Le chapitre 33 du deuxième livre des Chroniques (Divré HaYamim II) est consacré à Ménassé, fils de 'Hizkiyahou (Ézéchias), et à son fils Amon. Le Malbim souligne que depuis le début du chapitre jusqu'au verset 10, le texte reprend les éléments du deuxième livre des Rois (chapitre 21), où il a déjà expliqué les variantes ; nous nous attacherons ici à ce que le texte nous apporte de nouveau. Ce qui est dit ici, « Et l'Éternel parla à Ménassé » - dans le livre des Rois, la teneur exacte de cette parole transmise par les prophètes est explicitée. La nouveauté majeure de notre chapitre réside dans tout le récit de l'exil de Ménassé, de sa captivité et de sa téchouva, qui ne figure absolument pas dans le livre des Rois.
בֶּן־שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁנָה מְנַשֶּׁה בְמׇלְכוֹ וַחֲמִשִּׁים וְחָמֵשׁ שָׁנָה מָלַךְ בִּירוּשָׁלָ͏ִם׃ - Ménassé était âgé de douze ans lorsqu'il devint roi, et il régna cinquante-cinq ans à Jérusalem.
וַיַּעַשׂ הָרַע בְּעֵינֵי יְהֹוָה כְּתוֹעֲבוֹת הַגּוֹיִם אֲשֶׁר הוֹרִישׁ יְהֹוָה מִפְּנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Il fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel, selon les abominations des nations que l'Éternel avait chassées devant les enfants d'Israël.
Il fait ce qui est mal aux yeux de l'Éternel et imite les nations païennes : ces mêmes nations que l'Éternel avait chassées devant les enfants d'Israël, il adopte leurs pratiques.
וַיָּשׇׁב וַיִּבֶן אֶת־הַבָּמוֹת אֲשֶׁר נִתַּץ יְחִזְקִיָּהוּ אָבִיו וַיָּקֶם מִזְבְּחוֹת לַבְּעָלִים וַיַּעַשׂ אֲשֵׁרוֹת וַיִּשְׁתַּחוּ לְכׇל־צְבָא הַשָּׁמַיִם וַיַּעֲבֹד אֹתָם׃ - Il rebâtit les hauts lieux qu'avait démolis son père 'Hizkiyahou, érigea des autels aux Baals, fit des Achères (arbres sacrés), et se prosterna devant toute l'armée des cieux et la servit.
Il reconstruit les hauts lieux ('bamot') que 'Hizkiyahou avait démolis. Comme son père était un juste et avait détruit ces sanctuaires, lorsqu'il veut restaurer l'idolâtrie, il lui faut rebâtir ce qui avait été abattu avant lui. « Et il fit des Achères » - des arbres vénérés comme des idoles. « Et il se prosterna devant toute l'armée des cieux » - ils adoraient toutes sortes de corps célestes et d'étoiles.
וּבָנָה מִזְבְּחוֹת בְּבֵית יְהֹוָה אֲשֶׁר אָמַר יְהֹוָה בִּירוּשָׁלַ͏ִם יִהְיֶה־שְּׁמִי לְעוֹלָם׃ - Il bâtit des autels dans la Maison de l'Éternel, dont l'Éternel avait dit : C'est à Jérusalem que résidera Mon Nom à jamais.
« Dans la Maison de l'Éternel » - à l'intérieur même du Beth HaMikdach (le Temple). Le commentaire attribué à Rachi explique que ce verset vient dénoncer l'audace coupable de Ménassé : voyez où il est allé ériger des autels idolâtres ! Dans la Maison même à propos de laquelle le Saint, béni soit-Il, avait déclaré : « C'est à Jérusalem que résidera Mon Nom à jamais », c'est précisément là qu'il a dressé des autels païens. Et c'est là également qu'il installa l'idole taillée qu'il avait confectionnée, ce qui constituait un comble de perversion.
וַיִּבֶן מִזְבְּחוֹת לְכׇל־צְבָא הַשָּׁמָיִם בִּשְׁתֵּי חַצְרוֹת בֵּית־יְהֹוָה׃ - Il bâtit des autels à toute l'armée des cieux dans les deux parvis de la Maison de l'Éternel.
« Dans les deux parvis de la Maison de l'Éternel » - la cour des Cohanim ('Azrat Cohanim) et la cour des Israélites ('Azrat Israël). « À toute l'armée des cieux » - toutes les forces célestes : le soleil, la lune et les étoiles, ils les adoraient tous.
וְהוּא הֶעֱבִיר אֶת־בָּנָיו בָּאֵשׁ בְּגֵי בֶן־הִנֹּם וְעוֹנֵן וְנִחֵשׁ וְכִשֵּׁף וְעָשָׂה אוֹב וְיִדְּעוֹנִי הִרְבָּה לַעֲשׂוֹת הָרַע בְּעֵינֵי יְהֹוָה לְהַכְעִיסוֹ׃ - Et lui-même fit passer ses fils par le feu dans la vallée de Ben-Hinnom ; il s'adonna à la divination, aux présages et à la sorcellerie, et institua des nécromanciens et des devins. Il multiplia les actions mauvaises aux yeux de l'Éternel pour L'irriter.
Le commentaire attribué à Rachi fait remarquer que l'expression « et institua des nécromanciens » (ve'assa ov) est écrite de manière pleine avec la lettre vav, parce qu'il multiplia ces pratiques. En effet, chaque fois qu'un terme est écrit dans sa forme pleine, cela indique une abondance, et lorsqu'il est écrit dans sa forme défective, cela indique une diminution, à l'image d'Efron dont le nom est privé d'un vav afin de souligner sa déchéance. Menaché pratiqua le culte du Molokh, « faisant passer ses fils par le feu », et de même il « s'adonna à la divination, aux présages et à la sorcellerie », qui sont toutes des formes de magie.
« Onen » désigne celui qui scrute les saisons et les moments en affirmant : telle période est propice pour telle entreprise, et telle autre période pour telle autre action, ce qui est à l'opposé du principe « Tu seras intègre avec l'Éternel, ton D.ieu ». « Niḥech » s'applique à celui qui affirme par exemple : mon bâton m'est tombé des mains, c'est le signe que je ne réussirai pas aujourd'hui ; un morceau de pain m'est tombé de la bouche, c'est le signe que la subsistance fera défaut aujourd'hui ; et d'autres superstitions similaires.
Certaines personnes disent : « Ne viens pas me réclamer de dettes en début de semaine, pour ne pas me porter la poisse dès le départ. » En entendant cela pour la première fois, on peut être surpris et ne pas comprendre ce que la personne veut dire, pensant qu'elle cherche à se dérober ; ce n'est que par la suite que l'on comprend qu'il s'agit d'une habitude répandue chez certains commerçants. Pourtant, il faut savoir que c'est une coutume païenne. Qu'est-ce qu'un mauvais début ? Si l'on doit payer, on paie. L'homme y voit une affaire de sort ou de chance, alors qu'en vérité la subsistance est fixée depuis le Ciel, et peu importe ce qui survient en premier ou en dernier. C'est là une forme de divination, semblable à celui qui dit « un chat noir a traversé la route » ou d'autres croyances de ce genre.
וַיָּשֶׂם אֶת־פֶּסֶל הַסֶּמֶל אֲשֶׁר עָשָׂה בְּבֵית הָאֱלֹהִים אֲשֶׁר אָמַר אֱלֹהִים אֶל־דָּוִיד וְאֶל־שְׁלֹמֹה בְנוֹ בַּבַּיִת הַזֶּה וּבִירוּשָׁלַ͏ִם אֲשֶׁר בָּחַרְתִּי מִכֹּל שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל אָשִׂים אֶת־שְׁמִי לְעֵילוֹם׃ - Il plaça la statue de l'idole qu'il avait fabriquée dans la Maison de D.ieu, à propos de laquelle D.ieu avait dit à David et à Salomon son fils : C'est dans ce Temple et à Jérusalem, que J'ai choisie parmi toutes les tribus d'Israël, que J'établirai Mon Nom à jamais.
Ici encore, le texte poursuit son réquisitoire contre lui : voyez ce qu'il a osé faire. « La statue de l'idole » fait écho à l'idole de la jalousie, une effigie qu'il façonna et installa au sein même de la Maison de D.ieu, dans le lieu où l'Éternel avait dit à David et à son fils Salomon : « J'établirai Mon Nom à jamais ». Dans l'endroit que le Saint, béni soit-Il, S'était réservé afin que Son Nom y demeure éternellement, Menaché est allé ériger une idole. C'était, pour ainsi dire, un acte de pure provocation, car son unique dessein était d'irriter le Tout-Puissant.
וְלֹא אֹסִיף לְהָסִיר אֶת־רֶגֶל יִשְׂרָאֵל מֵעַל הָאֲדָמָה אֲשֶׁר הֶעֱמַדְתִּי לַאֲבוֹתֵיכֶם רַק אִם־יִשְׁמְרוּ לַעֲשׂוֹת אֵת כׇּל־אֲשֶׁר צִוִּיתִים לְכׇל־הַתּוֹרָה וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים בְּיַד־מֹשֶׁה׃ - Et Je ne ferai plus errer le pied d'Israël loin de la terre que J'ai assignée à vos pères, pourvu seulement qu'ils veillent à accomplir tout ce que Je leur ai ordonné, selon toute la Torah, les lois et les ordonnances transmises par l'intermédiaire de Moïse.
Telle est la suite des paroles du Saint, béni soit-Il, à David et Salomon : c'est ici, en ce lieu, que se tiendra la Maison de D.ieu, et Je ne ferai plus errer Israël loin de la terre que J'ai assignée à vos pères, à la condition expresse qu'ils prennent garde d'observer tout ce que Je leur ai commandé. Or, nous savons bien qu'à la suite des agissements de Menaché, l'exil fut décrété, ainsi qu'il est formulé explicitement dans le livre des Rois : « à cause des péchés de Menaché » - bien que notre chapitre montre qu'il fit techouva. Cela signifie que sa techouva ne fut pas complète, ou en tout cas que le décret avait déjà été scellé. Alors qu'il avait connaissance d'une telle promesse, c'est dans ce lieu même qu'il brave la parole de D.ieu, érige des idoles et dresse cette statue de la provocation : il n'y a pas d'impiété plus grave.
וַיֶּתַע מְנַשֶּׁה אֶת־יְהוּדָה וְיֹשְׁבֵי יְרוּשָׁלָ͏ִם לַעֲשׂוֹת רָע מִן־הַגּוֹיִם אֲשֶׁר הִשְׁמִיד יְהֹוָה מִפְּנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Menaché égara Juda et les habitants de Jérusalem, les incitant à faire pire que les nations que l'Éternel avait détruites devant les enfants d'Israël.
« Vayetâ » (il égara) : il égara Yehouda, les entraîna sur une voie de perdition. « Pour faire pire que les nations » (« la’assot ra’ min hagoyim ») peut s'expliquer en disant qu'il apprit ces pratiques d'elles, mais on peut aussi l'expliquer selon le Metsoudat David : agir plus mal encore que les nations - il égara Yehouda au point de les faire pécher plus gravement encore que les peuples qu'Hachem avait détruits devant les enfants d'Israël.
וַיְדַבֵּר יְהֹוָה אֶל־מְנַשֶּׁה וְאֶל־עַמּוֹ וְלֹא הִקְשִׁיבוּ׃ - Hachem parla à Ménaché et à son peuple, mais ils ne prêtèrent pas attention.
Sachez que le Saint, béni soit-Il, lui envoya des prophètes, et qu'Il en envoya également au peuple - « mais ils ne prêtèrent pas attention ».
וַיָּבֵא יְהֹוָה עֲלֵיהֶם אֶת־שָׂרֵי הַצָּבָא אֲשֶׁר לְמֶלֶךְ אַשּׁוּר וַיִּלְכְּדוּ אֶת־מְנַשֶּׁה בַּחֹחִים וַיַּאַסְרֻהוּ בַּנְחֻשְׁתַּיִם וַיּוֹלִיכֻהוּ בָּבֶלָה׃ - Hachem fit venir contre eux les chefs de l'armée du roi d'Assyrie ; ils capturèrent Ménaché avec des crochets, le lièrent de doubles chaînes de cuivre et le menèrent à Babylone.
Les « ho'him » sont des anneaux ou crochets placés dans la mâchoire d'une bête pour la tirer contre son gré ; si elle ne suit pas, l'anneau lui déchire la chair, de sorte qu'elle est contrainte d'avancer. C'est en ce sens qu'il est dit : « Je mettrai des crochets à tes mâchoires », lorsque le Saint, béni soit-Il, annonce à Gog qu'Il le traînera de force pour qu'il tombe en terre d'Israël. C'est une métaphore expressive illustrant la manière brutale dont Ménaché fut emmené. « Banne'houshtayim » : avec des chaînes de cuivre. Et tout ce récit jusqu'à la fin du chapitre constitue un passage propre à notre livre, qui ne figure absolument pas dans le livre des Rois.
וּכְהָצֵר לוֹ חִלָּה אֶת־פְּנֵי יְהֹוָה אֱלֹהָיו וַיִּכָּנַע מְאֹד מִלִּפְנֵי אֱלֹהֵי אֲבֹתָיו׃ - Dans sa détresse, il implora la face d'Hachem son D.ieu, et s'humilia profondément devant le D.ieu de ses pères.
« Oukhetsar lo » : au moment de sa détresse. « Il implora la face d'Hachem » (« 'Hilah èt pené Hachem ») est une expression de prière, à l'instar de « Implore donc la face d'Hachem ton D.ieu ». Le Malbim explique la distinction entre l'imploration (« 'hilouï ») et la prière (« tefila ») : « implorer la face » a pour but d'apaiser une fureur - implorer Sa face signifie détourner de soi Sa colère ; tandis que la « tefila » a pour objet d'obtenir une faveur. Lorsqu'un homme désire recevoir un bienfait, il prie (« mitpalel ») ; lorsqu'il veut détourner la colère, il implore (« me'halé panim »). C'est pourquoi le verset précise ici : « Dans sa détresse, il implora la face d'Hachem son D.ieu, et s'humilia profondément devant le D.ieu de ses pères ».
וַיִּתְפַּלֵּל אֵלָיו וַיֵּעָתֶר לוֹ וַיִּשְׁמַע תְּחִנָּתוֹ וַיְשִׁיבֵהוּ יְרוּשָׁלַ͏ִם לְמַלְכוּתוֹ וַיֵּדַע מְנַשֶּׁה כִּי יְהֹוָה הוּא הָאֱלֹהִים׃ - Il Le pria, et Il se laissa fléchir par lui, entendit sa supplication et le ramena à Jérusalem sur son trône royal ; et Ménaché reconnut qu'Hachem est D.ieu.
Nos Sages enseignent : ne lis pas « vaye'ater » (Il se laissa fléchir), mais « vaye'htar » (Il creusa) - le Saint, béni soit-Il, lui perça une issue dérobée sous le Trône de gloire. La Guémara raconte dans quelles circonstances il en arriva là : ses ravisseurs l'avaient enfermé dans une chaudière de cuivre chauffée par le dessous. Dans une telle situation, un homme se met à sauter même sans musique ! Ménaché commença par crier vers toutes les idoles possibles : dieu d'Édom réponds-moi, dieu de Kémoch réponds-moi, dieu d'Amon réponds-moi - mais pas de réponse, la divinité invoquée n'est pas joignable. Il les passe toutes en revue, l'une après l'autre, et comprend qu'il n'y a plus aucun espoir.
C'est alors qu'il se souvint que dans son enfance, lorsque son père Hizkiyahou l'emmenait au Talmud Torah, il avait appris : « Dans ta détresse, quand toutes ces choses t'atteindront, tu retourneras jusqu'à l'Éternel, ton D.ieu ». Mais avec une audace et une insolence inouïes, il commença à poser des conditions au Saint, béni soit-Il : s'il existe un Créateur du monde et qu'Il est plus fort que les autres divinités, qu'Il me sauve ! Sinon, à D.ieu ne plaise, quelle différence y a-t-il entre Lui et elles ? Que la poussière lui remplisse la bouche ! Tu n'es pas en position de poser des conditions. Dans une telle situation, tu aurais dû revenir vers Hachem d'un cœur brisé, et lui ose dire au Maître du monde : sache que Tu prends un risque si Tu ne me sauves pas, car on dira alors que Tu es semblable à toutes les fausses divinités.
À cause de cette effronterie, les anges du service céleste verrouillèrent devant lui les portes de la Techouva et les portes du ciel. Mais le Saint, béni soit-Il, creusa pour lui une issue dérobée sous le Trône de gloire - afin que l'on ne dise pas que la Techouva est impossible, ni que Ménaché voulut faire Techouva mais qu'Hachem refusa d'accueillir son repentir. C'est pourquoi Il se laissa fléchir (« Vayé'ater lo ») et le rétablit finalement dans sa royauté. Et le mot « 'Éter » désigne également un outil servant à remuer le grain ou à creuser, d'où l'analogie entre « Vayé'ater lo » (Il se laissa implorer) et « Vayah'tor lo » (Il creusa pour lui une brèche).
וְאַחֲרֵי־כֵן בָּנָה חוֹמָה חִיצוֹנָה לְעִיר־דָּוִיד מַעְרָבָה לְגִיחוֹן בַּנַּחַל וְלָבוֹא בְשַׁעַר הַדָּגִים וְסָבַב לָעֹפֶל וַיַּגְבִּיהֶהָ מְאֹד וַיָּשֶׂם שָׂרֵי־חַיִל בְּכׇל־הֶעָרִים הַבְּצֻרוֹת בִּיהוּדָה׃ - « Après cela, il bâtit une muraille extérieure à la cité de David, à l'ouest du Guih'on dans la vallée, jusqu'à l'entrée de la porte des Poissons, et il contourna l'Ofel et l'éleva très haut ; et il plaça des chefs d'armée dans toutes les villes fortifiées de Juda. »
« À l'ouest du Guih'on dans la vallée » - du côté ouest de Jérusalem, « jusqu'à l'entrée de la porte des Poissons » - montrant que la muraille s'étendait jusqu'au côté est, où se trouvait l'Ofel. Le Metsoudat David explique que l'Ofel est le nom d'une tour, tandis que d'autres affirment que le terme « Ofel » désigne simplement un lieu élevé, sans être nécessairement un endroit spécifique. Il éleva considérablement cette muraille et posta également des chefs d'armée dans toutes les villes fortifiées de Juda.
וַיָּסַר אֶת־אֱלֹהֵי הַנֵּכָר וְאֶת־הַסֶּמֶל מִבֵּית יְהֹוָה וְכׇל־הַמִּזְבְּחוֹת אֲשֶׁר בָּנָה בְּהַר בֵּית־יְהֹוָה וּבִירוּשָׁלָ͏ִם וַיַּשְׁלֵךְ חוּצָה לָעִיר׃ - « Il ôta de la maison de l'Éternel les dieux étrangers et l'idole, ainsi que tous les autels qu'il avait bâtis sur la montagne de la maison de l'Éternel et à Jérusalem, et il les jeta hors de la ville. »
Il retire les dieux étrangers ainsi que cette idole, cette statue qu'il avait installée dans la Maison d'Hachem, de même que tous les autels qu'il avait édifiés sur le mont du Temple et à Jérusalem, et il jette le tout hors de la ville. Le commentaire attribué à Rachi fait remarquer avec précision : il n'est pas écrit qu'il les brisa, mais qu'il les fit porter hors de la ville - c'est pourquoi son fils trébucha à cause d'elles. En effet, il est dit plus loin : « Et Amon sacrifia à toutes les idoles sculptées qu'avait faites son père Ménaché » - Amon en avait-il donc fabriqué de nouvelles ? En réalité, il prit les statues que son père Ménaché avait faites et que ce dernier avait jetées hors de Jérusalem, et il alla simplement les ramasser. Ce fut là une part de la défaillance : il ne les brisa pas en miettes, ne les réduisit pas en poussière et ne les enterra pas ; il les laissa là, et son fils vint les récupérer.
Le Malbim souligne - non pas ici, mais dans le livre des Rois - que bien que Ménaché ait fait Techouva, c'est finalement « pour les péchés de Ménaché » que l'exil survint. Il s'interroge : pourquoi cela, alors qu'il s'était repenti ? Certains disent que c'est parce que sa Techouva fut accomplie sous la contrainte, et qu'elle n'eut donc pas assez de force pour écarter le malheur de l'exil. D'autres expliquent que, bien qu'il se soit lui-même repenti, le peuple resta ancré dans ses perversions, ce qui ne suffisait pas pour annuler le décret de l'exil. Quant au Malbim, il explique : nous ne trouvons nulle part qu'il ait fait Techouva pour les meurtres qu'il avait perpétrés - or, il est écrit au sujet de Ménaché qu'il remplit Jérusalem de sang d'un bout à l'autre, ce qui est terrifiant - et sur ce point, il n'est mentionné nulle part qu'il se soit repenti. Que dit le verset ? « Il ôta de la maison de l'Éternel les dieux étrangers et l'idole » - il fit Techouva sur l'idolâtrie, mais non sur les assassinats. C'est pourquoi les péchés de Ménaché entraînèrent tout de même l'exil final.
וַיִּבֶן אֶת־מִזְבַּח יְהֹוָה וַיִּזְבַּח עָלָיו זִבְחֵי שְׁלָמִים וְתוֹדָה וַיֹּאמֶר לִיהוּדָה לַעֲבוֹד אֶת־יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל׃ - « Il rétablit l'autel de l'Éternel et y offrit des sacrifices de paix et de reconnaissance, et il ordonna à Juda de servir l'Éternel, le D.ieu d'Israël. »
« Il rétablit l'autel de l'Éternel » - le Metsoudat David explique qu'il répara et remit en état l'autel. Et il y offre des sacrifices de paix et d'action de grâce : une offrande de reconnaissance (korban Toda) pour le fait que le Saint, béni soit-Il, l'avait ramené à Jérusalem sur son trône royal, selon le commentaire attribué à Rachi.
אֲבָל עוֹד הָעָם זֹבְחִים בַּבָּמוֹת רַק לַיהֹוָה אֱלֹהֵיהֶם׃ - « Toutefois, le peuple sacrifiait encore sur les hauts lieux, mais seulement à l'Éternel, leur D.ieu. »
Les hauts lieux (bamot) constituaient la pratique dont il était le plus difficile de détacher le peuple, car en fin de compte, ils y offraient des sacrifices au Nom d'Hachem. C'est précisément ce que souligne le verset : « uniquement à l'Éternel, leur Dieu ». Jusqu'alors, ils sacrifiaient aux idoles, le peuple suivant toujours l'exemple du dirigeant : tant que le chef était Ménaché le mécréant, ils sacrifiaient à l'idolâtrie, et dès qu'il fit téchouva, le peuple continua d'offrir des sacrifices sur les hauts lieux, mais cette fois pour Hachem, béni soit-Il.
וְיֶתֶר דִּבְרֵי מְנַשֶּׁה וּתְפִלָּתוֹ אֶל־אֱלֹהָיו וְדִבְרֵי הַחֹזִים הַמְדַבְּרִים אֵלָיו בְּשֵׁם יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל הִנָּם עַל־דִּבְרֵי מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Le reste des actes de Ménaché, sa prière à son Dieu et les paroles des voyants qui lui parlaient au Nom de l'Éternel, Dieu d'Israël, se trouvent dans les chroniques des rois d'Israël.
« Sa prière à son Dieu » : ce qu'il a prié au cœur de cette détresse, lorsqu'il était à Babylone. « Et les paroles des voyants qui lui parlaient » : les prophètes qui lui avaient été envoyés ; le prophète est appelé « voyant » (hozé) car il contemple la parole d'Hachem dans une vision. « Dans les chroniques des rois d'Israël » : chaque roi faisait consigner ses propres annales, et cela ne fait pas référence au livre des Chroniques (Divré Hayamim) que nous possédons, mais au registre personnel que chaque souverain tenait pour lui-même.
Dans ces registres, le roi consignait principalement ses victoires et ses réussites, et n'enregistrait généralement pas ses échecs. C'est pourquoi l'on constate souvent, dans les annales de divers monarques, que des événements bien connus - des défaites, des déroutes ou des revers militaires - n'y figurent absolument pas, et certains historiens affirmeront : vous ne trouverez aucun récit de ce genre, aucune mention d'une telle défaite.
C'est pour cette raison que beaucoup se sont longtemps étonnés de ne trouver aucune trace du peuple d'Israël en Égypte ni des plaies d'Égypte, au point que certains commencèrent à douter. On leur répondit alors : de quoi vous étonnez-vous ? Où a-t-on jamais vu un souverain consigner ses propres déroutes ? Qu'un vieillard de quatre-vingts ans soit arrivé et ait fait sortir un peuple de plusieurs millions d'âmes, après avoir infligé de terribles fléaux à un monarque qui, par son entêtement, a ruiné tout son pays avant de périr - quel dirigeant écrirait une chose pareille ? Il est évident qu'ils n'allaient pas l'immortaliser dans leurs annales. Pourtant, avec le temps, des documents de cette époque ont commencé à émerger - comme le papyrus d'Ipou-Our et d'autres - décrivant les plaies d'Égypte, et c'est seulement alors que les chercheurs ont été rassurés. Et encore, pas totalement, car ils ont commencé à débattre pour savoir si cela datait de ces années-là ou d'autres époques, soulevant toutes sortes d'objections auxquelles on a d'ailleurs répondu, en démontrant leurs lacunes en matière de datation et de compréhension des faits. N'entrons pas dans ces détails : notre foi ne dépend pas de leurs dires. Pour nous, ce qui est écrit dans les Prophètes est la vérité absolue, une doctrine de vérité émanant de leur bouche, et la réalité s'est déroulée exactement comme notre tradition la décrit ; ce qu'ils disent ou découvrent n'a pas d'incidence réelle. Et progressivement, on constate qu'ils finissent par mettre au jour de nouvelles découvertes qui leur prouvent que tout ce qui figure dans le Tanakh est authentique.
וּתְפִלָּתוֹ וְהֵעָתֶר־לוֹ וְכׇל־חַטָּאתוֹ וּמַעְלוֹ וְהַמְּקֹמוֹת אֲשֶׁר בָּנָה בָהֶם בָּמוֹת וְהֶעֱמִיד הָאֲשֵׁרִים וְהַפְּסִלִים לִפְנֵי הִכָּנְעוֹ הִנָּם כְּתוּבִים עַל דִּבְרֵי חוֹזָי׃ - Sa prière et la manière dont Il l'exauça, tous ses péchés, ses trahisons et les lieux où il bâtit des hauts lieux et érigea les ashérim et les statues avant de s'humilier, tout cela est consigné dans les paroles des voyants.
Le Malbim s'interroge : dans le verset précédent, il est dit « sa prière à son Dieu », et ici « sa prière et la manière dont Il l'exauça » - pourquoi cette répétition ? Il explique : la première prière est celle qu'il a formulée alors qu'il était encore captif, et elle est consignée « dans les chroniques des rois d'Israël », dans ces livres d'histoire profanes. En revanche, la prière qu'il récita par la suite était une prière sainte, et elle figure dans les paroles des voyants - au chapitre 66 des Téhilim, où le psaume traite de la délivrance de Ménaché, comme le Malbim l'explique là-bas, et comme on peut l'étudier dans les cours consacrés aux Téhilim selon le Malbim. De même, les voyants ont consigné en détail tous les péchés de Ménaché, et l'on y trouve la description complète de ses fautes et de ses actes.
« Les paroles de Hozay » : c'est-à-dire les paroles des voyants (hozim). Le Métsoudat Tsiyone propose que Hozay était le nom d'un prophète en particulier, mais il est plus probable, comme l'explique le Malbim, que « Hozay » désigne les voyants au pluriel. Le Radak abonde dans ce sens, soulignant que « Hozay » suit la même forme grammaticale que « 'hassoufé chet » (fesses dénudées) ou « kara lo 'halonay » (il y perça des fenêtres), où la terminaison renvoie à un pluriel.
וַיִּשְׁכַּב מְנַשֶּׁה עִם־אֲבֹתָיו וַיִּקְבְּרֻהוּ בֵּיתוֹ וַיִּמְלֹךְ אָמוֹן בְּנוֹ תַּחְתָּיו׃ - Ménaché se coucha avec ses pères, et on l'enterra dans sa maison ; et Amone, son fils, régna à sa place.
« On l'enterra dans sa maison » : c'est-à-dire dans l'enceinte de sa demeure, et dans le livre des Rois, il est précisé « dans le jardin de sa maison ». Cela signifie qu'il n'a pas mérité d'être inhumé auprès de ses ancêtres.
בֶּן־עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה אָמוֹן בְּמׇלְכוֹ וּשְׁתַּיִם שָׁנִים מָלַךְ בִּירוּשָׁלָ͏ִם׃ - Amon était âgé de vingt-deux ans lorsqu'il devint roi, et il régna deux ans à Jérusalem.
וַיַּעַשׂ הָרַע בְּעֵינֵי יְהֹוָה כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מְנַשֶּׁה אָבִיו וּלְכׇל־הַפְּסִילִים אֲשֶׁר עָשָׂה מְנַשֶּׁה אָבִיו זִבַּח אָמוֹן וַיַּעַבְדֵם׃ - Il fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel, comme l'avait fait Menaché son père; Amon sacrifia à toutes les idoles taillées qu'avait faites son père Menaché, et il les servit.
וְלֹא נִכְנַע מִלִּפְנֵי יְהֹוָה כְּהִכָּנַע מְנַשֶּׁה אָבִיו כִּי הוּא אָמוֹן הִרְבָּה אַשְׁמָה׃ - Mais il ne s'humilia point devant l'Éternel, comme s'était humilié son père Menaché, car lui, Amon, multiplia la culpabilité.
« Multiplia la culpabilité » - nos Sages expliquent qu'il commit des fautes d'une gravité inouïe. Entre autres, ils rapportent qu'il eut des relations avec sa propre mère, d'où son nom d'Amon (qui fait écho à sa mère). Sa mère lui demanda : « Peux-tu éprouver la moindre jouissance de l'endroit d'où tu es issu ? » Mais lui s'étonna de la question : « T'imagines-tu que je sois guidé par le désir ? Je n'agis ainsi que pour provoquer mon Créateur ! » Comment concevoir une telle attitude ? Un homme qui pèche délibérément pour le seul motif de braver le Créateur ! Non par pulsion ou concupiscence matérielle, mais exclusivement pour provoquer son Maître. C'est bien là le sens de « Amon multiplia la culpabilité ». Il est également rapporté à son sujet qu'il brûla les rouleaux de la Torah et se livra à d'autres transgressions abominables.
וַיִּקְשְׁרוּ עָלָיו עֲבָדָיו וַיְמִיתֻהוּ בְּבֵיתוֹ׃ - Ses serviteurs conspirèrent contre lui et le mirent à mort dans sa maison.
וַיַּכּוּ עַם־הָאָרֶץ אֵת כׇּל־הַקֹּשְׁרִים עַל־הַמֶּלֶךְ אָמוֹן וַיַּמְלִיכוּ עַם־הָאָרֶץ אֶת־יֹאשִׁיָּהוּ בְנוֹ תַּחְתָּיו׃ - Mais le peuple du pays frappa tous ceux qui avaient conspiré contre le roi Amon, et le peuple du pays établit pour roi Yoshiyahou, son fils, à sa place.
Ses serviteurs complotent contre lui - fomentant une conspiration et une rébellion - et l'assassinent dans son palais. Alors le peuple exécute les rebelles, « et le peuple du pays frappa tous ceux qui avaient conspiré contre le roi Amon », puis il proclame roi son fils Yoshiyahou à sa place. Or Yoshiyahou, comme nous le verrons au chapitre suivant, se révélera être un souverain intègre et exemplaire.
Le chapitre débute par la dérive de Menaché, qui perpétue les abominations des nations païennes, érige des hauts lieux et des autels pour l'armée des cieux, place l'idole de la discorde au sein même du Sanctuaire dont il est dit « J'y placerai Mon Nom à jamais », et égare Juda au point d'égaler ou de dépasser la perversité des nations. Parce qu'il resta sourd aux prophètes, l'Éternel suscita contre lui les généraux d'Assyrie; pris dans des buissons d'épines et lié d'une double chaîne d'airain, il fut déporté à Babylone. Au cœur de sa détresse, il implora la clémence de l'Éternel - pour apaiser le courroux divin - et le Saint, béni soit-Il, lui ouvrit une brèche sous le Trône de gloire, afin que nul ne puisse prétendre que les portes de la techouva sont fermées, et Il le rétablit dans sa royauté. Menaché rebâtit la muraille, retira les divinités étrangères pour les jeter hors de la cité, restaura l'autel de l'Éternel et y offrit des sacrifices de reconnaissance. Cependant, pour s'être contenté de rejeter les idoles sans les broyer en poussière, son fils trébucha à son tour sur ces vestiges; et faute d'avoir fait expiation pour le sang innocent versé, ses fautes passées pesèrent lourdement jusqu'à entraîner plus tard l'exil. Amon son fils, bien loin de s'humilier à l'exemple de son père, aggrava le péché et multiplia les forfaits par pure provocation envers le Ciel, jusqu'à périr assassiné par la conspiration de ses officiers, après quoi le peuple du pays couronna à sa place le jeune Yoshiyahou.