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Avot Chapitre 5, Michna 20: orienter chaque trait de caractère vers le service de Dieu

Nous en sommes à la michna 20 du chapitre 5 du traité Avot (et dans certaines versions : 5, 23). Celui qui parle dans la michna est Yehouda ben Tema, et dans certaines versions : Rabbi Yehouda ben Tema, qui était contemporain de Rabbi Akiva, de sorte que nous revenons un peu en arrière dans le temps.

"Hevé az kanamer, vekal kanécher, veratz katzvi, veguibor kaari, laassot retzon avicha chebachamayim" - sois audacieux comme le léopard, léger comme l'aigle, rapide comme la gazelle et fort comme le lion, pour accomplir la volonté de ton Père qui est aux cieux.

Le point de départ du Tana : il ne dit pas ce que l'homme doit faire, mais qu'il ait ces qualités et qu'il les oriente vers le service de Dieu. Dans une vision plus large, même des traits qui sont négatifs dans des circonstances ordinaires, comme l'audace et l'effronterie, ainsi que le Tana lui-même le dira dans la suite de la michna, il existe une manière de les orienter vers le service de Dieu, et l'homme doit le faire. C'est une idée centrale, et ce n'est pas un hasard si le Tour ouvre par elle toute la codification de la Halacha : l'homme doit orienter tous ses traits de caractère vers le service du Ciel, chaque fois que cela est applicable.

Quels sont les cas précis auxquels le Tana fait allusion ? C'est sur ce point que les approches divergent, et nous allons les passer en revue une à une.

"Hevé az kanamer" :

Selon le Bartenoura, le namer est une sorte de créature hybride, un être que nous ne connaissons pas et sur lequel nous ne pouvons rien dire. D'autres commentateurs ont expliqué que le namer est le léopard, à savoir le léopard d'Arabie : un grand félin d'environ trente kilos, qui était présent en terre d'Israël. Le dernier léopard d'Arabie a été observé aux environs de 2022, et aujourd'hui ils ont presque totalement disparu du pays, mais autrefois ils étaient bien présents ici. Le léopard est connu pour son audace : il ne craint pas les humains, il enlève des animaux domestiques même en présence de gens, et attaque des animaux bien plus grands que lui, sans peur et audacieux.

La signification : l'homme ne doit pas se soucier de ce que les autres pensent de lui, et cela fonctionne dans les deux sens. Si l'on se moque de lui parce qu'il craint le Ciel, qu'il soit audacieux comme le léopard, hardi et courageux, qu'il ne laisse pas cela le troubler et qu'il fasse ce qui est requis. De même, s'il doit se lever pour reprocher aux gens leur erreur, il est difficile de se dresser face aux autres, mais si la situation l'exige, il doit être audacieux et affronter ce qui est demandé, même si on ne le regarde pas d'un bon oeil.

"Vekal kanécher" :

Le nécher est souvent traduit par eagle (aigle), mais il s'agit presque certainement de l'oiseau appelé griffon vulture (vautour fauve), présent en Israël encore aujourd'hui. C'est l'oiseau dont le vol est le plus élevé de tous les oiseaux du monde, et de même nos Sages ont dit que le nécher vole au-dessus de tous les autres oiseaux. C'est un oiseau immense, avec une envergure de sept à neuf pieds, et à la manière des grands rapaces il se déplace en cercles sur les courants d'air chauds, planant dans le ciel encore et encore à la recherche d'une proie, longtemps sans se fatiguer.

L'idée : l'homme doit être "kal kanécher" (léger comme l'aigle) afin de faire des révisions de son étude. Apprendre des choses nouvelles est agréable et plaisant ; la révision, dont l'importance est suprême, est un travail plus pénible, et l'homme n'a pas toujours envie de la faire, il préférerait y renoncer. À ce sujet le Tana dit : ne ressens pas de lourdeur, comme cette lourdeur que l'on ressent en se levant du lit, mais sois léger et que tes jambes soient légères, lève-toi et fais ta révision. Et l'on peut ajouter, à titre de suggestion, bien que je n'aie vu personne le dire ainsi : de même que l'aigle tournoie en cercles encore et encore sans se fatiguer, ainsi l'homme doit revenir sur son étude encore et encore, tourner en cercles sans lassitude, et utiliser ce trait pour la révision de son étude.

"Veratz katzvi" :

Le Bartenoura explique que le tzvi est la gazelle, et non le cerf aux cornes et au corps relativement lourd. Les gazelles sont présentes en terre d'Israël jusqu'à aujourd'hui : petites, très rapides et agiles, et très craintives, elles s'effraient facilement et s'enfuient aussitôt à toute vitesse. Elles étaient probablement les animaux les plus rapides de la terre d'Israël à cette époque, et il en va de même aujourd'hui.

Deux explications ont été données à propos de cette qualité :

  1. Le Bartenoura comprend qu'il s'agit de courir vers l'accomplissement des mitsvot.

  2. D'autres comprennent qu'il s'agit de fuir les fautes, et c'est le sens que je préfère, car j'ai vu ces gazelles à l'oeuvre : au premier bruit ou à la première vision, elles s'enfuient à toute vitesse. Ainsi l'homme doit être extrêmement prompt à fuir, sans tomber entre les griffes des mauvaises choses.

"veguibor kaari" :

La force ne signifie pas le courage, mais plutôt, selon l'expression de nos Sages : "eizehou guibor ? Hakovech et yitsro" - quel est l'homme fort ? Celui qui domine son penchant. Il s'agit d'une force intérieure. Contrairement à l'audace et à l'insolence du léopard, dirigées vers d'autres personnes, il est question ici de la force intérieure de l'homme, celle de se renforcer face à son mauvais penchant. En effet, le Choulhan Aroukh s'ouvre justement, dès son tout début, par : "yitgaber kaari" - que l'homme se renforce comme un lion en se levant pour le service de son Créateur, dans son travail quotidien.

Le lion est le prédateur suprême, l'animal le plus puissant de la région, vraisemblablement le lion de l'Atlas, aujourd'hui disparu. Mais comment le lion incarne-t-il précisément la qualité de la force, dont l'essence est une puissance intérieure ? J'ai entendu à ce sujet une explication qui m'a plu, et je n'en ai pas trouvé de meilleure : tous les grands félins (les tigres, plus grands encore que les lions, les jaguars, les léopards et les guépards) sont des créatures solitaires qui vivent seules. Ils sont au sommet de la pyramide, gèrent leurs affaires sur leur domaine et leur territoire et le défendent. Les lions, eux, sont différents : ils vivent en meute, en groupe. Comment un groupe de lions, si puissants, peut-il vivre ensemble ? Voilà la force, voilà la maîtrise de soi : que l'homme apprenne à se maîtriser, de sorte qu'il y ait suffisamment de place pour que les autres puissent fonctionner autour de lui, sans dominer sur eux à la manière du tigre et du léopard. C'est cela, "guibor kaari".

"az panim leguehinom ouvochet panim legan eden" :

La Michna poursuit : "il avait coutume de dire" - "az panim leguehinom, ouvochet panim legan eden". Les insolents, ces effrontés, descendent tout droit au Guehinom ; tandis que ceux qui ont de la pudeur (les modestes, les timides et les humbles) vont au Gan Eden. Le contraste est immédiatement perceptible : d'un côté, l'homme doit être audacieux comme le léopard dans le service de Dieu, mais de manière générale l'insolence et l'effronterie, le fait de ne pas prêter attention aux pensées des autres, de garder la tête haute, de faire ce que l'on veut et d'entrer en conflit avec les gens, tout cela est une mauvaise chose.

Il est dit de tout le peuple d'Israël qu'il est miséricordieux, pudique et généreux. Pudiques, ce sont des personnes qui ont de la honte, modestes et humbles, et c'est la voie juste vers laquelle l'homme doit s'orienter. C'est pourquoi, si le choix est entre ses mains, il convient qu'il s'abstienne de recourir à la qualité d'audace, même au service de Dieu. Mieux vaut qu'il ne la laisse pas devenir une partie de sa personnalité, comme le disent les paroles de la Michna Beroura, mais qu'il s'attache à être un homme modeste, calme et humble, contrairement à ces insolents qui vont au Guehinom, les effrontés qui accomplissent peut-être des choses et entrent dans le visage des gens, mais qui finissent souvent par piétiner les gens, leurs sentiments et leurs biens, et cela est un aller simple vers le Guehinom.

La prière de conclusion :

La Michna se termine par une prière : "yehi ratson milfanekha Hachem Elokeinou chetivné irkha bimhera veyameinou, veten helkenou betoratekha". Yehouda ben Teima, si c'est bien lui qui a prononcé cette ligne dans la Michna, vécut à l'époque de Rabbi Akiva, dans la génération qui suivit l'échec de la révolte de Bar Kokhba. Jérusalem fut pratiquement effacée de la carte : elle fut détruite, son nom changé en Aelia Capitolina, il fut interdit aux Juifs d'habiter dans ses environs et même de s'en approcher, et toute la Judée fut effacée de la carte pour devenir la Syrie-Palestine. Il y eut là une immense douleur pour la ville entière, non seulement pour le Temple, mais pour toute la ville qui avait disparu.

Certaines versions placent cette bénédiction à la fin du chapitre, car il est un peu étrange qu'une bénédiction apparaisse au milieu de la Michna. Si la prière appartient à la fin, alors selon le Bartenoura c'est une autre personne qui la prononce, Ben Hé Hé, et il n'est alors pas du tout évident qu'elle soit liée à notre sujet. Un lien possible : la Guemara dans Sota dit qu'à la fin des temps, à l'approche du Machia'h, "houtspa yasguè" - l'insolence, l'effronterie et l'arrogance se multiplieront et seront partout. Puisqu'il a été question ici des insolents qui vont au Guehinom, leur prière est d'être sauvés de l'insolence, de l'effronterie et de l'arrogance à la fin des temps, et de mériter à la place, avec l'aide de Dieu, de voir la reconstruction de Jérusalem, la ville sainte, promptement et de nos jours.