׁ יִשְׂרָאֵל מֵעֲצָתוֹ׃ - Lui-même sera aussi transporté en Assyrie comme présent au roi Yarev ; Éphraïm recueillera la honte, et Israël rougira de son propre dessein.
« Lui-même sera aussi transporté en Assyrie » - il est question des veaux d'or. Rachi rapporte que cet événement eut lieu la douzième année du règne d'Achaz, ainsi qu'il est relaté dans les Chroniques (Divré Hayamim) : Hachem éveilla l'esprit de Poul, roi d'Assyrie, qui déporta les tribus de Ruben et de Gad ; il s'empara alors des veaux d'or de Beth-El et s'en retourna, accomplissant ainsi l'oracle : « Lui-même sera aussi transporté en Assyrie ». Qui donc est « lui-même » ? Ces fameuses « génisses de Beth-Aven » évoquées plus haut : ton idole elle-même a été enlevée, emportée et emmenée captive.
« Comme présent au roi Yarev » - il s'agit de Sennachérib. Certains commentateurs estiment que « roi Yarev » était son nom propre, tandis que d'autres y voient un qualificatif lié à son caractère belliqueux, toujours en litige (« rav ») et en guerre contre les nations, d'où le titre de « roi batailleur ». Le Malbim précise que les peuples idolâtres vénéraient une divinité de la querelle et de la guerre, et que le « roi Yarev » était le monarque désigné par cette idole pour mener les conflits. On peut également noter que le nom de Sennachérib se termine par les lettres du mot « riv » (querelle), qui forment l'anagramme de « Yarev » ; selon cette lecture, « Yarev » décrit le roi qui viendra leur chercher noise. Et ce sont ces veaux d'or qui lui furent livrés en hommage.
Le Malbim montre qu'ici s'éclaire l'image du « jugement qui a fleuri comme le poison » : la façon dont leur rétribution fut immédiate. Lorsque le roi d'Assyrie captura Osée (Hoshea), le texte biblique précise qu'il le fit jeter en prison, parce qu'on l'avait dénoncé pour avoir envoyé des émissaires à So, roi d'Égypte, trahissant ainsi le souverain assyrien - toute alliance étrangère ayant pour but de secouer le joug de Ninive. Le peuple, outré de s'être vu confisquer ses veaux d'or, avait dénoncé Hoshea ben Éla au roi d'Assyrie. Voyez le résultat de leur manœuvre : le roi d'Assyrie accourt, outré de cette ouverture vers l'Égypte, destitue Hoshea, l'enferme au cachot - et confisque au passage les veaux sacrés ! Quel était leur espoir ? Voir Hoshea châtié tout en conservant leurs idoles. Or, « lui-même sera aussi transporté en Assyrie » : non seulement le roi Hoshea leur a été ravi, mais le veau lui-même a été emporté comme tribut offert au roi Yarev.
« Éphraïm recueillera la honte » - l'Assyrie a emporté la cause de la honte d'Éphraïm. En effet, les idoles sont souvent désignées par des termes d'infamie, et le veau est ici qualifié de « boshet » (la honte) : l'Assyrien est venu et a déporté chez lui l'ignominie d'Éphraïm, ses veaux fétiches. « Et Israël rougira de son propre dessein » - Israël ouvre enfin les yeux sur son aveuglement : quelle stupidité ! J'ai formé le projet d'abattre Hoshea ben Éla en le dénonçant au roi d'Assyrie, et ce même roi d'Assyrie est venu m'arracher aussi mes veaux. Il n'a pas seulement emmené le souverain, il a également confisqué les dieux. Le peuple réalise alors à quel point il s'est causé du tort à lui-même, et comment son calcul lui est revenu en plein visage, provoquant sa ruine complète.
נִדְמֶה שֹׁמְרוֹן מַלְכָּהּ כְּקֶצֶף עַל פְּנֵי מָיִם׃ - Samarie est anéantie ; son roi est comme de l'écume à la surface de l'eau.
L'expression « nidmé » reçoit ici plusieurs explications. Le Targoum Yonatan traduit « behotath Chomron bemalkah » - une notion de honte : Chomron a eu honte de son roi. Nous pensions que le roi nous sauverait, et le voilà comme de l'écume à la surface de l'eau - expression désignant une chose inconsistante, qui s'annule totalement. Sa force équivaut à l'écume sur l'eau, qui disparaît et s'efface en un instant.
Rachi explique « nidmé » dans le sens de silence et d'immobilité (doumiya), comme dans « al doumi lakh » : le roi de Chomron a été réduit au silence, et il est devenu semblable à l'écume sur l'eau. Le Radak l'explique par l'idée de retranchement ou de destruction, comme dans « nidmé 'ami » - mon peuple a été retranché ; selon ce sens, le roi de Chomron a été anéanti : il a subi un siège prolongé et, finalement, n'a pu échapper au désastre et est parti en exil.
Et que signifie « kétsef » ? Le Targoum Yonatan traduit « kerouth'a 'al apé maya », c'est-à-dire des bouillonnements, de l'écume. De même, Rachi l'explique en vieux français par « escume ». C'est ainsi que Rachi commente également dans le Talmud, à l'endroit où la Guémara mentionne l'écume et enseigne qu'il convient de ne pas boire l'écume flottant sur une boisson, Rachi précisant qu'il s'agit de l'« escume ». Toutefois, le Radak apporte une explication remarquable : le mot « kétsef » désigne ici l'écorce d'un arbre, comme dans « outé'énato liktsefa » qui se réfère à l'écorce du figuier ; selon ce sens, « comme kétsef à la surface de l'eau » signifie comme un morceau d'écorce flottant et ballotté sur l'eau.
Le Malbim explique que c'est ainsi que s'éclaire l'expression « et Israël aura honte de son conseil » : ce conseil même par lequel il pensait renverser Hochéa, en faisant venir le roi d'Assyrie et en lui révélant la rébellion de Hochéa, a précisément causé leur perte. Selon son approche, « nidmé » vient de la racine évoquant la ressemblance et la parabole (dimayon / machal) : à quoi avons-nous été comparés ? Chomron et son roi sont comparés à de l'écume à la surface de l'eau. Le bouillonnement produit de l'écume, mais dès que l'eau s'agite et s'écoule, l'écume se résorbe et disparaît, laissant une surface lisse ; c'est le mouvement même de l'eau qui dissipe l'écume et la fait disparaître.
C'est exactement ce qui s'est produit dans les faits : à cause du roi, le peuple s'est enflammé et a bouillonné de colère (katzaf), et dans cette effervescence, ils se sont rebellés contre le souverain - ils ont conspiré avec Hochéa ben Ela contre Pékah ben Remalyahou, l'ont mis à mort et ont couronné Hochéa à sa place. Par suite de cela, cette écume s'est retrouvée en exil, en raison de la délation portée contre Hochéa auprès du roi d'Assyrie. Et tout comme le mouvement de l'eau fait retomber l'écume, ce mouvement d'agitation les a conduits directement en Assyrie ; leurs manœuvres pour consolider le culte du veau ont échoué, car ils ont tous fini par être déportés en Assyrie. On constate ainsi que « nidmé » peut s'interpréter soit comme une honte, soit comme un silence imposé, soit comme un anéantissement, soit comme une parabole et une comparaison.
Ce chapitre vient éclairer la racine de l'exil. Israël était une vigne plantée par le Saint, béni soit-Il, qui en attendait un fruit digne d'elle - le droit et la justice - mais elle a gaspillé son fruit en détournant toute l'abondance reçue vers les autels et les stèles idolâtres. En conséquence, Hachem a divisé leur cœur, et lorsque des rois ont voulu abolir le culte des veaux, le peuple s'est rebellé contre eux, a prêté de faux serments, a conclu des alliances de meurtre et de délation, et la semence semée en secret a aussitôt fleuri comme la ciguë et l'absinthe. Le résultat fut à l'opposé de tous leurs calculs : le roi d'Assyrie emporta non seulement le roi, mais aussi les veaux eux-mêmes, et l'ignominie d'Éphraïm fut offerte en présent au roi Yarev - « et Israël aura honte de son conseil ». Quant au royaume de Chomron, qu'ils croyaient capable de les sauver, il s'est évanoui comme de l'écume sur l'eau, que le moindre mouvement fait disparaître. Nous apprenons également ici à quel point la discorde est redoutable : tant qu'ils restaient unis - « Éphraïm est attaché aux idoles, laisse-le tranquille » - mais dès lors que « leur cœur s'est divisé » - « maintenant ils seront tenus pour coupables ».