Introduction : la liste de ceux qui montèrent avec Ezra
Le chapitre 8 du livre d'Ezra s'ouvre sur une liste détaillée de ceux qui montèrent avec Ezra depuis Babylone vers la terre d'Israël - ces hommes venus prêter main-forte aux pionniers de la terre et aux bâtisseurs du Beth Hamikdach. Ezra décrit ensuite les préparatifs du voyage : la recherche des Léviim, le jeûne et la prière au bord du fleuve Ahava, la remise des ustensiles d'argent et d'or à des gardiens fidèles, et l'arrivée de la caravane en paix à Jérusalem.
וְאֵלֶּה רָאשֵׁי אֲבֹתֵיהֶם וְהִתְיַחְשָׂם הָעֹלִים עִמִּי בְּמַלְכוּת אַרְתַּחְשַׁסְתְּא הַמֶּלֶךְ מִבָּבֶל׃ - Et voici les chefs de leurs familles paternelles et leur généalogie, de ceux qui montèrent avec moi de Babylone sous le règne du roi Artaxerxès.
« Véhityachsam » - leur registre généalogique. Remarquons que ce mot est écrit ici avec la lettre chine (sin), alors que nous avons l'habitude d'écrire « yih'ous » avec un samekh. C'est un phénomène bien connu : de nombreux mots sont écrits dans la Torah et le Tanakh avec un chine, tandis que dans la langue de nos Sages (Hazal), ils s'écrivent avec un samekh afin d'établir une distinction et d'éviter toute confusion avec un chine pointé à droite. C'est ainsi que l'on trouve « erouchin » dans la Torah et « eroussin » chez Hazal, ou encore « h'érèch » et « h'érès » (argile), ou « ka'ach » dans Job écrit avec un chine alors qu'il devient « ka'as » (colère) avec un samekh dans la langue de Hazal, ainsi que dans de nombreux autres passages.
Tous montèrent avec leur lignée établie, et cette généalogie était double : tout d'abord, chaque homme montrait son appartenance à une maison paternelle précise - fils d'untel et fils d'untel, jusqu'au chef de famille. Au-delà de cela, il y avait le rattachement de cette maison paternelle au chef de la tribu, attestant que la famille entière descendait de telle ou telle lignée, remontant par exemple jusqu'à Benjamin.
מִבְּנֵי פִינְחָס גֵּרְשֹׁם, מִבְּנֵי אִיתָמָר דָּנִיֵּאל, מִבְּנֵי דָוִיד חַטּוּשׁ׃ - Des fils de Pinhas : Guerchom ; des fils d'Itamar : Daniel ; des fils de David : Hattouch.
מִבְּנֵי שְׁכַנְיָה, מִבְּנֵי פַרְעֹשׁ זְכַרְיָה וְעִמּוֹ הִתְיַחֵשׂ לִזְכָרִים מֵאָה וַחֲמִשִּׁים׃ - Des fils de Chekhania : des fils de Paroch, Zekharia, et avec lui furent enregistrés cent cinquante mâles.
Celui qui monta parmi les descendants de Pinhas s'appelait Guerchom ; parmi ceux d'Itamar, Daniel, et ainsi de suite pour tous les noms. Parmi les fils de Chekhania, issu des descendants de Paroch : Zekharia, et ceux qui étaient enregistrés avec lui atteignaient le nombre de cent cinquante, tous de sexe masculin. Le décompte principal est ici celui des hommes, à la manière dont la Torah dénombre « selon leurs familles, selon leurs maisons paternelles » - selon la maison paternelle et non selon la maison maternelle.
Et ainsi de suite : des fils de Pahat-Moav, Eléhoénai fils de Zérahia et deux cents hommes avec lui ; des fils de Chekhania, le fils de Yahaziel et trois cents hommes avec lui ; des fils d'Adine, Éved fils de Jonathan et cinquante hommes avec lui - « Éved » n'est pas ici un qualificatif mais un nom propre, tel était son prénom ; des fils d'Élam, Yéchaya fils d'Athalia et soixante-dix hommes avec lui ; des fils de Chéfatia, Zévadia fils de Mikhaël et quatre-vingts hommes avec lui ; des fils de Yoav, Ovadia fils de Yéhiel et deux cent dix-huit hommes avec lui ; et des fils de Chelomith, le fils de Yossifia et cent soixante hommes avec lui.
Pourquoi tous ces noms ont-ils été consignés ?
Nous avons déjà expliqué dans les cours précédents qu'Ezra souhaitait les inscrire afin qu'ils restent en souvenir éternel, pour que tous voient qui étaient ceux qui eurent le mérite de monter en Terre sainte. De même qu'il en est qui sont voués à « l'opprobre éternel », de même certains méritent d'être inscrits, selon les termes de Hazal, dans le livre des justes. Ces olim n'étaient pas très nombreux - environ cinquante mille personnes - et ils furent mentionnés avec leurs noms et leurs familles afin de les glorifier et de les honorer : voici ceux qui quittèrent l'exil pour venir s'établir sur la terre au prix de grandes souffrances et de rudes épreuves, comme nous le verrons plus loin, en se dévouant corps et âme. C'est pourquoi l'auteur du livre les mentionne nommément, afin qu'ils soient gardés en mémoire éternelle dans le sanctuaire d'Hachem.
La liste se poursuit : des fils de Bébaï, Zekharia fils de Bébaï et vingt-huit hommes avec lui ; des fils d'Azgad, Yohanan fils de Hakatan et cent dix hommes avec lui.
וּמִבְּנֵי אֲדֹנִיקָם אַחֲרֹנִים וְאֵלֶּה שְׁמוֹתָם אֱלִיפֶלֶט יְעִיאֵל וּשְׁמַעְיָה וְעִמָּהֶם שִׁשִּׁים הַזְּכָרִים׃ - Et des fils d'Adonikam, les derniers, dont voici les noms : Éliphélet, Yéiel et Chemaya, et avec eux soixante hommes.
D'ailleurs, le nom d'Éliphélet ne nous est pas inconnu : c'est ainsi que s'appelait également l'un des fils de David ; de même pour le nom de Daniel, car David avait aussi un fils portant ce nom. Et que signifie « les derniers » ? Pour nous enseigner que de cette famille, personne n'est resté à l'étranger, tous sont montés. Nous avons vu que six cent soixante-six hommes en étaient déjà sortis, et ceux-ci furent les derniers de cette lignée à partir, sans laisser le moindre membre en exil.
« Et des fils de Bigvaï : Outaï et Zakour, et avec lui soixante-dix hommes. » Remarquez qu'il y a ici un Kéri et un Kétiv : une version porte « Zavoud », et chez Ibn Ezra « Zavour » - certains disent qu'il s'appelait ainsi et d'autres autrement, c'est pourquoi la tradition a consigné une divergence entre la lecture et l'écrit.
Le rassemblement du peuple et la recherche des Léviim
וָאֶקְבְּצֵם אֶל־הַנָּהָר הַבָּא אֶל־אַהֲוָא וַנַּחֲנֶה שָׁם יָמִים שְׁלֹשָׁה וָאָבִינָה בָעָם וּבַכֹּהֲנִים וּמִבְּנֵי לֵוִי לֹא־מָצָאתִי שָׁם׃ - Je les rassemblai près du fleuve qui coule vers Ahava, et nous y campâmes trois jours ; j'examinai le peuple et les Cohanim, mais je n'y trouvai point de fils de Lévi.
Je les ai rassemblés pour monter, et le point de ralliement était près du fleuve qui se jette dans l'Ahava. Il y avait un fleuve nommé Ahava, et le cours d'eau qui s'y déversait n'avait pas de nom propre - car s'il en avait eu un, Ezra l'aurait mentionné. Tout comme nous désignons une ruelle sans nom : « c'est la ruelle qui débouche sur telle rue ». De même ici, ce cours d'eau n'a pas de nom particulier, c'est pourquoi il l'identifie par rapport au fleuve Ahava, qui était bien connu.
« Vaavina » (et j'examinai) - du terme hitbonenout (observation attentive). J'ai regardé, cherché et vérifié, et voilà qu'il n'y avait aucun des fils de Lévi pour monter avec nous en Erets Israël. Or, il était capital que des Léviim montent eux aussi, car ils sont les serviteurs d'Hachem dans le Beth Hamikdach : ce sont eux les chantres et les portiers.
וָאֶשְׁלְחָה לֶאֱלִיעֶזֶר לַאֲרִיאֵל לִשְׁמַעְיָה וּלְאֶלְנָתָן וּלְיָרִיב וּלְאֶלְנָתָן וּלְנָתָן וְלִזְכַרְיָה וְלִמְשֻׁלָּם רָאשִׁים וּלְיוֹיָרִיב וּלְאֶלְנָתָן מְבִינִים׃ - J'envoyai chercher Éliézer, Ariel, Chemaya, Elnathan, Yariv, Elnathan, Nathan, Zekharia et Mechoullam, des chefs, ainsi que Yoyariv et Elnathan, des hommes avisés.
J'ai fait mander tous ces hommes, qui étaient des chefs du peuple ou des érudits - le terme « mevinim » (avisés) s'applique ici aux sages.
וָאֲצַוֶּה אוֹתָם עַל־אִדּוֹ הָרֹאשׁ בְּכָסִפְיָא הַמָּקוֹם וָאָשִׂימָה בְּפִיהֶם דְּבָרִים לְדַבֵּר אֶל־אִדּוֹ אָחִיו הַנְּתִינִים בְּכָסִפְיָא הַמָּקוֹם לְהָבִיא־לָנוּ מְשָׁרְתִים לְבֵית אֱלֹהֵינוּ׃ - Et je les chargeai d'une mission auprès d'Iddo, le chef, au lieu-dit Kassiphia, et je mis dans leur bouche les paroles qu'ils devaient adresser à Iddo et à ses frères, les Nétinim, au lieu-dit Kassiphia, pour nous amener des serviteurs pour la maison de notre Dieu.
Je les ai envoyés et leur ai ordonné de s'adresser à Iddo, qui était un personnage considérable et influent à Kassiphia. Kassiphia est le nom d'une localité située en Babylonie. « Et je mis dans leur bouche des paroles » - je leur ai formulé et fait répéter ce qu'ils devaient déclarer, pour parler en mon nom à Iddo et à « Ahiv » qui résidaient à Kassiphia, afin qu'ils nous procurent des serviteurs pour la maison d'Hachem. Et « Ahiv », précise Rachi, est le nom propre d'un homme et non l'expression d'un lien de parenté (« son frère »).
וַיָּבִיאּוּ לָנוּ כְּיַד־אֱלֹהֵינוּ הַטּוֹבָה עָלֵינוּ אִישׁ שֶׂכֶל מִבְּנֵי מַחְלִי בֶּן־לֵוִי בֶּן־יִשְׂרָאֵל וְשֵׁרֵבְיָה וּבָנָיו וְאֶחָיו שְׁמֹנָה עָשָׂר׃ - Et, la main bienveillante de notre Dieu étant sur nous, ils nous amenèrent un homme avisé d'entre les fils de Mahli, fils de Lévi, fils d'Israël, à savoir Chérévia, avec ses fils et ses frères, au nombre de dix-huit.
« Selon la bienveillante main de notre Dieu sur nous » - le Saint, béni soit-Il, a veillé sur nous d'une providence favorable, et ils nous ont effectivement envoyé les hommes que nous avions demandés. « Un homme de discernement » - des hommes sages. De là, nous voyons qu'un Lévi peut porter le prénom d'Israël, tout comme un Israël peut s'appeler Lévi. Rabbi Lévi Yits'hak de Berditchev : « Lévi » n'est pas un nom de famille mais un prénom. De même, lorsque Yaakov a nommé son fils Lévi, ce n'était pas un nom de famille mais un prénom. Chez les Ashkénazes, et en particulier chez les 'Hassidim, il est d'usage de donner à un enfant le prénom de Lévi. Ainsi, de même que le nom Lévi peut être le prénom d'un simple Israël, de même le nom Israël peut être le prénom d'un homme qui est Lévi.
וְאֶת־חֲשַׁבְיָה וְאִתּוֹ יְשַׁעְיָה מִבְּנֵי מְרָרִי אֶחָיו וּבְנֵיהֶם עֶשְׂרִים׃ - Et 'Hachavyah, et avec lui Yechayah d'entre les fils de Merari, ses frères et leurs fils, au nombre de vingt.
Ils amenèrent également 'Hachavyah et avec lui Yechayah, issus des fils de Merari, « ses frères » - ses proches compagnons et amis, ainsi que leurs fils, au nombre total de vingt.
Les Nétinim et le but de leur rapprochement de la Maison de Hachem
וּמִן־הַנְּתִינִים שֶׁנָּתַן דָּוִיד וְהַשָּׂרִים לַעֲבֹדַת הַלְוִיִּם נְתִינִים מָאתַיִם וְעֶשְׂרִים כֻּלָּם נִקְּבוּ בְשֵׁמוֹת׃ - Et d'entre les Nétinim, que David et les princes avaient établis pour le service des Lévites, deux cent vingt Nétinim, tous désignés par leurs noms.
En plus de cela, il fit également venir des Nétinim. Les Nétinim étaient les Guib'onim qui, comme on s'en souvient, devinrent dans un premier temps des fendeurs de bois et des puiseurs d'eau pour la communauté, puis, dans un second temps, des fendeurs de bois et des puiseurs d'eau pour la Maison de Hachem, pour la Tente d'assignation; tel fut leur rôle continu par la suite.
Le but, comme nous l'avons appris dans le livre de Yéhochoua, était qu'ils s'affermissent par ce biais : étant situés autour de la Maison de Hachem et servant les Kohanim de Hachem - et « les lèvres du Cohen garderont la connaissance, et c'est la Torah que l'on recherchera de sa bouche » - la source de la sagesse et de la Torah résidait toujours chez les Kohanim. C'est pour cette raison que nous avons mentionné à plusieurs reprises que l'on montait au Beth Hamikdach durant l'année de la Chemitah pour s'y consacrer à l'étude de la Torah : celui qui avait été agriculteur pendant six ans disposait de temps libre lors de la septième année pour étudier la Torah. De même, ceux qui montaient avec le Ma'asser Chéni pour le consommer à Jérusalem poursuivaient ce même but, afin que « les lèvres du Cohen gardent la connaissance et que l'on recherche la Torah de sa bouche », et qu'ils se renforcent dans la pratique des mitsvot. Il en allait de même ici : en rapprochant les Nétinim des Kohanim et des serviteurs de Hachem, ils se fortifieraient dans le service divin et ne dévieraient pas du droit chemin, contrairement à ce que nous avons vu à l'époque de David, où un esprit de vengeance les animait lorsqu'ils réclamèrent les fils de Ritspah bat Ayah, les descendants de Chaoul, pour les mettre à mort, afin de se venger de ceux d'entre eux qui avaient été tués à Nov, la cité des Kohanim, serviteurs de Hachem.
Le jeûne et la prière près du fleuve Ahava
וָאֶקְרָא שָׁם צוֹם עַל־הַנָּהָר אַהֲוָא לְהִתְעַנּוֹת לִפְנֵי אֱלֹהֵינוּ לְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ דֶּרֶךְ יְשָׁרָה לָנוּ וּלְטַפֵּנוּ וּלְכָל־רְכוּשֵׁנוּ׃ - Et je proclamai là un jeûne, sur les bords du fleuve Ahava, pour nous humilier devant notre Dieu, afin de Lui demander un chemin droit pour nous, pour nos enfants et pour tous nos biens.
Arrivés là-bas, nous avons commencé à prier Hachem de nous assister et de nous secourir sur la route que nous empruntions, route qui, comme nous allons le constater, n'était pas simple du tout. La manière dont la prière est formulée ici est riche d'enseignement : nos Sages enseignent qu'il convient à l'homme d'adresser ses requêtes en commençant par peu et en ajoutant progressivement. C'est ainsi que David demanda : « Qui discerne les égarements involontaires ? Purifie-moi des fautes cachées », puis : « Préserve aussi Ton serviteur des fautes délibérées, qu'elles ne dominent pas sur moi » - il commença par les fautes involontaires, les choses les plus légères. Il en va de même ici : il commence par « pour nous », puis « pour nos enfants », et enfin, Maître du monde, pour l'argent, l'or et tous les biens que nous emportons avec nous.
כִּי בֹשְׁתִּי לִשְׁאוֹל מִן־הַמֶּלֶךְ חַיִל וּפָרָשִׁים לְעָזְרֵנוּ מֵאוֹיֵב בַּדָּרֶךְ כִּי־אָמַרְנוּ לַמֶּלֶךְ לֵאמֹר יַד־אֱלֹהֵינוּ עַל־כָּל־מְבַקְשָׁיו לְטוֹבָה וְעֻזּוֹ וְאַפּוֹ עַל כָּל־עֹזְבָיו׃ - Car j'avais honte de demander au roi une troupe et des cavaliers pour nous secourir contre l'ennemi en chemin, car nous avions dit au roi : « La main de notre Dieu repose favorablement sur tous ceux qui Le recherchent, mais Sa force et Sa colère s'abattent sur tous ceux qui L'abandonnent. »
Ezra explique : nous savons pertinemment que nous nous exposons à une situation de danger en montant vers la Terre sainte. Et a priori, puisque le roi avait déclaré qu'il pourvoirait à tous nos besoins et à tout ce qui serait nécessaire pour le service du Beth Hamikdach, pourquoi ne pas lui avoir demandé d'envoyer une escorte, une armée et des cavaliers ? Après tout, nous traversons un désert et marchons sur un chemin périlleux. À cela, Ezra répond : « J'avais honte de demander au roi une troupe et des cavaliers ». Et pourquoi éprouvais-je de la honte ? « Car nous avions dit au roi : La main de notre Dieu repose favorablement sur tous ceux qui Le recherchent » - nous lui avions affirmé que le Saint, béni soit-Il, protège avec bienveillance tous ceux qui se tournent vers Lui, et nous lui avions également dit « mais Sa force et Sa colère s'abattent sur tous ceux qui L'abandonnent », c'est-à-dire Sa rigueur et Sa puissance contre quiconque se détourne de Lui. Par conséquent, nous aurions eu honte de lui faire une telle demande, alors même que nous venions de lui assurer que Hachem nous accompagnait d'une providence miraculeuse. Et bien qu'il ne convienne généralement pas de compter sur un miracle, nous nous sommes dit : nous partons accomplir une si grande mitsva, nous nous en remettons donc au Saint, béni soit-Il, pour nous venir en aide.
Comment savaient-ils que leur prière avait été exaucée ?
וַנָּצוּמָה וַנְּבַקְשָׁה מֵאֱלֹהֵינוּ עַל־זֹאת וַיֵּעָתֵר לָנוּ׃ - Nous jeûnâmes donc et nous implorâmes notre Dieu à ce sujet, et Il nous exauça.
Nous avons prié et formulé cette demande, et voici qu'Hachem nous a exaucés. Mais comment savaient-ils qu'Il avait agréé leur prière ? Ibn Ezra explique qu'Hachem le leur fit savoir en rêve. Et le Malbim explique : à l'exemple de Rabbi 'Hanina ben Dossa, qui priait et disait : « Celui-ci vivra, et celui-là mourra. » On lui demanda : « D'où le sais-tu ? L'esprit de prophétie (Roua'h Hakodech) repose-t-il sur toi ? » Il leur répondit : « Non, mais si ma prière est fluide dans ma bouche, je sais qu'il vivra ; sinon, je sais qu'il est condamné » - c'est-à-dire que son heure est troublée, que son esprit est confus et qu'il va quitter ce monde. En d'autres termes, le ressenti même pendant la prière permettait de le savoir.
On raconte au sujet de Rabbi Akiva Eiger qu'on lui confia un jour un nom pour lequel prier, et il renvoya une lettre en disant : « J'ai prié mais je n'ai pas été exaucé ; veuillez vérifier s'il n'y a pas d'erreur dans le nom. » On vérifia, et l'on constata qu'il y avait effectivement une erreur dans le nom de la mère. On rapporte une anecdote similaire à propos du 'Hazon Ich : on lui transmit un jour un mot, et il demanda de vérifier si le nom était exact ; après vérification, le nom comportait effectivement une erreur. C'est exactement ce qui s'est passé ici selon le Malbim : ils ont ressenti au fond d'eux-mêmes que le Saint, béni soit-Il, était avec eux. Il existe aussi une explication plus simple, celle de Rachi : « Et Il nous exauça » - comment le sais-tu ? Parce que je suis arrivé à Jérusalem sain et sauf. Je constate que je suis parvenu à destination sans encombre, et j'en conclus qu'Hachem nous a exaucés, car cet itinéraire présentait naturellement un danger omniprésent.
La remise de l'argent et de l'or aux Cohanim
וָאַבְדִּילָה מִשָּׂרֵי הַכֹּהֲנִים שְׁנֵים עָשָׂר לְשֵׁרֵבְיָה חֲשַׁבְיָה וְעִמָּהֶם מֵאֲחֵיהֶם עֲשָׂרָה׃ - Je mis à part douze des chefs des Cohanim : Chérévia, 'Hachavia, et avec eux dix de leurs frères.
וָאֶשְׁקֳלָה לָהֶם אֶת־הַכֶּסֶף וְאֶת־הַזָּהָב וְאֶת־הַכֵּלִים תְּרוּמַת בֵּית־אֱלֹהֵינוּ הַהֵרִימוּ הַמֶּלֶךְ וְיֹעֲצָיו וְשָׂרָיו וְכָל־יִשְׂרָאֵל הַנִּמְצָאִים׃ - Et je leur pesai l'argent, l'or et les ustensiles, la contribution pour la Maison de notre Dieu offerte par le roi, ses conseillers, ses ministres et tout Israël qui s'y trouvait.
Là-bas, au bord du fleuve Ahava, je mis à part des chefs parmi les Cohanim et leur remis l'argent et l'or pour qu'ils les pèsent pour les trésors de la Maison d'Hachem. Je les leur pesai et dis : « Vous êtes des Cohanim et vous êtes destinés à monter pour servir dans le Beth Hamikdach ; dès à présent, ici au fleuve Ahava, je vous remets tout, et vous le ferez monter au Beth Hamikdach pour l'utiliser pour la construction du Sanctuaire, son embellissement ou la fabrication de ses ustensiles. » « Héharimou » est une formule abrégée pour « acher hérimou » - ce qu'avaient offert le roi, ses conseillers, ses ministres et tous les membres d'Israël présents en Babylonie.
וָאֶשְׁקְלָה עַל־יָדָם כֶּסֶף כִּכָּרִים שֵׁשׁ־מֵאוֹת וַחֲמִשִּׁים וּכְלֵי־כֶסֶף מֵאָה לְכִכָּרִים זָהָב מֵאָה כִכָּר׃ - Et je pesai entre leurs mains six cent cinquante talents d'argent, cent ustensiles d'argent évalués en talents, et cent talents d'or.
Un « kikar » (talent) est une unité de mesure et de poids. Je leur pesai six cent cinquante talents d'argent, cent talents d'ustensiles d'argent, et cent talents d'or.
וּכְפֹרֵי זָהָב עֶשְׂרִים לַאֲדַרְכֹנִים אָלֶף וּכְלֵי נְחֹשֶׁת מֻצְהָב טוֹבָה שְׁנַיִם חֲמוּדֹת כַּזָּהָב׃ - Et vingt bassins d'or d'une valeur de mille dariques, et deux ustensiles d'un beau cuivre éclatant, précieux comme l'or.
Que sont ces « kéforé zahav » ? Ce sont des bassins d'aspersion. Et pourquoi les appelle-t-on « kéforim » ? Nous avons déjà expliqué que « lekhafer » signifie nettoyer ou essuyer, selon la formule de la Guémara : « Ouva lékhaporé yadé béhaho gavra ». L'usage était que, lorsqu'ils recueillaient le sang de l'animal, il arrivait que le sang coule et se répande aussi sur la main du Cohen ; que faisait-il pour que ce sang soit également recueilli ? Il essuyait sa main (« mekhafer »), la nettoyant sur le rebord du récipient pour que ce sang pénètre lui aussi dans le récipient. C'est en ce sens qu'ils ont été appelés « kéforé zahav », au sens de nettoyage. « D'une valeur de mille adarkhonim » : l'adarkhon est une sorte de monnaie, et ces coupes équivalaient à mille adarkhonim.
« Des ustensiles d'un cuivre étincelant de choix » - du cuivre dont l'aspect est d'un éclat doré. Pourquoi le mot « tova » est-il au féminin, alors qu'il aurait fallu dire « tov » ? C'est que « tova » se rapporte au mot cuivre (« né'hochet »), qui est du genre féminin en hébreu, et non à « moutzhav » qui est au masculin. Et si l'on demande : puisqu'il s'agit du cuivre, pourquoi a-t-on employé « moutzhav » au masculin plutôt que « tséhouba » ? Parce que « moutzhav » qualifie l'ustensile (« kéli »), qui est masculin. Il en résulte que l'on dit : un ustensile étincelant façonné dans un cuivre de choix - le masculin s'accordant avec le masculin et le féminin avec le féminin.
« Vous êtes consacrés à Hachem » - La responsabilité de la garde
וָאֹמְרָה אֲלֵהֶם אַתֶּם קֹדֶשׁ לַה' וְהַכֵּלִים קֹדֶשׁ וְהַכֶּסֶף וְהַזָּהָב נְדָבָה לַה' אֱלֹהֵי אֲבֹתֵיכֶם׃ - Et je leur dis : Vous êtes consacrés à Hachem, ces ustensiles sont consacrés, et cet argent et cet or sont une offrande volontaire pour Hachem, le Dieu de vos pères.
Je leur ai confié ces biens et je leur ai dit : pourquoi est-ce précisément à vous d'en assurer la garde ? Parce que vous êtes saints pour Hachem, le Saint béni soit-Il ayant sanctifié les Kohanim pour Son service. Les ustensiles sont également saints, et l'argent et l'or sont une offrande volontaire pour Hachem. Or, à qui a-t-il été dit : « Vous assurerez la garde du sanctuaire » ? Aux Kohanim. Il convient donc parfaitement que tout cela soit placé entre vos mains et sous votre garde : vous êtes saints, les ustensiles sont saints, et les objets sacrés sont ainsi remis aux Kohanim qui sont eux-mêmes sanctifiés.
שִׁקְדוּ וְשִׁמְרוּ עַד־תִּשְׁקְלוּ לִפְנֵי שָׂרֵי הַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם וְשָׂרֵי־הָאָבוֹת לְיִשְׂרָאֵל בִּירוּשָׁלִָם הַלִּשְׁכוֹת בֵּית ה'׃ - Veillez et gardez-les jusqu'à ce que vous les pesiez devant les chefs des Kohanim, des Léviim et les chefs de famille d'Israël, à Jérusalem, dans les chambres de la Maison de Hachem.
« Veillez et gardez » : faites preuve d'une rigueur absolue. « Chikdou » vient de la racine qui signifie s'appliquer avec constance, persévérer : veillez-y continuellement, jusqu'à ce que vous arriviez au Temple et que vous pesiez l'ensemble devant les chefs des Kohanim, des Léviim et les chefs de famille d'Israël à Jérusalem, dans les chambres du Temple de Hachem.
וְקִבְּלוּ הַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם מִשְׁקַל הַכֶּסֶף וְהַזָּהָב וְהַכֵּלִים לְהָבִיא לִירוּשָׁלִַם לְבֵית אֱלֹהֵינוּ׃ - Et les Kohanim et les Léviim reçurent le poids d'argent, d'or et les ustensiles, pour les apporter à Jérusalem, à la Maison de notre Dieu.
« Et ils reçurent » [ve-kibelou] : bien que le verbe présente la forme d'un passé, il s'agit d'un vav conversif qui exprime le futur : eux, les Kohanim et les Léviim, recevront de vous le poids de l'argent, de l'or et des ustensiles pour les amener à Jérusalem, à la Maison de notre Dieu. On peut également comprendre qu'Ezra les avertit ainsi : sachez qu'au terme du voyage, il y aura une pesée. Que personne, à Dieu ne plaise, ne se montre négligent ou ne fuie ses responsabilités : je vous confie tout cela au poids, et sachez qu'à la fin, lorsque les Kohanim et les Léviim le réceptionneront, tout sera rigoureusement pesé. Veillez donc à ce que rien ne s'égare ni ne subisse de dommage ; tel que vous l'avez reçu, tel vous devrez le restituer là-bas.
Le voyage et l'arrivée à Jérusalem
וַנִּסְּעָה מִנְּהַר אַהֲוָא בִּשְׁנֵים עָשָׂר לַחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן לָלֶכֶת יְרוּשָׁלִָם וְיַד־אֱלֹהֵינוּ הָיְתָה עָלֵינוּ וַיַּצִּילֵנוּ מִכַּף אוֹיֵב וְאוֹרֵב עַל־הַדָּרֶךְ׃ - Nous partîmes du fleuve d'Ahava le douze du premier mois pour aller à Jérusalem ; et la main de notre Dieu fut sur nous, et Il nous délivra de la main de tout ennemi et des embuscades sur le chemin.
Conformément à nos prières, il en fut ainsi : nous partîmes du fleuve d'Ahava le 12 Nissan pour marcher vers Jérusalem, et la main d'Hachem notre Dieu fut sur nous et nous sauva des mains de tout ennemi et des embuscades tendues en chemin. C'est d'ailleurs de là qu'est issue la formule que nous demandons dans la Téfilat Hadérekh (la prière du voyage) : « et délivre-nous de la main de tout ennemi et de toute embuscade en chemin » - tel en est le texte source.
וַנָּבוֹא יְרוּשָׁלִָם וַנֵּשֶׁב שָׁם יָמִים שְׁלֹשָׁה׃ - Nous arrivâmes à Jérusalem, et nous y demeurâmes trois jours.
וּבַיּוֹם הָרְבִיעִי נִשְׁקַל הַכֶּסֶף וְהַזָּהָב וְהַכֵּלִים בְּבֵית אֱלֹהֵינוּ עַל יַד־מְרֵמוֹת בֶּן־אוּרִיָּה הַכֹּהֵן וְעִמּוֹ אֶלְעָזָר בֶּן־פִּינְחָס וְעִמָּהֶם יוֹזָבָד בֶּן־יֵשׁוּעַ וְנוֹעַדְיָה בֶן־בִּנּוּי הַלְוִיִּם׃ - Et le quatrième jour, l'argent, l'or et les ustensiles furent pesés dans la maison de notre Dieu, remis aux mains de Merémot, fils d'Ouriya le Cohen, accompagné d'Elazar, fils de Pinhas, et avec eux Yozavad, fils de Yéchoua, et Noadya, fils de Binnouï, les Léviim.
Comment s'établit le calcul ? Ils partirent le douze du premier mois. Et combien de temps dura le voyage ? Environ le temps qui s'écoule entre la fin du pèlerinage de fête et le retour du dernier voyageur à Babylone - deux semaines. Arrivés à Jérusalem, ils y demeurèrent trois jours, et le quatrième jour de leur séjour à Jérusalem, l'argent, l'or et les ustensiles furent pesés dans la maison de notre Dieu par l'intermédiaire de Merémot fils d'Ouriya le Cohen, d'Elazar fils de Pinhas, de Yozavad et de Noadya - c'est entre leurs mains que tout fut vérifié avec une rigoureuse précision.
בְּמִסְפָּר בְּמִשְׁקָל לַכֹּל וַיִּכָּתֵב כָּל־הַמִּשְׁקָל בָּעֵת הַהִיא׃ - Tout fut vérifié selon le nombre et selon le poids de chaque chose, et tout le poids fut consigné par écrit à ce moment-là.
Le nombre des ustensiles et leur poids : tels qu'ils les avaient reçus, ainsi ils les déchargèrent, sans le moindre manque, et ils consignèrent le poids par écrit, et très certainement aussi le nombre.
Les sacrifices et la transmission des édits royaux
הַבָּאִים מֵהַשְּׁבִי בְנֵי־הַגּוֹלָה הִקְרִיבוּ עֹלוֹת לֵאלֹהֵי יִשְׂרָאֵל פָּרִים שְׁנֵים־עָשָׂר עַל־כָּל־יִשְׂרָאֵל אֵילִים תִּשְׁעִים וְשִׁשָּׁה כְּבָשִׂים שִׁבְעִים וְשִׁבְעָה צְפִירֵי חַטָּאת שְׁנֵים עָשָׂר הַכֹּל עוֹלָה לַה'׃ - Ceux qui revenaient de captivité, les fils de l'exil, offrirent des holocaustes au Dieu d'Israël : douze taureaux pour tout Israël, quatre-vingt-seize béliers, soixante-dix-sept agneaux, douze boucs expiatoires, le tout en holocauste pour l'Éternel.
Dès leur arrivée, ils commencèrent à offrir des holocaustes au Dieu d'Israël : douze taureaux pour tout Israël, quatre-vingt-seize béliers, soixante-dix-sept agneaux et douze boucs expiatoires, et tout cela fut offert en holocauste. Quelle était la nature de ce sacrifice ? C'était un sacrifice d'holocauste exceptionnel, une décision ponctuelle (horaat chaa), comme nous l'avons expliqué plus haut, car un tel sacrifice n'existe pas en soi sous cette forme : un sacrifice expiatoire (hattat) n'est apporté que pour une faute précise, à la différence d'un holocauste (ola) qu'une personne offre spontanément selon sa générosité.
וַיִּתְּנוּ אֶת־דָּתֵי הַמֶּלֶךְ לַאֲחַשְׁדַּרְפְּנֵי הַמֶּלֶךְ וּפַחֲווֹת עֵבֶר הַנָּהָר וְנִשְּׂאוּ אֶת־הָעָם וְאֶת־בֵּית הָאֱלֹהִים׃ - Et ils remirent les édits du roi aux satrapes du roi et aux gouverneurs de l'autre côté du Fleuve, et ceux-ci prêtèrent assistance au peuple et à la maison de Dieu.
Ils leur montrèrent le décret royal, qui ordonnait d'accorder les autorisations nécessaires et de prêter main-forte aux rapatriés. Nous avons vu en effet que le roi avait promulgué une lettre contenant des directives très claires : les assister et les aider autant que possible, non seulement sans leur faire obstacle, mais encore en demandant à chacun de contribuer selon ses moyens. Ils présentèrent également l'édit du roi à tous les satrapes en place, afin qu'ils sachent que le souverain exigeait formellement d'obtempérer et de nous soutenir dans la construction de la maison de Dieu.
En conclusion :
Le chapitre 8 s'ouvre sur la liste de ceux qui montèrent avec Ezra, inscrits nommément avec leur généalogie afin d'immortaliser leur mémoire pour toujours - ces pionniers qui abandonnèrent l'exil pour venir repeupler la terre d'Israël au prix de grandes souffrances. Ezra les rassembla près du fleuve qui coule vers Ahava, constata l'absence de Léviim parmi eux, envoya des émissaires à Cassiphya et en fit venir des Léviim et des Netinim voués au service de la maison de l'Éternel. Là, il proclama un jeûne et des prières, ayant honte de réclamer au roi une escorte de soldats et de cavaliers après avoir témoigné devant lui de la providence bienveillante de Dieu sur ceux qui Le recherchent, et Dieu exauça leurs supplications. Il remit l'argent, l'or et les ustensiles entre les mains de douze des chefs des Cohanim avec un poids d'une absolue exactitude, en insistant : « Vous êtes consacrés à l'Éternel et les ustensiles sont consacrés - veillez et gardez-les ». La caravane partit le 12 Nissan et fut préservée « de la main de l'ennemi et de tout guet-apens sur le chemin », parvint à Jérusalem, et ce quatrième jour, tout fut compté et pesé sans le moindre manquement. Enfin, ils offrirent des holocaustes en vertu d'une ordonnance exceptionnelle (horaat chaa), et remirent les édits du roi aux satrapes et aux gouverneurs de l'autre côté du Fleuve, afin qu'ils soutiennent le peuple et la maison de Dieu.