Bava Batra, chapitre 2, Michna 10. Les cas abordés dans cette Michna traitent d'un voisin causant un dommage à un autre de manière indirecte et non immédiate : deux champs adjacents appartenant à des personnes différentes, et une action effectuée dans l'un risque d'endommager ce qui est fait dans l'autre.
Les trois cas de la Michna :
Marhikin et hamichrah min hayarak - Celui qui souhaite creuser un bassin pour faire rouir le lin afin d'en faire du tissu, son eau devient fétide et nauséabonde, et surtout, les légumes à proximité sont gâtés. Par conséquent, il ne faut pas placer le bassin de rouissage près des légumes du voisin.
Ve'et hakerichin min habetsalim - Il ne faut pas cultiver de poireaux à proximité des oignons du voisin, car les poireaux absorbent les éléments nutritifs du sol, ce qui fait perdre aux oignons leur piquant et les abîme.
Ve'et hahardal min hadvorim - Il ne faut pas cultiver de moutarde près des ruches du voisin, car les abeilles viendront butiner la moutarde, et le miel qu'elles produisent deviendra piquant et sera gâté.
Le point commun à tous ces cas est que le dommage n'est ni direct ni immédiat, mais qu'il est causé de manière indirecte et avec le temps.
La discussion entre les Hakhamim et Rabbi Yossi :
L'avis des Hakhamim : La responsabilité incombe à celui qui cause le dommage (le mazik), et il doit tenir compte de son voisin. Si le voisin a des oignons à proximité, il ne lui est pas permis de cultiver des poireaux.
L'avis de Rabbi Yossi : La responsabilité incombe à celui qui subit le dommage (le nizak), et c'est à lui de s'éloigner. Pourquoi le mazik devrait-il prendre l'initiative dans son propre domaine privé, alors qu'il accomplit une action tout à fait normale comme cultiver des poireaux ? Si cela dérange le voisin, qu'il déplace ses oignons ailleurs. Le dommage ne lui est pas causé directement, mais risque de se développer avec le temps, et il a la possibilité de réfléchir et de décider s'il doit déplacer ses cultures.
La Halakha a été tranchée selon Rabbi Yossi, à savoir que la responsabilité incombe au nizak. Par conséquent, malgré la formulation de la Michna, une personne est autorisée à cultiver ces choses sur son terrain même si cela n'est pas bon pour les cultures de son voisin, et c'est au voisin d'y prêter attention et de prendre la décision qu'il souhaite.
Guirei dileih - La limite reconnue par Rabbi Yossi :
Cela ne signifie pas que Rabbi Yossi autorise tout type de dommage. Dans plusieurs cas enseignés précédemment - comme placer des substances corrosives ou chaudes près du mur de son voisin, ou maintenir un feu ouvert sous un plafond bas - Rabbi Yossi concède que cela est interdit. Bien que la responsabilité de faire attention incombe fondamentalement au nizak, le mazik n'a pas le droit d'accomplir des actions qui endommagent et mettent en danger directement.
Par exemple, une personne n'a pas le droit de prendre un arc et des flèches dans sa cour et de tirer dans toutes les directions, en prétendant : "Mais c'est dans ma propre cour que j'ai tiré, et j'ai le droit d'y faire ce que je veux". Cela est manifestement interdit, car la flèche vole et atteint le voisin dans sa propre cour. Il s'agit d'un dommage direct et immédiat, ou du moins d'un risque direct imposé au voisin, et c'est ce qui définit le concept de Guirei dileih - comme si ses propres flèches étaient tirées depuis son domaine vers celui de son prochain, et il ne s'agit pas d'une simple action passive.
Quelle est la définition exacte de Guirei dileih ? C'est un sujet de discussion parmi les Richonim. Cependant, l'essentiel pour notre sujet est que dans notre Michna, la situation n'est pas telle : il n'y a pas d'atteinte directe aux biens d'autrui, mais seulement le rouissage du lin, la culture de poireaux ou de moutarde. Par conséquent, selon l'avis de Rabbi Yossi - qui, comme nous l'avons dit, a été retenu pour la Halakha - il est permis de faire ces choses.
L'argument de Rabbi Yossi concernant la moutarde, même selon l'avis des Hakhamim :
Rabbi Yossi ajoute que même selon l'avis des Hakhamim, qui considèrent que la responsabilité incombe à celui qui cause le dommage de faire attention à ne pas nuire à son voisin, il faut l'autoriser pour la moutarde : Rabbi Yossi matir bechardal - Rabbi Yossi permet pour la moutarde. La raison en est que les abeilles nuisent à la moutarde dans la même mesure que la moutarde nuit au miel qu'elles produisent. Puisqu'il s'avère que les deux se nuisent mutuellement de manière égale, il n'y a aucune raison que celui qui cause le dommage soit dans une situation pire que celui qui le subit, et même selon les Hakhamim, on ne doit pas empêcher la culture de la moutarde à proximité des ruches.
En résumé : La Michna traite de trois cas de dommages indirects entre voisins - le bassin de rouissage par rapport aux légumes, les poireaux par rapport aux oignons, et la moutarde par rapport aux abeilles. Les Hakhamim et Rabbi Yossi sont en désaccord pour savoir à qui incombe l'obligation de s'éloigner : selon l'avis des Hakhamim, c'est à celui qui cause le dommage, et selon Rabbi Yossi, c'est à celui qui le subit. Nous avons souligné que même Rabbi Yossi reconnaît l'interdiction en cas de dommage direct, appelé "girei dileh" (ses flèches), et nous avons expliqué son argument pour la moutarde, qu'il faut permettre même selon l'avis des Hakhamim, car le dommage est réciproque. La Halakha est tranchée selon Rabbi Yossi : il est permis de cultiver de la moutarde à proximité des ruches, ainsi que d'installer un bassin de rouissage du lin près des légumes du voisin, et de cultiver des poireaux près de ses oignons.