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Chapitre 1 - Le festin d'Achachvéroch et la faute de Vachti - 4e partie

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Le premier chapitre de la Méguila décrit ce qui ressemble à une querelle domestique au palais : un festin, une reine qui refuse de paraître, et un roi qui la fait exécuter. Cependant, selon le Malbim, l'ensemble du chapitre forme une seule et même trame : Achachvéroch cherche à asseoir une royauté absolue, Vachti a fait obstacle à ce dessein par son refus, et Memoukhan intervient pour lui proposer un plan permettant de transformer cet échec en opportunité. Dans cette partie, nous analyserons le discours de Memoukhan depuis le dix-huitième verset jusqu'à la fin du chapitre, puis nous répondrons à la question fondamentale : que fait précisément toute cette histoire au sein de la Méguilat Esther ?

Le préjudice parmi les ministres - « Et ce sera assez de mépris et de courroux »

וְהַיּוֹם הַזֶּה תֹּאמַרְנָה שָׂרוֹת פָּרַס־וּמָדַי אֲשֶׁר שָׁמְעוּ אֶת־דְּבַר הַמַּלְכָּה לְכֹל שָׂרֵי הַמֶּלֶךְ וּכְדַי בִּזָּיוֹן וָקָצֶף׃ - Et en ce jour, les princesses de Perse et de Médie qui auront appris la conduite de la reine s'adresseront à tous les ministres du roi, et ce sera assez de mépris et de courroux.

Jusqu'à présent, Memoukhan a évoqué le tort causé au sein du peuple : les femmes apprendront que l'épouse du roi a méprisé son mari et suivront son exemple. Ici, il aborde le préjudice causé aux ministres eux-mêmes. Les épouses des ministres étaient présentes au banquet et ont saisi toutes les nuances de la dispute entre Achachvéroch et Vachti. Elles savent qu'Achachvéroch cherchait à l'humilier, et savent que Vachti refusait une telle humiliation, raison pour laquelle elle n'est pas venue. C'est pourquoi elles, précisément, ne mépriseront pas leurs maris, car il est évident pour elles que dans ce cas précis, Vachti avait un motif légitime de refuser.

Mais elles diront quelque chose de bien pire : « Et en ce jour, les princesses de Perse et de Médie s'adresseront... à tous les ministres du roi ». Que diront-elles ? Mon seigneur, sache-le bien : le pouvoir d'Achachvéroch n'est pas absolu. Il lui a ordonné de venir, sachant pertinemment que cela constituait une grave humiliation, et elle a refusé. Qui peut se permettre de refuser ? Seule celle qui est reine de son propre droit, face à un époux dont l'autorité est limitée. Or, tout le but de ce festin était de proclamer à tous que sa souveraineté était absolue - et voilà que s'est révélé exactement l'inverse ! Dès lors, si tu ne la mets pas à mort, cela signifie que tu lui donnes raison : la reine a vu juste, je ne règne que par son intermédiaire et mon autorité est limitée.

D'où l'expression « et ce sera assez de mépris et de courroux » - deux dommages à deux niveaux différents. Le « mépris » du côté du peuple : les femmes ordinaires entendront l'histoire sans en saisir les nuances, et se diront : la femme du roi a bafoué son souverain, nous ferons de même avec nos maris. Et le « courroux » du côté des ministres : ils s'indigneront contre son autorité et lui feront comprendre que ce sont eux qui décident, et non lui. Vachti t'a donné une leçon : sache désormais que ton pouvoir est limité.

Le conseil : « Qu'un édit royal émane de lui »

אִם־עַל־הַמֶּלֶךְ טוֹב יֵצֵא דְבַר־מַלְכוּת מִלְּפָנָיו וְיִכָּתֵב בְּדָתֵי פָרַס־וּמָדַי וְלֹא יַעֲבוֹר אֲשֶׁר לֹא־תָבוֹא וַשְׁתִּי לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וּמַלְכוּתָהּ יִתֵּן הַמֶּלֶךְ לִרְעוּתָהּ הַטּוֹבָה מִמֶּנָּה׃ - Si tel est le bon plaisir du roi, qu'un édit royal émane de lui et soit consigné dans les lois de Perse et de Médie de manière irrévocable, portant que Vachti ne paraîtra plus devant le roi Achachvéroch, et que le roi confère sa dignité royale à une autre meilleure qu'elle.

Après avoir clairement exposé au roi l'ampleur du tort et de la perte causés par l'affront de Vachti, Memoukhan dévoile devant tous ce qui demeurait jusque-là enfoui dans le cœur d'Achachvéroch : Mon seigneur le roi, nous comprenons parfaitement l'intention de ce festin - démontrer que ta royauté est absolue, et elle a délibérément saboté ton dessein. À présent, en conseiller avisé, il soumet des propositions concrètes pour colmater les brèches ouvertes dans la digue et réparer les dégâts causés par l'acte outrageux de Vachti.

« Qu'un édit royal émane de lui » - Sire, prends les rênes et saisis l'occasion ! Désormais, « un édit royal », c'est-à-dire une loi, n'émanera que de toi seul : plus de ministres, plus de sages, plus de cabinet ni de gouvernement, plus de conseillers d'État pour décider quoi que ce soit. « Et soit consigné dans les lois de Perse et de Médie » - tout décret royal issu de toi devient immédiatement une loi : pas de commissions, pas de comités ministériels, pas de période de transition ni d'examen préalable ; dès l'instant où tu as tranché, c'est inscrit dans le registre comme une loi définitive selon laquelle on jugera. « De manière irrévocable » - ni disposition transitoire ni décret temporaire, mais une loi immuable et perpétuelle, établie à jamais.

« Portant que Vachti ne paraîtra plus » - Le renversement de situation

Une question se pose ici : qu'inscrira-t-on dans les lois de Perse et de Médie ? « Portant que Vachti ne paraîtra plus devant le roi et que le roi confère sa dignité royale à une autre meilleure qu'elle » ? Cela convient à un livre d'histoire, non à un recueil de lois ! Le Malbim explique : ne t'y trompe pas, les mots « et soit consigné dans les lois de Perse et de Médie » constituent une proposition incise. Memoukhan précise incidemment que toute loi que le roi promulguera désormais sera consignée dans les lois de Perse et de Médie, et son intention n'est nullement de faire graver cet événement particulier pour les générations futures.

Et quel est ce premier décret royal ? C'est ici que réside la grande sagesse de Memoukhan. Si tu te contentes de faire exécuter Vachti, on dira : certes, il l'a tuée, mais concrètement - est-elle venue ou non ? Elle n'est pas venue. Sa royauté est donc limitée : il a ordonné, la reine a désobéi, puis il est entré en fureur et l'a fait tuer, mais sans parvenir à la contraindre. L'histoire se termine mal. Comment cette histoire peut-elle avoir une issue favorable ? Seulement s'il apparaît que tu l'as appelée et qu'elle a fini par venir.

D'où le conseil : « Qu'un édit royal émane de lui et soit inscrit de façon irrévocable, selon lequel Vachti ne paraîtra plus devant le roi Assuérus » - tu vas promulguer une loi interdisant à Vachti de se présenter devant toi ! La scène sera alors présentée ainsi : après avoir constaté que le roi lui ordonnait de venir et après avoir d'abord refusé, elle s'est rétractée, a imploré son pardon et a déclaré : « Pardonnez-moi, je viens, tout ce que le roi ordonne est accepté » - et c'est alors qu'on lui a répondu : « Madame, il est trop tard, le roi ne souhaite plus que vous veniez. » Il s'ensuit qu'elle n'est pas venue non parce qu'elle s'y refusait, mais parce que le roi l'a refusé. C'est la loi royale qui lui interdit de paraître. Soudain, la situation est totalement renversée.

« À une compagne meilleure qu'elle » - deux intentions

Le Malbim explique que dans les mots « et que le roi donne sa royauté à une compagne meilleure qu'elle », il y a deux intentions. La première : ne cherche plus d'ascendance noble. Car désormais, tout le principe est que tu possèdes une royauté absolue, et un tel souverain n'a nul besoin d'un lignage prestigieux - il a conquis par la force et tout lui appartient. Par conséquent, il suffit de trouver une femme « meilleure qu'elle », bonne en elle-même, et non pas estimée en raison de ses ancêtres ou de sa lignée. Tu n'as aucun besoin d'une femme de haute naissance, puisque tu es roi par toi-même.

La seconde intention : tu pourrais craindre que la suivante ne se rebelle également contre toi - quelle reine accepterait un statut où le roi la rabaisse et lui fait comprendre qu'elle n'est reine que par son bon vouloir ? À cela, Memoukhan lui répond : ne crains rien. « Meilleure qu'elle » (hatova mimena) - c'est d'elle qu'elle tirera sa bonté, par sa cause. Elle verra quel a été le sort de la première, le terrible revers essuyé par celle qui n'a pas été soumise, et elle sera saisie de crainte. L'exécution même de Vachti est ce qui rendra la suivante docile et dévouée.

C'est comparable à l'histoire de ce cheikh qui venait d'épouser une femme et l'avait installée sur son chameau en chemin vers sa tente. À mi-chemin, le chameau s'accroupit et refusa d'avancer. L'homme descendit, chargea son fusil et dit : « Attention, premier avertissement. » Effrayé, le chameau se releva. Deux kilomètres plus loin, il s'accroupit à nouveau ; l'homme sortit son fusil et dit : « Deuxième avertissement. » Le chameau se remit en route. Deux kilomètres plus tard, il s'accroupit encore - l'homme dégaina, tira une rafale et abattit le chameau. Il dit alors à sa femme : « Ô Fatima, en route, nous irons à pied. » Elle s'écria : « Qu'as-tu fait ? Tu as tué le chameau, comment allons-nous marcher maintenant ? » Il la regarda et lui dit : « Attention, premier avertissement. » Il en ira de même pour la prochaine reine : après avoir vu le sort réservé à la précédente, elle se dira qu'il ne faut pas s'attirer d'ennuis avec lui - et c'est ainsi que, par l'exemple de Vachti, elle sera irréprochable.

« Et le décret du roi sera entendu » - la réparation des deux préjudices

וְנִשְׁמַע פִּתְגָם הַמֶּלֶךְ אֲשֶׁר־יַעֲשֶׂה בְּכָל־מַלְכוּתוֹ כִּי רַבָּה הִיא וְכָל־הַנָּשִׁים יִתְּנוּ יְקָר לְבַעְלֵיהֶן לְמִגָּדוֹל וְעַד־קָטָן׃ - « Et l'édit que le roi aura promulgué sera entendu dans tout son royaume, si vaste soit-il, et toutes les femmes rendront hommage à leurs époux, du plus grand jusqu'au plus petit. »

Memoukhan explique ici comment les deux préjudices seront réparés. Grâce à cette nouvelle loi voulant « qu'un édit royal émane de lui », tu deviens le législateur suprême, l'arbitre unique, le souverain absolu - et désormais « et le décret que le roi aura promulgué sera entendu » : tout ce que le roi décidera de lui-même, sans consulter les ministres, sera respecté dans tout son royaume et nul n'osera transgresser sa parole. « Car il est vaste » - tu as entre les mains un empire grandiose, tu n'es plus un monarque constitutionnel lié par des ministres et des conseillers, mais la parole même du roi devient une loi immuable et irrévocable, établissant ainsi le pouvoir absolu que tu convoitais.

Et par le châtiment infligé à Vachti, tu obtiendras la seconde réparation : « et toutes les femmes rendront hommage à leurs époux, du plus grand jusqu'au plus petit » - même si l'épouse est d'une lignée prestigieuse et son mari d'une modeste condition, elles lui témoigneront du respect. Car les femmes se diront : « As-tu vu ce qui est arrivé à celle qui a tenté d'humilier son mari ? » Aucune femme ne prendra un tel risque. Les deux torts se trouvent ainsi redressés : à l'égard des ministres, il sera prouvé que sa royauté est absolue, que le roi n'a pas besoin de son épouse, qu'elle n'est reine que par lui, et qui plus est, le refus paraîtra émaner de lui-même ; et à l'égard du peuple, les femmes verront le sort de Vachti et respecteront leurs maris.

« Et le roi agit selon la parole de Memoukhan »

וַיִּיטַב הַדָּבָר בְּעֵינֵי הַמֶּלֶךְ וְהַשָּׂרִים וַיַּעַשׂ הַמֶּלֶךְ כִּדְבַר מְמוּכָן׃ - « La proposition plut aux yeux du roi et des ministres, et le roi agit selon la parole de Memoukhan. »

Remarquez la précision : pour que le roi règne sans limites, il a besoin de l'accord des ministres, car ce sont eux qui perdent leur pouvoir. C'est pourquoi il est dit « et la chose parut bonne aux yeux du roi et des ministres » - eux aussi y ont consenti. Désormais, leur pouvoir s'efface, et toute la gouvernance ainsi que les lois sont entre les mains du roi. Et dorénavant, « et le roi agit selon la parole de Memoukhane » seulement, sans mentionner « et les ministres » - car leur accord n'est plus nécessaire. C'est fini, il n'y a plus de ministres ; ils ne sont plus que des marionnettes, et c'est le roi qui dirige.

Le premier décret : « et parlant selon la langue de son peuple »

וַיִּשְׁלַח סְפָרִים אֶל־כָּל־מְדִינוֹת הַמֶּלֶךְ אֶל־מְדִינָה וּמְדִינָה כִּכְתָבָהּ וְאֶל־עַם וָעָם כִּלְשׁוֹנוֹ לִהְיוֹת כָּל־אִישׁ שֹׂרֵר בְּבֵיתוֹ וּמְדַבֵּר כִּלְשׁוֹן עַמּוֹ׃ - Il envoya des lettres à toutes les provinces du roi, à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon sa langue, afin que tout homme soit maître dans sa maison et parle la langue de son peuple.

Trois questions se posent sur ce verset. Premièrement, que nous importe que ce soit « à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon sa langue » ? Il aurait suffi de dire qu'il envoya des lettres à toutes les provinces du roi afin que tout homme soit maître dans sa maison. Deuxièmement, nos Sages ont déjà fait remarquer que ces lettres elles-mêmes relevaient d'une pure sottise : fallait-il vraiment annoncer aux gens que désormais chacun est le maître chez lui ? Troisièmement, « et parle la langue de son peuple » - qu'est-ce que cela signifie ? Parlait-on jusqu'alors une autre langue et devrait-on désormais parler la langue de son propre peuple ? Quelle sorte de directive est-ce là ?

Le Malbim explique : ne pensez pas qu'il s'agissait d'une folie - cette loi fut établie avec sagesse et discernement. Jusqu'alors, les lois de la Perse imposaient que tous les peuples soumis à l'empire perse écrivent au roi et reçoivent de lui des lettres en langue perse, celle de la métropole royale, et chacun devait s'y conformer. Tout comme aujourd'hui, une personne souhaitant écrire au président des États-Unis ne lui écrirait pas en hébreu, mais ferait appel à un traducteur pour rédiger en anglais. Mais en Perse, ce n'était pas une question de commodité, mais de puissance et de patriotisme : la langue du roi faisait autorité, et la lettre devait impérativement parvenir dans la langue royale. C'est d'ailleurs ainsi que le Malbim explique le terme « ketav hanichtevane » dans Ezra et Néhémie, désignant des fonctionnaires chargés de traduire et de rendre le texte conforme à la langue parlée à la cour royale.

À présent, le roi intervient et déclare : plus besoin du persan. Car lorsqu'on évoque le règne d'Assuérus, on peut l'envisager sous deux angles. Premier angle : vous êtes le successeur des rois précédents - vous êtes alors rabaissé et limité. Deuxième angle : il n'y a pas de rois précédents, vous êtes un conquérant, vous êtes le maître suprême. Si j'exige que quiconque écrit le fasse en persan, cela signifie que j'accorde du respect et de la préséance au royaume. Mais si je dis : messieurs, le royaume ne m'intéresse pas, c'est moi le souverain absolu, peu importe où je réside - alors le persan n'a plus aucun privilège, et la Perse n'est pour moi qu'une province parmi les cent vingt-sept. Je ne suis pas roi par la grâce du pays, je ne succède à personne, j'instaure une nouvelle royauté sans limites. En quelle langue écrire ? Dans la langue de votre choix.

C'est là le premier décret, destiné à signifier clairement à tous : je suis un monarque absolu, et en tant que roi, je n'ai besoin ni du royaume ni du pays. Et je suis le premier à inaugurer cette règle - jusqu'à présent, tout document officiel à l'en-tête royal était rédigé en persan, mais désormais, « il envoya des lettres à toutes les provinces du roi, à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon sa langue », à chacun selon sa langue et son idiome.

Le second décret : « afin que tout homme soit maître dans sa maison »

Jusqu'alors, la loi perse imposait simplement que la femme soit soumise à son mari et le respecte, sans plus. Le roi promulgue désormais un nouveau décret : l'homme dominera son épouse et exercera sur elle une autorité totale et absolue, tel un maître sur sa servante ou le propriétaire d'un animal sur sa bête. Tout comme un homme dispose de son bien à sa guise, et s'il abat son animal nul ne lui demande des comptes - ainsi en va-t-il pour « être maître dans sa maison ». Et selon les termes du Malbim : comme cela se pratique encore de nos jours dans certaines contrées d'Afrique. De fait, ceux qui connaissent ces mœurs savent qu'il en était ainsi : si un mari tuait sa femme, cela paraissait légitime, il avait sans doute une bonne raison, elle l'avait sûrement mis en colère. Et c'est précisément ce qu'Assuérus érige en loi.

Remarquons bien : ces deux nouvelles lois correspondent très exactement aux deux points soulevés par Memoukhane. Memoukhane avait soutenu que le roi devait régner de manière absolue - et en écho à cela fut promulguée la loi stipulant que « chacun parle la langue de son peuple », retirant toute suprématie à la langue perse et montrant que la royauté ne découle pas du royaume d'origine. Memoukhane avait également affirmé que les femmes mépriseraient leurs maris à la suite de la conduite de Vachti - et en réponse à cela vint le décret prescrivant « d'être maître dans sa maison » : non seulement elles ne mépriseront plus leurs maris, mais elles seront abaissées devant eux, et l'homme aura sur son épouse un pouvoir absolu, tel un propriétaire sur son bien.

Et pourquoi donc tout ce chapitre a-t-il été écrit ?

Ici, le Malbim revient à la question par laquelle il avait entamé ce chapitre, et sur laquelle il le conclut : que nous apporte toute cette partie ? Nous aurions pu commencer la Méguila au chapitre 2 - « Après ces événements », lorsque la colère du roi s'apaisa et qu'il se mit en quête d'une reine. Cette reine est Esther, une sœur pour nous dans la maison royale ; puis survient un décret redoutable, et elle nous délivre de la détresse par la grâce d'Hachem. C'est admirable : le Saint, béni soit-Il, a devancé le remède au fléau. Mais pourquoi devons-nous connaître tous les détails du banquet, la querelle avec son épouse, l'exécution de celle-ci et toute cette histoire en apparence superflue ? Bien plus encore : nous avons l'obligation de la lire à Pourim, comme si elle faisait elle aussi partie intégrante du récit du miracle !

La première raison : le fondement de toute la Méguila

Le Malbim explique, et c'est là son argument essentiel : tout ce récit constitue la base et le fondement de la suite de la Méguila. Si le roi n'avait pas manœuvré pour instaurer une monarchie absolue, il n'aurait jamais pu prendre Esther pour reine. Car non seulement Esther n'avait aucun rang, mais elle était une illustre inconnue : qui était-elle, que valait-elle, d'où venait-elle, elle qui « ne révélait ni son peuple ni sa patrie » - pour Assuérus, elle n'était pour ainsi dire qu'une trouvaille ramassée au marché. Si le roi avait été soumis à ses ministres, auraient-ils jamais accepté qu'il prît une telle femme pour reine, à plus forte raison sans même savoir d'où elle venait ni à quel peuple elle appartenait ?

De plus, il est écrit plus loin : « Le roi Assuérus éleva Haman » et le plaça au-dessus de tous les ministres. Les ministres auraient-ils toléré qu'on place un des leurs au-dessus d'eux tous ? Monsieur, il y a un conseil des ministres, faites voter cela en conseil - et jamais cela ne serait passé ! De même pour le décret prescrivant d'exterminer, de tuer et d'anéantir tous les Juifs : cela aurait-il été approuvé par le conseil ? En aucun cas. Les ministres auraient protesté : quelle folie est-ce là, d'anéantir tout un peuple sous prétexte qu'« il n'est pas dans l'intérêt du roi de les tolérer » ? Aujourd'hui ce sont les Juifs, demain ce sera un autre peuple - cela déstabilise le royaume tout entier ! C'est pourquoi le premier chapitre nous était indispensable, pour nous révéler que le roi avait acquis un pouvoir absolu et détenait désormais les pleins pouvoirs pour agir à sa guise.

« Sans les premières lettres, les dernières n'auraient pu s'accomplir »

C'est précisément ce qu'ont enseigné nos Sages : sans les premières lettres, les dernières n'auraient pu subsister. Au sens simple : dans les premières lettres, il ordonnait « que chaque homme soit le maître dans sa maison et parle la langue de son peuple ». Un homme lisait cela et se disait : n'étais-je donc pas déjà le maître chez moi jusqu'à ce jour ? Et n'oublions pas qu'il s'agit d'un monarque d'Orient, non d'Europe, où l'autorité du chef de famille était absolue sans qu'il fût besoin de décrets. Les sujets comprirent alors qu'ils avaient affaire à un roi dérangé. C'est pourquoi, lorsque arrivèrent les secondes lettres ordonnant le massacre de tous les Juifs, ils se dirent : cet homme est complètement insensé - et ses propos n'avaient plus de portée décisive à leurs yeux.

Mais voyez comment le Malbim explique cette parole : sans ce premier édit stipulant que le roi est le maître absolu de tous, le législateur unique, sans rival et sans personne pour lui demander des comptes sur ses actes, il eût été impossible que les secondes lettres voient le jour. Les secondes lettres ordonnaient de détruire et d'exterminer tous les Juifs : qui aurait obéi ? Quel ministre aurait consenti à de telles lettres ? C'est uniquement parce que les premières lettres avaient décrété que les rênes du pouvoir appartenaient désormais au roi seul et que les ministres n'avaient plus aucun mot à dire, que les secondes lettres purent être acceptées et mises à exécution.

La seconde raison : montrer qu'il n'y a ici rien de surnaturel

La seconde raison apportée par le Malbim est la suivante : le texte a fait précéder toute l'histoire de la monarchie absolue et de l'exécution de Vachti afin que l'on comprenne que ce miracle n'avait rien de surnaturel. La particularité du miracle de Pourim réside dans le fait qu'il s'inscrit entièrement dans le cours naturel des événements, comme l'ont souligné de nombreux commentateurs : des intrigues de cour, un roi qui exécute sa reine pour en épouser une autre, laquelle se trouve justement liée au peuple menacé, et qui plaide sa cause pour faire annuler le décret. Où est le miracle ? Ce n'est ni l'ouverture de la mer Rouge ni des grêlons géants tombant du ciel.

C'est pourquoi on fait remarquer par allusion que « Méguilat Esther » évoque le « hester », le voilement : la royauté divine tout au long de la Méguila reste cachée, sans manifestation éclatante. La Méguila d'Esther est le dernier livre scellé dans le canon biblique, et elle sert d'enseignement pour toutes les générations : « Mais même ainsi, alors qu'ils seront dans le pays de leurs ennemis, Je ne les aurai point rejetés ni pris en horreur au point de les anéantir, de rompre Mon alliance avec eux, car Je suis l'Éternel, leur Dieu ». Même si l'on ne voit pas la main de Dieu agir ouvertement - à la différence du livre de Josué où éclatent des miracles évidents -, il faut savoir qu'à partir de ce moment, nous entrons dans une nouvelle phase, sous la providence de la Méguila d'Esther, où le Saint, béni soit-Il, bouleverse tous les rouages en sous-main. Celui qui regarde superficiellement dira qu'il n'y a là aucun miracle, et c'est précisément le grand enseignement de la Méguila.

D'un point de vue naturel, remarque le Malbim, il n'y a rien d'étonnant à ce que la plus belle des femmes fasse fléchir la volonté du roi : une femme d'une grande beauté en tire une assurance hors du commun, et si son mari lui donne un ordre, elle se dira : « Pour qui se prend-il pour me commander ? » Comme le rapporte la Guémara au sujet de Rabbi Mani, l'élève de Rabbi Yits'hak ben Eliyashiv, qui vint se plaindre auprès de son maître de ce que sa femme lui déplaisait parce qu'elle manquait de grâce ; son maître déclara alors : « Que 'Hanna sorte de sa laideur », et elle devint d'une éclatante beauté. Quelque temps plus tard, voyant le visage sombre de son disciple, il lui demanda ce qui n'allait pas. Celui-ci répondit : « Jusqu'à présent, j'avais une femme qui m'obéissait, mais depuis lors, elle me toise avec dédain » - elle se sent soudain reine de beauté et méprise celui qui est à ses côtés. Il est donc tout à fait naturel qu'une femme très belle refuse de se soumettre aux volontés de son époux.

Cependant, si l'on examine les détails, ajoute le Malbim, on s'aperçoit que ce qui s'est produit ici n'a rien de si naturel. Certes, il est dans la nature d'une belle femme d'être moins soumise, ce qui peut se concevoir face à un petit roitelet qu'une beauté ose défier, mais non face à un empereur régnant sur un immense empire. Or, le texte a mis en avant quatre éléments déterminants : premièrement, un roi régnant sur cent vingt-sept provinces, dont le pouvoir n'a pas de limites et qui peut choisir les plus belles femmes du monde - pourquoi Vachti aurait-elle pensé qu'il s'embarrasserait d'elle à ce point ? Deuxièmement, le Malbim a montré qu'il avait conquis tous ces territoires en un temps record, ce qui prouve qu'il s'agissait d'un monarque extrêmement puissant. Troisièmement, un roi capable d'offrir un tel banquet possède d'immenses richesses, et devant une telle opulence, même la plus fière des beautés baisse pavillon. Quatrièmement, nous avons vu avec quelle ruse il s'est débarrassé des dirigeants en place pour s'arroger un pouvoir sans partage - or, même la plus belle des femmes ne défie pas un souverain absolu capable de la faire exécuter d'un simple mot.

Voyez d'ailleurs Esther : quelle n'était pas sa terreur à l'idée de paraître devant le roi sans avoir été convoquée, au point de s'écrier : « Et si je dois périr, je périrai ! » - et tout cela simplement pour se présenter devant lui sans invitation, non pour lui désobéir ! Voilà ce qu'était une monarchie absolue. Nous n'avons aucune idée de ce qu'était un roi à cette époque : un sourire mal placé, un geste maladroit, et il vous faisait exécuter sur-le-champ. C'était une terreur absolue. Dès lors, avec toute votre beauté, madame, ce qu'a osé faire Vachti défie toute logique.

L'amour du bien, de l'utile et de l'agréable

Le Malbim vient également nous révéler ceci : la nature et le tempérament d'Assuérus le portaient à aimer Vachti d'un amour passionné, à en mourir, et pourtant, par crainte que les femmes ne méprisent leurs époux, il l'a fait mettre à mort. Les Anciens distinguaient trois formes d'amour : l'amour du bien - on aime une chose parce qu'elle est bonne ; l'amour de l'utile - elle n'a rien de particulièrement bon en soi, mais elle apporte un bénéfice ; et l'amour de l'agréable - on n'y recherche ni bien ni utilité, simplement le plaisir et la satisfaction. Un steak fait monter le cholestérol, mais qu'importe, c'est délicieux ! Il en va de même pour la cigarette, pour les drogues et pour toute forme de tentation.

Remarquez bien : pour l'amour du bien - afin que les femmes ne méprisent point leurs maris - et pour l'amour de l'utile - afin d'asseoir une autorité sans partage -, Assuérus a sacrifié l'amour de l'agréable et exécuté cette épouse qu'il aimait éperdument. Dès lors, son amour passionné pour Esther lui donnerait-il le pouvoir d'annuler le décret royal d'extermination des Juifs ? Nullement. Tout le respect t'est dû, Esther, mais tu relèves du registre de l'agréable, et ce roi n'hésite pas à renoncer à l'agréable en faveur du bien et de l'utile. S'il perçoit du bien et de l'utilité dans l'anéantissement des Juifs, rien ne le poussera à t'écouter. On voit donc bien que le dénouement de cette histoire n'a rien de naturel - même si, comme nous l'avons souligné, ce non-naturel s'inscrit au sein même des lois de la nature, et non comme un miracle surnaturel de pierres tombant du ciel.

En conclusion :

Le discours de Memoukhan n'est pas le simple avis d'un conseiller froissé, mais un plan magistral : transformer le refus de Vachti en opportunité, établir que la décision royale émane exclusivement du souverain, présenter la rupture comme si le roi lui-même l'avait congédiée, et redresser les mœurs du peuple en la mettant à mort. Les deux premiers décrets - « parlant la langue de son peuple » et « chaque homme maître en sa maison » - traduisent précisément ces deux réparations : une royauté affranchie des particularismes linguistiques du royaume, et des épouses qui ne méprisent plus leurs maris. Et pourquoi avions-nous besoin de tout cela ? Parce qu'il s'agit du socle de toute la Meguila : sans cette monarchie absolue, Esther ne serait jamais montée sur le trône, Haman n'aurait pas été élevé aux plus hautes fonctions et le décret d'extermination n'aurait jamais vu le jour - selon l'adage talmudique : « sans les premières lettres, les secondes n'auraient pu s'accomplir ». Plus encore, tout ce premier chapitre vient nous dévoiler le secret du miracle de Pourim : un miracle drapé dans la nature, dans le secret du « hester panim », où Hakadoch Baroukh Hou bouleverse le cours des événements sous la surface, tandis que le regard ordinaire n'y aperçoit aucun prodige.