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Teroumot Chapitre 3, Michna 8: quand la bouche et le cœur doivent être en accord

Teroumot chapitre 3, michna 8. Nous venons d'achever notre étude sur l'importance de la déclaration verbale par rapport au prélèvement physique des différents maasserot : la désignation par la parole est une déclaration verbale qui prend effet et s'applique avant même tout prélèvement physique de la part du tas. Se pose maintenant la question que nous avons évoquée : que dit la loi lorsque, au moment de désigner par la parole, la personne emploie une formulation par lapsus, et ne vise pas le morceau auquel elle pensait ? Par exemple, il avait devant lui deux raisins, et voulait dire de l'un "celui-ci est teroumah", mais par erreur l'a dit de l'autre ; ou bien il a dit "nord" au lieu de "sud". Il n'a pas dit ce qu'il pensait, mais un lapsus lui a échappé. Ses paroles ont-elles force obligatoire, et l'objet devient-il maintenant teroumah ?

L'exigence que "sa bouche et son cœur soient identiques" :

La réponse est négative. Il y a une exigence que la bouche - ce que la personne dit - et le cœur - ce qui est dans son cœur - soient identiques et en accord l'un avec l'autre. Si dans son cœur, c'est-à-dire dans son intention ("cœur" signifie ici l'intention), elle visait une chose, et que par erreur elle en a dit une autre, ses paroles n'ont pas force obligatoire.

La teroumah comme des "kodachim" en version réduite :

La michna va traiter de quatre types de déclarations. Comme cela a été mentionné en introduction, la teroumah est une sorte de kodachim en version réduite. Les aliments ordinaires ne peuvent pas s'impurifier au-delà de deux degrés, jusqu'au deuxième degré d'impureté ; mais la teroumah, en raison de sa sainteté particulière, peut s'impurifier même au troisième degré. Les kodachim - les aliments et les animaux offerts sur l'autel - peuvent s'impurifier même au quatrième degré. Il apparaît donc que la teroumah est d'un degré moindre que les kodachim dans leur plénitude : des kodachim réduits, puisqu'il n'y a chez eux que trois degrés.

Mais la véritable raison pour laquelle la teroumah est comme une sorte de kodachim légers, c'est que le pouvoir qui crée la teroumah - le pouvoir verbal dans la bouche de la personne - découle de cette même source. La Torah donne à l'homme le pouvoir de transformer une chose profane, non consacrée, en hekdech (bien consacré). Lorsqu'il dit "cette vache sera un korban ola", sa déclaration a force obligatoire : elle crée un interdit, et applique sur cette vache une sainteté dont il n'y a pas de retour possible. Désormais s'appliquent sur elle toutes sortes de restrictions, et il y a de graves conséquences si l'on fait avec elle quelque chose qui n'est pas conforme.

Il apparaît donc que le pouvoir de l'homme de prononcer une déclaration verbale dotée d'un statut obligatoire et sanctifiant découle de son pouvoir de déclarer une chose comme korban. Ce pouvoir apparaît dans la loi sous quatre formes différentes - quatre manières par lesquelles l'homme parle et crée de nouveaux statuts et interdits, et toutes découlent de son pouvoir de créer du hekdech par la parole.

Les quatre catégories traitées dans la michna :

  1. Teroumot et maasserot - le prélèvement lui-même.

  2. Nidré hekdech (vœux de consécration) - le fait de faire d'une chose un korban, une min'ha et ainsi de suite.

  3. Chevouot (serments) - une personne qui jure de faire une chose ou de ne pas la faire, ou qui jure qu'une chose s'est produite ou ne s'est pas produite. Son serment a force obligatoire et a des conséquences.

  4. Nidré issour (vœux d'interdit) - une personne qui s'interdit un objet en jouissance, comme s'il s'agissait d'un korban dont il est interdit de tirer profit. Celui qui dit "je ne tirerai pas profit de cette table" - il lui est désormais interdit de s'asseoir à cette table et ainsi de suite.

Dans les quatre catégories, la loi est la même : si la personne a essayé de prononcer une déclaration verbale qui modifie le statut d'une chose et la rend hekdech et interdite, et qu'elle n'a pas dit ce qu'elle pensait - ses paroles ne prennent pas effet. Et tout cela pour une seule raison : l'exigence que le cœur et la bouche de la personne soient en accord.

La source de la loi dans les versets :

La manière dont nous savons qu'une personne a besoin que sa bouche et son cœur soient en accord (et "son cœur" signifie son intention), provient de deux versets qui semblent se contredire l'un l'autre. Le premier : "motsa sefatékha tichmor" - ce qui est sorti de ta bouche, tu dois l'accomplir et le réaliser dans ce genre de sujets. Le second, que nous avons mentionné au début du traité parmi les versets qui ouvrent la parachat teroumah dans le livre de Chemot, parle de "kol nediv lev" - quiconque son cœur l'incite à donner. Ces versets imposent aussi des restrictions : comme on s'en souvient, le fou ne peut pas prélever de teroumah, car il n'a pas de cœur, c'est-à-dire pas d'intention suffisante, pour être donateur et donner de son bien.

Nous avons ici deux versets : l'un parle de "motsa sefatékha tichmor", ce qui sort de la bouche crée l'obligation, et l'autre établit que la chose doit se produire dans le coeur, que l'impulsion et le moteur viennent de la volonté qui est dans son coeur et dans son esprit. Comment les concilier ? Le prélèvement et le don se produisent-ils par l'action de la bouche ou par l'action du coeur ? La réponse est que les deux sont requis ensemble : le coeur et la pensée s'associent à la bouche et s'accordent avec elle.

Abordons le texte de la Michna :

  1. "Hamitkaven lomar terouma veamar maasser, maasser veamar terouma" - il avait l'intention de dire à propos de ce raisin qu'il serait Terouma, et par erreur le mot "maasser" (dime) est sorti de sa bouche, ou inversement. C'est la première catégorie.

  2. "Ola veamar chelamim, chelamim veamar ola" - il avait l'intention de dire que cette vache serait un sacrifice ola (holocauste), et par erreur il a dit "chelamim" (sacrifice de paix), ou inversement. Ce sont des voeux de consécration, le fait de destiner une chose au sacrifice. Et lorsque sa bouche et son coeur ne sont pas accordés, la chose ne prend pas effet.

  3. "Cheéni nikhnass lebayit zé veamar lazé" - il a juré de ne pas entrer dans une maison précise, il avait en vue cette maison-ci, et par erreur il a nommé l'autre maison. C'est la troisième catégorie, le serment.

  4. "Cheéni néhené lazé veamar lazé" - il avait l'intention de dire qu'une chose précise lui serait interdite en jouissance pour toujours, et par erreur il a désigné l'autre chose : il voulait dire "table" et il a dit "chaise", et ainsi de suite. C'est la quatrième catégorie, le voeu.

"Lo amar keloum, ad chéyihyou piv velibo chavin" - dans ces quatre cas, ce qui sort de la bouche de la personne n'a aucune signification halakhique, et ses paroles ne créent pas d'obligation tant que sa bouche, ce qu'il a dit, et son coeur, son intention, ne sont pas égaux et concordants l'un avec l'autre.

En résumé : les quatre catégories - Teroumot et maasserot, voeux de consécration, serments et voeux d'interdiction - partagent toutes un même principe directeur : la personne doit dire ce qu'elle a l'intention de dire et avoir l'intention de ce qu'elle dit, et sinon, ses paroles ne créent pas d'obligation.