Introduction : Le règne d'Amatsyahou, fils de Yoach
Au chapitre précédent, nous avons conclu avec la mort de Yoach, roi de Yéhouda, et nous avons vu ceux qui conspirèrent contre lui : Zavad, fils de Chim'at l'Ammonite, et Yéhozavad, fils de Chimrit la Moabite, qui causèrent sa perte. À présent, le texte nous dépeint la continuité de la royauté par son fils, Amatsyahou. Ce chapitre nous conduit d'un début prometteur jusqu'à une chute douloureuse : un roi qui fit ce qui est droit aux yeux d'Hachem mais non d'un cœur parfait, qui bénéficia d'une victoire miraculeuse et rapporta pourtant avec lui les divinités de Séïr, pour finalement tomber aux mains du roi d'Israël et périr dans une conspiration tramée contre lui.
בֶּן־עֶשְׂרִים וְחָמֵשׁ שָׁנָה מָלַךְ אֲמַצְיָהוּ וְעֶשְׂרִים וָתֵשַׁע שָׁנָה מָלַךְ בִּירוּשָׁלָ͏ִם וְשֵׁם אִמּוֹ יְהוֹעַדָּן מִירוּשָׁלָיִם׃ וַיַּעַשׂ הַיָּשָׁר בְּעֵינֵי יְהֹוָה רַק לֹא בְּלֵבָב שָׁלֵם׃ - Amatsyahou était âgé de vingt-cinq ans lorsqu'il devint roi, et il régna vingt-neuf ans à Jérusalem ; le nom de sa mère était Yéhoaddan, de Jérusalem. Il fit ce qui est droit aux yeux de l'Éternel, mais non d'un cœur intègre.
La vengeance pour le sang du père, mais épargnant les fils
וַיְהִי כַּאֲשֶׁר חָזְקָה הַמַּמְלָכָה עָלָיו וַיַּהֲרֹג אֶת־עֲבָדָיו הַמַּכִּים אֶת־הַמֶּלֶךְ אָבִיו׃ - Dès que la royauté fut affermie entre ses mains, il fit mourir ses serviteurs qui avaient frappé le roi, son père.
Lorsqu'Amatsyahou se fut affermi dans sa royauté, il saisit l'occasion de tirer vengeance de ces serviteurs qui avaient assassiné son père Yoach. Au départ, il ne pouvait se le permettre, car son pouvoir n'était pas encore solidement établi ; mais une fois la royauté bien assurée, il régla ses comptes avec eux.
וְאֶת־בְּנֵיהֶם לֹא הֵמִית כִּי כַכָּתוּב בַּתּוֹרָה בְּסֵפֶר מֹשֶׁה אֲשֶׁר־צִוָּה יְהֹוָה לֵאמֹר לֹא־יָמוּתוּ אָבוֹת עַל־בָּנִים וּבָנִים לֹא־יָמוּתוּ עַל־אָבוֹת כִּי אִישׁ בְּחֶטְאוֹ יָמוּתוּ׃ - Mais il ne fit point mourir leurs fils, conformément à ce qui est écrit dans la Torah, dans le livre de Moïse, où l'Éternel a prescrit : Les pères ne mourront point pour les fils, et les fils ne mourront point pour les pères, mais chacun mourra pour son propre péché.
Ici, le texte souligne l'intégrité d'Amatsyahou, à l'encontre de la coutume des souverains de cette époque. Il était d'usage, lorsqu'on exécutait un homme, de faire périr toute sa famille avec lui, afin d'étouffer tout germe de rébellion : les fils du défunt chercheraient toujours à venger le sang versé et à recouvrer l'honneur perdu, et l'on éliminait donc quiconque était susceptible de se soulever pour se venger. Amatsyahou agit différemment : il mit à mort les meurtriers uniquement, et non leurs fils. Le Metsoudat David explique que la précision "dans le livre de Moïse" vient expliciter l'expression "comme il est écrit dans la Torah". La raison en est qu'il n'était pas juste de faire mourir les enfants pour la faute de leurs pères, et il s'en abstint donc.
Le dénombrement du peuple et le recrutement de cent mille hommes d'Israël
וַיִּקְבֹּץ אֲמַצְיָהוּ אֶת־יְהוּדָה וַיַּעֲמִידֵם לְבֵית־אָבוֹת לְשָׂרֵי הָאֲלָפִים וּלְשָׂרֵי הַמֵּאוֹת לְכׇל־יְהוּדָה וּבִנְיָמִן וַיִּפְקְדֵם לְמִבֶּן עֶשְׂרִים שָׁנָה וָמַעְלָה וַיִּמְצָאֵם שְׁלֹשׁ־מֵאוֹת אֶלֶף בָּחוּר יוֹצֵא צָבָא אֹחֵז רֹמַח וְצִנָּה׃ - Amatsyahou rassembla Yéhouda et les organisa selon les maisons patriarcales, sous des chefs de milliers et des chefs de centaines, pour tout Yéhouda et Binyamin ; il les dénombra depuis l'âge de vingt ans et au-dessus, et en trouva trois cent mille hommes d'élite, aptes à faire la guerre et maniant la lance et le bouclier.
Amatsyahou commence à organiser son armée. Régnant sur Yéhouda et Binyamin, il les rassemble et les répartit par maisons patriarcales, sous des chefs de milliers et des chefs de centaines, et les dénombre afin de savoir de combien d'hommes il disposera au moment de la bataille. Le "roma'h" désigne la javeline qu'ils lançaient, et la "tsina" est le grand bouclier.
וַיִּשְׂכֹּר מִיִּשְׂרָאֵל מֵאָה אֶלֶף גִּבּוֹר חָיִל בְּמֵאָה כִכַּר־כָּסֶף׃ - Et il prit à sa solde cent mille vaillants guerriers d'Israël, pour cent talents d'argent.
Le Malbim souligne : observez bien. À l'époque de Yéhochafat, l'armée comptait quatre fois ce nombre, un million deux cent mille hommes ; à l'époque d'Assa, le double, six cent mille ; et ici, il n'y en a que trois cent mille. Voyant que ses troupes étaient si peu nombreuses, Amatsyahou alla engager cent mille hommes d'Israël, issus des dix tribus de Samarie, pour se joindre à lui au combat comme mercenaires.
La prophétie de l'homme de Dieu : Hachem n'est pas avec les enfants d'Éphraïm
וְאִישׁ הָאֱלֹהִים בָּא אֵלָיו לֵאמֹר הַמֶּלֶךְ אַל־יָבוֹא עִמְּךָ צְבָא יִשְׂרָאֵל כִּי אֵין יְהֹוָה עִם־יִשְׂרָאֵל כֹּל בְּנֵי אֶפְרָיִם׃ - Mais un homme de Dieu vint à lui, disant : Ô roi, que l'armée d'Israël ne vienne point avec toi, car Hachem n'est pas avec Israël, avec tous les enfants d'Éphraïm.
Nos Sages enseignent que cette prophétie fut prononcée par Amots, le père du prophète Yéchayahou ; or, Amots et Amatsyahou étaient frères : l'un était prophète et l'autre roi. Son frère le prophète vint donc lui dire : ne prends pas avec toi d'armée issue des enfants d'Éphraïm. Pourquoi ? Parce que Yarov'am appartenait à la tribu d'Éphraïm et fut le premier à faire fauter Israël, et à chaque génération après lui, les veaux d'or qu'il avait érigés restèrent un piège. Même si Yarov'am lui-même a disparu depuis longtemps, « Hachem n'est pas avec Israël, avec tous les enfants d'Éphraïm » : le texte désigne l'ensemble du royaume d'Israël sous le nom d'« enfants d'Éphraïm », parce que la royauté appartenait à Yarov'am l'Éphrati, l'instigateur des veaux d'or.
Le Malbim explique le raisonnement du prophète : si ton intention est de compter sur le salut d'Hachem, sache que le salut d'Hachem ne repose pas sur les enfants d'Éphraïm, car le Saint, béni soit-Il, ne réside pas auprès des impies ; et puisque tu as engagé des mercenaires impies, ce n'est pas grâce à eux que ta guerre sera victorieuse.
כִּי אִם־בֹּא אַתָּה עֲשֵׂה חֲזַק לַמִּלְחָמָה יַכְשִׁילְךָ הָאֱלֹהִים לִפְנֵי אוֹיֵב כִּי יֶשׁ־כֹּחַ בֵּאלֹהִים לַעְזוֹר וּלְהַכְשִׁיל׃ - Car si tu y vas, agis, montre-toi fort pour le combat : Dieu te fera trébucher devant l'ennemi, car Dieu a le pouvoir de secourir comme de faire trébucher.
Le prophète poursuit : et si tu prétends ne pas compter sur l'aide d'Hachem mais sur la seule force humaine, et que c'est pour cette raison que tu as besoin d'un peuple nombreux et d'une armée armée et équipée, en engageant des hommes d'Éphraïm, sache ceci : certes, selon les voies de la nature, pour réussir il faut user de stratagèmes et s'appuyer sur une multitude, mais « Dieu te fera trébucher devant l'ennemi ». Si Hachem décide de te faire trébucher, tu ne réussiras pas même selon les lois de la nature, quand bien même tu disposerais d'une armée formidable et puissante.
La raison en est, explique le Malbim, que la victoire à la guerre ne provient que du Saint, béni soit-Il : soit Il soutient ceux qui placent leur confiance en Lui, soit Il fait trébucher ceux qui s'appuient sur un bras de chair. Si tu t'en remets au Saint, béni soit-Il, Il peut te sauver même avec une armée réduite ; mais si tu t'appuies sur des forces humaines, Il a le pouvoir de te faire trébucher même avec une armée immense. Il en résulte que le raisonnement consistant à dire « j'ai besoin de nombreux soldats » est erroné : si tu es avec Dieu, tu triompheras même avec peu de soldats ; et si tu n'es pas avec Lui, même une multitude de troupes ne te sera d'aucun secours.
« Que faire pour les cent talents ? » - Une question de Halakha sur l'embauche d'ouvriers
וַיֹּאמֶר אֲמַצְיָהוּ לְאִישׁ הָאֱלֹהִים וּמַה־לַּעֲשׂוֹת לִמְאַת הַכִּכָּר אֲשֶׁר נָתַתִּי לִגְדוּד יִשְׂרָאֵל וַיֹּאמֶר אִישׁ הָאֱלֹהִים יֵשׁ לַיהֹוָה לָתֶת לְךָ הַרְבֵּה מִזֶּה׃ - Amatsyahou dit à l'homme de Dieu : Que faire pour les cent talents que j'ai donnés à la troupe d'Israël ? Et l'homme de Dieu répondit : Hachem a le pouvoir de te donner bien plus que cela.
Voyez quelles paroles de foi et de confiance (émouna et bita'hon). Le Malbim explique qu'il s'agissait là d'une question halakhique : lorsqu'un employeur engage un travailleur puis se rétracte après que ce dernier s'est déjà mis en route pour sa tâche, la loi dépend des circonstances. Si l'annulation est due à la faute de l'employeur, il doit au moins lui verser un dédommagement selon le tarif d'un ouvrier inoccupé (po'el batel), ce qui représente un montant inférieur au salaire d'un artisan en activité. Vous avez engagé un maçon, vous l'avez fait venir sur le chantier, puis vous changez d'avis alors qu'il fait valoir qu'il a perdu un autre chantier à cause de vous : la Halakha stipule que vous devez le payer au tarif d'un travailleur inoccupé. En revanche, si l'annulation est due à un cas de force majeure (oness), l'employeur est quitte. Vous avez fait venir un maçon et soudain un inspecteur arrive et interrompt le chantier : vous renvoyez l'ouvrier chez lui, et celui-ci ne peut rien réclamer, car vous avez été contraint par la force majeure.
Tel était précisément l'argument d'Amatsyahou : il ne m'avait jamais traversé l'esprit qu'un prophète viendrait me mettre en garde, je me trouve donc dans une situation de force majeure, et je devrais par conséquent être en droit de récupérer mon argent auprès de ces hommes. Dois-je le leur réclamer ? Ce à quoi le prophète répondit : « Hachem a le pouvoir de te donner bien plus que cela ». Laisse-leur cet argent ; tu as versé cent talents d'argent, abandonne-les-leur, et le Saint, béni soit-Il, t'accordera bien plus encore.
Le Metsoudat David propose une explication plus proche du sens littéral, et c'est bien ainsi que les choses apparaissent au sens simple : l'argument d'Amatsiahou était qu'il ne reverrait jamais son argent. Certes, toutes les règles de la halakha sont belles et parfaites, mais il s'agissait ici des hommes du royaume de Samarie, idolâtres depuis de longues années, et nous verrons bientôt qu'ils sont repartis animés d'une grande fureur et ont même agi sous le coup de cette colère. La halakha les intéresse-t-elle donc ? Que pourrait-on espérer récupérer d'eux ? C'est pourquoi il affirmait : cet argent est perdu. Et c'est sur cela que le prophète le réconforta : Hachem comblera ta perte, ne t'inquiète pas, Hachem a de quoi te donner bien plus que cela.
La troupe s'en retourne dans une grande fureur
וַיַּבְדִּילֵם אֲמַצְיָהוּ לְהַגְּדוּד אֲשֶׁר־בָּא אֵלָיו מֵאֶפְרַיִם לָלֶכֶת לִמְקוֹמָם וַיִּחַר אַפָּם מְאֹד בִּיהוּדָה וַיָּשׁוּבוּ לִמְקוֹמָם בׇּחֳרִי־אָף׃ - Amatsiahou sépara donc la troupe qui était venue à lui d'Éphraïm, pour qu'ils retournent chez eux ; mais leur fureur s'enflamma grandement contre Juda, et ils s'en retournèrent chez eux dans une ardente colère.
Amatsiahou écoute la voix du prophète, écarte la troupe qui lui était venue d'Éphraïm et la renvoie chez elle. Le Metsoudat David explique que cela suscita une grande fureur, « car ils considérèrent cela comme un affront » : des hommes sont venus combattre, et on leur dit de rentrer chez eux, qu'on n'a pas besoin d'eux.
Comme on le sait, le débat permanent autour de la table du gouvernement oppose les généraux aux membres du cabinet restreint : les généraux poussent toujours à la guerre, tandis que les dirigeants politiques freinent constamment, car ils mesurent les coûts, les pertes et les répercussions diplomatiques. Les généraux ont préparé leurs armes pendant des années, ils disposent d'avions et de bombes, et une guerre permet aussi d'obtenir des budgets de l'État. Il en va de même ici : ces hommes venus combattre étaient impatients d'en découdre, et soudain, on leur ordonne de rentrer chez eux. Cela ne ressemble pas à un écolier qui s'échappe de l'école ; qui ne se souvient pas de la joie d'un jour de grève des enseignants où l'on rentrait à la maison ? Eux ne se réjouissent absolument pas. Ces guerriers sont avides de combat, et même au risque de revenir dans un cercueil, peu leur importe. Et nous verrons bientôt que lorsqu'on a mis en marche des engins de guerre, on ne les laisse pas refroidir, et ils veillèrent à ce que ces armes servent bel et bien à la fin.
Le Malbim explique la raison de cette vive colère : ils s'imaginèrent que les gens de Juda avaient protesté auprès d'Amatsiahou en disant qu'ils ne voulaient pas d'eux et ne leur faisaient pas confiance. En effet, il y avait eu des périodes de guerre entre Samarie et Juda : allait-on emmener avec soi une cinquième colonne ? Ils étaient persuadés que telle était la raison de leur renvoi. C'est pourquoi leur fureur s'enflamma contre Juda, c'est-à-dire contre le peuple en général, et non contre le prophète ni contre le roi, car ils pensaient que l'armée refusait leur présence par méfiance.
La victoire sur les fils de Séir et leur précipitation du haut du rocher
וַאֲמַצְיָהוּ הִתְחַזַּק וַיִּנְהַג אֶת־עַמּוֹ וַיֵּלֶךְ גֵּיא הַמֶּלַח וַיַּךְ אֶת־בְּנֵי־שֵׂעִיר עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים׃ - Amatsiahou prit courage, conduisit son peuple, se rendit dans la vallée du Sel et frappa dix mille des fils de Séir.
וַעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים חַיִּים שָׁבוּ בְּנֵי יְהוּדָה וַיְבִיאוּם לְרֹאשׁ הַסָּלַע וַיַּשְׁלִיכוּם מֵרֹאשׁ־הַסֶּלַע וְכֻלָּם נִבְקָעוּ׃ - Et les fils de Juda en capturèrent dix mille vivants, les amenèrent au sommet du rocher et les précipitèrent du haut du rocher, de sorte qu'ils furent tous mis en pièces.
La victoire fut éclatante : il prit courage, conduisit son peuple, arriva dans la vallée du Sel, battit dix mille hommes parmi les fils de Séir et en captura dix mille autres. Les prisonniers furent menés au sommet du rocher (le texte ne précise pas où il se trouvait), d'où on les précipita, et ils furent tous démembrés. Le Malbim rapporte que chez nos Sages (Hazal), on relève une critique contre lui à ce sujet, car il avait agi contrairement à la loi : ou bien on tue pendant le combat, ou bien on fait des captifs pour en faire des esclaves ; mais jeter des hommes du haut d'un rocher n'est pas la voie de la Torah.
La troupe renvoyée pille les villes de Juda
וּבְנֵי הַגְּדוּד אֲשֶׁר הֵשִׁיב אֲמַצְיָהוּ מִלֶּכֶת עִמּוֹ לַמִּלְחָמָה וַיִּפְשְׁטוּ בְּעָרֵי יְהוּדָה מִשֹּׁמְרוֹן וְעַד־בֵּית חוֹרוֹן וַיַּכּוּ מֵהֶם שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים וַיָּבֹזּוּ בִּזָּה רַבָּה׃ - Quant aux hommes de la troupe qu'Amatsiahou avait renvoyée pour qu'ils n'aillent pas au combat avec lui, ils se répandirent dans les villes de Juda depuis Samarie jusqu'à Beth-Horon, y frappèrent trois mille personnes et emportèrent un abondant butin.
Ce sont ces cent mille hommes venus de Samarie qui s'étaient déjà préparés au combat. Tandis qu'Amatsia combattait les enfants de Séir, ils ont fondu sur les villes de Juda pour s'attaquer à leurs habitants : « Tu n'as pas voulu de nous pour combattre à tes côtés, nous allons donc combattre contre toi. »
Le commentaire attribué à Rachi relève une précision : il est écrit « de Samarie jusqu'à Beth-Horon », alors qu'il aurait logiquement fallu dire de Beth-Horon jusqu'à Samarie, car depuis l'endroit où ils se trouvaient, le sens du déplacement allait de Beth-Horon vers Samarie. Force est donc de constater qu'ils étaient déjà rentrés chez eux, et que c'est là-bas qu'ils se sont rassemblés et réorganisés. Certains ont vraisemblablement attisé les esprits en disant : « Allons leur faire la guerre ! » C'est pourquoi ils partirent de Samarie et frappèrent de Samarie jusqu'à Beth-Horon.
Les dieux des enfants de Séir : une faute dénuée de toute logique
וַיְהִי אַחֲרֵי בוֹא אֲמַצְיָהוּ מֵהַכּוֹת אֶת־אֲדוֹמִים וַיָּבֵא אֶת־אֱלֹהֵי בְּנֵי שֵׂעִיר וַיַּעֲמִידֵם לוֹ לֵאלֹהִים וְלִפְנֵיהֶם יִשְׁתַּחֲוֶה וְלָהֶם יְקַטֵּר׃ - Après qu'Amatsia fut revenu de battre les Édomites, il fit venir les dieux des enfants de Séir, les érigea pour être ses dieux, se prosterna devant eux et leur fit brûler de l'encens.
On voit ici le comportement inconcevable des dirigeants de cette époque. C'est tout à fait incompréhensible, à moins de réaliser que le mauvais penchant pour l'idolâtrie était une pulsion totalement irrationnelle et dépourvue de logique. Amatsia revient après avoir battu les Édomites et ramène avec lui les dieux des enfants de Séir, ces mêmes divinités qui n'ont même pas su sauver leurs adorateurs de ses mains ! Il s'agit d'un dieu impuissant, qui n'a été d'aucune aide pour son propre peuple. De plus, tu as reçu une promesse de la bouche du prophète t'assurant que si tu renvoyais les cent mille hommes, tu triompherais avec seulement trois cent mille ; les paroles du prophète se sont accomplies et tu as été témoin d'une victoire surnaturelle. Et malgré tout, ta façon de remercier le Maître du monde est de rapporter de là-bas l'idolâtrie, de l'introduire chez toi et de te prosterner devant elle ? Qui peut comprendre une chose pareille avec sa raison ?
וַיִּחַר־אַף יְהֹוָה בַּאֲמַצְיָהוּ וַיִּשְׁלַח אֵלָיו נָבִיא וַיֹּאמֶר לוֹ לָמָּה דָרַשְׁתָּ אֶת־אֱלֹהֵי הָעָם אֲשֶׁר לֹא־הִצִּילוּ אֶת־עַמָּם מִיָּדֶךָ׃ - La colère de l'Éternel s'enflamma contre Amatsia, et Il lui envoya un prophète qui lui dit : « Pourquoi as-tu recherché les dieux de ce peuple, qui n'ont pas su délivrer leur propre peuple de ta main ? »
C'était leur peuple, ils le servaient sans cesse, et il ne les a pas sauvés. Et toi, tu vas maintenant choisir de nouveaux dieux en pensant qu'il te sauvera, toi ? Alors que tu as un D.ieu qui fait Ses preuves, que tu as vu de tes yeux que tu as remporté la bataille contre ce prétendu dieu, tu abandonnes ton D.ieu pour aller adopter de telles divinités ! C'est pourquoi cela ne relève pas de la raison, mais de la pulsion passionnelle. Et dès lors qu'il s'agit d'une passion aveugle, la logique n'a plus cours et l'on ne pose plus de questions. Telle était la nature de l'idolâtrie.
Et dans le Midrach Eikha Rabba, il est dit à son sujet : « Qu'il se fâche ou qu'il rie, il n'y a point de repos », un verset des Proverbes que nous avons étudié dans nos cours sur les Proverbes. Lorsque le Saint, béni soit-Il, agit envers les impies, qu'Il se montre sévère envers eux ou qu'Il leur sourie, il n'y a aucun repos. S'Il use de rigueur et de colère à son égard, rien n'y fait ; et s'Il lui sourit, lui montre un visage bienveillant et lui accorde des victoires à la guerre, cela ne sert à rien non plus. Quoi que l'on fasse avec lui, rien de bon n'en sort.
« T'a-t-on nommé conseiller du roi ? »
וַיְהִי בְּדַבְּרוֹ אֵלָיו וַיֹּאמֶר לוֹ הַלְיוֹעֵץ לַמֶּלֶךְ נְתַנּוּךָ חֲדַל־לְךָ לָמָּה יַכּוּךָ וַיֶּחְדַּל הַנָּבִיא וַיֹּאמֶר יָדַעְתִּי כִּי־יָעַץ אֱלֹהִים לְהַשְׁחִיתֶךָ כִּי־עָשִׂיתָ זֹּאת וְלֹא שָׁמַעְתָּ לַעֲצָתִי׃ - Comme il lui parlait, le roi lui dit : « T'a-t-on établi conseiller du roi ? Cesse donc ! Pourquoi voudrais-tu qu'on te frappe ? » Le prophète cessa, mais dit : « Je sais que D.ieu a résolu de te détruire, parce que tu as agi ainsi et que tu n'as pas écouté mon conseil. »
Quel est le sens de cette réplique ? Le prophète ne s'était pas adressé à lui sur le ton solennel de la prophétie, en disant : « Ainsi parle l'Éternel », mais il lui avait présenté les choses sous forme de conseil. C'est pourquoi le roi lui rétorqua : « Tu viens me donner des conseils ? Qui t'a demandé ton avis ? » Ce à quoi le prophète répondit : « Je n'ai pas parlé de ma propre initiative. J'ai su par prophétie que D.ieu a résolu de te détruire à cause de cette faute, et c'est pour cette raison que je t'ai parlé sous forme de conseil, afin que tu fasses techouva. Sachant que l'Éternel veut ta perte, j'avais un bon conseil à t'offrir : va et fais techouva, et peut-être feras-tu échouer le dessein divin, afin qu'Il détourne de toi Sa colère ardente et accueille ton repentir. Mais à présent, je vois que tu n'as pas écouté mon conseil pour apaiser le courroux divin ; je comprends dès lors que le prix que tu auras à payer sera très lourd. »
Un mauvais conseil au lieu du conseil du prophète
וַיִּוָּעַץ אֲמַצְיָהוּ מֶלֶךְ יְהוּדָה וַיִּשְׁלַח אֶל־יוֹאָשׁ בֶּן־יְהוֹאָחָז בֶּן־יֵהוּא מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר לְכָה נִתְרָאֶה פָנִים׃ - Amatsiahou, roi de Yehouda, tint conseil et envoya dire à Yoach, fils de Yehoahaz, fils de Yehou, roi d'Israël : « Viens, mesurons-nous face à face ! »
Remarquez la juxtaposition : il venait de dire au prophète : « T'a-t-on nommé conseiller du roi ? », c'est-à-dire : t'ai-je demandé d'être mon conseiller ? Et immédiatement après, le texte nous dit : « Amatsiahou, roi de Yehouda, tint conseil ». Au lieu de prendre conseil auprès d'un prophète d'Hachem, il va chercher de mauvais conseillers. Tu refuses le conseiller venu te guider dans le service divin ? Regarde quels mauvais conseillers vont t'inspirer de funestes desseins, et ce qu'il en adviendra.
Nous avons déjà rappelé qu'il y eut un Yoach en Yehouda et un Yoach roi d'Israël, deux rois distincts. Amatsiahou envoie alors un message à Yoach, fils de Yehoahaz, fils de Yehou, roi d'Israël : « Viens, mesurons-nous face à face ». Le commentaire attribué à Rachi explique : pour montrer notre vaillance avec nos chevaux et nos lances. Le Metsoudat David donne une explication plus rationnelle : il s'agit d'une provocation en duel militaire. En d'autres termes, il n'y a nulle bravoure dans le fait que tes troupes aient attaqué mon peuple par surprise ; cent mille hommes surgissent à l'improviste, frappent, pillent et s'en vont, cela n'a rien d'un exploit. Organisons une véritable bataille rangée, affrontons-nous face à face, et nous verrons alors à qui appartient la vaillance. Le Malbim ajoute que le texte décrit ici comment « Dieu a résolu de te détruire » : c'est précisément parce qu'Il lui a inspiré l'idée d'aller combattre le roi d'Israël, ce qui précipitera sa chute. Et à partir d'ici jusqu'à la fin du chapitre, précise le Malbim, le récit est repris textuellement du livre des Rois.
La parabole de l'épine et du cèdre
וַיִּשְׁלַח יוֹאָשׁ מֶלֶךְ־יִשְׂרָאֵל אֶל־אֲמַצְיָהוּ מֶלֶךְ־יְהוּדָה לֵאמֹר הַחוֹחַ אֲשֶׁר בַּלְּבָנוֹן שָׁלַח אֶל־הָאֶרֶז אֲשֶׁר בַּלְּבָנוֹן לֵאמֹר תְּנָה־אֶת־בִּתְּךָ לִבְנִי לְאִשָּׁה וַתַּעֲבֹר חַיַּת הַשָּׂדֶה אֲשֶׁר בַּלְּבָנוֹן וַתִּרְמֹס אֶת־הַחוֹחַ׃ - Yoach, roi d'Israël, fit répondre à Amatsiahou, roi de Yehouda : « L'épine du Liban envoya dire au cèdre du Liban : Donne ta fille pour femme à mon fils. Mais la bête sauvage du Liban passa et piétina l'épine. »
Yoach lui adresse des propos d'un profond mépris. Le « hoah » est une humble épine : tu es le plus insignifiant des hommes, semblable à un chardon rampant, et tu t'adresses au cèdre, le plus noble et le plus imposant des arbres, pour lui dire : « Donne ta fille pour femme à mon fils ». Une telle union pourrait-elle jamais être envisagée ?
Cela ressemble à cette histoire où un entremetteur vient proposer un chiddoukh avec Rothschild pour l'homme le plus modeste et anonyme de la bourgade. On lui demande : « Quelles sont les chances de réussite ? » Il répond : « À vrai dire, j'ai déjà 50 % d'accord : j'ai parlé au prétendant et il est consentant ! » Chacun comprend bien qu'il n'y a pas là 50 %, mais zéro, car en face se dresse le cèdre du Liban. Sur quoi une telle proposition peut-elle seulement s'appuyer ?
La parabole se poursuit : « Mais la bête sauvage du Liban passa et piétina l'épine ». Le commentaire attribué à Rachi explique : il ne siérait point à l'honneur du cèdre d'écraser lui-même l'épine, car ils ne jouent absolument pas dans la même catégorie. C'est comme si quelqu'un insultait publiquement un haut dignitaire : s'imaginerait-on que ce personnage illustre descende de son estrade, s'avance vers lui, le gifle et remonte ? Quelle déchéance pour lui de s'être seulement soucié d'un tel agitateur ! Il a crié, et alors ? Faut-il s'abaisser à lui donner une gifle ? Cela ne ferait que trahir une petitesse d'esprit. C'est pourquoi Yoach affirme : pour le cèdre, ce serait une déchéance que de s'occuper de l'épine ; c'est simplement une bête sauvage qui, passant par là, l'a écrasée au passage, sans même y prêter attention. Quant à toi, tu es comme cette épine, ne régnant que sur deux tribus ; lorsque mes serviteurs entendront un tel affront, ils viendront d'eux-mêmes et te piétineront.
אָמַרְתָּ הִנֵּה הִכִּיתָ אֶת־אֱדוֹם וּנְשָׂאֲךָ לִבְּךָ לְהַכְבִּיד עַתָּה שְׁבָה בְּבֵיתֶךָ לָמָּה תִתְגָּרֶה בְּרָעָה וְנָפַלְתָּ אַתָּה וִיהוּדָה עִמָּךְ׃ - Tu te dis : Voici que tu as battu Edom, et ton cœur t'incite à chercher la gloire. Reste maintenant chez toi ! Pourquoi t'exposer au malheur, au risque de tomber, toi et Yehouda avec toi ?
Il lui dit : d'où te vient cet orgueil démesuré ? De ton succès militaire contre Edom. Dès lors, « ton cœur t'incite à chercher la gloire », c'est-à-dire à accroître ton prestige ; tu as acquis du renom dans cette guerre et tu aspires maintenant à une gloire supplémentaire, celle de me vaincre également. Yoach lui réplique alors : dans le livre des Rois, l'expression employée est « Jouis de ta gloire et reste chez toi », et ici « Reste maintenant chez toi » - l'idée reste identique : tu as acquis de l'honneur, tu ferais bien de le préserver. Car si tu pars en guerre contre moi, toute cette gloire se changera en opprobre. Contente-toi du prestige acquis et reste chez toi. Pourquoi provoquer le malheur, au risque de succomber, toi et ton peuple, devant moi ?
« Car cela venait de Dieu »
וְלֹא־שָׁמַע אֲמַצְיָהוּ כִּי מֵהָאֱלֹהִים הִיא לְמַעַן תִּתָּם בְּיָד כִּי דָרְשׁוּ אֵת אֱלֹהֵי אֱדוֹם׃ - Mais Amatsiahou n'écouta point, car cela venait de Dieu afin de les livrer aux mains de l'ennemi, parce qu'ils avaient recherché les dieux d'Edom.
La raison pour laquelle il n'a pas écouté est simple : « car cela venait de Dieu ». Puisqu'il n'avait pas été disposé à accepter la parole d'Hachem lorsqu'on était venu lui adresser des reproches pour s'être attaché aux dieux d'Édom, c'est de par Dieu qu'il fut résolu de le faire tomber au combat afin qu'il paie le prix de ses actes. « Afin de les livrer aux mains », aux mains des hommes d'Israël établis en Samarie, « car ils avaient recherché les dieux d'Édom », et tel était le chef d'accusation retenu contre eux.
La défaite à Beth Chémech
וַיַּעַל יוֹאָשׁ מֶלֶךְ־יִשְׂרָאֵל וַיִּתְרָאוּ פָנִים הוּא וַאֲמַצְיָהוּ מֶלֶךְ־יְהוּדָה בְּבֵית שֶׁמֶשׁ אֲשֶׁר לִיהוּדָה׃ - Yoach, roi d'Israël, monta, et ils s'affrontèrent face à face, lui et Amatsyahou, roi de Juda, à Beth Chémech qui appartient à Juda.
Yoach, roi d'Israël, monte au combat, « et ils se virent face à face », signifiant que la bataille se livra directement d'homme à homme. Le verset souligne « à Beth Chémech qui appartient à Juda », répondant par là à l'interrogation qui surgira par la suite : pourquoi a-t-on emmené le roi captif précisément à Jérusalem ? En toute logique, le vainqueur d'un roi ennemi le ramène chez lui, à Samarie, et non dans le propre royaume de ce dernier. Mais Beth Chémech, qui appartient au territoire de Juda, est située tout près de Jérusalem ; dès lors, quand il tomba entre leurs mains, les assaillants le conduisirent aussitôt à Jérusalem.
וַיִּנָּגֶף יְהוּדָה לִפְנֵי יִשְׂרָאֵל וַיָּנֻסוּ אִישׁ לְאֹהָלָיו׃ - Juda fut battu devant Israël, et ils s'enfuirent chacun vers ses tentes.
וְאֵת אֲמַצְיָהוּ מֶלֶךְ־יְהוּדָה בֶּן־יוֹאָשׁ בֶּן־יְהוֹאָחָז תָּפַשׂ יוֹאָשׁ מֶלֶךְ־יִשְׂרָאֵל בְּבֵית שָׁמֶשׁ וַיְבִיאֵהוּ יְרוּשָׁלַ͏ִם וַיִּפְרֹץ בְּחוֹמַת יְרוּשָׁלַ͏ִם מִשַּׁעַר אֶפְרַיִם עַד־שַׁעַר הַפּוֹנֶה אַרְבַּע מֵאוֹת אַמָּה׃ - Et Amatsyahou, roi de Juda, fils de Yoach, fils de Yehoahaz, fut capturé par Yoach, roi d'Israël, à Beth Chémech ; il l'amena à Jérusalem et ouvrit une brèche dans la muraille de Jérusalem, depuis la porte d'Éphraïm jusqu'à la porte du Tournant, sur une longueur de quatre cents coudées.
Juda essuie une déroute devant Israël, et chacun s'enfuit vers sa tente. Yoach s'empare d'Amatsyahou vivant sur le lieu même de la bataille, à Beth Chémech, et l'emmène à Jérusalem. Une raison supplémentaire à ce choix apparaît ici : il voulait afficher ostensiblement son triomphe à Jérusalem même, y entrer en vainqueur et y affirmer son écrasante suprématie.
Et que fit-il ? Il ouvrit une brèche dans la muraille de Jérusalem. Pourquoi ? Afin qu'Amatsyahou ne puisse plus jamais se soulever contre lui. La muraille est le symbole même de la puissance et de l'invulnérabilité, empêchant quiconque d'approcher, retranché derrière des remparts pourvus de portes et de verrous ; or, une fois la muraille démolie, toute révolte devient impossible, faute de défenses. La brèche fut béante : quatre cents coudées, soit environ deux cents mètres. Elle s'étendait de la porte d'Éphraïm jusqu'à la porte du Tournant (Chaar HaPoneh), ce qui recèle une résonance métaphorique : la « porte d'Éphraïm », comme s'ils proclamaient que cette entrée leur appartenait, les assaillants étant originaires du royaume d'Éphraïm. Et pourquoi cette « porte du Tournant » ? Dans le livre des Rois, elle est désignée sous le nom de « porte de l'Angle » (Chaar HaPina), en raison de son emplacement dans l'angle ; ici, elle est appelée « HaPoneh » (qui se tourne), car celui qui fait volte-face à cet angle embrasse du regard toute la magnificence de l'édifice.
Le pillage et les otages
וְכׇל־הַזָּהָב וְהַכֶּסֶף וְאֵת כׇּל־הַכֵּלִים הַנִּמְצְאִים בְּבֵית־הָאֱלֹהִים עִם־עֹבֵד אֱדוֹם וְאֶת־אוֹצְרוֹת בֵּית הַמֶּלֶךְ וְאֵת בְּנֵי הַתַּעֲרֻבוֹת וַיָּשׇׁב שֹׁמְרוֹן׃ - Et tout l'or et l'argent, ainsi que tous les ustensiles trouvés dans la Maison de Dieu auprès d'Oved-Édom, et les trésors de la maison du roi, ainsi que les otages, et il retourna à Samarie.
Il fait main basse sur tout l'or, tout l'argent et tous les ustensiles du Temple d'Hachem, et il s'agissait de quantités colossales, chaque ustensile du Sanctuaire étant façonné en or. Et que signifie « avec Oved-Édom » ? Le Malbim explique qu'Oved-Édom et sa descendance furent établis gardiens des trésors tout au long de leur existence. Le Metsoudat David avance une autre interprétation : l'Arche avait séjourné jadis dans la maison d'Oved-Édom le Guittite avant que le roi David ne la fasse monter à Jérusalem, et une partie des objets sacrés y était restée en dépôt même après le transfert de l'Arche, sous sa garde vigilante en attendant qu'on en ait l'usage ; Yoach s'y rendit donc expressément pour piller ces biens sacrés.
« Ainsi que les otages » (Bnéi HaTaarouvot) : il les emmène également avec lui. Qui étaient-ils ? À l'époque, il était coutume qu'un suzerain, pour prévenir toute trahison de la part de ses ministres et gouverneurs, prenne leurs enfants en otage pour les élever à sa cour. Cette pratique garantissait la soumission des dignitaires, sous peine de voir leurs fils mis à mort. Ce procédé reste en vigueur de nos jours en Russie, en Iran et dans divers régimes autoritaires : le pouvoir veille à retenir les proches sous sa coupe. Un diplomate en mission à l'étranger n'est jamais dépêché avec l'ensemble de sa famille, précaution destinée à s'assurer de son retour ; sans cette mesure, les défections vers des cieux plus cléments seraient légion. Qui retournerait de son plein gré vivre en Corée du Nord ? Dès qu'une opportunité se présente, la fuite s'impose. Avec un pouvoir tel que celui de Poutine, mieux vaut ne pas s'opposer, sous peine de subir une piqûre fatale au détour d'une gare ; on a vu le cas d'une opposante à la guerre ainsi neutralisée, avant qu'on n'attribue sa mort à une banale chute. Mais là où la fuite demeure envisageable, comment s'assurer que personne ne déserte ? On retient les enfants. Tel est le sens de « Bnéi HaTaarouvot » : le terme dérive de la même racine qu'« éravon » (la caution), l'enfant faisant office de garantie vivante entre les mains du vainqueur.
Que fit alors Yoach ? Il prit ces enfants qui se trouvaient jusqu'alors aux mains d'Amatsyahou, les fils des dignitaires, et les emmena avec lui afin de s'assurer que Yéhouda ne se rebellerait pas contre lui, le roi de Chomron. Le commentaire attribué à Rachi rapporte une autre explication au nom de Rabbénou Yossef : les otages étaient les garants que le roi détenait des autres nations, lesquelles avaient remis leurs enfants en otage pour garantir que leurs pères ne se révolteraient point contre lui. Cependant, le commentaire attribué à Rachi soulève une difficulté face à cela : nous ne trouvons nulle part que la puissance de Yéhouda se soit imposée aux autres peuples au point qu'ils dussent lui livrer leurs enfants en otage. Il est donc plus simple d'expliquer que ces otages étaient les fils des ministres de son propre royaume.
La fin des jours d'Amatsyahou
וַיְחִי אֲמַצְיָהוּ בֶן־יוֹאָשׁ מֶלֶךְ יְהוּדָה אַחֲרֵי מוֹת יוֹאָשׁ בֶּן־יְהוֹאָחָז מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה שָׁנָה׃ - Amatsyahou, fils de Yoach, roi de Yéhouda, vécut quinze ans après la mort de Yoach, fils de Yéhoa'haz, roi d'Israël.
וְיֶתֶר דִּבְרֵי אֲמַצְיָהוּ הָרִאשֹׁנִים וְהָאַחֲרוֹנִים הֲלֹא הִנָּם כְּתוּבִים עַל־סֵפֶר מַלְכֵי־יְהוּדָה וְיִשְׂרָאֵל׃ - Le reste des actes d'Amatsyahou, les premiers comme les derniers, voici qu'ils sont consignés dans le livre des rois de Yéhouda et d'Israël.
« Les premiers comme les derniers » : les premiers, lorsqu'il agissait avec droiture ; et les derniers, lorsqu'il s'égara et fauta. Et pourquoi est-il dit « dans le livre des rois de Yéhouda et d'Israël » ? À l'origine, ses chroniques n'étaient consignées que dans le livre des rois de Yéhouda, le sien ; mais dès l'instant où il fut assujetti aux rois d'Israël, ses annales furent également consignées dans le livre des rois d'Israël.
La conspiration et sa mort à Lakhich
וּמֵעֵת אֲשֶׁר־סָר אֲמַצְיָהוּ מֵאַחֲרֵי יְהֹוָה וַיִּקְשְׁרוּ עָלָיו קֶשֶׁר בִּירוּשָׁלַ͏ִם וַיָּנׇס לָכִישָׁה וַיִּשְׁלְחוּ אַחֲרָיו לָכִישָׁה וַיְמִיתֻהוּ שָׁם׃ - Depuis le moment où Amatsyahou s'était détourné de l'Éternel, on trama une conspiration contre lui à Jérusalem ; il s'enfuit à Lakhich, mais on envoya des gens à sa poursuite jusqu'à Lakhich, et on l'y fit mourir.
Le commentaire attribué à Rachi explique qu'on forma une conspiration contre lui à Jérusalem pour le mettre à mort, car le cœur du peuple était brisé de douleur, chacun pleurant son fils, son frère ou son parent tombé par sa faute. En effet, il s'était lancé dans une provocation gratuite contre le roi d'Israël, causant la mort de leurs enfants, de leurs frères et de leurs proches. Comment en étions-nous arrivés à une telle humiliation ? Par la faute des aventures insensées d'Amatsyahou. Si tu ne t'étais pas lancé dans cette téméraire expédition, nous n'aurions pas perdu nos proches !
Le Malbim explique que ce furent les Cohanim de l'Éternel qui conspirèrent contre lui, pour la raison suivante : « Depuis le moment où Amatsyahou s'était détourné de l'Éternel », lorsqu'il alla introduire l'idolâtrie dans le pays. Lorsque la révolte éclata, il s'enfuit à Lakhich où il trouva des partisans pendant une longue période, jusqu'à ce que les conjurés l'y rattrapent et le tuent. Le Malbim a déjà démontré dans le livre des Rois, par la rigueur chronologique des versets, que le complot éclata trois ans après la guerre entre Amatsyahou et Yoach ; c'est alors qu'on proclama roi Ouzziya du vivant de son père. Autrement dit, son fils Ouzziya régnait à Jérusalem tandis qu'Amatsyahou, réfugié à Lakhich, y régnait localement ; et après douze ans, les conjurés prirent le dessus et l'exécutèrent. C'est à ce propos que Mikha déclare : « Attelle le char aux coursiers rapides, habitante de Lakhich ! ».
« Et on le transporta sur des chevaux » : les chevaux du Soleil
וַיִּשָּׂאֻהוּ עַל־הַסּוּסִים וַיִּקְבְּרוּ אֹתוֹ עִם־אֲבֹתָיו בְּעִיר יְהוּדָה׃ - On le transporta sur des chevaux et on l'enterra auprès de ses pères dans la ville de Yéhouda.
Ce verset est pour le moins singulier : quelle importance cela a-t-il qu'on l'ait transporté sur des chevaux ou sur des mulets ? Il aurait apparemment suffi de mentionner qu'on l'enterra auprès de ses pères dans la ville de Yéhouda. Mais le Malbim, dans son commentaire sur le livre de Mikha (chapitre 1, verset 13), au sujet du verset « Attelle le char aux coursiers rapides, habitante de Lakhich », éclaire ce passage. À cette époque existaient des adorateurs des 'hamananim, des idolâtres voués au culte du soleil, persuadés que l'astre solaire régnait sur les cieux ; ils consacraient à ce culte des chevaux et un char. Dès l'aube, au lever du soleil, ils s'avançaient à sa rencontre vers l'orient avec ce char et ces chevaux, « le dos tourné vers le sanctuaire de l'Éternel et le visage vers l'orient », c'est-à-dire tournant le dos au Beth HaMikdach pour regarder en direction du levant. La preuve en est rapportée dans Rois II (chapitre 23) : « Il supprima les chevaux que les rois de Yéhouda avaient voués au soleil... et brûla au feu les chars du soleil ». Tels étaient les attelages réservés à ce culte idolâtre.
Amatsia entretenait à Lakhich des chevaux spécialement destinés à ce culte du soleil. C'est pourquoi, lorsque les serviteurs de Hachem - ces cohanim qui prirent part au soulèvement contre lui parce qu'il avait abandonné la Maison de Hachem pour s'adonner à l'idolâtrie - prirent le dessus, ils le mirent à mort et transportèrent sa dépouille sur les chevaux du soleil, pour l'opprobre, la dérision et l'infamie : voilà ce que tu as choisi ! Tu voulais ce char pour servir le soleil, regarde où tu te retrouves à présent.
Le Malbim ajoute : ils avaient coutume de fabriquer les chars du soleil en bois de genêt (retamim), car le bois de genêt conserve la chaleur pendant de très nombreux jours. C'est pour cette raison que nos Sages enseignent que celui qui parle pendant l'étude de la Torah, c'est comme si on le nourrissait de braises de genêt, car le genêt peut continuer de brûler jusqu'à un an durant, comme le rapporte la Guémara. Cela symbolisait la chaleur perpétuelle du soleil, étant donné que le culte du soleil s'accomplit par le feu. C'est là le sens de « Attelle le char aux coursiers, habitante de Lakhich ! », où le mot « attelle » (retom) fait également écho aux braises de genêt (retamim).
En conclusion : Amatsiahou avait débuté dans la droiture : il vengea le sang de son père sans faire mourir les enfants, conformément à la loi de la Torah. Mais ce « sans un cœur parfait » l'accompagna tout au long de sa vie. Il engagea cent mille mercenaires d'Éphraïm en pensant que le succès dépendait du nombre de soldats, mais l'homme de D.ieu vint lui enseigner ce principe fondamental : le Saint, béni soit-Il, soit vient en aide à ceux qui placent leur confiance en Lui, soit fait trébucher ceux qui s'appuient sur un bras de chair ; c'est pourquoi, avec Hachem, on triomphe même en petit nombre, tandis que sans Lui, une armée colossale ne sert à rien. Amatsiahou écouta, renvoya la troupe et mérita une victoire miraculeuse sur les enfants de Séïr ; pourtant, en guise de rétribution pour ses actes, il rapporta les divinités de Séïr pour se prosterner devant elles, une faute dénuée de toute logique et née d'un pur égarement. N'ayant pas écouté le prophète, D.ieu mit dans son cœur le dessein funeste de provoquer Yoash, roi d'Israël, ce qui entraîna la défaite de Beth-Chémech, la brèche dans la muraille, le pillage des trésors du Temple de Hachem et la prise d'otages. Enfin, à partir du moment où il se détourna de Hachem, on conspira contre lui ; il s'enfuit à Lakhich où il fut mis à mort, et son corps fut transporté sur les chevaux du soleil avec lesquels il avait pratiqué l'idolâtrie. « Qu'il s'irrite ou qu'il rie, point de repos » : pour celui qui abandonne son D.ieu, ni la colère ni le rire ne lui seront d'aucun secours.