Chapitre 3, michna 11, et dans une partie des versions, il s'agit de la michna 9. Nous n'étudierons que sa première moitié, qui constitue tout ce qui est dit dans la michna 11 selon de nombreuses versions, car dans certaines versions la suite appartient à la michna suivante. Voici le texte de la michna, prononcé par Rabbi 'Hanina ben Dossa :
"Kol chéyir'at 'het'o kodémet le'hokhmato - 'hokhmato mitkayémet ; vékhol ché'hokhmato kodémet léyir'at 'het'o - éin 'hokhmato mitkayémet". - Celui dont la crainte de la faute précède la sagesse, sa sagesse se maintient ; et celui dont la sagesse précède la crainte de la faute, sa sagesse ne se maintient pas.
Qui est Rabbi 'Hanina ben Dossa ?
Rabbi 'Hanina ben Dossa est l'une des figures saintes et célèbres de la Guemara, l'un des faiseurs de miracles. L'histoire la plus connue à son sujet apparaît dans le traité Berakhot (page 34) : le fils de Rabban Yo'hanan ben Zakaï, qui était son maître et le plus grand de sa génération dans la première génération des Tannaïm, tomba malade. Rabban Yo'hanan ben Zakaï s'adressa à Rabbi 'Hanina ben Dossa afin qu'il prie pour la guérison de son fils. Rabbi 'Hanina se concentra dans sa prière et pria sans relâche, et ses prières furent exaucées : le fils guérit.
L'épouse de Rabban Yo'hanan ben Zakaï s'en étonna : "Toi qui es le plus grand de la génération, comment se fait-il que tu ne puisses pas prier pour notre fils, et que tu doives recourir à 'Hanina ben Dossa ?". Il lui répondit : "Je ressemble à un ministre auprès du roi : quand la porte du roi est fermée, le ministre doit frapper et attendre son tour, et si la porte est fermée il ne peut pas entrer. Il semble que les portes aient été fermées depuis le Ciel concernant notre fils, et je n'ai pas pu entrer, bien que je sois comme le vice-roi. Mais 'Hanina ben Dossa est familier auprès du Saint béni soit-Il comme un membre de la maison : bien que la porte soit fermée, il entre et dit 'Ne faites pas attention à moi, je ne fais que m'occuper de mes affaires'. Il a accès au maître de maison, le roi, quand il le souhaite, car il habite pour ainsi dire dans la maison, et il va et vient à sa guise".
Tel est donc Rabbi 'Hanina ben Dossa : comme l'intendant de la maison du Saint béni soit-Il, il se trouve constamment auprès de Lui et dispose d'un accès direct et immédiat. Dans le traité Ta'anit sont rapportées d'autres histoires sur ses actes extraordinaires, qui étaient réellement surnaturels, et qui prennent leur source dans sa foi immense et stupéfiante dans le Saint béni soit-Il, une foi entière et exempte de doutes, par la force de laquelle il pouvait accomplir l'impossible de multiples manières. Et la Guemara dit : "Le monde entier est nourri grâce à 'Hanina mon fils, et 'Hanina mon fils se contente d'un kav de caroubes d'une veille de Chabbat à l'autre" - le monde entier est soutenu par son mérite, tandis que lui-même se contente de quelques caroubes pour tous les jours de la semaine.
Quel est le sens de "précède" ?
Le Bartenoura explique qu'il ne s'agit pas d'une antériorité chronologique, et qu'il n'est pas question de deux étapes ni de deux degrés. Selon ses termes : "Le commencement de la pensée est la fin de l'action" - ce qui vient en premier dans la pensée se réalise en dernier dans l'action. Cette idée, dont la source est dans la conception kabbalistique, résonne aussi dans le poème 'Lekha Dodi'.
Le principe est le facteur qui met en mouvement la volonté de l'homme d'étudier. Si le moteur est le désir de se lier au Saint béni soit-Il et de se conformer à Sa volonté, il s'agit alors de la crainte de la faute. Il en ressort que ce qui le meut est le désir d'agir comme il se doit envers le Saint béni soit-Il et d'être droit avec Lui, et c'est à partir de cela qu'il cherche à étudier Sa Torah. Alors son étude se maintiendra en lui, car voici un principe fondamental : quand une personne étudie une chose importante pour ses objectifs, elle la retient ; et quand la chose n'est pas importante pour ses objectifs, elle l'oublie aussitôt.
Si l'objectif de l'homme est de ne pas trébucher dans la volonté de Dieu, de vivre avec Dieu, de se lier à Lui et d'être droit avec Sa volonté, la Torah sera pour lui d'une extrême importance et elle demeurera en lui. Mais si tel n'est pas son objectif, et qu'il s'agit d'une étude pour l'étude et par simple curiosité, il étudiera et oubliera : l'étude est certes intéressante et agréable, mais il n'y a pas d'importance particulière à retenir ce qui a été appris. Et il n'est pas nécessaire de chercher loin pour en trouver des exemples.
Voici le point de Rabbi 'Hanina ben Dossa : l'homme doit d'abord intérioriser en lui-même le désir d'être droit avec la volonté de Dieu, et alors son étude recevra ce sens supplémentaire, qui veillera à ce qu'elle se conserve en lui de manière naturelle.
Une autre explication - une antériorité chronologique :
Certains comprennent qu'il s'agit d'une antériorité chronologique au sens propre, c'est à dire de deux étapes dans l'éducation de l'homme :
Première étape : la crainte du péché et la crainte de Dieu, l'accent étant mis sur le fait de prendre Son nom au sérieux.
Deuxième étape : l'étude de la Torah et l'acquisition de la sagesse.
Et si les choses ne se font pas dans cet ordre, la sagesse acquise ne se maintiendra pas entre les mains de l'homme.
L'illustration la plus simple de cela se situe dans le contexte éducatif. Lorsqu'on élève un enfant en bas âge, on ne commence pas par les subtilités des sujets d'étude ni par les détails des méthodes d'analyse de la Guemara. Il faut d'abord transmettre au jeune enfant l'importance de savoir qu'il existe un Saint, béni soit Il, dont la volonté est l'essentiel, que nous sommes ici pour Le servir et qu'il faut Le prendre au sérieux. Une fois que cela est ancré dans le coeur de l'enfant, il se dira de lui même : "Maintenant, lors de la deuxième étape, je vais apprendre ce qui m'incombe de faire et je comprendrai cette Torah". Et sinon, l'étude ne se maintiendra pas entre ses mains.