Pirké Avot chapitre cinq, michna cinq : "Assara nissim naassou laavotenou beveit hamikdach" - dix miracles furent accomplis pour nos ancêtres dans le Beit Hamikdach. Ces dix miracles se produisirent à l'époque où le Beit Hamikdach existait, et les avis divergent quant à savoir s'il s'agit uniquement du premier Beit Hamikdach ou également du second. La particularité de ces miracles réside dans le fait qu'ils ne reflètent pas seulement la présence de la Chékhina en ce lieu, présence par laquelle survinrent de nombreux miracles, mais qu'ils furent tous accomplis pour le bénéfice des hommes, ceux qui servaient dans le Beit Hamikdach ou qui venaient en ses portes. C'est pourquoi la michna a jugé bon de les mentionner et de les énumérer.
Le message qui ressort de cette michna n'est pas une directive pratique en soi : il n'y a là ni sujet halakhique, ni commandement donné au mont Sinaï, mais une description a posteriori de ce qui s'est produit. Cela dit, contempler ce que le Saint béni soit-Il a fait pour nous et reconnaître le bien des miracles accomplis en notre faveur, sont assurément des choses dignes d'être perpétuées et rappelées. Et nous attendons certainement la construction du troisième Beit Hamikdach, dans lequel nous mériterons, avec l'aide d'Hachem, que ces miracles soient accomplis pour nous une fois de plus.
Voici les dix miracles :
"Lo hipila icha méréa'h bessar hakodech" - jamais une femme n'a fait de fausse couche à cause de l'odeur de la viande sacrée. Une femme enceinte n'a jamais perdu son fœtus à cause de l'odeur de la viande du sacrifice rôtie. Nos Sages ont établi que lorsqu'une femme enceinte a envie d'un aliment particulier, ce n'est pas un simple caprice mais le témoignage d'un besoin réel, et la halakha en tient compte et l'autorise à manger ce que son âme désire. Or la viande du sacrifice est limitée dans sa consommation, et une femme dont le sacrifice ne lui appartient pas et qui n'est pas de famille sacerdotale ne peut en manger.
Ainsi aurait pu se créer une situation affligeante : une femme enceinte sentant l'odeur de la viande rôtie dans l'enceinte du Beit Hamikdach, la désirant de toute son âme, et nous ne pourrions lui en donner, ce qui pourrait la mettre en danger, elle et son fœtus. Du point de vue de la halakha, si cela s'était effectivement produit et que son esprit ne s'était pas apaisé, il lui aurait été permis de manger de la viande des sacrifices en raison du danger de mort, car on ne met pas des vies en péril dans un tel cas. Mais jamais les choses n'en sont arrivées là.
"Velo hisria'h bessar hakodech méolam" - et la viande sacrée ne s'est jamais gâtée. Ce miracle concerne deux aspects. Le premier, les émourim (parties du sacrifice) destinés à être brûlés sur l'autel extérieur : il arrivait que de la viande fût déposée la veille de Chabbat et qu'on n'eût pas le temps de la faire brûler avant l'entrée de Chabbat, si bien qu'elle devait rester posée sur l'autel jusqu'après Chabbat. Le second, la viande consommée, comme les chelamim qui se mangent pendant deux jours et une nuit. Celui qui apportait des chelamim le matin du deuxième jour en mangeait tout ce jour-là, toute la nuit et tout le lendemain jusqu'au coucher du soleil, soit environ trente heures. À Jérusalem, et durant les jours chauds de l'été, une viande laissée sans réfrigération pour une telle durée risque de se corrompre. Néanmoins, jamais elle ne s'est gâtée, et voilà encore un miracle au profit des hommes, pour qu'ils n'aient pas à affronter l'odeur ou la viande putréfiée.
"Velo nira zvouv beveit hamitba'hayim" - et jamais une mouche ne fut vue dans l'abattoir. Dans le plan du Beit Hamikdach se trouve un lieu destiné à l'abattage des animaux. Là on les écorche, on rince les entrailles, et là se trouve du sang. C'est un lieu d'abattage à tous points de vue, et naturellement ce lieu aurait dû attirer les mouches, et le travail y aurait été insupportable pour le kohen qui abattait. Mais miraculeusement, jamais des mouches n'y furent vues, et le travail du kohen dans l'abattoir était commode et agréable.
"Velo éra keri lekohen gadol beyom hakippourim" - et jamais une impureté séminale ne survint au Kohen Gadol le jour de Kippour. Jamais un Kohen Gadol ne fut disqualifié de son service au matin de Yom Kippour à cause d'une émission séminale. Le Talmud examine certes d'autres scénarios dans lesquels le Kohen Gadol aurait pu être disqualifié et empêché de servir, mais cet incident était lié à une grande honte pour le Kohen Gadol, et cette honte lui fut entièrement épargnée.
Il convient de noter que dans le traité Yoma sont décrits les nombreux efforts déployés pour éviter un tel cas : on ne le laissait pas dormir la nuit, on lui interdisait les aliments susceptibles de le provoquer, et on préparait un kohen de réserve pour servir en remplacement en cas de besoin. Tout cela en vertu de la règle "On ne compte pas sur le miracle" - on ne doit pas présumer d'avance que le Saint béni soit-Il continuera à accomplir pour nous ces miracles. Dans les faits, cela ne s'est jamais produit, et c'est là une bonté supplémentaire que le Saint béni soit-Il a accomplie pour préserver l'honneur du Kohen Gadol, et par là même de tout Israël qui lui est lié.
"Velo kibou guechamim éch chel atsé hamaaracha" - et les pluies n'ont jamais éteint le feu du bois de l'agencement. L'autel extérieur est ouvert au ciel, et quand il pleut, la pluie tombe dessus. Le bois et le feu qui s'y trouvaient auraient pu s'éteindre, et si le feu s'était éteint, cela aurait causé un retard et une gêne au public, car on ne pourrait pas faire brûler les émourim du sacrifice ni en manger la viande. Bien que le feu brûlât sous la voûte céleste, et qu'à Jérusalem tombaient des pluies violentes, jamais les pluies n'ont éteint le feu de l'agencement.
Nous trouvons un cas semblable avec le prophète Élie lors de son affrontement au mont Carmel, lorsqu'il versa de l'eau sur l'autel et que le feu descendit et fit son œuvre. De même, semblablement au miracle des mouches mentionné plus haut, nous trouvons avec le prophète Élisée, son disciple, que les mouches ne l'approchaient pas, comme il est rapporté dans la guémara de Berakhot page 10.
"Velo nitsé'ha harou'a et amoud héachan" - et le vent n'a jamais vaincu la colonne de fumée. La fumée qui montait de l'autel s'élevait comme une colonne droite vers le haut. Si le vent l'avait vaincue, la colonne aurait oscillé d'un côté à l'autre comme un palmier dans le vent. Le kohen qui travaillait sur place, faisant le tour des quatre coins de l'autel pour déposer le sang sur ses cornes lors du sacrifice de 'hatat, se serait retrouvé au milieu d'un nuage de fumée. Comme le sait quiconque s'assoit près d'un feu, on ne cherche pas à s'asseoir dans le sens du vent, car la fumée pénètre dans les yeux et les brûle. Dans le Beit Hamikdach, cela ne s'est jamais produit : il n'y avait pas d'air empli de fumée dans lequel le kohen aurait dû servir en subissant une gêne pour ses yeux, sa bouche et sa gorge. La fumée montait simplement droit vers le haut.
"Velo nimtsa passoul baomer ouvichté hale'hem ouvele'hem hapanim" - et jamais on ne trouva de disqualification dans le omer, dans les deux pains et dans le pain de proposition. Trois choses étaient réalisées dans le Beit Hamikdach à partir des céréales, et pour chacune d'elles une disqualification aurait causé un dommage irréparable :
Le omer : un sacrifice d'orge apporté le deuxième jour de Pessa'h, et à partir de ce jour commence le compte du omer jusqu'à Chavouot. La nuit précédant le deuxième jour, la nuit qui suit le soir du Séder, on sortait moissonner l'orge fraîche, et c'est d'elle qu'on préparait l'offrande du omer. Son offrande permet la consommation de la nouvelle récolte. Puisqu'il faut l'offrir précisément le deuxième jour de Pessa'h, et précisément avec de l'orge moissonnée la nuit précédente, tout incident (disqualification du kohen, défaut dans la préparation, exposition à l'impureté ou prélèvement en un lieu inapproprié) aurait laissé le public sans omer, car le lendemain ce n'est plus le deuxième jour, et la nuit précédente est déjà passée. Cela ne s'est jamais produit.
Les deux pains : les deux pains n'étaient pas offerts sur l'autel comme des offrandes, mais étaient deux pains de pâte levée faits de froment, car le 'hamets ne monte pas sur l'autel, et ils étaient balancés avec les chelamim du public à la fête de Chavouot. Leur rôle était de permettre l'usage de la nouvelle récolte pour les offrandes, c'est-à-dire non pour la consommation humaine mais pour la consommation de l'autel. Les deux pains ne furent jamais disqualifiés, car s'ils l'avaient été, il n'aurait pas été possible de préparer de nouveaux pains le jour de fête.
Le pain de proposition : les douze pains qui étaient posés sur la table du Sanctuaire, un ustensile parmi ceux du Beit Hamikdach, et qui étaient remplacés chaque Chabbat. Si le pain de proposition avait été disqualifié, il n'aurait pas été possible de poser de nouveaux pains avant le Chabbat suivant, car on ne cuit pas le Chabbat, et la table serait restée vide, chose triste pour tout Israël. Dans les faits, cela ne s'est jamais produit.
"Omdim tsfoufim oumichta'havim revou'him" - ils se tenaient serrés et se prosternaient à l'aise. Lorsque tout le public se rassemblait dans le parvis, aux trois fêtes de pèlerinage ou à Yom Kippour, le parvis était bondé à ne plus laisser de place, et il n'y avait qu'un endroit pour se tenir debout, ceux qui s'y tenaient étant pressés les uns contre les autres. Or il y avait des moments où tous devaient se prosterner, comme à Yom Kippour au moment où le Kohen Gadol prononçait le Nom d'Hachem. La prosternation n'est pas seulement une inclinaison, mais une position couchée sur le sol, bras et jambes étendus, qui requiert beaucoup de place.
Miraculeusement, il y avait de la place pour que tous se prosternent, et bien plus encore, "à l'aise", suffisamment d'espace pour que chacun formule ses demandes et ses prières personnelles sans que ceux qui se tenaient à ses côtés les entendent. Miraculeusement, il y avait de la place en abondance pour s'incliner et se prosterner en toute intimité et commodité, alors même qu'auparavant le lieu était bondé à n'en plus pouvoir.
"Velo hizik na'hach veakrav biroushalayim méolam" - et jamais un serpent ou un scorpion n'a causé de dommage à Jérusalem. Jamais il n'arriva qu'un serpent ou un scorpion nuise à un homme à Jérusalem. Les Richonim divergent quant à savoir s'il s'agit d'un dommage réel ou seulement d'une mort. Quoi qu'il en soit, les serpents et les scorpions ne constituaient pas un danger à Jérusalem, bien qu'ils soient généralement dangereux, grâce à une protection particulière que le Saint béni soit-Il accorda à ceux qui y venaient.
"Velo amar adam la'havéro : tsar li hamakom cheelin biroushalayim" - et jamais un homme ne dit à son prochain : l'endroit est trop étroit pour que je passe la nuit à Jérusalem. Jamais un pèlerin ne dit que l'endroit où il logeait à Jérusalem était trop étroit pour lui et qu'il n'y avait pas assez de place. Jérusalem est un lieu relativement restreint, et vers elle affluaient les foules de la maison d'Israël pour le pèlerinage, et l'on aurait pu supposer qu'il n'y aurait pas de place pour tous. Mais la terre d'Israël est "la terre du cerf", qui s'élargit selon les besoins de ses habitants. Le lieu suffisait à tous, non seulement au moment de la prosternation mais tout au long de leur séjour à Jérusalem. Nul ne ressentait de gêne, et c'est là aussi un aspect important pour l'atmosphère, pour le sentiment de royauté et de majesté qui accompagne le fait de se présenter à Jérusalem, et pour la joie qui s'y trouve. Cette joie était destinée à être non seulement une joie spirituelle mais aussi une joie matérielle, et dans les faits les gens séjournaient dans leurs logis dans le confort.
En résumé : ces dix miracles furent accomplis pour le peuple d'Israël, pour son bien et son bénéfice, et c'est pourquoi ils ont été perpétués dans la michna que nous étudions, afin que nous ayons de la reconnaissance envers Hachem, béni soit-Il, pour ce qu'Il a fait, que nous nous souvenions de ces miracles et que nous attendions leur retour avec la construction du Beit Hamikdach, avec l'aide d'Hachem, promptement et de nos jours.