Introduction
Dans cette partie du chapitre 5 d'Osée, nous passons du reproche général à un appel ciblé : le prophète sonne du Chophar et avertit la tribu de Binyamin, voisine d'Éphraïm et soumise à son autorité, de ne pas se laisser entraîner par la voie des dix tribus. C'est autour de ce thème que nous entendrons les explications de Rachi, du Targoum Yonathan, du Radak, d'Ibn Ezra et de Rabbénou Saadya Gaon, et tout particulièrement la démarche du Malbim, qui structure l'ensemble de ce passage comme une seule et même interpellation continue adressée à Binyamin et à Yéhouda.
« Sonnez du Chophar à Guiv'a » - Trois approches d'explication
תִּקְעוּ שׁוֹפָר בַּגִּבְעָה חֲצֹצְרָה בָּרָמָה הָרִיעוּ בֵּית אָוֶן אַחֲרֶיךָ בִּנְיָמִין׃ - Sonnez du Chophar à Guiv'a, de la trompette à Rama, sonnez l'alarme à Beth-Aven : derrière toi, Binyamin !
Ce verset est complexe, et nous y verrons plusieurs explications. Rachi explique que la sonnerie du Chophar vient avertir de l'épée des armées sur le point d'arriver. « Sonnez l'alarme à Beth-Aven, derrière toi » : la troupe marche derrière toi, Binyamin. Il s'agit donc d'une mise en garde pour Binyamin : une armée est déjà à tes trousses. Comme on le sait, à l'époque, on sonnait du Chophar pour donner l'alerte et dissuader, et l'on transmettait ainsi des messages au peuple : l'annonce d'une guerre, d'un rassemblement auprès du roi, et d'autres événements semblables. De même qu'au désert avec les trompettes, où chaque type de sonnerie transmettait un message particulier : tantôt le rassemblement des camps, tantôt le départ ou la guerre. Ici, le message avertit Binyamin que l'ennemi est déjà là.
Et pourquoi précisément « derrière toi, Binyamin » ? Le Radak explique : parce qu'il a déjà conquis Éphraïm. Selon cette explication, il s'agit d'une étape postérieure à l'exil des dix tribus, et la question se pose : qui est le prochain sur la liste ? La réponse : derrière toi, Binyamin - l'ennemi attend déjà de t'exiler toi aussi.
Le Targoum Yonathan : sur le péché originel d'avoir réclamé un roi
Rachi cite le Targoum Yonathan, qui interprète ces versets selon la voie du Midrach. Voici ses termes : « Prophètes, élevez votre voix comme au son du Chophar » ; « prophétisez que viendront contre eux des peuples sanguinaires », « parce qu'ils ont proclamé roi Chaoul, originaire de Guiv'a ». Nous comprenons ainsi : « Sonnez du Chophar à Guiv'a » - annoncez que des peuples viendront faire un massacre parmi vous, parce que vous avez couronné Chaoul de Guiv'a.
Et il poursuit : « Sonnez comme avec une trompette, dites que des rois viendront contre eux avec leurs armées, parce qu'ils n'ont pas accepté les paroles de Chmouel de Rama. » Comme on s'en souvient, l'accession de Chaoul à la royauté ne plut ni au Saint, béni soit-Il, ni à Chmouel. Chmouel dit : « Ils m'ont rejeté », et Hakadosh Baroukh Hou lui répondit : « Ce n'est pas toi qu'ils ont rejeté, c'est Moi qu'ils ont rejeté. » En fin de compte, il leur désigna Chaoul pour roi, mais le fait même de demander un roi n'était pas agréé à l'origine, car la requête n'avait pas été formulée convenablement (comme nous l'avons déjà développé dans le livre de Samuel, et il n'y a pas lieu d'y revenir ici). C'est pourquoi il est dit : sonnez du Chophar à Guiv'a - pour avoir couronné Chaoul à Guiv'a ; de la trompette à Rama - pour ne pas avoir écouté les paroles de Chmouel le Ramathite.
« Ralliez contre eux les clameurs des guerriers » - « yevavot » a le sens de Terou'a (Yom Terou'a étant traduit par « Yom Yevava »), et les « faiseurs de guerre » sont les combattants. « Parce qu'ils ont trahi Ma parole, qu'ils se sont détournés de Mon service et n'ont pas servi devant Moi dans le Beth Hamikdach situé sur la terre de la tribu de Binyamin. » Or, a priori, le Beth Hamikdach se trouve sur la terre de Yéhouda ; mais nos Sages ont déjà enseigné qu'une bande de terre en partait et appartenait à Binyamin, de sorte que l'emplacement relevait à la fois de Binyamin et de Yéhouda. Ainsi, selon le Targoum Yonathan, tout le verset évoque l'ennemi qui marchera contre eux et le péché originel d'avoir intronisé un roi à l'encontre de la volonté divine.
La démarche du Malbim : une mise en garde à Binyamin pour se séparer d'Éphraïm
Le Malbim replace les événements dans leur contexte historique : les dix tribus, à Samarie, dominèrent le royaume de Yéhouda et Binyamin depuis l'époque où Yoach vainquit Amatsia, roi de Yéhouda. Et à l'époque de Pékah ben Remalyahou, les enfants d'Israël firent la guerre à ceux de Yéhouda et les assujettirent, ce qui eut lieu aux jours d'Ahaz. Le territoire de Binyamin était voisin de celui des enfants de Yossef, c'est-à-dire d'Éphraïm et de Ménaché, et à cette époque, Binyamin était sous le joug du royaume d'Éphraïm, qui exerçait le pouvoir.
Selon cette explication, le prophète ordonne aux enfants de Binyamin de sonner du chofar à Guiv'a, qui appartenait à Binyamin ; de faire retentir la trompette à Rama, qui lui appartenait également ; et de sonner l'alarme à Beth-Aven, qui se trouvait aussi dans le lot de Binyamin, comme il est écrit dans Yéhoshoua au sujet du territoire de Binyamin : « et ses aboutissants étaient le désert de Beth-Aven ». Dans tous ces endroits, ils sonneront, proclameront et diront : « Derrière toi, Binyamin ! »
Et quel est le sens de cette proclamation ? Ne suivez pas le royaume d'Ephraïm, n'adoptez pas la conduite des dix tribus, mais « derrière toi, Binyamin ! » - dites à tout le peuple de suivre la direction de Binyamin, rattaché à Yéhouda, et non celle d'Ephraïm. C'est donc un appel lancé à la tribu de Binyamin, qui réside au voisinage d'Ephraïm et se trouve sous sa domination : ne te laisse pas entraîner derrière Ephraïm, reste fidèle à la voie de Binyamin attaché à Yéhouda. De fait, nous voyons que Binyamin n'a été exilé que lors du second exil, au moment de l'exil de Yéhouda.
« Sonnez du chofar » face à « faites retentir la trompette » : une gradation dans le texte
Le Malbim analyse avec précision la différence entre teki'a et terou'a, ainsi qu'entre le chofar et la trompette. La trompette est plus noble que le chofar : c'est avec des trompettes que l'on sonnait au Beth Hamikdach, son statut est plus élevé et sa facture est plus travaillée. De plus, la terou'a éveille davantage que la teki'a : la teki'a est un son simple et continu, tandis que la terou'a est un son saccadé, semblable à un gémissement, qui secoue bien plus les cœurs.
De là vient, explique le Malbim, que le texte biblique procède par gradation : d'abord « sonnez » (teki'a, degré moindre que la terou'a) « du chofar » (instrument inférieur à la trompette) ; puis, à l'étape suivante, quand la situation s'aggrave, « de la trompette » (instrument plus prestigieux) « faites retentir l'alarme » (terou'a, son plus saisissant). Tout cela vise à réveiller les enfants de Binyamin pour qu'ils s'attachent à la conduite de leur propre tribu et non à celle d'Ephraïm.
« Parmi les tribus d'Israël, J'ai fait savoir une chose certaine »
אֶפְרַיִם לְשַׁמָּה תִהְיֶה בְּיוֹם תּוֹכֵחָה בְּשִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל הוֹדַעְתִּי נֶאֱמָנָה׃ - Ephraïm deviendra une désolation au jour du châtiment ; parmi les tribus d'Israël, J'ai fait savoir une chose certaine.
C'est ici que se trouve l'origine de l'expression courante « Hoda'ti néémana » (J'ai averti en toute vérité), que beaucoup emploient sans en connaître la source. Le Radak explique qu'il y a là un reproche adressé à Ephraïm : Ephraïm sera réduit en désolation au moment où il sera châtié. Et qu'est-ce que ce « jour de réprimande » ? Selon le Radak, il s'agit de la période où Israël était dans le désert, moment où Hachem leur parla directement et leur annonça avec certitude : « Si vous suivez Mes décrets », « Je mettrai la paix dans le pays », « la terre donnera ses produits », « le battage atteindra pour vous la vendange, et la vendange atteindra les semailles », « le glaive ne traversera pas votre pays ». Mais puisqu'ils n'ont pas obéi, Il va les exiler. Tel est le sens de « Ephraïm deviendra une désolation » : car au jour de la réprimande, lorsque Je leur ai donné la Torah, Je leur ai fait savoir en toute vérité que s'ils s'écartaient du chemin, ils partiraient en exil.
Le Midrach : « Dieu est puissant et juste, Lui qui ne fait acception de personne, pas même pour les gens de Sa maison »
Le Radak rapporte un enseignement midrachique : Rabbi Abbahou au nom de Rabbi Yossé et Rabbi 'Hanina explique qu'il s'agit du jour où le Saint, béni soit-Il, entra en jugement avec eux. De quoi est-il question ? Lorsque les dix tribus furent déportées, Yéhouda et Binyamin ne partirent pas en exil, et les dix tribus s'indignèrent d'une telle inégalité de traitement, d'un deux poids, deux mesures. Elles disaient : c'est parce qu'ils sont les familiers de Son palais qu'Il ne les a pas exilés. En d'autres termes, parce qu'ils sont les voisins du Beth Hamikdach, Il leur accorde des indulgences, et bien qu'ils ne soient pas moins coupables que nous, pourquoi sommes-nous seuls à partir en exil et non pas eux ? Y aurait-il, à Dieu ne plaise, partialité dans le jugement ?
La réponse est claire : à Dieu ne plaise, il n'y a aucune partialité, mais la mesure de leurs fautes n'était pas encore comble ; dès qu'elle le fut, ils partirent en exil. Ce n'est donc pas la proximité avec le « palais du Roi » qui leur a profité, mais le fait que leur mesure n'était pas encore pleine. Comme nous l'avons déjà expliqué à plusieurs reprises, les rois d'Israël furent tous impies, tandis que parmi les rois de Yéhouda se trouvaient aussi des rois justes, et leur déchéance fut plus lente que celle des dix tribus.
Rabbi Abbahou déclare : lorsque les dix tribus entendirent cette justification, elles restèrent sans voix et s'exclamèrent : « Dieu est tout-puissant et véridique, car même pour les membres de Sa propre maison, Il ne fait point acception de personnes ! » - Hachem est souverain, Hachem est vérité, et Il n'accorde aucun passe-droit, même aux familiers de Son palais. Cela vient accomplir ce qui est dit : « Parmi les tribus d'Israël, J'ai fait savoir une chose certaine » - J'ai manifesté Ma fidélité à la justice. Ainsi, lorsque Yéhouda et Binyamin partiront à leur tour en exil, il sera démontré aux tribus d'Israël, à savoir les dix tribus, qu'il n'y a aucun favoritisme auprès de Moi, et que quiconque dévie du droit chemin finira inexorablement par être exilé.
Explication du Malbim : la raison de la mise en garde adressée à Binyamin
Selon le Malbim, ce verset constitue la suite et la justification du verset précédent. En effet, l'appel « Derrière toi, Binyamin ! » est un ordre donné aux enfants de Binyamin de s'éloigner d'Ephraïm et de ne pas suivre leurs voies, bien qu'Ephraïm et les dix tribus exercent leur domination sur eux, mais plutôt de se séparer du royaume d'Ephraïm. À présent, le prophète leur explique pourquoi : car Ephraïm deviendra une désolation. Voulez-vous devenir comme eux ? Au jour du châtiment, ils sont voués à partir en exil. C'est pourquoi je te mets en garde, Binyamin, de ne pas changer de ligne de conduite et de ne pas pencher vers les dix tribus ; car au jour fixé par Hachem pour réprimander les enfants d'Ephraïm, qui sera le jour de leur exil, vous assisterez à leur détresse mais vous vous tiendrez à l'écart. En revanche, si vous vous joignez à eux, vous partirez en exil avec eux. C'est pourquoi « je l'ai fait savoir de manière certaine » : je te préviens ici formellement qu'il ne t'est pas profitable de te joindre à Ephraïm, mais que tu dois t'en tenir séparé.
Dans l'explication des termes, le Malbim précise que le « jour de la réprimande » (yom tokhe'ha) équivaut à un jour de détresse et de châtiment, le jour où ils seront exilés. Mais il rapporte une autre explication : on peut rattacher « le jour de la réprimande » au verset précédent - « Sonnez du chofar à Guiva... au jour de la réprimande », or un jour de réprimande désigne un jour de jeûne. Le Radak a déjà expliqué, au nom de son père, qu'un jour de jeûne (tsom) est un moment où la communauté se rassemble, car la racine de « tsom » évoque le regroupement, comme dans « tsomèt haguidim » (la jonction des tendons), endroit où de nombreux tendons convergent, ou comme un carrefour routier où convergent plusieurs voies. Et le jour du jeûne, lorsque le peuple se rassemblait, l'ancien prononçait des paroles d'exhortation et de contrition (divré kivouchine). Il en résulte donc : sonnez du chofar à Guiva, de la trompette à Rama, sonnez l'alarme à Beth-Aven - quand cela ? Au jour de la réprimande, lors du jour de jeûne où vous réunissez tout le monde. Et que proclamerez-vous ? « Derrière toi, Binyamin ! » - détourne-toi d'Ephraïm et marche à la suite de la tribu de Binyamin, car Ephraïm deviendra une désolation.
« Les princes de Yéhouda sont devenus comme ceux qui déplacent les bornes »
הָיוּ שָׂרֵי יְהוּדָה כְּמַסִּיגֵי גְּבוּל עֲלֵיהֶם אֶשְׁפּוֹךְ כַּמַּיִם עֶבְרָתִי׃ - Les chefs de Yéhouda sont devenus comme ceux qui déplacent les limites ; sur eux je répandrai ma fureur comme de l'eau.
Le Malbim poursuit dans la même ligne : « Parmi les tribus d'Israël » - c'est à leur sujet, au sujet des dix tribus, que « j'ai fait savoir une chose certaine », à savoir que les tribus d'Israël étaient désormais devenues « les princes de Yéhouda », c'est-à-dire qu'elles s'étaient érigées en dirigeants et souverains sur Yéhouda. Nous nous situons en effet à une époque où Yéhouda et Binyamin étaient soumis à l'autorité des dix tribus. Et ils sont comparables à des usurpateurs déplaçant les bornes : en effet, la frontière de Yéhouda est celle de la royauté de la maison de David, et lorsque vous venez y régner, vous empiétez sur le domaine de la maison de David. Hachem avait promis à David de préserver un flambeau à ses fils pour toujours, afin qu'il lui reste au moins une tribu, et lorsque vous dominez sur eux, vous agissez comme ceux qui déplacent leur frontière. C'est pourquoi « j'ai fait savoir une chose certaine » - un décret ferme et irrévocable : « sur eux je répandrai ma fureur comme de l'eau », ma fureur (« evrati ») étant mon courroux qui se déversera sur eux. Comme il est écrit dans Isaïe : « Encore soixante-cinq ans, et Ephraïm cessera d'être un peuple », ce qui signifie qu'Ephraïm partira en exil.
Qu'est-ce que la « 'évrah » (fureur) et pourquoi « comme de l'eau » ?
Le Malbim analyse avec précision le terme « evrati ». Il existe une distinction entre la colère (« ka'as ») et la fureur (« 'évrah ») : la « 'évrah » survient lorsque le châtiment frappe même celui qui n'a pas fauté. La colère déborde et punit aussi bien les coupables que les innocents, à l'image du verset : « Si un feu se déclare et rencontre des épines ». Pourquoi cela s'appelle-t-il « 'évrah » ? Parce que la colère franchit (« ovèrete ») ses limites : sa juste limite devrait être réservée aux seuls pécheurs, or lorsqu'elle consume également ceux qui n'ont pas fauté, elle a franchi sa limite.
Et c'est précisément ce qui s'est produit ici : les principaux fauteurs appartenaient à la tribu d'Ephraïm, car ils constituaient la maison royale et avaient instauré les veaux d'or, tandis que les neuf autres tribus s'étaient laissé entraîner à leur suite et derrière Yarov'am ben Nevat, se trouvant en quelque sorte séduites et contraintes. Malgré tout, l'ardente colère dirigée contre la tribu d'Ephraïm prendra la forme d'une « 'évrah », qui frappera aussi les autres tribus. Et c'est là le sens de « comme de l'eau » : tout comme de l'eau versée en un point précis ne reste pas sur place mais se répand alentour, de même ma fureur, initialement destinée à Ephraïm qui deviendra une désolation, va s'étendre et consumer également les neuf autres tribus, si bien qu'au final, l'ensemble des dix tribus partira en exil.
L'approche de Rachi et du Radak : une réprimande adressée aux princes de Yéhouda eux-mêmes
Le Radak, ainsi que Rachi, expliquent que le verset parle de Yéhouda lui-même, à l'inverse de la lecture du Malbim. Il convient ici de souligner la force de l'explication du Malbim : l'enchaînement des versets paraît difficile, car le texte s'adresse d'abord à Binyamin, puis parle d'Ephraïm, et revient ensuite sur Yéhouda. Selon le Malbim, il n'y a aucun désordre : l'ensemble des versets forme une seule et même interpellation dirigée vers Binyamin et Yéhouda. « Derrière toi, Binyamin ! » - ne te laisse pas entraîner derrière Ephraïm ; « car Ephraïm sera réduit en désolation » - en voici la raison ; « les chefs de Yéhouda sont devenus comme ceux qui déplacent les bornes, sur eux je répandrai ma fureur comme de l'eau » - c'est la continuité du même discours, affirmant que c'est sur eux que se déversera mon courroux, et que vous devez par conséquent vous éloigner d'eux. Tout le propos s'adresse à un unique destinataire. En revanche, selon les autres commentateurs, une difficulté subsiste, car le texte s'adresse tour à tour à Binyamin, à Ephraïm, puis à Yéhouda, et l'on peine à comprendre comment le texte change ainsi de destinataire à chaque instant au sein d'un même développement.
Quoi qu'il en soit, voyons comment Rachi et le Radak commentent ce passage. Selon eux, il s'agit d'une interpellation directe des princes de Yéhouda. Le Radak explique : à l'image d'un homme qui empiète sur le domaine de son voisin pour s'y rattacher, ils se sont empressés d'adopter les voies des rois d'Israël, leurs pairs. En d'autres termes, les princes de Yéhouda se sont collés aux enfants d'Ephraïm - les impies du royaume des dix tribus - et ont adopté leurs égarements ; c'est pourquoi je déverserai mon courroux sur eux.
Au sens littéral, le Radak explique que l'expression « déplaceurs de bornes » signifie qu'ils spoliaient des champs. Mais une difficulté se pose à lui, tout comme à Rachi : dans ce cas, pourquoi est-il dit « comme des déplaceurs de bornes » ? S'ils déplacent véritablement les limites, qu'on les appelle simplement « déplaceurs de bornes » ! En effet, la lettre kaf sert de particule de comparaison et ne s'applique en principe qu'à une chose qui n'est pas le fait lui-même, mais une ressemblance. Le Radak résout cette difficulté : nous trouvons des cas analogues dans le texte biblique, comme dans « vends-moi dès aujourd'hui » (mikhra kayom), qui signifie aujourd'hui même, d'où l'on déduit que le kaf de comparaison s'emploie parfois sans introduire de nuance restrictive. De même ici, « comme des déplaceurs de bornes » signifie qu'ils l'étaient véritablement, et la lettre kaf ne fait pas obstacle à ce sens.
Dès lors, il y a ici un reproche adressé aux chefs de Yehouda qui usurpaient le terrain de leurs concitoyens : des particuliers possédaient une terre contiguë à celle des dignitaires de Yehouda, et ces derniers déplaçaient la frontière. À l'image de celui qui empiète sur le champ de son voisin pour s'approprier une dizaine de mètres, ils amalgamaient le patrimoine des plus faibles au leur. C'est le sens de ce qui est écrit dans la prophétie de Yé’hezkel : « Et Mes princes ne léseront plus Mon peuple en le spoliant de sa propriété » - on voit bien qu'ils avaient coutume d'agir ainsi, en les lésant pour s'emparer de leurs terres.
Rabbénou Saadya Gaon : l'empiètement sur les mitsvot
Rabbénou Saadya Gaon, cité par le Radak, oriente l'explication dans un sens métaphorique. Il ne s'agit pas d'un déplacement de bornes au sens propre, mais d'une transgression des limites des mitsvot : les commandements sont comparables à une frontière assignée par Hachem, infranchissable. Lorsque les dignitaires de Yehouda transgressent la parole divine, ils se comportent comme des déplaceurs de bornes, repoussant la limite fixée par les ancêtres et violant les clauses de l'Alliance. Selon cette approche, l'emploi du kaf de comparaison s'explique parfaitement, puisqu'il ne s'agit pas ici d'une spoliation foncière réelle, mais d'un acte qui s'y apparente.
Le père du Radak : le juge qui ferme les yeux
Le père du Radak explique que les chefs eux-mêmes ne déplaçaient pas les bornes, mais que des plaignants venaient les trouver pour dénoncer des voisins qui empiétaient sur leurs terres. Un homme portait plainte devant ces chefs, qui faisaient également office de juges, en disant : « Mon voisin a usurpé ma limite », mais le juge fermait les yeux. Or, lorsque le magistrat ignore l'injustice, c'est comme s'il avait lui-même déplacé la borne. En effet, voler de ses propres mains fait de vous un voleur, mais laisser autrui dérober en feignant de ne rien voir vous rend complice du vol. Tel est le sens de : « Les chefs de Yehouda sont devenus comme des déplaceurs de bornes » : ils voyaient des gens spolier le terrain de leurs frères sans leur rendre justice, c'est pourquoi ils sont tenus pour coupables au même titre.
Ibn Ezra : le méfait commis en secret
Ibn Ezra explique qu'ils causaient du tort à ceux qui étaient placés sous leur autorité, à la manière de ceux qui déplacent les bornes en cachette. Celui qui repousse une limite agit de nuit, à l'abri des regards, déplaçant discrètement la clôture ; lorsqu'on revient une semaine plus tard, on hésite, pensant que la clôture était peut-être plus en retrait sans en être certain, et l'on finit par croire qu'elle est à sa place. Tout est orchestré dans l'ombre pour que le subterfuge ne soit pas découvert. De même, ils portaient préjudice sournoisement aux personnes sous leur tutelle, et c'est en ce sens que les chefs de Yehouda sont comparés à des déplaceurs de bornes.
« Éphraïm est opprimé, broyé par le jugement »
עָשׁוּק אֶפְרַיִם רְצוּץ מִשְׁפָּט כִּי הוֹאִיל הָלַךְ אַחֲרֵי־צָו׃ - Éphraïm est opprimé, broyé par le jugement, car il s'est résolu à marcher d'après un ordre humain.
Le Radak explique : Éphraïm est opprimé par les nations, qui l'ont exploité et brisé par des décrets impitoyables. Selon Ibn Ezra, il s'agit des rois d'Éphraïm eux-mêmes, qui ont pressureé et trompé le peuple. Pourquoi a-t-il mérité un tel sort ? « Car il s'est résolu à marcher d'après un précepte (tsav) ». De nos jours, on parlerait de suivre les diktats de la mode, mais le Radak l'interprète autrement : ils ont obéi aux directives de Yarov'am ben Nevat, adoptant la voie qu'il leur avait prescrite.
Et que signifie « car il s'est résolu à marcher » ? Le Radak précise : il y est allé de son plein gré. En effet, au départ, ils ne suivaient pas aveuglément Yarov'am ; ce n'est qu'après un certain temps qu'ils ont choisi de s'aligner sur le culte des veaux d'or, ce qui montre que leur démarche relevait d'un choix consenti. Il ne s'y est pas contenté de glisser par mégarde, mais il a délibérément accepté et approuvé cette dépravation instaurée par Yarov'am. Quant au terme tsav, le Radak indique qu'il a le sens d'un ordre ou d'une règle ; et bien que l'expression « l'ordre de Yarov'am » ne soit pas formulée textuellement, l'Écriture use couramment de concision. Il s'ensuit que, délaissant les commandements de Dieu, ils se sont mis à suivre les décrets du roi impie qui les gouvernait.
Le Malbim : une accusation directe contre Éphraïm
Ici encore, selon le Malbim, l'avertissement s'adresse à la tribu de Binyamin et à Yéhouda, et c'est avec eux que le prophète s'entretient. Il leur dit : sachez qu'Éphraïm est voué au pillage, et pas seulement en raison de la fureur générale dont nous avons parlé, qui emporte tout sur son passage comme des eaux torrentielles lorsqu'elle déborde. Il existe contre Éphraïm un grief personnel, car il a entraîné la multitude dans la faute ; c'est pourquoi il sera « brisé par le jugement » (retsouts michpat) - c'est selon la stricte justice qu'on le brisera, non par un simple déferlement de colère aveugle, mais en vertu du droit et du jugement. Face à une colère générale, un homme pourrait dire : « Je me trouvais simplement là et j'ai été frappé avec tout le monde », mais ici, on s'adresse à lui directement, car il porte la responsabilité de tout ce qui arrive à Yéhouda et Binyamin. Du point de vue du droit : c'est lui qui a amorcé la transgression en suivant le décret de Yarov'am, issu de sa tribu ; les gens d'Éphraïm se sont attachés les premiers aux veaux d'or et ont fait fauter le peuple, voilà pourquoi la justice divine s'exerce directement contre eux.
« Hoïl » - un consentement après un refus
Le Malbim explique que « hoïl » se rattache à l'idée d'un commencement, et ce terme exprime invariablement une réticence initiale qui a précédé l'accord. Si l'on désirait une chose dès le départ, on dirait « j'ai voulu » ou « j'ai agi parce que je le voulais » ; mais si l'on s'y est d'abord opposé pour finalement y consentir, c'est alors qu'intervient le mot « hoïl ». Et ce n'est pas un hasard, car sa racine est Y-A-L, qui compte parmi les racines hébraïques aux sens opposés (les mots énantiosémiques), comme « lécharech » (déraciner) et « lehachrich » (prendre racine), ou comme « kalès », qui s'emploie aussi bien pour la raillerie que pour la louange éclatante. Il en va de même ici : « al » exprime l'empêchement ou le refus, et « hoïl » marque l'assentiment, précisément parce qu'il s'agit d'un consentement survenu après un refus préalable.
Le Malbim en apporte des exemples : « Vayoël Moshé lachévet èt ha'ich » (Moïse consentit à demeurer avec cet homme) - au début, Moïse ne voulait pas s'établir chez lui, et ce n'est qu'après ses instances réitérées qu'il a cédé. « Hoël véka'h kikarayim » (Daigne accepter deux talents) - Naaman avait offert des présents au prophète, mais Élisée avait catégoriquement refusé de prendre quoi que ce soit ; plus tard, son serviteur Guéhazi a couru après Naaman, et celui-ci lui a dit « daigne accepter », car il y avait eu un refus initial. « Hinné na ho'alti ledaber el Hachem » (Voici, j'ai osé parler à mon Seigneur) - il ne m'appartenait pas de prendre la parole, et pourtant j'ai fini par m'y résoudre. « Hoïl Moshé bé'er èt hatorah hazot » (Moïse entreprit d'expliquer cette Torah) - au début, il ne songeait pas à l'expliquer ainsi, car il espérait vivre longtemps ; mais dès lors qu'il comprit qu'il n'entrerait pas en terre d'Israël et qu'il devait quitter ce monde, il se résolut à le faire. Il en fut de même pour Éphraïm : au départ, ils ne se sont pas précipités à la suite de Yarov'am ben Nevat et de ses veaux d'or ; ce n'est qu'après coup qu'ils ont accepté de le suivre, et c'est le sens de « ki hoïl halakh a'haré tsav » (car il a consenti à suivre un commandement frivole).
« Et Moi, Je serai comme la teigne pour Éphraïm, et comme la pourriture pour la maison de Yéhouda »
וַאֲנִי כָעָשׁ לְאֶפְרָיִם וְכָרָקָב לְבֵית יְהוּדָה׃ - Et Moi, Je serai comme la teigne pour Éphraïm, et comme la pourriture pour la maison de Yéhouda.
« Et Moi, Je serai comme la teigne pour Éphraïm » - comme ce qui consume et ruine Éphraïm. L'idée essentielle est la suivante : la perte d'Éphraïm et de Yéhouda ne résulte pas d'un processus naturel, mais relève d'une Providence délibérée, venant d'Hachem et selon Sa volonté. Je les détruis comme la teigne et la pourriture, qui rongent et anéantissent tout.
Le Malbim apporte une précision : pour Éphraïm, Il agit comme la teigne, et pour la maison de Yéhouda, comme la pourriture. Quelle est la nuance ? La teigne (la mite) vient du dehors - un insecte survient de l'extérieur et ronge l'étoffe. La pourriture, en revanche, se développe au cœur même de la matière, tel un fruit qui se gâte de l'intérieur. C'est ainsi que l'Écriture dépeint leur châtiment : envers Éphraïm, au milieu de qui Hachem ne réside pas - puisqu'Éphraïm incarne le royaume des dix tribus -, Hachem intervient pour ainsi dire de l'extérieur, par une Providence rigoureuse, pour les anéantir. Mais envers Yéhouda, où Hachem est présent - puisque c'est là que se dresse le Sanctuaire, sur la terre de Yéhouda et de Binyamin où réside le Temple d'Hachem -, Il ne frappe pas depuis l'extérieur, mais de l'intérieur même. C'est pourquoi le verset emploie l'image de la « pourriture », qui naît du dedans : c'est là où réside la Présence divine, au cœur de Yéhouda, que se développera cette consomption intérieure.
« Éphraïm a vu sa maladie » - chercher la guérison à la mauvaise adresse
וַיַּרְא אֶפְרַיִם אֶת־חׇלְיוֹ וִיהוּדָה אֶת־מְזֹרוֹ וַיֵּלֶךְ אֶפְרַיִם אֶל־אַשּׁוּר וַיִּשְׁלַח אֶל־מֶלֶךְ יָרֵב וְהוּא לֹא יוּכַל לִרְפֹּא לָכֶם וְלֹא־יִגְהֶה מִכֶּם מָזוֹר׃ - Éphraïm a vu sa maladie et Yéhouda sa plaie ; alors Éphraïm est allé vers l'Assyrie et a envoyé des messagers au roi de Yarev, mais celui-ci ne pourra vous guérir, ni faire disparaître votre plaie.
Ils n'ont pas su comprendre que tout relevait de la Providence divine, que ce malheur avait été décrété et envoyé par Hachem en réponse à leurs égarements ; ils ont cru faire face à une simple crise naturelle. Or, devant un mal naturel, on a coutume de recourir à des remèdes naturels pour le repousser et recouvrer la santé. C'est précisément ce que souligne le Ramban à propos du verset « et même dans sa maladie, il ne chercha point Hachem, mais recourut aux médecins » : que font des médecins dans la demeure de ceux qui craignent Hachem ? Un homme pieux, qu'a-t-il besoin de médecins ? Si nous faisons appel aux médecins, c'est parce que nous n'avons pas atteint ce niveau de confiance absolue (bita'hon) qui permet de s'en remettre entièrement au secours d'Hachem ; mais quiconque parvient à une foi inébranlable sait que la maladie provient d'Hachem, et que Celui qui a envoyé l'épreuve est également Celui qui accordera la guérison.
Tel était le reproche adressé à Éphraïm : ils n'ont pas su comprendre qu'il y avait là un message de la part d'Hachem, et c'est pourquoi ils n'ont pas cherché le remède auprès du Maître du monde, en se demandant comment revenir vers Lui, mais ont cherché des remèdes sur le plan matériel. Et face aux épreuves, ils envoient des émissaires au roi d'Assyrie pour qu'il guérisse la maladie et les délivre. C'est bien ce que nous avons vu lorsque Ménahem ben Gadi envoya mille talents d'argent à Poul, roi d'Assyrie, pour affermir la royauté entre ses mains ; et Achaz lui envoya un présent et un tribut afin qu'il le soutienne contre Pékakh ben Remalyahou et Rétsine, roi d'Aram, qui lui faisaient la guerre. Tous deux se tournent vers un secours extérieur, sans comprendre que la véritable adresse est Hachem. Si tu as un différend avec le Maître du monde, c'est le Saint, béni soit-Il, qui t'a livré aux mains des ennemis.
« Sa maladie » face à « sa plaie » : mal intérieur et mal extérieur
Pourquoi est-il dit au sujet d'Éphraïm « sa maladie » (holiyo) et au sujet de Yéhouda « sa plaie » (mézoro) ? Le Malbim explique : la maladie (holi) est une affection qui provient de l'intérieur - faiblesse corporelle, fièvre interne ou autres maux semblables. Tandis que la plaie (mazor) est un mal consécutif à un coup reçu de l'extérieur. Et pourquoi une telle blessure est-elle appelée mazor ? Parce qu'on y saupoudrait (zorim) des remèdes en poudre, comme il est dit : « elles n'ont pas été nettoyées (zorou) ni pansées » - on n'y a pas répandu de remèdes. Le Malbim apporte une autre explication : cela dérive de « et il pressa (vayézer) la toison », dans le sens d'exprimer ou de presser, car dans une affection externe, il y a de l'enflure et du pus, et l'on pressait la plaie pour en extraire le pus afin de guérir. Quoi qu'il en soit, le mazor désigne un mal extérieur, par opposition au holi qui est un mal interne lié à la faiblesse du corps.
Dès lors, la différence de terme s'éclaire. Éphraïm envoya vers le roi d'Assyrie pour obtenir son aide contre les rebelles de l'intérieur ; son mal était donc une maladie interne, c'est pourquoi il est écrit : « Éphraïm vit sa maladie ». Yéhouda, en revanche, envoya vers lui pour être sauvé des rois qui le frappaient de l'extérieur, ce qui constituait une atteinte externe, d'où : « et Yéhouda sa plaie ». C'est pourquoi le texte précise : « et il envoya vers le roi Yarev » - il dépêcha des émissaires vers le roi d'Assyrie pour qu'il prenne sa défense contre Pékakh et Rétsine d'Aram qui s'élevaient contre lui de l'extérieur.
Ni l'un ni l'autre n'obtint ce qu'il espérait
Ni Éphraïm ni Yéhouda ne réussirent dans leur démarche, et tous deux virent leurs espoirs déçus. À propos d'Éphraïm, parti faire soigner sa maladie interne, il est dit : « Mais il ne pourra pas vous guérir », tout comme il est écrit au sujet de Ménahem ben Gadi : « et il ne resta point dans le pays » - il avait fait appel à lui, mais le roi Poul ne demeura pas sur place pour les sauver. Et à propos de Yéhouda, qui avait envoyé chercher un remède à sa blessure, son mal externe, il est dit : « et il ne dissipera pas votre plaie » ; or, voyez ce qui arriva avec Achaz : non seulement il ne trouva aucun soulagement, mais « il l'opprima au lieu de le fortifier ». Il s'avère donc que rien de ce que vous avez entrepris ne vous a été utile, parce que vous ne vous êtes pas tournés vers la bonne adresse. Au lieu de vous adresser à Hachem, vous avez cherché l'appui de puissances extérieures.
« Lo yighé » - l'extraction du mal
Le terme « yighé » évoque l'idée de guérison, comme dans le verset « un cœur joyeux est un bon remède (guéha) » d'où provient le nom de l'hôpital « Guéha ». Cependant, le Malbim explique que le verbe gahah a le sens d'extraction ou d'élimination, comme dans « Ôtez (hago) les scories de l'argent » - retirez les impuretés mêlées à l'argent, ou dans « il fut écarté (hogah) de la route » - retiré du chemin. Le sens du verset est donc qu'il n'évacuera pas le pus purulent de la plaie : face à une blessure externe suppurante qui requiert un soin (mazor), qu'il s'agisse de presser la plaie ou d'y répandre des remèdes, la guéha est la guérison par voie d'extraction, consistant à vider l'infection pour l'éloigner du corps, et cela, l'ennemi ne le fera pas. Et de fait, lorsqu'Éphraïm alla vers l'Assyrie, il n'en retira finalement aucun bénéfice.
Le Malbim apporte une autre précision subtile : au sujet d'Éphraïm, il est écrit qu'il y alla lui-même, et pas seulement vers le roi, mais vers l'Assyrie tout entière, car ils devinrent tous serviteurs de l'Assyrie ; d'où : « Éphraïm est allé vers l'Assyrie ». Chez Yéhouda, en revanche, il est écrit : « et il envoya vers le roi Yarev », car les gens de Yéhouda ne partirent pas pour se soumettre en serviteurs, mais dépêchèrent une délégation auprès du roi lui-même. C'est pourquoi celui-ci est appelé « le roi Yarev » (le roi plaideur), car toute leur demande se limitait à ce qu'il prenne en main leur querelle, sans qu'ils acceptent de devenir ses vassaux ni de faire de leur pays un protectorat assujetti.
« Car Je serai comme un lion pour Éphraïm et comme un lionceau pour la maison de Yéhouda »
כִּי אָנֹכִי כַשַּׁחַל לְאֶפְרַיִם וְכַכְּפִיר לְבֵית יְהוּדָה אֲנִי אֲנִי אֶטְרֹף וְאֵלֵךְ אֶשָּׂא וְאֵין מַצִּיל׃ - Car Je serai comme un lion pour Éphraïm et comme un lionceau pour la maison de Yéhouda ; Moi, Moi Je déchirerai et Je M'en irai, J'emporterai sans que personne ne délivre.
Hachem leur déclare : votre erreur est de ne pas comprendre que votre coup n'est pas un événement fortuit et naturel, mais une frappe providentielle. Dès lors, ce n'est point auprès d'un être de chair et de sang que vous devez chercher la guérison, mais directement auprès d'Hachem, qu'Il soit béni.
Et quel est le sens de cette parabole ? Le Malbim explique que dans les ouvrages des naturalistes, il est rapporté que tant que le lion est jeune, il est appelé kefir (jeune lion) ; il ne part pas alors en expédition de chasse, mais reste tapi dans son repaire, aux aguets. Quiconque s'en approche est dévoré, mais il ne s'éloigne pas pour poursuivre une proie. En revanche, lorsqu'il grandit et devient un sha'hal, c'est-à-dire un lion adulte et vigoureux, il a désormais des lionnes dont il doit assurer la subsistance ; il sort donc au-dehors pour chasser une proie et la leur rapporter.
C'est pourquoi il est dit : pour Ephraïm, Il est comme un sha'hal, car vis-à-vis d'Ephraïm, Hachem sort pour ainsi dire du Beth Hamikdach afin de venir les frapper, tel ce lion adulte qui quitte son repaire. Mais pour la maison de Juda, Il est comme un kefir : la maison de Juda étant proche du Beth Hamikdach, Hachem ne se déplace pas, mais c'est depuis Son abri, depuis le Temple, qu'Il les frappe. Cela rejoint ce que nous avons vu plus haut : « Et Moi, Je serai comme la teigne pour Ephraïm, et comme la pourriture pour la maison de Juda ». La pourriture vient de l'intérieur, ce qui correspond à la maison de Juda au milieu de laquelle réside la Chekhina, tandis qu'à l'égard d'Ephraïm, Hachem se déplace pour ainsi dire et Se rend auprès d'eux, à l'image de la teigne dont le ravage provient de l'extérieur.
« Moi, Moi, Je déchirerai et Je m'en irai » - tu vas chercher des remèdes auprès de la chair et du sang, en oubliant que tout vient de Moi. Je suis comme le sha'hal et comme le kefir, et tout cela ne relève point du hasard de la nature mais de la Providence : c'est Moi qui déchire. Pour Ephraïm, il est dit : « Je déchirerai et Je m'en irai », car le sha'hal déchire et emporte sa proie au loin. Tandis que pour Juda, où le lion dévore sur place, dans son repaire, il est dit : « J'emporterai, et nul ne délivrera », sans ajouter « et Je m'en irai », puisque le fait s'accomplit sur place. Et si nul ne peut délivrer de Ma main, à quoi bon se tourner vers l'Assyrie ? Pourrait-elle donc te sauver de la main d'Hachem ?
« J'irai, Je retournerai en Mon lieu »
אֵלֵךְ אָשׁוּבָה אֶל־מְקוֹמִי עַד אֲשֶׁר־יֶאְשְׁמוּ וּבִקְשׁוּ פָנָי בַּצַּר לָהֶם יְשַׁחֲרֻנְנִי׃ - J'irai, Je retournerai en Mon lieu, jusqu'à ce qu'ils s'avouent coupables et recherchent Ma face ; dans leur détresse, ils Me chercheront avec empressement.
Le Malbim explique : en écho à ce qu'Il a déclaré : « Je déchirerai et Je m'en irai », ce qui concernait Ephraïm (le Saint, béni soit-Il, venant pour ainsi dire du dehors et emportant la proie), Il dit à présent : non seulement Je m'éloignerai d'Ephraïm pour retourner à Jérusalem, où Hachem revient pour ainsi dire en Son lieu, là où, bien des années plus tard, lors de l'exil de Juda, s'appliquera l'image du kefir qui dévore sur place ; mais « Je retournerai en Mon lieu » signifie : ne pense pas que Je Me contenterai de revenir dans le Beth Hamikdach, mais Je remonterai en Mon lieu, aux Cieux, et Je Me retirerai totalement d'eux.
« Jusqu'à ce qu'ils s'avouent coupables » - jusqu'à ce qu'ils fassent techouva d'eux-mêmes, qu'ils reconnaissent leur faute, recherchent Ma face et reviennent. Et s'ils ne reconnaissent pas leur culpabilité de leur propre chef, du moins « dans leur détresse, ils Me chercheront avec empressement » : de nombreux et cruels malheurs s'abattront sur eux, et alors ils crieront vers Hachem et Le rechercheront sous l'étau de la détresse.
Et quelle différence y a-t-il entre « et recherchent Ma face » et « ils Me chercheront avec empressement » (yecha'harounani) ? Le Malbim précise : rechercher la face de quelqu'un se fait par la prière ou par une offrande, comme dans « David rechercha la face d'Hachem » ou « s'ils prient et recherchent Ma face ». En revanche, celui qui accomplit l'action de mecha'her est comparable à celui qui recherche une chose disparue ou perdue. De plus, la quête d'un visage n'a de sens que si la personne est encore visible ; ainsi, « et recherchent Ma face » se situe au moment où la Chekhina réside encore parmi eux. Mais sinon, « dans leur détresse, ils Me chercheront avec empressement » : lorsque Je les aurai déjà délaissés, l'homme ne peut plus chercher Ma face, car Je ne suis plus là ; il lui faudra donc s'enquérir, scruter et chercher ardemment ce qui a disparu de sa vue. D'autres commentateurs expliquent que le verbe lecha'her dérive du mot cha'har (l'aube) : lorsqu'une personne désire ardemment une chose, elle part à sa recherche dès l'aurore. Ainsi, quiconque sollicite le roi ou une entrevue avec un ministre se lève de bon matin pour se présenter devant lui. Le terme lecha'her est donc également rattaché à l'aube.
En résumé :
Dans ces versets, le prophète adjure la tribu de Benjamin, alors soumise à l'autorité d'Ephraïm, de se dissocier de leur voie : sonnez du chofar et faites retentir la trompette dans toutes les localités de Benjamin, et proclamez « Derrière toi, Benjamin ! », et non à la suite d'Ephraïm. La raison en est limpide : « Ephraïm sera dévastée au jour du châtiment », et quiconque se joint à eux partira en exil avec eux. Le courroux d'Hachem se répandra comme de l'eau, s'étendant du pécheur Ephraïm à l'ensemble des dix tribus ; quant à Ephraïm lui-même, il fait l'objet d'un réquisitoire rigoureux, car il s'est plié de bon gré au décret de Yarov'am et a entraîné la multitude dans la faute. Leur ruine n'est point un accident de l'histoire mais un décret de la Providence : telle la teigne frappant du dehors pour Ephraïm et la pourriture rongeant de l'intérieur pour Juda, tel le sha'hal qui sort pour chasser et le kefir qui guette dans son gîte. Et faute de l'avoir compris, ils ont cherché remède auprès du roi d'Assyrie plutôt qu'auprès du Saint, béni soit-Il, sans trouver le moindre salut. Enfin, la sentence tombe : « J'irai, Je retournerai en Mon lieu » - Hachem Se retire et attend qu'ils s'avouent coupables et recherchent Sa face, ou que, sous l'étau des épreuves, ils se mettent en quête de Lui, Le réclament et reviennent.