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Chapitre 1 - L'ordre d'épouser une femme infidèle - 1ère partie

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Introduction : Le livre de Hoshéa et les Douze Prophètes (Tré Assar)

Nous abordons ici le livre des Douze Prophètes (Tré Assar), qui s'ouvre par le livre de Hoshéa. Le Radak commence ainsi son commentaire : « David, fils de Yossef, fils de Kimhi l'Espagnol, dit : Ce livre est composé de douze prophètes. Nos Sages, de mémoire bénie, ont enseigné qu'ils furent réunis ensemble de peur que l'un d'entre eux ne vienne à se perdre en raison de sa brièveté, s'il était resté un rouleau séparé ». En d'autres termes : pourquoi a-t-on rassemblé douze prophètes en un seul livre nommé « Tré Assar » ? Parce qu'il s'agit d'écrits courts, et pour certains extrêmement brefs ; on les a donc réunis sous une même reliure afin qu'ils ne se perdent pas. Nous en tirons un principe fondamental : cette compilation relève d'une nécessité technique. Il ne faut pas en déduire un lien thématique interne entre deux prophètes du simple fait qu'ils figurent dans le même recueil ; seule la crainte qu'ils ne disparaissent a motivé leur réunion.

Le livre de Hoshéa a été consigné par les Hommes de la Grande Assemblée (Anshé Knesset HaGuedola) : 'Hagaï, Zacharie, Malachie, Zorobabel, Mordékhaï et leurs pairs. Ce sont eux qui mirent par écrit Ézéchiel, les Douze Prophètes, Daniel et la Méguila d'Esther. Et puisque Hoshéa fait partie du Tré Assar, il a donc été consigné par les Hommes de la Grande Assemblée.

Verset 1 : L'époque de la prophétie et les rois du temps
דְּבַר־יְהֹוָה אֲשֶׁר הָיָה אֶל־הוֹשֵׁעַ בֶּן־בְּאֵרִי, בִּימֵי עֻזִּיָּה יוֹתָם אָחָז יְחִזְקִיָּה מַלְכֵי יְהוּדָה, וּבִימֵי יָרׇבְעָם בֶּן־יוֹאָשׁ מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל. - La parole de l'Éternel qui fut adressée à Hoshéa, fils de Beéri, aux jours d'Ouzziya, de Yotam, d'A'haz et de 'Hizkiya, rois de Juda, et aux jours de Yarov'am, fils de Yoash, roi d'Israël.

Le prophète précise d'abord l'époque. Il mentionne quatre rois de Juda, auxquels s'ajoute un roi d'Israël : Yarov'am, fils de Yoash (à ne pas confondre avec Yarov'am ben Nevat). Nos Sages demandent : pour quel mérite Yarov'am ben Yoash a-t-il été mentionné aux côtés des rois de Juda ? En effet, les rois d'Israël étaient systématiquement impies, alors que parmi les rois de Juda comptaient de nombreux tsaddikim. Ils répondent : c'est parce qu'il a refusé d'écouter et d'accepter le lachon hara.

Ce fait est explicité dans le livre d'Amos, au chapitre 7 : « Amatzia, prêtre de Béthel, fit dire à Yarov'am, roi d'Israël : Amos conspire contre toi au milieu de la maison d'Israël ; le pays ne peut supporter toutes ses paroles. Car ainsi a dit Amos : Yarov'am mourra par l'épée, et Israël sera exilé loin de sa terre ». Amatzia s'adressa ensuite à Amos lui-même : « Toi, le voyant, va-t'en, fuis vers le pays de Juda, c'est là-bas que tu mangeras du pain et là-bas que tu prophétiseras ! Mais à Béthel, ne continue plus de prophétiser, car c'est un sanctuaire royal et la résidence du royaume ». En somme : fuis en terre de Juda, tu y gagneras ton pain et y prophétiseras, mais ne parais plus à Béthel, lieu du trône. Amos lui répliqua : « Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète ; je suis bouvier et je cultive des sycomores. Mais l'Éternel m'a pris de derrière le bétail et Il m'a dit : Va, prophétise à Mon peuple d'Israël ». Nous étudierons tout cet épisode en détail lorsque nous aborderons le livre d'Amos.

Quoi qu'il en soit, lorsqu'Amatzia dénonça Amos auprès de Yarov'am en affirmant : « Amos conspire contre toi », Yarov'am répliqua par deux arguments : premièrement, à D.ieu ne plaise, ce tsaddik n'a jamais pu tenir de tels propos - refusant ainsi d'accueillir la calomnie. Deuxièmement, même s'il l'avait dit, que pourrais-je lui faire ? C'est la Présence divine qui le lui a ordonné, autrement dit, il ne fait que transmettre la parole de l'Éternel. Il y avait donc là un mérite exceptionnel chez Yarov'am ben Yoash : bien qu'il fût un roi impie, c'est pour n'avoir pas accepté le lachon hara qu'il est mentionné ici aux côtés des rois de Juda.

Les principes du Radak sur la généalogie des prophètes

Le Radak enseigne, au nom de nos Maîtres : tout prophète dont le nom et le nom du père sont précisés dans le texte prophétique est assurément un prophète fils de prophète. La mention conjointe de son nom et de celui de son père indique que son père l'était également, comme Mikayehou ben Yimla, dont aucune prophétie n'a été consignée par écrit, mais dont nous savons qu'il était prophète. Il y eut en effet un million deux cent mille prophètes en Israël, parmi lesquels seuls quarante-huit prophètes et sept prophétesses virent leurs messages consignés par écrit car nécessaires pour les générations futures. Ainsi, il arrive fréquemment que le père ne soit connu par aucune prophétie transmise, car ses paroles ne concernaient pas les générations à venir.

La règle se poursuit ainsi : lorsque seul le nom du prophète est mentionné, sans celui de son père, il s'agit d'un prophète qui n'était pas fils de prophète. Si son nom et sa ville d'origine sont mentionnés, il est évident qu'il est issu de cette ville. Mais le point essentiel est le suivant : si son nom est cité sans mention de sa ville, c'est qu'il était originaire de Jérusalem. Dès lors que la ville n'est pas spécifiée - à la différence de « Jérémie qui était à Anatot », d'« Élie le Tishbite » ou du Galaadite -, on sait d'emblée qu'il venait de Jérusalem. Enfin, lorsque le texte remonte sur trois générations en mentionnant son père et son grand-père, c'est pour souligner la grandeur de ses ancêtres et attester d'un lignage plus illustre encore que celui dont seul le père est nommé.

Toute cette introduction a pour but de nous faire comprendre l'identité de ce « Beéri » mentionné dans notre verset. Le Radak explique : c'est un homme cité dans les Chroniques (Divré HaYamim) sous le nom de « Beéra », où il est rapporté que Tiglath-Piléser l'exila, alors qu'il était prince de la tribu de Réouven. Ce Beéri était donc un grand personnage et lui-même prophète. Le Radak ajoute que nous verrons par la suite que les prophéties de Hoshéa étaient des paroles de réprimande adressées à la fois à Israël et à Juda, parce qu'ils avaient fait ce qui est mal aux yeux de l'Éternel sous le règne de tous ces rois.

Rachi : quatre rois disparurent de son vivant

Rachi explique : il survécut à ces quatre rois, ce qui signifie qu'il vécut plus longtemps que chacun d'eux. Un roi mourait et était remplacé par un autre, tandis que lui continuait de vivre, et ainsi de suite. Pourquoi Rachi parle-t-il de quatre rois et non de cinq, alors que le verset en énumère cinq ? La réponse est simple : le règne de Yarov'am ben Yoash chevauchait celui des rois de Yéhouda, tandis que les rois de Yéhouda se sont succédé, car deux rois ne peuvent régner en même temps. Ouziya n'est pas Yotam, Yotam n'est pas A'haz, et A'haz n'est pas 'Hizkiya ; il y eut donc ici quatre époques successives, et le prophète les a toutes traversées.

C'est de là que nos Sages ont déduit : « Malheur à l'autorité (la rabbanout) qui enterre ceux qui l'exercent ». Il ne faut pas entendre « rabbanout » au sens usuel actuel de fonction rabbinique, mais selon l'usage des Sages, où ce terme désigne le pouvoir, la grandeur et les hautes fonctions, dérivé de « rav » et de « rabban », l'homme éminent. Malheur à la grandeur qui abrège la vie de ceux qui la détiennent ! Ici, au contraire, nous constatons que le prophète a bénéficié d'une longue vie, tandis que les rois se succédaient les uns après les autres.

Le Malbim : pourquoi Yarov'am ben Yoash est-il mentionné ?

Le Malbim soulève la difficulté fondamentale : pour quelle raison un roi d'Israël figure-t-il dans la liste des rois de Yéhouda ? Il résout cette question d'après ce qu'il a développé dans son commentaire du deuxième livre des Rois (chapitre 15) : depuis que Yoash a vaincu Amatsia, roi de Yéhouda, les rois de Yéhouda étaient assujettis aux rois d'Israël. Dès cette époque, Yéhouda s'est trouvée subordonnée à Samarie, et la souveraineté était désignée au nom des rois d'Israël. Il en fut ainsi pendant vingt-quatre ans, jusqu'au règne d'Ouziya, qui correspond à la vingt-septième année de Yarov'am ben Yoash. Ouziya s'est alors renforcé pour régner de manière pleinement autonome, secouant le joug de Yarov'am ben Yoash et refusant d'y être plus longtemps asservi. Une telle soumission impliquait le paiement d'un tribut, l'interdiction de lever une armée et d'autres sujétions habituelles lorsqu'un royaume domine un autre.

Selon ce principe, le Malbim résout une double énigme. Premièrement, on ne voit jamais l'époque d'un prophète datée d'après les rois d'Israël, mais toujours d'après les rois de Yéhouda. Deuxièmement, même si l'on souhaitait dater selon les rois d'Israël, pourquoi ne mentionner que Yarov'am ? À cette même époque ont aussi régné en Israël Zekharya ben Yarov'am, Mena'hem et Péka'h, et le texte aurait dû les énumérer tous. Ne nommer qu'un seul souverain parmi tant d'autres reste incompréhensible. C'est en raison de cette difficulté que nos Sages ont expliqué qu'il possédait un mérite particulier, et le Malbim apporte ici une explication rationnelle et lumineuse.

Voici donc l'explication : Yarov'am avait soumis Amatsia, et durant ces années où Yéhouda lui était assujettie, toute la souveraineté portait son nom. Il s'avère ainsi que les cinq rois mentionnés ici - Ouziya, Yotam, A'haz, 'Hizkiya et Yarov'am ben Yoash - ont tous régné sur Yéhouda. Et lorsqu'il est écrit « aux jours d'Ouziya », cela vise la période postérieure aux vingt-quatre années durant lesquelles la royauté était rattachée au nom de Yarov'am, car c'est à partir de là qu'elle fut nommée le règne d'Ouziya. Yarov'am domina d'abord, puis Ouziya s'affermit, suivi par Yotam, A'haz et 'Hizkiya.

Verset 2 : Le début de la parole de l'Éternel à Hoshea
תְּחִלַּת דִּבֶּר־יְהֹוָה בְּהוֹשֵׁעַ, וַיֹּאמֶר יְהֹוָה אֶל־הוֹשֵׁעַ: לֵךְ קַח־לְךָ אֵשֶׁת זְנוּנִים וְיַלְדֵי זְנוּנִים, כִּי־זָנֹה תִזְנֶה הָאָרֶץ מֵאַחֲרֵי יְהֹוָה. - Au commencement, quand l'Éternel parla à Hoshea, l'Éternel dit à Hoshea : « Va, prends-toi une femme infidèle et des enfants de prostitution, car le pays se prostitue en se détournant de l'Éternel ».

Afin de bien saisir tout le déroulement, lisons d'abord la suite des versets, après quoi nous reviendrons pour les expliquer :

וַיֵּלֶךְ וַיִּקַּח אֶת־גֹּמֶר בַּת־דִּבְלָיִם, וַתַּהַר וַתֵּלֶד־לוֹ בֵּן. וַיֹּאמֶר יְהֹוָה אֵלָיו: קְרָא שְׁמוֹ יִזְרְעֶאל, כִּי־עוֹד מְעַט וּפָקַדְתִּי אֶת־דְּמֵי יִזְרְעֶאל עַל־בֵּית יֵהוּא, וְהִשְׁבַּתִּי מַמְלְכוּת בֵּית יִשְׂרָאֵל. וְהָיָה בַּיּוֹם הַהוּא וְשָׁבַרְתִּי אֶת־קֶשֶׁת יִשְׂרָאֵל בְּעֵמֶק יִזְרְעֶאל. - Il alla et prit Gomer, fille de Divlaïm ; elle conçut et lui enfanta un fils. L'Éternel lui dit : « Appelle son nom Yizréel, car encore un peu et je demanderai compte des sangs versés à Yizréel à la maison de Yéhou, et je mettrai fin à la royauté de la maison d'Israël. Et en ce jour-là, je briserai l'arc d'Israël dans la vallée de Yizréel ».
וַתַּהַר עוֹד וַתֵּלֶד בַּת, וַיֹּאמֶר לוֹ: קְרָא שְׁמָהּ לֹא רֻחָמָה, כִּי לֹא אוֹסִיף עוֹד אֲרַחֵם אֶת־בֵּית יִשְׂרָאֵל כִּי־נָשֹׂא אֶשָּׂא לָהֶם. וְאֶת־בֵּית יְהוּדָה אֲרַחֵם וְהוֹשַׁעְתִּים בַּיהֹוָה אֱלֹהֵיהֶם, וְלֹא אוֹשִׁיעֵם בְּקֶשֶׁת וּבְחֶרֶב וּבְמִלְחָמָה בְּסוּסִים וּבְפָרָשִׁים. וַתִּגְמֹל אֶת־לֹא רֻחָמָה, וַתַּהַר וַתֵּלֶד בֵּן. וַיֹּאמֶר: קְרָא שְׁמוֹ לֹא עַמִּי, כִּי אַתֶּם לֹא עַמִּי וְאָנֹכִי לֹא־אֶהְיֶה לָכֶם. - Elle conçut encore et enfanta une fille ; et Il lui dit : « Appelle son nom Lo-Rou'hama [Non prise en pitié], car je n'aurai plus de pitié pour la maison d'Israël, pour continuer à leur pardonner. Mais pour la maison de Yéhouda, j'aurai pitié, et je les sauverai par l'Éternel leur Dieu, et je ne les sauverai ni par l'arc, ni par l'épée, ni par la guerre, ni par des chevaux, ni par des cavaliers ». Elle sevra Lo-Rou'hama, puis elle conçut et enfanta un fils. Et Il dit : « Appelle son nom Lo-Ammi [Pas mon peuple], car vous n'êtes pas Mon peuple, et Moi, Je ne serai pas à vous ».

Examinons d'abord l'expression « Au commencement, Hachem parla à Hoshéa ». Rabbi Yohanan a dit : pourquoi est-il dit « Au commencement, Hachem parla à Hoshéa » ? Parce qu'il fut le premier des quatre prophètes qui prophétisèrent à cette même époque, à savoir : Hoshéa, Isaïe, Amos et Michée. En d'autres termes, la prophétie de Hoshéa a précédé celle d'Isaïe, et c'est pourquoi il est dit « Au commencement ». Car on ne saurait affirmer qu'Hachem parla à Hoshéa en premier de manière absolue : combien de prophètes y eut-il entre Moché Rabbénou, sur lui la paix, et Hoshéa ? Ce commencement est donc relatif aux prophètes de cette période, dont le premier fut Hoshéa. Et le Malbim établit le calcul et démontre que, chronologiquement aussi, la chose est rigoureusement exacte, d'après le compte qu'il a exposé précédemment concernant Yarov'am fils de Yoash et les années de son règne.

Rachi, quant à lui, explique selon le sens littéral du verset : dès le début des paroles que le Saint, béni soit-Il, adressa à Hoshéa, Il lui tint ce discours. Selon cette explication, il n'y a nul « commencement » par rapport aux autres prophètes, mais il s'agit simplement de la toute première prophétie transmise à Hoshéa : « Va, prends-toi une femme de débauche ».

Trois approches pour comprendre « Prends-toi une femme de débauche »

Le contenu de l'ordre est, dans les grandes lignes, qu'il aille prendre une femme connue et réputée pour sa débauche, tout cela faisant allusion au fait « car le pays se prostitue en se détournant d'Hachem ». Ensuite, elle lui donne des enfants, dont il choisit les noms en fonction des événements à venir sur Israël. Il existe trois manières de comprendre cette démarche. La première est celle de nos Sages, selon laquelle tout s'est déroulé au sens propre et dans les faits, un récit que les paroles de nos Sages développent au-delà du texte explicite. La deuxième considère que tout s'est passé en vision prophétique : Hachem lui a ordonné en prophétie de la prendre, et dans sa vision, il s'est vu la prendre et engendrer. La troisième est celle du Targoum Yonatan, selon laquelle il n'y a là ni ordre ni injonction effective, mais une description allégorique de l'état du peuple.

Première approche : la vision prophétique

Ibn Ezra commence en ces termes : « Ainsi parle Avraham, l'auteur : à Dieu ne plaise, à Dieu ne plaise qu'Hachem ordonne de prendre une femme de débauche et d'engendrer des enfants de débauche ! » Et à celui qui voudrait objecter « il suffit au serviteur d'être comme son maître », signifiant que de même que le peuple se prostitue loin d'Hachem, le prophète en ferait autant, cela ne s'applique point ici, car la prostitution envers Hachem n'est qu'une métaphore, alors que chez l'homme, c'est un acte bien réel. « Et ce qui me paraît juste, c'est que ce prophète a vu cela en visions prophétiques dans un songe de la nuit » : Hachem lui dit d'aller prendre une femme de débauche, et il est allé prendre une femme connue, qui a conçu et enfanté, et tout cela ne s'est déroulé qu'en visions prophétiques.

Ibn Ezra ajoute : ne t'en étonne pas, car il est dit à propos de Moché : « S'il se trouve parmi vous un prophète, Moi, Hachem, en vision Je Me ferai connaître à lui, en songe Je lui parlerai », et Moché était le seul à faire exception. De même, tu vois chez le prophète Isaïe qu'il est dit : « Tout comme Mon serviteur Isaïe a marché nu et nu-pieds ». Peut-on imaginer qu'il ait réellement marché nu au sujet de Kouch et de l'Égypte ? En vérité, c'est en prophétie qu'il s'est vu marcher nu et nu-pieds. Il en va de même pour « Prends une brique », « Couche-toi sur ton côté gauche », « Prends du blé », ou encore l'épisode de la barbe : tout cela s'est déroulé en visions prophétiques. Le Radak écrit de même que toute cette affaire a eu lieu en vision de prophétie, et que cette vision est une parabole sur Israël qui se prostitue loin d'Hachem, comme il est dit : « car le pays se prostitue en se détournant d'Hachem ».

Deuxième approche : la voie de nos Sages, selon le sens littéral

Rachi rapporte : « Prends-toi une femme de débauche : nos Maîtres ont enseigné que cela doit s'entendre au sens propre, parce qu'il avait dit au sujet d'Israël : remplace-les par une autre nation ». Rachi ne cite qu'une seule phrase, mais le sujet est développé longuement dans la Guémara, au traité Pessa'him, page 87a.

La Guémara enseigne : quatre prophètes ont prophétisé à la même époque, et le plus grand d'entre eux fut Hoshéa, comme il est dit : « Au commencement, Hachem parla à Hoshéa ». Le Saint, béni soit-Il, dit à Hoshéa : « Tes enfants ont péché ». Hoshéa aurait dû répondre : « Ce sont Tes enfants, les enfants de Tes bien-aimés, les descendants d'Avraham, d'Yits'hak et de Ya'akov, déploie sur eux Ta miséricorde ! » C'est là ce qu'Hachem attendait que le prophète dise. Mais non seulement il ne s'exprima pas ainsi, mais il Lui dit : « Maître du monde, l'univers tout entier T'appartient : échange-les contre une autre nation ! » Comme s'il disait : où est le problème, il y a une possibilité de remplacement, l'ancien contre le nouveau ; ils posent des problèmes, échange-les donc contre un autre peuple.

Le Saint, béni soit-Il, dit alors : « Que ferai-Je de ce vieillard ? Je lui tiens un tel discours en attendant une réaction bienveillante, et voilà sa réponse ? » Il se dit : Je vais lui dire : « Va, prends-toi une femme prostituée et engendre des enfants de prostitution », puis Je lui dirai : « Renvoie-la de devant toi ». S'il est capable de la renvoyer, Moi aussi Je renverrai Israël. C'est ce qui est dit : « Hachem dit à Hoshéa : Va, prends-toi une femme de débauche et des enfants de débauche », et il est écrit : « Il alla prendre Gomer, fille de Divlaïm ».

Après qu'il eut eu d'elle deux fils et une fille, le Saint, béni soit-Il, lui dit : « N'aurais-tu pas dû apprendre de Moché, ton maître ? Dès l'instant où Je lui ai parlé, il s'est séparé de sa femme, alors qu'il s'agissait là d'une femme vertueuse ! Toi aussi, sépare-toi d'elle, à plus forte raison ici où il ne s'agit guère d'une femme d'exception ». Hoshéa Lui répondit : « Maître du monde, j'ai des enfants d'elle, et je ne puis ni la renvoyer ni divorcer d'elle ».

Le Saint, béni soit-Il, lui dit : « Et toi, dont la femme est une prostituée et dont les enfants sont nés de la débauche, et tu ne sais même pas s'ils sont de toi ou d'autres hommes, car avec une telle femme rien n'est certain, et pourtant tu t'attaches à eux ! Quant à Israël, ils sont Mes enfants, les enfants de Mes bien-aimés, les descendants d'Avraham, Its'hak et Yaakov, et l'une des quatre acquisitions que J'ai acquises dans Mon monde. La Torah est une acquisition, comme il est écrit : "Hachem m'a acquise au début de Sa voie" ; le ciel et la terre sont une acquisition, comme il est écrit : "Créateur [acquéreur] du ciel et de la terre" ; le Temple est une acquisition, comme il est écrit : "Cette montagne que Sa droite a acquise" ; et Israël est une acquisition, comme il est écrit : "Ce peuple que Tu as acquis". Ils sont Mon acquisition, les enfants des saints Patriarches, et pour Moi, leur filiation est certaine comme de véritables fils, contrairement à toi pour qui rien n'est certain. Et toi, tu as dit : Remplace-les par une autre nation ?! »

Tout cela constituait une leçon éducative destinée au prophète, afin qu'il prenne conscience de son erreur. Dès qu'il comprit sa faute, il s'empressa d'implorer la miséricorde pour lui-même. Le Saint, béni soit-Il, lui dit : « Au lieu de demander grâce pour toi-même, implore la miséricorde pour Israël, car c'est à cause de toi que J'ai prononcé contre eux trois décrets ! » En d'autres termes, maintenant encore, tu n'agis pas convenablement : d'abord tu as mal agi en disant de les échanger contre un autre peuple, et à présent, tu ne penses de nouveau qu'à toi-même. Ce qui conviendrait maintenant, c'est de solliciter la miséricorde pour eux. Il se leva aussitôt, pria pour eux et annula le décret, puis il commença à les bénir, comme il est dit : « Et le nombre des enfants d'Israël sera comme le sable de la mer ». C'est précisément le passage qui suit immédiatement l'épisode de « Lo-Ammi » : « Et au lieu même où il leur était dit : Vous n'êtes pas Mon peuple, il leur sera dit : Fils du D.ieu vivant ! Et les enfants de Juda et les enfants d'Israël se rassembleront ensemble... Et Je l'ensemencerai pour Moi dans le pays, et Je ferai miséricorde à Lo-Rou'hama, et Je dirai à Lo-Ammi : Tu es Mon peuple ! »

Selon cette explication, tout s'est donc déroulé dans la réalité concrète, afin d'illustrer au prophète combien il est difficile à un homme de se détacher, même de quelqu'un qui est loin d'être vertueux, et à plus forte raison combien il est difficile, pour ainsi dire, au Maître du monde de se séparer de Ses enfants, Ses bien-aimés. Dès lors, la parole adressée ici à Hoshéa porte en elle un reproche émanant du Saint, béni soit-Il.

Troisième approche : le Targoum Yonatan

Le Targoum Yonatan n'interprète pas ces versets selon leur sens littéral premier, mais selon la voie du Derash. Voici ses termes : « Chérayout pitgama d'Hachem b'Hoshéa » - commencement de la parole d'Hachem en Hoshéa ; « et Hachem dit à Hoshéa : Va, prophétise contre les habitants de la ville corrompue », qui persistent dans leur égarement et continuent de pécher, « car les habitants du pays s'égarent et se détournent du service d'Hachem ».

En clair : jusqu'ici, nous comprenions que « prends-toi une femme prostituée » signifiait l'épouser, que ce soit au sens littéral selon nos Sages, ou dans une vision prophétique selon Ibn Ezra et ses partisans. Le Targoum Yonatan vient enseigner : « prends pour toi » signifie « va et enseigne-leur », va prophétiser auprès de ces êtres dévoyés et ramène-les vers la Téchouva. De même, « car le pays ne fait que se prostituer », qui ressemble grammaticalement à un futur, n'est pas une prédiction de l'avenir mais la description d'un état présent : voici que le pays s'égare et s'éloigne du culte divin, telle une femme infidèle s'éloignant de son époux. Prends donc cette leçon morale à cœur, va réprimander cette « femme débauchée » et ces « enfants de la débauche », puisque tu constates leurs actes méprisables. Et le Radak conclut : « Et Yonatan a traduit ce passage sous forme d'allégorie, et son explication est juste ». D'après cela, il n'y a ici aucun ordre de mariage, pas même dans une vision prophétique.

Le Malbim : « Il parla en Hoshéa » et non « à Hoshéa »

Le Malbim relève avec précision la formulation « Au commencement, Hachem parla en Hoshéa » - avec la lettre Beit (« en ») et non « El » (« à » Hoshéa). Chaque fois que le verbe « parler » est suivi de la préposition « Be », cela indique que le Roua'h HaKodesh (l'esprit de prophétie) s'exprime dans le prophète pour son propre perfectionnement. « Parler à » (dibèr el) s'adresse à autrui, tandis que « parler en » (dibèr be) concerne le prophète lui-même. Il ne s'agit donc pas ici d'une mission destinée à l'ensemble du peuple, mais d'une parole visant le prophète lui-même.

À ce propos, il convient de comprendre un principe fondamental. Nous avons mentionné qu'il y eut un million deux cent mille prophètes dont les prophéties n'ont pas été consignées pour les générations futures. Une erreur s'est répandue, selon laquelle un prophète serait un homme avec lequel le Saint, béni soit-Il, entre en contact uniquement pour guider le peuple, lui transmettre des messages ou le rapprocher de Lui ; et l'on s'étonne alors : est-ce que ce million deux cent mille prophètes réprimandaient tous le peuple ? Or, il faut savoir qu'à l'origine, la prophétie n'est pas du tout destinée au peuple. Le prophète reçoit la prophétie pour sa propre élévation spirituelle. Comme nous le voyons dans le Messilat Yécharim, le sommet de l'échelle des degrés, après la vigilance, le zèle et la pureté, est le Roua'h HaKodesh. Celui qui s'est élevé et s'est rapproché parvient à un niveau où le Saint, béni soit-Il, s'adresse à lui, ce qui traduit une communion spirituelle directe et un progrès dans le service divin.

Dès lors qu'un homme atteint une stature aussi élevée et se trouve déjà en contact avec la Providence supérieure, le Saint, béni soit-Il, l'utilise comme canal pour transmettre Ses messages au peuple. Ce n'est donc pas que D.ieu octroie la prophétie au prophète en vue du peuple, mais bien que le prophète atteint cet état prophétique par sa propre élévation, la mission publique n'étant qu'une fonction secondaire. Il existe certes des cas particuliers comme « Avant de te façonner dans le sein maternel, Je t'avais désigné », où le prophète a été créé dès l'origine pour prophétiser devant le peuple ; mais en règle générale, les prophètes étaient des hommes qui s'étaient élevés spirituellement au point de mériter un lien direct avec le Maître du monde, qui les guidait dans leur conduite et dans Son service. Et le mot « Navi » (prophète) dérive de « niv sefatayim » (l'expression des lèvres), un langage de parole, signifiant que le Saint, béni soit-Il, s'entretient avec lui.

Le Malbim ajoute : l'expression « dibèr be » (parler en/contre) s'emploie aussi parfois pour marquer la plainte, le reproche ou le blâme, comme dans « nous avons parlé contre Hachem et contre toi ». En revanche, des versets comme « L'esprit d'Hachem a parlé en moi » ou « En songe Je lui parlerai » désignent une parole destinée à son propre bénéfice. Le Malbim explique que les deux sens s'appliquent ici : le verset renferme une parole pour le perfectionnement personnel du prophète, mais aussi une parole de reproche et de blâme. C'est de là que nos Sages ont déduit qu'il y avait ici une remontrance adressée au prophète lui-même, car il avait tenu des propos inconvenants. C'est pourquoi « Hachem parla en Hoshéa » avec sévérité : tu n'as pas agi convenablement, et tu dois faire Téchouva. Il ne s'agit donc nullement d'une prophétie à transmettre au peuple, mais d'un message destiné au prophète lui-même.

Et comment nos Sages ont-ils su sur quoi portait ce différend ? Le Malbim explique qu'il est logique que le reproche se rapporte à l'injonction qui le suit immédiatement. Dès lors qu'il est écrit « Hachem parla en Hoshéa », et que la suite du verset est « prends pour toi une femme prostituée », nous comprenons que c'est sur ce point précis que portait la controverse et que résidait le blâme. C'est de là que nos Sages ont déduit qu'Hoshéa avait soutenu que le Saint, béni soit-Il, devait les remplacer par une autre nation, et qu'il refusait d'assumer la mission divine d'aller les admonester.

Le Malbim souligne : la mission divine s'impose impérativement aux prophètes. Lorsque le Saint, béni soit-Il, ordonne de prophétiser, le prophète ne peut refuser, cela lui est formellement interdit, et un prophète qui retient sa prophétie (kovech nèvouato) est passible de mort. Il a le devoir d'aller transmettre sa prophétie. C'est ce que nous avons vu avec Yona, qui fut poursuivi pour cette raison même : le prophète est tenu de délivrer ce qui lui a été confié et de proclamer que tel est l'ordre d'Hachem. Or ici, Hochéa ne voulait pas aller leur faire des reproches, et il dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, ils ont fauté, délaisse-les !

C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, lui dit : puisque tu refuses d'aller les réprimander, et que Moi Je ne veux pas les répudier, sois donc comme Moi et trouve-toi dans Ma situation. Prends pour toi une femme de débauche, et tu seras exactement dans la même posture. D'un côté, que pourras-tu lui reprocher ? Elle était ainsi dès le départ. Et d'un autre côté, tu ne pourras pas non plus la répudier, car tu as eu des enfants d'elle. Si tu ne veux pas accomplir Ma mission, fais toi-même l'expérience concrète de la situation dans laquelle se trouve, pour ainsi dire, le Saint, béni soit-Il.

« Zenout », « zenounim » et « taznout »

« Prends-toi une femme de débauche » (échet zenounim) : le Malbim explique qu'il s'agit d'une femme notoirement connue pour son inconduite. « Et des enfants de débauche » (yaldé zenounim) : elle a déjà des enfants nés de sa débauche passée, qui témoignent par eux-mêmes de son inconduite. Comme il est dit à propos de Tamar : « Ta belle-fille Tamar s'est prostituée, et de plus, la voilà enceinte de débauche », où la grossesse atteste de sa faute passée.

Le Malbim distingue ici trois termes : « zenout » est le terme ordinaire pour désigner la débauche ou l'infidélité. « Zenounim » qualifie une femme dont la débauche est notoire et publique ; c'est pourquoi il est dit « enceinte de débauche » (hara liznounim) et « qu'elle ôte ses prostitutions (zenounéha) de son visage », car elle a déjà des enfants de ces hommes et le fait est su de tous. Enfin, « taznout » signifie qu'elle incite et séduit les autres à commettre cette même faute.

Une autre explication de « des enfants de débauche » : les enfants qu'il aura d'elle seront appelés enfants de débauche, car il n'a aucune certitude qu'ils soient de lui, cette femme étant connue pour son inconduite. C'est à ce propos qu'il est dit : « car le pays ne cesse de se prostituer en s'écartant d'Hachem ». La communauté d'Israël est comparable à une femme infidèle vouée à l'idolâtrie, et ce qu'elle engendre naît dans la débauche, car les descendants suivent l'exemple des parents : ils éduquent la génération suivante à s'écarter d'Hachem par la débauche, à la pensée hérétique, à l'idolâtrie et au reniement. Et malgré tout cela, Je garde auprès de Moi cette femme infidèle et Je ne rejette pas Israël de devant Ma face ; agis donc de même.

Comment un tel ordre est-il concevable pour un prophète ?

Et si l'on soulève la difficulté mentionnée par Ibn Ezra : comment est-il concevable que le Saint, béni soit-Il, ordonne à Son prophète de prendre une femme de débauche - ce qui conduisit Ibn Ezra à trancher que cela s'était déroulé en vision prophétique, et le Targoum Yonatan à l'interpréter comme une allégorie ? Le Malbim répond qu'il n'y a là aucune nécessité d'allégoriser : Hochéa n'était pas Cohen, or une femme débauchée n'est interdite qu'à un Cohen et non à un simple Israël. Pour Hochéa, en tant qu'Israélite, une telle union n'était donc pas interdite par la loi.

Ajoutons à cela : à celui qui s'en étonnerait, rappelons que Yéhochoua épousa Ra'hav, dont nos Sages rapportent que les plus grands dignitaires du monde l'avaient fréquentée. Certes, il y a une distinction à faire, car dans son cas, ce fut après sa conversion, et la conversion fait d'elle un être entièrement nouveau ; néanmoins, on constate que malgré un passé souillé, une telle union a pu exister. Dès lors, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'Hachem ordonne une telle chose à Son prophète.

Et si l'on objecte : même si cela ne lui était pas interdit par la Halakha, cela reste indécent et indigne d'un prophète ! Le Malbim répond : c'est exact, mais il arrive parfois qu'Hachem ordonne à un prophète des actes inhabituels, à titre de décret temporaire (hora'at cha'ah). Tout comme l'ordre donné à Yé'hezkel de se raser au rasoir la tête et la barbe ; ou Élie qui offrit des sacrifices sur le mont Carmel alors que les hauts lieux (bamot) étaient prohibés ; ou encore l'ordre donné à Guidon de prendre le taureau engraissé par son père pour l'idolâtrie et de l'offrir sur l'autel d'Hachem, acte qui cumulait dix transgressions de la Torah. Tous ces actes furent accomplis à titre exceptionnel, et il en fut de même ici.

En conclusion :

Le premier chapitre ouvre le livre de Hochéa en situant la prophétie sous le règne de quatre rois de Yéhouda et sous celui de Yarov'am fils de Yoach, mentionné avec eux soit en raison du mérite de n'avoir pas prêté l'oreille au lachon hara contre Amos, soit parce qu'il régna lui aussi sur Yéhouda durant vingt-quatre ans jusqu'à ce qu'Ouziya affermisse son pouvoir, selon l'explication du Malbim. L'expression « Au commencement, lorsqu'Hachem parla à Hochéa » (Te'hilat diber Hachem be-Hochéa) enseigne qu'il fut le premier des quatre prophètes de cette génération ; et d'après la précision du texte qui emploie « be-Hochéa » (en Hochéa) et non « el Hochéa » (vers Hochéa), le Malbim enseigne qu'il s'agit à la fois d'une parole adressée pour le prophète lui-même et d'un discours de réprimande et de reproche. C'est là que réside le fondement des paroles de nos Sages, selon lesquelles Hochéa avait dit : « Remplace-les par une autre nation ». Pour lui enseigner l'immensité de l'amour du Saint, béni soit-Il, envers Ses enfants, il reçut l'ordre de prendre une femme de débauche et de constater par lui-même combien il est douloureux de répudier. Trois voies ont été proposées pour expliquer ce commandement : au sens littéral selon nos Sages, en vision prophétique selon Ibn Ezra et le Radak, et sous forme de parabole et de réprimande selon le Targoum Yonatan. Finalement, Hochéa intervint, implora la miséricorde pour Israël et annula le décret, ouvrant la voie à la bénédiction : « Et le nombre des enfants d'Israël sera comme le sable de la mer ».