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Chapitre 8 - La sonnerie du Chofar et le châtiment

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Livre d'Osée, chapitre 8. « Porte le chofar à ton palais, tel un aigle sur la maison de Hachem ! Car ils ont transgressé Mon alliance et se sont rebellés contre Ma Torah. » Porter le chofar à son palais signifie : applique le chofar à ton palais, dit Hachem au prophète. Pourquoi « à ton palais » ? demande le Radak ; le chofar se place pourtant à la bouche, et non au palais ! Le Radak explique que le son traverse le palais après être sorti de la gorge. Lorsqu'un homme sonne du chofar, il émet de l'air qui passe par le palais vers le chofar.

« Tel un aigle sur la maison de Hachem » : qui est cet aigle qui fondra sur la maison de Hachem ? Le Radak explique qu'il s'agit de l'ennemi. Proclame à haute voix et annonce au son du chofar que l'ennemi planera comme un aigle sur la maison de Hachem. Rachi explique de même : l'ennemi viendra dévaster le pays et détruire également le Temple de Hachem. La raison en est : « Car ils ont transgressé Mon alliance et se sont rebellés contre Ma Torah. » Ils ont délaissé le Beit Hamikdach, et c'est pourquoi Je l'abandonnerai Moi aussi, laissant des étrangers venir le détruire.

Le Malbim, quant à lui, explique : « Porte le chofar à ton palais », prophète, et viens comme un aigle sur la maison de Hachem ! Selon le Malbim, l'aigle n'est pas l'ennemi destructeur, mais le prophète lui-même : le Saint, béni soit-Il, lui ordonne de se hâter vers la maison de Hachem et de voler comme un aigle pour s'y tenir et y sonner du chofar. En effet, lorsqu'on voulait proclamer un message d'une importance capitale et lui donner un retentissement public, on sonnait du chofar. Hachem lui dit : tiens-toi là-bas, au Beit Hamikdach, sur un lieu élevé, afin qu'aux confins du pays on entende l'avertissement que tu vas proclamer, et annonce-leur alors que tout ce malheur fond sur eux parce qu'ils ont enfreint Mon alliance et transgressé Ma Torah.

Et pourquoi également dans la maison de Hachem ? Le Malbim apporte une autre explication : ce message ne s'adressait pas seulement à Samarie, qui avait multiplié les fautes, mais aussi à Juda. Bien que Juda fût en retard sur Samarie dans le péché et qu'il y eût des rois justes en Juda et Benjamin, il fallait néanmoins les éveiller eux aussi, car il y avait également chez eux une altération. Et c'est effectivement ce qui s'est produit : ils firent téchouva à l'époque de Hizkiyahou, le roi d'Assyrie marcha contre eux, et Hachem se hâta comme un aigle pour sauver Son nid, comme il est dit : « Comme des oiseaux qui déploient leurs ailes, ainsi Hachem protégera Jérusalem. »

« Ils crieront vers Moi : Mon D.ieu, nous Te connaissons, nous Israël ! » Que signifie « ils crieront vers Moi » ? Il existe ici trois explications. Rachi, suivant le Targoum Yonatan, explique : lorsqu'arrivera le malheur, ils crieront vers Moi, disant : « Mon D.ieu, nous Te connaissons ! » Nous sommes bien Ton peuple, comme si le verset disait : « Israël Te criera : Mon D.ieu, nous Te connaissons ! » Nous sommes Ton peuple et nous Te reconnaissons, aie donc pitié de nous ! Mais Hachem déclare : Je n'aurai pas pitié d'eux, comme l'indique le verset suivant. Et pourquoi ? « Car Israël a rejeté le bien » ; Israël a délaissé le bien, et par conséquent, « l'ennemi le poursuivra ».

Le Radak explique : « Ils auraient dû crier vers Moi » au moment de leur détresse. Et qu'auraient-ils dû proclamer ? « Mon D.ieu, nous Te connaissons ! » Nous savons, notre D.ieu, qu'il n'est d'autre sauveur que Toi et que Toi seul peux nous délivrer. Le Malbim explique pour sa part : « Ils crieront vers Moi » vient en écho à ce qui était dit plus tôt : « Et ils n'ont pas crié vers Moi du fond du cœur. » Il s'agit ici d'un ordre : dis-leur de crier vers Moi, dis-leur de dire « Mon D.ieu, nous Te connaissons ! » C'est-à-dire : nous savons que le malheur vient de Toi par providence divine, et tout ce que nous subissons est le châtiment pour avoir abandonné Ton alliance et transgressé Ta Torah. Nous avons ainsi trois interprétations : pour Rachi, c'est la description d'une situation future (face au malheur, ils crieront) ; pour le Radak, c'est un reproche (ils auraient dû crier, mais ne l'ont pas fait) ; et pour le Malbim, c'est une injonction (ordonne-leur de crier vers Moi au moment de la détresse afin que Je les sauve).

« Israël a rejeté le bien, l'ennemi le poursuivra. » Selon le Malbim, puisqu'il s'agit d'un ordre d'enjoindre à Israël de crier, voici ce qu'ils devront déclarer dans leur cri : « Mon D.ieu, nous Te connaissons, et nous reconnaissons qu'Israël a rejeté le bien. » Nous savons que puisque nous avons délaissé le bien - le bien étant la Torah et les mitsvot -, l'ennemi nous poursuit ; c'est pourquoi nous avons mérité ce châtiment de voir l'ennemi à nos trousses. Dès lors qu'il y a reconnaissance de la main de Hachem, une porte s'ouvre pour la délivrance et le salut.

« Ils ont établi des rois sans Mon accord, ils ont nommé des chefs sans que Je le sache ; avec leur argent et leur or, ils se sont fabriqué des idoles, pour être anéantis. » « Ils ont établi des rois » : le Radak et Ibn Ezra expliquent que cela se rapporte au règne de Yarov'am. Ils ont intronisé Yarov'am sans Me consulter, sans interroger Hachem. Cela soulève une difficulté, comme le Radak le fait aussitôt remarquer : la royauté de Yarov'am ne venait-elle pas de Hachem, puisque c'est Ahiya Hachiloni qui la lui avait annoncée ? Le Radak répond : certes, cela relevait du décret divin, mais lorsqu'ils l'ont couronné, le peuple n'a pas consulté Hachem. Il y avait eu une parole divine adressée à Yarov'am, mais quant au peuple, avant de l'accepter pour roi, il aurait dû consulter Hachem, ce qu'il n'a pas fait. Le prophète Ahiya ne leur avait pas dit : « Hachem a ordonné de le couronner », il avait seulement averti Yarov'am qu'il régnerait, sans intimer au peuple d'agir ainsi. En agissant ainsi, ils l'ont fait de leur propre chef, par leur libre choix.

Le Radak ajoute un point capital : même à supposer qu'il y eût un ordre divin de l'introniser, ils ont bien compris à un moment donné que la situation dérapait. Ils ont vu que cet homme avait perdu toute boussole et s'égarait : il fabriquait des veaux d'or, empêchait le pèlerinage à Jérusalem. On voyait bien que quelque chose n'allait plus ! Pourquoi avoir continué à le suivre ? Pourquoi ne pas l'avoir destitué ? Lorsque Ahiya Hachiloni lui avait promis la royauté, c'était à condition de faire ce qui est droit et bon aux yeux de Hachem. Et tous les autres rois d'Israël, ajoute le Radak, ont été couronnés de la même façon, sans consulter Hachem, à l'exception de Yéhou ben Nimchi qui fut le seul investi par un ordre divin ; tous les autres le furent sans injonction céleste. Voilà pourquoi il est dit : « Ils ont établi des rois sans Mon accord. »

« Ils ont nommé des chefs sans que Je le sache [hécirou vélo yada'ti]. » Le terme « hécirou » fait l'objet de divergences. La plupart des commentateurs, ainsi que Rachi, le Targoum Yonatan et le Radak, rattachent « hécirou » à la notion de ministres et chefs (sarim) : de même qu'« ils ont établi des rois » signifie se doter d'un monarque, « hécirou » signifie s'entourer de princes et de gouverneurs. Remarquez que « hécirou » s'écrit avec la lettre samekh et non avec un chin, mais il renvoie au mot « sar » (prince, chef). De même qu'ils ont désigné des rois contre Ma volonté, ils ont nommé des chefs et des dirigeants sans Mon assentiment. À D.ieu ne plaise de penser que « sans que Je le sache » signifie à l'insu de Hachem, car rien ne Lui est caché ; cela signifie « sans Mon accord ». Ils s'établissaient des princes dont Je réprouvais les voies, des chefs qui ne faisaient que les inciter au péché et à la déchéance.

« Avec leur argent et leur or, ils se sont fabriqué des idoles, pour être anéantis. » Comme nous l'avons vu au début du livre d'Osée : « Je lui avais multiplié l'argent et l'or, et ils l'ont employé pour le Baal » ; tout cet or et cet argent servaient à l'idolâtrie. « Pour être anéantis [lema'an yikaret] » : comment comprendre cette formule ? Le Radak propose une première explication : afin que leur nom soit retranché et qu'ils soient exilés de leur terre. Tous leurs agissements conduisaient inéluctablement à leur propre ruine et à l'exil. Autre explication : avec leur argent et leur or, ils ont fait des idoles, si bien que cet argent et cet or seront anéantis. En employant leurs richesses au culte idolâtre, ils ont poussé Hachem à leur retirer et détruire ces biens. C'est mesure pour mesure : ils ont voué l'or et l'argent à l'idolâtrie, Hachem en retranchera la possession.

Le Malbim propose une explication entièrement différente de tout ce verset. « Ils ont établi des rois sans Mon accord » ne renvoie pas à Yarov'am, contrairement à l'avis du Radak et d'Ibn Ezra, mais aux rois choisis par le peuple de sa propre initiative, et non sur l'ordre d'un prophète. Quant au terme « hécirou », le Malbim l'interprète au sens littéral de destitution (du verbe hacara, écarter) : « ils les ont ensuite destitués sans Mon accord », ce qui était également contraire à Ma volonté. De quoi s'agit-il précisément ? Le Malbim explique que deux rois furent déposés pour le « crime impardonnable » d'avoir refusé de s'aligner sur le culte des veaux d'or et l'idolâtrie instituée par Yarov'am. Ce n'étaient certes pas de grands tsadikim, mais ils avaient un certain mérite : ils refusaient de vouer un culte idolâtre aux veaux instaurés par Yarov'am. Le premier de ces rois, relate le Malbim, fut Chaloum ben Yavech. Observez bien : il n'est écrit nulle part dans le Tanakh à son sujet « et il fit ce qui est mal aux yeux de Hachem », contrairement à tous les autres rois d'Israël. On pourrait objecter qu'il n'a régné qu'un seul mois, et que pouvait-il bien commettre en un mois ? Le Malbim réfute cet argument : Zimri ne régna que sept jours, et pourtant l'Écriture affirme : « Il mourut pour les péchés qu'il avait commis en marchant dans la voie de Yarov'am. » Une seule semaine ! Si Chaloum ben Yavech avait persévéré dans les péchés de Yarov'am, le texte l'aurait mentionné. Il en découle que, sans être un grand roi vertueux, Chaloum ben Yavech refusa de marcher dans le péché des veaux d'or et des Baals.

Le Malbim explique que la population de Samarie se divisa alors en deux factions : l'une le soutenait dans sa décision de rompre avec les veaux de Yarov'am, tandis que l'autre, acharnée à perpétuer le culte des veaux et l'hérésie de Yarov'am ben Nevat, s'y opposait farouchement. C'étaient les propagandistes de l'époque, les progressistes en tout genre, les ligues subversives qui tenaient coûte que coûte à renforcer les veaux et à maintenir la dérive amorcée par Yarov'am. Cette faction suscita alors Ménahem ben Gadi, qui marcha contre Chaloum ben Yavech, l'assassina et prit sa place. Cette désignation émanait directement de la faction hostile à Chaloum ben Yavech, qui avait orchestré sa destitution afin de placer sur le trône quelqu'un d'aligné sur leur idéologie.

Mais asseoir son pouvoir n'était pas simple pour Ménahem ben Gadi. Il versa donc mille talents d'argent à Poul, roi d'Assyrie, pour que celui-ci soutienne son trône et l'aide à consolider son autorité sur les dix tribus. Et pourquoi en avait-il besoin ? Parce qu'il faisait face à une forte opposition : les fidèles de Chaloum ben Yavech. Ceux qui avaient soutenu Chaloum s'opposaient désormais au règne de Ménahem, désireux de rétablir les veaux d'or. Voilà pour le premier roi rejeté par le peuple parce qu'il s'opposait aux veaux. Le Malbim poursuit en citant un second roi : Hochéa ben Éla. À son propos, il est écrit : « Il fit ce qui est mal aux yeux de Hachem, non pas toutefois comme les rois d'Israël qui l'avaient précédé. » Il commit le mal, mais pas totalement. Pourquoi ? Parce qu'il ne servit pas les veaux d'or. Nos Sages précisent qu'il supprima même les postes de garde que Yarov'am avait postés sur les routes pour empêcher les pèlerinages à Jérusalem, permettant ainsi au peuple de monter pour les fêtes. La faction attachée aux péchés de Yarov'am, refusant l'abolition des veaux, s'opposa également à lui. Et que firent-ils ? Selon leur coutume ancestrale, toujours vivace de nos jours, dès qu'un dirigeant ne se plie pas à leur agenda, ils vont le dénoncer aux nations étrangères. Aujourd'hui encore, quand un dirigeant déplaît, on court expliquer aux nations à quel point il est détestable, on scrute la moindre construction, on envoie des photos satellites. Cette faction attachée aux veaux alla donc le dénoncer au roi d'Assyrie, lequel intervint et le jeta en prison.

On constate ainsi que la destitution de ces deux rois s'est faite pour ainsi dire « à l'insu de Hachem », c'est-à-dire contre la volonté divine. Le Malbim montre que c'est le sens de : « Ils ont destitué sans Mon accord [hécirou vélo yada'ti]. » Ils ont couronné tous leurs rois sans Mon agrément, et dès lors que deux rois ont trouvé grâce à Mes yeux, ils les ont destitués ! Ces deux rois, Chaloum ben Yavech et Hochéa ben Éla, ont été renversés contre Mon gré, alors qu'ils étaient au moins moins nuisibles et auraient dû être maintenus.

« Avec leur argent et leur or, ils se sont fabriqué des idoles » : que signifie cette précision ? Le Malbim explique que tant que l'entretien des veaux d'or était assuré par la royauté, c'était le roi qui finançait ce culte grâce à un budget public dédié. Exactement comme aujourd'hui, où l'on trouve toujours de très généreuses subventions pour toutes sortes de dérives culturelles ou institutionnelles, tandis qu'il est interdit de demander des comptes au nom de l'indépendance de ces institutions ! Tant que le roi finançait les veaux sur le budget de l'État, tout allait bien pour eux. Mais lorsque le roi cessa de financer les veaux, que fit la faction idolâtre ? Ceux qui tenaient à maintenir ce culte durent puiser dans leurs propres poches. Ils financèrent eux-mêmes les veaux d'or, car Chaloum ben Yavech puis Hochéa ben Éla avaient coupé les subventions. Le Malbim explique que c'est le sens du verset : « Avec leur argent et leur or, ils se sont fabriqué des idoles. » Quand les rois cessèrent de financer l'idolâtrie, le peuple utilisa ses propres deniers. Pourquoi ? « Pour être retranché [lema'an yikaret] » : afin que soit retranché le roi légitime ! Pour éliminer Chaloum ben Yavech et Hochéa ben Éla, qui s'opposaient aux veaux. Ils entretinrent le culte idolâtre de leurs deniers pour souder leur camp autour de cette cause contre les rois réformateurs, espérant ainsi retrancher le pouvoir en place. Voilà pourquoi il est dit : « Avec leur argent et leur or, ils se sont fabriqué des idoles pour être retranchés. »

« Il a rejeté ton veau, ô Samarie ! Ma colère s'est enflammée contre eux ; jusqu'à quand seront-ils incapables de pureté ? » Le Saint, béni soit-Il, vous a rejetés, habitants de Samarie, à cause des veaux installés à Beit-El. Le sens implicite est : Hachem vous a rejetés, Samarie, en raison de ton veau. Jusqu'à quand refuseront-ils de se purifier de cette souillure ? Le Radak demande : le veau ne se trouvait pourtant pas à Samarie, mais à Beit-El ! Il répond que depuis Ahab, Samarie était la capitale du royaume d'Israël, et ce sont ses rois qui encourageaient le culte des veaux. C'est pourquoi le prophète interpelle Samarie, siège du pouvoir, comme responsable de cette faute. « Jusqu'à quand seront-ils incapables de pureté ? » : jusqu'à quand refuseront-ils de se laver de l'iniquité des veaux ?

Le Radak propose également de lire : « Ton veau t'a rejetée, ô Samarie ! » Ton veau t'a éloignée de ta terre, c'est lui qui a provoqué ton exil de Samarie. Le Malbim, quant à lui, rattache « Il a rejeté ton veau, ô Samarie » au verset précédent. Selon lui, « pour être retranché » désignait le roi : afin que soit retranché le roi qui a rejeté ton veau, Samarie ! Toute leur mobilisation financière visait à éliminer le roi ayant rejeté le veau, à savoir Hochéa ben Éla et Chaloum ben Yavech. C'est pourquoi Hachem déclare : « Ma colère s'est enflammée contre eux. » Pourquoi ? Le Malbim précise que jusque-là, le courroux divin visait principalement le monarque : le peuple agissait sous la contrainte ou l'égarement, puisque c'était le roi qui imposait et finançait l'idolâtrie. Mais à présent que des rois avaient cessé d'encourager les veaux et cherchaient au contraire à s'en détourner, une faction populaire s'était levée pour financer les idoles de ses propres deniers ! Dès lors, « Ma colère s'est enflammée contre eux » : le courroux frappe désormais le peuple lui-même. « Jusqu'à quand seront-ils incapables de pureté ? » : jusqu'à quand garderont-ils cette souillure, alors que personne ne les contraint plus et qu'ils ont toute liberté de servir Hachem ?

« Car il vient d'Israël, un artisan l'a fabriqué, ce n'est pas un dieu ; le veau de Samarie sera réduit en débris. » « Car il vient d'Israël [ki miyisrael véhou] » : Rachi explique que le veau a été financé par l'or et l'argent prélevés auprès de chaque Israélite. Pourquoi ce « véhou » (et lui) ? Rachi répond que ce veau-ci vient aussi d'eux : non seulement le premier veau d'or forgé lors de la sortie d'Égypte avait été fabriqué avec les boucles d'oreilles et les dons du peuple, mais ce veau-ci également vient d'Israël. « Un artisan l'a fabriqué, ce n'est pas un dieu » : c'est l'œuvre d'un simple artisan humain. Ne croyez pas, souligne le Radak, qu'il recèle une quelconque puissance divine. Comment une fabrication humaine pourrait-elle être investie d'une force supérieure à celle de son fabricant ? L'homme ne peut transmettre que ce qu'il possède ! Si un artisan l'a façonné, comment cette créature deviendrait-elle une divinité capable d'agir et de créer ? « Ce n'est pas un dieu », il n'a aucune force propre. Bien plus : « Le veau de Samarie sera réduit en débris [chebavim] », pulvérisé en miettes, semblable à des éclats de bois. Il sera incapable de sauver ses adorateurs, incapable même de se sauver lui-même.

Selon le Radak, les mots « car il vient d'Israël » ne signifient pas qu'il provient de leurs deniers comme l'explique Rachi, mais que cette idolâtrie n'a pas été importée des nations : ils l'ont inventée d'eux-mêmes, tout comme le veau forgé au désert. Le Malbim explique quant à lui : jusqu'alors, les veaux étaient le fait des rois ; sous Chaloum ben Yavech et Hochéa ben Éla, les rois s'y opposant, l'initiative est venue du peuple d'Israël (« car il vient d'Israël »), qui a financé et fabriqué l'idole par l'artisan sans l'aval royal. Le Malbim propose en outre une explication novatrice à l'expression « chebavim yihyé » (il sera réduit en débris). Selon lui, ils ne l'adorent pas en lui prêtant une force divine réelle, mais pour devenir « chovavim » (dissévolus, rebelles). Israël cherche à vivre dans l'indiscipline et l'affranchissement, à l'image d'une « fille rebelle » (bat chovava), rejetant le joug de la royauté céleste pour agir à sa guise. En vérité, les enfants d'Israël savent pertinemment que ces veaux ne sont pas des dieux. Pourquoi alors se fabriquer une fausse divinité dont on n'attend rien ? Ils en tirent un bénéfice considérable : un prétexte commode pour abandonner Hachem et assouvir sans remords tous les penchants de leur cœur. Selon la formule de nos Sages, Israël n'a servi les idoles que pour s'autoriser l'immoralité au grand jour. « Car le veau de Samarie sert à les rendre rebelles [ki chebavim yihyé] » : ce veau n'est qu'un instrument pour légitimer leur insoumission.

« Car ils sèment le vent et ils récolteront la tempête ; point de tige dressée, le germe ne donnera point de farine ; en donnerait-il, des étrangers l'engloutiraient. » « Car ils sèment le vent » : le Malbim explique qu'ils reçoivent la rétribution exacte de leurs actes. Ayant semé le vent, ils moissonnent la tempête : le vent est léger, la tempête est dévastatrice. Vous avez semé peu, vous récolterez au centuple. « Point de tige dressée » : lorsqu'on sème, on espère voir monter le blé, mais ici aucune tige ne se dresse de leurs semailles, ils ne jouiront pas du fruit de leur labeur. « Le germe ne donnera point de farine » : de cette pousse ne sortira aucun grain pour faire de la farine. On pourrait croire qu'en pareil cas, les nations n'auraient rien à chercher chez nous ; pourtant, « des étrangers l'engloutiraient, en donnerait-il ». Même si un frêle germe commence à poindre sans espoir de donner de la farine, les étrangers l'engloutissent immédiatement, de peur qu'il ne finisse un jour par produire du grain. Ils l'anéantissent dès le bourgeonnement.

Quelle en est l'application ? « Israël est englouti ; ils sont devenus maintenant parmi les nations comme un vase dont personne ne veut. » Israël est englouti par les nations étrangères qui viennent dépouiller ses biens et ses richesses. Bien qu'ils soient devenus parmi les nations comme un vase inutile, semblable à ce germe stérile, les nations continuent de les dévorer. Le Radak explique qu'Israël est devenu à leurs yeux un objet méprisable : comme nous l'avons vu précédemment, ils sont allés implorer le secours des nations, et celles-ci se sont moquées d'eux, les regardant de haut comme des mendiants méprisables dont personne ne veut.

« Car ils sont montés vers l'Assyrie, tel un onagre solitaire à l'écart ; Éphraïm a acheté des amours. » « Car ils sont montés vers l'Assyrie » : Rachi explique qu'ils sont devenus comme un âne sauvage errant dans la solitude d'un lieu à l'autre. « Éphraïm a acheté des amours » : Rachi propose deux explications. Soit ce mot évoque les chacals (tanim) du désert en quête de compagnes pour forniquer avec des étrangers - de même qu'un chacal cherche des partenaires, Israël a délaissé Hachem pour quêter l'alliance de l'Égypte et d'autres nations. Soit ce terme dérive d'etnan, le salaire de la prostituée : la défection d'Israël envers Hachem étant assimilée à un adultère, ils versent un tribut aux nations pour s'attirer leur secours, abandonnant leur véritable Époux, le Saint, béni soit-Il.

Le Malbim explique que s'ils ont été engloutis et réduits à l'état de vase inutile, c'est parce qu'ils se sont asservis aux rois d'Assyrie : « Car ils sont montés vers l'Assyrie. » Puis, après avoir accepté la tutelle assyrienne, « Éphraïm a acheté des amours » en se tournant secrètement vers le roi d'Égypte ! Telle une femme infidèle qui paie des amants pour trahir son époux et se révolter contre lui. Le texte le compare à « un onagre solitaire à l'écart ». Bien que l'onagre s'éloigne des habitations dans le désert pour humer le vent, il a pour trait de vivre solitaire, fuyant toute compagnie. Éphraïm, lui, ressemble à l'onagre par sa sauvagerie errante, mais s'en distingue en cherchant frénétiquement de multiples alliés.

« Même s'ils paient des présents parmi les nations, Je vais maintenant les rassembler, et ils s'affaibliront un peu sous le fardeau du roi et des princes. » Hachem dit : bien qu'ils offrent des présents aux nations pour s'attirer leur affection et nouer des alliances, il reste un espoir ; Je les rassemblerai des contrées où Je les ai dispersés pour les ramener sur leur terre. À une condition : « qu'ils tremblent un peu sous le fardeau du roi et des princes ». « Veyéhélou » évoque le tremblement et l'effroi face à la prophétie de malheur annoncée par les envoyés divins. Si le roi et les princes frémissent ne serait-ce qu'un peu devant les paroles de reproche, Hachem promet de les rassembler.

« Car Éphraïm a multiplié les autels pour pécher, ces autels sont devenus pour lui une occasion de pécher. » Mais ils n'ont nullement tremblé devant la parole divine ni été émus par les avertissements des prophètes ; bien au contraire, Éphraïm a multiplié les autels pour pécher. Le Malbim explique qu'en s'alliant aux nations, ils n'ont pas seulement conclu des pactes militaires et politiques, mais ont embrassé leurs croyances et le culte du Baal. Ils se sont joints à leurs cultes idolâtres en multipliant les autels pour sacrifier aux faux dieux. C'était une adhésion totale aux mœurs païennes. Le Malbim ajoute : aux yeux d'Éphraïm, ériger des autels pour les idoles n'était pas un péché ; en revanche, les autels consacrés à Hachem dans le Beit Hamikdach étaient perçus par lui comme une faute ! Pourquoi ?

« Quand J'écrirais pour lui les myriades de préceptes de Ma Torah, ils seraient regardés comme une chose étrangère. » Le Malbim explique : les autels que J'ai prescrits dans Ma Torah pour le service de Hachem - l'autel du Temple - sont considérés par eux comme des autels étrangers. Celui qui offrait un sacrifice sur l'autel de Hachem était persécuté, tandis que celui qui sacrifiait au Baal était porté aux nues ! Ils prétendaient en effet que Hachem, étant le D.ieu suprême, est infiniment élevé au-dessus des hommes et ne saurait Se soucier de leurs sacrifices terrestres. Selon eux, il convenait d'honorer Ses intermédiaires : le soleil, la lune, les astres et les anges, qui régissent le monde d'ici-bas et profiteraient des sacrifices. Offrir un culte direct à Hachem leur paraissait donc déplacé, tandis qu'il fallait selon eux sacrifier aux puissances subalternes. Voilà pourquoi ses autels légitimes étaient devenus à ses yeux une faute. Rachi et le Radak expliquent : J'ai sans cesse averti Israël par Mes prophètes en lui consignant les richesses de Ma Torah, mais ces paroles lui ont paru totalement étrangères, comme si on lui parlait d'un monde qu'il ne connaissait pas.

« Quant aux sacrifices de Mes offrandes, ils immolent de la viande et la mangent, Hachem ne les agrée point ; maintenant Il Se souviendra de leur iniquité et punira leurs péchés : ils retourneront en Égypte ! » « Zivhé havhavay » : les commentateurs relient le terme « havhav » à la flamme (lahav), désignant les holocaustes entièrement voués au feu céleste. En réalité, ils n'avaient aucune intention d'agréer Hachem ni d'offrir un sacrifice sacré : ils immolaient la viande pour la consommer comme un repas profane, simplement pour savourer de la viande ! Ils prétendaient que Hachem n'agréait pas ces sacrifices, estimant qu'Il ne s'abaisse pas à observer les actions humaines. Tout cela découlait de leur refus de frémir devant la parole des prophètes. « Maintenant Il Se souviendra de leur iniquité et punira leurs péchés » : le roi d'Assyrie fond sur eux et les coups commencent à pleuvoir ; pourtant, loin de se repentir avec crainte, « ils retourneront en Égypte ». Le Malbim explique qu'ils sont retournés à l'état idolâtre qui était le leur en Égypte, comme si Hachem ne les avait jamais délivrés pour en faire Son peuple. Ils ont rétrogradé dans le temps pour redevenir les idolâtres d'antan. Le Radak explique au sens littéral qu'il s'agit de la fuite historique vers l'Égypte avec Yohanan ben Karéah, bravant l'interdiction prophétique, où ils périrent par l'épée et la famine.

« Israël a oublié Son créateur et a bâti des palais, et Juda a multiplié les villes fortifiées ; mais J'enverrai le feu dans ses villes et il dévorera ses palais. » Le Radak commente : Israël a oublié Hachem qui l'a fait grandir et l'a hissé à son statut. « Et a bâti des palais » : il a construit des temples pour y loger des idoles, comme le traduit le Targoum Yonatan. Autre explication du Radak : Israël a oublié son Créateur et s'est mis à bâtir des forteresses pour se prémunir contre l'ennemi. De même, « Juda a multiplié les villes fortifiées » : au lieu de placer leur confiance en Hachem, ils ont cru trouver leur salut dans des fortifications, des murailles de fer et des technologies défensives. Ils ont oublié que la véritable protection émane de Hachem. Face à chaque danger nouveau, on s'efforce de colmater les brèches matérielles au lieu de comprendre que l'épreuve vient d'en Haut pour nous inciter à faire téchouva. Quand on oublie Hachem, on ne cherche que des solutions matérielles. Hachem avertit : « J'enverrai le feu dans ses villes et il dévorera ses palais. » Toutes ces défenses ne serviront à rien, car l'ennemi viendra par Ma volonté incendier les cités et les forteresses.

Le Malbim explique qu'« Israël a oublié Son créateur » se rattache à la régression spirituelle mentionnée plus tôt : « ils retourneront en Égypte ». Ils sont pour ainsi dire revenus à l'époque précédant la sortie d'Égypte, oubliant le D.ieu qui avait fait d'eux Son peuple. « Et a bâti des palais » : ils ont érigé des temples à l'instar des Égyptiens, qui consacraient un palais distinct à chaque astre et à chaque constellation du ciel. « Et Juda a multiplié les villes fortifiées » : tandis que Samarie s'enfonçait dans l'idolâtrie, Juda, bien que servant Hachem dans le Beit Hamikdach, mit sa confiance dans ses forteresses plutôt qu'en Hachem. C'est pourquoi Hachem proclame : « J'enverrai le feu dans ses villes et il dévorera ses palais. »