Le chapitre 23 de Divrei HaYamim II est le chapitre de la révolution : après six années durant lesquelles le jeune Yehoash est resté caché dans la chambre à coucher tandis que la scélérate Atalia régnait, Yehoyada le Cohen se lève et met à exécution un plan minutieux et ordonné pour couronner l'enfant de la maison de David et renverser Atalia. Ce chapitre fait écho au récit du livre des Rois, et la démarche d'Ezra - comme le souligne le Malbim à maintes reprises - consiste à compléter ce qui n'y avait pas été explicité.
וּבַשָּׁנָה הַשְּׁבִעִית הִתְחַזַּק יְהוֹיָדָע וַיִּקַּח אֶת־שָׂרֵי הַמֵּאוֹת לַעֲזַרְיָהוּ בֶן־יְרֹחָם וּלְיִשְׁמָעֵאל בֶּן־יְהוֹחָנָן וְלַעֲזַרְיָהוּ בֶן־עוֹבֵד וְאֶת־מַעֲשֵׂיָהוּ בֶן־עֲדָיָהוּ וְאֶת־אֱלִישָׁפָט בֶּן־זִכְרִי עִמּוֹ בַבְּרִית׃ - La septième année, Yehoyada prit courage et fit alliance avec les chefs de centaines : Azariahou fils de Yero'ham, Yichmaël fils de Yeho'hanan, Azariahou fils d'Oved, Maasséyahou fils d'Adayahou, et Elichafat fils de Zikhri.
Ce verset constitue un remarquable exemple d'une règle souvent rappelée : une lettre d'Ahévi contiguë fait tomber le daguech des lettres Begadkefat. Une lettre de Begadkefat en début de mot porte normalement un daguech, mais lorsque le mot précédent se termine par l'une des lettres d'Ahévi (Alef, He, Vav, Youd), celle-ci fait tomber le daguech. Remarquez le nombre d'alternances dans ce seul verset : « עֲזַרְיָהוּ בֶן־יְרֹחָם » sans daguech sur le Beth, car le mot précédent s'achève par un Vav. « וּלְיִשְׁמָעֵאל בֶּן־יְהוֹחָנָן » avec daguech, car le mot se termine par un Lamed, qui ne fait pas partie des Ahévi. « וְלַעֲזַרְיָהוּ בֶן־עוֹבֵד » sans daguech, finissant par un Vav. « מַעֲשֵׂיָהוּ בֶן־עֲדָיָהוּ » sans daguech, finissant par un Vav. « אֱלִישָׁפָט בֶּן־זִכְרִי » avec daguech, car il se termine par un Tet. « עִמּוֹ בַבְּרִית » sans daguech sur le Beth, car le mot précédent finit par un Vav. Voilà une multitude d'illustrations d'une même règle, qui apporte une réponse à quiconque s'étonne à la lecture : parfois avec daguech, parfois sans daguech ; tout répond fidèlement aux lois de la grammaire.
Yehoash est resté caché pendant six ans, et la septième année, Yehoyada prend courage. Il rassemble les chefs de centaines - la préposition « לַעֲזַרְיָהוּ » ayant ici le sens de « אֶת » (avec Azariahou) - : Azariahou fils de Yero'ham, Yichmaël fils de Yeho'hanan, Azariahou fils d'Oved, Maasséyahou fils d'Adayahou et Elichafat fils de Zikhri, et conclut une alliance avec eux. Cette alliance avait pour but, comme nous le verrons aussitôt, de couronner Yehoash.
Le Malbim explique : dans le livre des Rois, il est écrit « Il prit les chefs de centaines, des Kari et des coureurs », tandis qu'ici, Ezra vient préciser l'identité de ces chefs de centaines - Azariahou, Yichmaël, Azariahou fils d'Oved, Maasséyahou et Elichafat -, qui s'allièrent à lui pour rétablir Yehoash sur le trône. Et ce qui est dit là-bas, « des Kari et des coureurs », signifie qu'il les institua émissaires pour parcourir Yehouda et rassembler les Léviim. Le Malbim précise : « Kari » désigne un messager rapide, et « Kari et coureurs » sont différentes catégories d'émissaires qu'il envoie, à l'image du verset « Envoyez le messager (kar) au dominateur du pays » - l'émissaire du souverain.
וַיָּסֹבּוּ בִּיהוּדָה וַיִּקְבְּצוּ אֶת־הַלְוִיִּם מִכָּל־עָרֵי יְהוּדָה וְרָאשֵׁי הָאָבוֹת לְיִשְׂרָאֵל וַיָּבֹאוּ אֶל־יְרוּשָׁלִָם׃ - Ils parcoururent Yehouda et rassemblèrent les Léviim de toutes les villes de Yehouda ainsi que les chefs de famille d'Israël, et ils vinrent à Jérusalem.
Ils parcourent Yehouda et emmènent avec eux tous les Léviim de chaque ville. Les Léviim lui étaient naturellement dévoués : Yehoyada était le Cohen Gadol, et les Léviim fréquentaient et servaient dans la Maison de Hachem, à l'opposé absolu de la scélérate Atalia. Les Cohanim et les Léviim appartenaient à sa propre tribu ; il pouvait compter sur eux avec certitude pour que nul ne trahisse le secret auprès d'Atalia, empêchant ainsi la reine d'étouffer la conspiration dans l'œuf. À leurs côtés, il rassemble également les chefs de famille d'Israël et appelle l'ensemble à monter à Jérusalem. Cette alliance conclue avec les Léviim et les chefs de famille n'est mentionnée que par Ezra, ne figurant point dans le livre des Rois.
וַיִּכְרֹת כָּל־הַקָּהָל בְּרִית בְּבֵית הָאֱלֹהִים עִם־הַמֶּלֶךְ וַיֹּאמֶר לָהֶם הִנֵּה בֶן־הַמֶּלֶךְ יִמְלֹךְ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר יְהֹוָה עַל־בְּנֵי דָוִיד׃ - Toute l'assemblée conclut une alliance avec le roi dans la Maison de Dieu, et il leur dit : Voici, le fils du roi régnera, comme Hachem l'a promis au sujet des fils de David.
Il conclut une alliance avec eux afin qu'ils fassent preuve d'une fidélité sans faille envers ce qu'il s'apprête à accomplir : couronner Yehoash. « Voici, le fils du roi régnera » signifie : voici que le fils du roi est digne de régner. Et faites le calcul : si Salomon est monté sur le trône à l'âge de douze ans, il s'agit ici d'un enfant de sept ans qui accède à la royauté - un tout jeune enfant, pour ainsi dire.
זֶה הַדָּבָר אֲשֶׁר תַּעֲשׂוּ הַשְּׁלִשִׁית מִכֶּם בָּאֵי הַשַּׁבָּת לַכֹּהֲנִים וְלַלְוִיִּם לְשֹׁעֲרֵי הַסִּפִּים׃ וְהַשְּׁלִשִׁית בְּבֵית הַמֶּלֶךְ וְהַשְּׁלִשִׁית בְּשַׁעַר הַיְסוֹד וְכָל־הָעָם בְּחַצְרוֹת בֵּית יְהֹוָה׃ - Voici ce que vous ferez : le tiers d'entre vous qui entre de service le Chabbat, parmi les cohanim et les lévites, sera gardien des seuils ; un tiers sera au palais royal, un tiers à la porte de Yessod (du Fondement), et tout le peuple se tiendra dans les parvis de la maison de l'Éternel.
Les gardes (michmarot) alternaient le Chabbat : il y avait les « entrants du Chabbat » et les « sortants du Chabbat ». Yehoyada voulait mobiliser les deux gardes ensemble - tant ceux qui prenaient leur service que ceux qui l'achevaient et devaient rentrer chez eux. Il les mobilise tous, afin de disposer d'une troupe nombreuse pour exécuter son plan. « Gardiens des seuils » - le Radak explique qu'il s'agit de ce qui est mentionné à propos des gardes sous le nom de « maison des provisions » (Beit HaAssoufim), une porte située au sud du parvis ; il ne s'agit pas du seuil du Temple lui-même, mais de la porte des seuils ou porte des magasins.
Le Malbim explique : tout ce dispositif a pour but de protéger Yoach. On le révèle à présent et on le mène à la royauté, et il faut veiller à ce qu'on ne l'assassine pas. C'est pourquoi il répartit les hommes aux portes, afin de garder le lieu pour empêcher les forces d'Atalie de venir écraser le soulèvement.
Dans le livre des Rois, il est écrit : « Il leur donna cet ordre, en disant : Voici ce que vous ferez : le tiers d'entre vous qui entre de service le Chabbat et qui monte la garde au palais du roi, un tiers à la porte de Sour, et un tiers à la porte derrière les coureurs ; et vous garderez la maison en observant une vigilance sans relâche » - « massa'h » vient de la racine de « yissa'h » (détourner), c'est-à-dire sans bouger de là et sans en détourner son attention - « et deux parts d'entre vous, tous ceux qui sortent de service le Chabbat », deux fractions étaient composées des sortants du Chabbat, ceux qui avaient achevé leur tâche, « monteront la garde de la maison de l'Éternel auprès du roi ».
Le Malbim précise : là-bas, j'ai déjà expliqué qu'il les avait divisés en trois groupes. Un tiers est constitué des entrants du Chabbat, ceux qui doivent commencer leur semaine de garde au Temple, et à eux il a dit : vous monterez la garde de l'intérieur, et c'est le sens de « ceux qui entrent le Chabbat et montent la garde au palais du roi ». Deux tiers étaient les sortants du Chabbat, ayant achevé leur service hebdomadaire, et il les a répartis en deux endroits : un tiers à la porte de Sour et un tiers à la porte derrière les coureurs. Quant aux entrants du Chabbat, il les avertit : « et vous garderez la maison avec vigilance (massa'h) » - ne vous laissez pas distraire ; et les deux parts, les sortants du Chabbat, monteront la garde de la maison de l'Éternel depuis l'extérieur.
Et qu'ajoute Ezra ? Selon son habitude, il apporte le complément nécessaire : ceux qui entrent le Chabbat et montent la garde de l'intérieur - sache qu'eux aussi étaient divisés en trois gardes. Les sortants du Chabbat étaient divisés en deux, et les entrants du Chabbat étaient répartis en trois : un tiers des entrants, parmi les cohanim et les lévites, seront gardiens des seuils ; un tiers se tiendra à l'intérieur de la maison du roi ; et un tiers à la porte du Fondement. Et « tout le peuple » - c'est-à-dire les deux tiers formés par les sortants du Chabbat - se tiendra à l'extérieur, dans les parvis de la maison de l'Éternel, comme il est dit dans les Rois, la moitié à la porte de Sour et la moitié à la porte derrière les coureurs.
Ici il est dit « la porte du Fondement » et dans les Rois « la porte de Sour » ; il s'agit d'une porte orientale, et c'est en réalité la même et unique porte. Ne t'étonne pas qu'un même lieu porte deux noms, car le Talmud de Jérusalem précise expressément qu'elle avait sept noms, Yessod et Sour n'en étant que deux. Et pourquoi l'appelait-on porte de Sour ? Parce qu'on y purifiait les lépreux, et à propos du lépreux il est dit : « Écartez-vous (Sourou), impur ! leur criait-on », car il fallait s'éloigner de lui ; c'est pourquoi la porte où l'on purifiait les lépreux s'appelait porte de Sour, du terme signifiant « écarte-toi de là ».
וְאַל־יָבוֹא בֵית־יְהֹוָה כִּי אִם־הַכֹּהֲנִים וְהַמְשָׁרְתִים לַלְוִיִּם הֵמָּה יָבֹאוּ כִּי־קֹדֶשׁ הֵמָּה וְכָל־הָעָם יִשְׁמְרוּ מִשְׁמֶרֶת יְהֹוָה׃ - Que nul n'entre dans la maison de l'Éternel, si ce n'est les cohanim et les lévites officiants ; eux seuls entreront car ils sont saints, et tout le peuple observera la consigne de l'Éternel.
Cela non plus, note le Malbim, n'est pas mentionné dans les Rois : dans la maison elle-même, seuls entreront les cohanim et les lévites officiants, les autres n'y pénétreront pas. Et que signifie « vehamechartim lalviyim » (et les serviteurs aux lévites) - qui donc sert les lévites ? Le Radak explique : la lettre lamed remplace ici la lettre he de l'article défini, comme s'il était dit « et les serviteurs lévites », ce sont eux qui entreront. Et comme à son habitude, le Radak apporte une preuve textuelle : « acher lamélekh nich'an al yado » - qui signifie « sur la main duquel le roi s'appuyait », où le lamed a valeur d'article défini à la place du he. Les cohanim et les lévites montent la garde à l'intérieur du Temple car ils sont saints, tandis que les enfants d'Israël n'y pénètrent pas mais montent la garde à l'extérieur.
וְהִקִּיפוּ הַלְוִיִּם אֶת־הַמֶּלֶךְ סָבִיב אִישׁ וְכֵלָיו בְּיָדוֹ וְהַבָּא אֶל־הַבַּיִת יוּמָת וִהְיוּ אֶת־הַמֶּלֶךְ בְּבֹאוֹ וּבְצֵאתוֹ׃ - Les lévites entoureront le roi de toutes parts, chacun ses armes à la main ; et quiconque entrera dans la maison sera mis à mort ; et vous accompagnerez le roi dans ses allées et venues.
Les lévites entoureront le roi de toutes parts, chacun ses armes à la main - ses armes de guerre. Et quiconque y pénètre sera mis à mort, car celui qui arrive du dehors appartient au camp d'Atalie et vient réprimer la révolte, il faut donc l'abattre. Dans les Rois, il est écrit : « et quiconque pénétrera dans les rangs sera mis à mort », car il s'agit là-bas de l'ordre donné aux gardes qui encerclent l'extérieur ; tandis que dans notre texte, il est question de ceux qui se trouvent à l'intérieur, où il n'y a pas de rangs (sdérot), et c'est pourquoi il ne mentionne pas ici la question des rangs, comme nous le verrons par la suite.
וַיַּעֲשׂוּ הַלְוִיִּם וְכָל־יְהוּדָה כְּכֹל אֲשֶׁר־צִוָּה יְהוֹיָדָע הַכֹּהֵן וַיִּקְחוּ אִישׁ אֶת־אֲנָשָׁיו בָּאֵי הַשַּׁבָּת עִם יוֹצְאֵי הַשַּׁבָּת כִּי לֹא פָטַר יְהוֹיָדָע הַכֹּהֵן אֶת־הַמַּחְלְקוֹת׃ - Les Lévites et tout Juda firent tout ce qu'avait ordonné Yehoyada le Cohen ; chacun prit ses hommes, ceux qui entraient de service le Chabbat avec ceux qui sortaient de service le Chabbat, car Yehoyada le Cohen n'avait pas libéré les divisions.
« Il n'avait pas libéré les divisions » - il s'agit des divisions établies depuis l'époque de David, chaque tour de garde (Michmar). D'ordinaire, lorsqu'une garde achevait son service le Chabbat, on la libérait et chacun rentrait chez soi ; mais ici, Yehoyada voulait que les sortants constituent une force d'appoint pour lui prêter main-forte contre ceux qui tenteraient d'empêcher l'avènement de Yoach. Il ne les renvoya donc pas chez eux, mais les retint tous aux côtés de ceux qui prenaient leur service le Chabbat, afin qu'ils forment la garde du roi.
Le Malbim souligne une divergence : ici, il est dit « Les Lévites et tout Juda firent », alors que dans le livre des Rois, il est écrit « Les chefs de centaines firent ». Pourquoi ? Parce que là-bas, le texte parlait principalement des gardes extérieurs, qui étaient des chefs de centaines d'Israël ; tandis qu'ici, il s'agit des gardes de l'intérieur, qui étaient des Lévites et des Cohanim, d'où la mention « Les Lévites firent ». De plus, la précision selon laquelle « il n'avait pas libéré » n'apparaît qu'ici et non dans les Rois, et c'est Ezra qui l'a ajoutée dans son livre.
וַיִּתֵּן יְהוֹיָדָע הַכֹּהֵן לְשָׂרֵי הַמֵּאוֹת אֶת־הַחֲנִיתִים וְאֶת־הַמָּגִנּוֹת וְאֶת־הַשְּׁלָטִים אֲשֶׁר לַמֶּלֶךְ דָּוִיד אֲשֶׁר בֵּית הָאֱלֹהִים׃ - Yehoyada le Cohen donna aux chefs de centaines les lances, les boucliers et les targes qui appartenaient au roi David et qui se trouvaient dans la Maison de Dieu.
Yehoyada donne aux chefs de centaines - ceux qui se tenaient à l'extérieur - les lances, qui sont des armes de combat, ainsi que les boucliers ordinaires et les « chelatim », qui sont également une catégorie de boucliers. Le Malbim précise : ce passage est textuellement repris du livre des Rois, et j'y ai déjà expliqué les nuances entre les deux récits ; le lecteur désireux d'approfondir pourra s'y référer.
וַיַּעֲמֵד אֶת־כָּל־הָעָם וְאִישׁ שִׁלְחוֹ בְיָדוֹ מִכֶּתֶף הַבַּיִת הַיְמָנִית עַד־כֶּתֶף הַבַּיִת הַשְּׂמָאלִית לַמִּזְבֵּחַ וְלַבָּיִת עַל־הַמֶּלֶךְ סָבִיב׃ - Il posta tout le peuple, chacun son arme à la main, depuis le côté droit du Temple jusqu'au côté gauche du Temple, vers l'autel et vers le Sanctuaire, tout autour du roi.
Chacun se tient prêt, son arme à la main. Le terme « Chéla'h » désigne l'épée, comme il est dit : « S'ils n'écoutent pas, ils périront par le glaive (béchélakh) et expireront faute de savoir », et d'autres versets emploient ce mot dans le sens d'un glaive. Yehoyada leur distribue des épées afin de protéger le roi dès que surviendrait une attaque des partisans d'Atalia.
וַיּוֹצִיאוּ אֶת־בֶּן־הַמֶּלֶךְ וַיִּתְּנוּ עָלָיו אֶת־הַנֵּזֶר וְאֶת־הָעֵדוּת וַיַּמְלִיכוּ אֹתוֹ וַיִּמְשָׁחֻהוּ יְהוֹיָדָע וּבָנָיו וַיֹּאמְרוּ יְחִי הַמֶּלֶךְ׃ - Ils firent sortir le fils du roi, posèrent sur lui le diadème et le témoignage, et le proclamèrent roi ; Yehoyada et ses fils l'oignirent et s'écrièrent : « Vive le roi ! »
On fait sortir le fils du roi de la pièce retirée où il était caché, on le présente au grand jour et on dépose sur lui le diadème (nezer) et le témoignage ('édout). Le commentaire attribué à Rachi explique que le diadème est la couronne que le roi David avait prise à Rabba des enfants d'Amon, comme il est dit : « David prit la couronne de leur roi [...] et elle fut posée sur la tête de David », et dès lors, les rois de Juda la ceignaient sur leur front. Quant au « témoignage », il s'agit du Sefer Torah, ainsi qu'il est écrit : « Il y lira tous les jours de sa vie ».
Nos Sages (Haza"l) enseignent quant à eux que le diadème constituait lui-même le témoignage. De quelle manière ? Il est rapporté que la couronne servait de preuve en elle-même : on la posait sur la tête, et si elle s'ajustait parfaitement, on savait qu'il s'agissait du roi légitime ; si elle ne convenait pas, on savait qu'il n'était pas destiné au trône. Certaines sources mentionnent même qu'elle comportait une sorte de tige en son milieu, et que les rois de la maison de David présentaient une dépression sur le crâne où elle venait s'emboîter exactement. Certains commentateurs s'en étonnent : cela reviendrait à attribuer aux rois davidiques une malformation physique, une fente ou un sillon sur le sommet de la tête ; cette explication fait donc l'objet de réserves. Mais ce qui demeure acquis, c'est que la couronne ne convenait qu'à celui qui avait la légitimité pour régner. Tel est le sens de « le diadème et le témoignage » : le diadème lui-même attestait qu'il était le roi désigné, car autrement il ne lui aurait pas été adapté. Le Radak explique quant à lui que le témoignage désigne les vêtements royaux, du sens de « 'adi » (parure), les habits d'apparat et joyaux dont on se pare. Le Metsoudat David le rattache également à l'idée de parure, y voyant les pierres précieuses dont on le parait en guise d'ornements royaux.
וַתִּשְׁמַע עֲתַלְיָהוּ אֶת־קוֹל הָעָם הָרָצִים וְהַמְהַלְלִים אֶת־הַמֶּלֶךְ וַתָּבוֹא אֶל־הָעָם בֵּית יְהֹוָה׃ - Athalie entendit le bruit du peuple qui accourait et acclamait le roi, et elle vint vers le peuple dans la Maison de l'Éternel.
Athalie comprend que quelque chose se trame à son insu, et elle accourt pour vérifier et voir ce qui s'y passe, attirée par le bruit de ceux qui courent et acclament le roi.
וַתֵּרֶא וְהִנֵּה הַמֶּלֶךְ עוֹמֵד עַל־עַמּוּדוֹ בַּמָּבוֹא וְהַשָּׂרִים וְהַחֲצֹצְרוֹת עַל־הַמֶּלֶךְ וְכָל־עַם הָאָרֶץ שָׂמֵחַ וְתוֹקֵעַ בַּחֲצֹצְרוֹת וְהַמְשׁוֹרְרִים בִּכְלֵי הַשִּׁיר וּמוֹדִיעִים לְהַלֵּל וַתִּקְרַע עֲתַלְיָהוּ אֶת־בְּגָדֶיהָ וַתֹּאמֶר קֶשֶׁר קָשֶׁר׃ - Elle regarda, et voici que le roi se tenait sur son estrade à l'entrée, les officiers et les trompettes près du roi, tout le peuple du pays dans l'allégresse sonnant des trompettes, et les chantres avec les instruments de musique guidant les louanges. Athalie déchira ses vêtements et s'écria : Complot ! Complot !
Elle voit le roi se tenir sur son estrade - c'est « la colonne » mentionnée dans le livre des Rois, que le Targoum traduit par « Itsvana », une galerie surélevée réservée au roi. Elle arrive à « l'entrée », l'accès menant à la cour du Temple (la Azara). Elle les voit chanter, louer, sonner des trompettes et « modiyim lehalel » - ils s'enseignent mutuellement la manière de louer, comme l'explique le Metsoudat David. Elle s'écrie alors « Complot ! Complot ! » : il y a là une rébellion. Pourquoi répète-t-elle ce mot ? Pour marquer son indignation et souligner la gravité de la situation. Et si l'on veut y voir une allusion : ce complot (qécher) était en réalité une conjuration tout à fait légitime (qécher kacher).
וַיּוֹצֵא יְהוֹיָדָע הַכֹּהֵן אֶת־שָׂרֵי הַמֵּאוֹת פְּקוּדֵי הַחַיִל וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם הוֹצִיאוּהָ אֶל־מִבֵּית הַשְּׂדֵרוֹת וְהַבָּא אַחֲרֶיהָ יוּמַת בֶּחָרֶב כִּי אָמַר הַכֹּהֵן לֹא תְמִיתוּהָ בֵּית יְהֹוָה׃ - Le grand prêtre Yehoyada fit sortir les chefs de centaine préposés à l'armée et leur dit : Faites-la sortir entre les rangs, et que quiconque la suit soit mis à mort par l'épée ! Car le prêtre avait dit : Ne la mettez pas à mort dans la Maison de l'Éternel.
Yehoyada fait sortir les chefs de centaine, commandants des troupes, et leur ordonne : ne la tuez pas à l'intérieur du Temple, mais faites-la d'abord sortir entre les rangs de soldats. « Et que quiconque la suit soit mis à mort » : ne laissez personne s'approcher pour lui prêter main-forte ; quiconque marche derrière elle est soupçonné de complicité et doit être exécuté. De même, ne la laissez pas s'échapper vers la ville par la sortie de la Azara, précise le commentaire attribué à Rachi, car en ville elle risquerait de trouver des partisans pour la secourir ; et si quelqu'un vient à sa suite dans la cour, mettez-le à mort. Et que signifie le terme « chederot » ? Le commentaire attribué à Rachi note qu'il n'en connaît pas le sens exact, mais le Metsoudat Tsiyone explique qu'il s'agit de « sederot » avec un samekh, dérivé de l'agencement et de l'ordre : une troupe rangée en bataille est appelée « ma'arakha » et également « chederot », en référence à ces rangs ordonnés.
וַיָּשִׂימוּ לָהּ יָדַיִם וַתָּבוֹא אֶל־מְבוֹא שַׁעַר־הַסּוּסִים בֵּית הַמֶּלֶךְ וַיְמִיתוּהָ שָׁם׃ - Ils lui firent place, et elle parvint à l'entrée de la porte des Chevaux, près du palais royal, et ils la mirent à mort là-bas.
« Vayasimou lah yadayim » : ils lui laissèrent de l'espace pour fuir et s'engager dans le passage, lui ouvrant une voie libre pour quitter la Maison de l'Éternel. Elle arrive ainsi au palais royal par la porte des Chevaux, et c'est là qu'elle fut mise à mort.
וַיִּכְרֹת יְהוֹיָדָע בְּרִית בֵּינוֹ וּבֵין כָּל־הָעָם וּבֵין הַמֶּלֶךְ לִהְיוֹת לְעָם לַיהֹוָה׃ - Yehoyada conclut une alliance entre lui, tout le peuple et le roi, afin qu'ils forment le peuple de l'Éternel.
Il conclut une alliance entre lui, l'ensemble du peuple et le roi, engageant chacun, souverain comme sujets, à marcher fidèlement dans les voies de l'Éternel.
וַיָּבֹאוּ כָל־הָעָם בֵּית־הַבַּעַל וַיִּתְּצֻהוּ וְאֶת־מִזְבְּחֹתָיו וְאֶת־צְלָמָיו שִׁבֵּרוּ וְאֵת מַתָּן כֹּהֵן הַבַּעַל הָרְגוּ לִפְנֵי הַמִּזְבְּחוֹת׃ - Tout le peuple entra dans le temple de Baal et le démolit ; ils brisèrent ses autels et ses statues, et ils tuèrent Mattan, le prêtre de Baal, devant les autels.
On démolit le temple de Baal, on brise les autels et les idoles, et l'on met à mort Mattan, le prêtre de Baal, devant les autels.
וַיָּשֶׂם יְהוֹיָדָע פְּקֻדּוֹת בֵּית יְהֹוָה בְּיַד הַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם אֲשֶׁר חָלַק דָּוִיד עַל־בֵּית יְהֹוָה לְהַעֲלוֹת עֹלוֹת יְהֹוָה כַּכָּתוּב בְּתוֹרַת מֹשֶׁה בְּשִׂמְחָה וּבְשִׁיר עַל יְדֵי דָוִיד׃ - Yehoyada remit les charges de la Maison de l'Éternel aux mains des Cohanim et des Léviyim que David avait répartis sur la Maison de l'Éternel, pour offrir les holocaustes de l'Éternel, comme il est écrit dans la Torah de Moshé, dans la joie et par le chant, selon l'institution de David.
Le mot « pekoudot » désigne ici des préposés, des responsables désignés pour faire monter les holocaustes, placés sous l'autorité des Cohanim et des Léviyim selon la répartition instituée jadis par David. Pourquoi fallait-il nommer de nouveaux responsables ? Le Malbim explique : à l'époque d'Ataliah, on avait aboli le service de l'offrande quotidienne (le Tamid) et l'on ne veillait plus comme il convenait sur le service du sanctuaire. Il fallait donc désormais établir des préposés à cette charge, et Yehoyada confia cette tâche aux Cohanim et aux Léviyim, conformément à ce que David avait instauré en la leur confiant.
וַיַּעֲמֵד הַשּׁוֹעֲרִים עַל־שַׁעֲרֵי בֵּית יְהֹוָה וְלֹא־יָבוֹא טָמֵא לְכָל־דָּבָר׃ - Et il posta les gardiens aux portes de la Maison de l'Éternel, afin qu'aucun impur n'y entrât, quelle que fût la cause d'impureté.
En d'autres termes, des gardes avaient pour mission d'empêcher toute souillure ou personne impure de pénétrer dans le parvis du sanctuaire.
וַיִּקַּח אֶת־שָׂרֵי הַמֵּאוֹת וְאֶת־הָאַדִּירִים וְאֶת־הַמּוֹשְׁלִים בָּעָם וְאֵת כָּל־עַם הָאָרֶץ וַיּוֹרֶד אֶת־הַמֶּלֶךְ מִבֵּית יְהֹוָה וַיָּבֹאוּ בְּתוֹךְ־שַׁעַר הָעֶלְיוֹן בֵּית הַמֶּלֶךְ וַיּוֹשִׁיבוּ אֶת־הַמֶּלֶךְ עַל כִּסֵּא הַמַּמְלָכָה׃ - Il prit les chefs de centaines, les notables, les chefs du peuple et tout le peuple du pays, et il fit descendre le roi de la Maison de l'Éternel ; ils passèrent par la porte supérieure jusqu'au palais du roi, et ils firent asseoir le roi sur le trône du royaume.
Il s'entoure des centurions et des notables - c'est-à-dire les ministres et les gouverneurs - et tous viennent reconnaître son autorité royale au milieu d'une grande foule.
וַיִּשְׂמְחוּ כָל־עַם־הָאָרֶץ וְהָעִיר שָׁקָטָה וְאֶת־עֲתַלְיָהוּ הֵמִיתוּ בֶחָרֶב׃ - Tout le peuple du pays se réjouit, et la ville fut tranquille ; quant à Ataliah, on l'avait mise à mort par l'épée.
« Et la ville fut tranquille » - aucune rébellion ni aucune guerre n'éclata. Le Metsoudat David précise : après la mort d'Ataliah, il ne restait plus personne pour soulever une révolte, car tous les fils d'Ahaziahou et ses frères avaient péri, et Ataliah était la seule restante. Dès lors qu'elle fut neutralisée, il ne subsista plus aucune opposition, et tout le monde se réjouit d'avoir enfin un roi soutenu à l'unanimité par le peuple entier.
Le chapitre 23 décrit la révolution menée par Yehoyada : la conclusion de l'alliance avec les chefs de centaines, le rassemblement des Léviim et des chefs de familles patriarcales, la répartition minutieuse de ceux qui entrent le Chabbat et de ceux qui en sortent pour assurer la garde de l'intérieur et de l'extérieur, la présentation de Yoach à l'âge de sept ans, la remise du diadème et du Témoignage, et son couronnement. Athalie découvre la conspiration, s'écrie « Conspiration ! Conspiration ! », est conduite hors de l'enceinte du Temple et mise à mort à la porte des Chevaux. Après cela, une alliance est scellée pour devenir le peuple d'Hachem, le temple de Baal est détruit, l'ordre du service du Temple et les gardiens placés à ses portes sont rétablis, et le roi est installé sur le trône royal - « Tout le peuple du pays se réjouit, et la ville fut paisible ». La démarche d'Ezra tout au long de ce chapitre consiste à compléter les éléments omis dans le livre des Rois : le détail des noms des chefs de centaines, l'alliance avec les Léviim, la division de la garde montante en trois groupes, le fait qu'« il ne renvoya point les divisions », ainsi que l'avertissement formel que nul ne pénètre dans la Maison du Sanctuaire, hormis les Cohanim et les Léviim.