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Avot Chapitre 3, Michna 13: la satisfaction d'autrui comme critère de l'action juste

Avot chapitre 3, michna 13 (et dans certaines versions 3,10). Rabbi 'Hanina ben Dossa avait coutume de dire : "Kol chérou'ah habriot no'ha héménou - rou'ah hamakom no'ha héménou ; vékhol chééin rou'ah habriot no'ha héménou - éin rou'ah hamakom no'ha héménou" (quiconque plaît à ses semblables plaît aussi à l'Omniprésent ; et quiconque ne plaît pas à ses semblables ne plaît pas non plus à l'Omniprésent).

Il est difficile de traduire cette formule mot à mot, et voici le sens des propos :

  • "Kol chérou'ah habriot no'ha héménou" - quiconque procure du plaisir à ses semblables, leur donne satisfaction et les contente par ses actes : le Saint béni soit-Il aussi est satisfait de lui et en retire de la satisfaction.

  • "Vékhol chééin rou'ah habriot no'ha héménou" - quiconque ne procure aucune satisfaction à ses semblables et ne les contente pas par ses actes : le Saint béni soit-Il non plus n'en retire ni satisfaction, ni agrément, ni plaisir.

Un signe, non une cause :

C'est un message très simple, mais il laisse place à une erreur dans la première compréhension. L'intention n'est pas que l'homme doive se fixer pour but de plaire à ses semblables, et que ce soit là ce que le Saint béni soit-Il attend de lui. Ce n'est pas le point. L'approbation des gens et leur satisfaction devant ses actes ne sont pas la cause de l'action, mais le signe, la conséquence du fait que l'homme accomplit la chose juste. La concentration de l'homme doit porter uniquement sur le fait de procurer de la satisfaction au Saint béni soit-Il, sur la volonté divine et sur ce que le Saint béni soit-Il attend de lui, et c'est là tout ce qui doit le préoccuper.

Cependant, se concentrer sur l'accomplissement de la chose juste devant le Saint béni soit-Il ne signifie pas nécessairement que la chose soit accomplie de la manière dont le Saint béni soit-Il veut qu'elle le soit. L'épreuve, le baromètre, le signe et la marque par lesquels l'homme saura qu'il agit comme il faut et de la bonne manière, c'est que ses semblables sont satisfaits de lui, qu'ils l'apprécient et approuvent ses actes. S'il irrite son entourage, si personne n'aime ses actes et si personne ne recherche sa compagnie, si les gens sont frustrés par lui et se plaignent de lui, alors, même s'il pense agir pour le nom du Ciel et tout faire correctement, et même s'il ne fait, à Dieu ne plaise, rien de mal, il ne le fait pas de la bonne manière, et c'est pourquoi le Saint béni soit-Il n'est pas satisfait.

En revanche, si l'homme se concentre sur l'accomplissement de la chose juste et que tous sont satisfaits de lui parce qu'il est un grand tsaddik, c'est là un bon signe. Il n'est pas évident que les gens soient satisfaits des actes d'un homme, et cela signifie qu'il agit avec sensibilité, en 'ois guéhalten' (avec retenue), avec discernement, avec humanité et avec égards. Cela fait partie de l'affaire elle-même : il ne suffit pas de ne rien faire de mal. L'homme doit ne rien faire de mal, et en outre accomplir ses actes de telle sorte que les gens se sentent à l'aise avec sa manière d'agir, et ne ressentent ni malaise, ni frustration, ni colère. Ainsi, lorsqu'un homme ne parvient pas à obtenir la satisfaction de ses compagnons, c'est un bon signe qu'il mène son service divin d'une manière qui irrite les gens, et que, pour cette raison, il le fait d'une manière qui irrite aussi le Saint béni soit-Il. C'est là le sens simple de la michna tel que la plupart des étudiants le comprennent, et il est très important : cela paraît simple, mais ce ne l'est pas du tout.

L'approche de Rabbénou Yona - dans les négociations et les affaires :

Il existe une approche tout à fait différente, celle de Rabbénou Yona, selon laquelle la michna ne traite pas du service divin en général, mais des affaires commerciales de manière spécifique. L'idée est que lorsqu'un homme est un homme d'affaires qui frustre tout le monde, et que ceux qui viennent négocier avec lui ne le font que par nécessité, et qu'ils le voient comme un escroc, ou trop exigeant, ou dépourvu d'égards, alors il agit d'une manière qui n'est pas juste. La manière dont l'homme doit mener son activité commerciale est une manière qui lui permet de gagner sa vie ; il n'est pas tenu d'être un paillasson, mais il n'est pas non plus tenu de toujours l'emporter, de ne jamais faire de compromis et d'exiger au-delà de la mesure.

Si les personnes avec lesquelles il travaille, qu'il s'agisse de ses fournisseurs, de ses employés ou de ses clients, n'en retirent aucune satisfaction, c'est-à-dire ne veulent pas être ses fournisseurs, ses employés ou ses associés parce qu'il est trop dur et trop sévère, c'est le signe qu'il fait quelque chose qui n'est pas correct. Il est possible qu'il fasse quelque chose de pire encore : tromper, mentir, voler, agir avec malhonnêteté, de manière déraisonnable, ou exploiter autrui. Mais même si ce n'est pas le cas, le point ici est que, dans les affaires, l'homme doit mener son commerce de telle sorte que les gens soient heureux de négocier avec lui, et qu'il soit un homme d'intégrité et d'amabilité.

Si les gens sont satisfaits de son activité et en retirent du contentement, c'est un bon signe qu'il agit comme il faut ; et s'ils ne sont pas satisfaits, c'est un bon signe qu'il fait quelque chose qui n'est pas correct, y compris à l'égard du Ciel. Du point de vue du Saint béni soit-Il, l'homme fait quelque chose qui n'est pas correct lorsque les personnes avec lesquelles il travaille ne sont pas satisfaites de la manière dont il mène ses affaires.

En résumé : dans cette michna, nous avons appris que la satisfaction des gens n'est pas le but, mais le signe, la marque et l'épreuve du fait que l'homme accomplit la chose juste de la bonne manière. Selon le sens simple, il s'agit du service divin dans son ensemble, et selon Rabbénou Yona, il s'agit de la conduite des négociations et des affaires ; et dans les deux cas le fondement est unique : il ne suffit pas de s'abstenir du mal, il faut encore une manière faite de sensibilité, d'égards et d'intégrité, par laquelle on plaît à ses semblables, et par là même on plaît aussi à l'Omniprésent.