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Chapitre 2 - Versets 1 à 13 - Les voluptés de Chlomo et leur vanité - 2e partie

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Introduction : Chlomo expose l'ensemble de ses possessions

À partir d'ici, le roi Chlomo commence à nous dépeindre l'ensemble de ses acquisitions et tout ce qu'il a pu obtenir durant sa vie en ce monde. Il énumère successivement les maisons, les vignes, les jardins, les bassins, les serviteurs, le bétail, l'argent, l'or et les voluptés - et en fin de compte, il nous déclarera que tout n'est que vanité. Lisons d'abord les versets, puis nous les expliquerons.

הִגְדַּלְתִּי מַעֲשָׂי, בָּנִיתִי לִי בָּתִּים, נָטַעְתִּי לִי כְּרָמִים. עָשִׂיתִי לִי גַּנּוֹת וּפַרְדֵּסִים, וְנָטַעְתִּי בָהֶם עֵץ כָּל פֶּרִי. עָשִׂיתִי לִי בְּרֵכוֹת מָיִם, לְהַשְׁקוֹת מֵהֶם יַעַר צוֹמֵחַ עֵצִים. קָנִיתִי עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת, וּבְנֵי בַיִת הָיָה לִי, גַּם מִקְנֶה בָקָר וָצֹאן הַרְבֵּה הָיָה לִי מִכֹּל שֶׁהָיוּ לְפָנַי בִּירוּשָׁלָ͏ִם. כָּנַסְתִּי לִי גַּם כֶּסֶף וְזָהָב וּסְגֻלַּת מְלָכִים וְהַמְּדִינוֹת, עָשִׂיתִי לִי שָׁרִים וְשָׁרוֹת וְתַעֲנֻגוֹת בְּנֵי הָאָדָם שִׁדָּה וְשִׁדּוֹת. - J'entrepris de grandes œuvres : je me bâtis des maisons, je me plantai des vignes. Je me fis des jardins et des vergers, et j'y plantai des arbres fruitiers de toute espèce. Je me fis des réservoirs d'eau pour en arroser une forêt d'arbres en pleine croissance. J'achetai des serviteurs et des servantes, et j'eus des enfants nés dans ma maison ; j'eus aussi du bétail, gros et menu bétail en abondance, plus que tous ceux qui m'avaient précédé à Jérusalem. J'accumulai aussi de l'argent et de l'or, les trésors des rois et des provinces ; je me procurai des chanteurs et des chanteuses, et les délices des fils de l'homme, des femmes en grand nombre.
Le Targoum : j'ai multiplié les bonnes actions

Le Targoum interprète ce verset dans le sens des bonnes actions : j'ai multiplié les bonnes actions à Jérusalem. « Je me bâtis des maisons » - c'est le Beth Hamikdache pour expier les fautes d'Israël, le palais royal, la chambre intérieure, ainsi que la salle du tribunal taillée dans la pierre où siègent les Sages pour rendre la justice, c'est-à-dire la Lichkat Hagazit (chambre des pierres de taille). Je me fis un trône d'ivoire pour le siège royal. « Je me plantai des vignes » - à Yavné, des vignes de raisin pour en boire le vin, moi-même ainsi que les Sages du Sanhédrin, et également pour accomplir les libations de vin et de boisson fermentée sur l'autel.

L'Imré Chéfer : le summum absolu, selon un ordre décroissant

L'Imré Chéfer explique que Chlomo décrit ici les réalisations extérieures dans lesquelles les hommes voient une finalité. Il nous dit en substance : sache que dans toutes ces entreprises extérieures après lesquelles les gens courent jour après jour, j'ai tout accompli à la plus grande échelle. Les maisons et les vignes que j'ai conçues étaient grandioses, splendides et sans égales. Car telle est la nature de l'homme : lorsqu'il accomplit une œuvre imparfaite dont il ne tire pas pleine satisfaction, il a tendance à penser : « Si seulement je l'avais menée à la perfection, je serais véritablement comblé ! » Chlomo réplique : non. J'ai bâti ce qu'il y a de plus somptueux, les édifices les plus imposants et les plus magnifiques, afin d'éviter de me dire : « Peut-être que si cela avait été plus grand, cela m'aurait comblé ». J'ai poussé les choses au maximum possible, pour que mon imagination ne m'illusionne pas en me faisant croire qu'en faisant davantage, j'aurais été satisfait.

De plus, il nous montre qu'il a procédé selon un ordre logique : j'ai d'abord acquis ce qui était le plus nécessaire, et j'ai gardé le superflu pour la fin. La toute première chose : « Je me bâtis des maisons », car avant toute autre possession, l'homme a besoin d'un toit où habiter. Ensuite, « je me plantai des vignes », ce qui relève déjà d'un besoin moindre, puisqu'on peut fort bien vivre sans vignoble. Puis, « je me fis des jardins et des vergers, et j'y plantai des arbres fruitiers de toute espèce », qui occupent un rang inférieur à celui du vin des vignes, car le vin réjouit Dieu et les hommes. À un degré inférieur encore : « Je me fis des réservoirs d'eau pour en arroser une forêt d'arbres en pleine croissance », des arbres qui ne sont pas nécessairement fruitiers, dont l'unique vocation est d'offrir le plaisir de leur vue et de leur parure.

Puis, « j'achetai des serviteurs et des servantes, et j'eus des enfants nés dans ma maison » - non pas des esclaves pour me servir, puisque je disposais déjà de gens de maison, mais pour accroître mon prestige, pour que tous constatent ma grandeur. Plus superficiel encore : « du gros et du menu bétail en abondance », bien au-delà de mes besoins, uniquement destinés à la parade et à l'honneur. Pire encore : « j'accumulai aussi de l'argent et de l'or, les trésors des rois et des provinces », purs luxes dont le seul intérêt est d'en jouir sous les yeux ou de faire savoir à autrui combien l'on possède. Et remarquons le terme : « j'accumulai » (littéralement : j'amassai) - de l'or et de l'argent entassés dans des coffres, invisibles aux regards, dont la seule utilité réside dans les récits et légendes que l'on colporte sur vous. Enfin, « des chanteurs et des chanteuses, et les délices des fils de l'homme, des femmes en grand nombre », tout cela étant d'une futilité absolue. Chlomo affirme : regarde comment j'ai progressé avec méthode, de l'élément le plus indispensable jusqu'au luxe le plus superflu ; sache que j'ai tout possédé, j'ai tout expérimenté, et tout n'est que vanité.

L'ordre des acquisitions : Chlomo face à Yaakov
קָנִיתִי עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת וּבְנֵי בַיִת הָיָה לִי, גַּם מִקְנֶה בָקָר וָצֹאן הַרְבֵּה הָיָה לִי מִכֹּל שֶׁהָיוּ לְפָנַי בִּירוּשָׁלָ͏ִם. - J'achetai des serviteurs et des servantes, et j'eus des enfants nés dans ma maison ; j'eus aussi du bétail, gros et menu bétail en abondance, plus que tous ceux qui m'avaient précédé à Jérusalem.

Le Kol Éphraïm explique que Chlomo décrit ici les biens qui relèvent du domaine de l'acquisition. En premier lieu, il acheta des serviteurs et des servantes, assimilés sur le plan juridique aux biens fonciers (karka'ot), par l'entremise desquels il acquit des gens nés dans sa maison. Ensuite, il acheta du bétail, qui constitue des biens mobiliers mais dotés d'un souffle de vie, et donc supérieurs aux objets inanimés. Enfin, il amassa de l'argent et de l'or, qui représentent la richesse monétaire par excellence et le sommet de ces biens, puisque l'argent permet d'acquérir tout le reste.

Il souligne que chez Yaakov Avinou, l'ordre est différent : « L'homme s'enrichit considérablement, et il eut du petit bétail en abondance, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes » - là-bas, le texte commence par le petit bétail, alors que chez Chlomo, le bétail vient à la fin. Quelle est la différence ? Yaakov Avinou tirait sa subsistance de son troupeau ; le petit bétail était donc ce qu'il y avait de plus important pour lui. Les servantes servaient ses femmes et ses enfants, les serviteurs étaient pour ses propres besoins, et les chameaux ainsi que les ânes devaient servir à la fuite de la maison de Lavan. Mais l'essentiel restait le troupeau, source principale de ses revenus, comme le diront plus tard ses fils : « Tes serviteurs sont bergers » - notre subsistance provient du bétail.

En revanche, chez Chlomo, pour entretenir les demeures et les vignobles qu'il avait plantés, il fallait une main-d'œuvre considérable. C'est pourquoi il mentionne en premier lieu : « J'achetai des serviteurs » - c'était ce dont j'avais le plus besoin, car il fallait bien quelqu'un pour entretenir tous ces biens. Les servantes, quant à elles, étaient destinées à être unies aux serviteurs pour croître et se multiplier, lui donnant ainsi des serviteurs nés dans sa maison. Le bétail n'apparaît qu'à la fin, car chez lui, il servait surtout à la consommation personnelle, et non de source de subsistance. De plus, l'usage principal du bétail pour Chlomo était destiné aux sacrifices, car Chlomo offrait mille holocaustes en un seul jour, d'où le besoin d'un cheptel immense.

« J'amassai aussi pour moi de l'argent et de l'or » - L'argent et l'or de la Torah

Nos Sages ont interprété : « J'amassai aussi pour moi de l'argent et de l'or » - ce sont les paroles de la Torah, comme il est dit : « Plus désirables que l'or et que beaucoup d'or fin ». Pourquoi cette métaphore s'applique-t-elle spécifiquement aux paroles de Torah ? Le Méam Loez rapporte au nom du rav 'Hida dans le Na'hal Eshkol que la Torah réunit à la fois les mérites de l'or et ceux de l'argent. D'une part, l'or est extrêmement précieux, alors que l'argent n'atteint pas sa valeur marchande ; d'autre part, l'or présente un inconvénient méconnu de l'argent : il n'est pas une monnaie courante, d'usage quotidien, on ne peut pas acheter avec n'importe où. Avec de l'argent, on va partout et l'on achète aisément, mais si l'on tente de payer quelqu'un en or, il vous dira : « Que vais-je en faire ? », exactement comme si l'on voulait payer en diamants. Il n'est pas d'un usage immédiat, bien que sa valeur soit immense.

Le 'Hida explique ainsi : ce n'est pas sans raison que ces deux métaphores nous sont données, car elles font allusion à la partie révélée (Niglé) et à la partie ésotérique, cachée (Nistar), de la Torah. La partie révélée convient à tous, à l'image de l'argent qui a cours partout et s'échange facilement chez les marchands. Mais la Torah est également comparée à l'or : c'est la dimension la plus précieuse et élevée, qui n'est pas mise à la portée de tous mais que l'on garde précieusement dans un coffre-fort. C'est là la sagesse cachée de la Torah : d'une valeur inestimable, mais secrète, inaccessible au premier venu.

De là découle un grand enseignement moral : la dimension mystique de la Torah doit demeurer protégée, et non s'étaler sur les places publiques ou dans de prétendus instituts de Kabbale à la mode. Comment peut-on aborder la Kabbale avant même d'avoir étudié le Choul'han Aroukh ? Connaît-on seulement les lois fondamentales, les lois de la pudeur, avant de prétendre sonder les mystères de la Kabbale ? Quoi qu'il en soit, les sujets ésotériques doivent rester cachés et préservés, à l'image de l'or qui ne circule pas de main en main sur la place publique, mais dont la valeur est inestimable.

« Des trésors de rois et de provinces » - Les interprétations midrachiques

« Et des trésors de rois » - qui sont ces rois ? C'est la Torah et ses maîtres, car il est dit : « Par moi règnent les rois », et « qui sont les rois ? Les rabbins ». « Et de provinces (ou-medinot) » - ce sont les érudits qui débattent des lois, par jeu de mots avec medayenim, ceux qui délibèrent sur la halakha. « Je me procurai des chanteurs et des chanteuses » - des choristes hommes et femmes. « Et les délices des fils de l'homme » - ce sont les délices d'Israël. « Des coffres et des coffrets (chida ve-chidot) » - selon une explication, il s'agit de juges hommes et de juges femmes. On peut s'en étonner : une femme n'est-elle pas inapte à juger ? Le Radal explique qu'il ne s'agit pas de juges à proprement parler, mais de médiatrices lors de conflits entre femmes : lorsque des femmes étaient en désaccord, on désignait des femmes pour rétablir la paix entre elles.

Rav Ankha : L'application à l'entrée en terre d'Israël

Rav Ankha a interprété ces versets en référence à l'entrée des enfants d'Israël en terre promise, voyant dans tous ces éloges ce qui s'est accompli à leur arrivée dans le pays. « J'entrepris de grands ouvrages » - cela renvoie à « Quand vous entrerez dans le pays où vous devez vous établir ». « Je me bâtis des maisons » - ce sont les maisons remplies de tous les biens qu'ils trouvèrent en arrivant. « J'y plantai des arbres de toute espèce de fruits » - ainsi qu'il est écrit : « Quand vous aurez planté toutes sortes d'arbres fruitiers ». Tout cela s'est réalisé lors de leur entrée en terre d'Israël.

Les acquisitions royales : Une multitude de serviteurs sans le moindre vol

Le Méam Loez cite le Lev 'Hakham, expliquant que jusqu'ici Chlomo parlait des acquisitions liées aux demeures, et qu'à partir de ce point, il traite des acquisitions liées à la royauté. « J'amassai aussi pour moi de l'argent et de l'or » - pourtant, la Michna enseigne que « multiplier les serviteurs, c'est multiplier le vol » ; dès lors, à quoi bon accumuler tant de richesses si les serviteurs s'en emparent ? C'est à cela que Chlomo répond : sache que bien que j'aie multiplié les serviteurs, j'ai amassé de l'argent et de l'or sans qu'ils ne touchent jamais à mes biens. C'est là toute la grandeur de la chose : avoir réuni tant d'or et d'argent en dépit d'une immense domesticité.

Comme il est dit à propos de l'époque de Chlomo : « Et le roi rendit l'argent à Jérusalem aussi abondant que les pierres ». La Guémara demande : comme des pierres ? Est-il concevable qu'elles soient restées ainsi dans les rues et les cours sans être dérobées ? Comment déposer de l'argent et de l'or sans que nul ne se penche pour les ramasser ? Le Midrach explique : il s'agissait de blocs immenses, des pierres de huit ou dix coudées. De plus, à l'époque de Chlomo, même les poids des balances étaient en or - on posait sur le plateau un poids en or, tant l'or et l'argent abondaient et étaient répandus avec une prodigieuse profusion.

Des tributs du monde entier

Le Me'am Loez rapporte également, au nom du Mikhlol Yofi, au sujet du « trésor des rois et des provinces », que des gens venaient du monde entier pour entendre la sagesse de Chlomo, et chacun lui apportait les trésors spécifiques à son pays. Certaines contrées possédaient de l'ivoire - les défenses d'éléphant, d'un prix inestimable - et Chlomo en fit également usage. Ailleurs, on lui offrait du cristal, et chaque région apportait selon ses ressources des présents pour Chlomo. C'est ce qu'il est dit au sujet de la reine de Saba : « Elle arriva à Jérusalem avec une suite très nombreuse, des chameaux chargés d'aromates, d'or en très grande quantité et de pierres précieuses ». Nous apprenons qu'ils disposaient d'une immense richesse et de biens rarissimes, car du monde entier on apportait en tribut à Chlomo ces objets précieux.

« Des chanteurs et des chanteuses » - instruments de musique ou cantatrices ?

Beaucoup s'interrogent : des chanteuses ? La voix d'une femme n'est-elle pas considérée comme une nudité (« kol be'icha erva »), et comment Chlomo pouvait-il installer des femmes pour chanter ? Rachi résout cette difficulté : « charot » désigne des sortes d'instruments de musique. « Charim vécharot » ne fait pas référence à des hommes et des femmes qui chantent, mais à des instruments d'accompagnement pour voix masculines ou féminines, ou à des instruments de différentes sonorités, et il ne s'agit nullement de personnes qui chantent. Rachi propose toutefois une autre explication selon laquelle il s'agissait réellement de chanteurs et de chanteuses au sens littéral - des chanteurs pour Chlomo et des chanteuses pour ses épouses. D'autres commentateurs expliquent que la prohibition liée à la voix de la femme est un décret rabbinique qui n'avait pas encore été institué à l'époque de Chlomo, c'est pourquoi il mentionne avoir eu des chanteurs et des chanteuses.

Le saint Zohar l'explique sous un jour totalement différent : « charim vécharot » signifie que le roi Chlomo a mérité d'accéder aux chants célestes entonnés par les ministres d'en haut. « Je me suis procuré des chanteurs et des chanteuses » - j'ai atteint la perception des cantiques supérieurs, ce que les anges célestes chantent, voilà ce à quoi je suis parvenu.

Le Kol Ephraïm : amasser pour le seul plaisir d'amasser

Le Kol Ephraïm enseigne au sujet du « trésor des rois » : je n'ai point agi comme David mon père, qui n'amassa or, argent et cuivre que pour la mitsva ; moi, j'ai amassé le trésor propre aux rois. Et qu'est-ce qu'une « segoula » ? Une chose précieuse que l'on enfouit et garde dans un coffre, un trésor précieux, à l'image du verset « et vous serez pour Moi un trésor (« segoula ») parmi tous les peuples » - un bien gardé. Il s'ensuit que lorsque David amassait, cela répondait à une nécessité, tandis que Chlomo amassait pour le seul fait d'amasser. Et nous voyons qu'il a ainsi transgressé l'interdiction de « ne pas multiplier pour lui l'argent et l'or ».

« Chida véchidot » - des forces supranaturelles

Le Kol Ephraïm précise encore qu'à mesure que nous avançons dans l'énumération des plaisirs de Chlomo, nous traitons de choses de moins en moins indispensables, qui relèvent davantage de la volupté et du luxe. Et que désigne « chida véchidot » ? Des choses qui dépassent la nature, que les êtres humains ne peuvent accomplir par des voies naturelles et qui n'opèrent que sous l'action de forces supérieures.

C'est ainsi que la Guémara dans Guittin explique : « des chanteurs et des chanteuses » - ce sont des sortes de musique. Soit dit en passant, l'expression « sortes de musique » s'accorde davantage avec l'explication de Rachi selon laquelle il s'agit d'instruments, car il n'est pas dit « ce sont des chanteurs et des cantatrices », mais « des sortes de musique ». « Et les délices des fils de l'homme » - ce sont les bassins et les thermes. Quant à « chida véchidot », la Guémara rapporte deux explications : ici, c'est-à-dire en Babylonie, on l'a traduit par « chida véchidatine », un démon mâle et une démone femelle.

Et que signifie cela ? Nous savons que le roi Chlomo entretenait un commerce avec les démons et connaissait leur langage, et nous savons comment il fut déchu de son trône à cause de son implication avec Achmédée et de tous les événements qui en découlèrent. C'est son recours à ces forces occultes qu'il décrit ici : il disposait de démons mâles et femelles. D'ailleurs, les Sages du Talmud eux-mêmes utilisaient parfois les démons - s'ils voulaient retrouver un objet perdu ou transmettre des commissions, ils dépêchaient un démon pour accomplir leur mission. Rabbi Chimon bar Yo'haï, lorsqu'il se rendit à Rome pour faire abolir le décret impérial, reçut du Ciel le secours d'un démon, Ben Témalion. Il s'exclama alors : voyez la différence entre la servante de la maison de mon père - Hagar - à qui furent envoyés cinq anges pour la secourir, alors que pour nous, que nous envoie-t-on ? Un démon. Un démon serviteur. Quoi qu'il en soit, nous constatons qu'ils recouraient aux démons et aux forces spirituelles, et telle est la dimension de « chida véchidot ».

Autre explication : en Occident (en Terre d'Israël), on disait « Chidata » - c'est ainsi qu'on l'explique en Terre d'Israël, désignant des chariots d'apparat particuliers et somptueux pour le cortège des dames et des ministres. « Chida » s'apparente au terme de la Mishna « coffre, caisse et armoire » (chida, téva ou-migdal), et c'est là le sens de « shida véchidot ».

« Même ma sagesse me resta »
וְגָדַלְתִּי וְהוֹסַפְתִּי מִכֹּל שֶׁהָיָה לְפָנַי בִּירוּשָׁלָ͏ִם, אַף חָכְמָתִי עָמְדָה לִּי. - Je grandis et surpassai tous ceux qui m'avaient précédé à Jérusalem ; et même ma sagesse me resta.

« Je grandis et surpassai tous ceux qui m'avaient précédé à Jérusalem » - la Pessikta Zoutreta précise que cela inclut également son père David. Voyez en effet : le roi David n'a pas bâti le Temple, car il lui avait été dit : « Ce n'est pas toi qui bâtiras la Maison, mais ton fils », tandis que moi, j'ai surpassé tous mes devanciers, ayant eu le mérite d'édifier le Beit Hamikdach.

« Même ma sagesse me resta » - Chlomo explique : toute la rigueur et l'effort acharné (« af ») que j'ai endurés dans l'étude de la sagesse, c'est ce qui m'est resté pour mes vieux jours. C'est le sens de la parole de nos Sages : la sagesse apprise dans l'effort et l'adversité (« be-af ») est celle qui s'est maintenue. Que signifie cela ? Il est une sagesse que l'on acquiert avec aisance et décontraction, à la manière d'un dilettante, mais cette sagesse ne subsiste pas. La sagesse véritablement pérenne est celle que l'on acquiert dans le labeur et le dépassement de soi - lorsque l'homme y engage toutes ses forces et s'y donne sans réserve ; il mérite alors que cette sagesse lui reste fidèle et s'enracine en lui. Comme le disait Rav Hama bar Pappa : « Toute Torah que j'ai apprise dans l'adversité (be-af) s'est maintenue en moi. » Mais une Torah apprise dans le confort et la facilité se conserve bien moins.

La Pessikta Zoutreta apporte une autre explication : « Même ma sagesse me resta » - tout projet que j'avais sagement conçu a réussi. En clair : tout ce que j'ai entrepris, j'ai fini par le mener à bien ; j'ai bénéficié d'une aide providentielle (Siyata Dichmaya), et ma sagesse m'a soutenu pour réaliser tous mes desseins.

Et Rachi explique : après tous ces plaisirs matériels, que te reste-t-il donc, en apparence, de ton étude, puisque tu semblais t'être détaché de tout cela ? Chlomo répond : détrompez-vous, je n'ai jamais abandonné ma sagesse ; elle aussi m'est restée fidèle. Ne croyez pas qu'en m'adonnant aux délices, aux bassins, aux chanteurs et aux chanteuses, j'avais délaissé le domaine de la sagesse - je ne l'ai point quittée pour ces divertissements ; elle m'est restée acquise et je ne l'ai pas oubliée. Autre explication encore : vous vous demandez comment tous ces attraits ne m'ont pas éloigné de la Torah ? À cela il répond : ma sagesse m'est restée, c'est-à-dire que la sagesse elle-même m'a protégé, empêchant ces distractions de m'écarter de la Torah.

Trois fléaux majeurs inhérents à la richesse

L'Imré Chéfer fait remarquer qu'il y a là trois causes majeures de préjudice qui empêchent le riche de véritablement jouir de sa fortune. Car même en détenant des biens abondants, la fortune ne procure pas nécessairement le bonheur, chacun le sait bien. Et pourtant, tout le monde aspire à s'enrichir, bien qu'on s'accorde à reconnaître que richesse et félicité ne vont pas forcément de pair. Ces trois facteurs destructeurs sont la jalousie, la convoitise et la soif d'honneurs, tous trois intimement liés à la question de l'argent et de la fortune.

Le premier est la jalousie. Dès lors qu'un homme accumule de l'or et de l'argent et lutte pour s'enrichir, il commence à jalouser autrui. Tant que l'on ne participe pas à la course, on n'éprouve nulle envie. Mais dès qu'on y est engagé, c'est immédiat : « Tu as entendu ? Un tel a fait telle acquisition, tel autre a réussi une formidable vente d'entreprise ! » Si l'on reste à l'écart de cette frénésie, qu'importe ? Qu'il achète, grand bien lui fasse ! La bourse ? On n'était pas là quand les cours montaient, on n'y est pas quand ils chutent, cela ne change absolument rien. Mais si l'on est plongé dans la course, le moindre individu qui progresse un peu plus ou qui réalise un gain devient aussitôt une source d'irritation et d'amertume.

Le second est la convoitise. L'homme désire amasser sans cesse davantage, dans un appétit insatiable : « qui possède cent pièces en désire deux cents ». Et n'allez pas imaginer : « il est déjà parvenu à ses fins, cela lui suffit, Baroukh Hachem, il a de quoi vivre ! » C'est exactement le contraire : plus il possède, plus il en veut.

Et le troisième fléau, plus amer encore que les deux autres, est la quête des honneurs. Si un homme de modeste condition s'enrichit subitement, il cherchera aussitôt à fréquenter les grands de ce monde, les notables et les puissants. Mais comment l'accueillera-t-on ? En Europe autrefois, les clivages sociaux étaient très marqués : il y avait la synagogue des tailleurs, celle des cordonniers, et la synagogue des notables fortunés (les « guevirim »). Imaginez qu'un homme débarque soudain chez les notables : son statut jusqu'alors était celui d'un cordonnier, mais voilà qu'il a gagné à la loterie, ou créé une entreprise florissante, et le voici millionnaire. Il entre désormais à la synagogue des riches. Lui ouvre-t-on les bras ? Chacun le toise de haut : « D'où sort celui-là ? » Ses manières détonnent : « As-tu vu sa façon de tousser ? » Il ne saisit pas qu'il a changé de milieu. En un mot, on ne l'accueille pas à bras ouverts ; on le regarde avec condescendance et l'on s'indigne : de quel droit vient-il frayer avec nous et respirer l'air des sommets ? Il cherchait les égards, et ne récolte que mépris et affronts au lieu de la considération voulue. De surcroît, le riche ne supporte pas qu'un tiers vienne empiéter sur son prestige ; ainsi, cette obsession des honneurs empoisonne tout le rapport à la richesse.

Chlomo déclare : la jalousie, la convoitise et la recherche d'honneurs - sache que je me suis enrichi sans souffrir d'aucun de ces travers, j'ai été préservé de tous les trois. La jalousie : de qui pourrais-je être jaloux ? N'ai-je pas « grandi et surpassé tout le monde », j'ai amassé plus que quiconque et nul n'est au-dessus de moi. La convoitise : je n'ai personne avec qui rivaliser et plus rien à désirer. Et l'honneur : « de plus, ma sagesse m'est restée », la sagesse m'a permis d'être aimé de tous, et qui oserait porter atteinte à mon honneur ? Ma sagesse a fait que tous me respectaient, car chacun comprenait qu'il n'y avait pas de sage comparable à Chlomo et qu'il méritait plus que tout autre le respect. Il s'avère ainsi que des trois fléaux coutumiers de la richesse, il ne subit aucun préjudice.

Le Kol Ephraïm sur « Et je grandis et surpassai »

Le Kol Ephraïm explique : je me suis enrichi plus que quiconque avant moi à Jérusalem - c'est-à-dire David son père. « Et ma sagesse aussi » - bien qu'il se soit aussi adonné aux plaisirs matériels, qui d'ordinaire éloignent l'homme de la Torah, il demeurait malgré tout attaché à la Torah et sa sagesse lui est restée, comme l'explique Rachi et comme cela a été développé précédemment.

Il ajoute encore : que signifie ce surcroît dans « et je grandis et surpassai » ? Il est fort possible qu'il fasse ici référence à des biens qui lui sont parvenus sans effort, des choses pour lesquelles il n'a pas eu besoin de peiner particulièrement. En effet, les biens amassés par ses soins ont déjà été évoqués dans le verset précédent, et pour ceux-là un effort était requis ; mais ici, « je grandis et surpassai » - on m'a offert de nombreuses choses, comme mentionné à propos des contrées avoisinantes dont les représentants venaient lui rendre visite. C'est ainsi qu'il grandit et parvint à des accomplissements sans commune mesure avec ceux d'autrui.

En conclusion :

Le roi Chlomo déploie devant nous tout l'éventail de ses possessions - maisons et vignes, jardins et vergers, bassins et forêts, serviteurs et bétail, argent et or, chanteurs et chanteuses, ainsi que toutes sortes de délices - le tout dans un ordre décroissant, depuis le plus nécessaire jusqu'au superflu le plus absolu. Il a vu grand et a fait le maximum possible afin que son imagination ne l'induise pas en erreur en lui faisant croire que s'il en ajoutait encore, il serait alors comblé. Nos Sages ont également interprété ces versets en référence aux paroles de Torah, aux talmidé 'hakhamim et à l'entrée en terre d'Israël, et nous ont enseigné, à travers l'argent et l'or, le rapport entre la dimension révélée (niglé) et la dimension cachée (nistar). En fin de compte, Chlomo témoigne de lui-même qu'il ne succomba à aucun des trois écueils destructeurs de la richesse - la jalousie, la convoitise et les honneurs - et que même sa sagesse lui est restée sans tomber dans l'oubli ; et cette sagesse, acquise au prix d'efforts intenses (« af ») et d'un dévouement sans faille, est la seule qui subsiste réellement en l'homme.