« Sonnez du chofar à Guiv'a, de la trompette à Rama, sonnez l'alarme à Beit-Aven : derrière toi, Benjamin ! » Ce verset est relativement complexe, et nous allons examiner deux explications. Rachi explique que la sonnerie du chofar a pour but de mettre en garde contre l'épée des troupes ennemies sur le point de fondre sur le pays. « Sonnez l'alarme à Beit-Aven, derrière toi, Benjamin » signifie que l'armée ennemie est déjà sur tes pas, Benjamin. Il s'agit donc d'un avertissement adressé à Benjamin : une troupe armée te poursuit déjà. Comme on le sait, à cette époque, pour donner l'alerte et dissuader l'adversaire, on sonnait du chofar. Ce moyen permettait de transmettre des messages au peuple, qu'il s'agisse de l'annonce d'une guerre, du rassemblement ordonné par le roi ou d'autres proclamations similaires. Nous trouvons le même principe dans le désert avec les trompettes d'argent : chaque type de sonnerie annonçait une consigne précise, tantôt le départ des camps, tantôt l'étape, tantôt la guerre. Ici, il faut faire retentir l'alarme pour avertir Benjamin que l'ennemi se tient déjà sur ses talons : « derrière toi, Benjamin ! » Et pourquoi « derrière toi, Benjamin » ? Le Radak explique que l'ennemi a déjà soumis Éphraïm. Selon cette explication, nous nous situons donc après la conquête et l'exil des dix tribus. Qui vient ensuite ? « Derrière toi, Benjamin ! » L'ennemi te talonne déjà, prêt à t'exiler à ton tour. Rachi cite également le Targoum Yonatan, qui oriente ces versets selon une démarche midrachique. Voici les termes du Targoum : « Prophètes, élevez la voix comme par un chofar ; prophétisez que viendront contre eux des peuples meurtriers, parce qu'ils ont fait régner Saül de Guiv'a. » Vous entendez ? « Sonnez du chofar à Guiv'a » : annoncez que des peuples viendront semer la mort parmi vous parce que vous avez proclamé roi Saül, originaire de Guiv'a. « Poussez des cris comme par la trompette, dites que des rois viendront contre eux avec leurs armées, parce qu'ils n'ont pas accepté les paroles de Samuel de Rama. » Que signifie « de la trompette à Rama » ? Annoncez par la trompette à Rama qu'ils sont destinés à être châtiés pour avoir rejeté les paroles du prophète Samuel. Chacun se souvient que l'intronisation de Saül n'avait pas l'agrément d'Hachem ni celui de Samuel. Lorsque Samuel s'en plaignit, le Saint, béni soit-Il, lui répondit : « Ce n'est pas toi qu'ils ont rejeté, mais c'est Moi qu'ils ont rejeté. » Samuel finit certes par leur donner Saül pour roi, mais la démarche même d'exiger un souverain était illégitime à l'origine. Le texte leur reproche ainsi : « Sonnez du chofar à Guiv'a » pour avoir couronné Saül à Guiv'a ; « de la trompette à Rama » pour n'avoir pas écouté les paroles de Samuel le Ramathite. C'est pour cette raison que les ennemis s'avanceront contre eux. Le Targoum poursuit : « Faites retentir sur eux les lamentations des guerriers », car l'expression « sonnez l'alarme » (hari'ou) se rattache à la terou'a, au sanglot (yevava), et les « faiseurs de guerre » désignent les combattants. « Parce qu'ils ont trahi Ma parole, qu'ils se sont détournés de Mon culte et qu'ils n'ont pas servi devant Moi dans le Sanctuaire situé sur la terre de la tribu de Benjamin. » Certes, le Temple s'élève principalement sur le territoire de Juda, mais les Sages enseignent qu'une avancée de terrain appartenait à Benjamin, si bien que ce lieu sacré appartenait aux deux tribus. Selon le Targoum Yonatan, tout ce verset évoque donc l'invasion ennemie en rétribution de la faute originelle commise en exigeant un roi contre la volonté divine.
Une autre perspective historique s'impose : les dix tribus, depuis Samarie, avaient imposé leur domination au royaume de Juda et de Benjamin. Cela débuta lorsque Joas battit Amatsia, roi de Juda, et se poursuivit sous Pékach ben Remaliahou, où les enfants d'Israël affrontèrent ceux de Juda et les soumirent, à l'époque d'Achaz. Le domaine de Benjamin jouxtait celui des enfants de Joseph, c'est-à-dire Éphraïm et Manassé. Benjamin se trouva alors assujetti au royaume d'Éphraïm. Éphraïm dominant les dix tribus, le territoire voisin de Benjamin tomba sous sa coupe. Le prophète ordonne à présent aux enfants de Benjamin de sonner du chofar à Guiv'a, localité benjaménite, de faire retentir la trompette à Rama, qui appartenait également à leur tribu, et de sonner l'alarme à Beit-Aven, qui faisait aussi partie du lot de Benjamin, comme l'indique le livre de Josué : « et son aboutissement était le désert de Beit-Aven ». Dans tous ces lieux, qu'ils sonnent et proclament : « Derrière toi, Benjamin ! »
Quel est le sens de cet appel ? Ne suivez pas le royaume d'Éphraïm, ne calquez pas votre conduite sur celle des dix tribus, mais plutôt « derrière toi, Benjamin ! » Dites à tout le peuple d'adopter la fidélité de Benjamin, rattaché à Juda, et non de marcher derrière Éphraïm. Cet appel s'adresse donc tout particulièrement à la tribu de Benjamin qui, par sa proximité géographique et sa sujétion politique à Éphraïm, risquait de se laisser entraîner. On leur intime : ne vous laissez pas séduire par Éphraïm, demeurez fidèles à Benjamin, rattaché au royaume de Juda. Et l'histoire montre que Benjamin ne fut pas exilé avec les dix tribus, mais seulement lors du second exil, avec Juda.
Le Malbim met en lumière la distinction entre l'action de sonner simplement (tik'ou) et celle de lancer une sonnerie brisée (hari'ou), ainsi qu'entre le chofar et la trompette (chatzotzera). Le verset associe le chofar au verbe tiko'a (« sonnez du chofar ») et la trompette au verbe hari'ou (« sonnez avec éclat »). Quelle en est la raison ? La trompette possédait une dignité supérieure à celle du chofar : c'est avec elle que les prêtres sonnaient dans le Sanctuaire. Elle jouissait d'un statut plus noble, étant un instrument d'art façonné avec soin. Par ailleurs, la terou'a éveille l'âme plus intensément que la teki'a. La teki'a n'est qu'un son droit et continu, alors que la terou'a est une succession de sanglots saccadés, hautement propre à secouer les cœurs. Le Malbim fait remarquer que l'Écriture procède toujours par gradation ascendante : d'abord, elle emploie une sonnerie simple (tik'ou) avec un instrument ordinaire (le chofar) ; puis, à mesure que la gravité de la situation s'accroît, elle recourt à la trompette, instrument plus noble, couplée à la terou'a, plus percutante. Le texte s'organise selon ce crescendo pour sommer Benjamin de s'aligner sur la direction fidèle de sa propre tribu et de rompre avec l'égarement d'Éphraïm.
« Éphraïm deviendra une désolation au jour du châtiment ; parmi les tribus d'Israël, J'ai fait savoir une vérité certaine. » On rencontre ici l'expression « J'ai fait savoir avec certitude » (hoda'ti ne'emana), souvent employée dans le langage sans que l'on en connaisse l'origine scripturaire. Essayons de comprendre ce passage. Le Radak explique qu'il s'agit d'un avertissement adressé à Éphraïm : lorsque sonnera l'heure de la rétribution, Éphraïm sera dévasté. Qu'est-ce que « le jour du châtiment » (yom tokhecha) ? Selon le Radak, cela fait référence au séjour dans le désert. Le don de la Torah et les réprimandes du désert constituent ce « jour de remontrance », car Hachem s'adressa alors à eux directement. C'est à ce moment qu'Il leur fit savoir avec certitude Sa loi : « Si vous suivez Mes lois... Je mettrai la paix dans le pays... mais si vous ne M'écoutez pas, Je vous disperserai parmi les nations. » Puisqu'ils n'ont pas obéi, l'exil est scellé. Voilà le sens de : « Éphraïm deviendra une désolation », car dès l'origine, au jour de la mise en garde, Je leur avais fidèlement annoncé le sort réservé à ceux qui dévient de la voie.
Le Radak rapporte également un enseignement midrachique de Rabbi Abbahou au nom de Rabbi Yossi et Rabbi 'Hanina : « au jour de la remontrance » désigne le moment où le Saint, béni soit-Il, entra en débat juridique avec eux. De quoi s'agissait-il ? Lorsque les dix tribus furent déportées, Juda et Benjamin ne le furent pas encore. Les dix tribus protestèrent contre ce qu'elles percevaient comme une injustice, un deux poids, deux mesures : « C'est parce qu'ils habitent le palais royal (le Temple) qu'Il ne les a pas exilés ! Étant Ses voisins immédiats, Il leur accorde un traitement de faveur, alors qu'ils ne sont pas moins coupables que nous ! Y aurait-il, à Dieu ne plaise, du favoritisme devant Lui ? » Loin de là, il n'y a aucun favoritisme auprès du Créateur : la mesure de leurs fautes n'était tout simplement pas encore comble. Dès lors qu'ils eurent péché au même degré, ils furent exilés à leur tour. Les rois d'Israël furent tous sans exception impies, tandis que le royaume de Juda compta plusieurs rois vertueux, de sorte que son déclin fut beaucoup plus lent que celui des dix tribus. Rabbi Abbahou poursuit : lorsque les dix tribus virent que Juda finissait lui aussi par être exilé, elles reconnurent, sans plus pouvoir répliquer : « Dieu est puissant et juste, car Il ne fait acception de personne, pas même des serviteurs de Sa propre maison. » Ainsi s'accomplit la parole : « Parmi les tribus d'Israël, J'ai fait savoir que Je suis fidèle », démontrant qu'il n'y a nulle complaisance devant le tribunal divin et que quiconque s'égare subit tôt ou tard la même rigueur.
Le Malbim rattache ce passage à l'idée précédente. L'injonction « derrière toi, Benjamin » ordonnait aux benjaménites de se dissocier d'Éphraïm et de ne pas imiter ses errements, bien que les dix tribus exerçassent alors un contrôle politique sur leur territoire. Le prophète leur en donne aussitôt la raison : « Éphraïm deviendra une désolation ». Souhaitez-vous partager un tel destin ? Prenez vos distances, car au jour du châtiment, Éphraïm marchera vers l'anéantissement. Que Benjamin suive sa propre voie et n'adopte point la ligne des dix tribus. Au jour fixé par Hachem pour châtier les enfants d'Éphraïm, vous serez les témoins de leur détresse tout en restant préservés. En revanche, si vous vous ralliez à eux, vous serez emportés dans leur chute. C'est pourquoi Je vous en avertis avec certitude : séparez-vous d'eux.
Dans son commentaire littéral, le Malbim précise que « le jour du châtiment » équivaut à un jour de détresse et de rétribution, c'est-à-dire le jour historique de leur déportation. Il propose toutefois une seconde interprétation : on peut relier ce terme aux sonneries mentionnées plus haut. Que serait alors le « jour de remontrance » ? Ce serait un jour de jeûne public. Comme le Radak l'a rapporté au nom de son père, le jeûne (tsom) est un moment de rassemblement collectif (la racine évoque la convergence, comme le confluent des tendons ou le croisement de routes). Lors d'un jeûne public, le peuple étant assemblé, les anciens prononçaient des paroles de remontrance et d'exhortation morale. Dès lors, le texte ordonnerait : sonnez du chofar à Guiv'a, de la trompette à Rama, donnez l'alarme à Beit-Aven, quand donc ? Au jour de la remontrance, lors du grand rassemblement de jeûne, et proclamez alors à la foule : « Derrière toi, Benjamin ! » Écartez-vous d'Éphraïm et tenez-vous-en à la conduite de Benjamin, car le sort d'Éphraïm est d'aller à la ruine.
« Les chefs de Juda sont devenus comme ceux qui déplacent les bornes ; sur eux Je répandrai Mon courroux comme de l'eau. » Quel est le sens de ce verset ? Suivons l'explication du Malbim. Celui-ci explique qu'au milieu des tribus d'Israël, les princes de Juda se sont trouvés spoliés, et qu'Hachem décrète avec certitude de déverser Son indignation sur les oppresseurs. Les dix tribus s'étaient érigées en maîtres et souverains sur Juda, Éphraïm s'imposant comme chef politique. Durant cette période, Benjamin et Juda subissaient la domination des dix tribus. En s'arrogeant ce pouvoir sur Juda, les dix tribus agissaient comme des spoliateurs de limites territoriales. La souveraineté sur Juda constitue en effet le domaine exclusif de la maison royale de David, à qui Hachem a promis une royauté perpétuelle, assurant à sa descendance au moins une tribu. En venant y régner, les princes d'Éphraïm empiétaient sur l'héritage inviolable de David. C'est pourquoi Hachem proclame Son décret irrévocable : Je répandrai sur eux Mon courroux (evrati) comme de l'eau, à l'image de la prophétie d'Isaïe annonçant que dans soixante-cinq ans, Éphraïm cesserait d'être un peuple.
Le Malbim souligne une nuance capitale entre la simple colère (ka'as) et l'emportement débordant (evra). L'evra désigne un châtiment qui, dans son intensité, déborde son cadre initial pour frapper indistinctement les instigateurs et ceux qui les ont suivis, selon le principe du feu qui consume aussi bien les ronces que le reste. Le mot lui-même dérive de l'idée de franchir une limite (la'avor) : alors que la rigueur devrait se limiter aux premiers coupables, la colère enfle et dépasse ses bornes. C'est exactement ce qui est annoncé ici : « sur eux Je répandrai Mon courroux comme de l'eau ». Les pécheurs majeurs étaient les membres de la tribu d'Éphraïm, siège de la royauté, artisans du culte des veaux d'or. Les neuf autres tribus ne firent que se laisser entraîner à la suite de Jéroboam ben Nevat, séduites ou contraintes. Néanmoins, l'indignation divine prendra la forme d'un flot débordant qui emportera l'ensemble des dix tribus dans le même exil. Tout comme l'eau versée en un endroit s'épand au loin, le châtiment dirigé d'abord contre Éphraïm engloutira la totalité du royaume du Nord.
Le Radak ainsi que Rachi adoptent une tout autre approche : pour eux, « les chefs de Juda sont devenus comme ceux qui déplacent les bornes » s'applique directement aux dirigeants de Juda eux-mêmes. Le Malbim avait cherché à unifier la perspective du texte, car les passages semblent osciller sans transition entre Benjamin, Éphraïm et Juda. Selon le Malbim, toute la prophétie s'adresse à Benjamin pour lui ordonner de se tenir à l'écart d'Éphraïm. Pour les autres commentateurs en revanche, le prophète apostrophe successivement les différents protagonistes. Rachi et le Radak considèrent donc qu'il s'agit d'un réquisitoire contre les princes de Juda. En quel sens déplaçaient-ils les bornes ? Le Radak explique que, tout comme un homme franchit la limite du champ d'autrui, les chefs de Juda se hâtèrent d'imiter la conduite corrompue de leurs voisins, les rois d'Israël, s'associant à l'impiété d'Éphraïm. C'est pourquoi la colère divine va s'abattre sur eux. Une autre explication, littérale, affirme qu'ils commettaient de véritables spoliations terriennes, volant les champs des indigents. Le Radak relève alors une difficulté : si ces princes volaient réellement les terres, pourquoi le texte dit-il qu'ils sont « comme ceux qui déplacent les bornes » ? Le préfixe de comparaison (le kaf) n'a de sens que pour une chose similaire, non pour le fait lui-même. Le Radak résout cette difficulté en montrant que l'Écriture utilise parfois ce préfixe de façon stylistique, comme dans « jure-le-moi aujourd'hui » (hichav'a li kayom), où le terme signifie purement et simplement « aujourd'hui ». Il s'agissait donc bien de spoliations réelles où les princes s'emparaient du patrimoine des faibles pour agrandir leurs propres domaines, ce qui fait écho au reproche d'Ézéchiel : « et Mes princes ne spolieront plus Mon peuple de sa propriété ».
Rabbenou Saadia Gaon, cité par le Radak, confère à ce verset une dimension métaphorique : il ne s'agit pas du vol matériel de parcelles, mais du déplacement des limites posées par les mitsvot. Les commandements constituent en effet une frontière sacrée fixée par le Tout-Puissant, une limite infranchissable. Dès lors que les chefs de Juda bravaient la parole divine, ils violaient la clôture érigée par les générations passées et rompaient l'alliance. C'est en ce sens qu'ils étaient « comme ceux qui déplacent les bornes ». Cette lecture justifie pleinement le préfixe de comparaison, puisqu'il s'agit d'une analogie spirituelle avec la violation des limites de la Torah.
Le père du Radak avance une explication institutionnelle : les princes ne déplaçaient pas eux-mêmes les bornes des champs, mais lorsque des plaignants venaient solliciter leur justice contre des voisins spoliateurs, ces magistrats fermaient délibérément les yeux. Or, un juge qui tolère la spoliation en devient moralement complice. C'est pour cette raison que l'Écriture les qualifie de « comme des spoliateurs de bornes » : témoins de l'injustice, ils refusaient de rétablir le droit, se rendant coupables du méfait qu'ils laissaient commettre.
Ibn Ezra explique pour sa part qu'ils opprimaient en secret les hommes placés sous leur autorité, à l'image du spoliateur qui déplace furtivement la clôture de son voisin durant la nuit pour que le forfait passe inaperçu. En abusant discrètement de leur pouvoir, les chefs de Juda agissaient en spoliateurs clandestins.
« Éphraïm est opprimé, brisé par le jugement, car il s'est résolu à marcher après un vain précepte. » Le Radak explique qu'Éphraïm est opprimé sous le joug des nations étrangères qui lui infligent de cruels décrets (selon Ibn Ezra, ce sont ses propres souverains qui le spoliaient). Pourquoi ce sort le frappe-t-il ? Parce qu'il a marché après le « précepte » (tsav), c'est-à-dire l'ordonnance idolâtre de Jéroboam ben Nevat instituant le culte des veaux d'or. Que signifie « il s'est résolu à marcher » (ho'il halakh) ? Le Radak précise qu'il l'a fait de son plein gré. Au départ, le peuple n'avait pas immédiatement embrassé l'égarement de Jéroboam, mais avec le temps, il finit par consentir pleinement à cette déchéance. Ce consentement volontaire est traduit par le verbe ho'il. Le terme tsav désigne un commandement humain substitué à la loi divine, l'Écriture abrégeant volontiers pour désigner la directive du roi impie qui les menait à leur perte.
Le Malbim poursuit son analyse en montrant que ce verset s'adresse encore, en avertissement, à Benjamin et Juda : sachez qu'Éphraïm est voué au pillage. Et remarquez bien qu'il ne s'agit pas seulement de l'indignation générale qui emporte tout sur son passage : Hachem a un compte direct à régler avec Éphraïm, car c'est lui qui a fait pécher la multitude. Il sera donc « brisé par le jugement », condamné selon la plus stricte rigueur juridique, et non par simple répercussion collective. Ayant initié l'impiété en adoptant les directives de Jéroboam issu de ses rangs, Éphraïm porte la responsabilité première de l'égarement général, et le réquisitoire le vise nommément.
Le Malbim approfondit le sens de « car il s'est résolu » (ki ho'il). Il fait observer que le verbe ho'il s'emploie lorsqu'un consentement fait suite à un refus ou à une hésitation initiale. Si l'on désire une chose dès l'origine, on utilise les termes habituels du vouloir ; en revanche, lorsqu'on commence par résister pour finir par céder, la langue hébraïque emploie la racine y-a-l. Cette racine fait partie des termes à sens doubles ou antinomiques, comme déraciner et enraciner, ou blâmer et louer. La particule al marque l'empêchement et le refus, tandis que ho'il exprime l'acquiescement consécutif à cet empêchement. Le Malbim en fournit plusieurs illustrations : « Moïse consentit (vayo'el) à habiter avec cet homme », car il avait d'abord refusé ; « veuille bien accepter (ho'el) deux talents », formule adressée à Guéhazi après le refus initial d'Élisée ; « voici que j'ai pris sur moi (ho'alti) de parler à mon Seigneur », marquant l'hésitation préalable d'Abraham ; ou encore « Moïse entreprit (ho'il) d'expliquer cette Torah », se résolvant à le faire lorsqu'il sut sa mort imminente. De la même façon, Éphraïm n'avait pas souscrit sur-le-champ aux veaux de Jéroboam, mais finit par consentir de bon gré à suivre ces faux préceptes.
« Et Moi, Je serai comme une teigne pour Éphraïm, et comme la pourriture pour la maison de Juda. » La ruine qui menace Éphraïm et Juda ne sera point un processus naturel, mais le résultat direct d'un décret providentiel. Le Malbim relève avec précision pourquoi Hachem se compare à une teigne pour Éphraïm et à la pourriture pour la maison de Juda. La teigne est un parasite qui s'attaque à l'étoffe depuis l'extérieur, tandis que la pourriture ronge le fruit de l'intérieur. Éphraïm, représentant les dix tribus, s'était coupé de la sainteté : la présence divine ne résidait plus au milieu de lui, de sorte que le châtiment le frappe providentiellement comme de l'extérieur (à l'image de la teigne). En revanche, au sein de Juda se dressait le Temple où résidait la Chékhina. Le coup part donc du sein même du royaume, de l'intérieur, semblable à une gangrène interne.
« Éphraïm a vu sa maladie, et Juda son ulcère ; Éphraïm est allé vers l'Assyrie et a envoyé des messagers au roi plaideur ; mais lui ne pourra pas vous guérir, ni faire disparaître de vous l'ulcère. » Éphraïm et Juda n'ont pas discerné la main de la Providence dans leurs revers. S'imaginant confrontés à des maux purement politiques et naturels, ils ont cherché des remèdes terrestres au lieu de faire techouva. Le Ramban fait remarquer au sujet d'un roi qui, dans sa maladie, consulta les médecins : que viennent faire les médecins chez celui qui craint Hachem ? L'homme parvenu à un haut degré de confiance sait que le mal procède de Dieu et que sa guérison dépend du Créateur. Éphraïm et Juda n'ont pas compris l'avertissement divin et ont couru chercher secours auprès des puissances étrangères : Ménahem ben Gadi offrit mille talents d'argent à Poul, roi d'Assyrie, pour consolider son trône, et Achaz envoya des présents à Teglath-Phalasar pour être secouru contre Pékach et Retsin, roi d'Aram. Tous deux ont imploré l'aide humaine au lieu de se tourner vers Dieu.
Le texte emploie le terme « maladie » ('holi) pour Éphraïm et « ulcère » (mazor) pour Juda. Pourquoi cette distinction ? Le Malbim explique que le mot 'holi renvoie à une affection interne, une défaillance organique ou une fièvre intime, tandis que mazor désigne une plaie externe causée par un coup venu du dehors, sur laquelle on répand des baumes ou dont on extrait le pus. Éphraïm souffrait d'un mal intérieur, c'est-à-dire de séditions intestines, ce qui l'amena à appeler l'Assyrie à la rescousse ; il s'agissait donc bien de sa maladie interne ('holyo). Juda, en revanche, était assailli par des envahisseurs extérieurs, ce qui constituait une blessure venue du dehors (mazoro). Juda dépêcha des émissaires vers le « roi plaideur » (mélékh yarev), c'est-à-dire le monarque appelé à défendre sa cause contre les ennemis coalisés. Mais aucune de ces démarches n'aboutit. Le roi d'Assyrie fut incapable de guérir la faiblesse interne d'Éphraïm, et sous le règne d'Achaz, le puissant allié ne procura aucun soulagement à Juda, se bornant à l'opprimer sans lui apporter d'appui réel. Pour n'avoir point frappé à la bonne porte, leurs calculs humains ne leur furent d'aucun secours.
Le verbe yigheh signifie procurer la guérison. Le Malbim souligne que cette racine se rattache également à l'idée d'extraction et d'éloignement, comme dans « ôtez les scories de l'argent » ou « il fut écarté de la route ». Le verset indique ainsi que le souverain étranger ne saura extirper le mal purulent qui ronge Juda. Le Malbim note en outre qu'Éphraïm « alla vers l'Assyrie », se soumettant corps et âme jusqu'à devenir un État vassal, tandis que Juda s'est contenté « d'envoyer vers le roi plaideur », sollicitant son alliance ponctuelle pour défendre son droit, sans s'aliéner entièrement.
« Car Je serai comme un lion pour Éphraïm, et comme un lionceau pour la maison de Juda ; Moi, Moi, Je déchirerai et Je m'en irai, J'emporterai et nul ne délivrera. » Hachem leur fait entendre que le châtiment n'a rien d'un accident fortuit : il procède directement de Sa volonté, et nulle créature ne saurait faire obstacle à Son décret. Pourquoi cette comparaison avec le lion adulte (cha'hal) pour Éphraïm et le jeune lion (kefir) pour la maison de Juda ? Les naturalistes enseignent que le jeune lion ne s'éloigne pas de son repaire pour chasser ; tapi dans son gîte, il bondit sur la proie qui passe à sa portée. En revanche, le lion parvenu à maturité doit pourvoir aux besoins de sa troupe et s'éloigne pour traquer le gibier au loin. Vis-à-vis d'Éphraïm, Hachem se comporte comme le lion adulte qui quitte Sa demeure sainte de Jérusalem pour aller frapper au loin le royaume d'Israël : « Je déchirerai et Je m'en irai », emportant la dépouille au loin. Vis-à-vis de Juda, établi autour du Sanctuaire, Il agit comme le jeune lion qui frappe sur place, depuis Son gîte sacré : « J'emporterai et nul ne délivrera ». Puisque nul ne peut s'opposer à la puissance d'Hachem, quelle folie y a-t-il à placer son espérance dans l'Assyrie ?
« Je m'en irai, Je retournerai en Mon lieu, jusqu'à ce qu'ils s'avouent coupables et recherchent Ma face ; dans leur détresse, ils Me chercheront avec empressement. » Le Malbim commente : après avoir dit « Je déchirerai et Je m'en irai », ce qui concernait Éphraïm, Hachem annonce qu'Il ne se contentera pas de revenir vers le Sanctuaire terrestre de Jérusalem. Lorsque Jérusalem fut à son tour dévastée et Juda exilé, la Présence divine se retira vers les Cieux mêmes, délaissant le monde d'en bas jusqu'à ce que les enfants d'Israël prennent conscience de leurs torts et recherchent Sa face. S'ils ne s'éveillent pas d'eux-mêmes à la techouva, c'est l'accumulation des tourments et des détresses qui les contraindra à crier vers Hachem. Le Malbim distingue « rechercher Ma face » (bikchou fanaï) et « Me chercher avec empressement » (yechacharounani). On recherche la face de quelqu'un par la prière et les supplications tant que cette personne est encore accessible et présente. En revanche, le verbe chikhér évoque la quête inquiète d'un bien que l'on a perdu et qui s'est dérobé aux regards. Une fois que la Chékhina s'est retirée en Son lieu céleste, ils devront la chercher ardemment. Certains rattachent également cette expression à l'aube (cha'har) : lorsque l'on aspire profondément à rencontrer le roi, on se lève dès les premières lueurs du jour pour guetter sa venue. C'est avec cette même ardeur renouvelée qu'Israël finira par se tourner vers son Dieu au fond de son exil.