« Il alla prendre Gomer, fille de Divlaïm ; elle conçut et lui enfanta un fils. » Il va et prend pour femme Gomer, fille de Divlaïm. Expliquons selon le sens de nos Sages : cela signifie qu'il est allé épouser cette femme. Le Radak explique qu'il s'agissait d'une prostituée bien connue à cette époque, c'est-à-dire une femme célèbre pour son inconduite. « Elle conçut et lui enfanta un fils. » Nos Sages demandent, avant même d'aborder la naissance du fils : qui est cette Gomer, fille de Divlaïm ? Ils expliquent qu'elle fut appelée Gomer parce que tous assouvissaient (gomerim) leurs désirs avec elle et la foulaient comme une figue sèche (dévela). Pourquoi appelée Gomer ? Du fait que tous « achevaient » (gomerim), comme l'explique Rachi, c'est-à-dire que tous assouvissaient leur union et leur convoitise avec cette femme. « Fille de Divlaïm » : nos Sages disent qu'on la foulait comme une dévela (une masse de figues séchées). Tel est le sens de « fille de Divlaïm ».
Le Malbim explique ce que cela vient suggérer. La figue, comme on le sait, s'avarie dès qu'elle parvient à maturité. Dès qu'une figue est mûre, si on ne la consomme pas dans un jour ou deux, elle se transforme en jus, ce n'est plus une figue, elle pourrit, se gâte, s'écrase et devient repoussante. Et lorsqu'on veut véritablement conserver les figues, on en fait des figues séchées (dévela). La dévela consiste essentiellement à sécher la figue, ce qui permet de la préserver. Le Malbim fait remarquer que ce n'est pas sans raison que l'exemple de la figue, des dévelim, est donné ici, car les enfants d'Israël sont comparés à des figues, comme il est écrit dans Jérémie (24) : « Hachem me fit voir deux corbeilles de figues ». Ainsi, lorsqu'il veut donner une parabole du peuple d'Israël, Il prend l'exemple des figues.
Il vient leur dire : vos ancêtres ressemblaient à une figue séchée, une dévela flétrie au soleil, et qui de ce fait ne s'avarie pas. En revanche, comme Gomer, une figue parvenue à maturité (she-nigmera) mais non séchée et qui pourrit, voilà ce que vous êtes. Vous êtes donc « Gomer, fille de Divlaïm » : une figue achevée, mais pas encore séchée. Vos ancêtres sont des dévelim, des figues séchées. Une figue séchée se conserve, elle ne se gâte pas. Tandis que Gomer est une figue mûre non séchée, qui finit par pourrir. Il s'ensuit que votre déchéance est bien plus grande que celle de vos ancêtres.
« Elle conçut et lui enfanta un fils. » Il souligne : remarquez bien qu'il est écrit « elle lui enfanta un fils ». Cela signifie que le premier fils lui appartenait encore en propre ; il était né de lui. C'est pourquoi il ne lui donne pas un nom exprimant le rejet ou la haine, note le Malbim, mais son nom est Yizre'ël. Que vient montrer le nom de Yizre'ël ? Le Malbim explique que cela exprime le décret divin qui s'accomplira envers eux sous une autre forme. Comment ? « Et Je la sèmerai pour Moi dans le pays » (Oshéa 2), afin qu'elle soit appelée du nom de Yizre'ël. Que signifie Yizre'ël ? C'est de la racine de zeri'ah, les semailles. L'exil sera comparable à un homme qui sème un grain de blé dans les profondeurs de la terre. Au début, il a l'impression que le grain s'est décomposé, qu'il a pourri et que rien n'en sortira. Mais ensuite, à l'étape suivante, on voit éclore, grandir et fleurir une nouvelle pousse.
De même, dit Hachem, il y eut d'abord ici Yizre'ël : Je les ai semés dans l'exil. Je les ai dispersés, Je les ai semés dans les nations. Et le but est que, de ces exilés semés dans les terres de leur captivité, éclose un peuple nombreux comme le sable de la mer qu'on ne peut nombrer, avec les prosélytes qui s'adjoindront à eux. Comme nos Sages l'enseignent, Israël n'a été dispersé en exil que pour recueillir les étincelles de sainteté et pour que des nations s'agrègent à eux. Il y a donc ici un processus de semailles, car lorsqu'on sème une chose, beaucoup d'autres en germent. Que ce soit sous l'angle où ils reviendront justes, ou sous l'angle où ils rassembleront avec eux d'autres peuples, ces âmes issues de la racine de l'âme d'Israël qui se tenaient au mont Sinaï et qui se rapprocheront d'eux : une réalité nouvelle doit donc éclore.
Et le « jour de Yizre'ël » mentionné plus loin désigne le jour où se révélera cette semence, ce que Dieu a semé dans la terre, et où Il portera Ses gerbes. Le Malbim explique que ce sera un jour très grand, le jour de Yizre'ël, par les miracles et les prodiges que le Saint, béni soit-Il, accomplira ce jour-là aux yeux des nations. Il en ressort que ce premier fils qui est né conserve encore un lien, pour ainsi dire, avec le Créateur ; son nom n'exprime pas la réprobation, et il s'agit d'un fils dont on espère qu'il sera semé et donnera encore du fruit.
Le Radak explique : « Elle conçut et lui enfanta un fils. » Remarquez que le premier nouveau-né est un fils mâle. Cela fait allusion à Yarov'am fils de Yoash, dont la royauté fut puissante, de même qu'un fils mâle est plus fort que la femelle. Il a régné quarante-et-un ans ; il est écrit à son sujet qu'il rétablit la frontière d'Israël depuis l'entrée de Hamat jusqu'à la mer de la Arava. On voit donc une certaine force, une puissance dans son règne. C'est pourquoi le texte parle d'abord d'un fils qui est né, ce qui fait allusion, selon le Radak, à Yarov'am fils de Yoash, vigoureux comme un homme fort dans sa royauté.
Selon le Targoum Yonatan, nous comprenons que l'ordre « Prends-toi une femme adultère » signifie : prends des paroles de prophétie et de réprimande à adresser à ce peuple comparable à une femme adultère. Quelle est cette prophétie ? Quel message devait y être délivré ? Le Targoum Yonatan traduit : va et prophétise sur eux que s'ils se repentent, Il leur pardonnera. Et sinon, s'ils ne font pas téchouva, ils tomberont comme tombent les feuilles des figuiers. Mais cela n'a rien changé : ils continuèrent à commettre de mauvaises actions.
Rachi explique que le Targoum Yonatan fait ressortir dans les mots « Gomer, fille de Divlaïm » le sens suivant : si vous faites téchouva, « Gomer » signifie que leurs épreuves prendront fin (gamra pour'anoutam), vous n'aurez plus de malheur. Et si vous ne revenez pas, « fille de Divlaïm », vous serez comme le figuier dont les feuilles et les figues avortées tombent au sol. Il y a donc ici une prophétie et un avertissement pour le peuple, deux voies ouvertes : s'ils reviennent à Dieu, leur sort s'améliorera, et sinon, à Dieu ne plaise, il empirera. La fin du verset donne le résultat : « elle conçut et lui enfanta un fils ». Venez constater que cela n'a pas suffi : ils ont persisté dans leur mauvaise voie et continuent d'engendrer des fils, c'est-à-dire qu'ils poursuivent dans la voie de l'impureté et de l'idolâtrie. Ils ajoutèrent de mauvaises actions et ne se repentirent pas à la suite de la réprimande du prophète.
« Hachem lui dit : Nomme-le Yizre'ël, car encore un peu et Je demanderai compte du sang de Yizre'ël à la maison de Yéhou, et Je mettrai fin à la royauté de la maison d'Israël. » Le Saint, béni soit-Il, dit au prophète, au sujet de cet enfant qui vient de naître : donne-lui le nom de Yizre'ël. Que signifie Yizre'ël ? Rachi explique, selon le Targoum : « Appelle leur nom les dispersés » (mevadraya). Le Saint, béni soit-Il, lui dit : Je m'apprête à les disperser. C'est le sens de « Nomme-le Yizre'ël », qui vient suggérer que le peuple d'Israël sera éparpillé parmi les nations, ce qui annonce l'exil.
Le Malbim, quant à lui, explique : « Nomme-le Yizre'ël, car encore un peu et Je demanderai compte du sang de Yizre'ël à la maison de Yéhou. » Que signifie demander compte du sang de Yizre'ël à la maison de Yéhou ? Le Malbim explique qu'il s'agit du châtiment et de la vengeance exercés dans le champ de Yizre'ël. Contre qui Dieu s'était-Il vengé là-bas ? Contre Ahav, pour avoir spolié la vigne de Navot. Le Saint, béni soit-Il, déclare : ce châtiment que J'ai infligé à Ahav, qui était un grand impie adonné à l'idolâtrie, est appelé « le sang de Yizre'ël ». Et ce même châtiment, Je vais le réclamer à la maison de Yéhou. La maison de Yéhou recevra la punition qu'a reçue Ahav. Pourquoi ? « Et Je mettrai fin à la royauté de la maison d'Israël. » La maison de Yéhou constituait une dynastie stable, qui dura quatre générations, et il est écrit à son sujet qu'il rétablit la frontière d'Israël. Mais le Saint, béni soit-Il, dit : Je vais anéantir ce royaume, et nous verrons bientôt de quelle manière.
La raison en était que Yéhou était parti poursuivre Ahav parce que celui-ci vénérait les idoles. Il avait accompli la mission du Saint, béni soit-Il, qui avait ordonné d'oindre pour roi Yéhou fils de Nimchi, afin qu'il tire vengeance d'Ahav pour le sang de Navot le Yizre'élite, et le punisse d'avoir assassiné Navot, spolié sa vigne et servi les idoles. Ce châtiment était pleinement mérité pour Ahav. Qui était allé se venger de lui ? Yéhou fils de Nimchi. Or, toi, Yéhou fils de Nimchi, tu te venges d'Ahav parce qu'il s'adonnait à l'idolâtrie et commettait des injustices, et ensuite tu réitères exactement les mêmes fautes ? Le Saint, béni soit-Il, dit donc : « Je demanderai compte du sang de Yizre'ël », ce même sang de Yizre'ël pour lequel Ahav a été puni, un tel châtiment frappera aussi Yéhou, et la royauté cessera par la mise à mort de Zekharia, fils de Yarov'am.
Il est écrit dans le deuxième livre des Rois (chapitre 15) : « La trente-huitième année d'Azariahou, roi de Juda, Zekhariahou fils de Yarov'am régna sur Israël à Samarie pendant six mois. Il fit ce qui est mal aux yeux de Hachem, comme avaient fait ses pères ; il ne s'écarta pas des péchés de Yarov'am fils de Nevat, qui avait fait pécher Israël. Chalom fils de Yavesh conspira contre lui, le frappa devant le peuple, le mit à mort et régna à sa place. » On constate que Zekharia fut tué par Chalom fils de Yavesh. « Le reste des actes de Zekharia est consigné dans le livre des Chroniques des rois d'Israël. C'est la parole que Hachem avait adressée à Yéhou en disant : Des fils de la quatrième génération siégeront pour toi sur le trône d'Israël ; et il en fut ainsi. » Quatre générations régnèrent, puis le Saint, béni soit-Il, dit : Je réclamerai le sang d'Ahav sur la tête de Yéhou, car toi, Yéhou, tu es allé tuer Ahav l'idolâtre, et tu te livres toi-même à l'idolâtrie. Il subit donc le même sort, non pas lui-même directement, mais à travers ses descendants.
« Et il arrivera en ce jour-là que Je briserai l'arc d'Israël dans la vallée de Yizre'ël. » En ce jour-là, au jour du règlement de comptes, Je briserai l'arc d'Israël dans la vallée de Yizre'ël. On peut expliquer, dit le Malbim, qu'il s'agit de l'ensemble de la royauté de Yéhou. En effet, Yéhou s'était emparé du trône par l'arc : il prit le pouvoir grâce à l'arc avec lequel il triompha dans la vallée de Yizre'ël. Le texte rapporte qu'Élisée envoya l'un des disciples des prophètes oindre Yéhou fils de Nimchi comme roi afin de punir Ahav, comme nous l'avons rappelé. Yéhou tua Yehoram fils d'Ahav, ainsi qu'Ahaziahou roi de Juda, et Jézabel fut elle aussi précipitée du haut de l'étage pour ses forfaits. Comment Yéhou tua-t-il Yehoram fils d'Ahav ? Il est écrit : « Yéhou emplit sa main de l'arc et frappa Yehoram ». Emplir sa main signifie tendre l'arc en ouvrant largement les bras pour tirer au loin. La royauté fut donc conquise par Yéhou grâce à la force de l'arc. C'est pourquoi le verset dit : « Je briserai l'arc d'Israël », cet arc de Yéhou qui lui permit de saisir le pouvoir en tuant Yehoram ; cet arc, Je vais le briser, ce qui signifie que son royaume lui sera finalement retiré.
Le Malbim propose une autre explication pour « Je briserai l'arc d'Israël » : il s'agit de l'arc qu'Élisée remit à Yoash, fils de Yehoahaz, fils de Yéhou. Il est raconté que lorsque celui-ci se présenta devant lui, le prophète lui donna un arc et lui dit de tirer des flèches, en ajoutant : cette flèche que tu tires est une flèche de salut par Hachem contre Aram. Puis il lui ordonna de frapper le sol avec les flèches, et lui reprocha ensuite de ne pas avoir frappé davantage, ce qui aurait rendu sa victoire complète. Quoi qu'il en soit, le symbole de la victoire fut un arc. C'est à cela, suggère le Malbim, que fait allusion l'expression : « Je briserai l'arc d'Israël », cet arc par lequel Élisée avait concrétisé la victoire sera brisé par le jugement rendu dans la vallée de Yizre'ël, lieu désigné pour juger les idolâtres, tout comme cela s'était produit pour Ahav.
« Elle conçut encore et enfanta une fille. Et Il lui dit : Nomme-la Lo-Rouhama, car Je ne continuerai plus à faire miséricorde à la maison d'Israël, mais Je les emporterai entièrement. » Après que la femme du prophète, cette Gomer fille de Divlaïm, eut enfanté un fils, elle conçoit de nouveau et enfante une fille. Le fils représentait Yarov'am fils de Yoash, comme l'explique le Radak. Ensuite, elle enfante une fille, parabole de son fils Zekharia et de Chalom fils de Yavesh qui régna après lui. Pourquoi sont-ils comparés à une fille ? Le Radak répond : parce qu'ils étaient faibles comme une femme. Leur règne fut éphémère et dénué de puissance : Zekharia régna six mois avant d'être assassiné, et Chalom fils de Yavesh régna un mois avant d'être tué à son tour. Il s'ensuit donc une royauté brève et chancelante : « elle conçut encore et enfanta une fille ». Cette royauté est comparée à une fille. Et Dieu lui dit : « Nomme-la Lo-Rouhama, car Je ne continuerai plus à faire miséricorde (lo ossif od arahem) à la maison d'Israël. » Puis vient la formule : « ki nasso essa lahem ». Ici, le verset semble obscur. Tu dis : « Je ne continuerai plus à faire miséricorde à la maison d'Israël », et tu poursuis par « ki nasso essa lahem » ? « Nasso essa lahem » semble signifier « Je leur pardonnerai, Je leur serai favorable », ce qui impliquerait la clémence, alors que le début dit « Je ne ferai plus miséricorde ». C'est pourquoi les commentateurs ont cherché comment éclairer ce passage.
Commençons par l'explication du Radak. Le Radak explique « nasso essa lahem » dans le sens de faire lever l'ennemi contre eux. Non pas les élever ou leur accorder grâce, non : « Je ne continuerai plus à faire miséricorde à la maison d'Israël, car Je ferai venir et lever l'ennemi d'un pays lointain, pour qu'il vienne, les exile et dévaste leur pays. » « Nasso essa lahem » a le sens de « Je les emporterai » : l'ennemi les prendra et les emmènera en exil. De même qu'on trouve dans le texte biblique la formulation « ils tuèrent à Avner » au sens de « ils tuèrent Avner », ici « essa lahem » signifie : Je les transporterai vers le pays de leurs ennemis ; l'ennemi viendra, les enlèvera et les exilera.
Le Malbim explique que les mots « elle conçut encore et enfanta une fille » désignent les rois qui apparurent après l'anéantissement de la maison de Yéhou. Ces souverains étaient faibles, selon la même ligne que celle tracée par le Radak, d'où l'expression « enfanta une fille ». Remarquez bien, précise le Malbim, qu'il n'est pas écrit cette fois « elle lui enfanta une fille ». En effet, à ce stade, la femme du prophète, Gomer fille de Divlaïm, avait déjà commencé à se prostituer, et le prophète doutait que cette fille fût de lui. C'est pourquoi le verset ne dit pas « elle lui enfanta », mais simplement « elle enfanta une fille ». Elle a mis au monde une fille, mais il n'est pas certain qu'elle soit de lui ; elle provient peut-être d'autres hommes. Le sens profond est que, durant ces générations, les justes se sont encore raréfiés et tous se sont prostitués à l'idolâtrie. Dieu dit en substance : de même qu'une fille t'est née sans que tu saches à qui elle appartient, ainsi est née une génération qui se prostitue aux idoles, si bien qu'il n'est plus évident qu'ils M'appartiennent, ils ne sont plus attachés à Moi. C'est pourquoi Il lui ordonne : « Nomme-la Lo-Rouhama ». Ce nom vient signifier : Je ne continuerai plus à faire miséricorde à la maison d'Israël en leur pardonnant et en effaçant leurs fautes. Voyez comment le Malbim résout la difficulté : le texte ne dit pas « Je ne ferai plus miséricorde parce que Je leur pardonnerai », mais « Je ne ferai plus miséricorde comme auparavant, en supportant leurs fautes et en leur pardonnant ; Je ne ferai plus ainsi ».
Quel est le sens de cette idée ? Il fait référence à une génération antérieure où Dieu avait effectivement supporté leurs fautes. Le Malbim explique qu'à l'époque de Yarov'am fils de Yoash, le Saint, béni soit-Il, avait eu pitié d'eux, avait supporté leur iniquité et leur avait accordé le salut, comme il est écrit dans Rois II (14) : « Car Hachem vit l'affliction d'Israël... et Hachem n'avait pas dit qu'Il effacerait le nom d'Israël, et Il les sauva par la main de Yarov'am fils de Yoash ». À cette époque, J'ai supporté leurs égarements et compati au-delà de la stricte justice. Désormais, Je ne continuerai plus à faire miséricorde à la maison d'Israël comme Je l'avais fait alors ; Je les exilerai parmi les nations. D'ailleurs, le Radak, dans sa seconde explication, rejoint cette analyse du Malbim. Le Malbim ajoute que, par le nom de Lo-Rouhama, le prophète manifeste déjà une certaine répugnance envers cette fille et envers sa femme. Dès lors que l'origine de l'enfant est incertaine, le grief pèse également sur la femme : avec qui a-t-elle été pour engendrer une telle fille ? En l'appelant Lo-Rouhama, il montre ce ressentiment envers l'enfant et envers sa mère. Mais remarquez qu'il ne l'appelle pas encore Lo-Ammi. Lo-Ammi signifierait la rupture totale du lien : c'est fini, ils ne sont plus Mon peuple. Ici, même si le Saint, béni soit-Il, ne fait plus miséricorde aux dix tribus (Lo-Rouhama), nous restons encore Son peuple : Juda et Benjamin sont encore attachés au Créateur, ils ne sont pas encore partis en exil. On ne peut donc pas encore dire Lo-Ammi. Mais à ce stade, c'est Lo-Rouhama : les dix tribus ne sont plus là, et l'on voit que Dieu n'agit plus envers elles avec compassion.
Le Malbim rapporte d'autres explications sur les termes « ki nasso essa lahem » afin de résoudre cette apparente contradiction. Le Targoum Yonatan explique que le verset envisage une alternative : « Je ne continuerai plus à faire miséricorde à la maison d'Israël, mais s'ils reviennent, Je leur pardonnerai. » « Ki nasso essa lahem » évoquerait cette autre issue : s'ils font téchouva, Je leur ferai grâce. Rachi explique pour sa part : « essa lahem » signifie que Je leur distribuerai la part de leur coupe, comme dans l'expression « il fit porter des portions (massaot) de devant lui ». La coupe de la colère divine, contenant un breuvage funeste et destructeur, leur sera attribuée : Je ne leur ferai plus miséricorde, car Je leur ferai boire cette coupe de tourments et de décrets qui doivent s'abattre sur eux. Le Radak, comme nous l'avons vu, traduit par le fait de susciter contre eux l'ennemi qui les exilera. L'Abarbanel y voit l'expression d'un serment : J'ai juré de les exiler, car « nasso essa » rappelle « ki essa el chamaïm yadi », Je lève Ma main vers le ciel en jurant. L'expression prendrait donc la forme d'un serment irrévocable.
« Mais Je ferai miséricorde à la maison de Juda ; Je les sauverai par Hachem leur Dieu, et Je ne les sauverai ni par l'arc, ni par l'épée, ni par la guerre, ni par les chevaux, ni par les cavaliers. » « Je ferai miséricorde à la maison de Juda et Je les sauverai par Hachem » : il s'agit ici de Hizkiyahou (Ézéchias). Hizkiyahou et son peuple furent sauvés par l'intervention divine directe, arrachés à Sanhériv par un miracle éclatant. L'armée de Sanhériv vint assiéger Jérusalem, et le Saint, béni soit-Il, dépêcha un ange qui frappa cent quatre-vingt-cinq mille chefs d'armée, leur faisant entendre le chant des créatures célestes (Hayot) jusqu'à ce que leur âme s'échappe de leur corps. Ce fut un miracle prodigieux pour Hizkiyahou. C'est à ce miracle que fait référence le verset : « Je ferai miséricorde à la maison de Juda et Je les sauverai par Hachem leur Dieu ». Et notez bien : Il précise que cela se fera par voie miraculeuse, « et Je ne les sauverai ni par l'arc, ni par l'épée, ni par la guerre ». Hizkiyahou et son peuple n'eurent pas même à combattre : le roi dormait sur son lit tandis que Dieu livrait bataille pour lui. Il ne les a sauvés ni par l'arc, ni par l'épée, ni par la guerre, ni par les chevaux ni par les cavaliers. Et sous cet aspect, ils demeurent « Mon peuple ». C'est pourquoi, observe le Malbim, l'enfant s'appelle à ce stade Lo-Rouhama mais pas encore Lo-Ammi, car Dieu opère encore le salut en faveur de Son peuple, pour Juda et Benjamin.
« Elle sevra Lo-Rouhama, conçut et enfanta un fils. » Le Radak fait remarquer la mention « elle sevra ». Ce détail n'apparaissait pas pour le premier fils ni pour la fille. Lorsque Lo-Rouhama est née, le texte n'a pas dit que le premier fils avait été sevré au préalable. Or ici, il est précisé : « elle sevra Lo-Rouhama », puis elle conçut et enfanta un fils, qui sera nommé Lo-Ammi. Que vient exprimer ce sevrage ? Il s'agit d'une parabole porteuse de sens. Le Radak explique que la période de faiblesse sous les règnes de Zekharia et de Chalom fut prolongée. De même sous Menahem fils de Gadi, qui régna dix ans et vit l'arrivée de Poul, roi d'Assyrie ; puis sous Pekahia son fils, qui régna deux ans ; jusqu'à l'avènement de Pékah fils de Remaliahou, le seul à régner longtemps (vingt ans). Pékah prit l'ascendant sur le royaume de Juda, tua cent vingt mille hommes en un seul jour en Juda et assiégea Jérusalem avec Retsin, roi d'Aram. Selon le Radak, le verset vise donc Pékah fils de Remaliahou, qui régna vingt ans. Puisque les temps de faiblesse durèrent longtemps, le texte dit « elle la sevra » : elle n'enfanta pas immédiatement le fils suivant, la période d'affaiblissement se prolongea avant que naisse ce nouvel enfant. Et celui-ci est un fils mâle, symbole de puissance, car Pékah fils de Remaliahou consolida sa royauté tant par la durée de son règne que par ses exploits guerriers, écrasant Juda, tuant cent vingt mille hommes en une seule journée et assiégeant Jérusalem. Toute cette force se traduit par la naissance d'un fils.
À propos de ce fils, Dieu ordonne : « Nomme-le Lo-Ammi ». Pourquoi Lo-Ammi ? Le Radak explique : parce qu'il est dit de lui qu'il fit le mal aux yeux de Hachem et ne s'écarta d'aucun des péchés de Yarov'am fils de Nevat. Il est donc « Lo-Ammi », il n'est absolument plus Mon peuple, ce fils né qui correspond à Pékah fils de Remaliahou. Le Malbim, quant à lui, propose une autre approche pour expliquer « elle sevra Lo-Rouhama ». Il remarque lui aussi ce terme : elle n'a pas enfanté le troisième enfant pendant qu'elle allaitait encore, comme pour le deuxième, mais seulement après avoir sevré Lo-Rouhama. Car le troisième enfant s'appelle Lo-Ammi, ce qui désigne la destruction de Juda et l'exil. Or cet exil ne survint pas immédiatement. Pour le Radak, ce délai renvoie à Pékah fils de Remaliahou ; pour le Malbim, Lo-Ammi désigne l'exil total qui touchera le royaume de Juda. Dans la perspective du Malbim, tout s'enchaîne logiquement : au début, il s'agissait de Lo-Rouhama, car les dix tribus étaient parties en exil, mais on ne pouvait pas encore dire Lo-Ammi, car Juda et Benjamin étaient encore fidèles et en place. Plus tard, lorsque Juda partira lui aussi en exil et que tout Israël sera dispersé parmi les nations sans qu'il ne reste personne sur la terre, Dieu dira : voici l'étape du troisième fils, appelé Lo-Ammi, « vous n'êtes plus Mon peuple ». Et ce royaume de Juda est qualifié de fils mâle, et non de fille, parce que la royauté de Juda fut vigoureuse aux jours de Hizkiyahou et de Yoshiyahou (Josias) ; elle est donc caractérisée par un fils, symbole d'énergie et de fermeté. Ainsi, selon le Radak, le passage concerne Pékah fils de Remaliahou, tandis que selon le Malbim, il s'agit de la royauté de Juda sous Hizkiyahou et Yoshiyahou.
« Il dit : Nomme-le Lo-Ammi, car vous n'êtes pas Mon peuple et Je ne serai pas pour vous. » « Nomme-le Lo-Ammi car vous n'êtes pas Mon peuple » : le Metsoudat David explique que vous ne tremblez pas devant Mes paroles pour les accomplir, à la manière d'un peuple qui révère les décrets de son roi. Un vrai peuple se soumet avec crainte à la parole royale. Vous n'accomplissez pas Mes commandements comme il se doit, vous ne vous souciez pas de Mes paroles, c'est pourquoi vous êtes appelés « Lo-Ammi ». Et Moi non plus, Je ne serai plus pour vous un Dieu pour vous délivrer et vous sauver. Le Malbim explique : Dieu lui demande de lui donner un nom qui marque qu'il n'est plus du tout Son fils. Si pour Rouhama il subsistait un doute et qu'Il l'avait simplement appelée Lo-Rouhama sans trancher formellement qu'elle n'était pas Sa fille, ici, pour le troisième enfant, la femme du prophète s'est égarée de façon si manifeste qu'il peut affirmer avec certitude : « Lo-Ammi », ce n'est pas le mien. C'est l'opposé de ce qu'on trouve chez Loth, dont la fille appela son enfant Ben-Ammi, « le fils de mon peuple », pour signifier qu'il venait de son propre père. Dire Lo-Ammi revient à dire : ce n'est pas de moi, cet enfant est le fruit de la débauche de la femme. Le lien que le prophète entretenait avec son épouse est désormais rompu, note le Malbim, après qu'elle a enfanté dans la dépravation. Et pourquoi n'êtes-vous plus Mon peuple ? Parce que Je ne serai plus pour vous un Père, un protecteur ni un époux. C'est de là que nos Sages ont déduit que le Saint, béni soit-Il, lui dit : répudie ta femme, renvoie Gomer fille de Divlaïm. Où ce renvoi est-il suggéré dans les versets ? Le Malbim répond : précisément dans ce verset, « Nomme-le Lo-Ammi car vous n'êtes pas Mon peuple et Je ne serai pas pour vous ». Le Saint, béni soit-Il, lui signifie de renvoyer la femme qu'il avait prise, pour lui faire comprendre par cette parabole : comment peux-tu Me demander de répudier Mon peuple ? Vous aussi, vous êtes devenus Lo-Ammi, et tu Me demandes de chasser Mon peuple alors que toi-même, tu es incapable de répudier une femme qui s'est fourvoyée et dont les enfants ne sont même pas assurés d'être les tiens ! Voudrais-tu donc que Je rejette l'assemblée d'Israël ? Tel était le sens profond que le Saint, béni soit-Il, transmit à Oshéa à travers l'allégorie de son mariage avec Gomer, fille de Divlaïm.