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Chapitre 9 - La faute des femmes étrangères et la prière d'Ezra

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Le chapitre 9 d'Ezra est un chapitre de rupture. Ezra est monté en terre d'Israël, a organisé le convoi, a installé les Cohanim et les Léviim à leur place, et voilà qu'à peine quatre mois après leur arrivée, la pire des nouvelles s'abat sur lui : la descendance sainte s'est mêlée aux peuples de la terre. Ezra a été envoyé, comme nous l'avons expliqué, avec la mission de guide spirituel pour enseigner la Torah au peuple et rétablir la hiérarchie religieuse. Dès lors, lorsqu'un problème spirituel surgit, c'est vers lui que l'on se tourne. Le chapitre tout entier relate sa réaction : déchirement des vêtements, jeûne, et enfin une grande et poignante confession devant le Saint, béni soit-Il. Suivons le déroulement des versets selon l'explication du Malbim.

Le poisson pourrit par la tête

וּכְכַלּוֹת אֵלֶּה נִגְּשׁוּ אֵלַי הַשָּׂרִים לֵאמֹר: לֹא־נִבְדְּלוּ הָעָם יִשְׂרָאֵל וְהַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם מֵעַמֵּי הָאֲרָצוֹת כְּתֹעֲבֹתֵיהֶם, לַכְּנַעֲנִי הַחִתִּי הַפְּרִזִּי הַיְבוּסִי הָעַמֹּנִי הַמֹּאָבִי הַמִּצְרִי וְהָאֱמֹרִי. כִּי־נָשְׂאוּ מִבְּנֹתֵיהֶם לָהֶם וְלִבְנֵיהֶם, וְהִתְעָרְבוּ זֶרַע הַקֹּדֶשׁ בְּעַמֵּי הָאֲרָצוֹת, וְיַד הַשָּׂרִים וְהַסְּגָנִים הָיְתָה בַּמַּעַל הַזֶּה רִאשׁוֹנָה. - « Et lorsque ces choses furent achevées, les chefs s'approchèrent de moi pour dire : Le peuple d'Israël, les Cohanim et les Léviim ne se sont point séparés des peuples de ces pays, selon leurs abominations, des Cananéens, des Hittites, des Perizzites, des Yébousites, des Ammonites, des Moabites, des Égyptiens et des Amoréens. Car ils ont pris de leurs filles pour eux et pour leurs fils, et la sainte semence s'est mêlée aux peuples de ces pays ; et la main des chefs et des magistrats a été la première dans cette infidélité. »

« Lorsque ces choses furent achevées » - une fois cette organisation réglée, quatre mois à peine après leur arrivée. Les chefs s'avancent vers Ezra et lui annoncent : il n'y a plus de séparation entre Israël et les peuples du pays. Premièrement, ils imitent leurs abominations. Deuxièmement, ils ont pris de leurs filles pour eux et pour leurs fils, s'unissant par mariage avec des femmes non-juives. Et qu'on ne s'imagine pas qu'il s'agisse d'individus marginaux, à l'extrémité du camp ; ils ajoutent : « et la main des chefs et des magistrats a été la première dans cette infidélité ». Qui a commencé ? Les chefs et les magistrats. Un proverbe bien connu dit que le poisson pourrit par la tête. Ici également, le fléau prend sa source chez les dirigeants, chez les notables ; c'est d'eux qu'est parti le problème, et le peuple les a observés puis les a imités.

Le déchirement des vêtements et l'accablement solitaire

וּכְשָׁמְעִי אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה, קָרַעְתִּי אֶת־בִּגְדִי וּמְעִילִי, וָאֶמְרְטָה מִשְּׂעַר רֹאשִׁי וּזְקָנִי, וָאֵשְׁבָה מְשׁוֹמֵם. - « Et lorsque j'entendis cette parole, je déchirai mon vêtement et mon manteau, j'arrachai des poils de ma tête et de ma barbe, et je m'assis consterné. »

Ezra fut bouleversé jusqu'au fond de l'âme. Il déchira son vêtement et son manteau en signe de douleur et de deuil, s'arracha des poils de la tête et de la barbe, également selon les manifestations du deuil, et s'assit « consterné » (mechomèm), c'est-à-dire solitaire et anéanti, comme quelqu'un qui se tient dans un lieu dévasté.

וְאֵלַי יֵאָסְפוּ כֹּל חָרֵד בְּדִבְרֵי אֱלֹהֵי־יִשְׂרָאֵל עַל מַעַל הַגּוֹלָה, וַאֲנִי יֹשֵׁב מְשׁוֹמֵם עַד לְמִנְחַת הָעָרֶב. - « Et auprès de moi s'assemblèrent tous ceux qui tremblaient aux paroles du D.ieu d'Israël, à cause de la faute des exilés ; et moi, je restai assis consterné jusqu'à l'offrande du soir. »

Les fidèles commencèrent à se réunir autour de lui, tous ceux qui étaient saisis de crainte et de tremblement face à la trahison des gens de l'exil, c'est-à-dire tous ceux pour qui cet acte était une souffrance et un scandale insupportables, à l'image d'Ezra lui-même : comment des membres du peuple d'Israël ont-ils pu mêler une sainte semence aux impuretés des nations du monde ? Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ? Ils s'assemblèrent auprès de lui, tandis qu'il demeurait assis, prostré, dans la désolation, l'affliction et le deuil, jusqu'à l'heure de l'office de Min'ha de l'après-midi.

וּבְמִנְחַת הָעֶרֶב קַמְתִּי מִתַּעֲנִיתִי, וּבְקָרְעִי בִגְדִי וּמְעִילִי, וָאֶכְרְעָה עַל־בִּרְכַּי וָאֶפְרְשָׂה כַפַּי אֶל־ה' אֱלֹהָי. - « Et à l'offrande du soir, je me levai de mon jeûne, et ayant déchiré mon vêtement et mon manteau, je tombai à genoux et j'étendis les mains vers l'Éternel, mon D.ieu. »

À l'heure de Min'ha, il se releva de son jeûne, affaibli par une journée entière d'abstinence, et déchira alors ses vêtements sous les yeux de tous. Pourquoi devant tout le monde ? Afin de déchirer leurs cœurs. En voyant le maître de la génération déchirer ses habits, fléchir les genoux et tendre les mains vers Hachem, ils comprendraient et prendraient la pleine mesure de la gravité de la faute et de la culpabilité qui pesait sur eux.

Honte et confusion : deux formes d'opprobre

וָאֹמְרָה: אֱלֹהַי, בֹּשְׁתִּי וְנִכְלַמְתִּי לְהָרִים אֱלֹהַי פָּנַי אֵלֶיךָ, כִּי עֲוֺנֹתֵינוּ רָבוּ לְמַעְלָה רֹאשׁ, וְאַשְׁמָתֵנוּ גָדְלָה עַד לַשָּׁמָיִם. - Et je dis : Mon Dieu, j'ai honte et je suis confus de lever mon visage vers Toi, mon Dieu, car nos fautes se sont multipliées par-dessus nos têtes, et notre culpabilité s'est élevée jusqu'aux cieux.

Pourquoi ce redoublement : « J'ai honte et je suis confus » (bocheti venikhlamti) ? Le Malbim explique : la honte (bocha) survient quand on a honte de soi-même, tandis que la confusion ou l'opprobre (kelima) apparaît quand on a honte devant les autres. Parfois, un homme commet un acte et éprouve de la honte envers lui-même : comment ai-je pu agir ainsi ? D'autres fois, il n'a pas honte de lui-même, mais en présence d'autrui, il se sent confus et humilié devant leur regard.

Ainsi, les deux parties du verset correspondent à ces deux notions. En écho à « j'ai honte », éprouvée déjà face à soi-même pour son acte, il déclare : « car nos fautes (avonoténou) se sont multipliées par-dessus nos têtes ». Le terme avon vient de l'idée de déformation, de perversion de la raison : l'homme dévie du droit chemin et agit à l'encontre du bon sens et de la juste conduite. Or, où résident l'intellect et la direction de l'être ? Dans la tête. « Nos fautes se sont multipliées par-dessus nos têtes » : notre déviation a déjà dépassé le sommet de la tête, elle déborde à l'extérieur. C'est en soi une raison suffisante d'avoir honte de soi-même.

Et face à « je suis confus », qui se rapporte au regard des autres, il ajoute : « et notre culpabilité (achmaténou) s'est élevée jusqu'aux cieux ». L'achma désigne l'obligation de subir le châtiment, ce pour quoi l'homme mérite d'être puni : je suis coupable et passible de châtiment. Ici intervient l'opprobre devant les autres : tous voient sous leurs yeux la gravité de notre faute et le châtiment que nous méritons, et cela m'inspire une honte immense et totale.

La culpabilité historique : la mesure qui a débordé

מִימֵי אֲבֹתֵינוּ אֲנַחְנוּ בְּאַשְׁמָה גְדֹלָה עַד הַיּוֹם הַזֶּה, וּבַעֲוֺנֹתֵינוּ נִתַּנּוּ אֲנַחְנוּ מְלָכֵינוּ כֹהֲנֵינוּ בְּיַד מַלְכֵי הָאֲרָצוֹת, בַּחֶרֶב בַּשְּׁבִי וּבַבִּזָּה וּבְבֹשֶׁת פָּנִים כְּהַיּוֹם הַזֶּה. - Depuis les jours de nos pères, nous sommes plongés dans une grande culpabilité jusqu'à ce jour, et à cause de nos fautes, nous avons été livrés, nous, nos rois et nos cohanim, aux mains des rois des pays, par l'épée, la captivité, le pillage et la honte, comme en ce jour.

Ici, Ezra commence à retracer l'histoire. Cette condamnation ne date pas d'aujourd'hui ; nous portons cette culpabilité depuis l'époque de nos ancêtres. Du temps de nos pères, la mesure a été comblée par de multiples actes qui ont provoqué la colère d'Hachem : Jérusalem a été remplie de sang d'un bout à l'autre, et les trois fautes cardinales - idolâtrie, immoralité et meurtre - s'y sont répandues. Dès cette époque, la mesure était comble et nous nous sommes rendus passibles du châtiment divin « jusqu'à ce jour », ce qui signifie que jusqu'à présent notre mesure reste pleine et que nous demeurons englués dans ces mêmes fautes.

Et toutes les épreuves que nous avons traversées, le fait que nous, nos rois et nos cohanim ayons été livrés aux mains des rois des nations par le glaive, la captivité, le pillage et la honte, tout cela est arrivé à cause de nos fautes, conformément à ce que nous méritions. Selon la stricte justice du châtiment, le terme de la délivrance n'était donc pas encore venu, car nos fautes n'avaient pas encore été expiées et nous aurions dû continuer à souffrir.

Une grâce prématurée

וְעַתָּה כִּמְעַט־רֶגַע הָיְתָה תְחִנָּה מֵאֵת ה' אֱלֹהֵינוּ, לְהַשְׁאִיר לָנוּ פְּלֵיטָה וְלָתֶת־לָנוּ יָתֵד בִּמְקוֹם קָדְשׁוֹ, לְהָאִיר עֵינֵינוּ אֱלֹהֵינוּ וּלְתִתֵּנוּ מִחְיָה מְעַט בְּעַבְדֻתֵנוּ. - Et maintenant, pour un court instant, la grâce est venue d'Hachem notre Dieu, pour nous laisser un reste et nous fixer un point d'appui dans Son saint lieu, pour éclairer nos yeux, notre Dieu, et nous accorder un peu de répit dans notre servitude.

« Pour un court instant » : le Saint, béni soit-Il, nous a accordé une grâce temporaire. Or, une grâce ne relève pas de la stricte justice, mais de l'indulgence (lifnim michourat hadin). À titre de comparaison, si un homme est condamné à cent cinquante ans de prison et sollicite une grâce, on lui remet cinquante ans. Telle est la nature d'une grâce. Il en va de même ici : Hachem nous a accordé ce que nous ne méritions pas, car à la mesure de nos fautes, nous devrions être aujourd'hui encore abandonnés aux mains des rois de la terre, livrés à l'épée, à la captivité, au pillage et à l'humiliation, et aujourd'hui encore nous n'étions aucunement dignes d'être libérés.

Pourquoi donc avons-nous mérité cette grâce passagère, « pour un court instant » ? Le verset énonce quatre raisons. Premièrement, « pour nous laisser un reste », car si l'exil s'était prolongé, nous aurions totalement disparu sans laisser de trace. Deuxièmement, « pour nous fixer un point d'appui dans Son saint lieu », afin que nous puissions rebâtir le Beth Hamikdach et rétablir notre présence en terre d'Israël. Troisièmement, « pour éclairer nos yeux » : jusqu'alors, nous marchions dans l'obscurité, comme il est dit : « celui qui marche dans les ténèbres et n'a point de clarté » ; désormais, en voyant la rédemption s'amorcer, le rapprochement avec Hachem, Sa lumière et la grâce qu'Il nous témoigne, nos yeux s'illumineront, nous marcherons dans Ses voies et mériterons ainsi que s'apaise Sa colère. Quatrièmement, « pour nous accorder un peu de répit dans notre servitude », afin que notre installation sur notre terre porte quelques fruits, même si nous demeurons asservis et non encore pleinement délivrés, puisque nous restons soumis à l'autorité de Cyrus. Lorsqu'un homme est astreint à un travail pénible et qu'on dirige un ventilateur vers lui, c'est « un peu de répit » : il n'est pas exempté de sa tâche, mais il bénéficie d'un soulagement qui lui rend le labeur plus supportable. Il en va de même ici : Hachem nous a fait sortir pour nous accorder un peu de répit dans notre servitude, bien que nous demeurions encore, en vérité, dans l'exil.

כִּי־עֲבָדִים אֲנַחְנוּ, וּבְעַבְדֻתֵנוּ לֹא עֲזָבָנוּ אֱלֹהֵינוּ, וַיַּט־עָלֵינוּ חֶסֶד לִפְנֵי מַלְכֵי פָרַס לָתֶת־לָנוּ מִחְיָה, לְרוֹמֵם אֶת־בֵּית אֱלֹהֵינוּ וּלְהַעֲמִיד אֶת־חָרְבֹתָיו, וְלָתֶת־לָנוּ גָדֵר בִּיהוּדָה וּבִירוּשָׁלָיִם. - Car nous sommes esclaves, mais dans notre servitude notre Dieu ne nous a pas abandonnés : Il a étendu sur nous Sa bienveillance devant les rois de Perse pour nous redonner vie, pour ériger la Maison de notre Dieu et relever ses ruines, et pour nous procurer un rempart en Juda et à Jérusalem.

Ici, il explique : nous ne sommes pas encore arrivés à la rédemption complète, puisque nous demeurons assujettis aux rois de Perse, et cette délivrance tient plutôt d'une mesure de grâce accordée par Hachem. C'est une « rédemption partielle » (guéoula pourta) : bien que nous soyons des sujets du roi de Perse soumis à son autorité, le Saint, béni soit-Il, ne nous a pas délaissés pour autant ; Il a incliné vers nous la bienveillance des souverains perses pour assurer notre subsistance et relever la Maison de notre Dieu. De plus, « et relever ses ruines » signifie maintenir l'édifice debout afin qu'il ne soit pas saccagé par les ennemis de Juda et de Benjamin. Nous avons bien vu précédemment de quelle manière ils sont intervenus pour tenter d'interrompre les travaux, et de fait, la reconstruction du Temple est restée suspendue pendant dix-huit ans. Et voilà qu'Hachem est venu à notre secours et nous a prêté main-forte.

Et que signifie « et pour nous procurer un rempart en Juda et à Jérusalem » ? Il nous a donné les moyens d'être séparés des nations, de sorte qu'elles ne puissent plus nous tourmenter ni entraver la reconstruction du Beth Hamikdach. En effet, Il nous a octroyé un gouverneur issu de notre propre peuple, tandis qu'elles avaient leurs propres gouverneurs et ministres, comme lorsqu'Il a placé Zorobabel à notre tête. Cela a dressé une clôture et une barrière protectrice entre nous et eux. Et par quel moyen tout cela s'est-il accompli ? Par la grâce bienveillante d'Hachem envers nous.

Que dire après tout cela ?

וְעַתָּה מַה־נֹּאמַר אֱלֹהֵינוּ אַחֲרֵי־זֹאת, כִּי עָזַבְנוּ מִצְוֺתֶיךָ. - Et maintenant, que dirons-nous, notre Dieu, après tout cela, puisque nous avons abandonné Tes commandements ?

À présent, alors que la rédemption est encore inachevée et que les fautes d'autrefois n'ont pas encore été complètement effacées, toute la finalité de cette délivrance était - comme nous l'avons expliqué - que, grâce à l'abondance et à la lumière d'Hachem qui se manifestait à nous, nous nous renforcions pour mériter la délivrance finale. C'est ce que nous avons vu dans le livre de Daniel : la reconstruction du Second Temple ne devait être qu'une ouverture, à la suite de laquelle tous les exilés d'Israël auraient dû être rassemblés, et alors serait descendu du Ciel un Troisième Temple bâti de feu. C'était une « rédemption partielle », puisque nous étions encore sous le joug de rois idolâtres. Malheureusement, nous avons failli à cette épreuve, et la troisième rédemption a été différée jusqu'à la venue du libérateur, dont nous ignorons encore le moment.

Pour ainsi dire, le Saint, béni soit-Il, S'est dit : Je vois bien que si Je vous laisse encore un peu en exil, rien de bon ne sortira de vous ; vous finirez par vous assimiler complètement parmi les nations et le peuple d'Israël tout entier sera perdu. Eh bien, Je vais vous libérer, Je vais vous faire grâce avant le terme, et nous verrons comment vous allez agir. Hachem nous a donc fait sortir par pure clémence avant l'heure, et voilà que nous reproduisons les mêmes erreurs et persistons dans la même déchéance. Quelle transgression et quelle culpabilité immense, qui monte jusqu'au ciel !

C'est pourquoi le verset dit : « que dirons-nous, notre Dieu » - quelle justification pourrions-nous encore présenter après toute la bonté que Tu as déployée envers nous, alors même que nous n'en étions pas dignes ? Après tant de fautes qui appelaient une expiation rigoureuse, Tu nous as, dans Ton infinie miséricorde, fait sortir avant le terme prescrit ; que pourrions-nous avancer désormais, alors que nous avons fait exactement le contraire ? Loin d'avoir réparé nos manquements passés, nous en avons ajouté de nouveaux en nous alliant avec les peuples idolâtres des alentours.

Une terre d'impureté et l'interdiction des mariages mixtes

אֲשֶׁר צִוִּיתָ בְּיַד עֲבָדֶיךָ הַנְּבִיאִים לֵאמֹר: הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַתֶּם בָּאִים לְרִשְׁתָּהּ אֶרֶץ נִדָּה הִיא בְּנִדַּת עַמֵּי הָאֲרָצוֹת, בְּתוֹעֲבֹתֵיהֶם אֲשֶׁר מִלְאוּהָ מִפֶּה אֶל־פֶּה בְּטֻמְאָתָם. - Que Tu as ordonné par l'intermédiaire de Tes serviteurs les prophètes, en disant : La terre dans laquelle vous entrez pour en prendre possession est une terre souillée par l'impureté des peuples de ces contrées, par leurs abominations dont ils l'ont remplie d'un bout à l'autre dans leur souillure.
וְעַתָּה בְּנוֹתֵיכֶם אַל־תִּתְּנוּ לִבְנֵיהֶם וּבְנֹתֵיהֶם אַל־תִּשְׂאוּ לִבְנֵיכֶם, וְלֹא־תִדְרְשׁוּ שְׁלֹמָם וְטוֹבָתָם עַד־עוֹלָם, לְמַעַן תֶּחֶזְקוּ וַאֲכַלְתֶּם אֶת־טוּב הָאָרֶץ וְהוֹרַשְׁתֶּם לִבְנֵיכֶם עַד־עוֹלָם. - Et maintenant, ne donnez pas vos filles à leurs fils, et ne prenez pas leurs filles pour vos fils ; ne recherchez jamais leur paix ni leur bien-être, afin que vous deveniez forts, que vous mangiez les meilleurs fruits du pays et que vous le transmettiez en héritage à vos enfants pour toujours.

Que faire à présent ? Il s'agit pourtant de cette terre-là même à propos de laquelle le Saint, béni soit-Il, n'a cessé d'avertir : « Vous n'agirez pas selon les coutumes du pays de Canaan ». Les peuples qui y demeuraient autrefois étaient les Cananéens, chez qui la perversion des Amoréens avait atteint son comble ; ils se livraient ici à toutes les abominations, à l'inceste, aux unions interdites, à la débauche et à la licence la plus absolue, sans compter leurs fautes gravissimes et leur idolâtrie. C'est précisément pour cela qu'Hachem les en a chassés, qu'Il nous y a installés et qu'Il nous a sévèrement enjoints de ne jamais nous laisser contaminer par leurs pratiques.

Et Il nous a mis en garde : ne donnez point vos filles à leurs fils, et ne prenez point leurs filles pour vos fils, et même « vous ne rechercherez jamais ni leur paix ni leur bien-être pour toujours ». Pourquoi cela aussi ? Parce que si la paix commence à s'établir entre vous, tu te lieras d'amitié avec lui, tu boiras un verre de vin avec lui, une camaraderie se créera, il t'invitera à son repas, et par là tu finiras par donner ta fille à son fils et prendre sa fille pour ton fils, et cela vous conduira à vous assimiler parmi eux. Mais si vous préservez cette séparation entre vous et les nations, alors « afin que vous deveniez forts et que vous mangiez les meilleurs produits du pays », tout le bien de la terre vous est garanti, « et que vous le laissiez en héritage à vos enfants pour toujours », la terre sera votre héritage pour l'éternité et vous n'en serez jamais exilés.

Or cette terre était « une terre impure par la souillure des peuples des contrées », souillée et abominée par les fautes qu'ils avaient commises : « ils l'ont remplie d'un bout à l'autre » (littéralement : d'une bouche à l'autre). Et que signifie cette expression ? Que signifie « il remplit Jérusalem de sang d'un bout à l'autre », ou qu'une salle se remplit « d'un bord à l'autre » ? L'explication en est : d'une entrée à l'autre. Le mot « bouche » désigne aussi une ouverture, et l'expression signifie donc que la salle était comble d'une porte à l'autre. De même, la terre en fut remplie d'une extrémité à l'autre, pour ainsi dire de cette porte du pays jusqu'à cette autre porte, la terre entière en était pleine.

Tu nous as épargnés en deçà de nos fautes : des tarifs réduits

וְאַחֲרֵי כָּל־הַבָּא עָלֵינוּ בְּמַעֲשֵׂינוּ הָרָעִים וּבְאַשְׁמָתֵנוּ הַגְּדֹלָה, כִּי אַתָּה אֱלֹהֵינוּ חָשַׂכְתָּ לְמַטָּה מֵעֲוֺנֵנוּ וְנָתַתָּה לָּנוּ פְּלֵיטָה כָּזֹאת. - Et après tout ce qui nous est arrivé à cause de nos mauvaises actions et de notre grande culpabilité, puisque Toi, notre Dieu, Tu nous as épargnés en deçà de nos fautes et Tu nous as accordé un tel reste de rescapés.

Après tout ce qui nous est arrivé, après tout le mal que nous avons subi à la suite de nos mauvaises actions, le fait que nous ayons été exilés de notre terre, l'épée, la mort et tant d'épreuves que nous avons traversées. En apparence, quand quelqu'un s'exprime ainsi, c'est comme s'il formulait un grief en disant : après toutes nos fautes, Tu nous as infligé de tels coups, ce qui porterait atteinte, à Dieu ne plaise, à l'honneur du Créateur du monde. C'est pourquoi il s'empresse d'ajouter et de souligner deux points. Premièrement, « à cause de nos mauvaises actions et de notre grande culpabilité » - nous l'avons mérité, tout est conforme à la justice stricte. Et deuxièmement, « puisque Toi, notre Dieu, Tu nous as épargnés en deçà de nos fautes » - dans Ta miséricorde, Tu nous as encore donné moins que ce que nous méritions ; Tu n'as pas exigé de nous le plein tarif pour chaque transgression, mais Tu as fait payer selon des tarifs réduits, bien en deçà de nos fautes.

Et c'est grâce à cela que « Tu nous as accordé un tel reste de rescapés ». Car si Tu nous avais rétribués selon la mesure de nos fautes, que serait-il resté de nous ? Il ne serait resté absolument aucun rescapé. Mais puisque Tu nous as donné moins que ce que nos fautes exigeaient, nous avons pu subsister comme survivants et rescapés.

« Ne t'irriteras-Tu pas contre nous jusqu'à l'extermination ? »

הֲנָשׁוּב לְהָפֵר מִצְוֺתֶיךָ וּלְהִתְחַתֵּן בְּעַמֵּי הַתֹּעֵבוֹת הָאֵלֶּה, הֲלוֹא תֶאֱנַף־בָּנוּ עַד־כַּלֵּה לְאֵין שְׁאֵרִית וּפְלֵיטָה. - Recommencerions-nous à enfreindre Tes commandements et à nous allier par mariage avec ces peuples abominables ? Ne t'irriteras-Tu pas contre nous jusqu'à l'anéantissement total, sans qu'il reste ni vestige ni rescapé ?

Si maintenant, après toute Ta miséricorde et toutes Tes bontés envers nous, nous recommençons à Te provoquer, à enfreindre Tes commandements et à nous allier par mariage avec ces peuples abominables, une telle conduite déclencherait une colère immense. Or, le Malbim explique toujours la nuance entre les différents termes exprimant la colère : le verbe « hit'anef » signifie une colère qui va jusqu'à l'anéantissement complet. La racine « anaf » renvoie toujours à l'extrémité ultime, jusqu'au bout, lorsque la chose est définitivement scellée. « Et l'Éternel s'irrita contre moi (hit'anef) » - c'était irrévocable, il n'était plus question d'entrer en terre d'Israël d'aucune façon. De même ici : « Ne t'irriteras-Tu pas contre nous jusqu'à l'extermination ? ». Dans une telle situation, ce serait une colère destructrice, non point une colère partielle dont il subsiste un reste, mais « sans qu'il reste ni vestige ni rescapé ». Et pourquoi ? Parce que nous avons récidivé. Nous avions reçu une chance, et nous sommes retournés à nos égarements.

Tu es juste : au-delà de la stricte justice

ה' אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל צַדִּיק אַתָּה, כִּי־נִשְׁאַרְנוּ פְלֵיטָה כְּהַיּוֹם הַזֶּה. הִנְנוּ לְפָנֶיךָ בְּאַשְׁמָתֵינוּ, כִּי אֵין לַעֲמוֹד לְפָנֶיךָ עַל־זֹאת. - Éternel, Dieu d'Israël, Tu es juste, car nous subsistons comme un reste de rescapés en ce jour. Nous voici devant Toi avec notre culpabilité, car nul ne saurait se tenir devant Toi face à une telle faute.

Que signifie le mot « juste » (tsaddik) ici ? Tsaddik s'entend ici au sens d'agir au-delà de la stricte justice (lifnim michourat hadin). D'où le sait-on ? « L'Éternel a fait preuve de tsédaka envers nous » - qu'est-ce que la tsédaka ? C'est aller au-delà de la stricte mesure : tu ne le mérites pas, et pourtant Je te le donne. Chaque fois que l'on emploie la notion de justice bienveillante (tsédek ou tsédaka) pour qualifier la conduite divine envers nous, il s'agit d'une action qui dépasse la rigueur du droit strict. Par conséquent, « Tu es juste » signifie : Tu as agi envers nous avec plus d'indulgence que ce que nous méritions, Tu as agi avec nous au-delà de la stricte justice.

Et cela s'applique aussi bien au passé qu'à l'avenir. Au passé : « car nous sommes restés un reste en ce jour », Tu nous as infligé un châtiment bien inférieur à ce que nous méritions, comme il a été dit plus haut : « Tu as retenu Ton châtiment en deçà de nos fautes », et tout cela grâce à Ta droiture. Et à l'avenir : si Tu t'irrites contre nous, il ne restera de nous aucun rescapé, car pèse à présent sur nous une faute supplémentaire, et nous ne pourrons subsister avec notre culpabilité. « Nous voici devant Toi dans notre culpabilité, car nul ne peut se tenir devant Toi face à cela ». Et si, malgré cela, Tu continues à nous préserver en ce jour, alors même que nous agissons contre Ta volonté, cela prouve en soi Ta parfaite droiture, Maître du monde. Toi, Hachem, Tu es juste, et nous, par nos actes, avons été coupables.

En résumé : Ezra apprend que le peuple, les ministres et les dignitaires en tête, s'est mêlé aux peuples du pays. Sa réaction immédiate est de déchirer ses vêtements, de s'arracher les cheveux, de jeûner et de s'asseoir dans la désolation, avant de prononcer une confession publique destinée à déchirer le cœur du peuple. Dans sa confession, il distingue la honte intime (éprouvée envers soi-même face à la perversion de l'esprit qui dépasse la tête) de l'opprobre public (face aux autres, face à la culpabilité du châtiment mérité qui monte jusqu'au ciel). Il retrace l'histoire : depuis l'époque de nos ancêtres, la mesure était comblée et l'exil était conforme au strict jugement ; de même, la délivrance de l'exil ne résultait pas d'un droit strict, mais d'une grâce prématurée accordée pour laisser un reste de rescapés, donner un point d'ancrage dans Son saint lieu, éclairer nos yeux et nous accorder un peu de répit dans notre servitude. Toute cette opportunité n'a été accordée que pour nous permettre d'améliorer nos actes et d'en devenir dignes. Dès lors, si nous recommençons à enfreindre les commandements et à nous allier par le mariage avec ces peuples abominables, cela provoquera une colère destructrice, sans reste ni rescapé. Et par-dessus tout, Ezra proclame : « Hachem, D.ieu d'Israël, Tu es juste » - tout a été accordé au-delà de la stricte justice, alors que nous nous sommes conduits coupablement. C'est ainsi qu'Ezra vient se confesser devant Hachem afin de transformer la situation où de nombreux membres d'Israël avaient épousé des femmes étrangères.

Chapitre 9 - La faute des femmes étrangères et la prière d'Ezra · Sefer Ezra · ספר עזרא