Le verset 18 du premier chapitre marque un tournant dans la complainte. Jusqu'ici, l'auteur décrivait la destruction, la solitude et les malheurs ; or ici, l'assemblée d'Israël prend la parole et proclame la justification du jugement divin (Tsidouk Hadin). Il ne s'agit pas d'une récrimination envers le Ciel, mais d'un aveu : tout ce que le Saint, béni soit-Il, a fait s'abattre sur nous procède de la stricte justice. Et de cet aveu même jaillit un cri de douleur : il reste une chose dont il est encore si difficile de se consoler.
צַדִּיק הוּא יְהֹוָה כִּי פִיהוּ מָרִיתִי, שִׁמְעוּ נָא כׇל הָעַמִּים וּרְאוּ מַכְאֹבִי, בְּתוּלֹתַי וּבַחוּרַי הָלְכוּ בַשֶּׁבִי׃ - Juste est l'Éternel, car j'ai bravé Sa parole ! Écoutez donc, tous les peuples, et contemplez ma douleur : mes jeunes filles et mes jeunes gens sont partis en captivité !
« Juste est l'Éternel, car j'ai bravé Sa parole » - il n'y a devant Lui ni injustice ni oubli. Tout ce qui nous est arrivé provient du fait que j'ai transgressé Son ordre. Le saint Alshich explique que l'assemblée d'Israël déclare : Maître du monde, j'accepte et je reconnais la justice de Ton verdict pour tout ce qui m'est advenu. Mais alors, de quoi suis-je encore affligée ? De ce que « mes jeunes filles et mes jeunes gens sont partis en captivité ». En d'autres termes : tout le reste, je le méritais, c'était juste, j'ai agi de façon indigne et le Saint, béni soit-Il, a agi envers moi en conséquence. Mais la souffrance des jeunes filles et des jeunes hommes emmenés en captivité - cela, il m'est encore trop difficile de l'accepter, et sur cela, il m'est impossible de me consoler.
Dans le Midrash Eikha Rabba, il est enseigné que Sion reconnaît la justice divine en disant : « Juste est l'Éternel, car j'ai bravé Sa parole ». Dès lors, quelle est malgré tout sa plainte ? La plainte porte sur le fait que la peine est doublée : « Elle a reçu de la main de l'Éternel au double pour toutes ses fautes ». C'est pourquoi Sion s'écrie : « Voyez, tous les peuples, et contemplez mes douleurs » - douleurs au pluriel, constatez que ma punition est double. « Mes jeunes filles et mes jeunes gens sont partis en captivité », et ce n'est pas tout : « J'ai appelé mes amants, mais ils m'ont trompée ; mes prêtres et mes anciens ont péri dans la ville ». En tout point, mon châtiment s'abat de manière dédoublée : jeunes filles et jeunes gens, les amants qui m'ont trahie, les prêtres et les anciens qui ont péri. Pourquoi donc cette punition redoublée, bien au-delà de ce que nous avions commis ?
L'auteur de l'Akedat Yits'hak explique que le poète vient ici dépeindre l'extrême isolement du peuple d'Israël et la terrible situation dans laquelle il se trouve. Il dénombre cinq manières par lesquelles la souffrance d'un être humain peut être allégée : la première, en le consolant par la pensée que le malheur n'est pas si grave ; la deuxième, par la présence de proches et d'êtres chers qui viennent le réconforter ; la troisième, par de braves personnes de la cité qui viennent l'encourager et le soutenir, même sans faire partie de ses proches ; la quatrième, si l'homme est doté d'une constitution physique robuste lui permettant d'endurer les douleurs ; et la cinquième, lorsque, même si son corps est affaibli, son esprit reste vaillant : il est fort sur le plan moral, ne fléchit pas devant l'adversité, et surmonte ainsi ses épreuves pour trouver du réconfort.
Et l'Akedat Yits'hak montre comment l'auteur enseigne qu'aucun de ces cinq recours n'a pu exister ici. « Écoutez donc, tous les peuples, et contemplez ma douleur » - voyez combien la souffrance est atroce et dépasse toute capacité d'endurance. La première voie s'effondre : nul ne peut prétendre que le mal n'est pas si grave, puisque « mes jeunes filles et mes jeunes gens sont partis en captivité », spectacle terrifiant et effroyable.
קָרָאתִי לַמְאַהֲבַי הֵמָּה רִמּוּנִי, כֹּהֲנַי וּזְקֵנַי בָּעִיר גָּוָעוּ, כִּי בִקְשׁוּ אֹכֶל לָמוֹ וְיָשִׁיבוּ אֶת נַפְשָׁם׃ - J'ai appelé mes amants, ils m'ont trahie ; mes prêtres et mes anciens ont expiré dans la ville, car ils cherchaient de la nourriture pour ranimer leur souffle.
On pourrait se dire : peut-être y a-t-il des proches et des êtres aimés pour consoler ? « J'ai appelé mes amants, ils m'ont trahie » - ceux dont j'espérais le soutien, mes plus proches alliés, se sont joués de moi. On pourrait se dire : peut-être reste-t-il dans la ville des gens de bien pour encourager et apporter un soulagement ? « Mes prêtres et mes anciens » - tous ont expiré, et aucun d'entre eux ne peut plus apporter la moindre consolation dans ma détresse.
רְאֵה יְהֹוָה כִּי צַר לִי מֵעַי חֳמַרְמָרוּ, נֶהְפַּךְ לִבִּי בְּקִרְבִּי כִּי מָרוֹ מָרִיתִי, מִחוּץ שִׁכְּלָה חֶרֶב בַּבַּיִת כַּמָּוֶת׃ - Vois, Éternel, combien je suis dans la détresse ! Mes entrailles brûlent, mon cœur se retourne au-dedans de moi, car j'ai été bien rebelle. Au-dehors le glaive décime, au-dedans c'est comme la mort.
On pourrait penser : peut-être sommes-nous physiquement assez forts pour supporter ces souffrances ? « Vois, Éternel, combien je suis dans la détresse » - Maître du monde, regarde comme mes forces m'abandonnent, je ne peux plus endurer cela. Et si l'on disait : le corps a faibli, mais l'âme reste forte ? À cela s'ajoute : « Mon cœur se retourne au-dedans de moi, car j'ai été bien rebelle » - sous le poids de la douleur, j'ai sombré dans une profonde affliction. Il s'avère ainsi qu'« au-dehors le glaive fauche, et au-dedans règne l'effroi » : le malheur m'enserre de toutes parts, sans le moindre espoir de réconfort.
Le Targoum applique ce verset au roi Yoshiyahou. Le Saint, béni soit-Il, avait promis à Israël qu'aucune épée ne traverserait leur pays. Lorsque Yoshiyahou, qui était un roi juste, apprit que Pharaon Nékho désirait passer par son territoire, il tira l'épée contre lui et lui dit : « Non, monsieur, vous ne passerez pas. » Sur quoi s'appuyait-il ? Sur la certitude que cette génération était vertueuse, et que s'appliquait dès lors la promesse selon laquelle même une épée pacifique, cherchant seulement à raccourcir son chemin, ne traverserait pas leur terre. Il partit à sa rencontre dans la vallée de Meguiddo, sans en avoir reçu l'ordre divin et sans consulter l'Éternel. Finalement, les ennemis tuèrent Yoshiyahou et criblèrent son corps de flèches comme un tamis. Nos Sages rapportent qu'avant de rendre son dernier souffle, ses lèvres murmuraient encore : « L'Éternel est juste, car j'ai désobéi à Sa parole. »
La suite du verset constitue l'oraison funèbre prononcée à son sujet par le prophète Yirmeyahou : « Voyez ma douleur » - la détresse qui m'a frappé après sa mort, « mes jeunes filles et mes jeunes gens sont partis en captivité ». C'est ainsi que le prophète s'est lamenté : « Le souffle de nos narines, l'oint de l'Éternel » - c'est Yoshiyahou, « dont nous disions : À son ombre nous vivrons parmi les nations » - nous pensions qu'il nous délivrerait, qu'il serait le roi Machia'h, « a été pris dans leurs fosses » - il a fini par succomber à cause des fautes de son peuple.
Mais que signifie qu'il a été pris à cause des fautes de son peuple, alors que nous disions que cette génération était juste ? Nos Sages enseignent : la génération de Yoshiyahou était impie, mais Yoshiyahou n'en avait pas conscience. Il envoyait des disciples par binômes afin d'éradiquer l'idolâtrie des foyers d'Israël, pour s'assurer qu'aucune maison ne conserve d'idole. Ceux-ci purifiaient ainsi chaque foyer l'un après l'autre : ils entraient, inspectaient, constataient que tout était en ordre et repartaient. Seulement, ils étaient bien trop naïfs, et les gens de cette époque étaient d'une grande duplicité.
Voici comment ils procédaient : ils avaient des portes à deux battants, et lorsqu'ils savaient qu'une inspection approchait pour détruire les idoles, ils ouvraient grand les portes. Ils fixaient l'effigie de l'idole sur la face intérieure de la porte ; ainsi, la porte une fois ouverte, cette face se trouvait plaquée contre le mur. Les disciples entraient, fouillaient toute la maison de fond en comble, sans trouver la moindre trace d'idolâtrie. Ils saluaient leurs hôtes, sortaient, refermaient les portes derrière eux, et aussitôt l'idole se retrouvait dressée sous leurs yeux.
Yoshiyahou, dans sa grande candeur, croyait avoir réussi à faire disparaître l'idolâtrie, ignorant totalement la véritable nature de ses contemporains. C'est pourquoi il est parti au combat, prêt à donner sa vie : « Je suis certain que l'Éternel sera avec nous et que Pharaon ne passera pas ici. » Mais Yoshiyahou ignorait ce qui se tramait réellement au sein de son peuple ; il pensait que, de même que lui-même était juste, tous l'étaient également, et il fit tout ce qui était en son pouvoir - or ce peuple n'était ni intègre ni digne.
Demandons-nous alors : si c'est le peuple qui méritait d'être puni, pourquoi est-ce Yoshiyahou qui en paie le prix ? Nos Sages expliquent : il y avait eu auparavant un roi impie nommé A'haz, qui était l'exact opposé de Yoshiyahou. A'haz avait verrouillé les portes des synagogues et des maisons d'étude pour empêcher l'étude de la Torah - pourtant, sa génération était intègre : les contemporains d'A'haz étaient justes, alors que leur roi était impie. À l'inverse, la génération de Yoshiyahou était impie, alors que son roi était juste.
Qu'a fait le Saint, béni soit-Il ? Il a fait revenir l'âme d'A'haz en réincarnation, et il est devenu Yoshiyahou. Yoshiyahou était la réincarnation d'A'haz : lui était un juste au milieu d'une génération coupable. Et pour réparer la fermeture des maisons d'étude, Yoshiyahou ordonne à présent de fermer tous les temples d'idolâtrie et de multiplier l'étude de la Torah. Malgré tout, nous constatons que cela n'a pas suffi, car le peuple persistait secrètement dans l'idolâtrie. Jadis, A'haz était impie et son peuple était juste ; à présent, A'haz s'est réincarné dans le juste Yoshiyahou, tandis que son peuple s'est révélé impie.
C'est pourquoi, lorsque les archers tirèrent sur lui, Yochiyaou justifia le jugement divin. Selon cette explication, le verset s'éclaire magnifiquement : « Juste est l'Éternel, car je me suis rebellé contre Ses ordres » - lors de ma précédente réincarnation. Car dans cette vie antérieure, je m'étais conduit en impie, j'avais fermé les batei midrash et empêché l'étude de la Torah ; le châtiment que je reçois à présent est donc pleinement mérité. Les comptes du Ciel sont ainsi, comme toujours, d'une parfaite justice.
Dans le livre Yad Moshé de Rabbi Moshé Almosnino, est rapportée une réflexion philosophique remarquable : lorsqu'un homme subit des souffrances, à quel moment celles-ci sont-elles les plus vives - lorsqu'elles sont méritées, ou au contraire lorsqu'elles ne le sont pas ? Cette interrogation ouvre un vaste champ de réflexion.
D'un côté, on pourrait penser que la douleur est plus grande lorsqu'on souffre injustement, car la sanction n'est pas méritée : de faux témoins ont déposé contre un homme, et à la suite de cela, on l'arrête, on le fouette et on le torture - ce qui est insupportable, car l'injustice blesse profondément. D'un autre côté, on peut soutenir l'inverse : quand on me fait souffrir à tort, je reste intérieurement serein, car je sais que je suis innocent ; c'est une injustice qu'on me fait subir, mais je n'ai pas de comptes à rendre à ma conscience. En revanche, lorsqu'on me punit pour une faute réelle et méritée, la blessure est bien plus cuisante, car je me dis : « Quel insensé as-tu été ! Tu as commis un acte indigne, et maintenant tu en paies le prix. » Une gifle reçue par erreur fait moins mal qu'une gifle pleinement méritée, car dans ce dernier cas, on sait qu'elle découle de sa propre folie.
On rapporte une histoire particulièrement émouvante, vieille d'environ vingt-cinq ans. Un homme d'une soixantaine d'années fut frappé par la maladie. Grand fumeur tout au long de sa vie, il se trouvait déjà à un stade terminal lorsqu'on découvrit son état. L'une des seules pensées qui lui apportait un semblant de soulagement - si tant est qu'une consolation fût possible - était que son mal ne touchait pas les poumons, mais le sang ou un autre organe. C'est dire à quel point il est terrible de devoir se dire : « C'est moi qui ai détruit ma vie, c'est moi qui me suis condamné. » Les souffrances méritées sont parfois bien plus cruelles qu'une gifle reçue par méprise ou qu'une accusation mensongère née d'une erreur d'identification. Quand la faute vient de nous, la douleur est décuplée.
Et la conclusion de Rabbi Moshé Almosnino dans son livre Yad Moshé est la suivante : l'homme sage ressent beaucoup moins la douleur causée par un châtiment injustifié, car il se console par la certitude d'avoir les mains pures et d'être exempt de faute et de culpabilité. Qu'on l'accuse, qu'on le calomnie, il sait au fond de lui qu'il n'en est rien. En revanche, sa souffrance est bien plus vive lorsque le coup porté est mérité, car il cumule alors deux maux : le premier est le péché lui-même, et le second est le fait de devoir payer le prix de sa faute. La pire des épreuves réside dans la conscience d'avoir été l'artisan de son propre malheur, de s'être infligé cela à soi-même.
Tel est le sens du verset : « Juste est l'Éternel, car je me suis rebellé contre Ses ordres » - le Saint, béni soit-Il, est juste, et les souffrances que j'endure me frappent parce que j'ai désobéi à Sa parole. C'est pourquoi : « Écoutez donc, ô peuples tous ensemble, et contemplez ma douleur ! » : voyez combien ma douleur est immense, précisément parce que « je me suis rebellé contre Ses ordres ». Si ces souffrances n'étaient pas méritées, il me serait plus aisé de les supporter, car au fond de moi, je saurais la vérité : je ne les ai pas méritées. Mais dès lors qu'elles sont pleinement justifiées, le fardeau devient écrasant. Il n'y a plus aucune place pour la consolation : je sais que je l'ai mérité, que j'ai fauté, que j'ai transgressé, et que je paie maintenant la note. Je souffre à la fois de la sottise commise et du châtiment équitable qui m'est infligé. Voilà pourquoi il est dit : « Contemplez ma douleur » - une telle douleur n'est pas une souffrance ordinaire, c'est une douleur totale.
En un seul verset concis se mêlent la douleur et la soumission. Knesset Israël justifie le jugement divin - « Juste est l'Éternel, car je me suis rebellé contre Ses ordres » - tout en poussant un cri déchirant pour ses jeunes filles et ses jeunes hommes partis en captivité. Le Midrash Eikha Rabba s'interroge sur ce double châtiment ; l'auteur de la Akedat Yits'hak montre comment les cinq voies de consolation se sont trouvées obstruées : le malheur est accablant, les amants ont trahi, les prêtres et les anciens ont péri, le corps s'effondre et l'âme est plongée dans une profonde affliction. Le Targoum, quant à lui, place ce verset dans la bouche du roi Yochiyaou, parti en toute naïveté affronter Pharaon Nékho en pensant que sa génération était pieuse, sans savoir que les idoles étaient dissimulées derrière les portes ; selon les desseins divins, il était la réincarnation d'A'haz, impie au milieu d'une génération de justes, désormais réincarné en juste au milieu d'une génération d'impies - raison pour laquelle il accepta pleinement le verdict divin. Et comme l'enseigne le Yad Moshé, ce sont précisément les souffrances méritées qui sont les plus douloureuses, car elles ne laissent aucune place à la consolation. Il s'ensuit que l'unique issue face à une telle détresse réside dans la techouva : faire disparaître la racine même du mal, « car je me suis rebellé contre Ses ordres ».