Nous sommes au chapitre 4, michna 6, et nous revenons au sujet de l'impureté et de la pureté. Le premier cas de la michna traite de la préparation à recevoir l'impureté, c'est à dire de la préparation de l'aliment pour qu'il puisse devenir susceptible d'impureté.
Contexte : le 'hekhcher' pour recevoir l'impureté :
Il existe quatre catégories de choses susceptibles de recevoir l'impureté. L'homme et les ustensiles, s'ils entrent en contact direct avec une source d'impureté, comme une souris morte, deviennent immédiatement impurs. Mais les aliments ne deviennent pas impurs par le simple contact : même si la pomme a touché la souris morte, elle demeure pure, sauf si elle a d'abord été rendue apte, par le 'hekhcher', à recevoir l'impureté.
Cette sensibilité se crée lorsque la pomme est mouillée par l'un des sept liquides, les zayin machkin, qui rendent l'aliment apte à recevoir l'impureté. Le moyen mnémotechnique pour les retenir est "yad cha'hat dam" (dont le sens littéral est : une main qui égorge du sang), et les voici :
Y' - yayin (vin, ou jus de raisin).
D' - dvach (miel).
Ch' - chemen (huile d'olive).
'H' - 'halav (lait).
T' - tal (rosée).
D' - dam (sang).
M' - mayim (eau).
Précision sur le langage du verset :
Lorsque la Torah traite de ce sujet, elle emploie une expression particulière : "vékhi youtan mayim al zéra vénafal minivlatam". "Youtan" est à la forme houf'al, c'est à dire : a été posé, si de l'eau est venue sur les aliments d'elle même. Seulement, le mot est écrit en graphie défective, sans vav, et de ce fait, à la lecture, il ressemble beaucoup à "yiten", qui signifie que c'est l'homme qui donne l'eau.
De là, nos Sages ont appris qu'il ne suffit pas que l'aliment ait été mouillé par l'un des sept liquides, mais qu'il faut que l'homme soit satisfait de cette humidification, comme s'il avait lui même donné l'eau. Il n'est pas obligé de le faire de ses mains, mais il doit y consentir et le vouloir. Si l'aliment a été mouillé contre son gré, ce n'est pas un 'hekhcher, et l'aliment ne devient pas susceptible de recevoir l'impureté.
Il faut savoir encore : il n'est pas nécessaire que l'aliment demeure mouillé. Si la pomme a été rincée dans l'eau selon la volonté de l'homme, même après qu'elle a complètement séché, elle est désormais et pour toujours susceptible de recevoir l'impureté.
Le cas de notre michna : une jarre d'olives :
La michna traite des olives. L'une des manières de les préparer à la consommation était de les laisser dans un récipient contenant du sel, et ainsi elles s'attendrissaient et devenaient plus comestibles. Ce procédé faisait également sortir d'elles une partie de leur huile d'olive. L'huile d'olive est l'un des sept liquides, et par conséquent : si l'homme désire que l'huile reste sur les olives, afin qu'elles soient pleines, savoureuses et juteuses, cela constitue un 'hekhcher, et les olives deviennent aptes à recevoir l'impureté. Mais s'il ne veut pas que l'huile demeure sur les olives, pour qu'elles ne deviennent pas molles et flasques, et qu'il cherche à s'en débarrasser, ce n'est pas un 'hekhcher.
De là la question : lorsque des olives séjournent dans le sel un certain temps, et qu'inévitablement de l'huile en sort, cela constitue t il un 'hekhcher ? Cela dépend de la volonté de l'homme, et sur ce point Beth Chammaï et Beth Hillel sont en désaccord :
Beth Chamaï : en règle générale, une personne ne souhaite pas que l'huile sorte, car en restant à l'intérieur elle garde les olives juteuses et pleines, tandis qu'à l'inverse elle les rend collantes, molles et gluantes. Par conséquent, on présume qu'elle ne désire pas l'huile qui sort, et cela ne se fait pas selon sa volonté, si bien que les olives ne deviennent pas susceptibles d'impureté.
Beth Hillel (qui sont plus rigoureux) : certaines personnes désirent au contraire que l'huile sorte, et c'est pourquoi un acte extérieur est requis pour prouver que la personne ne désire pas l'huile et ne la conserve pas : elle doit percer un trou au fond du récipient dans lequel les olives sont salées. Le trou au fond montre qu'elle se réjouit que l'huile s'écoule et se perde, et puisqu'elle ne désire pas l'huile sur les olives, celles-ci ne deviennent pas susceptibles d'impureté.
Texte de la Michna :
"Havit chel zeitim megulgalim" - un tonneau d'olives encore malléables. Car si les olives restent trop longtemps dans le sel, elles ramollissent, se collent et s'agglutinent ensemble au point de ne plus pouvoir rouler du tout, devenant comme une sorte de bouillie d'olives ; c'est pourquoi on les sale légèrement et pour une courte durée.
"Beth Chamaï omerim eino tsarikh linkov" - il n'est pas nécessaire de percer un trou au fond du tonneau, car une personne ne désire pas l'huile qui sort, et les olives ne deviennent pas susceptibles d'impureté.
"Ouveth Hillel omerim tsarikh linkov" - il faut percer le fond, pour que l'huile s'écoule et sorte, montrant ainsi qu'elle ne la désire pas. Cela est requis pour que les olives ne deviennent pas susceptibles d'impureté.
"Oumodim chéim nikeva ousetamou chemarim - chehi tehora" - même Beth Hillel s'accordent à dire que si l'on a percé le récipient pour que l'huile s'écoule, mais que les lies, les résidus qui sortent des olives, ont bouché le trou, de sorte qu'en pratique l'huile ne s'est pas déversée mais est restée autour des olives, les olives sont pures et ne peuvent pas devenir impures. Car par le simple fait d'avoir percé le fond, la personne a montré qu'elle ne désire pas l'huile, et dès lors peu importe qu'elle se soit effectivement déversée ou non.
Voilà le premier point de la Michna, et la halakha suit Beth Hillel, dans le sens de la rigueur : il faut percer un trou au fond.
La deuxième partie : celui qui s'enduit d'huile :
À partir d'ici, la Michna passe à un nouveau cas, qui n'est pas lié à la susceptibilité à l'impureté mais au statut de l'huile d'olive elle-même par rapport à la personne. Une personne enduit son corps d'huile d'olive, comme une sorte de crème hydratante pour sa peau. La question est de savoir si l'huile devient annulée à la personne et subordonnée à elle, au point d'avoir perdu son identité d'huile d'olive et de faire partie de sa peau, si bien qu'elle n'est plus considérée comme une réalité à part entière. Et comment la halakha traite-t-elle cela ?
Le pouvoir du mikvé :
Le mikvé purifie et enlève l'impureté d'une personne et des ustensiles uniquement. Une exception à cela est le récipient en terre cuite, qui ne se purifie pas dans le mikvé. Cependant, les aliments ne se purifient pas dans le mikvé : une pomme impure que l'on a plongée dans le mikvé reste impure. La seule exception, si l'on peut l'appeler ainsi, est l'eau elle-même, qui est considérée comme faisant partie du mikvé et devient donc pure. Mais de manière générale, un aliment ou une boisson ne se purifie pas en entrant dans le mikvé.
Cas 1 - huile pure dès le départ :
Tout a commencé dans la pureté : la personne est pure et l'huile est pure, et elle en enduit sa peau. Ensuite, la personne devient impure, et de ce fait l'huile qui est sur sa peau devient également impure, puisqu'elle fait partie d'elle. Jusque-là, c'est simple. Mais ensuite elle descend et s'immerge dans le mikvé et devient pure. Et si, après sa sortie du mikvé, l'huile goutte d'elle et se rassemble, par exemple, sur une pomme, l'huile a-t-elle retrouvé son statut indépendant, de sorte que, puisqu'elle est devenue impure alors qu'elle était sur son corps et que le mikvé n'a pu la purifier, elle est comme une source d'impureté et rendra la pomme impure ? Ou bien dit-on que l'huile a perdu son identité, que tout est devenu pur, et que le mikvé a agi pour enlever toute impureté, de sorte que même si elle goutte sur la pomme cela n'a aucune conséquence ?
Beth Chamaï (indulgents) : même si elle en dégoutte, c'est pur. Même s'il y a sur elle tant d'huile qu'elle en dégoutte, ce qui dégoutte est pur, car au moment où elle était dans le mikvé elle lui était annulée et aucune impureté n'y est restée, et le dégouttement qui suit n'introduit rien de nouveau.
Beth Hillel (rigoureux) : "Kedei sikhat ever katan" - il existe un seuil, à savoir la quantité d'huile nécessaire pour enduire un petit membre. Si une quantité significative et utilisable en dégoutte, de quoi enduire un membre, l'impureté se réveille de nouveau.
La mesure du "petit membre" - deux approches :
Le Bartenoura : le membre mentionné n'est pas précisé ici, mais dans le traité Chabbath il est dit qu'il s'agit du gros orteil d'un nourrisson le premier jour de sa naissance, l'orteil le plus petit. Une mesure infime, mais qui n'est tout de même pas rien ; elle représente plus qu'une goutte. Appelons-la, pour simplifier, un cmc. Cette mesure elle-même est encore pure, et tout ce qui la dépasse est impur. Si l'on atteint un virgule zéro un cmc, en ce point l'impureté se réveille et la pomme devient impure.
Le Rambam (et telle est, semble-t-il, la halacha) : le membre mentionné est le petit doigt de l'homme, l'auriculaire, plus grand bien sûr que l'orteil. Disons pour l'exemple (et c'est certainement une exagération, mais cela ne change rien au fond) que la quantité nécessaire pour enduire un petit auriculaire est de deux cmc. Selon le Rambam, cette mesure elle-même est déjà impure, et pour rester pure il faut qu'il y en ait un peu moins, un virgule neuf neuf.
Il ressort que le Rambam et le Bartenoura divergent sur deux points : la mesure elle-même est-elle incluse dans le pur ou a-t-elle déjà basculé vers l'impur, et s'agit-il de l'orteil d'un nourrisson ou de l'auriculaire d'un adulte.
Deuxième cas - huile impure dès le départ :
Ici tout ne commence pas dans la pureté : "Veïm haya chémen tamé mitéhila" - l'huile dont l'homme s'est enduit était impure au moment de l'onction. Cela ne pose aucun problème, et il est permis de s'enduire d'huile impure. La question est seulement de savoir si maintenant, après que l'huile a perdu son statut en se trouvant sur sa peau, et que l'homme est descendu s'immerger au mikvé puis en est ressorti, alors qu'elle goutte encore de lui, transmet-il l'impureté ? Et quelle quantité de gouttes ou d'humidité est considérée comme problématique ?
Beth Chammaï : "Kedé sikhat éver katan" - c'est ici que la mesure du petit membre entre en jeu, qu'il s'agisse de l'auriculaire ou du gros orteil : avec une telle mesure l'impureté peut revenir, mais avec moins, comme des mains simplement grasses, il n'y a pas de problème. Dès l'instant où il est entré au mikvé, les mains grasses ne changent rien, et tout est pur à sa sortie, car l'huile n'appartient plus à l'homme ; et si les mains touchent la pomme, la pomme reste pure.
Beth Hillel : "Machké toféah" - il y a ici deux versions dans les propos de Beth Hillel.
Les deux versions dans l'opinion de Beth Hillel :
Le tana kama - "machké toféah" : le seuil est que ses mains soient grasses au point que, s'il les pose sur un morceau de papier, le papier reçoive des traces d'huile. 'Toféah' signifie que l'humidité peut passer plus loin. L'homme s'est enduit d'huile impure sur les mains, il est descendu s'immerger, puis s'est essuyé, et il n'y a plus d'eau sur ses mains, mais il est encore gras de l'huile d'olive. S'il touche quelque chose et y laisse des traces d'huile, alors l'huile descend encore de ses mains et se transmet, et par conséquent elle rendra à nouveau impur. Le morceau de papier lui-même ne devient pas impur, car il est dit qu'il n'est pas un ustensile, mais s'il touche la pomme, la pomme, étant un aliment, reçoit l'impureté de cette huile.
Rabbi Yehouda au nom de Beth Hillel - "toféah al menat lehatpiah" : Beth Hillel étaient un peu plus indulgents que cela. La limite est la mesure d'humidité qui reste sur la main au point que non seulement elle passe sur un morceau de papier, mais que ce morceau de papier puisse transmettre de l'huile à un second morceau de papier. S'il a encore sur la main tant d'huile, l'huile peut transmettre à nouveau l'impureté, si elle finit par arriver sur une pomme ou similaire ; mais avec moins que cela, non.
La halacha en pratique :
La halacha suit le tana kama dans l'opinion de Beth Hillel, et nous traitons uniquement du 'machké toféah'. Selon le Bartenoura, si tout ce que l'huile peut faire est 'toféah', elle est déjà pure, et il faut davantage pour être impure. Et selon le Rambam, même s'il n'y a en elle que de quoi 'toféah' et rendre gras un autre objet, elle est impure. Il ressort que pour le Rambam la halacha est que, si ses mains sont grasses d'huile impure, même après qu'il s'est immergé au mikvé, s'il transmet une humidité grasse à d'autres objets, l'impureté revient et apparaît et peut à nouveau rendre impur.
En résumé : dans cette michna nous avons appris deux sujets. Dans le premier, la loi du hekhcher pour recevoir l'impureté : les aliments ne deviennent impurs qu'après avoir été humidifiés par l'un des sept liquides ('yad chahat dam') par la volonté de l'homme, selon le sens de "vekhi youtan" lu comme "yitén" ; d'où la controverse au sujet d'un tonneau d'olives roulées, s'il faut en percer le fond pour montrer qu'il ne veut pas de l'huile qui en sort, et la halacha suit Beth Hillel, qu'il faut percer, et même si la lie a bouché le trou elle est pure. Et dans le second, la loi de celui qui s'enduit d'huile et s'immerge : lorsque l'huile était pure dès le départ, Beth Chammaï et Beth Hillel divergent, s'il est pur bien qu'il en goutte, ou si l'équivalent de l'onction d'un petit membre fait revenir l'impureté, et le Bartenoura et le Rambam divergent sur la mesure du membre et sa limite ; et lorsque l'huile était impure dès le départ, pour Beth Chammaï c'est l'équivalent de l'onction d'un petit membre, pour Beth Hillel 'machké toféah', et pour Rabbi Yehouda au nom de Beth Hillel 'toféah al menat lehatpiah'.