Ephraïm se mêle parmi les nations ; Ephraïm est un gâteau qui n'a pas été retourné. Ephraïm se mêle parmi les nations : le Malbim explique qu'en assassinant leurs rois, ils ont provoqué l'assimilation et le mélange d'Ephraïm parmi les peuples. Et pourquoi ? Car il est écrit que Ménahem a fait appel au roi d'Assyrie pour l'aider, afin de l'assister à conserver la royauté. Et quand Pékah a conspiré contre Pékahya, le fils de Ménahem, le roi d'Assyrie est intervenu pour prendre sa défense. C'est-à-dire que Ménahem a mobilisé une puissance extérieure pour l'aider, et Pékahya fils de Ménahem a fait de même avec le roi d'Assyrie. À cette occasion, celui-ci a pris le parti du roi de Juda et a exilé le pays de Nephtali. Puis, quand Hoshéa fils d'Éla a tué Pékah, l'Assyrien s'en est pris à Hoshéa. Il s'avère donc qu'ils ont causé leur propre ruine : vous êtes allés nouer des alliances avec des royaumes étrangers pour qu'ils vous prêtent main-forte, et finalement, ils sont devenus votre perte. Ils se sont attiré ce sort en assassinant leurs rois, obligeant les souverains à recourir à une aide extérieure ; une fois l'ennemi introduit dans le pays, il a frappé les habitants eux-mêmes.
Et dans la parabole : de ce fait, Ephraïm est devenu un gâteau qui n'a pas été retourné. Puisque nous parlions précédemment du four et du fournier, le texte poursuit avec la même métaphore : ils n'ont pas été cuits dans ce four chauffé au même feu, mais sont comparables à une galette non retournée. À l'époque existait la harara, une galette cuite directement sur des braises. Cela revient souvent dans la Guémara : un chien qui a dérobé une galette cuite sur la braise, etc. Par le terme ouga, on n'entend pas forcément une pâtisserie sucrée, mais un pain. Pourquoi s'appelle-t-il ouga ? Parce qu'il est rond (agoul). Tout pain rond est appelé ouga, comme le cercle que traça Honi Hama'aguel, ou la ronde d'enfants où l'on tourne en cercle. Les enfants s'imaginent parfois que l'on chante à propos d'un gâteau, mais telle n'est pas l'origine : ouga renvoie au cercle, à la ronde. C'est d'ailleurs l'étymologie du mot hallah, qui était autrefois ronde, de la racine de mahol, la danse en rond. Quoi qu'il en soit, ce pain était cuit sur des braises, et il fallait absolument le retourner afin qu'il cuise convenablement des deux côtés. À défaut, la partie inférieure brûle au contact des braises ardentes, tandis que la partie supérieure reste crue. C'est pourquoi le verset dit : Ephraïm était un gâteau qui n'a pas été retourné, semblable à ce pain cuit à même les braises et que l'on a négligé de retourner.
Quel en est le sens profond ? C'est ce qu'exprime le verset suivant : "Des étrangers ont dévoré sa force, et il ne le sait pas ; la vieillesse même a blanchi ses cheveux, et il ne le sait pas." À l'image de ce gâteau non retourné qui brûle d'un côté et reste mou et immangeable de l'autre, tel fut le sort d'Ephraïm. Des étrangers ont dévoré sa force sans qu'il s'en rende compte : le roi d'Assyrie a ruiné leur puissance, pillé leurs richesses et les a exilés - voilà la face inférieure du gâteau, noircie et calcinée. Et d'autre part, la vieillesse a blanchi ses cheveux à son insu : c'est l'autre face du gâteau, qui demeure une pâte flasque et crue. Cela ressemble au vieillard dont la vigueur a décliné : affaibli comme ce dessus de pâte non cuit, aux membres tremblants et à l'énergie éteinte, ils ont perdu toute force, et leur courage est devenu semblable à celui d'un vieil homme épuisé. D'un côté, par en bas, ils ont brûlé - l'Assyrien ayant consumé leurs forces comme les braises consument la galette -, et de l'autre, par le haut, ils se sont ramollis, restant comme une pâte informe, à l'image d'un homme courbé par le grand âge.
Le Radak explique au sujet des cheveux blancs : l'homme s'amende généralement de sa mauvaise conduite au soir de sa vie. C'est l'ordre naturel des choses : voyant que ses forces l'abandonnent et qu'il s'achemine vers le terme de son existence, il revient à Dieu avant de mourir. Dans sa jeunesse, l'homme est ardent, dominé par ses désirs, ses ambitions et ses plaisirs, et le repentir est loin de ses préoccupations. Mais lorsqu'il prend de l'âge et vieillit, on le voit soudain fréquenter assidûment la synagogue, s'attacher à la communauté et se rapprocher de la prière. Que s'est-il passé ? Il comprend que le terme approche. Il ne prend plus de risques et recalcule sa trajectoire. Le Radak précise que c'est le sens de ce verset : ces épreuves constituent une image de la vieillesse, période propice au réveil et au repentir. Pourtant, bien que la vieillesse les ait atteints, et même sous le règne de Pékah fils de Remalya et d'Hoshéa fils d'Éla, les derniers rois, ils ne se sont pas détournés de leur voie. Ils n'ont pas agi à la manière du vieillard qui se repent à la fin de ses jours, mais ont persisté dans leur perdition.
"Et l'orgueil d'Israël a été abaissé devant lui, et ils ne sont pas revenus à l'Éternel leur Dieu, et ne L'ont point recherché malgré tout cela." Que signifie "l'orgueil d'Israël a été abaissé" ? Rachi explique d'après le Targoum : la gloire d'Israël a été humiliée sous leurs yeux. Ils assistent à la déchéance de la dignité d'Israël, progressivement amoindrie et rabaissée, et malgré tout, ils ne sont pas revenus à l'Éternel leur Dieu. L'évidence de ces conséquences désastreuses est sous leurs yeux, pourquoi donc ne pas faire téchouva ? Rachi note que le verbe vé'ana est au passé : bien que la gloire d'Israël ait été humiliée et foulée aux pieds, ils ne sont pas revenus à l'Éternel leur Dieu et ne L'ont point cherché malgré tout cela. En dépit de tout, ils sont restés ancrés dans leurs mauvaises actions, sans s'amender ni tirer la moindre leçon morale.
Le Malbim met ce passage en parallèle avec ce que nous avons vu plus haut (chapitre 5, verset 5) : lorsque l'orgueil d'Israël fléchit devant lui, son arrogance doit se briser sous le poids des châtiments, lui faisant comprendre que ses souffrances sont le fruit de ses fautes. Le texte disait là-bas : "avec leur petit et leur gros bétail, ils iront chercher l'Éternel". Lorsque l'homme réalise qu'il s'est attiré le malheur et qu'il est seul responsable de ses maux, il va chercher l'Éternel. Or ici, le prophète constate que le malheur est arrivé, mais qu'ils ne sont pas allés chercher Dieu. Bien que l'orgueil d'Israël ait été brisé devant lui, qu'ils soient tombés dans la misère et la déchéance la plus complète, ils ne se sont pas soumis à l'Éternel, ne sont pas revenus par la téchouva et ne L'ont point recherché malgré tout cela. Que signifie "Le rechercher" ? S'adresser à Dieu par des sacrifices et par la prière. Même lorsqu'un homme ne parvient pas à une téchouva complète, s'il se tourne vers Dieu, c'est déjà un début, une reconnaissance de Son autorité. Mais ici, leurs cris vers le Ciel n'étaient que de simples appels à l'aide pour être secourus, sans aucune démarche sincère de prière ou d'offrande traduisant l'aveu de leur faute et la prise de conscience de leur déchéance.
"Et Ephraïm est devenu comme une colombe naïve, sans jugement : ils ont appelé l'Égypte, ils sont allés vers l'Assyrie." Ephraïm est devenu comme une colombe naïve : le Radak compare Ephraïm à une colombe qui se laisse prendre au piège par pure crédulité. Elle avance et pénètre dans le filet parce qu'elle y aperçoit quelques graines ; elle mange sans s'apercevoir qu'elle est prise, n'ayant pas le discernement de comprendre qu'un filet a été déployé pour la capturer. De nos jours, hélas, beaucoup d'hommes manquent également de discernement face à un autre filet tendu qui piège tant de personnes estimables : la toile d'Internet. Comme une colombe naïve et sans jugement, on y tombe sans méfiance. Au début, on cherchait seulement des cours de Torah ou un moyen pratique de gérer ses comptes bancaires - voilà la colombe crédule -, puis on se laisse séduire et l'on échoue là où il ne fallait pas. Nos Sages enseignent qu'il n'y a point de garant face aux tentations morales. L'homme ne doit pas se reposer sur sa seule volonté : quiconque a la nécessité absolue d'utiliser ces outils doit impérativement mettre en place des filtres inviolables, gérés directement par le fournisseur d'accès. C'est la seule modalité sous laquelle les sommités de la Torah tolèrent cet usage en cas de nécessité professionnelle. Sans cela, on agit exactement comme une colombe naïve et sans jugement qui se jette dans le filet par simple inconséquence.
Revenons à notre sujet. Le Radak explique qu'Ephraïm allait solliciter l'aide de l'Assyrie et de l'Égypte. Mais quelle naïveté ! Ils étaient persuadés que ces empires viendraient les secourir, alors qu'en vérité, loin de les aider, ils leur ont causé un tort immense. Ephraïm avançait avec l'innocence aveugle de la colombe, convaincu de trouver là un appui. L'État d'Israël ne considère plus depuis longtemps l'ONU comme une aide ou une instance utile auprès de laquelle porter plainte contre les agissements du Hamas ou du Hezbollah ; chacun sait qu'aucun secours n'en viendra. De la même façon, nous n'avons jamais sollicité la Cour suprême pour arbitrer des questions religieuses. Lorsqu'Aharon Barak est devenu le lauréat d'honneur du mouvement réformé après avoir quitté ses fonctions judiciaires, nous avons bien compris la nature de son agenda. Jamais nous n'avons songé à leur demander assistance, d'abord parce que nous n'en attendons rien - ils seraient les derniers à nous aider -, mais aussi parce que solliciter leur aide reviendrait à leur conférer une légitimité, comme s'ils représentaient pour nous une autorité judiciaire. Ils ne représentent rien pour nous, pas même la poussière de la terre. Nous prions chaque jour : "Rétablis nos juges comme autrefois", et tout juge qui tranche à l'encontre des lois de la sainte Torah, rappellent le Choul'han Aroukh et le Rambam, lève la main contre la Torah de Moïse. Nous savons donc par avance à qui ne pas nous adresser. Mais Ephraïm, lui, a agi comme une colombe crédule : il s'est tourné vers l'Assyrie et l'Égypte, persuadé d'y trouver secours et salut.
Le Targoum Yonatan traduit "colombe naïve" par yona serikhta. Que signifie ce terme ? L'auteur du Aroukh explique qu'il désigne une colombe qui se frappe et se lacère la tête. Le Radak précise que cela s'apparente à l'arabe, où une femme qui s'écorche le visage lors d'un deuil est désignée par un terme similaire. Elle ressemble à une colombe affolée qui s'écorche en temps de détresse, à la manière de ces peuples qui se déchirent le visage et s'arrachent les cheveux lors d'un deuil - pratique que la Torah interdit formellement : "Vous ne ferez point d'incisions dans votre chair pour un mort". Telle est une autre facette de la métaphore de la colombe éperdue.
Le Malbim explique pour sa part : "Et Ephraïm est devenu comme une colombe naïve, sans jugement", ils ont agi sans réflexion et sans intelligence, sans envisager les conséquences de leurs actes. Ils étaient déjà assujettis au royaume d'Assyrie. Dans une telle situation, quel sens y avait-il à appeler l'Égypte ? Dès l'instant où vous faites appel à l'Égypte, le roi d'Assyrie interprète naturellement cela comme une rébellion : "C'est moi qui suis le souverain ici, et vous appelez l'Égypte à votre secours !" Le roi d'Assyrie a vu là une trahison d'Hoshéa fils d'Éla, qui envoyait des messagers à So, roi d'Égypte. C'est pourquoi l'Écriture rapporte : "Le roi d'Assyrie le fit enfermer et lier dans une prison ; puis il monta contre Samarie et l'assiégea pendant trois ans, et il exila Israël en Assyrie." Il y a eu là une première folie : étant soumis à un monarque, faire appel à son rival et comploter contre le premier. Mais une seconde aberration a suivi : après avoir sollicité l'Égypte, Hoshéa s'est rendu en personne en Assyrie. Il y est allé de lui-même, en vassal soumis, pensant apaiser le roi d'Assyrie ; mais celui-ci l'a jeté en prison et a immédiatement envahi Samarie. S'il était resté retranché dans sa capitale, sa situation aurait été bien plus favorable ! Voilà pourquoi il est appelé une colombe naïve et sans jugement : commettre un acte insensé en allant se livrer soi-même au souverain que l'on vient de trahir. Il ne s'agissait pas d'un régime civilisé respectueux du droit, mais d'une tyrannie arbitraire, comparable au régime des ayatollahs en Iran qui prit en otage tout le corps diplomatique américain au mépris de toutes les règles internationales. Face à un tyran sanguinaire, on ne va pas se jeter dans la gueule du loup. C'est pourtant ce que fit Hoshéa : il s'est livré, a été emprisonné, et le pays, privé de roi, a été conquis. Ce fut une démarche absurde : d'abord appeler l'Égypte et se brouiller avec l'Assyrie dominante, puis aller se jeter entre les mains de l'Assyrien comme un fruit mûr offert à son ennemi. Une folie absolue qui causa leur ruine.
"Lorsqu'ils marcheront, j'étendrai sur eux Mon filet ; Je les ferai descendre comme l'oiseau du ciel, Je les châtierai selon ce qui a été annoncé à leur assemblée." Lorsqu'ils marcheront, J'étendrai sur eux Mon filet : pendant qu'Hoshéa marchait vers l'Assyrie, Dieu nous révèle : vous croyez qu'il a agi ainsi par une simple stupidité humaine ? C'est une erreur, cela venait de Moi. "J'étendrai sur eux Mon filet" signifie : c'est Moi qui lui ai tendu ce piège en mettant dans son cœur l'idée de s'y rendre, afin de lui faire payer ses crimes, car il comptait parmi les rois impies. Le Malbim explique : le chasseur ne peut atteindre l'oiseau qui vole haut dans les cieux. Que fait-il ? Il déploie un filet au sol garni de graines ; l'oiseau descend pour manger et se trouve capturé. De même, le roi d'Assyrie ne pouvait s'emparer d'Hoshéa fils d'Éla tant que celui-ci restait à l'abri des remparts de Samarie. Mais Dieu dit : J'ai tendu Mon filet devant lui comme pour une colombe naïve ; il s'est rendu de lui-même chez le roi d'Assyrie comme un esclave soumis, et s'est jeté dans le piège. Cette folie apparente lui a été inspirée d'En-Haut pour sceller son châtiment.
Quel est le sens de : "Je les châtierai selon ce qui a été annoncé à leur assemblée" ? Le Malbim explique que le verset se lie à la suite : si seulement ils avaient écouté les réprimandes données à leur communauté, Je les aurais rachetés. C'est-à-dire que même dans cette situation désespérée, un remède existait encore s'ils avaient prêté l'oreille au reproche. Le Saint, béni soit-Il, dit : J'avais pensé que s'ils entendaient les paroles de remontrance, en voyant où les avait menés l'abandon de Dieu, ils feraient téchouva, et qu'alors Je pourrais les délivrer des mains du roi d'Assyrie. Mais au lieu de cela, "ils ont proféré des mensonges contre Moi". Loin d'accepter les épreuves comme un avertissement salutaire venant de Dieu, ils ont nié la Providence, la rétribution et le châtiment. De sorte que même les souffrances ne leur ont servi à rien. Dès lors, bien que le malheur s'abatte sur eux - "Malheur à eux, car ils se sont éloignés de Moi ! Ruine sur eux, car ils M'ont été infidèles !" -, ils auraient dû reconnaître leur égarement, et Dieu les aurait rachetés. Mais puisqu'ils ont préféré proférer des mensonges contre Lui, le châtiment devait inéluctablement s'accomplir.
Nous avons compris le verbe ayasserem au sens de châtiment et d'instruction morale (yissourim). C'est ainsi que l'entend Rachi, qui rapporte également l'avis de Dounash ben Labrat. Toutefois, Rachi cite une seconde explication au nom de Menahem, qui rattache ce mot à la racine des liens et des entraves (mossérot) : "Je les ferai descendre et Je les attacherai par des liens". Et que signifie "ils ont proféré des mensonges contre Moi" ? Rachi explique : Je voulais les délivrer du malheur en leur envoyant des prophètes, comme Jérémie, pour les reprendre. Mais ils ont dit à Jérémie : "Tu profères des mensonges, tu n'es pas envoyé par l'Éternel !" Rejeter le messager de Dieu en qualifiant ses paroles de mensonge leur retirait tout mérite d'être rachetés.
Le prophète poursuit : "Et ils n'ont pas crié vers Moi dans leur cœur lorsqu'ils gémissaient sur leurs couches ; ils s'assemblent pour le blé et le moût, ils se détournent de Moi." Même lorsqu'ils gémissent sur leurs couches sous le poids des tourments, ils ne font que se lamenter sans crier vers Dieu ni Le rechercher sincèrement. Leurs plaintes ne sont qu'un vain faux-semblant arraché par la détresse, sans aucun mouvement intérieur pour revenir vers l'Éternel. Que signifie "ils s'assemblent pour le blé et le moût (yitgorarou)" ? Le Malbim explique que le verbe vient de la racine d'habiter (lagour) : leur dénuement était si profond qu'il n'y avait plus de récoltes sur leurs terres, les forçant à errer de lieu en lieu pour subsister. Le Radak explique quant à lui que lorsque les marchands de blé et de vin arrivaient en ville, la foule affamée s'attroupait autour d'eux (de la racine signifiant amasser ou s'attrouper). Rachi donne une interprétation inverse, rattachant le mot aux greniers d'abondance (megourot) : tant que leurs réserves étaient pleines de blé et de vin, ils se sentaient repus et n'éprouvaient aucun besoin de crier vers Dieu. Selon Rachi, c'est leur satiété matérielle qui les détournait de Dieu : "Pour le blé et le moût ils se rassemblent, ils se rebellent contre Moi."
Que signifie "ils se rebellent contre Moi" ? Le Malbim explique que cela renvoie à la notion du fils rebelle et indocile (ben sorer oumoré), qui s'écarte de la bonne voie, s'abandonne à la gloutonnerie et à l'ivrognerie, sans jamais chercher la face de Dieu.
"Et Moi, J'ai châtié, J'ai fortifié leurs bras, et contre Moi ils méditent le mal." Le Radak explique : lorsqu'ils connaissaient des succès militaires et triomphaient de leurs ennemis, d'où cela venait-il ? "C'est Moi qui ai affermi et fortifié leurs bras." Mais au lieu de le reconnaître, ils attribuaient leurs victoires à leur seule puissance ! En revanche, dès qu'un revers survient, "contre Moi ils méditent le mal" : les succès leur appartiennent, mais les échecs seraient de Ma faute. C'est l'attitude habituelle des hommes : quand une affaire réussit, on proclame : "J'ai réussi, Dieu m'a un peu aidé", s'attribuant tout le mérite tout en payant un tribut d'hommage de pure forme. Mais lorsqu'un malheur frappe, on s'écrie aussitôt : "Tout vient de Dieu, c'est un décret du Ciel !" Les réussites seraient le fruit de notre génie personnel, tandis que les épreuves résulteraient d'une fatalité divine où l'on refuse d'examiner ses propres fautes. Dieu déplore donc : quand Je les fortifiais, ils M'ignoraient ; mais au jour du malheur, ils se tournent contre Moi en m'imputant la responsabilité de leurs fautes.
Le Malbim propose un autre éclairage en lien avec le "fils rebelle" mentionné plus haut : en châtiant ce fils indiscipliné, Mon intention était de fortifier ses bras pour le ramener à la téchouva, afin de le délivrer de ses épreuves. Mais eux, "contre Moi ils méditent le mal" : ils s'imaginent que les épreuves envoyées par Dieu n'ont d'autre but que de leur nuire, sans comprendre que ces souffrances constituent l'ultime appel pour les sauver de la destruction.
"Ils reviennent, mais non vers le Très-Haut ; ils sont comme un arc trompeur. Leurs chefs tomberont par l'épée à cause de la fureur de leur langue : telle sera leur dérision dans le pays d'Égypte." Ce verset est d'une grande profondeur. Le Radak explique : "Ils reviennent, mais non vers le Très-Haut ('al)", le mot 'al désignant Dieu, le Tout-Puissant. Au jour de la détresse, vers qui reviennent-ils ? Vers les idoles ! Ils ne s'adressent pas au Maître du monde, mais implorent de faux dieux. "Ils sont comme un arc trompeur" : le Radak explique qu'un arc trompeur est manié par un archer qui fait mine de viser une cible et décoche sa flèche à la dernière seconde vers une tout autre direction. De même, Israël donnait parfois l'illusion d'un repentir sous la pression des épreuves, mais ce retour n'était qu'un faux-semblant éphémère : à peine soulagés, ils retournaient aussitôt à leurs égarements. Le Radak en donne pour exemple l'époque du prophète Élie : après avoir clamé d'une seule voix sur le mont Carmel : "L'Éternel est Dieu !", le peuple est retombé presque immédiatement dans le culte des Baals et des veaux d'or. Leur retour vers Dieu n'était qu'une feinte, comme la flèche déviée d'un arc trompeur.
"Leurs chefs tomberont par l'épée à cause de la fureur de leur langue." Les dirigeants qui égaraient le peuple lui conseillaient : "Allons chercher l'appui de l'Égypte et des autres nations", tout plutôt que de s'en remettre à l'Éternel. Par ces discours impies, ils ont suscité l'indignation divine, et leur châtiment fut de tomber par l'épée en chemin vers l'Égypte, dévorés par les bêtes sauvages dans le désert ou massacrés par leurs ennemis, conformément à la prophétie d'Isaïe. Ce funeste conseil de leurs chefs a causé leur propre ruine par l'épée, prix de la fureur divine provoquée par leurs paroles.
"Telle sera leur dérision dans le pays d'Égypte." Rachi explique que lorsqu'ils arrivaient en Égypte, les Égyptiens se gaussaient d'eux : "Pourquoi revenez-vous chez nous ? Pour nous apporter de nouveaux fléaux, comme lors de la sortie d'Égypte ? La Torah ne vous a-t-elle pas interdit de revenir dans notre pays ?" Ils sont ainsi devenus un objet de risée pour ceux-là mêmes auprès desquels ils cherchaient protection.
Le Malbim propose une explication remarquable : nous avons vu que Dieu compare Israël à un oiseau pris dans un filet. En s'en échappant, au lieu de s'élever vers le Très-Haut (lo 'al), l'oiseau retombe aussitôt dans un autre filet. C'est l'image d'Hoshéa fils d'Éla qui, après avoir conspiré avec l'Égypte, alla se livrer sottement au roi d'Assyrie. C'est en cela que leurs ministres ont agi comme un arc trompeur : ils sont allés calomnier Hoshéa auprès du roi d'Assyrie, croyant s'attirer ses bonnes grâces en dénonçant son alliance avec l'Égypte. Mais ils se sont tiré une balle dans le pied : l'Assyrien est venu assiéger Samarie et les a massacrés eux-mêmes ! L'arc trompeur agit comme un ricochet ou un boomerang : la flèche de calomnie décochée contre leur roi s'est retournée directement contre eux. Voilà le sens de "la fureur de leur langue" : c'est leur propre médisance et leur délation auprès de l'Assyrien qui ont provoqué leur perte. Et "telle sera leur dérision dans le pays d'Égypte" : les Égyptiens, observant de loin cette tragédie, se sont moqués de leur bêtise : "Voyez ces insensés qui sont allés dénoncer leur roi à l'Assyrie, pour finalement se faire anéantir par elle !" Hélas, cette tendance suicidaire existe de tout temps : des individus sont prêts à détruire leur propre camp par animosité interne, comme ces militants actuels qui vont calomnier leur propre pays à l'étranger et réclamer le boycott de leurs propres institutions. Cette aberration absolue, semblable à la parole de Samson : "Que mon âme meure avec les Philistins", s'était manifestée sous le règne d'Hoshéa, et sa triste réalité se perpétue jusqu'à notre époque.