Tout au long des prophéties d'Amos, on observe une oscillation constante : le châtiment suivi d'un avertissement, le châtiment suivi d'un avertissement. Le prophète leur parle continuellement selon ces deux axes : premièrement, prenez conscience des malheurs qui s'annoncent ; et deuxièmement, voici ce qu'Hachem attend de vous. Puis de nouveau les malheurs, et de nouveau les attentes divines. Tout cela procède d'une même intention : je ne viens pas annoncer des malheurs pour qu'ils s'abattent sur vous, mais je prophétise sur ces calamités afin que vous corrigiez vos voies. Il n'y a aucun intérêt à venir proférer de funestes prédictions, à quoi cela servirait-il ? Tout le sens des prophéties de rigueur est d'amener le peuple à se repentir de sa conduite.
לָכֵן כֹּה אָמַר יְהֹוָה אֱלֹהֵי צְבָאוֹת אֲדֹנָי, בְּכׇל רְחֹבוֹת מִסְפֵּד וּבְכׇל חוּצוֹת יֹאמְרוּ הוֹ הוֹ, וְקָרְאוּ אִכָּר אֶל אֵבֶל וּמִסְפֵּד אֶל יוֹדְעֵי נֶהִי׃ - C'est pourquoi ainsi parle Hachem, D.ieu Tsevaot, le Seigneur : Sur toutes les places il y aura des lamentations, et dans toutes les ruelles on dira : Hélas ! Hélas ! On appellera le laboureur au deuil, et aux lamentations ceux qui savent gémir.
Puisque vous ne faites pas téchouva, leur dit le prophète, le deuil retentira sur toutes les places. Le Malbim explique que ce verset prépare ce qui suit : « Malheur à ceux qui désirent ardemment le jour d'Hachem ! ». Une tradition transmise par les prophètes leur avait appris qu'il existe un jour où le Saint, béni soit-Il, Se révélera, appelé « le jour d'Hachem », jour d'une délivrance éternelle pour Israël. Yoël l'avait déjà prophétisé : le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang, avant la venue du jour d'Hachem, grand et redoutable. Le peuple d'Israël aspirait donc à la venue de ce jour où le Saint, béni soit-Il, viendrait nous délivrer, rassemblerait toutes les nations dans la vallée de Yéhochafat pour les juger pour tout le mal infligé à Israël, « et des libérateurs monteront sur le mont Sion pour juger la montagne d'Éssav ».
Le prophète leur répond : vous vous bercez d'illusions. Certes, le jour d'Hachem viendra, mais pas tant que vous commettez de mauvaises actions. Le jour d'Hachem viendra lorsque vous rectifierez votre conduite ; c'est alors qu'il conviendra de châtier les nations qui vous oppriment. Mais pour l'heure, vous n'êtes pas dignes de la délivrance. Si D.ieu devait maintenant passer au milieu de vous, ce ne serait pas un jour de lumière, mais un jour d'obscurité et de ténèbres, un jour de rétribution où Il vous punira, vous consumera et vous exilera. Tel est le sens de « car Je passerai au milieu de toi » : le Malbim souligne que cette expression est semblable à « et Hachem passera pour frapper l'Égypte ». Je passerai au milieu de toi non pour délivrer, mais pour apporter souffrances et malheurs.
Les expressions « Hô », « Hôi », « Oy » et « Néhi » sont toutes des termes désignant l'oraison funèbre, les gémissements, le cri et la douleur. Et quelle est la différence entre rehovot (places ou grandes rues) et houtsot (ruelles intérieures) ? Le Malbim l'explique en plusieurs endroits : les rehovot désignent l'espace situé devant les maisons, ce que nous appelons aujourd'hui la rue ou la place publique. Les houtsot, en revanche, désignent ce qui se trouve derrière ou entre les habitations. Leurs maisons étaient souvent bâties en forme de lettre « mem » fermée sur trois côtés, avec une cour intérieure ; on sortait des maisons vers la cour, et de là vers l'extérieur. Quiconque a étudié le traité Erouvin connaît les nombreux exemples de ruelles et d'impasses (mevaot) agencées ainsi, et quiconque connaît Jérusalem constate aujourd'hui encore la présence de ces cours intérieures donnant accès aux logements. Cet espace intérieur est appelé houtsot, tandis que la partie extérieure s'appelle rehov.
Dès lors : « Sur toutes les places il y aura des lamentations » : dehors, là où le peuple se rassemble, on prononcera des oraisons funèbres sur les malheurs. « Et dans toutes les ruelles on dira : Hélas ! Hélas ! » : dans les passages plus étroits derrière les maisons, où se tiennent les résidents de l'impasse et de la cour, les femmes et les enfants qui ne sortaient pas sur la place publique, eux aussi se lamenteront. Cela correspondait à l'usage de l'époque, où l'un entonnait et l'autre répondait. C'est encore ainsi que les Yéménites chantent de nos jours : l'un déclame un passage et l'autre lui répond en écho ; cette forme de chant responsorial était très répandue au Moyen Âge et déjà dans l'Antiquité. La Guémara mentionne : « Quand les hommes chantent et que les femmes répondent, c'est comme le feu dans l'étoupe » ; on voit donc qu'à leur époque déjà, certains chantaient et d'autres reprenaient en refrain. Ici de même : sur les places publiques, les hommes prononceront l'éloge funèbre, et dans les cours intérieures, les femmes leur répondront en écho « Hélas ! Hélas ! », cris de douleur, de deuil et de détresse.
Le Malbim explique que l'usage consistait d'ordinaire à prononcer d'abord l'oraison funèbre (misped), puis à observer le deuil (ével), comme lors de tout décès : d'abord l'enterrement et l'éloge funèbre, puis les sept jours de deuil (la chiv'ah). C'est ainsi qu'il est écrit : « Ils tinrent là de grandes et très solennelles lamentations, et il fit pour son père un deuil de sept jours » ; l'oraison précède toujours le deuil. Ici, l'ordre sera inversé : d'abord le deuil, puis l'oraison. Pourquoi ? Parce qu'en temps de guerre, les hommes meurent et le deuil s'impose, mais il est impossible de faire des oraisons funèbres au cœur des combats. Ce n'est qu'une fois la guerre terminée que l'on peut commencer les éloges funèbres.
« On appellera le laboureur au deuil » : le paysan, cet homme simple qui travaille aux champs, est le premier à se heurter à l'ennemi et le premier à tomber ; c'est donc lui qui inaugure le deuil. De plus, durant la période de deuil, on s'abstient de tout travail, tout comme aujourd'hui. En temps normal, les cultivateurs ne venaient pas prendre part au deuil collectif, car ils avaient leur labeur aux champs et ne pouvaient délaisser leur terre. Mais ici, le prophète annonce : faites venir le laboureur lui-même pour porter le deuil, car la terre sera de toute façon dévastée et en friche ; il n'aura plus d'ouvrage à accomplir et ne perdra rien de son travail en venant s'asseoir parmi vous.
Et quelle est l'étymologie du mot ikar (laboureur) ? Le Malbim précise : le champ fertile est appelé kar, comme dans « les pâturages (karim) se couvrent de troupeaux ». Dès lors, l'ikar est celui qui cultive le champ et s'occupe des travaux du kar.
« Et le deuil aux experts en lamentations » - ceux qui savent élever la voix dans le gémissement, prononcer une oraison funèbre d'une voix éplorée et accroître l'amertume du deuil. L'allusion vise les pleureuses professionnelles : des femmes dotées d'un talent particulier, capables de faire entendre des sanglots si poignants que toute l'assistance fondait en larmes. C'était une véritable spécialité, pour laquelle elles étaient rémunérées. Un métier à part entière : tout comme on engage un orchestre pour un mariage, on faisait venir des pleureuses pour un enterrement, parfois même accompagnées d'instruments. La Guémara mentionne qu'on apportait des flûtes pour en jouer, afin d'éveiller l'assemblée aux pleurs et de lui faire mesurer l'ampleur de la perte.
La Guémara rapporte également que les orateurs et auteurs d'oraisons funèbres avaient pour habitude d'émouvoir aux larmes, et l'on raconte qu'un sage dit à celui qui devait prononcer son éloge funèbre : quand tu feras mon oraison, veille à susciter des pleurs, car « de-hatam kaïmna » - c'est là que je me tiendrai, je serai présent. Le défunt entend les propos de ceux qui prononcent son éloge, explique la Guémara, un peu comme à travers un rêve. Il est là et perçoit ce que l'on dit de lui, et lorsque l'assistance s'afflige sincèrement de sa disparition, cela lui procure une grande satisfaction spirituelle (nakhat roua'h). C'est pourquoi le texte dit ici : convoquez au deuil des experts en lamentations, n'amenez pas de simples apprentis, mais de véritables maîtres de l'art du deuil, capables d'accentuer l'amertume des lamentations.
וּבְכׇל כְּרָמִים מִסְפֵּד, כִּי אֶעֱבֹר בְּקִרְבְּךָ אָמַר יְהֹוָה׃ - Et dans toutes les vignes il y aura un deuil, car Je passerai au milieu de toi, dit l'Éternel.
Les vignes sont traditionnellement un lieu de joie et de vin. C'est là que les jeunes filles sortaient danser en rondes, et l'époque des vendanges était l'occasion de festivités et de réjouissances. Désormais, ce lieu voué à la fête deviendra le théâtre du deuil. « Car Je passerai au milieu de toi » - comme nous l'avons expliqué, à l'image du verset « Et l'Éternel passera pour frapper l'Égypte » : Je passerai au milieu de toi pour te châtier de tes mauvaises actions.
הוֹי הַמִּתְאַוִּים אֶת יוֹם יְהֹוָה, לָמָּה זֶּה לָכֶם יוֹם יְהֹוָה, הוּא חֹשֶׁךְ וְלֹא אוֹר׃ - Malheur à ceux qui désirent ardemment le jour de l'Éternel ! Que sera pour vous ce jour de l'Éternel ? Il sera ténèbres et non lumière.
Nos Sages rapportent à ce sujet la parabole d'un coq et d'une chauve-souris qui attendaient tous deux l'apparition du jour. Le coq dit à la chauve-souris : pourquoi attends-tu la lumière ? Tu es aveugle ! Moi, j'attends la lumière parce qu'elle me permet de voir, mais toi, que t'apportera-t-elle ? Il en va de même ici : « Malheur à ceux qui désirent ardemment le jour de l'Éternel ! Que sera pour vous ce jour de l'Éternel ? » - quel rapport avez-vous avec le jour de l'Éternel ? Certes, le jour de l'Éternel est porteur de lumière, mais pour vous, il ne sera que ténèbres et non clarté, puisque vous marchez dans l'obscurité.
C'est ce qu'explique le Malbim : ils attendaient impatiemment le moment où D.ieu viendrait châtier leurs ennemis et les traduire en jugement. Le prophète leur rétorque : lorsque Je passerai au milieu de vous, ce ne sera nullement un jour de délivrance, mais bien au contraire un jour de ténèbres, de deuil et d'afflictions. Le jour de l'Éternel est destiné à punir les impies, et dans ce scénario, les impies, c'est vous ! L'Écriture affirme que les méchants seront comme du chaume et que « le jour qui vient les embrasera » - où vous imaginez-vous donc dans ce tableau ? Pourquoi désirer le jour de l'Éternel ? Du sein de l'obscurité des épreuves, la lumière ne luira que pour les justes, au moment de la réparation finale, mais pour vous, il n'y aura que ténèbres sans aucune clarté.
כַּאֲשֶׁר יָנוּס אִישׁ מִפְּנֵי הָאֲרִי וּפְגָעוֹ הַדֹּב, וּבָא הַבַּיִת וְסָמַךְ יָדוֹ עַל הַקִּיר וּנְשָׁכוֹ הַנָּחָשׁ׃ - Comme un homme qui s'enfuit devant un lion et que rencontre un ours ; il rentre dans la maison, appuie sa main contre le mur, et le serpent le mord.
Vous irez de malheur en malheur. Un homme s'enfuit devant un lion qui le pourchasse, et alors qu'il croit être enfin en sécurité, un ours surgit devant lui. Il poursuit sa fuite, pénètre à l'intérieur de sa maison, et au moment où il reprend son souffle en s'appuyant contre le mur, un serpent surgit et le mord. Un véritable cauchemar. Que veut leur enseigner cette métaphore ? Ils s'imaginent peut-être qu'un malheur passager surviendra puis s'estompera. Le prophète leur annonce : non. Il y aura un premier exil, suivi d'un deuxième ; un premier déferlement sous le roi d'Assyrie, puis un second assaut, de sorte que celui qui aura échappé au lion se heurtera à l'ours. Et viendra ensuite un troisième exil, si bien que celui qui aura réchappé à l'ours sera atteint par le serpent. C'est le sens de ce qui est écrit dans Isaïe : les premiers tourments furent légers, mais les derniers s'alourdirent encore.
הֲלֹא חֹשֶׁךְ יוֹם יְהֹוָה וְלֹא אוֹר, וְאָפֵל וְלֹא נֹגַהּ לוֹ׃ - Le jour de l'Éternel n'est-il pas obscurité et non lumière, sombre et sans le moindre éclat ?
À première vue, le prophète semble répéter la même idée sous des termes différents : obscurité ('hochekh) et ténèbres (ofel) désignent tous deux le noir, tandis que lumière (or) et éclat (nogah) expriment tous deux la clarté. Cependant, le Malbim propose ici une explication remarquable. Le nogah n'est pas une lumière propre. Même en hébreu contemporain, on parle de la lueur de la lune, de son halo. Et de fait, explique le Malbim, toute la clarté de la lune n'est que de l'ordre du nogah, puisqu'elle ne constitue pas une source lumineuse autonome, mais ne fait que refléter la lumière du soleil. Il en va de même pour les étoiles : elles ne possèdent pas de lumière propre, mais scintillent en réverbérant la clarté solaire.
Dès lors, il peut exister une obscurité accompagnée d'un éclat. L'exemple type en est la nuit : il fait nuit, mais il y a des étoiles et la lune ; c'est donc certes l'obscurité, mais pourvue d'une lueur (nogah). En revanche, l'obscurité profonde (afela) signifie qu'il n'y a absolument rien, pas même la moindre lueur. Cela est bien pire que le simple 'hochekh, car l'afela est un état absolu et total, privé à la fois d'étoiles et de lune. C'est ainsi qu'il est écrit : « Nous espérons la lumière, et voici l'obscurité ; la clarté, et nous marchons dans les ténèbres » : l'opposé de la lumière (or) est l'obscurité ('hochekh), mais dans cette obscurité, des étoiles et la lune restent envisageables. Le verset ajoute donc : nous espérions des lueurs (negohot), la lumière des astres de la nuit, et voici que nous marchons dans l'obscurité totale (afela). L'obscurité profonde est ainsi le contraire même de la lueur.
Et avec quelle finesse cela éclaire la parole de la Guémara à propos du verset « Quiconque a marché dans les ténèbres et n'a point d'éclat » : s'il est parti pour accomplir une mitsva, il a un éclat ; s'il est parti pour une affaire profane (devar harechout), il n'a point d'éclat. La Guémara y évoque un homme qui avait l'habitude de se rendre à la synagogue et qui, un jour, s'est absenté. Le Saint, béni soit-Il, s'enquiert alors de lui : que s'est-il passé, où est un tel, pourquoi n'est-il pas venu ? « Qui parmi vous craint l'Éternel... qui marche dans les ténèbres ». Que signifie « marcher dans les ténèbres » ? Le fait de ne pas être venu à la synagogue. Et il ne s'agit même pas de quelqu'un qui serait allé au cinéma, ce qui relève assurément des ténèbres où l'on s'assoit dans le noir complet, mais même s'il est allé vaquer à une occupation profane permise, cela s'appelle « marcher dans les ténèbres ». Pourtant, il se peut fort bien qu'il ne soit pas parti pour une affaire profane, mais pour accomplir une mitsva ; dans ce cas, bien qu'il ne soit pas venu, « il a un éclat » : bien qu'il s'agisse d'une obscurité, c'est une obscurité habitée par une clarté, car la mitsva illumine. En revanche, s'il n'est pas parti pour une mitsva, « il n'a point d'éclat » : c'est une obscurité absolue, de l'ordre de l'afela. C'est précisément ce qu'enseigne notre verset : non seulement ce sera l'obscurité et non la lumière, le soleil ne brillant plus, mais sache que la lune elle-même n'éclairera pas non plus - « sombre et sans éclat », privé même de la faible lueur de la lune et des étoiles.
שָׂנֵאתִי מָאַסְתִּי חַגֵּיכֶם, וְלֹא אָרִיחַ בְּעַצְּרֹתֵיכֶם׃ - Je hais, je méprise vos fêtes, et je ne puis sentir vos assemblées solennelles.
Le Radak souligne que ces paroles s'adressent au royaume de Juda, car Amos prophétisait à l'époque d'Ozias, roi de Juda. Pourquoi est-il nécessaire de le préciser ? Parce que si l'on supposait que ce reproche visait le royaume de Samarie, comment le prophète pourrait-il leur parler d'holocaustes, d'oblations et de sacrifices, comme nous le verrons au verset suivant ? Il n'existait aucun Temple de substitution en Samarie ; le seul Temple se trouvait en Juda. C'est pourquoi cette prophétie a été prononcée du temps d'Ozias à l'encontre de Juda.
Il leur déclare : vous placez votre confiance dans les sacrifices. Nous avons déjà abordé ce point à plusieurs reprises : ils se disaient « C'est ici le sanctuaire de l'Éternel, le sanctuaire de l'Éternel ! » - ne t'inquiète pas, le Temple nous sauvera, les sacrifices nous protégeront, Hachem ne nous affligera pas et ne nous exilera pas. Ils mettaient leur foi dans les offrandes et dans le culte du Temple, convaincus que leur mérite leur garantirait délivrance et salut. En d'autres termes, ils concevaient les choses comme si le Saint, béni soit-Il, avait besoin de leurs dons et qu'il était possible de Le corrompre : Maître du monde, prends ce sacrifice et laisse-moi tranquille, j'ai fait ce que Tu demandais, accorde-moi maintenant la paix ; grâce à cela, nous serons protégés et aucun malheur ne nous atteindra. C'est contre cette illusion que le Saint, béni soit-Il, met en garde en maints passages, leur répétant : vous faites fausse route.
Remarquez la précision du Malbim : la haine (sin'a) s'applique à ce qui est détesté dès l'origine, tandis que le rejet (mé'issa) concerne une chose autrefois aimée et désormais méprisée. On en trouve une illustration à propos d'Éliav : lorsque Samuel vint oindre l'un des fils de Jessé, il pensa d'abord qu'Éliav était l'élu et déclara : « Certainement, le messie de l'Éternel est devant Lui ! », mais le Saint, béni soit-Il, lui répondit : « Car Je l'ai rejeté (méastiv) ». Nos Sages enseignent : cela indique qu'il était aimé à l'origine, puis a été rejeté à cause de la colère qui l'habitait. En soi, il était digne, mais il a cédé à la colère et est ainsi devenu méprisable. Le Malbim explique donc : « J'ai rejeté » (ma'asti) est le contraire de « J'ai choisi » (ba'harti), tandis que « J'ai haï » (sanéti) est le contraire de « J'ai aimé », désignant une aversion foncière.
Ainsi, Hachem leur dit : il y a des fêtes que J'ai haïes dès le départ. Et si l'on objecte : mais les fêtes consacrées à l'Éternel, celles que Tu as ordonnées, celles-là, Tu les agrées certainement ? Il répond : certes, elles étaient aimées au commencement, mais par vos agissements, Je les ai moi-même prises en dégoût. « Et je ne puis sentir vos assemblées solennelles » - même lors des jours où vous vous assemblez devant l'Éternel pour offrir un sacrifice, selon l'expression « vous aurez une assemblée de clôture » (atseret), cela n'est plus pour Moi une odeur agréable. Comme il est écrit : « que l'Éternel avait choisis et qu'Il a ensuite rejetés ».
כִּי אִם תַּעֲלוּ לִי עֹלוֹת וּמִנְחֹתֵיכֶם לֹא אֶרְצֶה, וְשֶׁלֶם מְרִיאֵיכֶם לֹא אַבִּיט׃ - Car si vous M'offrez des holocaustes et vos oblations, Je ne les agréerai point, et le sacrifice de paix de vos bêtes grasses, Je n'y jetterai pas un regard.
Le Radak fait remarquer que cela fait écho aux paroles d'Isaïe : « À quoi bon la multitude de vos sacrifices, dit Hachem », et le Malbim cite le verset de Jérémie : « Vos holocaustes ne Me sont point agréés, et vos sacrifices ne M'ont pas plu. » Cela signifie que le sacrifice n'a aucune valeur intrinsèque en soi, tout comme Chemouel le reprocha à Chaoul : « Voici, l'obéissance vaut mieux que le sacrifice, la soumission vaut mieux que la graisse des béliers. » La graisse des béliers et l'offrande, comme l'explique là-bas le Malbim, ne sont pas un but en soi ; toute leur portée réside dans le principe : « J'ai ordonné et Ma volonté a été accomplie. » Le Saint, béni soit-Il, dit : Ai-Je donc besoin de ton sacrifice ? « Mangerai-Je la chair des taureaux, ou boirai-Je le sang des boucs ? » Nous avons déjà expliqué que si l'on s'imagine qu'il manque quoi que ce soit au Saint, béni soit-Il, c'est que l'on a une vision bien rétrécie du Maître du monde, comme s'Il avait besoin de nous, comme si nous Lui étions nécessaires. Or, nous proclamons qu'Il était Roi avant même qu'aucune créature ne fût formée, et Il n'a nullement besoin de l'homme pour régner. Pourquoi donc t'a-t-Il créé ? Pour ton propre bien. Dès lors, lorsque tu apportes un sacrifice, tu te soumets par là à la volonté divine, et c'est en cela qu'il devient une agréable odeur devant Lui : Sa volonté a été accomplie. Mais si l'on vient offrir un sacrifice tout en bafouant Sa volonté, c'est une contradiction totale, une démarche frappée de fausseté de l'intérieur.
À quoi cela ressemble-t-il ? À un homme qui comblerait chaque jour sa femme de cadeaux, tout en l'insultant, en l'injuriant et en lui adressant les paroles les plus dures, sans rien faire d'autre que lui apporter des présents. Elle ne tardera pas à tout lui jeter à la figure. En revanche, s'il ne lui apporte qu'une seule fleur, mais lui adresse une parole chaleureuse, lui procure un sentiment de bien-être et lui témoigne de la considération, cela aura infiniment plus de prix à ses yeux que tous les cadeaux du monde. Pourquoi ? Parce que tous ces présents n'étaient destinés qu'à endormir sa propre conscience, pour pouvoir continuer à l'outrager, à la blesser et à se conduire de manière indigne, en compensant par un nouveau cadeau, puis un autre encore : « Prends cela, mais ne me fais pas de mal ! » C'est très exactement ce que déclare le Saint, béni soit-Il. Pourtant, pour une épouse, le présent procure au moins un avantage matériel, et malgré cela, un cadeau accompagné d'une gifle demeure insupportable ; à plus forte raison auprès du Saint, béni soit-Il, qui ne tire aucun profit, ne manque de rien, et pour Qui tout le sens de l'offrande et du sacrifice n'est que de manifester l'adhésion de l'homme à la volonté divine - à plus forte raison le sacrifice ne saurait avoir de but en lui-même.
Le Malbim précise : lors des fêtes de pèlerinage, le peuple était tenu d'amener les holocaustes de réapparition (olot reiya) et les sacrifices de paix de réjouissance (chalmei 'haguiga), et chaque holocauste était accompagné d'une oblation végétale, d'où l'expression : « et vos oblations ». Je ne désire ni vos holocaustes ni vos oblations. Bien que l'holocauste vienne expier l'omission d'un commandement positif - celui qui a transgressé une mitsva positive offre un holocauste, tandis que pour les interdictions, cela dépend de la gravité : certains cas entraînent un sacrifice expiatoire pour faute (korban 'hatat) s'il y a retranchement (karet), d'autres fautes exigent des sacrifices de culpabilité (ashamot), tels que le délit de profanation sacrée, le délit de spoliation, la faute avec une servante désignée ou l'impureté du nazir - le Saint, béni soit-Il, leur dit : même cela ne vous obtiendra pas Ma faveur. Et à plus forte raison les sacrifices de paix : « le sacrifice de paix de vos bêtes grasses », les bêtes engraissées, comme dans l'expression « la graisse des veaux gras ». Tout cela n'est point agréé et ne M'est d'aucune douceur.
הָסֵר מֵעָלַי הֲמוֹן שִׁרֶיךָ, וְזִמְרַת נְבָלֶיךָ לֹא אֶשְׁמָע׃ - Éloigne de Moi le tumulte de tes cantiques, et la mélodie de tes luths, Je ne l'écouterai point.
Les Léviim chantaient sur l'estrade, tant par le chant vocal qu'en s'accompagnant d'instruments de musique. Le Saint, béni soit-Il, leur déclare : cela non plus, Je n'en veux point, dès lors que vous vous révoltez contre Mes commandements. Et que signifie « le tumulte de tes cantiques » ? Le Malbim explique que le terme « hamon » a une connotation péjorative, tout comme l'expression « une ville bruyante », où règne le vacarme. Le Saint, béni soit-Il, dit : Fais taire le vacarme de tes chants ! L'homme s'imagine entonner de suaves mélodies, alors qu'en vérité, il ne produit que du tapage. Ce n'est pas un chant, c'est une pure cacophonie. Ce tumulte de tes cantiques, écarte-le de Moi, cela n'est point agréable à Mes oreilles. « Et la mélodie de tes luths, Je ne l'écouterai point » - même la musique de tes instruments, Je refuse de l'entendre.
וְיִגַּל כַּמַּיִם מִשְׁפָּט, וּצְדָקָה כְּנַחַל אֵיתָן׃ - Mais que le droit jaillisse comme l'eau, et la justice comme un torrent intarissable.
Le mot « veyigal » renvoie au dévoilement et au jaillissement, conformément au verset vu précédemment : « L'accomplissement de la justice et du droit est plus agréable à Hachem que les sacrifices. » L'exercice de la justice et du droit surpasse l'offrande des sacrifices. Le droit (mishpat), comme nous l'avons rappelé à maintes reprises, régit les relations interpersonnelles (bein adam la-'havero), tandis que la justice (tsedaka) touche ici aux devoirs envers le Ciel (bein adam la-Makom) : il ne s'agit pas simplement de faire l'aumône, mais d'être un tsaddik, de mener une conduite droite devant Hachem.
Le Malbim explique : l'eau de source jaillit d'elle-même, c'est une source qui sourd naturellement de son propre fond. Et le droit ressemble précisément à cette source jaillissante. C'est une explication admirable : lorsque nous comparons le service divin aux relations d'homme à homme, quel domaine l'esprit humain saisit-il avec une évidence immédiate ? Les rapports humains : ne pas voler, ne pas spolier, ne pas assassiner. Cela relève du bon sens élémentaire, et comme nous l'avons déjà mentionné, il ne s'agit pas seulement de logique humaine, mais d'une empreinte que le Saint, béni soit-Il, a gravée au fond de l'âme humaine. Il n'existe aucun peuple au monde pour proclamer que le meurtre est légitime en soi. Certains prétendront qu'assassiner tel individu est permis, ou qu'il est méritoire de massacrer tel ennemi et de décréter un djihad à son encontre, mais tous s'accorderont sur le fait qu'il est illégitime de s'entre-tuer au sein de leur propre groupe. De même, aucun groupe au monde n'affirme que le vol est légitime, et aucune nation n'a pour loi : « Tu voleras ». Une seule ville a jadis érigé cela en règle, et le Saint, béni soit-Il, l'a rayée de la terre : Sodome. Même s'il existe des contrées où le larcin est plus répandu - comme dans cette plaisanterie sur Tsidkiyahou qui parcourait le monde avec une lanterne à la recherche de la justice, et qui, arrivé en Roumanie, se mit à chercher sa lanterne - nulle part on ne trouvera une législation imposant le vol. La majeure partie des Dix Paroles relève d'une logique simple et accessible à tout esprit humain.
Même le cannibale qui affirme qu'il est chez lui d'usage de manger de la chair humaine ne songe pas à dévorer son voisin de tente, mais seulement les étrangers, ceux du dehors. Bien plus, il prétendra agir avec davantage de droiture et d'équité que vous ! On raconte qu'un Américain, ayant rencontré un cannibale dans les forêts profondes d'Afrique, résolut de l'emmener en Amérique pour lui faire découvrir la civilisation. Ils arrivèrent en pleine guerre de Sécession. Entendant des coups de feu, l'Américain lui baisse la tête en criant : « Baisse-toi, c'est dangereux, tu pourrais recevoir une balle ! » Le cannibale voit des cadavres jonchant le sol comme des mouches, et demande : « Dis-moi, que faites-vous de tous ces corps ? » C'est là sa préoccupation naturelle de cannibale. L'autre lui répond : « Comment cela ? Nous les ramassons et nous les enterrons ! » Le cannibale rétorque alors : « Pardonnez-moi, mais vous êtes des corrompus. Chez nous, on ne tue un homme que pour se nourrir ; mais vous, pourquoi tuez-vous ? C'est de la dépravation pure ! » On le voit : même un cannibale parvient à se juger plus moral qu'un autre. Mais tous reconnaissent que tuer gratuitement est inadmissible, car cela contredit la loi humaine fondamentale que le Saint, béni soit-Il, a inscrite en chacun de nous.
Tel est le sens de : « Que le droit jaillisse comme l'eau ». Le droit, qui relève des devoirs envers le prochain, s'impose à tous, et aucune société n'estime possible de subsister sans lois pour régir les rapports humains. Cela sourd spontanément, comme l'eau d'une source ; nul n'a besoin d'une longue étude pour le comprendre, la simple raison exige l'existence d'une justice. En revanche, la justice sacrée (tsedaka), qui consiste à être intègre envers le Créateur (bein adam la-Makom), ressemble à un torrent. D'où provient l'eau d'un torrent ? Elle s'accumule depuis des cours d'eau extérieurs. Or, nous l'avons répété : ce qu'est le service d'Hachem, quelle est la voie véritable, quel est le fondement de la moralité authentique et de la crainte du Ciel - tout cela ne peut être reçu que d'Hachem et de la bouche d'un prophète ; l'esprit humain ne saurait y parvenir de lui-même. Qui t'a appris qu'il fallait porter les téfilines ? Qui a défini ce qui est moral ou non aux yeux de Dieu ? Tout cela doit nécessairement découler de la Révélation divine. C'est exactement comme un torrent, alimenté par des affluents, par la fonte des neiges et par des sources lointaines, et qui ne jaillit pas de son propre lit. C'est pourquoi le verset conclut : « et la justice comme un torrent intarissable ».
Le sens de ces paroles, explique le Malbim, est que le but essentiel du pèlerinage et des sacrifices est d'y apprendre les lois de Hachem et de s'attacher à Ses jugements, comme il est écrit : « afin que tu apprennes à craindre l'Éternel, ton D.ieu ». Le but ultime réside dans la droiture et la justice. Le but ultime serait-il simplement de prendre une bête, de l'abattre et de la faire monter sur l'autel ? Cela n'est que la part technique. La véritable finalité est d'apprendre la justice et l'équité. C'est pourquoi cela se rattache à ce qui a été dit précédemment : ne M'offrez point d'holocaustes ni d'oblations, et Je ne regarderai pas vos bêtes grasses en sacrifices de paix, car ce que Je recherche, c'est que « le droit jaillisse comme l'eau ». Et si tu n'agis pas ainsi mais persistes dans ta méchanceté, quel est donc le sens du sacrifice ?
הַזְּבָחִים וּמִנְחָה הִגַּשְׁתֶּם לִי בַמִּדְבָּר אַרְבָּעִים שָׁנָה בֵּית יִשְׂרָאֵל׃ - M'avez-vous donc présenté des sacrifices et des oblations dans le désert pendant quarante ans, maison d'Israël ?
À première vue, la question est surprenante : n'a-t-on pas offert de sacrifices dans le désert ? Pourtant, on en offrait dans le Tabernacle, les princes des tribus en ont apporté, et l'on a célébré le Pessa'h. Mais Rachi explique : est-ce donc de sacrifices et d'oblations que J'ai désir ? Dans le désert, Je n'ai point parlé à vos pères pour M'offrir des sacrifices ; J'ai seulement dit « lorsqu'un homme d'entre vous présentera une offrande » - lorsqu'il désire en offrir une, sans en faire une obligation absolue. Et si l'on objecte à propos du sacrifice de Pessa'h, il est écrit : « et les enfants d'Israël firent la Pâque en son temps », ce qui enseigne qu'Israël ne célébra dans le désert que ce seul Pessa'h, et n'en offrit plus par la suite. De même, le Radak cite la prophétie de Jérémie : « Car Je n'ai point parlé à vos pères et ne leur ai point donné d'ordres, le jour où Je les ai fait sortir du pays d'Égypte, touchant des holocaustes et des sacrifices ».
C'est également ce que disent nos Sages à propos de l'holocauste offert au mont Sinaï. Rabbi Eliézer affirme : les lois de l'holocauste ont été énoncées au Sinaï, mais l'offrande elle-même n'a pas été immolée ; c'est-à-dire qu'au Sinaï l'ordre en fut donné, mais dans le désert on n'en offrit pas. Rabbi Akiva, quant à lui, soutient : elle fut offerte et ne cessa plus, elle fut également immolée dans le désert. Dès lors, comment concilier notre verset ? On l'explique ainsi : « M'avez-vous présenté des sacrifices et des offrandes dans le désert pendant quarante ans, maison d'Israël ? » - la maison d'Israël, et non la tribu de Lévi. La tribu de Lévi formait une entité distincte, et c'est elle qui offrait les sacrifices, et non le reste d'Israël. C'est en ce sens que Rabbi Chimon bar Yo'haï déclare : Israël n'offrait pas de sacrifices ; et qui en offrait ? La tribu de Lévi, dont il est dit « ils placeront l'encens sous Tes narines », et « à moi ceux qui sont pour l'Éternel ! Et tous les fils de Lévi s'assemblèrent auprès de lui ». Mais le reste d'Israël, qui s'était adonné à l'idolâtrie, n'en offrait pas, car quiconque a servi des idoles, fût-il un Cohen, se trouve disqualifié à jamais pour le service de l'autel. Il s'avère donc que les seuls à offrir des sacrifices étaient les membres de la tribu de Lévi, qui n'avaient point fauté par l'idolâtrie.
Le Malbim explique que le sens de ce verset est qu'ils ne possédaient pas alors de bétail en abondance pour les sacrifices, ni de vin pour les libations - car les libations exigent du vin, du raisin et des vignes, et où en auraient-ils trouvé dans le désert ? Dès lors, l'essentiel de leur service divin résidait alors dans la justice et la bienfaisance. C'est précisément ce que Hachem leur demande : de même que dans le désert vous n'aviez guère de sacrifices ni de vin pour les libations, et que faisiez-vous donc là-bas ? « Il a accompli la justice de l'Éternel et Ses jugements avec Israël ». C'est cela même que Je vous réclame aujourd'hui : la justice et l'équité. Le sacrifice n'est point l'essentiel, tout comme dans le désert où les offrandes étaient rares, et pourtant vous y accomplissiez la volonté divine.
וּנְשָׂאתֶם אֵת סִכּוּת מַלְכְּכֶם וְאֵת כִּיּוּן צַלְמֵיכֶם, כּוֹכַב אֱלֹהֵיכֶם אֲשֶׁר עֲשִׂיתֶם לָכֶם׃ - Et vous emporterez Sikkout votre roi et Kiyoun vos images, l'étoile de votre dieu que vous vous êtes fabriquée.
Ici, les commentateurs s'interrogent sur le sens exact du verset. Rachi explique que le prophète revient à l'annonce du châtiment : il a parlé plus haut de ténèbres et non de lumière, et il annonce à présent que vous emporterez avec vous vos idoles en exil. Ces divinités mêmes que tu as servies et qui ne t'ont point sauvé, tu les porteras encore sur tes épaules pour partir avec elles en déportation. Et Sikkout, Kiyoun et l'étoile, précise Rachi, sont tous des noms d'idoles.
Et pourquoi est-il appelé « votre roi » ? Le Radak explique : parce qu'on en a fait une divinité et qu'on la nomme roi - de qui reçois-tu tes ordres ? Qui est ton roi ? Cette idole même. À moins qu'il ne s'agisse d'un astre majeur de l'armée céleste, qui règne tel un roi sur ses légions, d'où ce titre de roi, tout comme il est écrit : « pour brûler de l'encens à la reine du ciel », où le terme renvoie également à la royauté. Et que signifie « Sikkout votre roi » ? Le Radak rapporte que certains l'expliquent par dérivation du mot « prête l'oreille » (hasketh), votre roi auquel vous prêtez l'oreille et que vous écoutez. Quant au Targoum Yonathan, il traduit : « et vous porterez Sikkout avec vos prêtres païens », considérant que « votre roi » désigne ici vos desservants idolâtres ; de même qu'il est écrit « il maudira son roi », traduit par « ses prêtres », car ces prêtres étaient leurs guides, ainsi que « ceux qui jurent par Malkam » - ils jurent par ces prêtres et par ce culte idolâtre.
Et que signifie « Kiyoun vos images » ? Le Radak rapporte que certains l'expliquent en référence à « confectionner des gâteaux » (kavanîm), ce qui constituait également un rite idolâtre. Ces gâteaux étaient des mets présentés en offrande aux idoles, à l'image du célèbre récit sur les statues de Téra'h qui se disputaient l'offrande apportée par un homme, ainsi qu'Abraham le raconta à son père. De plus, le Radak rapporte que Kiyoun est le nom d'une divinité en langue arabe et persane, dont on sculptait la figure pour l'adorer ; cette idole était connue sous le nom de Kiyoun, et portait encore cette appellation à son époque chez les Perses et les Arabes.
Et le Malbim explique que cela renvoie à ce qui a été énoncé plus haut, ténèbres et non lumière : vous partirez en exil, tous les sacrifices que vous avez offerts ne vous serviront de rien et toutes les idoles que vous avez adorées ne vous sauveront point, et vous porterez le tabernacle de votre roi (Sikkout). Car ils dressaient pour l'idole une sorte de cabane (soukka), à l'instar de ce que l'on trouve : « les gens de Babylone firent Soukkot-Benot », et c'est en ce lieu qu'ils rendaient leur culte. Ils fabriquaient également des gâteaux rituels (kavanîm), d'où le terme Kiyoun : les femmes pétrissaient de la pâte et façonnaient avec cette pâte la forme de l'idole pour l'adorer, et tel est le sens de « Kiyoun vos images » - une effigie façonnée à la ressemblance et à l'image de cette idole.
Et le Malbim ajoute une remarque saisissante : lorsqu'ils sont sortis d'Égypte, dans quoi résidaient-ils ? « Car c'est dans des souccot que J'ai fait résider les enfants d'Israël ». Et qu'ont-ils emporté avec eux ? « Leur pâte avant qu'elle n'ait levé ». Et à présent, en quittant Jérusalem, voyez ce que vous emportez avec vous : les cabanes que vous avez confectionnées pour l'idolâtrie, et la pâte que vous avez façonnée à l'effigie de votre roi. C'est l'exact opposé des souccot et de la pâte que vous aviez lors de la sortie d'Égypte.
וְהִגְלֵיתִי אֶתְכֶם מֵהָלְאָה לְדַמָּשֶׂק, אָמַר יְהֹוָה אֱלֹהֵי צְבָאוֹת שְׁמוֹ׃ - Et Je vous exilerai au-delà de Damas, a dit l'Éternel, dont le nom est le D.ieu des armées.
Ne pensez pas que vous allez être exilés dans le voisinage immédiat, pour ainsi dire près de chez vous. Il leur dit : non, point du tout, Je vous exilerai très loin. Comme l'a expliqué le Malbim plus haut (chapitre 3, verset 12), une partie du peuple avait d'abord été exilée à Damas, et cet exil ne leur paraissait pas si redoutable, car Damas était proche de la frontière, et à l'époque de Yarov'am ben Yoash, elle se trouvait véritablement à la limite d'Israël. C'est pourquoi Il déclare : sachez que Je vous exilerai bien au-delà de Damas, à Halah, à Habor et sur les rives du fleuve Gozan, des contrées extrêmement lointaines. C'est comme il est écrit : « L'Éternel fera venir contre toi une nation lointaine, une nation dont tu ne comprendras point la langue » - des peuples venus de loin, d'où l'on ne revient pas du jour au lendemain, mais un exil si lointain qu'il anéantit tout espoir de retour immédiat.
Le Radak explique quant à lui que Damas est mentionnée parce qu'elle a causé un mal immense à Israël, comme il est dit au sujet de Retsine, roi d'Aram : « et il éventrera leurs femmes enceintes », à D.ieu ne plaise, car il faisait éventrer les femmes enceintes. Il y régnait une cruauté effroyable. Et quiconque souhaite comprendre pourquoi Damas est aujourd'hui en flammes n'a qu'à lire ce qu'ils ont infligé à Israël à Damas, et il comprendra que le jour de l'Éternel est arrivé. Nous sommes très proches de ce qui est écrit dans le prophète, « la sentence contre Damas », annonçant que le Saint, béni soit-Il, demandera des comptes à Damas pour tout le mal qu'elle nous a fait subir, tout comme Il demandera des comptes à Babylone pour toutes les souffrances qu'elle nous a infligées, ainsi qu'il est écrit au sujet de Babylone : « Heureux qui saisira et fracassera tes nourrissons contre le rocher », en rétribution de tous les actes atroces commis contre nous. Et voilà que Babylone brûle et que Damas brûle, et quiconque a des yeux pour voir peut constater que le Saint, béni soit-Il, châtie ces nations, chacune selon les actes qu'elle a perpétrés contre nous.
Il leur dit donc : Je ne vous exilerai pas simplement à Damas, bien qu'ils aient été impitoyables, mais encore bien au-delà de Damas, ce qui est pire encore. « Dit l'Éternel, dont le nom est le D.ieu des armées » - toutes les armées Lui appartiennent, et Il a dès lors le plein pouvoir de réaliser Sa volonté.
Dans cette partie du chapitre, Amos atteint le sommet de son reproche. Il dépeint des lamentations sur les places et dans les rues, un deuil qui devance l'oraison funèbre et des pleureuses qui seront appelées après la guerre ; même dans les vignes, lieu d'allégresse, retentiront les lamentations, car « Je passerai au milieu de toi » pour le châtiment et non pour le salut. De là, il s'adresse à ceux qui soupirent après le jour de l'Éternel : vous êtes semblables à la chauve-souris qui attend la lumière, car pour vous ce jour sera ténèbres et non clarté, obscurité sans la moindre lueur, avec des malheurs qui s'enchaîneront comme le lion, l'ours et le serpent - trois exils successifs. Le cœur de son propos est que la confiance placée dans les sacrifices et le culte du Sanctuaire sans amendement de la conduite est une vaine illusion : le Saint, béni soit-Il, n'a nul besoin de vos sacrifices, et toute la portée du sacrifice réside dans l'expression de la soumission à la volonté divine. Ce qu'Il réclame, c'est que « la justice jaillisse comme l'eau, et la droiture comme un torrent intarissable » - une justice qui s'impose d'elle-même à la raison humaine, et une charité reçue d'une source supérieure. Et de même qu'au désert, sans profusion de sacrifices, ils accomplirent la volonté de D.ieu, de même cela est-il exigé d'eux aujourd'hui. Faute de quoi, ils finiront par emporter en exil les cabanes de leurs idoles et la pâte de leurs statues, l'antithèse des souccot et de la pâte de la sortie d'Égypte, et ils seront exilés bien au-delà de Damas par Celui qui se nomme le D.ieu des armées, à qui appartiennent toutes les légions et qui détient la puissance d'accomplir pleinement Son dessein.