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Chapitre 8, versets 7-9 - Nul ne sait ce qui adviendra - 2e partie

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Introduction : quand un homme domine un autre homme

Dans ce chapitre, le roi Salomon poursuit son observation de ce qui se passe sous le soleil et en arrive à l'un des phénomènes les plus douloureux de la vie humaine : l'homme qui domine son prochain. Nous abordons ici le verset 9, qui constitue en quelque sorte la conclusion de tout ce que nous avons vu précédemment - que nul homme n'est maître du vent pour le retenir, que nul homme ne sait ce qui adviendra - et c'est de tout cela qu'émerge le constat sur la domination d'un homme sur un autre.

אֶת־כָּל־זֶה רָאִיתִי וְנָתוֹן אֶת־לִבִּי לְכָל־מַעֲשֶׂה אֲשֶׁר נַעֲשָׂה תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ, עֵת אֲשֶׁר שָׁלַט הָאָדָם בְּאָדָם לְרַע לוֹ. - « Tout cela, je l'ai vu, appliquant mon cœur à toute œuvre qui s'accomplit sous le soleil, en un temps où l'homme domine sur l'homme à son propre détriment. »

Deux interprétations de « pour son malheur »

Le Midrash enseigne : « En un temps où l'homme domine sur l'homme pour son malheur » - il y a un temps où c'est pour le malheur du dominateur, et un temps où c'est pour le malheur du dominé. Il est des situations où la domination elle-même devient néfaste pour celui qui l'exerce. Il s'imagine être au sommet, avoir le dessus, commander à autrui ; or il aurait parfois été infiniment préférable pour lui de ne pas régner du tout, car tout cela ne lui apportera que des tourments.

Prenons un exemple tiré de notre réalité contemporaine. Au lendemain de la guerre des Six Jours régnait une immense euphorie. On avait le sentiment que le peuple d'Israël régnait en maître, partout dans le monde les Israéliens étaient accueillis avec déférence, et l'on percevait l'armée comme toute-puissante ; on circulait dans Gaza en jeeps découvertes et les soldats de Tsahal inspiraient la crainte. Les territoires étaient entre nos mains, certains pensaient déjà que la Délivrance approchait, le grand Israël. Et que s'est-il avéré ? Pour son malheur. Combien de sang avons-nous versé depuis lors jusqu'à aujourd'hui à cause de ces territoires ; nous avons été contraints, à un moment donné, d'arracher avec douleur et déchirement tout ce que nous y avions bâti, et nous saignons encore aujourd'hui des suites d'accords que nous avons dû conclure. N'aurait-il pas mieux valu restituer ces territoires à l'Égypte, à la Jordanie, et dire : prenez-les, nous n'avons que faire de cette pomme de terre brûlante, gérez-la vous-mêmes ? Mais nous avions le sentiment de dominer. L'homme a dominé l'homme - pour son malheur. Cela n'a fait que causer du tort et engendrer un mal encore plus grand.

On peut également l'interpréter dans l'autre sens : « pour son malheur » - pour le dominé. Un homme est assujetti à un autre homme, et cela tourne au malheur du dominé, lorsque le dirigeant est un tyran, violent et dangereux.

Qui répond du préjudice causé ?

Le Midrash rapporte au nom de Rabbi Elazar : nul n'est tenu pour responsable du tort causé à cet homme, si ce n'est un être humain comme lui. Autrement dit, pour quoi punit-on dans le monde ? Pour le mal fait à un homme. De qui le Ciel exige-t-il des comptes ? De l'homme qui nuit à son prochain. Rabbi Natan ajoute : même le loup et le chien sont tenus pour responsables - le Ciel leur demande aussi des comptes lorsqu'ils attaquent un homme. Il existe un jugement céleste même pour un loup ou un chien. Rabbi Houna ben Gourion affirme quant à lui : même un bâton, même une lanière sont tenus pour responsables. On demande aussi des comptes au bâton ou à la lanière avec lesquels on a frappé un homme. C'est ce qui est écrit : « Car le joug de son fardeau, le bâton de son épaule, la verge de son oppresseur, Tu les as brisés comme au jour de Madian » - « comme au jour de Madian » (keyom Midyan), tel le Jour du Jugement (keyom ha-din). Le joug, le bâton et la verge qui ont servi à frapper seront tous brisés et anéantis. Le Ciel demande des comptes au bâton qui frappe, au chien qui mord, et à plus forte raison à l'homme qui blesse son prochain ; de tous ceux-là, le Ciel réclame justice au Jour du Jugement. C'est pourquoi Salomon déclare : « Où l'homme a dominé sur l'homme » - sache-le, c'est pour son propre malheur, celui du dominateur, car le Ciel lui demandera des comptes au Jour du Jugement pour avoir asservi autrui.

Pourquoi demander des comptes à un bâton ou à un chien ?

Il ne faut évidemment pas penser que l'on punit véritablement le bâton. Le bâton a-t-il le moindre libre arbitre ? C'est l'homme qui le tenait qui a fait un choix. De même, le chien ou le loup sont-ils doués de choix moral ? Pourquoi donc leur demander des comptes, et que signifie leur comparution au Jour du Jugement ? L'explication réside dans ce que nous a enseigné le Rav Dessler, un principe que nous avons déjà abordé à plusieurs reprises lors de nos cours sur le Mikhtav Mé-Eliyahou : dans bien des cas où nos Sages ont recours à une personnification, ou lorsqu'ils parlent d'un jugement appliqué aux anges ou à la matière inerte dont on exigerait réparation, ce n'est pas pour cette créature en elle-même, mais pour le message qui nous est destiné, pour l'enseignement moral que nous devons en tirer.

Il en va de même lorsqu'il est dit que Moché Rabbénou ne s'est pas montré ingrat envers la poussière ni envers le Nil. Le Nil lui avait-il rendu service pour qu'il dût lui exprimer de la reconnaissance ? Certes non. Mais pour développer en l'homme la vertu essentielle de la reconnaissance, on lui enseigne : si tu as tiré profit de quelque chose, ne lui cause pas de tort. Tout cela vient instruire l'homme. Il en est de même pour cette exigence de comptes : cela vient montrer que la justice céleste s'étend à toute chose. Le propos n'est pas d'affirmer que le bâton est coupable et qu'on le frappe ou le brûle pour cela, mais de délivrer un enseignement : montrer combien le jugement divin pénètre chaque détail de la création, afin que l'homme en tire la crainte du Ciel.

La fin de celui qui domine

La Pessikta Zoutarta explique : « Tout cela, je l'ai vu » - tout ce que nous avons vu plus haut, que nul homme n'a de pouvoir sur le souffle pour retenir le souffle, et tout ce qui a été mentionné précédemment. « Et j'ai appliqué mon cœur à toute œuvre » - j'ai prêté attention à tous les actes des hommes, et je constate qu'il est un temps où un homme domine sur son semblable et prend le dessus, mais cela finit par tourner à son propre malheur.

Rachi apporte des exemples : 'Amalek a pris le dessus sur Israël - et sa fin dernière est la perdition. Haman a prévalu sur Israël, a reçu l'anneau et a décrété d'exterminer, de tuer et d'anéantir - et sa fin a été la perdition. De même Pharaon, Nabuchodonosor, Sanhérib. Lorsqu'un homme domine sur un autre - sache bien que c'est pour son propre malheur.

L'Imré Chéfer : la parabole des enfants qui se querellent

Le « Imré Chéfer » explique : « Tout cela, je l'ai vu, et j'ai appliqué mon cœur » - toutes ces vérités fortifient le cœur de l'homme pour s'attacher au service d'Hachem. Qu'ai-je vu ? Que toute chose a son temps et son jugement, que l'homme ne sait pas ce qui arrivera, que nul n'est maître du souffle - tout ce que nous avons vu jusqu'à présent. J'ai vu tout cela, et j'ai compris que cela concerne chaque œuvre accomplie sous le soleil : tout ce qui arrive à l'homme ici-bas, les épreuves difficiles qu'il endure, les interrogations qu'il a envers le Créateur du monde. J'ai vu tout cela - et cela m'a apaisé. J'ai réalisé que tout provient de la main d'Hachem, que nul homme n'est maître du souffle, et que tout ce qui a été décrété et fixé, l'homme le reçoit selon la Volonté suprême. Dès lors, pourquoi s'inquiéter et se tourmenter ? Tu ne pourras pas retarder ta mort d'un seul instant, et ce qui a été décrété s'accomplira.

Et plus encore, ce qui m'a soulagé, c'est : « Le temps où un homme domine sur un autre pour son malheur ». Quand on voit l'homme opprimé et dépouillé crier : « Où est la justice céleste ? Comment le Saint, béni soit-Il, permet-Il qu'on me domine de la sorte et qu'on me traite ainsi ? » - Chlomo dit : ces scènes m'ont paru semblables à deux petits enfants qui se disputent pour un jouet. L'un se lève et arrache le jouet à son camarade, et le second arrive en hurlant à pleins poumons, au point qu'on croirait presque qu'il y a eu un drame mortel. Que s'est-il passé ? « Il m'a pris mon jouet ! Il m'a pris mon jouet ! » L'adulte, voyant tous ces cris pour un simple jouet, considère cela avec dédain - il se moque de ces pleurs et méprise la scène en son for intérieur, car tous deux s'égarent dans la futilité : pour quelles sottises vous disputez-vous ?

Il en va de même à mes yeux, dit Chlomo : l'oppresseur comme l'opprimé se bercent tous deux d'illusions. Pourquoi ? Parce que ni l'un ni l'autre ne prêtent attention à leur fin ultime. Si l'oppresseur considérait sa fin, il comprendrait : tu as opprimé et tu as cru y gagner - mais en réalité, c'est pour son propre malheur. Et si l'opprimé considérait sa fin, il comprendrait, comme nous l'avons vu plus haut, que bien souvent, si aujourd'hui tu pleures, demain tu riras. Ainsi, l'homme qui médite sur cela ne pleurera ni ne s'affligera des épreuves qui le frappent, et ne se réjouira pas non plus avec excès des bonheurs du moment, car nul ne sait ce qu'enfantera le lendemain. Dès lors, sa vie devient plus sereine et plus paisible : il se sait remis entre les mains d'Hachem, et n'est ni troublé, ni angoissé, ni accablé de douleur.

Sarah dans la maison de Pharaon : les étincelles prélevées

Dans les enseignements de Moharan (Rabbi Nahman), il est rapporté que le verset fait allusion à Sarah emmenée dans la maison de Pharaon. Qui a dominé sur un être humain ? Pharaon a dominé sur Sarah, l'a arrachée injustement et l'a prise dans son palais. « Pour son malheur » - au sens simple, selon Rachi : il a essuyé des plaies, et c'est en cela que ce fut pour son malheur. Mais en réalité, il propose une autre explication. Pharaon aurait-il le libre arbitre de nuire à quelqu'un sans que cela n'ait été décrété d'En-haut ? Et pourquoi Sarah a-t-elle véritablement été conduite là-bas ?

On connaît le célèbre principe du Ramban : les actes des Pères sont un signe pour les enfants. De même que Sarah est descendue dans la maison de Pharaon, la voie fut ouverte pour que ses descendants se rendent eux aussi dans la maison de Pharaon ; et de même que Sarah en est sortie après des plaies sévères et retentissantes infligées à Pharaon, de même Israël est sorti tandis que Pharaon subissait les plaies ; et de même que Pharaon lui fit des présents, de même plus tard : « Chacun demandera à son compagnon, et chaque femme à sa compagne ».

Mais au-delà de cela, selon la dimension secrète des choses : lorsque le juste arrive en un lieu déterminé, c'est pour accomplir une réparation. Il y avait des étincelles de sainteté dans la maison de Pharaon, qu'il fallait extraire. Dès lors, était-ce un bien ou un mal pour Pharaon ? Jusqu'alors, ces étincelles de sainteté s'y trouvaient ; tu as pris Sarah auprès de toi - elle a recueilli ces étincelles de sainteté, et tu t'es retrouvé vidé de toute substance. C'est là le sens de « pour son propre malheur ».

Lavan et Ya'akov

C'est ainsi que l'on explique également à propos de Lavane, comme cela est développé dans l'ouvrage Michnat HaGuilgoulim. Il est dit : « Et voici que le visage de Lavane n'était plus envers lui comme hier et avant-hier ». Les kabbalistes expliquent : tant qu'il restait chez Lavane quelques étincelles de sainteté, il avait un lien avec Ya'akov, et grâce à cette connexion, il parvenait tant bien que mal à s'entendre avec lui. Mais dès lors que Ya'akov lui eut retiré toutes les étincelles de sainteté, y compris celles qui se trouvaient dans le bétail de Lavane - ces âmes qui se sont réincarnées plus tard en Égypte et qui formèrent les enfants d'Israël en Égypte -, alors « son visage n'était plus comme hier et avant-hier » : l'éclat de son visage s'était altéré, car les dernières étincelles de sainteté qui résidaient en lui lui avaient été ôtées. Soudain, il ne supporte plus Ya'akov, le poursuit et est même prêt à le tuer. Pourquoi ? Parce qu'il n'a plus la moindre attache avec lui.

Et c'est ce que disent les fils de Lavane : « Ya'akov a pris tout ce qui appartenait à notre père » - peut-être ne comprenaient-ils pas eux-mêmes toute la portée de leurs paroles, mais tel en est le sens. « Tout ce qui appartenait à notre père » : les étincelles de sainteté. Les deux perles rares - et en réalité quatre avec les servantes -, Sarah, Rivka, Rachel et Léa, qui sont ces âmes d'élite et ces étincelles de sainteté issues de sa maison, ainsi que les étincelles de sainteté présentes dans le troupeau de Lavane, et celles qui résidaient en Lavane lui-même ; Ya'akov a tout retiré à notre père. Dès lors, Lavane ne supporte plus Ya'akov. C'est là le sens de « l'homme domine sur l'homme » : tu as dominé sur lui, tu as changé son salaire dix fois, mais « à son propre détriment » (lera' lo) : tu t'es retrouvé vidé de tout.

« Et ils dépouillèrent l'Égypte »

Il en fut de même pour Pharaon : « Et ils dépouillèrent l'Égypte » (Veyenatslou ett Mitsrayim), ce que le Targoum traduit par « Et ils vidèrent l'Égypte ». Comme cela est également expliqué dans Michnat HaGuilgoulim, ils vidèrent en réalité l'Égypte de toutes ses étincelles de sainteté. C'est pourquoi il est interdit de retourner en Égypte, car on n'y a plus rien à accomplir. Lorsqu'un Juif se trouve en exil, enseigne le saint Or Ha'haïm, c'est pour y récolter des étincelles de sainteté ; or l'Égypte en a été totalement dépouillée, il n'y subsiste plus la moindre étincelle sainte. C'est aussi là le véritable « grand bien » avec lequel ils sont sortis : au sens profond, il ne s'agit pas seulement d'or et d'argent, mais de cette immense richesse constituée des étincelles de sainteté qu'ils ont extraites d'Égypte, qualifiée de « nudité du pays », où il fallait réparer ce lieu.

Dina et Chékhem

À la lumière de ce principe, on trouve dans Michnat HaGuilgoulim un enseignement admirable rapporté par les kabbalistes : Dina est la réincarnation d'Amatlaï bat Karnévo, la femme de Téra'h. Dans cette incarnation antérieure, il est rapporté que Téra'h s'était uni à Amatlaï pendant sa période d'impureté (nidda). Les saints livres précisent qu'à cette époque, même les nations respectaient cette séparation, et il s'agissait là du moment même de son impureté - c'est une merveille qu'elle ait pu concevoir, mais cela relevait visiblement du surnaturel. En raison de cet acte, Amatlaï s'est réincarnée en Dina, qui s'est alors trouvée unie à Chékhem ben 'Hamor, un non-Juif qui ne se souciait nullement des lois de pureté et d'immersion rituelle. C'est pour cette raison qu'elle s'est retrouvée chez lui, car elle portait encore en elle cette souillure originelle liée à la nidda.

Et quel en fut le bienfait ? Il est écrit au sujet de celui qui s'unit à une femme en état de nidda : « et son impureté sera sur lui » - la souillure de la nidda se reporte sur lui. Il s'avère donc que Chékhem ben 'Hamor a pris sur lui cette impureté : il a aspiré de Dina la souillure résiduelle d'Amatlaï bat Karnévo, de sorte qu'elle est restée pure et réparée. C'est là le sens de son nom, Dina, qui a les mêmes lettres que Nidda, car telle était précisément sa réparation (tikkoun). Voilà ce qui ressort des paroles du saint Arizal dans Likouté Torah, Cha'ar HaPessoukim sur Iyov, ainsi que dans le Sefer HaGuilgoulim au chapitre 50. Il apparaît ainsi qu'il lui a rendu un immense service en la purifiant.

L'auteur du Lev Arié explique : c'est ainsi que l'on comprend le verset « Les fils de Ya'akov répondirent à Chékhem et à son père 'Hamor avec ruse, et ils parlèrent parce qu'il avait souillé leur sœur Dina ». Voyez combien cela est admirable : l'argument qu'ils avancèrent, « parce qu'il avait souillé leur sœur Dina », constituait en soi la « ruse », car en vérité il ne l'avait pas souillée mais purifiée en absorbant son impureté ! La ruse consistait à protester vivement comme s'il avait fait du tort à leur sœur, alors que selon le secret de la réincarnation, cela tournait à son avantage. Et c'est cela « l'homme a dominé sur l'homme à son détriment » : au détriment du dominateur, car par cet acte, toutes ses étincelles de sainteté lui ont été retirées.

Cha'ar HaSim'ha : Le corps qui domine l'âme

Dans le livre Cha'ar HaSim'ha, il est expliqué : il est écrit « Vous êtes appelés Adam », et nos Sages enseignent : vous êtes appelés « Adam », mais les nations du monde ne sont pas appelées « Adam ». Or Rabbénou Tam précise, comme le rapportent les Tossafot, que lorsque le mot apparaît avec la lettre Hé, « HaAdam » (l'homme), cela inclut également les nations du monde. Selon cette même distinction entre « Adam » et « HaAdam » - l'un désignant Israël et l'autre les nations -, on peut établir un parallèle : « Adam » renvoie à l'âme, tandis que « HaAdam » désigne le corps. L'âme est invisible, alors que « HaAdam » est la dimension visible, ce que l'on peut désigner du doigt, c'est-à-dire le corps.

Et c'est ce que dit le verset : « où HaAdam a dominé » - le corps, « sur Adam » - sur l'âme, « à son propre détriment » (lera' lo). C'est une situation dramatique. Lorsque le corps prend le dessus sur l'âme, que l'homme est asservi à ses désirs et attiré par la matérialité sans que l'âme ne gouverne le corps, cela ne fait que lui nuire et porter préjudice à sa spiritualité.

'Arvé Na'hal : L'Adam de la Kelipa

L'auteur du Arvé Na'hal explique, d'après le saint Ari (le Ari zal) : l'homme de la Qlipa domine l'homme de la Qédoucha et refuse de laisser une âme élevée descendre dans un lieu pur et favorable - tel est le sens de « l'homme a dominé sur l'homme ». Il existe une dimension d'homme pervers (« adam beliya'al »), qualifiée d'homme de l'écorce (l'homme de la Qlipa), le Samekh-Mem, le Serpent, qui porte de multiples appellations. Lorsqu'il s'aperçoit qu'une âme grandiose et sainte s'apprête à descendre en ce monde - sujet déjà abordé longuement à plusieurs reprises - il met tout en œuvre pour empêcher qu'une telle chose n'advienne.

Et que fait le Saint, béni soit-Il ? Pour ainsi dire, Il déjoue sa vigilance : Il fait descendre cette âme dans un milieu impur et altéré, et le Satan n'y prête alors plus garde, pensant que « des impies sort l'impiété » et que rien de bon ne pourra jamais en sortir. Voilà pourquoi l'on constate que les plus grandes grandeurs spirituelles émergent des circonstances les plus troubles : Machia'h ben David provient de l'acte des filles de Lot ; Avraham Avinou est issu, comme il a été mentionné, de la conception alors que sa mère Amtalaï bat Karnevo était en état de Nidda. Et il en va de même à travers de nombreux autres exemples. Pourquoi tout cela ? Pour permettre à une âme d'une immense grandeur de descendre en ce monde.

En conclusion : « Le temps où l'homme a dominé l'homme pour son malheur » - sous tous les angles, il apparaît clairement que la domination ne constitue nullement un gain. C'est pour son malheur à l'oppresseur, car justice lui sera demandée au Jour du Jugement et son terme est la perdition, à l'instar d'Amalek et de Haman ; c'est pour son malheur dans un sens plus profond encore, car le juste dominé retire au dominateur toutes ses étincelles de sainteté et le laisse dépouillé de tout - comme ce fut le cas pour Pharaon, Lavan et Chekhem ben 'Hamor. Et c'est enfin pour son malheur au niveau intérieur de l'homme lui-même, quand le corps prend le dessus sur l'âme et l'attire vers la matérialité. D'un autre côté, la méditation sur toutes ces vérités apporte une véritable quiétude : tout est entre les mains d'Hachem, ce qui est décrété s'accomplira, et l'oppresseur et l'opprimé ne sont que comme deux enfants qui se disputent un jouet. Quiconque prête attention à la fin ultime ne pleurera pas sur les malheurs et ne se réjouira pas avec excès des réussites illusoires, et son existence s'écoulera dans la paix et la sérénité, fortifiée par la émouna et la crainte du Ciel.