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Chapitre 26 - Ouzziahou et sa lèpre

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Introduction : Chapitre 26 - Grandeur et déchéance d'Ouzziahou

Le chapitre 26 de Divré HaYamim II décrit une ascension continue vers la puissance : conquêtes, fortifications, richesses, armée de métier et innovations militaires révolutionnaires. Pourtant, toute cette longue description n'est en fait qu'une vaste introduction à un seul verset : « Mais lorsqu'il devint puissant, son cœur s'enorgueillit jusqu'à causer sa ruine ». Suivons le texte pas à pas pour observer comment l'Écriture met en place, étape par étape, les ressorts de sa chute.

L'avènement d'Ouzziahou et la reconstruction d'Elot

וַיִּקְחוּ כָּל־עַם יְהוּדָה אֶת־עֻזִּיָּהוּ וְהוּא בֶּן־שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה שָׁנָה וַיַּמְלִיכוּ אֹתוֹ תַּחַת אָבִיו אֲמַצְיָהוּ׃ הוּא בָּנָה אֶת־אֵילוֹת וַיְשִׁיבֶהָ לִיהוּדָה אַחֲרֵי שְׁכַב־הַמֶּלֶךְ עִם־אֲבֹתָיו׃ - Tout le peuple de Juda prit Ouzziahou, alors âgé de seize ans, et le proclama roi à la place de son père Amatsiahou. C'est lui qui bâtit Elot et la restitua à Juda, après que le roi se fut couché avec ses pères.

Tout le peuple de Juda prend Ouzziahou, âgé de seize ans, et l'établit roi à la place de son père Amatsiahou ; or, comme nous l'avons vu, ce couronnement eut lieu du vivant même de son père. Quant à Elot, c'est l'actuelle Eilat : Chlomo l'avait conquise sur Édom, comme il est dit : « Alors Chlomo se rendit à Elot, à Etsyon-Guéver ». Les Édomites l'avaient ensuite reprise par les armes pour se l'annexer, puis, lorsqu'Amatsiahou défit Édom, il la reprit à son tour.

Quelle fut alors l'action propre d'Ouzziahou ? Il l'entoura de remparts et en fit une place forte, et c'est par là qu'« il la restitua à Juda ». Tant qu'une ville demeure ouverte, l'ennemi peut toujours revenir s'en emparer. Comment garantir qu'elle restera définitivement entre nos mains ? En élevant des murailles : ainsi protégée, toute tentative de conquête se heurte à des défenses solides. C'est pourquoi le texte précise « après que le roi se fut couché » : bien qu'Amatsiahou l'eût reprise, elle n'était pas fermement sécurisée, faute de remparts. Ce n'est qu'en construisant ces fortifications qu'Ouzziahou la rattacha véritablement et durablement à Juda.

Les années de règne : uniquement la droiture aux yeux d'Hachem

בֶּן־שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה שָׁנָה עֻזִּיָּהוּ בְמָלְכוֹ וַחֲמִשִּׁים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה מָלַךְ בִּירוּשָׁלִָם וְשֵׁם אִמּוֹ יְכָלְיָה מִן־יְרוּשָׁלִָם׃ וַיַּעַשׂ הַיָּשָׁר בְּעֵינֵי יְהֹוָה כְּכֹל אֲשֶׁר־עָשָׂה אֲמַצְיָהוּ אָבִיו׃ - Ouzziahou était âgé de seize ans lorsqu'il devint roi, et il régna cinquante-deux ans à Jérusalem ; le nom de sa mère était Yékholya, de Jérusalem. Il fit ce qui est droit aux yeux d'Hachem, entièrement comme avait fait son père Amatsiahou.

La formule « Ouzziahou était âgé de seize ans lorsqu'il devint roi » soulève une interrogation : le verset précédent ne venait-il pas d'indiquer « alors âgé de seize ans, et le proclama roi » ? Pourquoi cette répétition ? On trouve peu de commentaires sur ce point : sans doute le texte vient-il préciser que son autorité royale s'exerça pleinement dès l'âge de seize ans, sans interruption. Il arrive en effet que le règne d'un souverain subisse des suspensions ; ici, l'Écriture atteste d'une continuité absolue.

« Il fit ce qui est droit aux yeux d'Hachem, entièrement comme avait fait son père Amatsiahou » : l'accent porte uniquement sur ce qui était droit. Son père Amatsiahou avait agi avec droiture durant une période, puis s'était dévoyé sur la fin. Le verset nous enseigne donc qu'Ouzziahou sut reproduire uniquement les vertus de son père, sans imiter les égarements de sa conduite.

« Aux jours de Zekhariahou, qui avait l'intelligence des visions de Dieu »

וַיְהִי לִדְרֹשׁ אֱלֹהִים בִּימֵי זְכַרְיָהוּ הַמֵּבִין בִּרְאֹת הָאֱלֹהִים וּבִימֵי דָּרְשׁוֹ אֶת־יְהֹוָה הִצְלִיחוֹ הָאֱלֹהִים׃ - Il s'appliqua à rechercher Dieu du vivant de Zekhariahou, qui avait l'intelligence des visions de Dieu ; et tout le temps qu'il rechercha Hachem, Dieu le fit prospérer.

Le commentaire attribué à Rachi explique que Zekharyahou n'est autre qu'Ouzziyahou lui-même, et qu'il portait trois noms : Ouzziyahou, Zekharyahou et Azaryahou. On en trouve d'ailleurs d'autres exemples : Yehoahaz et Ahazyahou, Yehoyakhin et Yekhonyah. On voit ainsi qu'une même personne peut porter plusieurs noms. Selon cette explication, « qui avait l'intelligence dans la vision de Dieu » signifie qu'il avait compris combien la crainte de Dieu est bonne, et qu'il craignait l'Éternel.

Le Malbim propose une autre explication : Zekharyahou était un prophète, et non un autre nom d'Ouzziyahou. Cette époque était particulièrement propice à la recherche de Dieu, car il y avait dans cette génération un prophète « doué d'intelligence dans les visions de Dieu ». Les prophètes et ceux qui possédaient l'esprit de sainteté (Rouah HaKodesh) contemplaient les visions divines : Yehezkel a contemplé les visions du Char céleste (la Merkavah), et de même pour les autres visions prophétiques. Or, il existait des degrés parmi eux : certains ne comprenaient pas la vision dans toute sa vérité première, comme il est dit : « en vision et en énigmes ». Chez Moché, il n'y avait pas d'énigmes, mais chez les autres prophètes, c'était souvent le cas, et le prophète ne saisissait pas pleinement toute la réalité profonde de la vision.

Le Malbim explique que ces visions sont des représentations conceptuelles par lesquelles on leur transmettait des perceptions sublimes, c'est-à-dire qu'on s'adressait à eux par des allusions : à l'image des mondes, des palais célestes (Heikhalot), des configurations (Partsoufim) et des Sefirot que contemplent ceux qui pénètrent dans le Pardès - parmi lesquels certains « ont regardé et en ont été atteints », ou comme l'histoire de ce jeune enfant d'où jaillit un feu du Hachmal qui le consuma. Tout cela nous enseigne qu'il ne suffit pas de voir : il faut comprendre ce que l'on voit, et il faut une intelligence supérieure pour déduire une chose d'une autre, à l'instar de Rabbi Akiva qui est entré en paix et sorti en paix. C'est le sens de « Zekharyahou qui avait l'intelligence » : il comprenait ces visions.

Et dans une génération où vit un tel homme, capable de comprendre ces visions, c'est le moment idéal de rechercher Dieu auprès de lui. Durant toute cette période où ils recherchèrent Dieu, ils connurent le succès, comme nous le verrons par la suite : un succès face aux ennemis de l'extérieur et face aux ennemis de l'intérieur.

Il faut également savoir que lorsqu'un prophète est un homme d'un niveau si élevé, les autres peuvent prophétiser grâce à son influence. Nous l'avons constaté avec Chmouel : jusqu'à Chmouel, il est dit que « la prophétie était rare ». Celui qui a ouvert la brèche, ce flux puissant de prophétie, fut Chmouel ; à sa suite, les disciples des prophètes se sont multipliés et la vision prophétique est devenue fréquente. Il est écrit qu'il y avait une sorte d'obstruction au niveau des attributs de Netsah et Hod, et celui qui a débloqué cet accès et l'a révélé, c'est Chmouel, car la prophétie émane de Netsah et Hod. C'est pourquoi nous voyons que lorsque des hommes arrivaient auprès de Chmouel, ils se mettaient immédiatement à prophétiser : Chaoul arrive auprès de Chmouel, quitte ses vêtements, « Chaoul est-il aussi parmi les prophètes ? ». Lorsqu'on arrive dans un endroit imprégné d'une telle abondance spirituelle, quiconque s'en approche en est imprégné. Il en allait de même ici : puisqu'il y avait à leur époque Zekharyahou, qui comprenait les visions divines - non seulement il voyait, mais il comprenait -, dès lors qu'ils recherchaient l'Éternel, « Dieu le fit prospérer », et par sa force, le succès rejaillissait sur tous.

Guerres et victoires : Philistins, Arabes et Meounites

וַיֵּצֵא וַיִּלָּחֶם בַּפְּלִשְׁתִּים וַיִּפְרֹץ אֶת־חוֹמַת גַּת וְאֵת חוֹמַת יַבְנֵה וְאֵת חוֹמַת אַשְׁדּוֹד וַיִּבְנֶה עָרִים בְּאַשְׁדּוֹד וּבַפְּלִשְׁתִּים׃ - Il sortit pour faire la guerre aux Philistins, renversa la muraille de Gat, la muraille de Yavné et la muraille d'Ashdod, et bâtit des villes dans la région d'Ashdod et chez les Philistins.

Il part en guerre contre les Philistins, conquiert des villes fortifiées, et prend même le contrôle durable du territoire en y bâtissant des villes. Cette construction témoigne d'une véritable souveraineté, et non d'une simple incursion passagère.

וַיַּעְזְרֵהוּ הָאֱלֹהִים עַל־פְּלִשְׁתִּים וְעַל־הָעַרְבִים הַיֹּשְׁבִים בְּגוּר־בָּעַל וְהַמְּעוּנִים׃ - Dieu lui vint en aide contre les Philistins, contre les Arabes qui habitaient à Gour-Baal et contre les Meounites.

Le Malbim explique : les Philistins s'étaient coalisés avec les Arabes et les Meounites (Maon étant un nom de lieu, et certains estiment qu'il s'agit des Ammonites, comme nous l'avons mentionné par le passé). Ils s'étaient unis, et à l'époque de Yehoram, ils avaient vaincu Yehouda ; selon les lois naturelles, il était donc extrêmement difficile de les battre. Et bien que ces trois peuples se soient ligués ensemble, Ouzziyahou l'emporta sur eux. Comment ? Le verset nous l'indique : « Dieu lui vint en aide ». Ne va pas penser que cela s'est fait de manière naturelle, car naturellement il était presque impossible de les vaincre ; c'est le Saint, béni soit-Il, qui lui a accordé une aide surnaturelle.

וַיִּתְּנוּ הָעַמּוֹנִים מִנְחָה לְעֻזִּיָּהוּ וַיֵּלֶךְ שְׁמוֹ עַד־לְבוֹא מִצְרַיִם כִּי הֶחֱזִיק עַד־לְמָעְלָה׃ - Les Ammonites apportèrent un tribut à Ouzziyahou, et sa renommée s'étendit jusqu'aux abords de l'Égypte, car il était devenu excessivement puissant.

Les Ammonites, qui sont les Meounites mentionnés plus haut, versent un tribut à Ouzziyahou. Il était d'usage que le peuple conquis apporte un tribut au roi vainqueur, et c'est ce qui se produisit ici. Sa renommée parvint jusqu'aux confins de l'Égypte : il assura son emprise sur toutes les contrées environnantes, au point d'acquérir une gloire et un éclat immenses, devenant célèbre par sa grande renommée. Tous ces éléments forment une introduction pour nous faire comprendre d'où est né l'acte qu'il commettra par la suite.

La fortification de Jérusalem : la porte de l'Angle, la porte de la Vallée et l'angle du rempart

וַיִּבֶן עֻזִּיָּהוּ מִגְדָּלִים בִּירוּשָׁלִַם עַל־שַׁעַר הַפִּנָּה וְעַל־שַׁעַר הַגַּיְא וְעַל־הַמִּקְצוֹעַ וַיְחַזְּקֵם׃ - Ouziahou bâtit des tours à Jérusalem sur la porte de l'Angle, sur la porte de la Vallée et sur l'angle du rempart, et il les fortifia.

Ouziahou bâtit des tours à Jérusalem et, selon le commentaire attribué à Rachi, il venait consolider les brèches ouvertes dans la muraille à l'époque de son père. « La porte de l'Angle » : l'angle est un point hautement stratégique, et c'est généralement aux angles de la ville que l'on érigeait des tours. C'est pourquoi le mot « pina » (angle, coin) est toujours une métaphore pour désigner une position d'importance, comme dans le piyout « les angles (pinnote) des armées glorifient le Tout-Puissant », qui fait référence aux généraux, ou encore « la pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la principale pierre d'angle », c'est-à-dire la tour maîtresse dressée à l'angle. De même, « le tournant » (miktsoa) renvoie toujours aux coins et aux encoignures : il fortifia ainsi tous les angles, aux quatre coins de la cité. Le texte décrit ici comment il consolide les défenses de son pays, bâtit des tours face à l'ennemi, les garnit d'armes et se dote d'une puissance militaire redoutable. Et tout cela prépare ce qui surviendra par la suite.

Sa puissance économique : « car il aimait la terre »

וַיִּבֶן מִגְדָּלִים בַּמִּדְבָּר וַיַּחְצֹב בֹּרוֹת רַבִּים כִּי מִקְנֶה־רַּב הָיָה לוֹ וּבַשְּׁפֵלָה וּבַמִּישׁוֹר אִכָּרִים וְכֹרְמִים בֶּהָרִים וּבַכַּרְמֶל כִּי־אֹהֵב אֲדָמָה הָיָה׃ - Il bâtit des tours dans le désert et creusa de nombreuses citernes, car il possédait beaucoup de bétail, tant dans la plaine que sur le plateau, ainsi que des laboureurs et des vignerons dans les montagnes et au Carmel, car il aimait la terre.

Le texte décrit ici l'immensité de sa richesse. Comme il possédait d'innombrables troupeaux paissant dans le désert, il y fit ériger des tours de guet pour protéger les bêtes contre les pillards, et fit creuser des citernes pour les abreuver. Il possédait également du bétail dans la plaine de Judée (la Chéfélah) et sur les plateaux, ainsi que des laboureurs et des vignerons dévoués au travail des champs, afin que la terre d'Israël regorge de blé et de vivres et soit préservée de la faim. En somme : une opulence économique extraordinaire, destinée à mettre en lumière sa grandeur et sa puissance.

Mais que signifie « car il aimait la terre » ? Le Midrach enseigne : deux hommes eurent une passion excessive pour la terre, lui et Caïn. Cela rappelle ce que nos Sages soulignent à propos de Noa'h, qui débuta au rang « d'homme juste » et finit comme « homme de la terre », chutant ainsi à un niveau très bas. Il en va de même ici : Caïn s'était enfermé dans la matérialité de la terre, et Ouziahou, lui aussi, « aima la terre ». Or, le verbe « aimer », lorsqu'il s'applique à un attachement terrestre démesuré, porte toujours une connotation d'imperfection, à l'image du verset : « Le roi Salomon aima de nombreuses femmes étrangères ». L'expression « il aimait la terre » ne constitue donc pas un éloge : elle trahit un matérialisme trop prononcé, et annonce déjà la faiblesse morale qui provoquera sa chute.

L'armée de métier et ses commandants

וַיְהִי לְעֻזִּיָּהוּ חַיִל עֹשֵׂה מִלְחָמָה יוֹצְאֵי צָבָא לִגְדוּד בְּמִסְפַּר פְּקֻדָּתָם בְּיַד יְעִיאֵל הַסּוֹפֵר וּמַעֲשֵׂיָהוּ הַשּׁוֹטֵר עַל יַד־חֲנַנְיָהוּ מִשָּׂרֵי הַמֶּלֶךְ׃ - Ouziahou avait une armée prête au combat, partant en campagne par bataillons, selon le dénombrement effectué par Yéiel le scribe et Maasséyahou l'officier, sous le commandement de 'Hananiahou, l'un des ministres du roi.

Le Malbim explique qu'il s'agissait d'une armée de métier permanente. Son père Amatsia disposait lui aussi de soldats, mais ses troupes n'étaient pas mobilisées en permanence : en cas de danger, on procédait à une levée générale, l'équivalent moderne du rappel des réservistes. Ouziahou, en revanche, mit sur pied une véritable armée d'active, des hommes sous les drapeaux en tout temps, prêts à intervenir à la moindre alerte, et qui ne regagnaient pas leurs foyers en période de paix.

« Selon le dénombrement » : l'effectif des troupes était scrupuleusement tenu à jour par Yéiel le scribe et par Maasséyahou le « choter ». Le terme « choter » ne renvoie pas ici à un simple agent de police, mais à un officier de haut rang mandaté par le roi, chargé de veiller à ce qu'aucun soldat ne manque à l'appel. Dans nos termes contemporains, il s'agissait d'une autorité assimilable à la police militaire : si un soldat désertait, cet officier était chargé de le retrouver. C'est sans doute là l'origine historique du mot « choter ».

כֹּל מִסְפַּר רָאשֵׁי הָאָבוֹת לְגִבּוֹרֵי חָיִל אַלְפַּיִם וְשֵׁשׁ מֵאוֹת׃ - Le nombre total des chefs de famille parmi les vaillants guerriers était de deux mille six cents.

Les « chefs de famille » sont les commandants de ces vaillants guerriers. Le Malbim explique : si l'on y regarde de près, on constate qu'il y avait des chefs de milliers, de centaines, de cinquantaines et de dizaines ; les chefs de dizaines étaient deux mille, chapeautés par sept autres chefs. Le total de deux mille six cents englobe les chefs de centaines, de cinquantaines et de milliers.

וְעַל־יָדָם חֵיל צָבָא שְׁלֹשׁ מֵאוֹת אֶלֶף וְשִׁבְעַת אֲלָפִים וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת עוֹשֵׂי מִלְחָמָה בְּכֹחַ חָיִל לַעְזֹר לַמֶּלֶךְ עַל־הָאוֹיֵב׃ - Et sous leurs ordres, une armée de trois cent sept mille cinq cents hommes, faisant la guerre avec une force vaillante, pour prêter main-forte au roi contre l'ennemi.

« Sous leurs ordres » signifie placés sous leur autorité et leur commandement : une armée de trois cent sept mille cinq cents hommes faisant la guerre « avec une force vaillante », c'est-à-dire des guerriers d'une grande puissance, qui secondaient le roi face à l'ennemi.

L'armement de l'armée

וַיָּכֶן לָהֶם עֻזִּיָּהוּ לְכָל־הַצָּבָא מָגִנִּים וּרְמָחִים וְכוֹבָעִים וְשִׁרְיֹנוֹת וּקְשָׁתוֹת וּלְאַבְנֵי קְלָעִים׃ - Ozias leur prépara, pour toute l'armée, des boucliers, des lances, des casques, des cuirasses, des arcs et des pierres de fronde.

Le texte poursuit la description des préparatifs de l'armée : Ozias veilla sur ses troupes et les équipa minutieusement. Les casques étaient en fer, protégeant la tête des coups d'épée. D'ordinaire, ce casque couvrait le crâne et se prolongeait vers l'arrière, comme un couvre-nuque ; si l'ennemi tentait de décapiter le soldat par-derrière, le coup venait heurter l'arrière du casque. C'était donc une protection indispensable. Ils disposaient aussi de cuirasses, sortes de vêtements de fer portés sur le corps, à la manière des guerriers vikings. Enfin, des arcs et des pierres de fronde : le Metsoudat David explique qu'ils possédaient des engins spéciaux pour ces pierres. Les soldats étaient experts pour lancer des pierres au loin, et ces instruments particuliers permettaient de tirer à grande distance. Nous allons voir immédiatement comment il perfectionna cet art.

« Des machines inventées par des ingénieurs » - Les innovations militaires

וַיַּעַשׂ בִּירוּשָׁלִַם חִשְּׁבֹנוֹת מַחֲשֶׁבֶת חוֹשֵׁב לִהְיוֹת עַל־הַמִּגְדָּלִים וְעַל־הַפִּנּוֹת לִירוֹא בַּחִצִּים וּבָאֲבָנִים גְּדֹלוֹת וַיֵּצֵא שְׁמוֹ עַד־לְמֵרָחוֹק כִּי־הִפְלִיא לְהֵעָזֵר עַד כִּי־חָזָק׃ - Il fabriqua à Jérusalem des machines ingénieuses, conçues par des spécialistes, pour être placées sur les tours et sur les angles, afin de tirer des flèches et de grosses pierres. Sa renommée se répandit au loin, car il fut merveilleusement secouru, jusqu'à devenir très puissant.

Tous les commentateurs s'accordent ici. Le commentaire attribué à Rachi explique : « Des machines conçues par des ingénieurs », à l'instar de « l'ouvrage d'art » (maassé 'hochev) dans le livre de Chemot, désigne des engins de guerre fabriqués avec ingéniosité, tels que des tours de siège et des béliers pour battre les murailles, conformément au verset : « Car c'est par la stratégie que tu feras la guerre ». Il inventa donc des instruments inédits pour le combat. De même, le Metsoudat David souligne qu'il s'agit d'une œuvre d'artisanat issue d'une profonde réflexion, conçue par un esprit rompu à l'étude technique. Il disposa ces engins sur les tours afin de décocher des flèches et de lancer de lourdes pierres ; il réalisa ainsi des exploits qu'aucun roi n'avait accomplis avant lui et qu'aucun de ses rivaux ne pouvait égaler.

Le Malbim souligne qu'Ozias maîtrisait parfaitement les mathématiques et la mécanique. La science du calcul était nécessaire pour déterminer les tirs : tout comme on étudie aujourd'hui la balistique, afin de savoir sous quel angle tirer, quelle puissance déployer pour atteindre la cible, selon quelle trajectoire, et ainsi de suite. La maîtrise de la mécanique, elle, servait à concevoir les engins adéquats capables de projeter de lourdes pierres de baliste par-dessus les remparts, un atout déterminant à la guerre. Il installa de tels dispositifs sur les tours pour pilonner l'ennemi d'en haut. Sa réputation se répandit ainsi au loin : il avait développé des procédés jusque-là inconnus et des stratagèmes entièrement nouveaux. Et tout cela prépare le terrain pour le verset suivant.

« Mais dès qu'il fut puissant, son cœur s'enorgueillit » - La racine du péché

וּכְחֶזְקָתוֹ גָּבַהּ לִבּוֹ עַד־לְהַשְׁחִית וַיִּמְעַל בַּיהֹוָה אֱלֹהָיו וַיָּבֹא אֶל־הֵיכַל יְהֹוָה לְהַקְטִיר עַל־מִזְבַּח הַקְּטֹרֶת׃ - Mais lorsqu'il devint puissant, son cœur s'enorgueillit jusqu'à causer sa ruine : il commit un sacrilège contre l'Éternel, son Dieu, et entra dans le Sanctuaire de l'Éternel pour faire brûler de l'encens sur l'autel des parfums.

Tout ce que nous avons décrit jusqu'ici - la mesure dans laquelle il s'éleva au-dessus de tous les rois qui l'avaient précédé par sa puissance militaire, par son armée permanente, par les savants calculs qu'il sut concevoir pour inventer des engins de guerre - tout cela correspond à l'expression « lorsqu'il devint puissant ». En conséquence de quoi il devint extrêmement fort, et alors « son cœur s'enorgueillit ». Et que signifie « jusqu'à se corrompre » ? Le Malbim explique que cette précision vient marquer la différence avec une noble fierté, telle qu'il est dit au sujet de Yehoshaphat : « Et son cœur s'éleva dans les voies de l'Éternel ». Ici, son cœur s'enorgueillit outre mesure, au point de se dévoyer complètement par cette arrogance : il s'estima désormais digne de la sacrificature suprême.

Pourquoi donc ? Le Malbim explique qu'il était convenu que la conduite temporelle du peuple relevait du roi, mais que la direction spirituelle incombait au Cohen. Ce n'est pas le souverain qui guide le peuple sur le plan religieux ; les instructions relatives au service divin émanaient du Cohen, « car les lèvres du prêtre gardent la connaissance, et c'est de sa bouche que l'on recherche la Torah ». C'est là que résidait l'autorité suprême d'où jaillissait la parole divine : la Chambre des pierres de taille (Lichkat HaGazit) et les Cohanim du Temple. Or, en tant que roi, il refusait d'admettre la moindre autorité en dehors de la sienne. Il entendait être le seul décisionnaire, tant dans les affaires du royaume que dans les matières religieuses.

C'est le sens de « son cœur s'enorgueillit jusqu'à se corrompre » : dans son orgueil aveugle, il commit l'injustice d'usurper un pouvoir sur un domaine qui ne lui appartenait aucunement. Tu n'es pas Cohen, Hachem ne t'a point conféré cette prérogative ! Le Malbim souligne que le roi ne peut rien innover sans l'accord du Cohen ; or, Ouzziyahou refusait d'être subordonné à l'approbation sacerdotale. Il voulut donc devenir lui-même Cohen afin de concentrer tous les pouvoirs. À la manière de ces régimes totalitaires où le dirigeant accapare peu à peu toutes les fonctions - l'armée, les leviers de transmission, chaque rouage de l'État - jusqu'à devenir un dirigeant suprême. C'est précisément ce qu'il recherchait ; voilà pourquoi il en vint à commettre une infidélité envers Hachem, prétendant pénétrer dans le Sanctuaire pour y faire brûler l'encens.

Sur ce point, le commentaire attribué à Rachi avance une interprétation surprenante : « Il commit une infidélité envers l'Éternel son D.ieu » - le terme de me'ilah (sacrilège) s'appliquerait ici parce qu'il aurait agi par inadvertance, à l'appui du verset : « Lorsqu'une personne commettra un sacrilège et péchera par inadvertance ». En réalité, une telle explication soulève une vive difficulté : tous les cas de « me'ilah » mentionnés dans les Écritures renvoient à des actes délibérés et non involontaires ! « Et qu'elle commette une infidélité envers lui » au sujet de la femme soupçonnée d'adultère (sotah), s'agissait-il d'un acte involontaire ? « Les enfants d'Israël commirent un sacrilège au sujet de l'anathème », était-ce par inadvertance ? De même lorsqu'il est dit : « Ils commirent une infidélité envers l'Éternel, le D.ieu de leurs pères ». Bien au contraire, quand le texte biblique entend désigner une faute involontaire, il précise explicitement « et péchera par inadvertance », tandis que le mot « sacrilège » employé seul implique manifestement un acte délibéré.

La protestation des Cohanim

וַיָּבֹא אַחֲרָיו עֲזַרְיָהוּ הַכֹּהֵן וְעִמּוֹ כֹּהֲנִים לַיהֹוָה שְׁמוֹנִים בְּנֵי־חָיִל׃ - Azariahou le prêtre entra après lui, accompagné de quatre-vingts prêtres de l'Éternel, des hommes vaillants.

Il est extrêmement délicat d'arrêter un roi lorsqu'il s'apprête à commettre un tel acte. D'une part, on porte la responsabilité du Sanctuaire et le devoir d'empêcher toute profanation. D'autre part, le monarque inspire l'effroi : l'histoire rappelle que des rois impies ont exécuté des Cohanim, jusqu'à faire périr Zacharie qui était grand prêtre. Il était donc tout naturel de redouter d'approcher le roi. Et remarquons-le bien : Azariahou ne se présenta pas seul, mais entouré de quatre-vingts Cohanim. Preuve qu'il fallut rassembler du monde pour oser faire face au roi et lui adresser la parole. C'est pourquoi le verset les qualifie d'« hommes vaillants » : il fallait en effet une bravoure exceptionnelle pour être capable de se dresser devant le souverain et d'élever une protestation contre lui.

וַיַּעַמְדוּ עַל־עֻזִּיָּהוּ הַמֶּלֶךְ וַיֹּאמְרוּ לוֹ לֹא־לְךָ עֻזִּיָּהוּ לְהַקְטִיר לַיהֹוָה כִּי לַכֹּהֲנִים בְּנֵי־אַהֲרֹן הַמְקֻדָּשִׁים לְהַקְטִיר צֵא מִן־הַמִּקְדָּשׁ כִּי מָעַלְתָּ וְלֹא־לְךָ לְכָבוֹד מֵיְהֹוָה אֱלֹהִים׃ - Ils se dressèrent contre le roi Ouzziyahou et lui dirent : « Ce n'est point à toi, Ouzziyahou, de faire brûler l'encens pour l'Éternel, mais aux prêtres, fils d'Aaron, sanctifiés pour offrir l'encens. Sors du sanctuaire, car tu as commis un sacrilège, et cela ne tournera point à ton honneur de la part de l'Éternel D.ieu ! »

Cette fonction est réservée aux seuls Cohanim, les fils d'Aaron qu'Hachem a consacrés. Elle ne t'appartient pas : tu empiètes sur un domaine qui t'est étranger. Le sacerdoce n'a été confié qu'aux descendants sanctifiés d'Aaron ; voilà pourquoi ils lui intiment : « Sors du sanctuaire ». Nul non-prêtre n'a le droit de pénétrer dans le Heikhal sans motif légitime, or l'encens se consume à l'intérieur, dans le Sanctuaire même. Dès lors, tu n'es qu'un profane qui pénètre dans le lieu saint, et cela constitue une profanation coupable.

« Et cela ne tournera point à ton honneur de la part de l'Éternel D.ieu » : pour celui qui est digne de la prêtrise, elle représente un honneur conféré par D.ieu. Mais s'en emparer de force à l'encontre de la volonté divine n'apporte aucune gloire. Comme l'enseigne l'adage : « Mieux vaut qu'on te dise : Monte ici ». Il est préférable qu'autrui vous honore en vous invitant à prendre place à la table d'honneur, plutôt que d'aller s'y asseoir de son propre chef et de s'entendre dire, à l'arrivée d'une personne plus éminente : avec votre permission, veuillez céder votre place. Pourquoi s'infliger de tels désagréments ? Pourquoi courir le risque d'être contraint de descendre ? Il faut attendre d'être appelé. C'est exactement ce qu'explique le Malbim : pour qui en est digne, la prêtrise est un honneur divin, mais pour celui qui n'en est point digne et qui s'en empare indûment, elle devient un objet de mépris, car « ceux qui Me méprisent seront avilis ». Tu outrages ainsi l'œuvre d'Hachem ; n'espère donc pas en tirer du prestige, car ce ne sera pour toi qu'un opprobre.

La lèpre éclate sur son front

וַיִּזְעַף עֻזִּיָּהוּ וּבְיָדוֹ מִקְטֶרֶת לְהַקְטִיר וּבְזַעְפּוֹ עִם־הַכֹּהֲנִים וְהַצָּרַעַת זָרְחָה בְמִצְחוֹ לִפְנֵי הַכֹּהֲנִים בְּבֵית יְהֹוָה מֵעַל לְמִזְבַּח הַקְּטֹרֶת׃ - Ouzziyahou s'emporta violemment, un encensoir à la main pour faire brûler l'encens ; et tandis qu'il s'emportait contre les prêtres, la lèpre éclata sur son front, devant les prêtres, dans la maison de l'Éternel, près de l'autel de l'encens.

Par « encensoir » (mikteret), il ne faut pas entendre ce que l'on appelle aujourd'hui une pipe, mais la pelle à braises avec laquelle on brûlait les parfums. « Et dans sa fureur contre les Cohanim » : cela signifie qu'il éprouvait un violent courroux et se querellait avec eux. Sa colère venait du fait qu'il ne supportait pas qu'on lui fît des reproches. Un roi n'a pas l'habitude qu'on lui dicte sa conduite, et voilà que soudain les Cohanim viennent lui signifier qu'il n'est pas à sa place et s'indignent contre lui, ce qui suscite sa fureur. Il tenait déjà la pelle à braises avec la ketoret dans la main, prêt à accomplir le culte ; et au moment même où il s'apprêtait à brûler l'encens, en pleine fureur, la lèpre (tsara'at) a éclaté sur son front.

La tsara'at est blanche, comme il est dit : « S'il s'agit d'une tache blanche » ; c'est pourquoi le verset dit « zar'ha » (elle rayonna) : terme qui évoque une chose qui brille et resplendit au loin. Étant d'un blanc éclatant, elle se voyait de fort loin. Et quelle est la nature précise du courroux (za'af) ? Le Malbim explique : c'est le fait d'être affligé en esprit et abattu parce que sa volonté n'a pas été accomplie. Lorsqu'un homme veut une chose et qu'en fin de compte elle n'aboutit pas, il s'emporte et s'assombrit intérieurement.

Pourquoi précisément sur son front ? La tsara'at aurait pourtant pu éclater sur sa main ou sur n'importe quelle partie de son corps. C'est en réalité le signe de la perversité de ses pensées, l'impureté ayant jailli par le front. Il y avait là une pensée délibérée et transgressive, et cette pensée a fait irruption à l'extérieur sous la forme d'une lèpre qui a percé son front. De plus, le front est le symbole de l'effronterie, comme dans « Tu avais un front de prostituée » ou « au front impudent ». C'est donc précisément sur son front que la tsara'at a jailli, afin de révéler l'impudence avec laquelle il s'était arrogé un pouvoir qui ne lui appartenait pas.

Son expulsion du Sanctuaire

וַיִּפֶן אֵלָיו עֲזַרְיָהוּ כֹהֵן הָרֹאשׁ וְכָל־הַכֹּהֲנִים וְהִנֵּה־הוּא מְצֹרָע בְּמִצְחוֹ וַיַּבְהִלוּהוּ מִשָּׁם וְגַם־הוּא נִדְחַף לָצֵאת כִּי נִגְּעוֹ יְהֹוָה׃ - Azaryahou, le grand prêtre, et tous les Cohanim se tournèrent vers lui, et voici qu'il était lépreux au front ; ils le chassèrent précipitamment de là, et lui-même se hâta de sortir, car l'Éternel l'avait frappé.

« Le prêtre de la tête » (Kohen haroch) désigne le chef des prêtres, le Cohen Gadol. Ils regardent et le voient couvert de tsara'at sur le front, et ils le pressent de partir, c'est-à-dire qu'ils le font sortir dans la précipitation et en toute hâte. Pourquoi ? Le Malbim explique : parce que le lépreux transmet l'impureté par sa simple entrée dans le Sanctuaire. Certes, le statut officiel d'impureté n'avait pas encore été formellement prononcé sur la plaie, mais la présence de la tsara'at était déjà évidente ; ils avaient donc l'obligation de ne pas le laisser séjourner à l'intérieur, et ils le pressèrent de sortir au plus vite. « Et lui-même se hâta de sortir », car il comprit qu'il s'agissait d'un châtiment divin et qu'il payait le prix de la folie qu'il avait commise.

La maison d'isolement

וַיְהִי עֻזִּיָּהוּ הַמֶּלֶךְ מְצֹרָע עַד־יוֹם מוֹתוֹ וַיֵּשֶׁב בֵּית הַחָפְשִׁית מְצֹרָע כִּי נִגְזַר מִבֵּית יְהֹוָה וְיוֹתָם בְּנוֹ עַל־בֵּית הַמֶּלֶךְ שׁוֹפֵט אֶת־עַם הָאָרֶץ׃ - Le roi Ozias resta lépreux jusqu'au jour de sa mort, et il demeura dans une maison d'isolement, lépreux, car il était exclu de la maison de l'Éternel ; et Yotam, son fils, était à la tête de la maison royale, gouvernant le peuple du pays.

Qu'est-ce que cette « maison de liberté » (Beit Ha'hofchit) ? Le Radak rapporte qu'il est explicité dans le Talmud de Jérusalem qu'il s'était fait bâtir une demeure dans le cimetière, conformément au verset : « Libre parmi les morts ». Le cimetière est le séjour des morts, et c'est là qu'il s'est établi ; telle est la « maison de liberté », un lieu où l'on est « libre parmi les morts ».

Le Metsoudat David explique quant à lui qu'il s'agit de son retrait de la royauté. Et pourquoi l'appelle-t-on « maison de liberté » ? Parce que, comme le disent nos Sages, la royauté est en réalité considérée comme une servitude : « Est-ce une autorité que je vous donne ? C'est une servitude que je vous confie ! » Et peu importe qu'aujourd'hui une infinité de personnes courent après cette servitude, elle n'en demeure pas moins une servitude. À présent que cette servitude s'était retirée de lui, qu'il ne dirigeait plus le peuple et n'exerçait plus le pouvoir de fait, il fut qualifié de « libre » : rendu à la liberté, en quelque sorte à la retraite.

« Car il était exclu de la maison de l'Éternel » signifie qu'il lui était retranché de venir dans la maison de l'Éternel : à la suite de l'impureté de la tsara'at, il ne pouvait plus s'y rendre et cela lui était interdit. C'est aussi pour cette raison qu'il abandonna la direction du royaume. Le Malbim ajoute : « Et il demeura dans une maison d'isolement », parce que le lépreux doit être renvoyé hors des trois camps, et que dans les villes fortifiées, il est expulsé hors des remparts. Nous sommes ici à Jérusalem, et il fallait donc le renvoyer hors de la muraille. C'est en ce sens que nos Sages ont dit qu'il s'était fait une demeure dans le cimetière, car le cimetière se situait lui aussi, à l'époque, à l'extérieur des remparts. Selon le sens simple, le Malbim rejoint l'explication du Metsoudat David : il fut libéré de la charge royale.

Celui qui régnait dans les faits était Yotam, son fils, qui rendait la justice pour le peuple du pays. Nos Sages enseignent que pour chaque verdict qu'il prononçait, il s'exprimait au nom de son père, lui témoignant ainsi un profond respect filial. C'est-à-dire que, bien que son père ne fût plus le dirigeant en exercice, il continuait pour ainsi dire à régner : sur chaque affaire, Yotam disait : « Mon père se prononce ainsi sur ce jugement », afin de maintenir envers son père le respect et le prestige du titre royal.

La fin de ses jours et sa sépulture

וְיֶתֶר דִּבְרֵי עֻזִּיָּהוּ הָרִאשֹׁנִים וְהָאַחֲרֹנִים כָּתַב יְשַׁעְיָהוּ בֶן־אָמוֹץ הַנָּבִיא׃ - Le reste des actes d'Ouziyahaou, les premiers et les derniers, Yechayahou fils d'Amots, le prophète, les a mis par écrit.

« Les premiers » désignent toutes les actions positives qu'il a accomplies, « et les derniers », la fin tragique qui fut la sienne. Tout cela a été consigné par le prophète Yechayahou fils d'Amots. Et quel lien unissait Yechayahou au roi ? Ils étaient cousins germains : Yechayahou était le fils d'Amots, et Ouziyahaou le fils d'Amatsyahou, or Amots et Amatsyahou étaient frères.

וַיִּשְׁכַּב עֻזִּיָּהוּ עִם־אֲבֹתָיו וַיִּקְבְּרוּ אֹתוֹ עִם־אֲבֹתָיו בִּשְׂדֵה הַקְּבוּרָה אֲשֶׁר לַמְּלָכִים כִּי אָמְרוּ מְצוֹרָע הוּא וַיִּמְלֹךְ יוֹתָם בְּנוֹ תַּחְתָּיו׃ - Ouziyahaou se coucha avec ses pères, et on l'enterra avec ses pères dans le champ de sépulture appartenant aux rois, car ils dirent : « Il est lépreux. » Et Yotam, son fils, régna à sa place.

Remarquons la formulation : à cette époque, on enterrait habituellement les rois dans une grotte funéraire, or ici, on ne l'enterre pas dans la grotte mais « dans le champ de sépulture », un espace ouvert. Pourquoi ? Parce qu'il était lépreux, et qu'il ne convenait pas d'amener un lépreux aux côtés des autres rois, ce qui n'aurait pas été digne d'eux. Le lépreux est celui que l'on a toujours tenu à l'écart, et c'est pourquoi on l'écarta encore après sa mort. L'enterrer dans un lieu totalement différent ? Non. Mais dans la grotte ? Non plus. On choisit donc l'endroit le plus proche de la grotte : le champ funéraire attenant au caveau des rois. Ils ont dit : « Il est lépreux », et en tant que lépreux, il n'était pas digne d'entrer dans la sépulture prestigieuse où reposaient tous les rois.

En conclusion : le chapitre 26 est l'histoire d'un formidable essor qui s'effondre de l'intérieur. Ouziyahaou monte sur le trône à l'âge de seize ans, bâtit Eilot et la restitue à Yéhouda, recherche Hachem du temps de Zekhariahou, expert dans les visions divines, et rencontre le succès : il défait les Philistins, les Arabes et les Meounim grâce à l'aide surnaturelle d'Hachem, reçoit des tributs et sa renommée parvient jusqu'aux portes de l'Égypte, fortifie Jérusalem par des tours, amasse d'immenses richesses agricoles, met sur pied une armée permanente parfaitement armée et se distingue par des inventions militaires remarquables. Mais tout cela n'était que le prélude : « Et dès qu'il fut devenu puissant, son cœur s'enorgueillit jusqu'à causer sa ruine ». Voulant s'arroger également l'autorité de la prêtrise, il entra faire fumer l'encens dans le Sanctuaire, et malgré la protestation du Cohen Azariahou et de quatre-vingts Cohanim vaillants, il s'emporta contre eux. C'est alors que la lèpre éclata sur son front, à l'endroit même qui symbolise l'effronterie et l'arrogance préméditée. Dès lors, il demeura dans la maison d'isolement en tant que lépreux, retranché de la Maison d'Hachem et de la royauté, tandis que son fils Yotam dirigeait le peuple tout en honorant son père et en rendant chaque jugement en son nom. Enfin, il fut enseveli dans le champ funéraire et non dans le caveau royal. L'enseignement de ce chapitre est limpide : plus l'homme s'élève et gagne en puissance, plus il doit veiller à respecter ses limites, car « ce ne sera pas pour toi un honneur de la part d'Hachem D.ieu ».