Nous en sommes au douzième cours sur la Shalsheles HaYachas - dans la seconde partie de l'histoire de la vie du Admour HaEmtsaï. Nous sommes arrivés à l'année 5575.
« En 5575, il fait des démarches et agit auprès des instances du gouvernement afin que soient attribuées des parcelles de terre dans la province de Kherson, et il y fonde des colonies juives ». On sait qu'à l'époque du Admour HaEmtsaï, la situation matérielle des juifs était très mauvaise, et le Admour HaEmtsaï proposa au gouvernement qu'on lui accorde des terres, sur lesquelles il installa environ deux mille juifs qui devinrent agriculteurs - ce sont les colonies qu'il fonda à Kherson et dans toute cette région.
Comme le raconte le Rebbe dans ses Reshimot HaYoman, toutes ces terres furent enregistrées au nom du Admour HaEmtsaï, et les deux mille colons furent exemptés d'impôts. On les aida même à s'y rendre : on leur donna des chevaux pour pouvoir arriver jusqu'aux colonies, et l'autorisation fut donnée que toutes leurs bêtes puissent paître en chemin dans les champs du gouvernement - apparemment une faveur toute particulière.
Le Admour HaEmtsaï publia même une lettre, imprimée dans ses Igros Kodesh, sur la grande utilité qu'il y a précisément à travailler la terre. Il y relève, entre autres, que cela réduira l'antisémitisme, et que le gouvernement rapprochera les juifs et les verra d'un meilleur œil - car le gouvernement n'aime pas les types de commerce auxquels les juifs sont habitués, tandis que lorsqu'ils seront agriculteurs, tout se passera dans le calme et la tranquillité.
J'ai entendu une fois une explication que je n'ai pas vue écrite mais qui sonne bien : celui qui travaille la terre reste tout le temps avec sa famille et ne quitte pas son lieu, ce qui préserve la vie de crainte du Ciel des familles. En revanche, lorsque le père est commerçant et doit voyager la plus grande partie de l'année en toutes sortes d'endroits, il est naturellement plus difficile de tenir la maison juive comme il convient. C'est là une des raisons pour lesquelles le Admour HaEmtsaï voulait que l'occupation des juifs soit le travail de la terre.
« En 5576-5577, il fonde une communauté 'hassidique Habad à Hébron ». Il semble que l'installation des 'hassidim à Hébron s'est faite par étapes, car en plusieurs endroits on mentionne des années semblables ou un peu plus tardives ; il semble que 5576 fut vraiment la première étape, celle où le Admour HaEmtsaï donna aux 'hassidim l'autorisation de partir en Terre Sainte. Dans les chroniques, il est décrit qu'au début ils habitèrent à Tsfat, et qu'ensuite ils arrivèrent à Hébron.
Ce que le Admour HaEmtsaï relève dans l'une de ses lettres est intéressant : « J'ai trouvé écrit au nom du Radbaz que quiconque possède une parcelle de terre dans la ville sainte de Hébron sera sauvé du 'hibout hakever ». Le Admour HaEmtsaï y acheta une parcelle, qui devint la synagogue de Hébron et était enregistrée à son nom, et jusqu'à aujourd'hui cette propriété lui appartient - car il voulait avoir une parcelle à Hébron. On peut dire que la plus ancienne synagogue Habad au monde se trouve à Hébron, depuis l'époque du Admour HaEmtsaï, lorsque les 'hassidim Habad s'installèrent à Hébron.
Le détail suivant est l'année « 5577 - il visite les colonies », ces colonies qu'il avait fondées à Kherson. Il s'y rendait de temps en temps « et y séjournait » plusieurs mois, « de Pessa'h jusqu'à Elloul » - presque une demi-année - pour les renforcer, etc.
« En l'année 5587, il fut arrêté » : eut lieu la fameuse arrestation du Admour HaEmtsaï, « sur la base d'une dénonciation » - le même genre de dénonciation que celle portée contre l'Admour HaZaken, à savoir qu'il collectait de l'argent afin de se rebeller contre l'empire de Russie. Il fut emmené en détention le 28 Tishrei 5587.
Rappelons qu'au début de sa nessiout, il y eut une période durant laquelle le Admour HaEmtsaï voyagea en direction de Loubavitch, et collecta en chemin de l'argent auprès des 'hassidim afin de financer ses activités. Il écrivit une lettre au 'hassid Rabbi Pin'has Reizes, dans laquelle il décrivait qu'en chemin il avait collecté trois ou quatre mille roubles, et il lui demandait de choisir deux autres 'hassidim, afin qu'ils soient trois, et qu'ils s'asseyent ensemble pour décider comment répartir cet argent.
Au fil des années, cette lettre parvint entre les mains de celui qui dénonça le Admour HaEmtsaï, et celui-ci y introduisit une falsification - il ajouta deux lettres seulement : au lieu de « ג' ou ד' milliers », il écrivit « ק"ג » ou « ק"ד », c'est-à-dire cent trois ou cent quatre mille roubles au lieu de trois ou quatre mille, une somme énorme. Puis on argua devant le gouvernement : si dans un endroit aussi petit il a collecté autant d'argent, c'est qu'il s'y passe sans doute qui sait quoi, et qu'on cherche à agir contre le gouvernement. C'est effectivement pour cela que le Admour HaEmtsaï fut emmené en détention, et selon les mots de la suite : « et le 10 Kislev il fut libéré » - le 10 Kislev 5587, qui est la célèbre fête de la libération du Admour HaEmtsaï.
« Lorsque fut publié le décret du roi concernant la prise des jeunes juifs pour le service militaire », le Admour HaEmtsaï le prit très durement, et voulut agir de manière spirituelle pour l'annulation de ce décret - « il entreprend son voyage pour visiter le sanctuaire du tsiyoun, l'ohel de son père, à Haditch ». Il partit de Loubavitch pour Haditch et y demeura longtemps ; dans l'une des notes, il est écrit qu'il partit en Tammouz 5587 et y resta jusqu'au milieu de 'Heshvan 5588 - plusieurs mois - sans quitter le lieu, uniquement pour prier au sujet du décret de conscription des jeunes juifs.
Après avoir terminé à Haditch, au milieu de 'Heshvan 5588, il entama son voyage de retour, et c'est au milieu du chemin qu'eut lieu sa hilloula : « le mercredi 9 Kislev 5588 » - qui est le jour de sa naissance - « alors qu'il se trouvait dans la ville de Niezhin, province de Tchernigov, revenant de sa visite à l'ohel de son père, il quitta ce monde ». Son départ eut lieu le jour de son anniversaire.
On raconte que le Admour HaEmtsaï disait toujours qu'il craignait l'année 5588, et il disait à son sujet : « C'est une année sur laquelle sont laissés entendre des décrets », Rachmana litslan. Une fois il dit que lorsqu'on emmena son père, l'Admour HaZaken, pour sa seconde détention - comme cela est décrit dans les récits sur l'Admour HaZaken - l'Admour HaZaken avait cinquante-quatre ans. Et il dit : « On donna à Papa, du Ciel, le choix de ce qu'il prendrait à l'âge de cinquante-quatre ans : des souffrances ou le départ de ce monde ; et Papa choisit les souffrances, c'est pourquoi on l'emmena pour la seconde détention. » Et il conclut : « Il semble qu'il m'ait laissé la seconde possibilité. » Et en effet son départ eut lieu le jour de son anniversaire, à l'âge de cinquante-quatre ans, exactement à l'âge auquel son père avait été emmené en détention.
On raconte encore qu'une fois - apparemment lors de son voyage au tsiyoun de son père à Haditch - il sortit du tsiyoun avec une grande joie et le visage véritablement rayonnant, et il dit : « J'ai obtenu de Papa qu'on me décharge de la rabbanout. » Les 'hassidim ne pensèrent pas qu'il faisait allusion à son départ de ce monde, car le Admour HaEmtsaï disait tout le temps qu'il souhaitait partir en Terre Sainte, et ils étaient persuadés qu'il voulait dire qu'il avait reçu de son père l'autorisation de quitter les 'hassidim et de partir en Terre Sainte. Ils lui dirent : « Comment laisseras-tu les 'hassidim sans guide ? », et il leur répondit : « Mon gendre est parmi vous » - il faisait allusion au Rebbe le Tsema'h Tsedek, qui devint effectivement par la suite le guide, le Rebbe suivant.
Après ce récit, il partit de là, arriva à Niezhin, et y tomba gravement malade et quitta ce monde. Dans Beis Rebbi sont rapportées de nombreuses descriptions merveilleuses sur la manière de son départ, qui ressemblait en bien des points au départ de Rashbi. Le jour de son cinquante-quatrième anniversaire, נ"ד, ce même jour eut lieu son départ, « et là est son lieu de repos honoré », son lieu de sépulture étant à Niezhin, là où il quitta ce monde.