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Chapitre 4 - Versets 1-4 - Les larmes des opprimés - Partie 2

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Introduction : un seul verset - tout un monde d'explications

Comme cela a déjà été mentionné, le Malbim n'a pas rédigé de commentaire complet sur le livre de Kohélet, mais dans son ouvrage « Erets 'Hemda », il explique plusieurs versets du livre. Il commente le verset qui s'offre à nous avec de grands développements, et à travers lui s'ouvre une porte entière pour comprendre la finalité de l'homme en ce monde. Nous suivrons son cheminement, en y ajoutant les paroles du Zohar, des Midrachim et des commentateurs sur ce même verset.

וְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת־הַמֵּתִים שֶׁכְּבָר מֵתוּ מִן־הַחַיִּים אֲשֶׁר הֵמָּה חַיִּים עֲדֶנָה׃ - « Et je loue les morts qui sont déjà morts plutôt que les vivants qui sont encore en vie. »

La finalité de l'âme - la mort

Le Malbim explique : l'âme est descendue en ce monde pour servir Hachem. Et quelle est la finalité de l'âme dans ce monde ? Aussi étrange que cela puisse paraître, sa finalité est de mourir. La vie terrestre n'est pas la fin en soi ; la finalité est la mort. Le but essentiel de l'âme est de retourner à la maison de son Père, comme aux jours de sa jeunesse.

Et comment le Malbim le démontre-t-il ? Toute chose en ce monde tend vers sa finalité et s'oriente dans sa direction. Un homme qui quitte sa maison marche vers le but pour lequel il est sorti - le Beth Hamidrach ou son lieu de travail ; celui qui monte dans sa voiture roule vers sa destination. Tout ce qui progresse dans ce monde avance en direction de sa finalité. Or, que se passe-t-il dès la naissance de l'homme ? À partir de cette seconde précise, un compte à rebours s'enclenche, et il avance inéluctablement vers la mort. Il faut donc en conclure que telle est la finalité.

C'est ainsi que s'éclaire le passage de la Guémara dans Berakhot (17a), où Rabbi Méïr concluait le livre de Job en disant : « La fin de l'homme, c'est la mort ». Qu'est-ce que « la fin » (Sof) ? La fin désigne l'aboutissement, la finalité - l'accomplissement d'une chose est son terme. Ainsi, la finalité est la mort, et c'est ce que nos Sages ont exprimé par les mots « car tous sont voués à la mort » : l'homme est destiné à quitter ce monde. Cependant, la mort n'est pas une fin en soi ; elle signifie la sortie de l'âme de ce monde matériel pour s'unir à l'Infini (Ein Sof) - telle est la véritable finalité de l'homme.

Autre preuve : si la vie en ce monde était la finalité ultime, pourquoi personne ne l'a-t-il jamais atteinte ni conservée ? Même si l'on évoque 'Hanokh ou Élie - où sont-ils aujourd'hui ? Quelle sorte de finalité serait-ce si personne ne pouvait l'atteindre ? On est donc forcé d'admettre que la finalité est le départ de ce monde, et c'est à ce terme que chacun parvient inévitablement.

« Mieux vaut un bon renom qu'une bonne huile »

D'après cela, explique le Malbim, on comprendra la parole des Sages : « Heureux celui qui a grandi dans la Torah et qui quitte ce monde avec un bon renom ». Et c'est à son sujet que Chlomo a dit : « Mieux vaut un bon renom qu'une bonne huile ». Si l'essentiel était la préservation du corps, l'homme n'avancerait pas à chaque instant vers la mort ; force est donc de constater que l'essentiel réside dans la perpétuation de l'âme. « Un bon renom » - c'est l'existence de l'âme éternelle, le nom impérissable qui lui demeure dans le monde futur. Et « une bonne huile » - c'est l'huile de baume précieux dont on embaumait les défunts afin de conserver le corps. Il est bien plus précieux pour l'homme de quitter ce monde en laissant un nom vertueux pour l'éternité, que de voir son corps conservé ici-bas par des huiles embaumées.

Et la preuve que la finalité est le départ de ce monde se trouve dans la suite du verset : « Et le jour de la mort est préférable au jour de la naissance ». Quand commence donc le jour de la mort ? Dès le jour de la naissance. À partir du moment où l'homme naît, le compte à rebours commence - un jour de plus, une année de plus, et chaque jour qui passe le rapproche de la mort.

« L'homme s'en va vers sa demeure éternelle » - alors pourquoi les pleureurs ?

D'après cela, explique le Malbim, l'homme ne devrait pas s'attrister lorsqu'une personne quitte ce monde, et d'autant plus lorsqu'un Talmid 'Hakham s'en va avec un bon renom - au contraire, il retourne vers son lieu de repos et s'unit au Créateur béni soit-Il. Cependant, il est écrit : « car l'homme s'en va vers sa demeure éternelle, et les pleureurs rôdent sur la place », ce qui semble contradictoire : si l'homme va vers sa demeure éternelle, vers son lieu naturel, pourquoi « et les pleureurs rôdent sur la place » ? Pourquoi ces pleurs et ce chagrin ? C'est à ce sujet que nos Sages ont dit : « Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d'aller dans une maison de festin ». Et pour éclairer cela, le Malbim propose une parabole.

La parabole du marchand qui épousa une femme pour un mois

Un homme se rendit dans de lointaines îles pour y faire du commerce pendant un mois, puis rentrer chez lui. À son arrivée, il s'y fiança avec une femme et l'épousa pour la durée de son séjour, organisant un banquet de fiançailles dans une grande allégresse. Un homme avisé passa par là et vit l'ampleur de la joie et les danses lors du festin. Il emmena les convives sur le rivage de la mer et leur montra comment les autres marchands, arrivés un mois plus tôt, s'en retournaient vers leur destination - leur faisant voir que cet homme lui aussi, au terme d'un mois, rentrerait chez lui. Toute son autorisation n'était que pour un mois, après quoi il retourne chez lui. « Et la joie, à quoi sert-elle ? » - et leur réjouissance se transforma en deuil.

Il en va de même, dit le Malbim, pour l'homme qui arrive dans cette auberge de passage qu'est ce monde-ci. Il n'y vient pas pour longtemps ; il y prend femme et s'y réjouit - mais s'il prenait conscience que tout cela va prendre fin et s'achever, que la tristesse succède à la joie, et qu'il finira par rentrer chez lui, il ne multiplierait pas ainsi les réjouissances, car il sait que la chose est sur le point de se terminer.

« Ouï lan demitinan » - Malheur à nous car nous allons mourir

Et tel était le regard véritable des Sages d'Israël. La Guémara dans Berakhot (31a) raconte que les Rabbins demandèrent à Rav Hamnouna Zouta lors du mariage du fils de Ravina : « Que notre maître veuille bien nous chanter quelque chose ». Il se leva et leur dit : « Ouï lan demitinan, ouï lan demitinan » - Malheur à nous car nous allons mourir, malheur à nous car nous allons mourir ! Tel fut son chant lors d'un mariage. Et que voulait-il signifier par là ? Leur rappeler que cette joie n'est pas éternelle.

La Guémara rapporte qu'il arrivait souvent que la joie dépasse les limites de la mesure, qu'elle franchisse un peu les bornes de la retenue. C'est pourquoi on raconte qu'un sage prit un vase précieux d'une immense valeur et le brisa - afin de provoquer une certaine stupeur, pour que l'homme comprenne : se réjouir, certes, mais « avec tremblement ». De même ici : voyant sans doute que la joie dépassait un peu la juste mesure, il leur dit : messieurs, n'oubliez pas le but, n'oubliez pas qu'en fin de compte l'homme rend son équipement, nous ne sommes ici que de passage. Toute cette allégresse ne ressemble qu'à la joie de ce marchand venu épouser une femme pour un mois avant de retourner chez lui.

Le cœur des sages est dans la maison de deuil

Et c'est le sens de : « Le cœur des sages est dans la maison de deuil, et le cœur des insensés dans la maison de joie ». Le sage, même lorsqu'il se trouve à un mariage, a le cœur dans la maison de deuil : il sait que cela va se terminer, que tout ce qui est ici est temporaire, et qu'il faut mettre son temps à profit. L'insensé, à l'opposé, passe son temps dans les fêtes, les réjouissances, les plaisirs et les désirs, sans voir plus loin que le bout de son nez que tout est voué à s'achever. Il ne réalise pas que dans chaque magasin, il y a une caisse à la sortie. Il vit dans une fête permanente, sans intégrer la notion du temps où l'homme doit quitter ce monde.

« Que d'aller dans une maison de festin » - Une merveilleuse explication

Et c'est sur cela que Chlomo déclare : « Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d'aller dans une maison de festin ». Le Malbim explique : le sens est « en venant de la maison de festin » - lorsque tu as fini d'aller à la maison de festin et que tu en sors, va alors vers la maison de deuil. En d'autres termes : ne reste pas continuellement dans la maison de festin en pensant que la vie est une fête permanente, mais rends-toi à la maison de deuil - rappelle-toi qu'en fin de compte l'homme quittera ce monde, et rappelle-toi que tous les plaisirs d'ici-bas sont éphémères.

La parabole du voyageur vers le lieu des délices

Le Malbim propose une parabole : un homme entendit parler d'un endroit réunissant tous les délices du monde, où l'on pouvait jouir de chaque plaisir. Il quitta alors sa maison pour s'y rendre et goûter à ces félicités. Seulement, il n'avait pas d'argent à dépenser là-bas. Que devait-il faire ? Trouver de quoi subsister en chemin : se faire aide-cocher auprès de celui qui le transportait, gagner quelques sous, accepter des petits travaux en route afin de pouvoir profiter une fois sur place. À l'image de ces Israéliens qui prenaient leur sac à dos après l'armée et partaient pour Goa, Katmandou ou ces contrées lointaines : il leur fallait bien vivre de quelque chose, vendre des images ou faire un peu de commerce pour financer la suite de leur voyage. Faute de quoi, de quoi vivraient-ils une fois là-bas ?

Mais cet homme, en route vers ce lieu de délices, ne fit rien durant le voyage : il ne fit aucun effort, ne travailla point et n'entreprit aucune tâche, car son esprit était entièrement tourné vers les plaisirs qui l'y attendaient. Le Malbim fait remarquer : c'est donc en pure perte qu'il a quitté son foyer, car il n'est jamais parvenu au lieu des réjouissances et n'a même pas pu l'entrevoir. Il est même douteux qu'il y parvienne jamais, car pour arriver à destination, il faut de l'argent et quelqu'un pour vous conduire ; et s'il y parvient, avec quoi paiera-t-il et comment entrera-t-il ? C'est ce qu'exprimait le poète : « Si mon voyage et ma marche vers la destination désirée sont trop courts, qui me fera traverser les passages, car les jours m'y paraîtront bien longs ? » - même pour les passages à gué, ne serait-ce que pour y accéder, il faut des ressources et des mérites.

Quand l'homme comprend cette réalité, il investit pleinement ses efforts ici-bas, dans ce monde-ci, qui n'est que le chemin. Il veille à ne pas gaspiller son temps en futilités et en bêtises pendant le voyage, alors qu'il peut investir ici pour que, lorsqu'il atteindra la destination désirée - qui constitue le but ultime -, il puisse s'y délecter et en jouir. Il en ressort que la longévité en elle-même ne présente aucun intérêt intrinsèque ; tout ce qui existe ici-bas n'est qu'un moyen de parvenir au lieu des délices.

Et si l'on demandait : que vaut-il mieux ? Vivre ici-bas une vie courte et là-haut une vie longue, ou vivre ici une longue vie et là-haut une vie courte ? Quelqu'un en douterait-il ? Il est évident qu'il vaut mieux vivre ici une courte existence et mériter là-haut une éternité parfaite, plutôt que de vivre ici de longs jours et d'arriver en haut avec bien peu de mérites. On voit bien que l'essentiel réside dans la mort, c'est-à-dire dans la proximité divine qui succède aux 120 ans, et que la vie terrestre de l'homme n'est pas le but premier.

Le labeur des insensés les épuise

En revanche, pour l'insensé qui passe toutes ses années en chemin sans jamais atteindre son havre désiré, Kohélet déclare (10, 15) : « Le labeur des insensés les épuise, car il ne sait pas comment aller à la ville ». Que fait-il ici-bas ? Il s'échine, et cette peine le fatigue, sans qu'il sache comment se rendre à la ville - il ne comprend pas qu'il existe une destination, ignore comment y parvenir et ne fait aucun effort en ce sens. Il en va de même pour l'âme : elle est descendue ici-bas pour acquérir de bonnes actions, afin de couvrir les frais de route et de pouvoir atteindre la ville, ce lieu ultime qu'est le Gan Éden ; or l'homme consume ses jours dans la vanité et le néant, sans jamais atteindre la destination visée.

Les Justes disparus dans leur jeunesse

À l'opposé, le Tsaddik, même s'il accomplit sa mission en un court laps de temps - qu'il quitte ce monde à trente, quarante ou vingt ans. Et de tels Justes ont bel et bien existé : le saint Ari zal est parti jeune, le Rama est parti jeune, le Ram'hal s'est éteint dans sa jeunesse, et tant d'autres figures illustres ont disparu prématurément. Et que nous ont-ils laissé ? Des fondations inébranlables pour les générations futures. Ces hommes ont accompli en si peu de temps ce que d'autres ne réalisent pas en plusieurs siècles. Dira-t-on que leur vie fut imparfaite parce qu'elle fut brève ? Bien au contraire : il a achevé sa tâche rapidement et peut désormais se présenter sur-le-champ pour recevoir sa récompense. La vie terrestre n'est pas le but, le but est là-haut. Il vaut bien mieux pour l'homme vivre ici une existence brève mais comblée de sainteté et d'élévation spirituelle, plutôt qu'une longue vie vide de sens.

C'est précisément le sens de ce qu'enseigne le Midrach Chir Hachirim à propos de Rabbi Boun : « Cet élève a peiné et trouvé en vingt-huit ans ce qu'un autre élève n'aurait pas trouvé en cent ans ». Il n'avait nul besoin de vivre un siècle : vingt-huit années lui ont suffi pour accomplir ce qui en exige cent pour d'autres.

Explication du verset à cette lumière

À présent, nous comprenons les paroles de Chlomo. « Et je loue les morts » - qui sont ces morts ? Ceux pour qui le moment de quitter ce monde est légitimement venu, car ils ont déjà parachevé leur œuvre et il n'y a plus de raison qu'ils s'attardent ici-bas. « Qui sont déjà morts » - ils sont plus louables « que les vivants qui sont encore en vie », c'est-à-dire que ceux qui vivent encore parce qu'ils n'ont pas achevé leur tâche et ont encore beaucoup à accomplir. Il est infiniment préférable de mourir au terme de jours abrégés en ayant atteint sa plénitude, plutôt que de bénéficier d'une longue existence simplement parce que l'on n'est pas encore prêt, et que l'on vous accorde une année de plus, puis une autre, dans l'espoir que vous finissiez par vous parfaire.

Certes, il est assurément souhaitable qu'un homme vive de longues années afin d'ajouter constamment au service de Dieu ; même Moshé Rabbénou, au moment de son décès, ne souhaitait pas quitter ce monde, car il aurait pu continuer ici-bas à s'élever dans le service divin. Mais lorsque la question est de savoir ce qui est préférable - mourir jeune après s'être accompli, ou prolonger ses jours parce qu'on est inachevé -, c'est à ce propos qu'il est dit : « Et je loue les morts ». Plus louable est celui qui s'éteint dans la force de l'âge après s'être véritablement parachevé, ayant atteint un niveau tel qu'il n'a plus lieu de demeurer ici-bas.

« Il n'y aura plus là de nourrisson de quelques jours ni de vieillard » - un vieillard qui est un jeune homme

Selon ce principe, le Malbim explique de manière admirable un verset d'Isaïe (65, 20) : « Il n'y aura plus là de nourrisson de quelques jours ni de vieillard qui n'accomplisse ses jours, car le jeune homme mourra à cent ans, et le pécheur âgé de cent ans sera maudit ». À première vue, cela semble incompréhensible : qu'importe qu'il s'agisse d'un nourrisson ou d'un vieillard, puisque l'idée est que nul ne manquera d'accomplir ses jours et que chacun parviendra au terme de sa vie ? De plus, en examinant la cantillation (les te'amim), on constate qu'après le mot « et de vieillard » se trouve un zakef gadol, qui fait office de halte. Or, logiquement, la pause aurait dû se trouver après « nourrisson de quelques jours » : « Il n'y aura plus là de nourrisson de quelques jours, ni de vieillard qui n'accomplisse ses jours ». Pourtant, le texte relie : « nourrisson de quelques jours et vieillard » - puis marque un arrêt.

Le Malbim explique : à notre époque, il arrive qu'un vieillard ne soit en réalité qu'un nourrisson de quelques jours. Comment cela ? De même qu'il est écrit : « Des années de vie et de paix te seront ajoutées », nos Sages ont demandé : y a-t-il donc des années qui ne soient pas de vie ? En réalité, il existe des jours d'oisiveté, et ceux-ci sont qualifiés de jours de mort et ne comptent pour rien. Il s'avère ainsi qu'un vieillard peut n'être qu'un enfant : rassemblez toutes les mitsvot qu'il a accomplies, et il n'a que sept ans. Il est âgé en années, mais combien de temps a-t-il réellement servi Dieu au cours de toute son existence ?

Cela rappelle cette histoire d'un voyageur arrivé dans une bourgade qui visita le cimetière : celui-ci est mort à huit ans, celui-là à douze ans, un autre à six ans, un autre à cinq ans. Il s'exclama : « Il y a sûrement ici des épidémies, c'est une ville qui dévore ses habitants ! » On lui répondit : « Pas du tout. Ce que nous inscrivons sur la tombe n'est pas l'âge biologique auquel la personne est décédée, et nous ne comptons pas les années vécues en pure perte. Qui se soucie du temps qu'il a passé à manger, à boire ou à dormir, sont-ce là de la vie ? Nous inscrivons seulement les années où il a véritablement vécu : combien il a prié, combien il a étudié la Torah, combien il a accompli de mitsvot. C'est cela que nous comptabilisons. C'est pourquoi l'un a sept ans, l'autre douze, et l'autre quinze : voilà ce qui mérite d'être compté ».

Dès lors, à notre époque, il peut exister un vieillard qui n'est qu'un nourrisson : âgé en années, mais quant à ses mérites et ses mitsvot, encore un jeune enfant. Mais le prophète annonce que dans le monde futur, il n'en sera plus ainsi. Il n'y aura plus de « nourrisson de quelques jours et vieillard », c'est-à-dire de vieillard qui ne soit qu'un nourrisson. Il n'arrivera plus qu'un homme soit avancé en âge mais démuni de mitsvot ; quiconque sera âgé en années sera comblé de Torah et de mitsvot, car « la terre sera remplie de la connaissance de Hachem » et tous seront des serviteurs de Dieu. Et bien au contraire : « le jeune homme mourra à cent ans » - même un jeune homme qui viendrait à mourir, on dira de lui qu'il est mort centenaire, à l'image de ce que nos Maîtres disaient de Rabbi Bon : à l'âge de vingt-huit ans, il avait acquis ce qu'un autre n'aurait pu réaliser en cent ans.

C'est également en ce sens que Rabbi Elazar ben Azaria disait : « Me voici comme un homme de soixante-dix ans ». Que signifie « comme un homme de soixante-dix ans » ? Le Rambam explique qu'il s'était tant investi, fatigué et consumé dans l'étude de la Torah qu'à l'âge de dix-huit ans, il avait déjà des cheveux blancs, semblable à un homme de soixante-dix ans vieilli prématurément. On voit donc qu'un homme peut être très jeune tout en étant déjà tel un vieillard par ses mérites, et inversement, être âgé tout en demeurant encore un enfant sur le plan spirituel.

En résumé : « Et je loue les morts qui sont déjà morts » - je loue ceux qui ont déjà accompli leur tâche et sont morts, fût-ce prématurément, « plus que les vivants qui sont encore en vie » - qui prolongent leurs jours précisément parce qu'ils n'ont pas encore achevé leur mission. Par là, l'Écriture vient enseigner que le but suprême n'est pas la vie terrestre en soi, mais la mort qui y met un terme, la finalité ultime étant l'attachement à Dieu.

Pourquoi l'homme a-t-il été chassé du jardin d'Éden ?

C'est à la lumière de ce principe que l'auteur du Néfesh Ha'haïm répond à la question suivante : quelle était la crainte qui a poussé le Saint, béni soit-Il, à chasser l'homme du jardin d'Éden après qu'il eut mangé de l'Arbre de la Connaissance - « de peur qu'il n'avance sa main, ne prenne aussi de l'Arbre de Vie, n'en mange et ne vive à jamais » ? À première vue, le Saint, béni soit-Il, regarderait-Il d'un mauvais œil qu'il vive éternellement ? Quel mal y aurait-il ? En réalité, s'il en avait été ainsi, l'homme n'aurait jamais pu parvenir à sa réparation (son tikoun). Dès lors que l'homme a acquis une matérialité corrompue, sa réparation passe par le dépouillement de son corps et la décomposition de celui-ci dans la poussière, après quoi l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné. S'il avait mangé de l'Arbre de Vie, il n'aurait jamais pu achever sa réparation, car son âme n'aurait jamais atteint son but ultime - or ce but, selon le Malbim, est la mort, le retour vers Lui, béni soit-Il. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, l'a empêché de manger de l'Arbre de Vie, afin qu'il puisse finalement parvenir à sa plénitude lors de son départ de ce monde.

Les trois raisons du décès du juste

Le Malbim propose une autre explication de ce verset. Nos Sages nous ont révélé que le juste quitte ce monde pour l'une de trois raisons. La première : pour expier la faute de la génération. Quand la génération commet des fautes et qu'une expiation s'avère nécessaire, le Saint, béni soit-Il, rappelle à Lui un juste, selon le verset : « Il a brisé la tête sur un vaste pays ». Nous l'avons déjà mentionné : « Il juge parmi les nations, plein de cadavres » - lorsque le Saint, béni soit-Il, juge les nations, ce sont des monceaux de cadavres, un simple tsunami et trois cent mille personnes périssent. Mais pour le peuple d'Israël, « Il brise la tête » : le Saint, béni soit-Il, prend une tête, un juste unique qui équivaut à des milliers et des myriades d'âmes.

Comme cela est bien connu, Baba Salé racontait qu'on lui avait promis du Ciel qu'il aurait le mérite de voir la venue du Machia'h. Avant son décès, ses proches lui demandèrent : « Pourtant, le Rav avait affirmé qu'il mériterait de voir la venue du Machia'h ? » Il leur répondit : « C'est vrai, mais on m'a demandé depuis le Ciel : Veux-tu qu'un tiers du monde meure ? Pour que le Machia'h vienne immédiatement, il faut qu'un tiers du monde disparaisse. Je leur ai dit : Non. Je préfère quitter ce monde plutôt que de voir un tiers de l'humanité périr ». Voilà l'illustration de « Il a brisé la tête sur un vaste pays ».

La deuxième raison : même s'il ne s'agit pas d'une expiation pour la faute de la génération, le tsadik est parfois rappelé pour ne pas être témoin du malheur de son époque. Lorsqu'une grande épreuve est sur le point de frapper, le Saint, béni soit-Il, retire le tsadik au préalable, afin qu'il ne voie pas la détresse s'abattre sur Israël.

La troisième raison : pour que le tsadik ne serve plus de bouclier à la génération. C'est le sens de ce qui est écrit dans Isaïe : « Tu es allé au-devant de celui qui se réjouissait de pratiquer la justice, de ceux qui se souvenaient de Toi dans Tes voies ; voici que Tu T'es irrité parce que nous avons fauté... et nul n'invoque Ton Nom, nul ne se réveille pour s'attacher à Toi, car Tu nous as caché Ta face et Tu nous as fait fondre sous le coup de nos fautes ». Le Saint, béni soit-Il, voulait envoyer des épreuves sur Israël - qu'a-t-Il fait ? « Nul n'invoque Ton Nom, nul ne se réveille pour s'attacher à Toi » : Il a rappelé le tsadik, afin qu'il n'y ait plus personne pour invoquer Son Nom et annuler le décret néfaste. « Car Tu nous as caché Ta face et Tu nous as fait fondre sous le coup de nos fautes » - Hachem voulait voiler Sa face et nous livrer aux conséquences de la faute, car c'est la faute elle-même qui châtie l'homme ; Il a donc repris le tsadik, rendant ainsi possible le fait de les abandonner au pouvoir de leurs péchés.

À présent, explique le Malbim, nous pouvons comprendre les paroles de Salomon : « Et j'ai loué les morts qui sont déjà morts » - ce sont les tsadikim ; « plus que les vivants qui sont encore en vie » - c'est-à-dire par la cause des vivants. Ils sont morts à cause des vivants, à cause de la génération. Que ce soit pour expier la faute de la génération, ou pour ne pas être témoins de son malheur - comme Avraham Avinou, dont les jours furent abrégés pour qu'il ne voie pas son petit-fils mal tourner -, ou encore pour qu'ils ne protègent plus la génération. Pour toutes ces raisons : les morts qui sont déjà morts - pour quelle raison sont-ils morts ? « Par la cause des vivants qui sont encore en vie ».

Le Zohar : celui qui se dévoue corps et âme à la Torah

Le saint Zohar, dans la parachat A'haré Mot, s'interroge : pourquoi cette répétition, « les morts qui sont déjà morts » ? Il explique qu'il ne s'agit pas d'une mort physique, mais d'une mort au service de leur Maître - comme nos Sages l'enseignent : « La Torah ne se maintient que chez celui qui se voue à elle jusqu'à l'abnégation ». « Et j'ai loué les morts qui sont déjà morts » - ce sont ceux qui, de leur vivant déjà, se sont effacés, qui se sont absorbés totalement sous la tente de la Torah, vivant dans ce monde comme s'ils n'en faisaient plus partie et donnant toute leur âme pour la Torah.

C'est pourquoi le Zohar affirme que l'on a coutume de prier sur les tombes des véritables tsadikim sans que cela relève de l'interdit d'« interroger les morts » (doresh el hametim). Cet interdit s'applique aux impies et aux idolâtres, qui sont appelés « morts » même de leur vivant. Mais les tsadikim - « et j'ai loué les morts qui sont déjà morts plus que les vivants » - sont bien supérieurs aux vivants, et le tsadik atteint après son décès un degré spirituel encore plus élevé. Lorsque l'on va prier auprès du tombeau d'un tsadik, la prière bénéficie d'une élévation plus grande encore que de son vivant. En revanche, se rendre sur la tombe d'un impie, qui était déjà considéré comme mort durant son existence terrestre, présente assurément la transgression d'interroger les morts.

Le Zohar ajoute que les nations s'adressent à leurs morts par des pratiques de sorcellerie, tandis qu'Israël, lorsqu'ils vont prier sur les tombes des tsadikim, s'y rendent dans une démarche de repentir, de jeûne et avec un cœur brisé, afin que ces âmes saintes implorent la miséricorde divine en leur faveur, et le Saint, béni soit-Il, prend alors le monde en pitié grâce à eux.

Mise en garde lors de la prière sur les tombes de tsadikim

D'où une mise en garde essentielle : lorsque l'on se rend sur une tombe, il faut veiller scrupuleusement à ne pas demander au défunt d'accomplir lui-même le salut. On ne doit jamais dire « Rabbi Chimon bar Yo'haï, sauve-moi ! » ou « Rabbi Meïr, sauve-moi ! » - absolument pas, car ce serait chercher le salut auprès d'un mort, alors qu'« il n'y a rien en dehors de Lui ». La démarche doit se faire selon l'une des deux voies permises : soit demander au tsadik d'intercéder en notre faveur devant le Trône céleste, puisqu'il a accès et se trouve proche d'Hachem ; soit prier Hachem Lui-même d'agir par le mérite du tsadik qui repose en cette terre. Mais dire « agis pour moi, fais ceci pour moi » - à Dieu ne plaise, car ce n'est pas lui qui accomplit les délivrances. Seule la formule « prie pour moi devant le Maître du monde » est permise.

Se recueillir sur la tombe de ses parents

Il en va de même pour ceux qui se rendent sur la tombe de leurs parents pour leur demander d'intercéder pour eux. En temps normal, nous sollicitons la bénédiction de nos parents, et le Chabbat, les parents bénissent leurs enfants. Pourquoi ? Parce que personne n'aime l'enfant et ne se soucie de lui autant que ses propres parents, et la valeur essentielle d'une bénédiction réside dans l'amour avec lequel elle est donnée - « et je te bénirai, car il m'incombe de bénir », et comme il est dit : « L'homme au regard bienveillant sera béni (yevorakh) », ce que nos Sages commentent : ne lis pas yevorakh, mais yevarekh (« il bénira »). Or qui porte un regard plus bienveillant sur les enfants que leurs propres parents ? C'est pourquoi la bénédiction parentale possède une valeur toute particulière, plus que celle de quiconque. De ce point de vue, rien n'empêche de demander à ses parents d'intercéder pour soi lorsqu'on se recueille sur leur tombe.

Il faut toutefois préciser une chose : si les parents étaient, disons-le ainsi, éloignés de la piété, ils ont eux-mêmes besoin qu'on intercède pour eux. Avant même qu'on leur demande de prier en notre faveur, ils font face à des jugements rigoureux sans savoir comment y faire face. C'est pourquoi, durant la première année - qui est une année de jugement pour les parents -, nous disons : « Que je serve d'expiation pour son repos » (Hareini kaparat mishkavo), car cette période est particulièrement éprouvante. S'il s'agit de parents qui étaient véritablement animés par la crainte et le service d'Hachem, cela est possible. Mais si l'on sait qu'ils étaient loin d'accomplir la volonté divine, le parent a d'abord besoin que l'on prie pour lui avant de pouvoir lui-même prier pour autrui.

Le Zohar dans la parachat Vayéchev : une allusion au guilgoul

Dans le Zohar (parachat Vayéchev), il est expliqué que le verset fait allusion au principe de la réincarnation (guilgoul) : je loue ceux qui sont morts et qui ont connu un renouveau dans un guilgoul grâce aux vivants - par le fait qu'intervient celui qui accomplit le yiboum (lévirat) avec la veuve et engendre un fils. Or, nous avons déjà appris dans l'ouvrage Pélé Yoets qu'il n'existe qu'un seul cas dans le monde où nous pouvons savoir avec certitude qui s'est réincarné en qui à notre époque, en dehors de ce qu'a révélé le saint Ari zal : lorsqu'il s'agit du yiboum. Quand un homme décède sans enfants et que sa femme s'unit par lévirat, en toute certitude - selon les termes du Pélé Yoets -, l'âme du défunt se trouve désormais dans l'enfant mis au monde par son épouse. Et cela a été développé dans la Michnat HaGuilgoulim pour expliquer tout le processus du yiboum à la lumière de la réincarnation, comment s'opère la réparation (tikoun), ce qu'est la 'halitsa, et comment « chévik 'had vé-ata 'had rou'ha » (un esprit s'en va et un autre esprit vient). Quoi qu'il en soit, voilà ce que dit le Zohar : je loue ceux qui sont morts sans descendance et qui « 'hayim 'adénah » - qui connaissent une jeunesse renouvelée en revenant à la vie, et ils méritent davantage d'éloges que les morts qui sont décédés sans avoir mérité cette renaissance pour revenir se réincarner.

Le Séfer 'Hassidim : Moché et Aharon

Le Séfer 'Hassidim enseigne que « Et j'ai loué les morts qui sont déjà morts » fait référence à Moché et Aharon. Moché et Aharon auraient dû vivre plus longtemps, et pourquoi sont-ils morts prématurément ? « L'Éternel s'est irrité contre moi à cause de vous » - la cause de la disparition précoce de Moché était donc le peuple, comme il l'a lui-même déclaré expressément : l'Éternel s'est emporté contre moi à cause de vous. Dès lors, je loue Moché et Aharon, ces défunts qui sont déjà morts, plus que les impies qui sont encore en vie (« 'hayim 'adénah »). L'impie vivant se dit : « Regardez, je dois être quelqu'un de bien, puisque je suis en vie alors que le tsaddik est mort ! » C'est un monde à l'envers : le juste meurt à cause des fautes du méchant, et le méchant reste en vie ici-bas. Mais en réalité, c'est tout le contraire : le fait que tu sois en vie est bien pire, car Hachem te donne ta rétribution ici dans ce monde, et c'est pour cela qu'Il te laisse vivre. Ainsi, les morts méritent bien davantage d'éloges.

Le Chévet Réouven : par une pointe d'esprit

Le livre Chévet Réouven explique avec esprit : « Et j'ai loué les morts qui sont déjà morts » - par comparaison avec ceux qui sont assimilés à des morts. En effet, il existe deux catégories de défunts : le mort réel, et celui dont nos Sages disent « le pauvre est considéré comme mort », « le lépreux est considéré comme mort », « l'aveugle est considéré comme mort ». Et qui est le plus digne d'éloge ? Chlomo affirme : les morts qui sont déjà réellement décédés, et non pas ceux qui sont seulement considérés comme morts mais qui « sont encore en vie ».

Cependant, une telle interprétation a de quoi surprendre, car « un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort », et il est préférable pour l'homme de vivre, même s'il souffre d'ulcères, même s'il est aveugle ou plongé dans la pauvreté. Tant que l'homme est attaché à la vie, il y a de l'espoir, comme l'enseigne le roi Chlomo. C'est pourquoi on ne peut formuler cela que par une pointe d'esprit, car il est très difficile de penser que Chlomo estimait préférable d'être mort plutôt que de vivre dans le dénuement. On ne saurait aller jusque-là, car tant que l'homme est en vie, il peut encore réparer ses actes et s'élever spirituellement.

Le Amta'hat Binyamin : que doit faire l'homme pour vivre ?

Dans le livre Amta'hat Binyamin, l'auteur explique à partir des paroles de nos Sages : que doit faire l'homme pour vivre ? Qu'il se fasse mourir. Que doit faire l'homme pour mourir ? Qu'il se fasse vivre. L'homme qui aspire à vivre de la vie éternelle, la vie du monde futur, doit « se faire mourir » ici-bas dans ce monde : restreindre ses plaisirs, cesser de courir après l'argent et la futilité, et c'est ainsi qu'il vivra. Et que doit faire l'homme pour mourir au monde futur ? Se faire vivre - chercher ici-bas à « faire la fête » et à jouir des plaisirs, et c'est la recette assurée pour se priver de la vie éternelle.

Et c'est ce que déclare Chlomo : « Et j'ai loué les morts qui sont déjà morts » - déjà dans ce monde-ci. En effet, on ne peut louer indistinctement tous ceux qui sont simplement décédés ; peut-être cet homme était-il impie de son vivant, et qu'y aurait-il alors à louer, puisqu'il subit à présent le jugement divin ? Mais je loue les morts qui sont déjà morts ici-bas, qui se sont mortifiés et se sont dévoués pour la Torah - et ceux-là méritent plus d'éloges « que les vivants qui sont encore en vie », que ceux qui sont ici à profiter sans comprendre qu'ils marchent vers une mort définitive.

Le Or Chraga : « Comment, déjà mort ?! »

Une autre explication pleine d'esprit est rapportée par le Méam Loez au nom du livre Or Chraga. Parfois, un homme rencontre quelqu'un de sa ville d'origine, qu'il a quittée depuis des années : « Chalom, comment vas-tu ? Qu'en est-il d'un tel, et d'un tel ? - Celui-ci s'est marié, celui-là est décédé, l'un est ici et l'autre là-bas. » Il demande : « Et que devient ce tsaddik qui habitait là-bas ? » On lui répond : « Tu ne sais pas ? Il est déjà mort. - Qu'est-ce que tu me dis là, quel malheur, déjà mort ?! » Puis il demande : « Et que devient cet impie, ce voyou ? » On lui répond : « Ne demande pas, il prospère ! » L'homme s'écrie alors : « Quel malheur, comment, il est encore vivant ?! » Tout comme Rabbi Chimon bar Yo'haï s'était un jour exclamé à propos d'un individu : « Existe-t-il encore en ce monde ? »

Et c'est ce que dit Chlomo : « Et je loue les morts » - à propos desquels on s'étonne : « Quoi, ils sont déjà morts ? » ; « plus que les vivants qui sont encore en vie jusqu'ici » - à propos desquels on se demande : « Comment, ils sont encore en vie ? Cet homme existe encore dans ce monde, alors qu'il aurait dû partir depuis bien longtemps ? »

Le 'Hotam Anakh : les enfants témoignent pour leur père

Le Méam Loez rapporte une autre explication au nom du livre 'Hotam Anakh : on fait parfois l'éloge d'un homme à travers les enfants qu'il laisse derrière lui. S'ils sont pétris de crainte du Ciel, c'est le signe que le père les a élevés dans la Torah et les mitsvot ; et si ce n'est pas le cas, c'est parfois imputable aux égarements de la génération.

Il y avait autrefois un grand homme dont l'un des fils s'était fourvoyé. Un insolent vint lui dire : « La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre » - sous-entendant par là que son intériorité n'était pas conforme à son apparence, au vu d'un tel fils. Le Rav lui répliqua : « Quand souffle une tempête déchaînée, la pomme peut tomber très loin de l'arbre. » Et nous-mêmes, dans la tourmente de notre époque, nous connaissons la réalité et les rudes épreuves de la génération. Ne vous étonnez donc pas si la pomme se retrouve loin de l'arbre. Quoi qu'il en soit, lorsque l'on voit des enfants marcher dans les voies d'Hachem et Lui rester attachés, c'est très souvent le reflet des parents. Et c'est là le sens de : « Et je loue les morts » - en vertu de quoi ? En vertu des « vivants qui sont encore en vie jusqu'ici », des vivants qu'il a laissés derrière lui : c'est par eux que l'on comprend qui était le défunt et combien d'efforts il a déployés pour les élever vers la Torah et les bonnes actions.

C'est à la lumière de ce principe que l'on éclaire le verset concernant notre mère Sarah : « Avraham vint pour faire l'oraison funèbre de Sarah et pour la pleurer ». Nos Sages enseignent, ainsi que le rapporte Rachi : « D'où venait-il ? Il venait de la ligature d'Its'hak. » Les maîtres de la 'Hassidout expliquent : « D'où venait-il ? » - sous quel angle, à partir de quel mérite Avraham est-il venu prononcer l'éloge de Sarah ? Quel éclat a-t-il choisi pour la glorifier ? Il est venu de la ligature d'Its'hak ! Si cette femme d'exception a engendré un fils prêt au don de sa vie comme Its'hak Avinou, consentant à être ligoté sur l'autel pour l'honneur du Créateur béni soit-Il, il n'est pas de plus grand éloge. C'est là en soi la véritable oraison funèbre, et la pierre de touche révélant l'immensité de Sarah, capable d'élever un tel fils.

En conclusion :

« Et je loue les morts qui sont déjà morts » - le Malbim nous enseigne que la finalité de l'homme n'est pas la vie en ce monde mais la mort, c'est-à-dire le retour de l'âme auprès de son Créateur et son attachement suprême à Lui. Ce monde-ci n'est que la route, l'auberge passagère, donnée pour y amasser les provisions du voyage vers la destination tant désirée. Dès lors, celui qui s'est parachevé et a accompli sa mission, même au terme d'une courte vie, est bien plus digne d'éloges que celui qui vit de longues années sans parvenir à s'accomplir ; ainsi un vieillard peut-il demeurer spirituellement immature, tandis qu'un jeune homme peut être considéré comme centenaire. Les commentateurs ajoutent à cela : le juste est parfois rappelé pour sa génération, et le Zohar nous enseigne que le plus louable est celui qui a fait mourir ses penchants pour la Torah dès son vivant. De là découle la juste manière de prier sur les tombes des justes : non pas pour leur demander à eux la délivrance, mais pour qu'ils intercèdent en notre faveur ou qu'Hachem agisse par leur mérite. Et la conclusion pratique reste la même : « Le cœur des sages est dans la maison de deuil » - se rappeler la finalité, mettre le temps à profit et investir dans le chemin, afin d'avoir de quoi jouir dans le séjour de la véritable félicité.