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Avoda Zara Chapitre 1, Michna 5: la vente aux idolâtres

Avoda Zara, chapitre 1, michna 5. Dans les quatre premières michnayot que nous avons terminées, nous avons appris comment il convient de se comporter avec les idolâtres autour de leurs fêtes et de leurs célébrations. À partir d'ici, la michna passe à la question du fonctionnement même au sein de l'économie et de la société des idolâtres, tout au long de l'année.

"Elou devarim assour limkor le'oved kokhavim" - voici les objets qu'il est interdit de vendre à un idolâtre :

La michna énumère des articles qu'il est interdit de vendre à un idolâtre en tout temps. La liste se fonde sur les usages courants à l'époque de la michna en terre d'Israël, et il est évident qu'il faut l'adapter à chaque société dans laquelle vit l'homme aux générations ultérieures.

  • "Itstroubline ouvenot chouah ouvefetotroteihen" - des pommes de pin et des variétés raffinées de figues alors que leurs pédoncules y sont encore attachés. C'était une pratique répandue que d'attacher et de suspendre des fruits de ce type (pommes de pin, noix, figues et autres) devant l'idole, comme une sorte de sacrifice. Pour cette raison, lorsqu'un idolâtre demande des fruits de ce type, on suppose que c'est à cela qu'il les destine.

  • "Oulevona" - l'encens (levona) est un type de parfum : une résine séchée et solidifiée provenant de l'arbre de boswellia, que l'on brûle comme encens. On suppose que l'idolâtre, à l'époque de la michna en terre d'Israël, n'a aucun besoin de levona pour un quelconque autre usage que le culte de l'idole.

  • "Vetarnegol halavan" - le coq blanc. Les coqs blancs ne représentent qu'une partie déterminée de l'ensemble de la population des coqs, mais ils constituaient un sacrifice privilégié pour l'idolâtrie. Par conséquent, celui qui demande un coq blanc, on présume que son intention est de le sacrifier à l'idole.

La divergence entre le tana kama et Rabbi Yehouda :

Nous avons appris : "Rabbi Yehouda omer : moutar limkor lo tarnegol lavan bein hatarnegoline" - Rabbi Yehouda dit : il est permis de lui vendre un coq blanc parmi d'autres coqs. Il faut d'abord relever les points d'accord entre le tana kama et Rabbi Yehouda :

  • Si quelqu'un vient demander des coqs sans plus de précision, et qu'il se trouve parmi eux un coq blanc, il est permis de le lui vendre, car celui qui demande un coq sans précision le demande pour les besoins de son commerce et non pour les besoins de l'idolâtrie.

  • Si l'homme vient demander précisément un coq blanc, il est interdit de le lui vendre, et Rabbi Yehouda lui-même en convient. Le fait même qu'il tienne à sa couleur témoigne qu'il le demande pour un usage précis, et non pour rien.

La question porte sur le cas où un idolâtre demande au Juif un coq blanc, un coq noir et un coq rouge. Dira-t-on qu'il destine le blanc à l'idolâtrie et le noir et le rouge à d'autres usages, ou bien le fait même qu'il demande un assortiment de coqs de couleurs différentes prouve-t-il qu'il n'y a pas ici d'intention d'idolâtrie ? C'est sur ce point qu'ils divergent : le tana kama estime qu'il est permis de le lui vendre, et telle est aussi l'opinion de Rabbi Yehouda : celui qui demande un coq blanc parmi un assortiment de couleurs, il est permis de le lui fournir.

La permission de vente par l'infliction d'un défaut :

Même pour la vente d'un unique coq blanc à un idolâtre, il existe une permission, qui consiste à couper l'un des doigts du coq. Le coq devient ainsi porteur d'un défaut de telle sorte qu'aucun idolâtre digne de ce nom ne le présentera comme sacrifice. Même s'il n'est pas exigeant sur d'autres types de défauts auxquels les Juifs prêtent attention dans leurs sacrifices, il le sera sur un doigt manquant, et par conséquent il est permis de lui vendre le coq après avoir retiré le doigt.

Il convient de noter qu'il s'agit là d'un exemple de cas où la Torah interdit de faire souffrir les animaux, mais que là où il y a une perte pour le Juif, il y a matière à alléger. Le degré de souffrance causé au coq dans ce cas n'est pas de l'ordre qui interdit techniquement au Juif de le vendre, à condition que la vente se fasse par une voie permise.

Tous les autres objets :

Pour tous les autres objets, à savoir des articles d'usage général servant à des fins variées, la règle dépend de la demande de l'acheteur. Un Juif qui tient un magasin d'outils, et un idolâtre y entre et demande un burin : faut il craindre qu'il ne le veuille pour un usage idolâtre ? Peut être le veut il pour construire sa maison. À ce sujet, la Michna enseigne que pour tous les autres objets, s'il demande simplement, "je voudrais un burin", il est permis de le lui vendre. Mais s'il précise et dit "je demande un burin afin d'en faire un usage idolâtre", la chose devient interdite.

L'ajout de Rabbi Meïr :

Rabbi Meïr ajoute à la liste énumérée plus haut d'autres articles :

  • des dattes de haute qualité (les dattes elles mêmes, et non les palmiers).

  • de la canne à sucre.

  • un autre type d'herbe précieuse, dont l'identité exacte n'est pas claire.

Ici aussi, la crainte est que ces choses aient servi habituellement au culte idolâtre, et c'est pourquoi il est interdit de les vendre aux idolâtres.

En pratique halakhique : il n'y a là aucune application concrète de nos jours. Cependant, une personne qui habite dans un endroit où l'idolâtrie est répandue, et où un certain article sert précisément à son culte, se voit effectivement soumise à une restriction et ne doit pas le vendre à ses adeptes. Ainsi, par exemple, celui qui habite en Inde, où l'on offre des offrandes de beurre à l'idolâtrie, le beurre sera soumis à une restriction de vente, et ainsi de suite.