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Chapitre 5 - Réprimande aux prêtres et à la maison royale - 1re partie

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Livre d'Osée, chapitre 5. « Écoutez ceci, prêtres, prêtez l'oreille, maison d'Israël, et vous, maison du roi, soyez attentifs ! Car c'est à vous que s'adresse le jugement, car vous avez été un piège à Mitspa, et un filet tendu sur le Thabor. » « Écoutez ceci, prêtres, et prêtez l'oreille, maison d'Israël. » Le Malbim explique que les prêtres désignent ici les desservants de Baal et des veaux d'or. Ils incitaient le peuple à ne pas monter à Jérusalem, mais à rester sur place pour vénérer les idoles et les veaux, refusant ainsi le pèlerinage au Temple. La maison d'Israël se laissait séduire et acceptait leurs discours. La maison royale leur prêta également l'oreille : elle posta des gardes sur les routes, ces fameuses garnisons qui, comme nous l'avons rappelé à plusieurs reprises, exécutaient quiconque s'obstinait à vouloir accomplir le pèlerinage des fêtes. C'est à ce sujet que le prophète déclare : « Écoutez ceci, prêtres, prêtez l'oreille, maison d'Israël, et vous, maison du roi, soyez attentifs ! Car c'est à vous que s'adresse le jugement. » Le jugement divin s'abattra par votre faute, car vous en êtes les instigateurs. S'il y a des rigueurs, des décrets sévères, des malheurs et des exils, c'est à vous que revient le châtiment, car vous êtes la source de tout ce mal. « Car vous avez été un piège à Mitspa. » Le Malbim précise que Mitspa et le mont Thabor étaient deux montagnes sur le passage menant à Jérusalem. On y avait posté des sentinelles pour empêcher tout pèlerinage. Or, on place toujours des gardes aux passages obligés, là où la route se resserre. C'est pourquoi, à Mitspa, ils tendirent un piège. Le Malbim explique qu'un piège sert à capturer une cible précise, comme un collet d'oiseleur : ils l'installèrent à Mitspa pour capturer les passants. Le mont Thabor, en revanche, était un plateau très vaste, où il n'était pas concevable de poser un piège étroit ; c'était un espace ouvert, et c'est pourquoi ils y déployèrent un filet tout autour. Il ne s'agit pas nécessairement d'un filet au sens propre, mais sans doute d'une métaphore : le lieu étant large, ils ont pour ainsi dire étendu un réseau sous les pas des pèlerins pour leur barrer la route. Et vous, maison royale, vous êtes ce piège, vous êtes ce filet, car tout cela s'est accompli sur votre ordre. « C'est à vous que s'adresse le jugement, car vous avez été un piège à Mitspa, et un filet tendu sur le Thabor. »

Le Malbim nous invite à remarquer une nuance de vocabulaire. Le verset emploie successivement trois termes : d'abord « écoutez » (chim'ou) pour les prêtres, puis « prêtez l'oreille » (hakchivou) pour la maison d'Israël, et enfin « soyez attentifs » (ha'azinou) pour la maison du roi. Quelle est la différence entre ces trois expressions ? Le Malbim l'explique en plusieurs endroits : dans l'ordre de la perception, on commence par percevoir un son de loin (hakchava), puis on incline l'oreille pour mieux saisir ce dont il s'agit (ha'azana), et enfin on entend véritablement (chemi'a), ce qui correspond à une concentration et une écoute totales. Bien que cela ne corresponde pas toujours aux nuances du langage courant, telle est la précision du texte biblique. Le terme chemi'a exprime aussi l'intelligence du cœur, une écoute intérieure, bien plus profonde qu'une simple audition superficielle, comme dans l'expression : « Accorde à Ton serviteur un cœur qui écoute ». L'écoute véritable implique l'acceptation et l'assimilation du message. Lorsqu'un verset s'adresse à trois catégories, il emploie le terme d'écoute pleine et entière (chemi'a) pour le sujet principal, car c'est lui qui importe au premier chef. Pour la catégorie intermédiaire, il emploie le terme d'incliner l'oreille (ha'azana). Et pour ce qui est secondaire, il utilise le verbe hakchava, qui signifie écouter de loin. Dès lors, le texte s'éclaire : les principaux corrupteurs, ceux qui amenaient le peuple à mépriser le pèlerinage, étaient les prêtres de l'idolâtrie. Ils étaient les premiers séducteurs ; c'est pourquoi la prophétie leur dit : « Écoutez ceci, prêtres » - la réprimande vous est directement destinée, vous devez donc écouter au plus haut point. Maison d'Israël, vous n'êtes pas au centre de cette responsabilité, mais vous êtes concernés : c'est pourquoi il est dit « prêtez l'oreille de loin » (hakchivou). Quant à la maison royale, elle occupe une position médiane, et c'est à elle que s'adresse le terme ha'azinou (« soyez attentifs »). Pourquoi ? Parce que si les prêtres étaient les meneurs qui séduisaient aussi les dirigeants, la maison du roi mettait en pratique leurs directives en postant des gardes pour bloquer le peuple. D'une part, les rois étaient manipulés par les prêtres, ils ne sont donc pas la cause première ; mais d'autre part, ce sont eux qui empêchaient concrètement le peuple de passer, on ne peut donc les considérer comme négligeables. Ils constituent l'intermédiaire, et c'est pourquoi il est dit : « Maison du roi, soyez attentifs ». En revanche, l'écoute lointaine (hakchava) est réservée au peuple qui, d'un côté, est influencé par les prêtres et, de l'autre, contraint par le pouvoir royal. Il y a peu de reproches directs à lui adresser dans l'immédiat ; on l'interpelle donc de loin, car la rigueur du jugement frappera d'abord les prêtres, puis la cour royale, et enfin la maison d'Israël.

« Et ils ont enfoncé la fosse de l'abattage, mais Moi, Je suis le châtiment de tous. » L'expression « véchaḥata chétim hé'émikou » fait l'objet de plusieurs explications. Rachi explique que le mot « chaḥata » se rattache à l'idée d'étirement ou de prolongement, à l'instar de « l'or étiré » (zahav chaḥout), un or malléable que l'on étirait longuement. « Véchaḥata chétim hé'émikou » signifierait alors qu'ils ont étiré et approfondi leur égarement : leur déviation n'a pas été ponctuelle ou passagère, elle a duré et s'est enracinée. « Chétim » renvoie à l'idée de dévier du droit chemin. Nos Sages enseignent : le Saint, béni soit-Il, a dit : « Moi, J'ai prescrit que celui qui ne monte pas en pèlerinage transgresse un commandement positif, et eux ont décrété que quiconque monte sera mis à mort ; ils ont donc été plus rigoureux que Moi. » En d'autres termes, si Dieu avait puni de mort l'abstention du pèlerinage, et qu'eux avaient décrété la mort pour ceux qui y montaient, ils auraient calqué leur sévérité sur la justice divine. Mais Dieu souligne : « Regardez à quel point ils ont été plus intransigeants que Moi ! Pour celui qui néglige la montée, Je n'ai retenu que l'omission d'un commandement positif, ce qui est la transgression la plus légère dans l'ordre des peines. Quant à eux, ils ont décrété la mort pour quiconque s'obstinait à accomplir la volonté divine. » Ils ont ainsi fait preuve d'une sévérité bien plus profonde que la Mienne. Et Rachi d'ajouter sur les mots « mais Moi, Je suis le châtiment de tous » : puisque telle a été leur conduite, Dieu déclare qu'Il viendra tous les châtier. Le Malbim propose quant à lui une lecture littérale : les gens voyaient les barrages et les gardes qui bloquaient les chemins. Que faisaient-ils alors ? Ils s'écartaient de la grand-route pour passer par la vallée (« émek »), là où il n'y avait pas de surveillance. Mais que se passait-il si un homme était intercepté ? On l'égorgeait. Dès lors, « chaḥata » signifie l'abattage au sens propre : qui égorgeait-on ? Ceux qui « chétim hé'émikou », ceux qui avaient dévié par les profondeurs de la vallée pour contourner les sentinelles. Les principaux responsables de ces massacres étaient les membres de la maison royale, car ce sont eux qui exécutaient les volontés des prêtres et ordonnaient ces assassinats. Quant à l'expression « mais Moi, Je suis le châtiment (moussar) de tous », le Malbim l'explique du point de vue du prophète : « Je savais bien qu'ils n'accepteraient pas la réprimande que je leur adresse. Pourtant, j'ai été investi de la mission d'être l'homme de la réprimande, celui qui se tient à la porte de la ville pour admonester. Je sais que mes reproches ne porteront pas de fruit dans l'immédiat, mais telle est ma tâche et je l'accomplis. » Et où exprime-t-il cette certitude que ses paroles resteront pour l'heure sans effet ? Dans le verset suivant.

« Je connais Éphraïm, et Israël ne m'est point caché ; car maintenant, Éphraïm, tu t'es prostitué, et Israël s'est souillé. » Le Malbim commente : « Je connais Éphraïm, et Israël ne m'est point caché » signifie : Je connais leur tempérament, Je connais leur nature profonde, et Je sais que la réprimande que Je leur adresse ne touchera point leur cœur à cet instant. La raison en est : « car maintenant, Éphraïm, tu t'es prostitué ». Éphraïm symbolise la royauté de Samarie : vous incitez le peuple à se dévoyer derrière les veaux d'or, et c'est par votre fait qu'Israël s'est souillé, corrompu par les idoles d'impureté que vous avez dressées. Le Malbim remarque l'emploi de deux expressions : « Je connais » et « ne m'est point caché ». L'une renforce l'autre. Un homme peut connaître une situation d'ensemble, tout en ignorant certains détails qui lui restent cachés. Mais ici, Dieu affirme qu'absolument rien ne Lui échappe. Le Malbim explique que nous connaissons généralement l'élément central d'une affaire, tandis que la multitude des détails nous est souvent voilée. Dieu dit donc : « Je connais Éphraïm » - Éphraïm représente la royauté, le cœur du pouvoir, Je le connais parfaitement. Mais quant à l'ensemble du peuple d'Israël, pourrait-on croire que la multitude de ses individus M'échappe ? Non, « Israël ne m'est point caché », jusqu'au moindre détail de leurs actes. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, déclare : Je sais que leurs méfaits ne leur permettront pas de revenir vers leur Dieu, car un esprit de débauche est en leur sein et ils n'ont pas connu l'Éternel. Leurs mauvaises actions font obstacle à leur repentir. Le prophète poursuit donc : « Je demeure l'homme de la réprimande, même si je sais qu'elle demeurera vaine pour l'instant, car telle est la mission pour laquelle j'ai été envoyé. »

Rachi explique ce verset à la lumière de l'histoire des rois : jusqu'au règne d'Osée fils d'Éla, les enfants d'Israël rejetaient la responsabilité de leur faute sur leurs monarques. Les rois les empêchaient en effet de monter à Jérusalem pour le pèlerinage au Temple. Lorsqu'on leur reprochait leur abstention, ils répliquaient : « Que pouvons-nous faire ? Les frontières sont fermées, il nous est impossible de monter. » Ils avaient encore une justification apparente. Mais lorsqu'arriva Osée fils d'Éla, il ouvrit les frontières, supprima les garnisons et leva les barrages. Dès lors, le reproche retomba directement sur le peuple : les passages sont libres, pourquoi ne montez-vous pas ? Il y a là un paradoxe : l'avènement d'un roi plus modéré - on ne peut le qualifier de juste, car il ne l'était pas, mais il accorda pour ainsi dire une liberté de culte, laissant chacun libre de monter à Jérusalem ou d'aller vers les veaux de Béthel - aurait pu sembler être un mérite capable d'éloigner le désastre. Or, c'est précisément l'inverse qui se produisit : cette ouverture hâta leur fin. Tant que les garnisons étaient en place, le peuple avait une excuse : on nous interdit de monter. Mais une fois les barrières levées, le peuple ne monta pas davantage. Certes, on pourrait tenter de plaider leur cause en disant qu'ils avaient pris l'habitude de ne plus monter depuis des siècles ; néanmoins, la faute est désormais flagrante. Pourquoi ne montez-vous pas ? Osée fils d'Éla a retiré les gardes ! Si vous ne montez toujours pas, c'est par pure dureté de cœur. C'est donc la levée des barrages qui a constitué le chef d'accusation décisif contre Israël. C'est le sens de : « Car maintenant, Éphraïm, tu t'es prostitué, et Israël s'est souillé » : maintenant que les routes sont ouvertes et que vous pourriez monter, il devient manifeste que vous choisissez délibérément de vous prostituer aux idoles, et non par contrainte.

Le Radak propose une autre interprétation : « Je connais Éphraïm » fait référence à Jéroboam fils de Nebat, qui était issu de la tribu d'Éphraïm. C'est lui qui fabriqua les veaux d'or et instaura toute cette perversion. Bien qu'il s'agisse d'un souverain ancien, le premier roi d'Israël, c'est lui qui ouvrit la brèche ; étant de la tribu d'Éphraïm, le texte dit : « tu t'es prostitué, Éphraïm ». Et que signifie « Israël ne m'est point caché » ? Bien que Jéroboam soit le principal instigateur de ce péché, il tint conseil avec les ministres d'Israël, comme il est écrit : « Le roi prit conseil et fabriqua deux veaux d'or. » La culpabilité des dignitaires qui s'associèrent à lui n'est donc pas cachée non plus aux yeux de Dieu. « Tu t'es prostitué, Éphraïm » vise Jéroboam, et « Israël s'est souillé » désigne ces ministres qui l'ont soutenu, entraînant ainsi tout le peuple dans l'idolâtrie. Remarquons qu'Éphraïm sert souvent à désigner le royaume d'Israël dans son ensemble, par opposition à Juda. Après la mort de Salomon, le royaume s'est scindé sous Roboam et Jéroboam. Roboam régna sur Juda (qui comprenait Juda et Benjamin), tandis que Jéroboam fils de Nebat régna sur les dix tribus. Ces dix tribus furent les premières à partir en exil et ne sont pas encore revenues. Mais pourquoi les nommer Éphraïm, alors qu'Éphraïm n'est qu'une tribu parmi dix ? Le Radak répond que le premier roi, Jéroboam, était issu d'Éphraïm, raison pour laquelle tout le royaume porta ce nom. Ibn Ezra apporte une autre raison : Jacob avait béni Éphraïm et Manassé en disant « qu'en eux revive mon nom » ; Éphraïm ayant été placé au premier rang par Jacob, c'est son nom qui a prévalu pour désigner l'ensemble du royaume. Enfin, Ibn Ezra mentionne une troisième explication qui lui semble la plus exacte : lors de l'installation en terre de Canaan, Juda occupa le sud, tandis que la maison de Joseph (Éphraïm et la demi-tribu de Manassé) s'établit au nord. Les dix tribus se développèrent à partir de ce premier foyer territorial d'Éphraïm, tout comme une contrée entière prend parfois le nom de sa première ville d'implantation. C'est pourquoi le texte oppose couramment Juda et Éphraïm. Le verset poursuit : « Leurs méfaits ne leur permettront pas de revenir vers leur Dieu, car un esprit de débauche est en leur sein et ils n'ont pas connu l'Éternel. » Rachi et le Malbim expliquent que « ne leur permettront pas » signifie qu'ils n'abandonneront pas leur mauvaise voie. Comment le verbe « natan » (donner) peut-il signifier « abandonner » ? Rachi cite l'expression des Sages « natan réiḥo » au sens de perdre ou abandonner sa bonne odeur, ou encore « vélo netano le-hara' 'imadi » (Il ne lui a pas permis de me faire du mal). Le Targum traduit par « yichevok », laisser ou renoncer. Le Malbim formule une règle linguistique : chaque fois que le verbe « natan » est employé sous forme négative suivi d'un infinitif, il prend le sens d'abandonner ou de laisser. Ainsi, leurs méfaits ne leur laisseront aucun répit pour revenir vers leur Dieu ; ils restent obstinément attachés à leur égarement. Dès lors, mes réprimandes demeurent inefficaces pour deux raisons : d'abord, parce qu'un esprit de débauche et d'idolâtrie les habite intérieurement ; ensuite, parce qu'« ils n'ont pas connu l'Éternel » - après plusieurs générations vécues dans l'égarement, ils ont perdu toute mémoire vivante du service divin de leurs pères. Malgré tout, même si la réprimande semble sans effet immédiat, un temps viendra où elle finira par porter ses fruits.

« Et l'orgueil d'Israël témoignera en sa présence ; Israël et Éphraïm trébucheront par leur faute, et Juda aussi trébuchera avec eux. » Le Malbim, suivant le Targum Yonatan, rapproche le verbe « vé'ana » de l'idée d'humiliation et de soumission, comme dans : « Jusqu'à quand refuseras-tu de t'humilier (la'anot) devant Moi ? » Lorsque l'orgueil d'Israël sera brisé devant Dieu, c'est-à-dire lorsqu'ils comprendront que les épreuves subies découlent de leurs méfaits, et qu'Israël et Éphraïm s'effondreront, ils réaliseront que les avertissements du prophète s'accomplissent. Et lorsque Juda chutera avec eux, ils accepteront enfin cette leçon. Nous verrons par la suite qu'à cette époque, Juda se trouvait sous la domination politique des rois d'Israël, d'où l'expression : « Juda aussi trébuchera avec eux ». Dounach ben Labrat, cité par Rachi, donne une autre explication en rattachant « vé'ana » au témoignage, comme dans l'interdiction de porter un faux témoignage : c'est leur propre orgueil qui témoignera contre eux pour appeler le châtiment. Il arrive souvent qu'un homme s'obstine par pure fierté et finisse par s'effondrer : qui l'a puni ? C'est son propre orgueil, son refus de céder, qui lui a causé ce dommage irréparable.

Prenons une illustration concrète : lors de l'élargissement d'une route, une municipalité indemnisait des propriétaires pour acquérir leurs parcelles. Chacun acceptait un montant convenable, disons un million de shekels, mais un homme s'obstina avec arrogance, exigeant quatre millions sans rien vouloir céder, persuadé qu'on ne pouvait se passer de son terrain. Finalement, les ingénieurs décidèrent de contourner sa maison. Aujourd'hui, il ne trouverait même plus d'acheteur pour une fraction de cette somme : une autoroute passe directement sous ses fenêtres. Voilà comment l'orgueil d'un individu devient son propre bourreau : en voulant tout obtenir par vanité, il se retrouve privé de tout. « Et Éphraïm trébuchera par sa faute, et Juda aussi trébuchera avec eux. » Le Malbim souligne la distinction grammaticale entre le verbe « kachal » (à la forme simple) et « yikkachel » (à la forme passive ou réfléchie). La forme simple indique une faiblesse inhérente, tandis que la forme réfléchie suggère une chute provoquée de l'extérieur. Éphraïm était puissant, mais ses fautes le feront trébucher sous le coup du décret divin ; quant à Juda, il portait déjà en lui une faiblesse intrinsèque, étant alors soumis à l'autorité d'Éphraïm, ce qui explique l'emploi du terme « kachal ».

« Avec leurs brebis et leurs bœufs, ils iront chercher l'Éternel, mais ils ne Le trouveront point : Il s'est retiré d'eux. » Rachi explique qu'ils s'avanceront avec de nombreux troupeaux pour offrir des sacrifices et implorer Dieu, mais le Saint, béni soit-Il, ne leur répondra point, car « Il s'est retiré d'eux ». Le terme « ḥalats » évoque l'action de délier ou d'esquiver, comme dans le rite de la déchaussure (ḥalitsa) : Dieu s'est pour ainsi dire dérobé et retiré de leur présence. Ne croyez pas que la porte demeure éternellement ouverte et qu'il suffise d'apporter un sacrifice pour être agréé ; un seuil est franchi où Dieu ne se laisse plus trouver. Le Radak applique ce passage au royaume de Juda, à l'époque du roi Josias, où le peuple revint sincèrement au service du Temple et célébra la Pâque avec une ferveur inégalée depuis l'époque des Juges. Ils vinrent alors en grand nombre avec du bétail pour offrir des sacrifices dans un authentique mouvement de purification. Pourtant, ils ne purent fléchir la sentence divine, car Dieu s'était déjà retiré : le décret de destruction était scellé depuis les abominations de Manassé. Une fois le verdict rendu irrévocable, les actions humaines ne suffisent plus à annuler la catastrophe matérielle : « L'Éternel ne revint point de l'ardeur de Sa grande colère... et Il dit : J'écarterai aussi Juda de Ma face comme J'ai écarté Israël. » Il était tout simplement trop tard. Le Malbim, quant à lui, met ce verset en perspective avec les reproches précédents : après avoir été châtiés pour avoir empêché les pèlerinages par des barrages, puis pour avoir refusé d'y monter une fois les barrières levées, voilà qu'enfin ils se décident à venir avec leurs troupeaux pour chercher l'Éternel à Jérusalem. Mais alors, cela ne sert plus de rien, car Dieu s'est détourné d'eux. Le Malbim approfondit cette idée : le sacrifice n'a jamais été une fin en soi, mais un moyen pour rapprocher l'homme de son Créateur, comme le proclame le prophète Samuel : « L'Éternel trouve-t-Il autant de plaisir dans les holocaustes et les sacrifices que dans l'obéissance à Sa voix ? » Apporter une offrande sans soumettre sa volonté à celle de Dieu est dénué de sens. Le sanctuaire véritable de Dieu ne réside pas dans la seule pierre du Temple, mais au cœur même de l'âme de la nation, dès lors qu'elle se sanctifie et observe les commandements. Mais lorsque Dieu s'est retiré de leur intériorité, parce qu'ils L'ont eux-mêmes chassé de leur cœur, l'offrande extérieure ne peut plus opérer aucune expiation.

« Ils ont trahi l'Éternel, car ils ont engendré des enfants étrangers ; maintenant, un mois dévorera leurs parts. » Lorsque le sens littéral d'un verset est obscur, les commentateurs proposent de multiples voies pour l'éclairer. Le Radak explique « ils ont trahi l'Éternel » au sens propre par l'adhésion aux cultes païens, ce qui constitue une véritable infidélité conjugale envers Dieu. De plus, Dieu avait interdit l'idolâtrie et les mariages mixtes, avertissant que l'étranger détournerait les enfants du droit chemin pour en faire des adeptes du paganisme. En s'unissant à des idolâtres, ils engendrèrent des « enfants étrangers » voués aux faux dieux. Le Targum Yonatan confirme qu'ils trahirent la parole divine en ayant des enfants de femmes païennes. Une autre lecture du Radak considère l'expression comme une métaphore : ils imitèrent les coutumes des nations étrangères, comme s'ils avaient engendré une descendance étrangère aux valeurs d'Israël. Mais que signifie la fin du verset : « maintenant, un mois dévorera leurs parts » ? Le Radak suggère d'abord qu'il s'agit d'une référence aux mois néfastes de Tammouz, où la brèche fut ouverte dans les remparts, et d'Av, où le Temple fut détruit : ce mois fatal consumera leur existence et leurs domaines (« leurs parts », c'est-à-dire leurs champs, leurs vignes et leurs maisons). Selon une seconde explication, « un mois » exprime la rapidité fulgurante du désastre : la dévastation s'accomplira en un court instant, en l'espace d'un seul mois, comme dans le verset de Zacharie : « J'ai anéanti les trois pasteurs en un seul mois ». Selon le Targum Yonatan, l'expression « un mois » a le sens de régularité constante : mois après mois, les peuples ennemis viendront dévorer méthodiquement leurs biens. Enfin, le Malbim voit dans ce passage l'annonce de la chute de la dynastie de Jéhu, prédite au premier chapitre d'Osée. Zacharie, fils de Jéroboam II, ne régna que six mois avant d'être assassiné publiquement par Challoum fils de Yabech. Ce dernier ne conserva le trône de Samarie que durant un mois avant d'être renversé à son tour. Zacharie s'était conduit comme un « étranger » aux voies divines ; c'est pourquoi Challoum, dont le règne ne dura qu'un mois, mit un terme définitif à la maison de Jéhu et anéantit tout son héritage.