Chapitre 3, michna 13. La michna que nous étudions énumère trois domaines dans les lois de yom tov où Rabban Gamliel adoptait une position stricte, la loi ayant été tranchée selon l'avis du Sage dans le sens de l'indulgence. La source de ce passage se trouve dans la michna du traité Betsa, chapitre 2 michna 6, dont le texte est le suivant : "Rabban Gamliel mahmir kedivré Beth Chammaï" - Rabban Gamliel adopte la rigueur selon l'avis de Beth Chammaï.
Il convient de prêter attention au caractère singulier de la chose : Rabban Gamliel était le petit-fils de Rabban Gamliel l'Ancien, lui-même petit-fils de Hillel l'Ancien. Bien qu'il fût issu de la lignée de Hillel et qu'il occupât la charge de Nassi, il adoptait la rigueur dans ces trois domaines selon la méthode de Beth Chammaï.
La première rigueur - l'enveloppement des aliments (hatmana) pendant yom tov pour les besoins de chabbat :
Fondement de la loi : le chabbat, on ne cuisine absolument pas, et pendant yom tov il est permis de cuisiner uniquement pour les besoins de yom tov lui-même et non pour ceux du jour suivant, même si ce jour suivant est chabbat. Or, puisque si l'on ne cuisine pas la veille de chabbat qui tombe un jom tov on se retrouverait sans nourriture pour chabbat, les Sages ont établi qu'il est possible de cuisiner pendant yom tov pour les besoins de chabbat, à condition d'avoir commencé la préparation avant l'entrée de yom tov. C'est le erouv tavchiline, dont le principe est que la préparation pour chabbat a commencé à l'avance et n'a pas été laissée au dernier moment.
Comme on en a l'usage aujourd'hui, le erouv tavchiline comprend deux éléments :
un aliment cuit au four - fait par une chaleur sèche, généralement du pain.
un aliment cuit à l'eau - fait dans l'eau, généralement un œuf dur.
Ce ne sont là que des exemples, mais c'est ainsi que la chose se fait concrètement. Selon l'avis de Beth Hillel, ce erouv couvre tous les besoins de cuisson effectués la veille de chabbat qui tombe un yom tov.
Beth Chammaï estiment que l'enveloppement des aliments (hatmana) est une question tout à fait distincte. Les Sages ont interdit la hatmana le chabbat lui-même, soit parce qu'elle a l'apparence d'une cuisson, soit de crainte que l'on ne vienne à attiser les braises. C'est pourquoi, selon leur méthode, il ne faut pas envelopper les aliments pendant yom tov pour les besoins de chabbat, à moins qu'une hatmana distincte n'ait été faite le jour précédant yom tov, en tant qu'élément supplémentaire du erouv tavchiline. Cependant, la loi est tranchée selon Beth Hillel : un aliment cuit au four et un aliment cuit à l'eau suffisent pour permettre également la hatmana.
La deuxième rigueur - l'assemblage d'une lampe pendant yom tov :
Il ne faut pas assembler pendant yom tov les différentes parties d'une lampe démontée, telle une lanterne. Le chabbat, on ne s'occupe pas du tout des lampes, puisqu'on n'y allume rien, tandis que pendant yom tov il est permis d'allumer une lumière à partir d'un feu déjà existant. Quant à l'assemblage de la lampe elle-même, Beth Hillel estiment que lorsqu'il s'agit d'un ustensile qu'on a coutume de démonter et de réassembler, comme un ensemble de bougies de voyage composé d'unités qui s'emboîtent les unes dans les autres, son démontage n'est pas considéré comme une brisure et son assemblage n'est pas considéré comme une réparation, car c'est là son mode d'utilisation, et c'est pourquoi cela est permis.
Beth Chammaï estiment qu'il y a ici un risque de transgresser le travail de construire (boné), car selon leur méthode il existe une notion de construction dans les ustensiles. Celui qui assemble les unités séparées pour former la lampe, ce support de bougie, celui-là construit, et c'est pourquoi cela est interdit. Rabban Gamliel est explicitement d'accord avec cela. Mais la loi est tranchée selon Beth Hillel, qui estiment qu'il n'y a pas de construction dans les ustensiles, et c'est pourquoi la chose est permise.
La troisième rigueur - "veéin ofin pitin gueritsin, éla rekikin" :
Au sens simple : on ne doit pas cuire, un jour de fête, des miches de pain épaisses, mais seulement de fines galettes, comme une gaufre ou un pain semblable à un cracker. Cependant, le problème ne réside pas dans la forme du pain mais dans sa quantité, et il concerne un effort excessif un jour de fête. Bien qu'il soit permis de cuisiner pour les besoins de la consommation du jour de fête, un effort démesuré est interdit. Non seulement pétrir une pâte épaisse en grande quantité demande plus de peine que pétrir une pâte fine, mais la cuisson de pitin gritzin, ces grandes miches, comporte un problème supplémentaire : à la fin, il restera des restes de pain après le jour de fête, et il se trouve que l'on aura accompli un travail un jour de fête pour les besoins d'un jour ordinaire.
C'est pourquoi Beit Chammaï l'interdisent, et Rabban Gamliel est d'accord avec eux. Mais Beit Hillel, et telle est la halakha, pensent autrement : certes, tout le pain ne sera pas mangé le jour de fête, mais le goût du pain est bien meilleur lorsque le four est rempli de miches cuites ensemble. Puisqu'il en est ainsi, même si une partie du pain servira après le jour de fête, il y a là un bénéfice le jour de fête lui-même du point de vue de la qualité du goût, et ce n'est pas un effort excessif, car il ne s'agit pas d'une peine sans bonne raison, mais dans un but excellent. Cela suffit pour permettre la chose un jour de fête à qui le souhaite, et telle est la position de Beit Hillel, contrairement à Rabban Gamliel.
Sur ce dernier point, Rabban Gamliel a dit : "Mi yodéa chel beit abba" - c'est-à-dire que toute la tradition de sa maison paternelle, la maison de la Nessiout de génération en génération, en témoigne ainsi. Son père, Rabban Chimon ben Gamliel, qui fut l'un des derniers Nessiim avant la destruction et compté parmi les dix martyrs du royaume, n'a jamais fait cuire dans sa maison de grandes miches de pain un jour de fête, mais seulement de fines galettes et en petite quantité.
Les Sages lui répondirent : "Ouma naassé lebeit abikha, chéhayou mahmirin al atzman oumékilin al Israël" - même si ces propos sont exacts, ils ne constituent pas une preuve et ils n'enseignent rien. Certes, dans la maison du Nassi on ne cuisait pas ces miches de pain gonflé un jour de fête, mais c'était une rigueur qu'ils s'imposaient à eux-mêmes par piété ; en revanche, ils permettaient au reste d'Israël de cuire des pitin gritzin avec tout le travail qu'ils comportent, et même "vahori". Ils étaient des dirigeants, qui comprenaient que la chose était permise selon la loi stricte, et ils ne cherchaient pas à restreindre le public.
Et qu'est-ce que "hori" ? Du mot hor, trou, comme un trou dans le sol : un pain cuit sur des braises dans un trou creusé dans la terre. Il est probable que certains aimaient ce plat et le demandaient particulièrement en l'honneur du jour de fête, mais il comporte une grande peine : il faut sans cesse attiser les braises et maintenir le feu allumé pour que le pain y cuise. Néanmoins, la tradition de la maison même du Nassi, la maison de Rabban Chimon ben Gamliel, était qu'il permettait à l'ensemble d'Israël de cuire même le "hori", ce pain exigeant tant d'efforts.
La halakha, dans ce cas, n'est pas comme Rabban Gamliel, mais comme les Sages.