TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 34 - Yoshiyahou et la découverte du livre de la Torah - Deuxième partie

Lire l'original
Introduction : La découverte du livre de la Torah à l'époque de Yoshiyahou

Dans cette partie du chapitre, nous parvenons à un moment charnière du règne de Yoshiyahou : au cours des travaux de réparation du Temple, alors que l'on retire l'argent collecté pour la rénovation, le livre de la Torah est découvert. Dès lors, les événements s'enchaînent : déchirement des vêtements, envoi d'une délégation auprès de la prophétesse 'Houldah, prophétie annonçant la destruction, et conclusion d'une nouvelle alliance entre le peuple et le Saint, béni soit-Il. Parcourons les versets dans l'ordre.

וּבְהוֹצִיאָם אֶת־הַכֶּסֶף הַמּוּבָא בֵּית יְהֹוָה מָצָא חִלְקִיָּהוּ הַכֹּהֵן אֶת־סֵפֶר תּוֹרַת־יְהֹוָה בְּיַד־מֹשֶׁה׃ - Alors qu'ils sortaient l'argent apporté dans la maison de l'Éternel, 'Hilkiyahou le Cohen trouva le livre de la Torah de l'Éternel [transmis] par la main de Moché.

À l'instant où ils sortaient l'argent apporté dans la maison de l'Éternel, 'Hilkiyahou le Cohen trouva le livre de la Torah de l'Éternel par la main de Moché, c'est-à-dire le Sefer Torah transmis à Moché Rabbénou. Quel était précisément ce livre découvert ? Les commentateurs s'interrogent à ce sujet. Le Metsoudat David explique qu'étant donné qu'A'haz avait brûlé la Torah, selon les paroles de nos Sages, les Cohanim avaient craint qu'il ne s'en prenne également au Sefer Torah déposé à côté de l'Arche sainte, le rouleau écrit par Moché sous la dictée divine. Ils l'avaient donc pris et caché pour le soustraire à A'haz. Après la mort de celui-ci, on chercha l'endroit où le livre avait été dissimulé, mais son emplacement demeura inconnu. À présent, alors que le Cohen Gadol s'occupait de l'argent apporté dans la maison de l'Éternel et des réparations du Temple pour constater ce qui nécessitait une rénovation, il tomba par hasard sur ce Sefer Torah caché, dont on avait oublié la cachette.

וַיַּעַן חִלְקִיָּהוּ וַיֹּאמֶר אֶל־שָׁפָן הַסּוֹפֵר סֵפֶר הַתּוֹרָה מָצָאתִי בְּבֵית יְהֹוָה וַיִּתֵּן חִלְקִיָּהוּ אֶת־הַסֵּפֶר אֶל־שָׁפָן׃ - 'Hilkiyahou prit la parole et dit à Chafan le scribe : « J'ai trouvé le livre de la Torah dans la maison de l'Éternel. » Et 'Hilkiyahou remit le livre à Chafan.

'Hilkiyahou annonce la nouvelle à Chafan le scribe, celui-là même qui avait coutume de faire toutes les lectures devant le roi, et lui remet le livre. Nos Sages rapportent que lorsque le rouleau fut trouvé, il était enroulé à la section des réprimandes (les Tokha'hot), et le haut de la colonne s'ouvrait sur le verset : « L'Éternel te conduira, toi et ton roi... ». Or, quiconque examine nos rouleaux de la Torah ne trouvera aucune colonne commençant par ces mots, d'autant plus qu'aujourd'hui, les scribes ont pour coutume d'appliquer la règle des « Vavé HaAmoudim » (chaque colonne commence par la lettre Vav), de sorte qu'une colonne ne s'ouvre jamais par la lettre Youd, mais toujours par un Vav, à l'exception de six colonnes désignées par l'acronyme « B-Y-H Chemo » qui débutent par d'autres lettres.

En réalité, l'usage de faire débuter chaque colonne par un Vav n'est pas très ancien ; il remonte aux générations plus récentes, et certains décisionnaires s'y sont même opposés. En effet, pour commencer par un Vav - et plus encore pour faire commencer chaque colonne de la Méguilah par le mot « Hamélekh », comme il est coutume -, le scribe est contraint de resserrer ou d'étirer l'écriture pour faire tomber ce mot au sommet de la colonne. Quoi qu'il en soit, les seuls rouleaux de la Torah où la phrase « L'Éternel te conduira, toi et ton roi » apparaît au sommet d'une colonne sont les rouleaux yéménites, particulièrement authentiques et précis, transmis d'après le codex de Ben Acher. D'ailleurs, les recherches sur les codes de la Torah (« les sauts équidistants de lettres ») sont effectuées sur les textes yéménites, car il existe de légères variantes entre les traditions de rouleaux, environ une douzaine de variantes orthographiques mineures. Il ne s'agit nullement d'une différence de mot ou de sens textuel, mais seulement d'orthographe pleine ou défective, comme « Vayehi yemé Noa'h » ou « Vayihyou yemé Noa'h », ou encore l'écriture de « Ketoret » avec ou sans Vav. Dès lors, pour les codes de lettres, la moindre variation d'une seule lettre fausse le calcul, raison pour laquelle ces recherches se fondent sur les rouleaux yéménites.

Revenons à notre sujet : on recherchait ce rouleau de la Torah, et voici que 'Hilkiyahou vient annoncer la découverte du livre disparu. Pourquoi y ont-ils vu un signe ? Parce que le Sefer Torah placé à côté de l'Arche était toujours réenroulé à son début, sur « Beréchit bara Élo-him ». Chaque fois que le roi achevait d'y lire, on le réenroulait à son commencement. Or, ici, ils le trouvèrent ouvert à un endroit inattendu, dans la section des réprimandes, et ils y décelèrent une allusion céleste annonçant l'exil : « L'Éternel te conduira, toi et ton roi ».

Malbim : Le livre de Moché Rabbénou

Le Malbim apporte une précision : du fait qu'il est écrit « il a trouvé LE livre de la Torah », avec l'article défini (la lettre Hé), il est évident qu'il ne s'agit pas d'un simple Sefer Torah ordinaire, mais de celui-là même rédigé par Moché Rabbénou. Ce rouleau insigne et infiniment précieux avait été dissimulé à l'époque de Ménaché et d'Amon, et on l'avait cherché depuis lors sans parvenir à retrouver sa trace.

וַיָּבֵא שָׁפָן אֶת־הַסֵּפֶר אֶל־הַמֶּלֶךְ וַיָּשֶׁב עוֹד אֶת־הַמֶּלֶךְ דָּבָר לֵאמֹר כֹּל אֲשֶׁר־נִתַּן בְּיַד־עֲבָדֶיךָ הֵם עֹשִׂים׃ - Chafan apporta le livre au roi et lui rendit également compte en disant : « Tout ce qui a été remis entre les mains de tes serviteurs, ils l'accomplissent. »

Chafan apporte le livre au roi et, au-delà de l'annonce de la découverte, il lui rend compte de sa mission première : le roi leur avait donné des ordres concernant la collecte de l'argent et la consolidation des structures du Temple, et Chafan lui confirme que toute la tâche qui leur incombait est accomplie. Le Malbim explique qu'il y avait deux catégories d'argent dans cette collecte : l'argent des vœux et des dons volontaires déjà en la possession de 'Hilkiyahou, et l'argent recueilli à travers les villes de Yéhouda qui venait d'être apporté. Au sujet de l'argent récemment collecté, Chafan déclare : « Tout ce qui a été remis entre les mains de tes serviteurs, ils l'accomplissent », c'est-à-dire qu'ils le remettront aux artisans pour qu'ils le fondent et l'emploient. Quant à l'argent qui se trouvait dans la maison de l'Éternel auparavant - les dons et vœux déjà aux mains du Cohen Gadol -, ils l'avaient déjà fondu et remis aux artisans de leur propre initiative, avant même que le roi n'en donne l'ordre.

וַיַּתִּיכוּ אֶת־הַכֶּסֶף הַנִּמְצָא בְּבֵית־יְהֹוָה וַיִּתְּנוּהוּ עַל־יַד הַמֻּפְקָדִים וְעַל־יַד עוֹשֵׂי הַמְּלָאכָה׃ - Ils ont fondu l'argent qui se trouvait dans la maison de l'Éternel, et ils l'ont remis entre les mains des préposés et entre les mains des exécutants des travaux.

« Vayatikhou » signifie qu'ils ont coulé le métal, comme dans « vayitsok chémen » (et il versa de l'huile), et le Targoum traduit « vé-atikh ». C'est-à-dire qu'ils faisaient fondre l'argent pour en frapper des pièces de monnaie. « Les préposés » désignent les maîtres d'œuvre, appelés architectes, et ceux-ci remettaient l'argent entre les mains des exécutants des travaux, qui étaient les artisans et ouvriers sur le terrain.

וַיַּגֵּד שָׁפָן הַסּוֹפֵר לַמֶּלֶךְ לֵאמֹר סֵפֶר נָתַן לִי חִלְקִיָּהוּ הַכֹּהֵן וַיִּקְרָא־בוֹ שָׁפָן לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ׃ - Chafan le scribe informa le roi en disant : Le Cohen 'Hilkiyahou m'a donné un livre. Et Chafan y lut devant le roi.

Après avoir rendu compte au roi point par point de sa mission, Chafan commence à détailler l'affaire du livre : voici que 'Hilkiyahou m'a remis le livre perdu, et il le lui a donné alors qu'il était enroulé à cet endroit précis. C'est le sens de « et Chafan y lut devant le roi » : il lut dans le livre à l'endroit exact où il s'était trouvé ouvert.

וַיְהִי כִּשְׁמֹעַ הַמֶּלֶךְ אֵת דִּבְרֵי הַתּוֹרָה וַיִּקְרַע אֶת־בְּגָדָיו׃ - Lorsque le roi entendit les paroles de la Torah, il déchira ses vêtements.

Lorsque le roi entend le passage lu : « L'Éternel te conduira, toi et ton roi que tu auras établi sur toi... », il déchire ses vêtements. Il comprend qu'il y a là un signe divin : pourquoi donc ce livre s'est-il trouvé enroulé précisément à la section des réprimandes ?

וַיְצַו הַמֶּלֶךְ אֶת־חִלְקִיָּהוּ וְאֶת־אֲחִיקָם בֶּן־שָׁפָן וְאֶת־עַבְדּוֹן בֶּן־מִיכָה וְאֵת שָׁפָן הַסּוֹפֵר וְאֵת עֲשָׂיָה עֶבֶד־הַמֶּלֶךְ לֵאמֹר׃ - Le roi donna cet ordre à 'Hilkiyahou, à A'hikam fils de Chafan, à Avdon fils de Mikha, à Chafan le scribe et à Assaya serviteur du roi, en disant :

Dans notre texte, il est écrit « Avdon », alors que dans le deuxième livre des Rois, il est appelé « Akhbor ». Le Metsoudat Tsiyone explique qu'il portait ces deux noms, selon l'usage que nous avons déjà expliqué voulant que les personnes aient plusieurs noms.

לְכוּ דִרְשׁוּ אֶת־יְהֹוָה בַּעֲדִי וּבְעַד הַנִּשְׁאָר בְּיִשְׂרָאֵל וּבִיהוּדָה עַל־דִּבְרֵי הַסֵּפֶר אֲשֶׁר נִמְצָא כִּי־גְדוֹלָה חֲמַת־יְהֹוָה אֲשֶׁר נִתְּכָה בָנוּ עַל אֲשֶׁר לֹא־שָׁמְרוּ אֲבוֹתֵינוּ אֶת־דְּבַר יְהֹוָה לַעֲשׂוֹת כְּכׇל־הַכָּתוּב עַל־הַסֵּפֶר הַזֶּה׃ - Allez consulter l'Éternel pour moi et pour le reste d'Israël et de Juda, au sujet des paroles du livre qui a été trouvé ; car grande est la fureur de l'Éternel qui s'est déversée sur nous, parce que nos pères n'ont point gardé la parole de l'Éternel pour agir selon tout ce qui est écrit dans ce livre.

Le roi leur demande de consulter l'Éternel et d'interroger les prophètes à son sujet, au sujet du reste d'Israël et au sujet de tout Juda, à propos de ce qui est écrit dans ce livre, car il y a vu une prophétie de malheur. « La fureur de l'Éternel qui s'est déversée sur nous » est semblable à un feu qui s'abat et se répand. Et puisque les hommes de cette génération étaient eux-mêmes intègres, il précise : « parce que nos pères n'ont point gardé la parole de l'Éternel pour agir selon tout ce qui est écrit dans ce livre ».

וַיֵּלֶךְ חִלְקִיָּהוּ וַאֲשֶׁר הַמֶּלֶךְ אֶל־חֻלְדָּה הַנְּבִיאָה אֵשֶׁת שַׁלֻּם בֶּן־תׇּקְהַת בֶּן־חַסְרָה שׁוֹמֵר הַבְּגָדִים וְהִיא יוֹשֶׁבֶת בִּירוּשָׁלַיִם בַּמִּשְׁנֶה וַיְדַבְּרוּ אֵלֶיהָ כָּזֹאת׃ - 'Hilkiyahou et les hommes désignés par le roi se rendirent auprès de la prophétesse 'Houlda, femme de Challoum fils de Tokhat, fils de 'Hasra, gardien des vêtements ; elle résidait à Jérusalem, dans le Michné. Et ils lui parlèrent en ces termes.
Pourquoi furent-ils envoyés précisément auprès de la prophétesse 'Houlda ?

Hilkiyahou et les ministres envoyés par le roi se rendent auprès de 'Houlda la prophétesse, femme de Chaloum fils de Tikhat, fils de 'Hassra. Nos Sages enseignent qu'ils furent envoyés précisément vers elle parce que les femmes sont plus compatissantes que les hommes, et c'est pourquoi le roi ne s'adressa pas à Jérémie (Yirmeyahou), qui était un prophète de rigueur. À première vue, la chose est surprenante : le prophète ne transmet-il pas fidèlement ce que D.ieu lui ordonne, et quelle raison y a-t-il d'envoyer vers quelqu'un de plus compatissant ? La prophétie se ferait-elle sur commande ? En réalité, bien que la prophétie émane de D.ieu, la manière dont le prophète exprime le message varie d'un prophète à l'autre, comme le disent nos Sages : « il n'y a pas deux prophètes qui prophétisent dans le même style » ; la forme sous laquelle les paroles sont prononcées a donc une importance capitale. Autre explication : le roi espérait que, les femmes étant compatissantes de nature, elle prierait pour cette cause. En revanche, Jérémie, accoutumé aux prophéties de châtiment, aurait pu déclarer en entendant cela : « Voilà bien ce que je vous avais annoncé », et ne pas intercéder en leur faveur. Mais 'Houlda, animée de cette miséricorde propre aux femmes, implorerait la pitié divine pour le peuple, et par cette prière, le malheur serait conjuré.

Le Metsoudat David suggère qu'il est possible que les autres prophètes ne se soient pas trouvés à Jérusalem à ce moment-là, et que c'est pour cette raison pratique que l'on s'adressa à 'Houlda. Mais nos Sages ont déduit des termes « Hilkiyahou et ceux que le roi avait désignés allèrent auprès de 'Houlda la prophétesse » qu'il s'agissait d'une mission délibérément orientée vers elle : ils ont affirmé que ce choix était intentionnel, bien qu'il fût possible de consulter d'autres prophètes, afin d'éveiller la miséricorde, car les femmes ont le cœur compatissant.

Le gardien des vêtements et celle qui résidait dans le Michné

L'époux de 'Houlda, Chaloum fils de Tikhat, fils de 'Hassra, est désigné comme « le gardien des vêtements ». Le commentaire attribué à Rachi précise : il s'agissait soit des vêtements sacerdotaux, soit des habits royaux ; car s'il s'agissait de simples vêtements ordinaires, quelle fonction y aurait-il à garder ? Mais lorsqu'il est question des parures du roi ou des vêtements du Temple, la charge de gardien des vêtements prend toute sa noblesse. Et où résidait-elle ? « À Jérusalem, dans le Michné » : la cité était entourée d'une double muraille, et elle demeurait entre ces deux remparts. Le Targoum traduit cette expression par « Beit Oulpana », une maison d'étude, un lieu consacré à la Torah. 'Houlda disposait d'une chambre attenante à la salle des pierres de taille (Lichkat HaGazit) ; cette chambre de 'Houlda était ouverte vers l'extérieur et close du côté du Sanhédrin qui siégeait dans la Lichkat HaGazit, comme le rapporte le traité Midot. Cette disposition répondait à une exigence de pudeur (tsniout) : la pièce donnait sur l'extérieur afin que tout passant pût voir ce qui s'y passait, prévenant ainsi tout risque d'isolement interdit (yi'houd) pour quiconque y pénétrait.

Le texte porte ici « Tikhat fils de 'Hassra », tandis que dans le deuxième livre des Rois il est nommé « Tikva fils de 'Har'has » ; le Metsoudat Tsiyone souligne qu'il s'agit bien de la même personne, les personnages bibliques portant souvent plusieurs noms.

La force de la tsedaka : Chaloum fils de Tikva

Pourquoi le nom de cet époux est-il mentionné, et quelle grandeur possédait-il pour que l'Écriture juge nécessaire de le nommer expressément ? Les Pirké de-Rabbi Eliézer rapportent au nom de Rabbi Azarya : « Sache quelle est la puissance de la tsedaka ! Viens et constate-le à travers l'exemple de Chaloum fils de Tikva : il comptait parmi les grands de sa génération et multipliait les actes de bienfaisance chaque jour. » Que faisait-il concrètement ? Il remplissait une outre d'eau, s'asseyait aux portes de la ville, et désaltérait tout voyageur épuisé par la route, lui redonnant ainsi des forces. Rendez-vous compte : il tenait un point d'accueil gratuit à l'entrée de la ville, offrant de quoi boire à tout arrivant pour ranimer son âme ! C'est par le mérite de cette charité constante que l'esprit de prophétie reposa sur sa femme, ainsi qu'il est dit : « Hilkiyahou le prêtre se rendit [...] auprès de 'Houlda la prophétesse, femme de Chaloum fils de Tikva ».

Par allusion, ajoutent les Pirké de-Rabbi Eliézer, il était surnommé « fils de Sa'hra », dans le sens de « car son négoce (sa'hra) est meilleur que le commerce de l'argent ». À la mort de son mari, ses œuvres de charité vinrent à manquer, ce grand mérite cessa de protéger la ville, et tout Israël se rassembla pour rendre hommage et accomplir l'ultime devoir envers Chaloum fils de Tikva. Or, c'est ce même homme dont il est raconté que des fossoyeurs, apercevant une troupe ennemie s'approcher, jetèrent précipitamment son corps dans la tombe du prophète Élisée (Elicha) ; sa dépouille toucha les ossements d'Élisée, et il reprit vie. Et par la suite, après être revenu à la vie, rapportent les Pirké de-Rabbi Eliézer, il engendra 'Hanamel fils de Chaloum.

Une interrogation surgit aussitôt : pourquoi l'esprit prophétique reposerait-il sur son épouse en récompense d'une mitsva que lui-même accomplissait ? On pourrait d'abord penser au précédent de Débora, dont la tradition rapporte qu'elle incitait son mari Barak à confectionner des mèches pour le Sanctuaire ; de même ici, dans la mesure où elle l'encourageait à pratiquer cette bienfaisance, elle en recevait la rétribution spirituelle, tandis que lui méritait d'avoir son nom immortalisé dans le texte. Toutefois, en examinant les sources, nous trouvons que l'auteur du Midrash Talpiyot et du Chévèt Moussar, Rabbi Eliyahou HaCohen, résout cette difficulté dans son ouvrage Mé'il Tsedaka : en réalité, Chaloum était un notable très fortuné et renommé, mais il ne faisait pas partie des grands érudits en Torah ni des justes éminents ; il n'était donc pas prédisposé à recevoir directement la prophétie. Quel fut alors son salaire ? S'étant dévoué corps et âme à la mitsva de bienfaisance (guemilout 'hassadim), l'esprit divin descendit sur son épouse, qui ne faisait qu'un avec lui en tant que moitié de son être, et qui possédait, elle, l'élévation intérieure requise pour accueillir la Présence divine ; d'autant plus qu'elle le secondait activement et facilitait ses actes de bonté. Le texte vient ainsi nous enseigner : contemplez la grandeur de cet homme qui, bien qu'étant « fils de Sa'hra », un négociant fortuné, sut délaisser ses affaires pour se consacrer au bien d'autrui, valant ainsi à sa femme d'accéder au rang de prophétesse.

Notons encore que l'identification de Chaloum fils de Tikva avec l'homme ressuscité au contact des ossements d'Élisée fait l'objet d'une divergence d'opinions. Certains commentateurs estiment que le ressuscité était en réalité le faux prophète qui habitait à Beit El, d'autres qu'il s'agissait de Tsidkiyahou fils de Kenaana. Une chose est certaine : le traité Sanhédrin présente cet individu comme un impie, ce qui montre que nous sommes en présence de traditions midrachiques divergentes.

וַתֹּאמֶר לָהֶם כֹּה־אָמַר יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל אִמְרוּ לָאִישׁ אֲשֶׁר־שָׁלַח אֶתְכֶם אֵלָי׃ - Elle leur dit : « Ainsi parle l'Éternel, le D.ieu d'Israël : Dites à l'homme qui vous a envoyés vers moi... »
« Flétries par leur nom »

Nos Sages enseignent : il y eut deux prophétesses qui portaient des noms peu glorieux, Ziboura et Karkhoushta. Ziboura désigne Débora (la guêpe) et Karkhoushta désigne Houlda (la belette), deux animaux impurs, et nos Sages ont décelé chez elles une imperfection. Leur défaut commun fut d'avoir fait preuve d'une certaine hauteur d'esprit. Chez Débora, il est écrit : « Jusqu'à ce que je me sois levée, moi Débora, levée comme une mère en Israël », ce qui dénote une pointe d'orgueil. Il en va de même ici avec Houlda : « Dites à l'homme qui vous a envoyés vers moi » - pourquoi employer le mot « l'homme » ? Comme s'il s'agissait d'un inconnu, alors qu'elle parle du roi ! Elle aurait dû dire : « Dites au roi qui vous a envoyés vers moi ». Il y a là une marque de dédain, et c'est pourquoi nos Sages disent que leurs noms portaient la trace de ce manquement.

כֹּה אָמַר יְהֹוָה הִנְנִי מֵבִיא רָעָה עַל־הַמָּקוֹם הַזֶּה וְעַל־יוֹשְׁבָיו אֵת כׇּל־הָאָלוֹת הַכְּתוּבוֹת עַל־הַסֵּפֶר אֲשֶׁר קָרְאוּ לִפְנֵי מֶלֶךְ יְהוּדָה׃ - Ainsi a parlé l'Éternel : Voici que Je vais faire venir le malheur sur ce lieu et sur ses habitants, toutes les malédictions écrites dans le livre qu'on a lu devant le roi de Juda.

Le Metsoudat David explique qu'elle leur déclare que ce signe n'était pas fortuit, et que l'Éternel s'adresse à eux pour ainsi dire en ces termes : Je fais venir le malheur sur ce lieu et sur ses habitants, toutes les imprécations, c'est-à-dire les malédictions consignées dans le livre qui a été lu devant le roi de Juda. Le Malbim précise qu'Ezra explicite ici la formule employée dans le livre des Rois (« toutes les paroles du livre qu'on a lu devant lui ») : on lui lut alors les réprimandes du Deutéronome, et conformément aux paroles de nos Sages, le rouleau était précisément ouvert sur le verset « L'Éternel te mènera, toi et ton roi », et c'est ce passage qui lui fut lu. Le Malbim ajoute : pour le reste du sujet, je l'ai déjà expliqué là-bas, et l'on pourra s'y reporter dans les cours sur le livre des Rois.

תַּחַת אֲשֶׁר עֲזָבוּנִי וַיְקַטְּרוּ לֵאלֹהִים אֲחֵרִים לְמַעַן הַכְעִיסֵנִי בְּכֹל מַעֲשֵׂי יְדֵיהֶם וְתִתַּךְ חֲמָתִי בַּמָּקוֹם הַזֶּה וְלֹא תִכְבֶּה׃ - Parce qu'ils M'ont abandonné et qu'ils ont fait fumer de l'encens pour d'autres dieux, afin de M'irriter par toutes les œuvres de leurs mains ; Ma fureur se répandra sur ce lieu et ne s'éteindra point.

« Et qu'ils ont fait fumer de l'encens pour d'autres dieux » signifie qu'ils ont brûlé de l'encens ou offert des sacrifices à l'idolâtrie, et tout cela « afin de M'irriter par toutes les œuvres de leurs mains », commettant ainsi des transgressions dans l'intention délibérée de provoquer Dieu. Dans les mots « Ma fureur se répandra (vatitakh) sur ce lieu », se trouve une allusion remarquable : si l'on écrit « Titakh » en toutes lettres, on obtient Tav-Youd (410) et Tav-Khaf (420), ce qui correspond à la durée du Premier et du Second Temple : 410 ans pour le Premier Temple et 420 ans pour le Second Temple. L'allusion est contenue dans « Ma fureur se répandra sur ce lieu », annonçant la ruine du Sanctuaire après avoir subsisté 410 et 420 ans. « Et elle ne s'éteindra point » est une métaphore indiquant une colère sans répit, un courroux destructeur qui consumera tout.

וְאֶל־מֶלֶךְ יְהוּדָה הַשֹּׁלֵחַ אֶתְכֶם לִדְרוֹשׁ בַּיהֹוָה כֹּה תֹאמְרוּ אֵלָיו כֹּה־אָמַר יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל הַדְּבָרִים אֲשֶׁר שָׁמָעְתָּ׃ - Mais quant au roi de Juda qui vous a envoyés consulter l'Éternel, voici ce que vous lui direz : Ainsi a parlé l'Éternel, le Dieu d'Israël, au sujet des paroles que tu as entendues :

On remarque ici qu'elle lui accorde les égards qui lui reviennent : « au roi de Juda ». Le sens est le suivant : pour ce qui touche personnellement le roi de Juda. C'est là toute la nuance. D'une façon générale, il est décrété qu'il y aura l'exil et la colère divine, mais il y a aussi un aspect personnel propre au roi, car le texte disait bien : « L'Éternel te mènera, toi et ton roi ». Elle lui dit donc : « Quant aux paroles que tu as entendues » - ces avertissements t'ont bouleversé et ont produit leur effet en toi, si bien que ton destin ne sera pas entièrement confondu avec le leur.

יַעַן רַךְ־לְבָבְךָ וַתִּכָּנַע מִלִּפְנֵי אֱלֹהִים בְּשׇׁמְעֲךָ אֶת־דְּבָרָיו עַל־הַמָּקוֹם הַזֶּה וְעַל־יֹשְׁבָיו וַתִּכָּנַע לְפָנַי וַתִּקְרַע אֶת־בְּגָדֶיךָ וַתֵּבְךְּ לְפָנָי וְגַם־אֲנִי שָׁמַעְתִּי נְאֻם־יְהֹוָה׃ - Parce que ton cœur s'est attendri et que tu t'es humilié devant Dieu en entendant Ses paroles contre ce lieu et contre ses habitants, que tu t'es humilié devant Moi, que tu as déchiré tes vêtements et que tu as pleuré devant Moi, Moi aussi J'ai entendu, parole de l'Éternel.
« Ton cœur s'est attendri » face à l'endurcissement du cœur

« Parce que ton cœur s'est attendri et que tu t'es humilié devant Dieu » - tu n'as pas endurci ton cœur. En contraste absolu, qui donc prit le rouleau des Lamentations pour le jeter dans le brasero ? C'est Yehoyakim. Et que cherchait-il à signifier par cet acte ? Que toutes ces prophéties étaient sans valeur. Quelles en furent les conséquences ? Deux chapitres supplémentaires vinrent s'ajouter au livre des Lamentations, que Dieu nous en préserve. On voit bien ici que lorsqu'un message divin est reçu avec superbe et sans remise en question, cela relève d'une hostilité par indifférence (« hamat kéri »), ce qui déchaîne une colère plus redoutable encore. Mais ici, la prophétesse le loue : ton cœur s'est attendri et tu t'es soumis devant Dieu, tu as reçu cet avertissement de plein fouet et tu t'es réveillé. « En entendant Ses paroles contre ce lieu et contre ses habitants », tu as pris la mesure de la gravité des avertissements et tu as reconnu la parole de l'Éternel. « Et tu t'es humilié devant Moi, tu as déchiré tes vêtements et tu as pleuré devant Moi » - elle s'exprime ici directement au nom de Dieu : J'ai vu tes larmes et tes vêtements déchirés devant Moi, marques d'une techouva sincère, car tu n'as point endurci ton cœur.

הִנְנִי אֹסִפְךָ אֶל־אֲבֹתֶיךָ וְנֶאֱסַפְתָּ אֶל־קִבְרוֹתֶיךָ בְּשָׁלוֹם וְלֹא־תִרְאֶינָה עֵינֶיךָ בְּכֹל הָרָעָה אֲשֶׁר אֲנִי מֵבִיא עַל־הַמָּקוֹם הַזֶּה וְעַל־יֹשְׁבָיו וַיָּשִׁיבוּ אֶת־הַמֶּלֶךְ דָּבָר׃ - Voici, Je vais te réunir à tes pères, tu seras recueilli en paix dans tes sépulcres, et tes yeux ne verront rien de tout le malheur que Je ferai venir sur ce lieu et sur ses habitants. Et ils rapportèrent cette réponse au roi.
« Tu seras recueilli en paix dans tes sépulcres » - n'a-t-il pourtant pas péri par le glaive ?

Le Metsoudat David demande : Yoshiyahu n'a-t-il pas été tué au combat ? Que signifie donc « en paix » ? En réalité, cela s'explique par la suite du verset : « et tes yeux ne verront pas tout le malheur que Je vais amener sur ce lieu ». C'est en cela que consiste cette « paix ». Car en fin de compte, il a été tué, et de quelle manière ? Il a été criblé de flèches comme une passoire, et c'est à son sujet qu'il est dit : « Le souffle de nos narines, le messie de l'Éternel, a été pris dans leurs fosses ». Nos Sages appliquent ce verset à Yoshiyahu : nous pensions qu'il nous conduirait parmi les nations et qu'à sa lumière nous verrions la lumière, mais il a été pris dans leurs fosses. Dès lors, « en paix » s'entend de manière relative : tu ne verras pas tout le malheur qui s'abattra sur ce lieu et sur ses habitants, tu ne verras pas la destruction du Temple.

C'est là l'une des raisons pour lesquelles le juste est rappelé avant le malheur : afin qu'il ne voie pas la détresse de la communauté et n'assiste pas à ce qui lui causerait tant de douleur. En outre, il y a d'autres dimensions : pour qu'il ne protège plus sa génération et n'intercède plus en sa faveur par la prière. Quant à l'expression « dans tes tombeaux », le Metsoudat David explique que cela signifie qu'il ne serait pas enseveli en terre étrangère, mais dans les sépulcres de ses ancêtres. « Et ils rapportèrent cette réponse au roi » - ils retournèrent auprès du roi et lui transmirent les paroles de Houlda.

וַיִּשְׁלַח הַמֶּלֶךְ וַיֶּאֱסֹף אֶת־כׇּל־זִקְנֵי יְהוּדָה וִירוּשָׁלָיִם׃ - Le roi envoya rassembler tous les anciens de Juda et de Jérusalem.
וַיַּעַל הַמֶּלֶךְ בֵּית־יְהֹוָה וְכׇל־אִישׁ יְהוּדָה וְיֹשְׁבֵי יְרוּשָׁלַיִם וְהַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם וְכׇל־הָעָם מִגָּדוֹל וְעַד־קָטָן וַיִּקְרָא בְאׇזְנֵיהֶם אֶת־כׇּל־דִּבְרֵי סֵפֶר הַבְּרִית הַנִּמְצָא בֵּית יְהֹוָה׃ - Le roi monta à la Maison de l'Éternel, avec tous les hommes de Juda, les habitants de Jérusalem, les prêtres, les Lévites et tout le peuple, du plus grand au plus petit ; et il lut à leurs oreilles toutes les paroles du livre de l'Alliance qui avait été trouvé dans la Maison de l'Éternel.
Le renouvellement de l'Alliance

Le roi monte à la Maison de l'Éternel et rassemble tout le monde : tous les hommes de Juda et les habitants de Jérusalem, les Cohanim, les Léviim et tout le peuple, du plus grand au plus petit, et lit devant eux toutes les paroles du livre de l'Alliance, les termes mêmes de cette Alliance. Dès lors, on comprend la suite : lui aussi conclut une alliance. En effet, il est écrit : « Vous garderez les paroles de cette alliance et vous les mettrez en pratique », et Yoshiyahu vit qu'il est écrit tout près de là : « Vous vous tenez aujourd'hui tous debout... pour entrer dans l'alliance de l'Éternel ton D.ieu... que l'Éternel ton D.ieu conclut aujourd'hui avec toi ». Il se dit : si tel est le cas, je comprends ce qu'il convient de faire pour réparer l'alliance rompue jusqu'ici entre nous et l'Éternel, à savoir renouveler cette Alliance. C'est pourquoi il rassemble le peuple, du plus petit au plus grand, et conclut avec eux une alliance pour servir l'Éternel.

וַיַּעֲמֹד הַמֶּלֶךְ עַל־עׇמְדוֹ וַיִּכְרֹת אֶת־הַבְּרִית לִפְנֵי יְהֹוָה לָלֶכֶת אַחֲרֵי יְהֹוָה וְלִשְׁמוֹר אֶת־מִצְוֺתָיו וְעֵדְוֺתָיו וְחֻקָּיו בְּכׇל־לְבָבוֹ וּבְכׇל־נַפְשׁוֹ לַעֲשׂוֹת אֶת־דִּבְרֵי הַבְּרִית הַכְּתוּבִים עַל־הַסֵּפֶר הַזֶּה׃ - Le roi se tint à sa place et conclut l'alliance devant l'Éternel, pour suivre l'Éternel et observer Ses commandements, Ses témoignages et Ses décrets, de tout son cœur et de toute son âme, afin d'accomplir les paroles de l'Alliance écrites dans ce livre.

C'est là l'alliance qu'il renouvela avec le peuple pour servir l'Éternel. Et ce qui est dit, « de tout son cœur et de toute son âme », provient également de ce passage du texte : « Et tu retourneras vers l'Éternel ton D.ieu... de tout ton cœur et de toute ton âme ».

וַיַּעֲמֵד אֵת כׇּל־הַנִּמְצָא בִירוּשָׁלַיִם וּבִנְיָמִן וַיַּעֲשׂוּ יוֹשְׁבֵי יְרוּשָׁלַיִם כִּבְרִית אֱלֹהִים אֱלֹהֵי אֲבוֹתֵיהֶם׃ - Il fit adhérer tous ceux qui se trouvaient à Jérusalem et en Benjamin ; et les habitants de Jérusalem agirent selon l'alliance de D.ieu, le D.ieu de leurs pères.

Que signifie « Vaya'amed » (il engagea / il fit tenir debout) ? C'est comme s'il les avait obligés à entrer dans l'alliance : il les y engagea avec force et la leur imposa. Et puisque, pour conclure une alliance avec l'Éternel, il faut faire disparaître les abominations idolâtres et veiller à ce que le cœur ne se détourne pas de Lui, telle fut la démarche qui s'imposait immédiatement après avoir engagé tout le monde dans l'alliance.

וַיָּסַר יֹאשִׁיָּהוּ אֶת־כׇּל־הַתֹּעֵבוֹת מִכׇּל־הָאֲרָצוֹת אֲשֶׁר לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל וַיַּעֲבֵד אֵת כׇּל־הַנִּמְצָא בְּיִשְׂרָאֵל לַעֲבוֹד אֶת־יְהֹוָה אֱלֹהֵיהֶם כׇּל־יָמָיו לֹא סָרוּ מֵאַחֲרֵי יְהֹוָה אֱלֹהֵי אֲבוֹתֵיהֶם׃ - Yoshiyahu fit disparaître toutes les abominations de tous les territoires appartenant aux enfants d'Israël, et il amena tous ceux qui se trouvaient en Israël à servir l'Éternel, leur D.ieu ; durant tous ses jours, ils ne s'écartèrent pas de l'Éternel, le D.ieu de leurs pères.
« De tous les territoires » et la situation réelle de la génération

Il s'agit ici d'Erets Israël, mais que signifie alors l'expression « contrées » (artsot) ? Comme l'énonce la Michna : il y a trois contrées, la Judée, la Galilée et la Transjordanie. C'est-à-dire que des régions ou des zones d'implantation à l'intérieur d'Erets Israël sont désignées sous le nom de contrées. De même, on trouve le terme de « medinot » : parfois, au sein d'un pays donné, lorsqu'il est subdivisé en grandes villes, celles-ci sont appelées « medinot ». En arabe également, « medina » signifie une ville, et l'on constate que dans les autres langues sémitiques, une medina désigne bien une ville. Ainsi, de grandes villes au sein d'un même pays sont appelées medinot, et c'est de la même façon que l'on peut parler de « contrées » à l'intérieur d'une seule et même terre.

Et quel était l'état de cette génération ? Nos Sages racontent que Yoshiyahou envoyait des inspecteurs pour vérifier s'il subsistait de l'idolâtrie afin de l'éradiquer, mais les habitants fixaient leurs idoles sur le revers intérieur des portes. Lorsque les émissaires arrivaient et ouvraient la porte, le battant intérieur se rabattait contre le mur ; l'envoyé ne remarquait rien, achevait son inspection, et dès qu'il ressortait en refermant la porte, l'idole se redressait et reprenait sa place. C'est cette hypocrisie qui causa finalement la perte du roi.

Pour qui sait observer, cette réalité est d'ailleurs suggérée avec minutie par les termes du verset : « Yoshiyahou fit disparaître toutes les abominations de toutes les contrées appartenant aux enfants d'Israël, et il astreignit (vaya'aved) tous ceux qui se trouvaient en Israël à servir Hachem ». Le verbe est à la forme causative : l'Écriture ne dit pas qu'ils servirent Hachem de tout leur cœur et de toute leur âme, mais « vaya'aved », ce qui signifie qu'il leur imposa ce service. Certains n'acceptaient pas cette soumission et agissaient dans la clandestinité, car tout s'accomplissait par la force et contre leur volonté. « Durant tous ses jours, ils ne s'écartèrent point d'Hachem, le D.ieu de leurs pères » : publiquement, ils ne s'en écartaient pas, car le roi fit tout ce qui était humainement possible, mais en secret, ils demeuraient attachés aux idoles.

En résumé : lors des travaux de restauration du Temple, le Sefer Torah de Moché Rabbénou, dissimulé sous les règnes de Menashé et d'Amon, est retrouvé, précisément ouvert sur le passage des réprimandes au verset « Hachem te mènera, toi et ton roi... » - un signe venu du Ciel. Yoshiyahou déchire ses vêtements et envoie consulter Hachem auprès de la prophétesse Houlda ; on choisit de s'adresser à elle car les femmes sont compatissantes par nature, et l'esprit divin reposait sur elle grâce aux actes de bienfaisance de son époux, Chalom ben Tikva. La réponse de la prophétie est double : le malheur fondra sur ce lieu et sur ses habitants sans jamais s'éteindre, mais pour le roi lui-même, dont le cœur s'est attendri, qui s'est humilié, a pleuré et déchiré ses habits, la promesse est faite qu'il sera recueilli en paix dans sa sépulture et ne verra pas la ruine de Jérusalem. Dès lors, Yoshiyahou rassemble tout le peuple, du plus grand au plus petit, leur fait la lecture du livre de l'Alliance, renouvelle l'alliance devant Hachem de tout son cœur et de toute son âme, et élimine toutes les abominations. Toutefois, la précision du terme « vaya'aved » révèle qu'il s'agissait d'un culte imposé par la force, et qu'en secret le peuple demeurait attaché à l'idolâtrie - ce qui constitue la racine de sa perte future.

C'est ainsi que se conclut le chapitre 34 du deuxième livre des Chroniques (Divré Hayamim II).