Le premier chapitre de la Meguilat Eikha est une complainte sur la ville devenue solitaire, sur la Chekhina partie en exil et sur le peuple chassé de sa terre. Dans ce cours, nous approfondirons un verset central du chapitre - le verset 3 - qui recèle plusieurs fondements majeurs : quel est le sens de l'expression « Bein Hametsarim », pourquoi les ennemis ont-ils pu l'emporter précisément à cette époque et en cet endroit, quelle est la racine de la haine des nations envers Israël, et quelle est la véritable raison de la déchéance spirituelle du peuple juif.
גָּלְתָה יְהוּדָה מֵעֹנִי וּמֵרֹב עֲבֹדָה, הִיא יָשְׁבָה בַגּוֹיִם לֹא מָצְאָה מָנוֹחַ, כׇּל רֹדְפֶיהָ הִשִּׂיגוּהָ בֵּין הַמְּצָרִים. - Juda s'est exilé dans la misère et au milieu d'un lourd labeur ; il réside parmi les nations sans trouver de repos ; tous ses persécuteurs l'ont rattrapé entre les défilés.
L'expression « Bein Hametsarim » nous est familière pour désigner la période comprise entre le 17 Tamouz et le 9 Av, mais il faut savoir qu'il s'agit d'un sens emprunté. Son origine première se trouve dans notre verset. C'est uniquement parce que le 17 Tamouz fut un jour d'angoisse et de détresse pour Israël, et que Ticha Béav le fut également, que nous qualifions les jours qui les séparent d'« époque de Bein Hametsarim » (entre les détroits).
Que vient nous enseigner le texte à travers les mots « tous ses persécuteurs l'ont rattrapé entre les défilés » ? Venez et constatez : même lorsque le peuple d'Israël a fauté et qu'il doit être châtié, le Saint, béni soit-Il, n'amène pas immédiatement les épreuves. Quand les ennemis ont-ils pu nous atteindre ? Uniquement lors d'une période propice au malheur. Si ce n'avait pas été un temps prédisposé aux calamités, les ennemis n'auraient pas non plus eu de prise sur nous. C'est ainsi qu'explique le « Lé'hem Dim'a » : les ennemis ont réussi à nous surprendre à un mauvais moment, pendant cette période de Bein Hametsarim qui est depuis toujours néfaste pour Israël - et ce fut là notre piège. À tout autre moment, ils n'auraient absolument rien pu contre nous.
Le saint Ari (Rabbi Itshak Louria) affirme quelque chose de semblable au sujet des disciples de Rabbi Akiva. Il est écrit que les élèves de Rabbi Akiva moururent entre Pessa'h et Chavou'ot (Atséret), et certains avis soutiennent que cela ne s'est pas produit en une seule année, mais sur plusieurs années consécutives - toujours précisément entre Pessa'h et Chavou'ot. Pourquoi en est-il ainsi ? L'Ari explique : ne t'y trompe pas. Certes, notre deuil commémore les disciples de Rabbi Akiva, mais ces jours sont, en eux-mêmes, des jours de rigueur (Din). C'est pourquoi les kabbalistes ne se coupent pas les cheveux jusqu'à Chavou'ot, indépendamment du deuil des élèves de Rabbi Akiva, car ce sont des jours de rigueur intrinsèque. Telle est la raison pour laquelle l'attribut de justice s'est abattu sur eux : le temps y était propice, la rigueur était exacerbée, et lorsque l'attribut de justice est tendu, le moindre écart prête le flanc au châtiment.
Il en va de même ici : « tous ses persécuteurs l'ont rattrapé » - pourquoi ? Parce que c'était une période de rigueur. Entre le 17 Tamouz et le 9 Av, il est écrit qu'une personne ne doit pas marcher seule : c'est un temps où sévit le démon « Kétev Méreiri », un temps dominé par les jugements sévères. Les ennemis ont profité de cette conjoncture pour nous atteindre au moment le plus vulnérable pour le peuple d'Israël.
L'« Alon Bakhout » propose une autre explication : « Bein Hametsarim » signifie « entre les frontières » (metsarim désignant aussi les limites territoriales). Toutes les contrées sont soumises à l'influence des astres, alors qu'Erets Israël est la seule terre dont il est dit : « une terre sur laquelle les yeux de l'Éternel ton Dieu sont fixés depuis le début de l'année jusqu'à la fin de l'année », « une terre dont l'Éternel ton Dieu se soucie ». Lorsque l'ennemi tentait de nous atteindre au cœur d'Erets Israël, la tâche lui était difficile. Il s'est mis à notre poursuite, et dès que nous avons atteint les confins de la terre, il a pu porter la main sur nous. Pourquoi ? Parce que nous sortions de la Terre sainte. C'est exactement le même principe : comment l'ennemi a-t-il pu nous vaincre ? Parce qu'il nous a surpris à un mauvais moment, et parce qu'il nous a surpris dans un lieu défavorable. En terres étrangères, le Saint, béni soit-Il, voile pour ainsi dire Son regard, et c'est là - entre les frontières, aux limites du territoire - que l'ennemi a pu triompher de nous.
L'auteur du 'Helev Oudevach discerne dans ce verset une allusion à la situation tragique du peuple d'Israël en exil. Rien n'y fait : quoi que fasse le Juif, les nations trouveront toujours des reproches à lui adresser. Il est inutile de dépenser son énergie à tenter de leur plaire, car quoi que nous fassions, nous aurons toujours tort, nous serons toujours coupables et nous demeurerons le bouc émissaire du monde entier. Il en a toujours été ainsi : si le Juif est riche, on l'accuse de vouloir contrôler l'économie du pays ; s'il est pauvre, on le traite de parasite vivant aux dépens de la société. S'il est pacifiste, on lui reproche de manquer de patriotisme et de refuser de combattre ; et s'il préconise de se battre, on le qualifie de belliciste attisant les conflits. S'il s'intègre, on prétend qu'il cherche à dominer ; et s'il s'isole, on l'accuse d'arrogance et de séparatisme. Quoi qu'il advienne, le Juif est toujours coupable.
C'est ce qu'explique l'auteur du 'Helev Oudevach : « Juda s'est exilée de misère » - parfois, on expulse les Juifs sous prétexte de pauvreté : ils sont misérables, parasites, incapables de subvenir à leurs besoins, impossibles à entretenir durablement. La nation a le sentiment de nous entretenir - alors qu'en vérité, si quelques kollelim venaient à fermer, l'État tout entier s'effondrerait. Et le verset poursuit aussitôt : « et d'un dur labeur » - ce qui correspond exactement à l'inverse, à l'homme fortuné qui ne cesse de travailler. Parfois, on expulse les Juifs en raison de ce labeur incessant : les Juifs occupent tous les postes de direction, s'emparent de tous les leviers stratégiques, les fameux « Protocoles des Sages de Sion ». Ils auraient accaparé toutes les places. Cela vient t'enseigner que quoi que tu fasses, la nation trouvera toujours un prétexte pour vouer le peuple juif à la haine.
À partir de là, l'auteur du Maté Yehouda explique : à toutes les époques, certains parmi les Juifs prétendaient que le fossé et la séparation entre nous et les nations découlaient du fait que nous sommes différents d'elles - par l'accomplissement des mitsvot, par le vêtement, par la langue et par les coutumes. Herzl - que l'on qualifierait avec amertume de « vertueux » - prétendait que si nous devenions comme les chrétiens, la question juive serait résolue ; il alla jusqu'à concevoir une conversion collective au sein de l'Église, au son de toutes les cloches, et disposait d'un plan minutieux pour y parvenir : anéantir le peuple juif en douceur. Telle était la vision de ce dirigeant, mais par la bonté divine, « Celui qui réside dans les cieux sourit, le Seigneur se rit d'eux », et le peuple juif demeure bien vivant, envers et contre tout. Il y a toujours eu parmi nous des gens désireux d'aider les Juifs en préconisant : « Ressemblons aux nations », convaincus que le non-Juif ne nous hait que parce que nous nous tenons à l'écart, différents et distants, et que de cette assimilation poindrait le salut.
Et que fait le Saint, béni soit-Il ? Le Rav de Brisk disait autrefois : lorsqu'un Juif ne fait pas le Kiddouch le vendredi soir parce qu'il cherche à ressembler aux nations, c'est le non-Juif qui fera la Havdala à sa place. Il viendra lui rappeler, trois ou quatre générations en arrière, qu'il avait une grand-mère juive et que la mère de celle-ci l'était également. Tu n'as pas su établir la séparation ? Le non-Juif se chargera de faire la distinction (havdala), et c'est lui qui, en fin de compte, séparera Israël des nations.
C'est ainsi que nous trouvons : « Et ils campèrent à Réphidim » - nos Sages enseignent que dès l'instant où leurs mains faiblirent dans l'étude de la Torah (rafou yédeihem), aussitôt « Amalek survint ». Lorsque le non-Juif frappe et persécute, cela survient toujours conjointement à un relâchement spirituel au sein du peuple d'Israël. Ce n'est pas en nous relâchant pour ressembler aux nations que nous échapperons aux persécutions, bien au contraire : c'est précisément ce relâchement qui incite le non-Juif à nous pourchasser. Car lorsque la voix n'est plus la voix de Jacob, les mains deviennent les mains d'Ésaü. Ésaü surgit alors et frappe, pour nous rappeler que nous avons une mission et que nous devons la remplir, et qu'il ne nous appartient en rien de nous assimiler aux nations.
Ceci est suggéré dans la suite du verset. Jérusalem symbolise le peuple juif : « Elle s'est assise parmi les nations » - elle s'est imaginé qu'en résidant au milieu d'elles et en s'assimilant, elle trouverait la quiétude et échapperait aux poursuites. « Je suis comme lui : je m'habille comme toi, je mange comme toi, je me divertis comme toi, je suis semblable aux nations. » Et quel en fut le résultat ? « Elle n'a point trouvé de repos », et bien au contraire : « tous ses persécuteurs l'ont atteinte entre les défilés (bein hametsarim) ». Le Saint, béni soit-Il, a dressé une séparation, tracé une frontière (metsar) : jusque-là s'étend le peuple d'Israël, au-delà commencent les nations. Il a instauré une réalité où le Juif ne peut se fondre parmi elles ; et s'il s'en approche, le non-Juif le rejette, le frappe et le repousse. Où les persécuteurs l'ont-ils atteinte ? « Entre les défilés » (bein hametsarim) - là même où tu as franchi la limite (metsar).
Nous constatons le même phénomène en Égypte. Quand les Égyptiens ont-ils commencé à persécuter les Juifs ? Lorsqu'« et le pays en fut rempli » - nos Sages précisent : les théâtres et les cirques en regorgeaient. Le non-Juif se rend au théâtre ou au cirque et découvre soudain que les lieux sont envahis par les Juifs, avec leurs papillotes (péot), leurs barbes et leurs chapeaux. Car nos Sages enseignent qu'ils ne modifièrent point leurs vêtements traditionnels ; coiffé de son shtreimel, le Juif se rendait au théâtre et au stade ! Aux yeux des Égyptiens, ils devinrent insupportables : « Que font-ils ici ? Retournez donc au Beth Hamidrash, allez étudier ! » Aussitôt, les persécutions débutèrent. Lorsque le Juif ignore comment maintenir cette barrière, lorsqu'il franchit les défilés sans comprendre qu'il s'agit d'une limite infranchissable, c'est là que « tous ses persécuteurs l'ont atteinte », c'est là que débutent les tourments. Pourquoi ? « Car elle s'est assise parmi les nations », désirant s'installer parmi elles et leur ressembler. Chercher à imiter les nations ne nous apportera jamais la paix ; au contraire, cela ne fait qu'attiser leurs persécutions.
Dans le livre Maté Yehouda, il est expliqué que le prophète décrit ici les causes du déclin et de la chute du peuple d'Israël. Ce sont les soucis de subsistance qui finissent par priver l'homme de temps pour étudier la Torah, pour prier convenablement, pour apprendre avec son enfant et pour s'investir dans la spiritualité. L'homme court sans cesse après l'aisance matérielle et la réussite financière - « d'un dur labeur ». Il est perpétuellement submergé de travail : « Viens-tu au cours de Torah ? - Non, j'ai du travail. Viens-tu ici ? - Non, on m'appelle pour le travail. » « Quel est ce travail pour vous ? » - il est constamment absorbé par ses occupations, et toujours dans le seul but de s'assurer une meilleure situation matérielle en ce bas monde.
« Yéhouda est partie en exil » - voilà ce qui conduit l'homme à l'exil. « De misère » - de quelle misère s'agit-il ? De l'indigence dans la Torah. Les enfants de Yéhouda étaient pauvres en Torah parce qu'ils ne récitaient pas la bénédiction sur la Torah au préalable, car elle n'avait pas de valeur à leurs yeux. Et quelle en fut la cause ? Le verset nous l'explique : « Par excès de labeur » - ils étaient constamment absorbés par le travail et par la subsistance matérielle.
On pourrait se demander : que leur manquait-il donc tant pour qu'ils soient ainsi constamment occupés à travailler ? Un homme travaille quatre, cinq, six, sept ou huit heures, puis il peut aller au Beth Hamidrash pour étudier - de quel « excès de labeur » parle-t-on ? À cela, le prophète répond : « Elle a séjourné parmi les nations ». L'homme en est venu à se considérer comme un résident permanent en ce monde, à l'image des nations pour qui ce monde est une demeure définitive, et tout son investissement s'y concentre. « Elle a séjourné parmi les nations », c'est pourquoi « elle n'a point trouvé de repos » : un homme qui investit dans la spiritualité travaille un peu pour subvenir à ses besoins, puis se repose de son labeur et s'assoit pour étudier. Mais parce qu'elle a séjourné parmi les nations et s'est assimilée à elles, elle a adopté leurs coutumes ; il y a toujours plus de travail à accomplir, et l'on trime de l'aube jusqu'à épuisement complet, sans plus trouver un seul instant pour la spiritualité.
Et s'il arrive enfin à vingt heures au cours, presque aussitôt il s'élève vers les sphères célestes et étudie la Torah : un cours de rêve, dès le début il est au septième ciel ! Il y avait un homme qui venait au cours et dormait du début jusqu'à la fin. Le Rav lui demanda : quel intérêt as-tu à venir au cours, puisque tu dors tout le temps ? Il lui répondit : j'ai un cours le matin où je suis très alerte, mais à cinq heures du matin, mon fils ne me voit pas. L'après-midi, quand je rentre du travail, il ne me voit pas étudier, et il pourrait croire que papa n'a que le travail dans sa vie. C'est pourquoi, lorsqu'il me voit partir en soirée pour le cours, c'est pour l'éduquer, pour qu'il sache que son père va étudier la Torah, que son père va à un cours. Je vous demande pardon de dormir durant toute l'heure, mais sachez que ce cours a pour moi une visée éducative pour mon fils bien plus que pour ma propre étude. Heureux soit cet homme, et digne d'éloges, pour venir au cours avec un tel dévouement rien que pour l'éducation de ses enfants ! Quoi qu'il en soit, retenons que l'essentiel pour l'homme est d'investir son temps dans l'étude de la Torah. Certes, il faut travailler, l'homme y est bien obligé, mais il ne doit pas s'y noyer comme les nations, sans un instant de répit, car alors « Yéhouda est partie en exil de misère » : Yéhouda s'exile par manque de Torah, privé de spiritualité, parce que tout son temps a été englouti dans la seule matérialité.
Nous avons déjà mentionné une admirable explication au nom du Maggid de Mézeritch sur le verset : « Tous ses persécuteurs l'ont atteinte dans les défilés » (Kol rodfeha hissigouha bein hametsarim). On peut le lire ainsi : quiconque recherche l'Éternel (Kol rodeif Y-H) parvient à L'atteindre (hissigou-Ha) durant la période de Bein Hametsarim. En effet, c'est précisément durant les trois semaines que l'on a le privilège de percevoir la présence divine. Car la Chekhina se trouve alors en exil, à l'image d'un roi qui se mêle au peuple à une période déterminée de l'année, offrant à chacun la possibilité de lui parler et de l'approcher. Lorsque la Chekhina est en exil, c'est le moment privilégié pour atteindre la proximité du Saint, béni soit-Il - précisément durant les défilés de Bein Hametsarim.
De même, nous avions expliqué : « Quiconque recherche Youd-Hé (Y-H) atteint Vav-Hé (V-H) ». C'est là l'état de la Chekhina en exil, et c'est le moment propice pour hâter la délivrance. En effet, il est écrit : « Une main sur le trône de l'Éternel (Kès Y-H), guerre d'Hachem contre Amalec » - les lettres Vav et Hé du Nom divin manquent, et le Trône céleste demeure incomplet tant qu'Amalec subsiste. C'est maintenant le moment de prier pour la délivrance, et alors « quiconque recherche Youd-Hé atteint Vav-Hé » - « Ils L'ont atteinte dans les défilés », c'est l'époque où l'on peut parvenir à la proximité divine.
Rabbi Naftali de Ropshitz expliquait ce verset sous un autre angle. Lorsque la vie d'un homme s'écoule paisiblement, qu'il connaît la sérénité, qu'il n'est pas accablé d'épreuves et ne souffre d'aucun souci financier, il lui est aisé d'être un homme de foi. C'est l'image que dépeint le Hazon Ich : l'éloge de la confiance et de la foi ne quitte pas ses lèvres, car tout va bien et tout réussit - nul besoin de s'éreinter, travaille un peu et le Saint, béni soit-Il, t'enverra la subsistance ! Quand tout prospère, les discours sont faciles. Mais dès que surgit l'épreuve, lorsqu'un concurrent ouvre subitement boutique en face de la sienne, complote avec ses compères et cherche à le faire chuter, à le briser et à le combattre, c'est là que la vérité éclate. Parler de foi et de confiance lorsque le salaire tombe ponctuellement est chose aisée ; mais face aux difficultés et à la tourmente, continuer à croire avec certitude qu'Hachem transformera la situation pour le bien, savoir que tout provient de Lui et placer sa confiance en Lui au cœur des tourments et de l'angoisse, voilà qui est infiniment plus ardu. Le mauvais penchant a alors beau jeu d'entraîner l'homme à la faute, y compris dans le domaine financier - car « on ne méprise pas le voleur qui dérobe pour calmer sa faim » -, et l'on en vient à s'autoriser des compromis, à grappiller ici et là au mépris de la droiture et de la justice. On découvre alors que sa confiance passée n'était qu'une illusion sans consistance, et qu'à l'heure de l'épreuve, cet homme a le Seigneur bien éloigné de ses pensées et se trouve à mille lieues de la véritable confiance en D.ieu. Quand peut-on réellement savoir si un homme place sa confiance en Hachem et possède une foi authentique ? C'est lorsqu'il traverse l'épreuve et qu'il y fait face avec courage - c'est alors seulement que sa véritable grandeur se révèle.
Selon cette idée, il explique ainsi : « Tous ses persécuteurs l'ont atteinte » - nos persécuteurs ignorent à qui ils ont affaire, ils ne savent pas qui est le peuple d'Israël. Et quand finissent-ils par le percevoir ? « Dans les défilés » (bein hametsarim) - quand le peuple d'Israël se trouve dans la détresse, dans l'angoisse. « Hissigouha » - ils conçoivent et atteignent la perception de la grandeur et du niveau sublime de l'assemblée d'Israël précisément lorsqu'elle est plongée dans l'étroitesse du malheur.
Et nous le constatons de nos propres yeux - puisse Hachem épargner toute affliction au peuple d'Israël - : c'est précisément lorsque le peuple d'Israël est dans la détresse, au milieu des guerres et des épreuves, que se révèlent la sollicitude, la fidélité, la solidarité, l'entraide et le dévouement mutuel. Lors de l'opération Tsouk Eitan, un soldat isolé est tombé au combat ; on a lancé un appel pour que le public assiste à ses obsèques à Haïfa, et trente mille personnes sont venues. Trente mille personnes pour qui ? Pour un homme que personne ne connaissait, n'avait jamais vu, ni entendu, ni côtoyé ! « Tous ses persécuteurs l'ont atteinte » - ils mesurent la grandeur d'Israël précisément dans les défilés de l'épreuve. C'est lorsque nous sommes dans la tourmente et l'angoisse que le peuple d'Israël resplendit dans toute sa beauté et sa magnificence.
Et c'est là toute la différence entre Israël et les nations. Le non-Juif, lorsqu'il fait face à une épreuve et à la difficulté - se rebelle. Comme le formule la Guémara : il quitte la soucca en lui donnant un coup de pied, en déclarant : « Je ne veux ni de Lui ni de Son D.ieu ». Tel est le non-Juif. En revanche, le peuple d'Israël, précisément dans les périodes difficiles et d'adversité, révèle des forces et des ressources spirituelles héritées de nos saints Patriarches, qui continuent d'agir en nous et de nous élever vers les plus hauts degrés.
Dans un seul verset - « Yéhouda s'est exilée par la misère et par un dur labeur, elle s'est installée parmi les nations sans trouver de repos, tous ses poursuivants l'ont atteinte dans les détroits » - sont concentrés de nombreux principes fondamentaux. L'ennemi n'a de prise sur nous qu'au moment de la rigueur et en dehors des frontières de la Terre sainte. La haine des nations ne dépend d'aucune circonstance : dans la pauvreté comme dans l'opulence, dans l'assimilation comme dans le repli sur soi - le Juif sera toujours tenu pour coupable, et chercher à ressembler aux nations, loin d'apporter la sérénité, ne fait qu'attirer la persécution. La racine de la déchéance réside dans l'immersion dans un « excès de labeur matériel » découlant d'une installation « parmi les nations », c'est-à-dire le fait de se sentir durablement établi dans ce monde-ci, ce qui engendre l'indigence dans la Torah. Et d'un autre côté : « Quiconque cherche D.ieu (kol rodeif Y-ah) - L'atteint dans les détroits » ; c'est précisément lorsque la Présence divine est en exil que l'on peut s'attacher à la Divinité et implorer la délivrance, et c'est au cœur de l'épreuve que se révèle la grandeur authentique du peuple d'Israël - une foi qui résiste à l'adversité, ainsi qu'une unité et une solidarité qui jaillissent à l'heure du malheur.