Soixante-sixième "'hédèr" dans le palais du Hayom Yom.
Jeudi 6 Adar I 5703.
Cours : 'Houmach, Teroumah, cinquième lecture, avec le commentaire de Rachi.
Tehilim, 6 du mois, du chapitre 35 jusqu'à la fin du chapitre 38.
Tanya, toujours dans le chapitre 27, depuis les mots "velo od" jusqu'à la page 68, qui se termine par les mots "leéla harbé".
Le cours du jour rapporte une parole dite par le Rebbe Rachab. Donnons d'abord le contexte - quand elle a été dite et à quelle occasion - et nous lirons ensuite cette parole. La source se trouve dans une lettre écrite par le Rebbe Rayats à Roch 'Hodech Nissan 5695, à un 'hassid, Mordekhaï 'Hefets, de Riga.
Le Rebbe Rayats lui raconte que plusieurs années auparavant, en 5673, il avait quitté la Russie pour rendre visite à son père. À cette époque, le Rebbe Rachab séjournait à Menton, en France, sans doute pour des raisons de santé, et le Rebbe Rayats vint le voir. Il raconte qu'il se promenait avec lui au bord de la mer plusieurs heures chaque jour, et qu'il eut le mérite d'entendre de sa bouche des choses que personne n'avait entendues - comment se conduisaient nos Rebbeim, des choses transmises de génération en génération, des récits, des sujets profonds de 'hassidout, etc. Il raconte qu'il y resta plus de deux semaines, et décrit à quel point cette rencontre avec son père fut merveilleuse.
Parmi ces choses, il raconte qu'une fois son père lui dit quelque chose de tout à fait particulier : lorsqu'une personne, chaque matin avant de commencer la prière de Cha'harit, enveloppée dans son talit et couronnée de ses tefilin, médite la 'hassidout avant la prière - cela comporte d'immenses vertus. Le Rebbe Rachab lui détailla huit vertus que cela produit : comment cela affine le corps, lave l'âme, refroidit la nefech habahamit, lave l'âme naturelle, apaise l'âme intellectuelle, illumine le monde, et transforme ses midot. Et il dit : chez des gens simples cela agit, et chez des tsadikim - à plus forte raison.
Après avoir entendu tout cela, le Rebbe Rayats décrit en quelques lignes à quel point il était merveilleux de voir son père à ces instants ; on voyait tout simplement une douceur divine. Il dit que ce n'est qu'alors qu'il comprit les paroles de l'Admour Hazaken dans le Tanya au sujet des saints Avot, qui de toute leur vie ne cessèrent pas même une heure d'être liés par leur pensée et par leur âme au Maître du monde. Voir la beauté de la nature - son père à ses côtés au bord de la mer - et voir en même temps l'immersion de son père dans la Divinité, il dit que c'est une chose qui ne peut exister que chez un Rebbe fils de Rebbe, un homme du concret, quelqu'un chez qui il est tangible que "les yeux de Hachem sont posés sur lui".
Il poursuit et raconte : nous avons continué à marcher longtemps en silence, sans dire un mot. Tous les passants voyaient ce spectacle et remarquaient la grande lumière sur son visage. Et alors - et c'est ici qu'arrive la parole du jour - le Rebbe Rachab se tourne vers le Rebbe Rayats et lui dit : toutes les vertus que j'ai énumérées plus haut à propos de celui qui médite la 'hassidout avant la prière - elles ne sont en rien comparables à une vertu supplémentaire que l'homme reçoit, une vertu incommensurable, infiniment plus élevée que toutes les vertus précédentes que nous avons décrites.
Et pour parvenir à cela, dit-il ensuite, il faut de longues heures par jour de labeur, d'effort de l'âme et d'effort du corps dans l'étude de la 'hassidout. Et à quoi parvient-on ? Quelle est cette grande vertu ? C'est ce que vient dire la parole du jour, dont voici le titre : "Des si'hot de mon père et maître [le Rebbe Maharachab] nichmato eden" - se rapportant à cette occasion où il l'entendit de son père. Il le lui dit en yiddish, et en traduction : "C'est une vertu merveilleuse lorsque le Saint béni soit-Il accorde ce mérite, et que l'on est gratifié d'un sens et d'un goût particuliers à faire du bien à un Juif, au point que l'autre lui est plus cher qu'il ne l'est à ses propres yeux".
Jusqu'à ce qu'il parvienne à un état où l'autre lui est plus cher qu'il ne l'est à ses propres yeux. Et comment un tel état est-il possible, que l'autre lui soit plus cher que lui-même ? Il précise : "car pour lui-même il peut trouver plusieurs raisons pour lesquelles il a été décrété que sa situation ne soit pas bonne, 'has vechalom, mais pour l'autre cela ne s'applique aucunement". Lorsqu'un homme fait le compte pour lui-même, il peut trouver bien des raisons pour lesquelles il mérite qu'il lui arrive des choses qui ne sont pas bonnes ; mais à l'égard de l'autre, tout ce calcul ne s'applique pas du tout. Au sujet d'autrui, il n'y a pas lieu de dire "il mérite telle et telle chose pour telle et telle raison", mais il faut avoir en soi un sens et un plaisir à ce que l'autre aille bien, à lui faire du bien et à penser du bien de lui.
Telle est la vertu que l'on mérite - recevoir ce sens. À ce propos, le Rebbe Rachab dit là-bas que c'est une vertu plus merveilleuse que toutes les autres vertus que l'homme peut avoir ; car bien qu'il ait détaillé huit vertus qui sont elles-mêmes des choses merveilleuses, cette vertu-ci les dépasse toutes par son caractère extraordinaire, de la manière la plus merveilleuse qui soit.