Bava Batra, chapitre 2, Michna 8. Dans cette Michna, nous revenons au sujet central du chapitre : une personne qui accomplit une action dans son domaine privé, bien qu'elle le fasse avec permission, dès lors que cela cause un dommage à autrui - elle n'est pas autorisée à le faire.
Texte de la Michna :
Marhikin goren kavoua min ha'ir 'hamichim ama - Celui qui souhaite établir une aire de battage n'est pas autorisé à le faire à proximité de la ville. L'expression "goren kavoua" (aire de battage fixe) désigne une aire qui produit du grain en grande quantité, à tel point qu'il est nécessaire de vanner le grain avec un outil tel qu'une fourche.
Pour comprendre le travail du vannage :
Après la moisson du blé, les grains de céréale sont encore dissimulés dans les épis. On bat d'abord le grain pour séparer les grains de la balle, mais même après le battage, tout est mélangé. Comment sépare-t-on concrètement les grains de la paille ? Au moyen du vent : on lance le mélange en l'air, le vent emporte la balle légère, tandis que les grains lourds retombent sur le sol.
Lorsque l'aire est petite, il suffit que le vent disperse de lui-même les particules de la balle. Mais dans une grande aire, l'homme doit vanner de ses propres mains avec un outil, et alors la balle jetée au vent se disperse au loin, pénètre dans les yeux des gens, les dérangeant et les blessant. C'est pourquoi le propriétaire de l'aire de battage doit s'éloigner de cinquante ama de la ville - une distance à laquelle on peut supposer que les yeux des gens sont protégés.
Lo yaassé adam goren kavoua betokh chelo éla im ken yech lo 'hamichim ama lekhol roua'h :
Même celui dont l'aire se trouve dans sa cour privée, et bien que la cour soit grande, n'est pas autorisé à y vanner à moins d'avoir une distance de cinquante ama dans toutes les directions par rapport au terrain de son voisin.
Oumar'hik minetiotav chel 'havero ouminniro kedei chelo yazik - Il ne s'agit pas d'une seconde raison supplémentaire, mais de l'explication du motif de l'obligation de s'éloigner dans son domaine privé : même dans un endroit où il n'y a personne aux alentours, comme dans une zone agricole, où il n'y a pas à craindre de dommages pour les yeux, la balle risque néanmoins d'endommager les biens de son voisin :
Netiotav : La paille portée par le vent agit comme une éponge qui absorbe l'humidité, et risque de dessécher les tendres plants et la récolte de son voisin.
Niro : Le champ qui vient d'être labouré risque d'être abîmé par les déchets du vannage qui y tombent, au point que son propriétaire devra le nettoyer et le travailler à nouveau.
En résumé : Dans cette Michna, nous avons appris deux lois concernant l'éloignement de l'aire de battage : l'éloignement d'une aire de battage fixe à cinquante ama de la ville à cause des dommages causés par la balle aux yeux des personnes, et l'éloignement de cinquante ama dans toutes les directions, même à l'intérieur de son propre domaine, en raison des dommages susceptibles d'être causés aux plantations et au champ labouré de son voisin. Une fois de plus, le principe fondamental du chapitre ressort : même celui qui agit dans son propre domaine, dès lors que son action porte préjudice à autrui, n'est pas autorisé à le faire.