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Chapitre 10 - Le repentir du peuple et le renvoi des femmes étrangères

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Le chapitre 10 est le chapitre de clôture du livre d'Ezra, et c'est celui où s'accomplit concrètement tout ce sur quoi Ezra pleurait à la fin du chapitre précédent : la réparation de la brèche causée par les femmes étrangères. Ce chapitre nous enseigne comment un dirigeant réprimande la collectivité, quelle est la force de la communauté pour ériger une barrière protectrice, et combien il est difficile et courageux d'accomplir la volonté d'Hachem lorsqu'elle touche à la chair même de la famille. Suivons le texte selon l'ordre des versets.

Les pleurs de l'assemblée : qui sont les hommes, les femmes et les enfants
וּכְהִתְפַּלֵּל עֶזְרָא וּכְהִתְוַדֹּתוֹ בֹּכֶה וּמִתְנַפֵּל לִפְנֵי בֵּית הָאֱלֹהִים, נִקְבְּצוּ אֵלָיו מִיִּשְׂרָאֵל קָהָל רַב מְאֹד, אֲנָשִׁים וְנָשִׁים וִילָדִים, כִּי בָכוּ הָעָם הַרְבֵּה בֶכֶה׃ - Et tandis qu'Ezra priait et faisait ses aveux, pleurant et prosterné devant la Maison de Dieu, une très grande foule d'Israël se rassembla auprès de lui, des hommes, des femmes et des enfants, car le peuple pleurait abondamment.

« Harbé vékhe » - de grands pleurs. Et lorsqu'on observe qui compose ce rassemblement, on comprend à quel point l'épreuve touchait chaque âme : les hommes - ceux qui avaient épousé des femmes étrangères ; les femmes - les étrangères ainsi épousées, ou bien leurs épouses légitimes juives auxquelles leurs maris avaient imposé une seconde épouse étrangère ; et les enfants - ces enfants qui allaient désormais être séparés, car étant nés d'une femme étrangère, ils sont eux-mêmes considérés comme non-juifs. Toutes les familles sans exception sont en pleurs.

« Nous avons trahi » - la faute de toute une communauté
וַיַּעַן שְׁכַנְיָה בֶן יְחִיאֵל מִבְּנֵי עֵילָם וַיֹּאמֶר לְעֶזְרָא: אֲנַחְנוּ מָעַלְנוּ בֵאלֹהֵינוּ וַנֹּשֶׁב נָשִׁים נָכְרִיּוֹת מֵעַמֵּי הָאָרֶץ, וְעַתָּה יֵשׁ מִקְוֶה לְיִשְׂרָאֵל עַל זֹאת׃ - Chekhania, fils de Yehiel, d'entre les fils d'Elam, prit la parole et dit à Ezra : Nous avons trahi notre Dieu en installant chez nous des femmes étrangères issues des peuples du pays ; mais maintenant, il reste un espoir pour Israël à ce sujet.

Chekhania ben Yehiel s'avance et déclare : nous avons agi de manière indigne, nous avons commis une trahison. Le Malbim soulève une question : plus loin dans le chapitre, nous constatons pourtant que les fautifs étaient peu nombreux, et ne représentaient pas la majorité du peuple ; pourquoi donc dit-il « nous avons trahi » ? C'est qu'il s'agissait d'une faute collective pour deux raisons : d'abord, parce que les dirigeants du peuple y avaient pris part ; ensuite, parce que cela s'était fait publiquement, au grand jour.

Il y a là un principe fondamental : tout acte accompli en public revêt une gravité disproportionnée par rapport à la faute elle-même, car lorsqu'une faute est commise en secret, elle n'entraîne pas de profanation du Nom divin (Hilloul Hachem). C'est pourquoi la Guémara enseigne que celui qui voit son penchant le dominer, au point qu'il n'a plus aucun moyen de lui résister, doit au moins limiter les dégâts : qu'il aille dans un endroit où on ne le connaît pas, et qu'il s'y vête de noir. Le fait de porter des vêtements noirs le réveillera, lui rappellera le deuil et le jour de la mort. Il ne s'agit nullement, à Dieu ne plaise, d'une permission de commettre la faute ; tout ce qui est dit ici, c'est que si un homme en est réduit à commettre un tel péché, qu'au moins il n'en découle aucun Hilloul Hachem.

Il y a une autre raison à cela : tant que vous préservez votre bonne réputation dans votre milieu, vous pouvez continuer à maintenir votre niveau spirituel et y revenir. Mais lorsqu'un homme sait que son honneur est entaché, il se dit : « C'est fini, je n'ai plus rien à perdre », et il est prêt à abandonner toute retenue. En revanche, lorsqu'il sait que dans son entourage on le considère encore comme un homme intègre, droit et craignant Dieu, il finira par regretter son geste, rectifier sa conduite et retrouver son rang d'autrefois.

De là découle un enseignement majeur pour l'éducation des enfants, que nous avons mentionné à plusieurs reprises : ne pas chercher à dévoiler à un enfant tout ce que l'on sait sur lui. Bien souvent, cela suscite chez lui le sentiment que « l'on sait déjà tout sur moi, je n'ai plus rien à perdre ». Comme le dit la Guémara à propos du sage âgé pour qui une tâche n'est pas conforme à sa dignité : « Il arrive que tu doives fermer les yeux ». Les parents doivent faire preuve de discernement et savoir ce qu'il faut ignorer et ce qu'il faut relever. Parfois, bien au contraire, c'est le fait de fermer les yeux qui construira l'enfant, alors que souligner sa faute et exposer sa honte l'amènerait à se dire : de toute façon, tout le monde sait ce qu'il en est, autant cesser de faire semblant et agir désormais sans retenue.

Tel est donc le sens de « nous avons trahi » : en vertu du principe de responsabilité mutuelle (arévout), puisque l'acte s'est produit au grand jour et que tous en étaient informés, le péché rejaillit sur l'ensemble du peuple, comme s'il émanait de tous. On ne peut pas se contenter de dire : « C'est son problème ». « Les choses cachées sont pour l'Éternel, notre Dieu » - ce qui demeure secret relève de la seule responsabilité de l'individu, et le Créateur en jugera ; mais dès lors que la chose se fait publiquement et au vu de tous, la responsabilité devient collective. C'est pourquoi il dit « nous avons trahi » : une trahison de la communauté tout entière, et pas seulement des individus qui seront énumérés plus loin.

« Mais maintenant, il reste un espoir (mikvé) pour Israël à ce sujet » - le mot « mikvé » est pris ici au sens d'espoir (tikva) : y a-t-il un espoir que, si nous prenons sur nous de protester contre cela, le péché soit écarté et la faute expiée ? Jusqu'à présent, nous n'avions pas le pouvoir de protester, car nous n'étions pas maîtres chez nous mais soumis à l'autorité du roi perse. Mais à présent, le pouvoir nous a été accordé : le gouverneur est Zorobabel, mandaté par le roi, et nous disposons de nos propres juges, de nos propres officiers de justice et du pouvoir de sanctionner. Dès lors que nous avons les moyens de modifier la situation, il y a peut-être un espoir que nous puissions protester et que, par ce biais, le sort d'Israël s'améliore. D'autres expliquent le mot « mikvé » dans son sens littéral de bain rituel : existe-t-il un mikvé capable de purifier une telle souillure ?

S'inclure dans la réprimande

Nos Sages ont appris de là que celui qui vient faire des reproches aux autres ne doit pas les accuser du doigt. L'orateur ne doit pas se lever et dire : « Vous êtes comme ceci et comme cela », car ainsi ils n'accepteront pas ses paroles. Il doit plutôt dire : « Nous avons un problème sur tel et tel point » - toujours s'inclure parmi eux, même si lui-même n'a pas ce problème. Quand on dit « nous », l'auditeur est disposé à accepter, car on s'est inclus dans le groupe. Mais quand on vient en disant : « Vous avez un très grave problème », il voit en vous un censeur venu d'en haut, un grand tsadik qui cherche nos défauts et nos failles - et cela, l'homme refuse de l'accepter. Telle fut la sagesse de Chekhanya ben Yehiel, parmi les fils d'Elam : « Nous avons été infidèles envers notre Dieu » - il s'attribue la faute à lui aussi, bien qu'il n'ait pas péché, et place l'ensemble de la communauté au cœur du problème.

La conclusion de l'alliance et le soutien au dirigeant
וְעַתָּה נִכְרָת בְּרִית לֵאלֹהֵינוּ לְהוֹצִיא כָל נָשִׁים וְהַנּוֹלָד מֵהֶם בַּעֲצַת אֲדֹנָי וְהַחֲרֵדִים בְּמִצְוַת אֱלֹהֵינוּ, וְכַתּוֹרָה יֵעָשֶׂה׃ - Et maintenant, concluons une alliance avec notre Dieu pour renvoyer toutes ces femmes et les enfants nés d'elles, selon le conseil de mon seigneur et de ceux qui tremblent devant le commandement de notre Dieu, et qu'il soit fait selon la Torah.

Concluons une alliance avec notre Dieu pour renvoyer toutes les femmes et les enfants nés d'elles, car tel est le conseil de Dieu et la volonté du Saint béni soit-Il. « Et de ceux qui tremblent devant le commandement de notre Dieu » - déjà à cette époque existaient des « harédim » : tous ceux qui tremblent pour la mitsva d'Hachem. « Et qu'il soit fait selon la Torah » - cela sera accompli exactement comme la Torah l'ordonne.

קוּם כִּי עָלֶיךָ הַדָּבָר וַאֲנַחְנוּ עִמָּךְ, חֲזַק וַעֲשֵׂה׃ - Lève-toi, car cette tâche t'incombe et nous sommes avec toi ; sois fort et agis.

Lève-toi et sois prompt à la tâche, et nous sommes avec toi. En vérité, il fallait ici une force et un courage hors du commun. C'est une situation qui n'a rien de simple : s'adresser à tant de gens et leur dire : « Messieurs, dès demain on divorce » - dès demain tu renvoies cette femme de chez toi, ainsi que ces enfants, car ce ne sont pas tes enfants mais les enfants de l'étrangère, des non-juifs - renvoie-les. C'est une chose extrêmement difficile. Nous trouvons déjà à l'époque de Moché Rabbénou : « Le peuple pleurait par familles » - au sujet des affaires de leurs familles, parce que les unions interdites leur avaient été prohibées. Des séparations massives de cette ampleur exigent un courage immense, et c'est pourquoi ils viennent lui dire : Lève-toi, car la chose t'incombe et nous sommes avec toi. Nous te soutenons, nous t'encouragerons et te donnerons de l'autorité - sois fort et accomplis la volonté d'Hachem, et nous t'épaulerons.

Le serment : la force de la collectivité comme celle d'un roi
וַיָּקָם עֶזְרָא וַיַּשְׁבַּע אֶת שָׂרֵי הַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם וְכָל יִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת כַּדָּבָר הַזֶּה, וַיִּשָּׁבֵעוּ׃ - Ezra se leva et fit prêter serment aux chefs des prêtres, des Lévites et de tout Israël d'agir selon cette parole ; et ils prêtèrent serment.

Ezra fait prêter serment aux chefs des Cohanim, des Léviim et de tout Israël « d'agir selon cette parole » - de renvoyer ces femmes ; et « ils prêtèrent serment » signifie qu'ils donnèrent leur accord, scellant ainsi le consentement de tout le peuple d'Israël à agir selon ses directives. Le Malbim explique pourquoi un serment était indispensable : ils savaient que beaucoup s'opposeraient et refuseraient de renvoyer leurs femmes, et savaient qu'Ezra n'avait le pouvoir de punir que selon la stricte loi de la Torah. Or, selon la loi de la Torah, celui qui s'unit à une non-juive - les zélateurs peuvent le frapper, mais la Torah ne prévoit ni lapidation, ni peine de mort, ni kareth, ni aucune sanction pénale explicite.

Certes, nos Sages ont enseigné que celui qui a des relations avec une étrangère se rend coupable au titre de NaCheGaZ - Nidda, Chif'ha (servante), Goyah (non-juive), Zona (prostituée), cumulant ainsi quatre transgressions. Et dans les saints livres, il est écrit que pour celui qui s'unit à une non-juive, celle-ci s'attache à lui comme un chien. Il y est également précisé que si ce point n'est pas mentionné explicitement dans la Torah, c'est parce qu'il n'y a pour ainsi dire presque aucune réparation : la Torah consigne les fautes pour lesquelles un repentir réparateur existe, alors qu'ici, pour ainsi dire, la Torah n'a pas de réponse à cela, elle n'a pas de solution pour vous - et puisqu'il n'y a pas de solution, la chose n'y est pas écrite.

Il s'avère donc qu'aucune sanction explicite ne figure dans la Torah à ce sujet, et c'est là que surgit le problème pratique : on proclame « c'est interdit » - mais où sont les crocs ? Une loi sans moyens de coercition n'est pas une loi. Tu dis que c'est interdit, mais que vas-tu me faire ? La flagellation n'est pas prescrite, la lapidation non plus, quelle peine vas-tu m'infliger ? Ils comprirent donc qu'il fallait créer un pouvoir de dissuasion, et que cette dissuasion ne pouvait naître que d'un serment : si nous nous engageons tous par serment, la collectivité dispose d'une autorité équivalente à celle d'un roi, et il devient alors possible d'infliger des peines bien plus sévères que ce que la loi stricte prévoit.

Où trouvons-nous un précédent similaire ? Dans l'épisode de la concubine de Guiv'a. En ces jours-là, il n'y avait point de roi en Israël, et c'est pour cette raison qu'arriva ce qui arriva. Et lorsque la collectivité d'Israël vient combattre les pécheurs, la tribu de Binyamin, d'où tire-t-elle son autorité ? Sous prétexte qu'une concubine a été violentée par des vauriens, part-on en guerre contre toute une tribu ? Un roi dispose d'un tel pouvoir : le roi est habilité à poser des barrières et à châtier au-delà de la stricte lettre de la Torah - « et pour la brebis il paiera au quadruple », « cet homme mérite la mort » ; où cela est-il écrit dans la Torah ? C'est que « je suis roi », et en tant que souverain, j'impose des peines de dissuasion. Mais une collectivité dépourvue de roi, d'où puise-t-elle cette force ? Là aussi, dans l'affaire de la concubine de Guiv'a, tous se levèrent d'un même élan, s'unirent et prêtèrent serment ; or dès lors que la collectivité s'engage par serment, elle acquiert une autorité semblable à celle d'un roi, et il devient permis d'entreprendre des mesures qui, selon la stricte loi écrite de la Torah, n'y figurent pas. La collectivité possède le pouvoir royal d'infliger des punitions rigoureuses pour réprimer les fautes et réparer les brèches apparues au sein du peuple. C'est pourquoi « Ezra se leva et fit prêter serment aux chefs des prêtres, des lévites et de tout Israël d'agir selon cette parole » : tous acceptent sur eux de se conformer à la décision prise par la collectivité.

Le deuil d'Ezra
וַיָּקָם עֶזְרָא מִלִּפְנֵי בֵּית הָאֱלֹהִים וַיֵּלֶךְ אֶל לִשְׁכַּת יְהוֹחָנָן בֶּן אֶלְיָשִׁיב, וַיֵּלֶךְ שָׁם לֶחֶם לֹא אָכַל וּמַיִם לֹא שָׁתָה כִּי מִתְאַבֵּל עַל מַעַל הַגּוֹלָה׃ - Ezra se leva de devant la Maison de Dieu et se rendit à la chambre de Yehohanan, fils d'Éliashiv ; il s'y rendit sans manger de pain ni boire d'eau, car il était en deuil de la prévarication des exilés.

Après l'avoir vu à genoux, pleurant, en deuil et s'affligeant par le jeûne, Ezra se lève de devant la Maison de Dieu et se dirige vers la chambre de Yehohanan, fils d'Éliashiv. Et que signifie « il s'y rendit » alors que le texte a déjà dit « et il alla » ? C'est que, bien qu'étant arrivé sur les lieux, il s'abstint toujours de manger. Autrement dit, le jeûne public était certes achevé, mais lui ne mettait point fin à sa privation, « car il était en deuil de la prévarication des exilés » - de la trahison commise par les fils de l'exil.

La proclamation et la mise au ban
וַיַּעֲבִירוּ קוֹל בִּיהוּדָה וִירוּשָׁלַיִם לְכֹל בְּנֵי הַגּוֹלָה לְהִקָּבֵץ יְרוּשָׁלָיִם׃ וְכֹל אֲשֶׁר לֹא יָבוֹא לִשְׁלֹשֶׁת הַיָּמִים כַּעֲצַת הַשָּׂרִים וְהַזְּקֵנִים, יָחֳרַם כָּל רְכוּשׁוֹ וְהוּא יִבָּדֵל מִקְּהַל הַגּוֹלָה׃ - On fit entendre une proclamation dans Juda et Jérusalem à tous les enfants de l'exil, afin qu'ils se rassemblent à Jérusalem. Et quiconque ne viendrait pas dans les trois jours, selon la décision des chefs et des anciens, tous ses biens seraient confisqués et lui-même serait retranché de l'assemblée des exilés.

On proclame un ordre solennel à l'adresse de tous les captifs montés de l'exil et arrivés en Terre d'Israël : que tous se rassemblent à Jérusalem pour un message de première importance. Et quant à celui qui ne se présenterait pas - et c'est ici que se révèle la puissance du consensus collectif ayant force de loi royale, « selon la décision des chefs et des anciens » -, tous ses biens seront confisqués : sa maison, son champ, tout ce qui lui appartient, et lui-même sera exclu de la communauté des exilés.

וַיִּקָּבְצוּ כָל אַנְשֵׁי יְהוּדָה וּבִנְיָמִן יְרוּשָׁלַיִם לִשְׁלֹשֶׁת הַיָּמִים, הוּא חֹדֶשׁ הַתְּשִׁיעִי בְּעֶשְׂרִים בַּחֹדֶשׁ, וַיֵּשְׁבוּ כָל הָעָם בִּרְחוֹב בֵּית הָאֱלֹהִים מַרְעִידִים עַל הַדָּבָר וּמֵהַגְּשָׁמִים׃ - Tous les hommes de Juda et de Benjamin se rassemblèrent à Jérusalem dans les trois jours ; c'était le neuvième mois, le vingt du mois. Tout le peuple se tint sur la place de la Maison de Dieu, tremblant à cause de cette affaire et sous les pluies.

Tous les hommes de Juda et de Benjamin s'assemblèrent dans le délai des trois jours qui leur avait été assigné, au cours du neuvième mois - le mois de Kislev -, le vingt du mois. Et n'ayant point de salles capables de contenir une telle foule, tout le peuple se tint sur la place devant la Maison de Dieu. « Tremblant à cause de cette affaire et sous les pluies » : ils tremblaient doublement, saisis de frayeur devant la gravité du sujet, et frissonnant sous les averses battantes.

Confession et abandon de la faute
וַיָּקָם עֶזְרָא הַכֹּהֵן וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם: אַתֶּם מְעַלְתֶּם וַתֹּשִׁיבוּ נָשִׁים נָכְרִיּוֹת לְהוֹסִיף עַל אַשְׁמַת יִשְׂרָאֵל׃ וְעַתָּה תְּנוּ תוֹדָה לַה' אֱלֹהֵי אֲבֹתֵיכֶם וַעֲשׂוּ רְצוֹנוֹ, וְהִבָּדְלוּ מֵעַמֵּי הָאָרֶץ וּמִן הַנָּשִׁים הַנָּכְרִיּוֹת׃ - Ezra le prêtre se leva et leur dit : Vous avez commis une infidélité en épousant des femmes étrangères, ajoutant ainsi à la culpabilité d'Israël. Et maintenant, confessez votre faute devant l'Éternel, Dieu de vos pères, et faites Sa volonté ; séparez-vous des peuples du pays et des femmes étrangères.

« Vous avez commis une infidélité », dit-il au pluriel, car tous les enfants d'Israël sont garants les uns des autres, et au nom de cette responsabilité collective, le blâme retombe sur nous tous ; c'est pourquoi il exigeait l'assentiment de tous pour reconnaître la faute. « Confessez votre faute » (tenou toda) : il ne s'agit pas de remerciements pour un présent reçu, mais d'un terme exprimant l'aveu, la reconnaissance du tort : reconnaissez vos iniquités. Tel est le vidouï. « Et faites Sa volonté » : regrettez le passé et prenez de fermes résolutions pour l'avenir. « Séparez-vous des peuples du pays et des femmes étrangères » : c'est l'abandon effectif du péché. Voilà tracé l'ordre de la techouva : en premier lieu la confession, suivie immédiatement de l'abandon de la faute.

La réponse du peuple : accord et demande d'une organisation pratique
וַיַּעֲנוּ כָל הַקָּהָל וַיֹּאמְרוּ קוֹל גָּדוֹל: כֵּן כִּדְבָרְךָ עָלֵינוּ לַעֲשׂוֹת׃ אֲבָל הָעָם רָב וְהָעֵת גְּשָׁמִים וְאֵין כֹּחַ לַעֲמוֹד בַּחוּץ, וְהַמְּלָאכָה לֹא לְיוֹם אֶחָד וְלֹא לִשְׁנַיִם כִּי הִרְבִּינוּ לִפְשֹׁעַ בַּדָּבָר הַזֶּה׃ - Toute l'assemblée répondit d'une voix forte : Oui, c'est selon ta parole qu'il nous incombe d'agir ! Mais le peuple est nombreux, et c'est la saison des pluies ; on n'a pas la force de rester dehors, et ce travail ne prendra ni un jour ni deux, car nous avons multiplié les fautes dans cette affaire.

La chose est juste et droite, et nous devons accomplir ce que tu as dit. Cependant, le peuple est nombreux et le moment n'est pas propice, car c'est maintenant la saison des pluies. Si nous restons assis ici à examiner chaque cas un par un de manière individuelle, ce sera extrêmement difficile ; il est impossible de faire asseoir tout le monde sous la pluie, et personne n'a la force de rester dehors. Et si tu suggères : « Attardons-nous un jour ou deux, ce n'est pas grave », ils lui répondent : non, ce travail ne prendra pas un ou deux jours, mais beaucoup de temps, et retenir tout le peuple ici sous les pluies pendant une longue période est impossible. « Car nous avons multiplié les fautes dans cette affaire » - nous reconnaissons qu'il y a là une grave faute qu'il faut réparer, mais pas dans l'immédiat.

יַעַמְדוּ נָא שָׂרֵינוּ לְכָל הַקָּהָל, וְכֹל אֲשֶׁר בֶּעָרֵינוּ הַהֹשִׁיב נָשִׁים נָכְרִיּוֹת יָבֹא לְעִתִּים מְזֻמָּנִים, וְעִמָּהֶם זִקְנֵי עִיר וָעִיר וְשֹׁפְטֶיהָ, עַד לְהָשִׁיב חֲרוֹן אַף אֱלֹהֵינוּ מִמֶּנּוּ עַד לַדָּבָר הַזֶּה׃ - Que nos dirigeants se tiennent donc au nom de toute l'assemblée, et que tous ceux qui, dans nos villes, ont pris des femmes étrangères viennent à des moments fixés, accompagnés des anciens de chaque ville et de ses juges, jusqu'à détourner de nous l'ardente colère de notre Dieu à ce sujet.

Voici donc le conseil proposé : au lieu que toi, Ezra, prennes en charge toute cette affaire personnellement - ce qui serait bien trop lourd -, que les chefs du peuple se tiennent à la place de toute la communauté et restent ici à Jérusalem, de sorte que tout ce qu'ils feront soit considéré comme accompli avec l'assentiment de toute l'assemblée. Toute décision prise par les dirigeants du peuple nous agréera. Nous retournerons dans nos localités, puis les chefs du peuple viendront réparer toutes les brèches de la génération, y compris cette brèche-ci, et nous détournerons ainsi l'ardente colère d'Hachem de sorte qu'il n'y ait plus aucun motif d'indignation. C'est là le sens de « jusqu'à cette affaire » : ils répareront toutes les brèches, jusqu'à celle-ci, c'est-à-dire qu'ils répareront absolument tout. Restez donc ici, tenez conseil, et ils verront comment mener cette rectification à bien.

Quatre hommes qui se levèrent pour contester
אַךְ יוֹנָתָן בֶּן עֲשָׂהאֵל וְיַחְזְיָה בֶן תִּקְוָה עָמְדוּ עַל זֹאת, וּמְשֻׁלָּם וְשַׁבְּתַי הַלֵּוִי עֲזָרֻם׃ - Seuls Yonatan, fils d'Assaël, et Ya'hzia, fils de Tikva, s'opposèrent à cela, et Mechoulam ainsi que Chabtaï le Lévi les soutinrent.

Nous avons affaire à des Juifs : imagine-t-on que tout le monde puisse dire « oui » d'une seule voix ? C'est impossible. Il y a toujours l'adepte de « l'ipkha mistabra » (le raisonnement à contre-courant) : tu dis blanc, on peut très bien soutenir le noir. Il surgit toujours quelqu'un qui s'estime plus avisé que tous les autres, il émerge toujours le Kora'h propre à chaque communauté. C'est à ce propos qu'il est dit : « Mais les fils de Kora'h ne moururent point » - ils existent encore et prennent racine dans chaque génération. Et ici, ils sont mentionnés pour l'opprobre éternelle : Yonatan fils d'Assaël et Ya'hzia fils de Tikva s'élevèrent contre cela, ils se levèrent pour contester, et Mechoulam avec Chabtaï le Lévi leur prêtèrent main-forte, soit deux acolytes supplémentaires. Mais c'est précisément là que l'on mesure la grandeur et la noblesse d'Israël : tous avaient souscrit aux paroles d'Ezra, et seuls ces quatre-là se sont dressés pour polémiquer, car le renvoi des femmes étrangères ne leur convenait pas.

La session du tribunal et l'achèvement de la réparation
וַיַּעֲשׂוּ כֵן בְּנֵי הַגּוֹלָה, וַיִּבָּדְלוּ עֶזְרָא הַכֹּהֵן אֲנָשִׁים רָאשֵׁי הָאָבוֹת לְבֵית אֲבֹתָם וְכֻלָּם בְּשֵׁמוֹת, וַיֵּשְׁבוּ בְּיוֹם אֶחָד לַחֹדֶשׁ הָעֲשִׂירִי לְדַרְיוֹשׁ הַדָּבָר׃ - C'est ce que firent les déportés : Ezra le Cohen et des hommes chefs de famille selon leurs maisons paternelles, tous désignés nommément, furent mis à part ; ils siégèrent le premier jour du dixième mois pour instruire l'affaire.

Tous les enfants de l'exil agirent ainsi : le peuple retourna à ses affaires et à ses champs, tandis qu'Ezra le Cohen et les chefs de famille restèrent à Jérusalem, séparés de la multitude, et ils siégèrent le premier jour du dixième mois « pour instruire l'affaire » - pour examiner la situation, déterminer ce qu'il convenait de faire et les mesures à prendre.

וַיְכַלּוּ בַכֹּל אֲנָשִׁים הַהֹשִׁיבוּ נָשִׁים נָכְרִיּוֹת, עַד יוֹם אֶחָד לַחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן׃ - Et ils en eurent fini avec tous les hommes qui avaient pris des femmes étrangères le premier jour du premier mois.

Ils menèrent à terme la réparation concernant tous ces hommes qui avaient épousé des femmes étrangères, jusqu'au premier jour du premier mois. L'affaire fut réglée, et ils parvinrent à résoudre l'ensemble du problème - c'est-à-dire à parvenir à une situation où tous ces hommes avaient renvoyé leurs femmes.

Les Kohanim, l'engagement solennel et le bélier d'Acham
וַיִּמָּצֵא מִבְּנֵי הַכֹּהֲנִים אֲשֶׁר הֹשִׁיבוּ נָשִׁים נָכְרִיּוֹת: מִבְּנֵי יֵשׁוּעַ בֶּן יוֹצָדָק וְאֶחָיו, מַעֲשֵׂיָה וֶאֱלִיעֶזֶר וְיָרִיב וּגְדַלְיָה׃ וַיִּתְּנוּ יָדָם לְהוֹצִיא נְשֵׁיהֶם, וַאֲשֵׁמִים אֵיל צֹאן עַל אַשְׁמָתָם׃ - Et il se trouva, parmi les fils des Kohanim, des hommes qui avaient pris des femmes étrangères : parmi les fils de Yéchoua fils de Yotsadak et ses frères, Maasséya, Eliézer, Yariv et Guedalia. Ils engagèrent leur parole de renvoyer leurs femmes et, se reconnaissant coupables, offrirent un bélier du troupeau pour leur faute.

« וַיִּתְּנוּ יָדָם » (Ils donnèrent leur main) - c'est une allusion à un serment scellé d'une poignée de main, par lequel ils s'engagèrent, et conformément à cet engagement, ils vinrent et renvoyèrent leurs femmes, c'est-à-dire les répudièrent. Et que signifie « אֵיל צֹאן עַל אַשְׁמָתָם » (un bélier du troupeau pour leur culpabilité) ? Pourtant, selon la stricte loi, une telle obligation n'existe pas, et il faudrait dire qu'il s'agissait d'une mesure d'exception temporaire (Horaat Chaa). Mais le Malbim explique que certains d'entre eux avaient pris leurs servantes, or celui qui s'unit à une servante désignée (Chif'ha 'Haroufa) est tenu d'apporter un bélier en sacrifice de culpabilité (Acham) - et c'est précisément ce bélier d'Acham qu'ils apportèrent ici.

Et pourquoi est-il important de mentionner particulièrement les Kohanim ? Parce qu'un Kohen qui a une relation avec une femme non-juive - tous ses enfants deviennent 'Halalim (déchus du statut sacerdotal). Et voici un point digne d'attention : l'homme lui-même ne perd pas sa prêtrise (ne devient pas 'Halal), mais ce sont ses enfants qui sont profanés. Comment se peut-il que le père d'un homme soit Kohen et que lui-même ne le soit pas ? Parce que son père a épousé une femme qui lui était interdite : une répudiée, une 'Halala (femme disqualifiée pour la prêtrise), une convertie ou similaire - et les enfants acquièrent le statut de 'Halalim. Le père ne perd jamais son statut sacerdotal personnel ; ceux qui en subissent toujours les conséquences, ce sont les enfants.

La liste des noms
וּמִבְּנֵי אִמֵּר: חֲנָנִי וּזְבַדְיָה׃ וּמִבְּנֵי חָרִם: מַעֲשֵׂיָה וְאֵלִיָּה וּשְׁמַעְיָה וִיחִיאֵל וְעֻזִּיָּה׃ וּמִבְּנֵי פַּשְׁחוּר: אֶלְיוֹעֵינַי, מַעֲשֵׂיָה, יִשְׁמָעֵאל, נְתַנְאֵל, יוֹזָבָד וְאֶלְעָשָׂה׃ וּמִן הַלְוִיִּם: יוֹזָבָד וְשִׁמְעִי וְקֵלָיָה הוּא קְלִיטָא, פְּתַחְיָה, יְהוּדָה וֶאֱלִיעֶזֶר׃ וּמִן הַמְשֹׁרְרִים: אֶלְיָשִׁיב. וּמִן הַשֹּׁעֲרִים: שַׁלֻּם וָטֶלֶם וְאוּרִי׃ - Et parmi les fils d'Immer : 'Hanani et Zevadya. Et parmi les fils de 'Harim : Maasséya, Eliya, Chemaya, Ye'hiel et Ouzziya. Et parmi les fils de Pach'hour : Elyoénaï, Maasséya, Yichmaël, Netanel, Yozavad et Elassa. Et parmi les Lévites : Yozavad, Chimi, Kélaya dit Kelita, Peta'hya, Yehouda et Eliézer. Et parmi les chantres : Elyachiv. Et parmi les portiers : Chaloum, Télem et Ouri.

Après avoir achevé de dénombrer les Kohanim - les fils d'Immer, les fils de 'Harim et les fils de Pach'hour -, le texte passe au dénombrement des Lévites, incluant parmi eux les chantres et les portiers lévitiques. À partir de là, le texte énumère les membres du peuple d'Israël : des fils de Paroch, des fils d'Elam, des fils de Zattou, des fils de Bébaï, des fils de Bani, des fils de Pa'hat-Moav, des fils de 'Harim, des fils de 'Hachoum et des fils de Névo - des dizaines de noms détaillés. Et pour conclure :

כָּל אֵלֶּה נָשְׂאוּ נָשִׁים נָכְרִיּוֹת, וְיֵשׁ מֵהֶם נָשִׁים וַיָּשִׂימוּ בָּנִים׃ - Tous ceux-là avaient épousé des femmes étrangères, et certaines de ces femmes avaient mis au monde des enfants.

C'est-à-dire que certains d'entre eux avaient également eu des enfants de ces femmes ; tous n'avaient pas eu d'enfants avec elles.

En conclusion :

Le chapitre 10 est le chapitre de la réparation : depuis les pleurs d'Ezra et les pleurs de l'assemblée, en passant par les paroles de Chekhania ben Ye'hiel qui nous ont enseigné la manière de réprimander - en disant « nous avons été infidèles », collectivement et dans un esprit de responsabilité mutuelle (Arevout), et avec la conscience qu'une faute commise publiquement dépasse infiniment une faute commise en secret ; à travers le serment qui conféra à la communauté l'autorité d'un roi pour punir et poser des barrières là où la Torah n'a pas fixé de sanction formelle, comme cela se fit lors de l'affaire de la concubine de Guiv'a ; à travers le rassemblement du peuple sur la place de la Maison de Dieu le vingt Kislev, la confession (Vidouï) et l'abandon du péché, ainsi que l'organisation pratique fixée par les ministres et les anciens ; et jusqu'à l'achèvement de la tâche au premier jour du premier mois, où tout le peuple - à l'exception de quatre opposants querelleurs - apporta son concours à cette entreprise. C'est ainsi que s'achève le livre d'Ezra, grâce à Dieu, et avec l'aide d'Hachem, le prochain cours abordera le livre de Néhémie.

Chapitre 10 - Le repentir du peuple et le renvoi des femmes étrangères · Sefer Ezra · ספר עזרא