Dans cette partie du chapitre 8, Chlomo Hamélekh poursuit la réflexion engagée plus tôt : « Car pour toute chose il y a un temps et un jugement, car le malheur de l'homme pèse lourdement sur lui ». L'homme vit dans un monde où les temps ne sont pas entre ses mains, et la connaissance de la mort et du jugement futur lui demeure cachée. Les deux versets devant nous enseignent une véritable leçon d'émouna et de sérénité d'esprit : pourquoi l'homme s'inquiéterait-il de l'avenir, alors que ni son arrivée ni son dénouement ne dépendent de lui ?
כִּי אֵינֶנּוּ יֹדֵעַ מַה שֶּׁיִּהְיֶה, כִּי כַּאֲשֶׁר יִהְיֶה מִי יַגִּיד לוֹ. - Car il ne sait pas ce qui adviendra, car lorsque cela arrivera, qui le lui annoncera ?
La Pessikta Zoutreta explique : « Car il ne sait pas ce qui adviendra » - ce qui se passera après qu'il aura quitté ce monde. Et qui le lui dira ? C'est le prolongement direct du verset précédent : pour toute chose il y a un temps et un jugement, le malheur de l'homme est grand sur lui, et il devra rendre des comptes ; et pourtant, il ignore ce qui se passera après sa mort et nul n'est là pour le lui annoncer.
Rachi précise : lorsque l'impie commet une faute, il ne prête pas attention au fait que le Saint, béni soit-Il, le traduira en jugement, et malheur à lui pour cela. C'est le sens de « il ne sait pas ce qui adviendra » - il ne prend pas en compte le jugement et le bilan futurs. Et sur les mots « car lorsque cela arrivera, qui le lui annoncera ? », Rachi explique : lorsque viendra le malheur, qui viendra le prévenir pour délibérer avec lui, lui demander conseil et solliciter son accord ? Cela s'abattra sur lui à l'improviste. Quand l'épreuve survient, personne ne demande préalablement l'avis de l'homme ni ne se concerte avec lui.
L'Imré Chéfer apporte une explication supplémentaire : « Car il ne sait pas ce qui adviendra » - concernant toutes les tribulations destinées à frapper l'homme, il ne sait ni quand elles viendront, ni quand elles disparaîtront. En un instant, l'épreuve peut s'évanouir. Bien plus encore : il y a des hommes qui pleurent et se lamentent sur une chose qui est en réalité pour leur bien, sans comprendre qu'il s'agit de leur avantage. D'un autre côté, certains se réjouissent et jubilent pour une chose qui les précipitera dans le deuil et le gouffre. « Il ne sait pas ce qui adviendra » - on ne sait pas ce qui en résultera, si ce sera pour le bien ou pour le mal. Dès lors, l'homme n'a aucune raison de se réjouir avec excès lorsque le bien arrive, ni de s'attrister à l'excès quand survient le malheur, car il se peut que le bien prépare un mal, et il se peut que le mal prépare un bien.
Et de plus, « car lorsque cela arrivera, qui le lui annoncera ? » : même lorsque le malheur s'abattra sur lui, qui viendra le consulter au préalable ? Dès lors, de quoi s'inquiéter exactement ? L'épreuve, qu'elle vienne ou non, ne dépend pas de l'homme. De plus, même si un événement semble mauvais, qui dit qu'il l'est réellement ? Et comme conclut l'Imré Chéfer : comment l'homme pourrait-il se plaindre de ses tourments et de toutes ses péripéties, bonnes ou mauvaises, alors qu'ils ne sont pas entre ses mains, ni lorsqu'ils arrivent, ni lorsqu'ils passent ?
C'est un merveilleux conseil que donne Chlomo Hamélekh pour surmonter les peurs, les appréhensions et l'incertitude, qui comptent parmi les épreuves les plus difficiles pour l'homme. Et que dire de ceux qui vivent sans émouna et sans lien avec le Créateur du monde, car c'est précisément sur ce point que réside leur déroute. Lorsqu'un homme est attaché à Hachem, il ne s'inquiète pas de ce qui adviendra, pour deux raisons : d'abord, même les événements qui semblent néfastes concourent en réalité à son bien ultime. Ensuite, l'homme ne devrait se soucier que de ce sur quoi il a une emprise, et le croyant sait que tout émane de Lui, qu'Il soit béni.
Dès lors, après le décès d'une personne, il ne faut pas penser : « Quel dommage, quelqu'un m'avait donné le numéro d'un grand spécialiste, si seulement... ». Ce sont des pensées vaines. Si l'heure était venue de le rappeler à Lui, il a été rappelé, et le Saint, béni soit-Il, a fait en sorte que l'on ne parvienne pas jusqu'à ce médecin. Il ne s'agit pas simplement de savoir si l'on a passé ce coup de fil ou non ; le Ciel en a décidé ainsi, et le décret est scellé. Quand l'homme saisit cette vérité, il acquiert la sérénité et le calme intérieur. « Car lorsque cela arrivera, qui le lui annoncera ? » - personne ne vient vous consulter sur l'avenir, car il ne dépend pas de vous.
Cela ne signifie aucunement qu'il ne faille pas fournir d'efforts (hichtadloute). L'effort est un devoir incombant à l'homme, et nous l'avons déjà étudié en détail dans le 'Hovot HaLevavot (« Le Portail de la confiance ») : il existe deux perspectives, le « avant » et le « après ». Avant l'événement, l'homme a le devoir d'accomplir l'effort maximal requis selon les règles de la hichtadloute : se prémunir d'un dommage, consulter un bon médecin, subvenir à sa subsistance, et ainsi de suite. Mais après coup, il est interdit de penser : « Si seulement j'avais agi autrement, la réalité aurait été différente ». Après coup, il faut savoir que telle était la sentence et telle était la volonté divine, et il est vain d'imaginer un autre scénario. L'homme qui vit avec cette conscience mène une existence paisible, car tous les événements de sa vie, qu'ils soient heureux ou malheureux, ne dépendent pas de lui, ni au moment où ils surviennent, ni lorsqu'ils passent. Dès lors, pourquoi l'homme s'inquiéterait-il de l'avenir ?
אֵין אָדָם שַׁלִּיט בָּרוּחַ לִכְלוֹא אֶת הָרוּחַ, וְאֵין שִׁלְטוֹן בְּיוֹם הַמָּוֶת, וְאֵין מִשְׁלַחַת בַּמִּלְחָמָה, וְלֹא יְמַלֵּט רֶשַׁע אֶת בְּעָלָיו. - Nul homme n'est maître du souffle pour retenir le souffle, il n'y a point d'autorité au jour de la mort, point de délégation dans ce combat, et la méchanceté ne sauvera point ses auteurs.
Le Midrach explique : il s'agit ici de l'ange de la mort, ainsi qu'il est dit : « Il fait des vents Ses messagers » ('Osseh mal'akhav rou'hot), et le terme « souffle » (roua'h) désigne un ange. « Nul homme n'est maître du souffle pour retenir le souffle » - l'homme n'a aucun moyen de se confronter à l'ange de la mort et de le repousser, qu'il s'agisse du personnage le plus fortuné au monde ou du plus éminent des spécialistes.
« Point d'autorité au jour de la mort » - personne ne peut dire : « Accorde-moi un répit, que je donne mes ordres à mes enfants et à ma maisonnée ». « Attends une minute, deux minutes, je n'ai pas encore eu le temps de rédiger mon testament » - tu n'obtiendras même pas deux secondes. Et les Sages déclarent : nul homme n'a le pouvoir de dire à l'ange de la mort : « Attends que je règle mes comptes, et ensuite je viendrai ». Rendez-vous compte à quel point cela est redoutable : avoir encore des comptes à régler avant de quitter ce monde ! Et même s'il s'agit de ses comptes spirituels, qu'il souhaite faire techouva, l'ange de la mort réplique tout de même : « Je ne fonctionne pas selon ton horloge, j'ai la mienne ».
« Point de délégation dans ce combat » - nul ne peut dire : « J'enverrai mon fils ou mon serviteur à ma place ». L'ange de la mort vient chercher la personne elle-même, et nul ne peut être délégué à sa place. On raconte l'histoire d'un homme qui se réveilla en sursaut et vit devant lui l'ange de la mort. Il lui demanda : « Que fais-tu là ? » L'ange répondit : « Je suis venu prendre ton âme ». L'homme réveilla aussitôt son épouse et lui dit : « Mon âme, on est venu te chercher ! »... C'est bien ce que dit le verset : point de délégation. L'ange de la mort dispose d'une adresse, d'un nom et de données précises, et il n'a nul besoin d'une carte d'identité biométrique pour vous identifier.
Rabbi Yossi HaGalili enseigne : il est écrit ici quarante-deux fois « le roi David », mais dès lors que sa mort est évoquée, le texte dit : « Les jours de David approchèrent de la mort », et non « les jours du roi David ». D'où l'enseignement : nul n'a d'autorité au jour de la mort. Il va mourir, de quelle royauté parler ? Face à la mort, nul n'est roi, il a déjà perdu sa couronne. C'est un Midrach bien connu, qui illustre à quel point les déductions de nos Sages sont inscrites dans le texte même de l'Écriture pour qui sait lire avec justesse (comme cela a été développé dans l'introduction aux cours sur le Tanakh).
À l'examen des textes, l'expression « le roi David » (ha-mélekh David) apparaît en réalité vingt-deux fois. Il existe une autre version du Midrach qui mentionne le nombre 52 (נ"ב), ce qui concorde encore moins. Mais si l'on suppose qu'une erreur de copiste a transformé le 22 (כ"ב) en 52 (נ"ב), la concordance devient parfaite, car « le roi David » figure bien vingt-deux fois, le kaf s'étant sans doute raccourci en noun, comme cela arrive souvent dans ce type d'erreur. Et si l'on y ajoute la formule « David le roi » (David ha-mélekh), on atteint trente-sept occurrences, ce qui se rapproche des quarante-deux. Il semble donc qu'il existe d'autres passages où la royauté est mentionnée à propos de David sous des termes comparables, et c'est ainsi que le Midrach parvient au total de quarante-deux, sans viser strictement la formule exacte « le roi David ».
Ce principe éclaire également la controverse de nos Sages à propos du verset « Le roi d'Égypte mourut » : l'un affirme qu'il devint lépreux (frappé de tsara'at), et l'autre qu'il mourut au sens propre. Or, cela soulève une difficulté : pourquoi proposer une explication contraire au sens littéral ? En effet, chaque fois qu'il est écrit « et il mourut », on n'interprète pas qu'il fut frappé de lèpre, et on ne le fait pas non plus pour David. La réponse réside précisément dans notre principe : le texte dit « Le roi d'Égypte mourut » ; s'il était mort au sens propre, pourquoi serait-il qualifié de « roi d'Égypte » ? Nul n'a de souveraineté au jour de la mort ! Et de fait, nous constatons en de nombreux endroits où la mort des monarques est mentionnée que le titre de « roi » est omis. Dès lors, le fait qu'il soit écrit « Le roi d'Égypte mourut » indique qu'il ne mourut point au sens propre, mais qu'il subit une épreuve assimilée à la mort. On ne saurait dire qu'il devint indigent, car un roi ne peut être pauvre. Aveugle ne convient pas non plus. Or, nos Sages savent qu'il égorgeait les enfants d'Israël pour se baigner dans leur sang, ce qui correspond spécifiquement au traitement de la lèpre, affection pour laquelle il recourait à ce remède.
La Pessikta Zoutreta explique ainsi « et point de renvoi dans la guerre » : lorsqu'un homme est libéré de la guerre, c'est-à-dire qu'il en sort sain et sauf, comme dans l'expression « et il le renvoya, et il s'en alla en paix », cela ne vient pas de lui-même. Il n'y a pas de libération le jour du combat ; la délivrance et le retour en paix ne proviennent que d'Hachem, qu'Il soit béni.
Et sur les mots « et la méchanceté ne sauvera pas ses maîtres », la Pessikta déclare : celui qui place sa confiance dans sa richesse et sa puissance, sa richesse ne lui permettra pas d'échapper au jugement du Gehinnom ; seuls la techouva et les bonnes actions le pourront. Dès lors, le mot « récha » (méchanceté) n'est pas à prendre ici dans son sens habituel : en effet, quel rapport y a-t-il entre celui qui met sa confiance dans ses biens et la méchanceté au sens propre ? Un homme riche ne saurait-il être intègre ? Mais « récha » est employé ici au sens de « et partout où il se tournait, il l'emportait » (yarchia), c'est-à-dire qu'il réussissait. Sa réussite et sa fortune ne lui serviront à rien pour échapper au jugement du Gehinnom, et certainement pas pour échapper à la mort : lorsque son décret est scellé, l'ange de la mort vient le prendre, et aucun succès financier ne lui sera d'aucun secours. Que lui servira-t-il au Jour du Jugement ? Rien d'autre que la techouva et les bonnes actions.
Ibn Ezra soulève une question : si l'on savait à quel moment un homme doit mourir, à quoi cela lui servirait-il ? Et quand bien même on lui annoncerait l'heure de sa disparition, pourrait-il l'empêcher ? Le verset enseigne que le souffle ressemble à un prisonnier dans son cachot, enfermé au sein de l'être humain, et au moment où on le libère, rien ne dépend de lui. Malgré toi tu es né, et malgré toi tu mourras.
« Et il n'y a pas de pouvoir au jour de la mort » - la royauté ne servira de rien au roi, pas plus que les armes préparées pour la bataille. Un homme a beau être un chef d'État, un monarque puissant, le maître des missiles les plus sophistiqués, qu'en tirera-t-il ? Un minuscule virus suffit à le terrasser. Le pouvoir et la grandeur ne retarderont la mort d'aucun instant, et l'abondance d'armements, si utile contre un ennemi terrestre, s'avère impuissante face à l'ange de la mort, fût-ce l'arme atomique.
Quant au sens de « ve'ein michla'hat », Ibn Ezra propose une explication originale : ce terme ne renvoie pas ici à une délégation ou à une troupe envoyée, comme dans « une troupe d'anges de malheur », mais découle de la racine que l'on retrouve dans « et sa vie d'aller au glaive » (chèla'h), où le terme désigne une arme, un poignard ou une épée. Dès lors, « point d'armes dans la guerre » signifie que les armes de combat ne sauraient en rien sauver l'homme des mains de l'ange de la mort.
À propos de « et la méchanceté ne sauvera pas ses maîtres », Ibn Ezra rapporte que certains commentateurs y voient une allusion à la « guerre de la constitution » corporelle. En d'autres termes, la santé repose sur l'équilibre naturel de l'organisme, et les forces vitales qui préservent le corps jusqu'au terme fixé luttent contre la maladie qui y pénètre ; si cette constitution faiblit, l'homme meurt. Dans notre langage moderne, il s'agit de la résistance immunitaire. Si le système immunitaire s'affaiblit, cela conduit l'homme à la mort. C'est la raison pour laquelle les personnes âgées ont été plus durement frappées par le coronavirus que les jeunes, car leurs défenses immunitaires étaient affaiblies.
De même, les personnes greffées se trouvent dans une catégorie à très haut risque et, dès l'apparition d'un virus, elles doivent s'isoler. Le rav Haber zatsal, qui consacrait sa vie aux greffes d'organes, s'était confiné immédiatement dès qu'il eut connaissance de l'épidémie, mais cela ne l'a pas préservé ; on raconte qu'une personne est venue l'aider à descendre la vaisselle de Pessa'h, et c'est là qu'il a contracté le virus. Cela nous enseigne précisément que lorsque l'heure d'un homme est venue, rien n'y fait : on a beau changer de lieu ou s'enfermer en quarantaine, si l'instant est arrivé, le Ciel fait en sorte que l'ange de la mort parvienne jusqu'à lui.
Pour en revenir au fond des choses, pourquoi les personnes greffées sont-elles à risque ? L'organisme considère l'organe transplanté comme un corps étranger et l'attaque, raison pour laquelle le corps rejette les greffes et que tant d'opérations échouent. Pour y remédier, on affaiblit le système immunitaire ; le corps ne rejette plus le greffon, mais le moindre virus peut alors être fatal. Selon cette approche, « et la méchanceté ne sauvera pas ses maîtres » se rapporte à ce combat intérieur, la guerre du système immunitaire. Le mot « récha » dérive alors de la formule « partout où il se tournait, il l'emportait » (yarchia), évoquant l'élan et la victoire : aucun effort déployé ne servira à rien si le système de défense de l'homme est effondré. C'est à l'image d'un soldat monté au front désarmé, dont les chances de l'emporter sont quasi nulles.
Autre explication des mots « et la méchanceté ne sauvera point ceux qui s'y livrent » : un argent amassé par l'iniquité, par des actes pervers, ne sauvera point l'homme. Nous avons déjà expliqué par le passé que lorsqu'un homme amasse des biens honnêtement et de manière cachère, cet argent a le pouvoir de le sauver, non pas physiquement mais spirituellement, car il se peut que le Ciel lui retire ses biens financiers pour lui accorder la vie, selon le principe de « l'argent rachète le sang » (damim bedamim nagou). Mais si cet argent ne t'appartient pas, si tu l'as volé à ton prochain, quelle vie pourrait-on t'accorder en échange de l'argent d'autrui ? Seul un bien acquis de façon cachère peut sauver l'homme, en faisant en sorte qu'on lui prenne son argent plutôt que sa vie.
Rabbi Né'hémia dit : aucun prophète d'Israël n'est maître de l'esprit du Saint béni soit-Il pour s'en défaire, comme il est dit : « Je me disais : je ne ferai plus mention de Lui, je ne parlerai plus en Son Nom ; mais c'était en moi comme un feu brûlant... je m'épuisais à le contenir, sans pouvoir y réussir ». Lorsqu'une prophétie s'impose à un homme, il ne peut pas s'y dérober. Le prophète a le devoir de recevoir la prophétie et de la transmettre, et un prophète qui retient sa prophétie est passible de mort - c'était là le grief retenu contre Yona. De plus, la parole brûle en lui et il est contraint de l'exprimer. Yirmeyahou, voyant que ses paroles attisaient contre lui la fureur du peuple (comme nous l'avons développé dans les cours sur le livre de Yirmeyahou), s'est dit : c'est fini, je ne ferai plus mention de Lui et je ne parlerai plus en Son Nom. Mais aussitôt il ajouta : « je m'épuisais à le contenir, sans pouvoir y réussir » - je ne parviens pas à contenir l'esprit d'Hachem qui m'envahit, je suis contraint de transmettre la prophétie.
Rabbi Eliézer ben Yaakov dit : nul homme n'est maître du vent des exils pour s'y soustraire. L'exil est un décret, et l'homme ne peut écarter ce décret de lui-même. Dès lors que l'esprit d'Hachem a décrété qu'un homme irait en exil, il ne peut s'obstiner et prétendre : « je ne partirai pas en exil », car en fin de compte, l'exil viendra inéluctablement. Certains pensaient pouvoir lutter et résister face aux ennemis, mais cela ne leur a servi à rien.
Autre enseignement : nul homme n'est maître de son propre souffle pour s'en défaire. Et c'est ce que dit le Tanna : malgré toi tu es né et malgré toi tu mourras. Nul ne peut décréter à un moment donné : « je ne veux plus vivre, arrêtez le monde, je veux descendre ». Une telle réalité n'existe pas, ce n'est pas toi qui décides. Et si quelqu'un venait à le faire, que le Ciel nous en préserve, il n'est pas de faute plus grave ; attenter à sa propre vie est la transgression la plus sévère de la Torah. On raconte l'histoire d'un homme qui était un grand impie et qui vint trouver un Rav pour lui dire : j'ai commis toutes les fautes de la Torah, absolument toutes, j'ai veillé à être méthodique, à l'exception d'une seule : le suicide. Le Rav lui répondit : si tu t'étais suicidé, cela n'aurait pas été une faute, mais la mitsva de « tu extirperas le mal du milieu de toi »... Quoi qu'il en soit, l'homme n'est pas maître de son souffle ; même s'il désire que la vie le quitte, il ne le peut pas. Iyov lui-même s'écriait : « Pourquoi ne suis-je pas mort dès le sein ? », mais il savait qu'il lui était interdit de porter atteinte à ses jours et de se donner la mort, car nul n'a l'autorité d'éteindre en soi son propre souffle.
Rabbi Yits'hak dit : il y avait des railleurs à l'époque de Yirmeyahou, qui gesticulaient des doigts et ricanaient en disant : « Fils d'homme, voici ce que dit la maison d'Israël : la vision qu'il contemple est pour des jours lointains, et c'est pour des temps reculés qu'il prophétise ». Le prophète leur répliqua : sur votre vie, ce sera de vos jours, race rebelle ! Le peuple disait : c'est vrai, Yirmeyahou annonce des choses terribles et éprouvantes, mais la vision qu'il a concerne des temps lointains ; le prophète parle aujourd'hui, mais cela n'arrivera que dans soixante-dix ans. En d'autres termes : après moi le déluge, cela ne nous concerne pas. Il leur répondit : sur votre vie, ce sera de vos jours, race rebelle ! Et c'est le sens de « la méchanceté ne sauvera point ceux qui s'y livrent », appliqué aux exils : ne t'imagine pas que ta perversité te fera échapper à l'exil, vous partirez vous-mêmes en captivité. Nul homme n'est maître du vent, tu ne maîtrises rien, et lorsque le châtiment surviendra, il viendra sans tarder, de votre vivant encore, maison rebelle, vous qui vous révoltez contre Hachem.
L'Imré Chéfer explique qu'il y a là une vérité supplémentaire que l'homme doit toujours garder à l'esprit. « Nul homme n'est maître du souffle » - lorsque sonne l'heure amère de la mort, l'homme ne peut en rien retenir l'ange de la mort, ne serait-ce qu'un seul instant. « Et nul n'a de pouvoir au jour de la mort » - aucun pouvoir terrestre ne tient devant lui, car l'ange de la mort domine même le plus grand des monarques, il règne sur tous les dirigeants. « Et il n'y a pas de trêve dans ce combat » - quand tous les organes de l'homme se battent, c'est une véritable guerre à la vie à la mort ; ils luttent contre la maladie et contre le péril, et dans cette guerre, il n'est personne que l'on puisse envoyer au front à sa place. L'homme se retrouve seul face à l'ange de la mort, et lorsque ses forces l'abandonnent, il succombe devant lui.
Or, l'ange de la mort porte de nombreux noms et se présente sous de multiples visages : tantôt un cancer, tantôt un accident de la route, tantôt un arrêt cardiaque. Il est écrit que l'ange de la mort vint se plaindre devant le Saint béni soit-Il en disant : Maître du monde, pourquoi m'as-Tu confié une telle mission ? Désormais, tout le monde va me maudire ! Il lui répondit : ne crains rien, personne ne te maudira. Ici, on maudira le chauffeur ; là-bas, on maudira le chirurgien, mais toi, on ne te maudira jamais. On demande toujours « de quoi est-il mort ? », comme s'il y avait une autre adresse et quelqu'un d'autre que l'ange de la mort. Nous cherchons constamment des causes naturelles, mais l'Écriture vient te rappeler : sache-le bien, personne n'a d'emprise sur ce souverain absolu.
Et sur les termes « et la méchanceté ne sauvera point ceux qui s'y livrent », l'Imré Chéfer commente : le « récha » (l'iniquité) désigne la malice du cœur humain et ses actes criminels. Il est des hommes qui sèment la terreur ici-bas, des individus redoutables dont le seul nom fait frémir, des êtres violents et dangereux dont la scélératesse leur permet d'échapper à tous les ennuis. Même la police hésite à s'attaquer à la pègre ; elle fait la loi auprès des plus faibles, des simples citoyens, mais demandez-lui d'éradiquer les repaires du banditisme et de neutraliser le crime organisé ! Des clans mafieux prospèrent pendant des années, et qui finit par les éliminer ? Un autre clan criminel qui empiète sur leur territoire. Mais au jour ultime, l'ange de la mort ne s'en laisse point conter par vos airs redoutables, et le fait d'être un truand notoire et violent ne l'impressionne nullement. Ton iniquité peut peut-être te tirer d'affaire ici-bas, mais elle ne te sauvera jamais face à lui.
Il ajoute : si l'homme sage prend toute cette réflexion à cœur, cela fortifiera son cœur dans le service du Créateur, au point qu'il ne déviera pas d'un pas de son bon chemin pour les vanités de ce monde. En effet, il saura que sa vie elle-même est remise entre Ses mains, béni soit-Il. Et lorsque tout notre être est remis entre les mains d'Hachem, comment pourrait-on s'imaginer détenir le pouvoir et la force ?
Rabbénou Saadia Gaon explique les mots « et nul n'a d'emprise sur le jour de la mort » selon deux perspectives. D'une part : il n'y a pas d'échappatoire au jour du trépas. D'autre part : tant que l'homme est en vie, on peut exercer un pouvoir sur lui, et un roi peut dominer un vivant ; mais une fois l'homme mort, il n'existe plus aucune possibilité de le dominer. C'est là un autre sens de « nul n'a d'emprise sur le jour de la mort » : on ne peut plus gouverner celui qui est déjà mort.
Le saint Or Ha'haïm enseigne que le verset « nul n'a d'emprise sur le jour de la mort » s'applique à tout homme, à l'exception d'un seul : il ne s'applique pas à Yaakov Avinou. En effet, il est écrit à propos de Yaakov : « Yaakov acheva de donner ses ordres à ses fils, il ramena ses pieds sur le lit et expira » - ce n'est qu'après avoir achevé ses instructions à ses fils et ramené ses pieds sur le lit qu'il expira. En termes simples, il dit à l'ange de la mort : à présent, tu peux accomplir ta mission. Il l'avait retenu. Cela nous enseigne que les Tsadikim ont le pouvoir d'arrêter l'ange de la mort, et qu'eux possèdent bien une emprise sur le jour de la mort. Yaakov Avinou n'est pas mort, et à de tels degrés d'élévation spirituelle, cela devient possible. (Ce point a été développé dans les cours consacrés au Or Ha'haïm, auxquels on pourra se référer.)
Ces deux versets constituent une leçon de foi (Émouna) et de sérénité d'esprit. « Car nul ne sait ce qui adviendra » - l'homme ne sait pas ce qui se passera après sa mort et ne prend pas la mesure du jugement qu'il devra rendre ; il ignore également ce qu'il adviendra de chaque événement qui lui arrive, pour le bien ou pour le mal. « Car lorsqu'une chose arrivera, qui la lui annoncera ? » - nul ne le consulte avant que ne survienne le malheur, et il est donc inutile de se tourmenter pour l'avenir : les événements heureux comme malheureux ne dépendent pas de lui, ni lorsqu'ils arrivent ni lorsqu'ils s'éloignent. Son devoir est de déployer tous ses efforts (Hichtadlout) avant d'agir, et une fois l'acte accompli, de savoir que telle était la volonté d'Hachem, béni soit-Il. « Nul homme n'est maître de son souffle » - nul n'a d'emprise sur l'ange de la mort, ni par le pouvoir, ni par les armes, ni en envoyant un substitut à sa place, ni par la richesse ou la méchanceté. Ni la royauté d'un monarque ni la puissance des fonctions corporelles n'arrêteront l'heure décrétée, et la perversité ne sauvera point son auteur, ni de la mort ni du jugement du Guéhinom ; seuls la Téchouva, les bonnes actions et des biens acquis honnêtement soutiennent l'homme. Dès lors, le sage qui médite ces enseignements fortifiera son cœur dans le service du Créateur et ne déviera pas du droit chemin pour les vanités de ce monde.