Le chapitre 6 de Divrei HaYamim II s'ouvre sur la grande prière du roi Salomon lors de l'inauguration du Temple. En réalité, cette prière est presque identique à celle que nous avons déjà étudiée dans le livre des Rois (Melakhim), et c'est pourquoi le Malbim est ici très concis dans ses explications - selon son habitude de ne pas répéter ses propos lorsque le texte biblique se répète. Le Malbim lui-même écrit : tout ce chapitre a été repris de Melakhim, où j'ai tout expliqué longuement et il n'y a pas lieu de se répéter ; ce n'est qu'au verset 5 qu'il ajoute une explication à ce qu'il avait abrégé là-bas, « Je n'ai pas choisi de ville » et « et J'ai choisi David ». Par conséquent, tout au long de ce chapitre de quarante-deux versets, nous suivrons les autres commentateurs, tout en nous arrêtant sur les points que le Malbim aborde spécifiquement.
אָז אָמַר שְׁלֹמֹה: יְהֹוָה אָמַר לִשְׁכּוֹן בָּעֲרָפֶל׃ - Salomon dit alors : Hachem a dit qu'Il résiderait dans l'épaisse nuée.
Le commentaire attribué à Rachi explique : puisque la Maison s'était remplie de fumée au moment de l'inauguration, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, Salomon a dit : je sais maintenant que la Chekhina y réside. En effet, la coutume du Saint béni soit-Il est de faire résider Sa présence au cœur de l'épaisse nuée, ainsi qu'il est dit : « Et Moché s'approcha de l'épaisse nuée où se trouvait D.ieu », et comme il est dit : « Car c'est dans la nuée que J'apparaîtrai au-dessus du propitiatoire ». Si je vois ici une nuée et une brume obscure, c'est le signe que la Chekhina réside dans la Maison que j'ai bâtie en Son nom.
De là, nous avons tiré autrefois un magnifique enseignement moral au nom de l'auteur du Tanya. Lorsque le peuple vit l'épaisse nuée, il est dit : « Le peuple vit, trembla et se tint à distance », et le seul à s'approcher de l'épaisse nuée fut Moché. Lorsqu'un homme aperçoit l'obscurité d'un brouillard et recule pour se tenir à distance, qu'il sache qu'il y avait là une immense occasion d'atteindre des niveaux spirituels élevés, et qu'il l'a manquée. Moché, quant à lui, était prêt à s'avancer précisément vers l'obscurité de la nuée, et c'est pourquoi il atteignit ce qu'il atteignit.
Et c'est une métaphore de notre propre réalité. Face aux difficultés et aux épreuves, il y a toujours ceux qui reculent : dès que cela devient difficile, on fait un pas en arrière. Mais d'autres disent : c'est précisément parce que c'est difficile que c'est là que réside la volonté d'Hachem, c'est le signe qu'il faut redoubler d'efforts et s'investir davantage. « Où se trouvait D.ieu » : où réside le Saint béni soit-Il ? Précisément là où la situation est ardue, là où la visibilité fait défaut. Quand tout va bien et que la bonté divine est éclatante, il n'y a aucun mérite à avoir la foi ; la grandeur consiste à croire lorsqu'on fait face à l'obscurité de la brume. C'est aussi ce qui est suggéré ici : « Hachem a dit qu'Il résiderait dans l'épaisse nuée » - les lieux où l'on accède à la sainteté et à la proximité divine sont précisément ceux où l'homme sait qu'il y a de l'obscurité et où il choisit néanmoins d'avancer.
וַאֲנִי בָּנִיתִי בֵית־זְבֻל לָךְ וּמָכוֹן לְשִׁבְתְּךָ עוֹלָמִים׃ - Et moi, j'ai bâti une demeure sublime pour Toi, un lieu où Tu résideras éternellement.
« Une demeure sublime (Beit Zvoul) » : une habitation pour Toi, Maître du monde. « Et un lieu où Tu résideras éternellement » : Chilo, Nov et Guivon n'étaient pas des demeures « éternelles », car elles n'étaient pas le lieu choisi, selon les termes de l'Écriture : « Au lieu que choisira Hachem ». Seul cet endroit est le lieu choisi. C'est ici qu'Avraham Avinou a ligoté Yits'hak, et c'est ici qu'il nomma ce lieu « Hachem Yiré » - car sur cette montagne, Hachem se révélera pour toutes les générations. Et lorsque David vit l'ange au-dessus de cet endroit et que le feu descendit du ciel, il sut que c'était là le lieu digne d'accueillir la Maison d'Hachem, et il dit : « C'est ici la maison de D.ieu et c'est ici l'autel pour les holocaustes d'Israël ». C'est cela le « lieu où Tu résideras éternellement ».
וַיַּסֵּב הַמֶּלֶךְ אֶת־פָּנָיו וַיְבָרֶךְ אֵת כׇּל־קְהַל יִשְׂרָאֵל וְכׇל־קְהַל יִשְׂרָאֵל עוֹמֵד׃ - Le roi tourna son visage et bénit toute l'assemblée d'Israël, et toute l'assemblée d'Israël se tenait debout.
Il bénit toute l'assemblée d'Israël, bénédiction qui sera détaillée par la suite. « Et toute l'assemblée d'Israël se tenait debout » : car nul n'a le droit de s'asseoir dans le parvis du Temple (la Azara), à l'exception des rois de la dynastie de David ; c'est pourquoi tout le monde se tenait debout.
וַיֹּאמֶר: בָּרוּךְ יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר דִּבֶּר בְּפִיו אֵת דָּוִיד אָבִי וּבְיָדָיו מִלֵּא לֵאמֹר׃ - Et il dit : Béni soit l'Éternel, le D.ieu d'Israël, qui a parlé de Sa bouche à David mon père, et qui a accompli de Ses mains, en disant :
« Qui a parlé de Sa bouche » - car Il lui avait promis de lui donner un fils qui Lui bâtirait une Maison. « Et qui a accompli de Ses mains » - et voici que nous voyons à présent qu'Il a réalisé Sa bonne parole, et que par Sa puissance, Il a parachevé ce qu'Il avait annoncé.
מִן־הַיּוֹם אֲשֶׁר הוֹצֵאתִי אֶת־עַמִּי מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם לֹא־בָחַרְתִּי בְעִיר מִכֹּל שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל לִבְנוֹת בַּיִת לִהְיוֹת שְׁמִי שָׁם, וְלֹא־בָחַרְתִּי בְאִישׁ לִהְיוֹת נָגִיד עַל־עַמִּי יִשְׂרָאֵל׃ - Depuis le jour où J'ai fait sortir Mon peuple du pays d'Égypte, Je n'ai point choisi de ville parmi toutes les tribus d'Israël pour qu'on y bâtisse une Maison où réside Mon Nom, et Je n'ai point choisi d'homme pour être chef sur Mon peuple d'Israël.
Ces paroles aussi, le Saint, béni soit-Il, les avait dites à David : depuis le jour où J'ai fait sortir Israël d'Égypte, aucun lieu permanent n'avait été choisi pour le Temple. Le Tabernacle errait - Chilo, Nov, Guiv'on - mais aucun lieu fixe n'avait été désigné. Et à présent, maintenant seulement, le Saint, béni soit-Il, a choisi cet endroit à Jérusalem.
וָאֶבְחַר בִּירוּשָׁלַ͏ִם לִהְיוֹת שְׁמִי שָׁם, וָאֶבְחַר בְּדָוִיד לִהְיוֹת עַל־עַמִּי יִשְׂרָאֵל׃ - Mais J'ai choisi Jérusalem pour que Mon Nom y réside, et J'ai choisi David pour régner sur Mon peuple d'Israël.
Après n'avoir choisi aucune ville jusqu'à présent, J'ai désormais choisi Jérusalem ; et après n'avoir choisi aucun homme jusqu'à présent, J'ai désormais choisi David pour être à la tête de Mon peuple d'Israël.
וַיְהִי עִם־לְבַב דָּוִיד אָבִי לִבְנוֹת בַּיִת לְשֵׁם יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Or David mon père avait à cœur de bâtir une Maison pour le Nom de l'Éternel, le D.ieu d'Israël.
וַיֹּאמֶר יְהֹוָה אֶל־דָּוִיד אָבִי: יַעַן אֲשֶׁר הָיָה עִם־לְבָבְךָ לִבְנוֹת בַּיִת לִשְׁמִי, הֱטִיבוֹתָ כִּי הָיָה עִם־לְבָבֶךָ׃ - Mais l'Éternel dit à David mon père : Puisque tu as eu au cœur de bâtir une Maison pour Mon Nom, tu as bien fait d'avoir eu cette pensée en ton cœur.
Pour que nul ne pense : si le Saint, béni soit-Il, avait choisi David, pourquoi ce dernier a-t-il tardé à construire le Temple ? Le verset vient nous enseigner que David aspirait déjà de lui-même à bâtir une Maison pour le Nom d'Hachem, et qu'il n'a fait preuve d'aucune négligence, mais qu'Hachem l'en a empêché. Et le Saint, béni soit-Il, lui dit : ton aspiration et ta volonté sont saintes et bonnes à Mes yeux, « tu as bien fait d'avoir eu cette pensée en ton cœur ». Moi aussi Je désire cette Maison et Je la choisis, cette volonté est juste, et tu auras du mérite en préparant tout ce qui est nécessaire à l'édifice.
רַק אַתָּה לֹא תִבְנֶה הַבָּיִת, כִּי בִנְךָ הַיּוֹצֵא מֵחֲלָצֶיךָ הוּא־יִבְנֶה הַבַּיִת לִשְׁמִי׃ - Seulement, ce n'est pas toi qui bâtiras la Maison ; c'est ton fils, issu de tes entrailles, qui bâtira la Maison pour Mon Nom.
Tu prépareras tous les préparatifs, mais ce n'est pas toi qui réaliseras la construction elle-même. Nous avions déjà expliqué par le passé la raison de cela selon le Malbim dans son commentaire Artsot Ha'Haïm : le Temple doit être bâti « pour Mon Nom », uniquement pour la gloire du Ciel. David HaMelekh était entouré de guerres, il a traversé une situation économique difficile pendant une grande partie de sa vie et subissait les tourments infligés par ses ennemis. Dès lors, puisqu'avec la présence du Beth HaMikdach régneraient la paix face aux ennemis et l'abondance matérielle, il existait une crainte infime qu'un soupçon d'intérêt personnel ne s'y mêle : que nous ayons enfin la tranquillité et l'abondance. C'est pourquoi l'expression « pour Mon Nom » revient si souvent : ce n'est pas toi qui bâtiras une maison pour Mon Nom, c'est ton fils qui bâtira une maison pour Mon Nom. De même : « Et ils Me feront un sanctuaire » - pour Moi, pour Mon Nom ; « Qu'ils Me prennent un prélèvement » - pour Moi, pour Mon Nom ; tout doit être accompli Lichma. Et c'est précisément celui qui sortira de tes entrailles, qui sera un homme de paix et connaîtra la sérénité à son époque, qui pourra édifier une maison pour Mon Nom sans la moindre ombre d'intérêt personnel.
וַיָּקֶם יְהֹוָה אֶת־דְּבָרוֹ אֲשֶׁר דִּבֵּר, וָאָקוּם תַּחַת דָּוִיד אָבִי וָאֵשֵׁב עַל־כִּסֵּא יִשְׂרָאֵל כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר יְהֹוָה, וָאֶבְנֶה הַבַּיִת לְשֵׁם יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל׃ - L'Éternel a accompli la parole qu'Il avait prononcée : j'ai succédé à David mon père et je me suis assis sur le trône d'Israël, comme l'avait dit l'Éternel, et j'ai bâti la Maison pour le Nom de l'Éternel, Dieu d'Israël.
Hachem a accompli Sa parole : comme Il l'avait promis (« ton fils qui se lèvera après toi »), voici que cela s'est réalisé, et je siège à la place de David mon père sur son trône. Et ce qu'Il avait annoncé, que je bâtirais la Maison, Il l'a également accompli en m'aidant à édifier la Maison pour le Nom d'Hachem, Dieu d'Israël.
וָאָשִׂים שָׁם אֶת־הָאָרוֹן אֲשֶׁר־שָׁם בְּרִית יְהֹוָה אֲשֶׁר כָּרַת עִם־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Et j'y ai déposé l'Arche où se trouve l'alliance de l'Éternel, qu'Il a conclue avec les enfants d'Israël.
En ce lieu, j'ai placé l'Arche contenant l'alliance d'Hachem - les Tables de la Loi. « L'alliance » désigne le pacte qui nous unit au Saint béni soit-Il, qui nous a fait entrer dans cette alliance ; et les Tables, qui constituent cet accord, reposent à l'intérieur de l'Arche.
וַיַּעֲמֹד לִפְנֵי מִזְבַּח יְהֹוָה נֶגֶד כׇּל־קְהַל יִשְׂרָאֵל וַיִּפְרֹשׂ כַּפָּיו׃ - Il se tint devant l'autel de l'Éternel, en face de toute l'assemblée d'Israël, et étendit les mains.
כִּי־עָשָׂה שְׁלֹמֹה כִּיּוֹר נְחֹשֶׁת וַיִּתְּנֵהוּ בְּתוֹךְ הָעֲזָרָה, חָמֵשׁ אַמּוֹת אׇרְכּוֹ וְחָמֵשׁ אַמּוֹת רׇחְבּוֹ וְאַמּוֹת שָׁלוֹשׁ קוֹמָתוֹ, וַיַּעֲמֹד עָלָיו וַיִּבְרַךְ עַל־בִּרְכָּיו נֶגֶד כׇּל־קְהַל יִשְׂרָאֵל וַיִּפְרֹשׂ כַּפָּיו הַשָּׁמָיְמָה׃ - Car Salomon avait fait une estrade de cuivre et l'avait placée au milieu du parvis ; sa longueur était de cinq coudées, sa largeur de cinq coudées, et sa hauteur de trois coudées. Il y monta, s'agenouilla en face de toute l'assemblée d'Israël et étendit les mains vers le ciel.
À première vue, ce verset sur l'estrade semble inséré au milieu de la prière, et l'on peut se demander ce qu'il vient faire ici. En réalité, le texte vient décrire l'endroit précis où se tenait Salomon. Salomon devait se trouver en hauteur afin que tous puissent le voir et l'entendre ; c'est pourquoi l'Écriture nous apprend qu'il avait confectionné une estrade de cuivre de cinq coudées de long, cinq de large et trois de haut, sur laquelle il pouvait se tenir, permettant ainsi à tout Israël de le voir et de l'entendre. Cela se rattache à ce qui a été dit plus haut : « en face de toute l'assemblée d'Israël » - comment pouvait-il dominer ainsi l'assemblée ? Parce qu'il était monté sur cette estrade. Et comme le texte a fait cette parenthèse descriptive au sujet de l'estrade, il répète : « en face de toute l'assemblée d'Israël et étendit les mains », bien qu'il l'ait déjà mentionné dans le verset précédent.
Et remarquons ceci : toute la prière de Salomon s'est faite à genoux - « il s'agenouilla », ployant les genoux et levant les mains vers le ciel. Cela témoigne de sa grandeur morale, car la règle veut que le roi, une fois qu'il s'est incliné dans sa prière, ne se redresse plus jusqu'à la fin. Et pourquoi ? Parce que plus un homme détient de pouvoir, plus il a besoin de soumission et d'humilité. Sinon, nous ne savons que trop ce qui arrive quand le pouvoir monte à la tête d'un individu : l'histoire humaine est jalonnée de tragédies sanglantes. C'est pourquoi le roi est tenu à une humilité bien supérieure à celle de tout autre homme, et Chlomo HaMelekh, au moment de sa prière, se met à genoux en signe de soumission totale et d'effacement devant Hachem, béni soit-Il.
וַיֹּאמַר: יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל אֵין־כָּמוֹךָ אֱלֹהִים בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ, שֹׁמֵר הַבְּרִית וְהַחֶסֶד לַעֲבָדֶיךָ הַהֹלְכִים לְפָנֶיךָ בְּכׇל־לִבָּם׃ - Et il dit : Éternel, Dieu d'Israël ! Il n'est point de Dieu comme Toi dans les cieux et sur la terre, Toi qui gardes l'alliance et la bienveillance envers Tes serviteurs qui marchent devant Toi de tout leur cœur.
Il n'y a nul comme Toi parmi les dieux - car Tu gardes l'alliance et la bienveillance, que Tu décrètes depuis les cieux d'accorder à ceux qui T'aiment, et Tu préserves et conserves l'alliance et la bienveillance pour accomplir cette promesse sur terre. C'est ainsi que le commentaire attribué à Rachi explique le terme « gardien » (chomer) : c'est dissimulé et gardé auprès de Toi pour le donner à celui à qui cela a été promis. À qui ? « À Tes serviteurs qui marchent devant Toi de tout leur cœur » - comme mon père David qui a marché devant Toi de tout son cœur, et Tu lui as gardé cette promesse et Tu l'as accomplie aujourd'hui, en lui donnant un fils, et ce fils a eu le mérite d'édifier le Beth HaMikdach comme Tu l'avais promis.
אֲשֶׁר שָׁמַרְתָּ לְעַבְדְּךָ דָּוִיד אָבִי אֵת אֲשֶׁר־דִּבַּרְתָּ לּוֹ, וַתְּדַבֵּר בְּפִיךָ וּבְיָדְךָ מִלֵּאתָ כַּיּוֹם הַזֶּה׃ - Toi qui as gardé à Ton serviteur David, mon père, ce que Tu lui avais promis ; Tu avais parlé de Ta bouche, et de Ta main Tu l'as accompli en ce jour.
Tu as gardé à David la promesse que c'est moi qui construirais la Maison ; et tout comme Tu avais parlé, Tu l'as accompli par la force de Ta main, comme nous le constatons aujourd'hui : Tu as fait passer la promesse à la réalité.
וְעַתָּה יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל שְׁמֹר לְעַבְדְּךָ דָוִיד אָבִי אֵת אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ לּוֹ לֵאמֹר: לֹא־יִכָּרֵת לְךָ אִישׁ מִלְּפָנַי יוֹשֵׁב עַל־כִּסֵּא יִשְׂרָאֵל, רַק אִם־יִשְׁמְרוּ בָנֶיךָ אֶת־דַּרְכָּם לָלֶכֶת בְּתוֹרָתִי כַּאֲשֶׁר הָלַכְתָּ לְפָנָי׃ - Et maintenant, Éternel, Dieu d'Israël, garde à Ton serviteur David, mon père, ce que Tu lui as promis en disant : « Il ne manquera jamais devant Moi d'homme issu de toi pour siéger sur le trône d'Israël, pourvu seulement que tes fils veillent sur leur conduite pour marcher selon Ma Torah, comme tu as marché devant Moi ».
Salomon demande que soit également préservée cette promesse faite à David, assurant que si sa descendance reste juste, la royauté ne lui sera jamais retirée. Comme l'a expliqué le Malbim plus haut, la promesse faite à David garantissait que son fils régnerait après lui quoi qu'il arrive : même s'il venait à fauter, « Je le châtierai avec une verge humaine », mais en fin de compte il demeurerait roi. En revanche, pour les autres rois qui lui succéderont, une telle garantie inconditionnelle n'existe pas : s'ils s'en montrent dignes, ils conserveront la royauté, sinon ils la perdront. Et de fait, le royaume ne s'est pas scindé du vivant de Salomon, bien que le Saint béni soit-Il lui ait suscité des adversaires tels que Rezon fils d'Eliada, car il y avait une promesse stipulant que la royauté demeurerait entre les mains de son fils quoi qu'il advienne : il subirait des revers, mais la royauté ne lui serait point ôtée. En revanche, Roboam, fils de Salomon, ne bénéficiait plus d'une telle promesse, et c'est pourquoi la majeure partie du royaume lui fut retirée, ne lui laissant que deux tribus, tandis que les dix autres passèrent à Jéroboam.
וְעַתָּה יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל יֵאָמֵן דְּבָרְךָ אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ לְעַבְדְּךָ לְדָוִיד׃ - Et maintenant, Éternel, Dieu d'Israël, que s'avère véridique la parole que Tu as adressée à Ton serviteur David !
« Que Ta parole s'avère véridique » (yeamen devarkha) : que la chose s'accomplisse, que cette Maison que j'ai bâtie soit appelée la Maison de l'Éternel. Le terme yeamen renvoie à la confirmation et à la pérennité ; Amen dérive de émet (vérité) : authentifier une chose, c'est la confirmer, faire en sorte qu'elle soit vraie et établie. De même que nous répondons Amen à une bénédiction, ce qui signifie vérité : j'atteste la vérité de ce que je viens d'entendre, par exemple « Que tout a été créé par Sa parole », Amen, c'est la vérité. De même ici : que s'accomplissent et se confirment les paroles que Tu as adressées à Ton serviteur David.
כִּי הַאֻמְנָם יֵשֵׁב אֱלֹהִים אֶת־הָאָדָם עַל־הָאָרֶץ? הִנֵּה שָׁמַיִם וּשְׁמֵי הַשָּׁמַיִם לֹא יְכַלְכְּלוּךָ, אַף כִּי־הַבַּיִת הַזֶּה אֲשֶׁר בָּנִיתִי׃ - Mais est-il vrai que Dieu réside avec l'homme sur la terre ? Voici que les cieux et les cieux des cieux ne peuvent Te contenir, combien moins encore cette Maison que j'ai bâtie !
Le verset est formulé sous la forme d'une interrogation empreinte d'étonnement : un homme peut-il vraiment concevoir que Dieu réside avec lui sur terre ? L'expression « et haadam » signifie « avec l'homme », tout comme dans le verset « avec Jacob, chacun avec sa maisonnée, ils vinrent » (et Yaakov ich ouvèto baou). Or, les cieux et les cieux des cieux ne sauraient Te contenir ! Mais, comme l'explique le commentaire attribué à Rachi, en vertu de la bonté dont Tu as gratifié mon père David, Tu as contracté Ta Chekhina ici même, entre les barres de l'Arche. Et pourquoi donc ai-je bâti cette Maison ? Pour prier devant Dieu, afin qu'Hachem Se tourne ici vers nos prières.
Le Radak explique également que la lettre hé vocalisée d'un patah est une particule interrogative marquant l'étonnement : est-il pensable que Dieu réside avec l'homme sur la terre ? Il est impossible de le concevoir, car Hachem, béni soit-Il, transcende toute chose et aucun lieu ne saurait Le contenir. Et le Radak ajoute ce que nous avons déjà largement étudié dans le Nefech Ha'Haïm : « Tu es le lieu du monde, mais le monde n'est pas Ton lieu ». Le Nefech Ha'Haïm ouvre sa réflexion en demandant pourquoi le Saint béni soit-Il est appelé « HaMakom » (le Lieu), comme dans la formule « qu'il tourne son cœur vers HaMakom béni soit-Il ». La réponse est qu'à l'inverse de l'erreur commune qui imagine qu'Hachem se trouve dans le monde, c'est précisément le monde qui se trouve en Hachem. Le Saint béni soit-Il est tout, et tout ce qui existe dans l'univers entier est le Saint béni soit-Il ; et lorsqu'Il a voulu créer un monde, Il a dû restreindre Sa lumière pour faire place au monde. Il s'ensuit que c'est le monde qui existe en Hachem, et non pas qu'il existerait un monde dans lequel Hachem serait un résident parmi d'autres.
Selon cela, explique le Radak, Salomon vient signifier que cette Maison n'est qu'une image : que Ta volonté et Ta gloire résident dans cette Maison pour écouter la prière qui sera adressée en ce lieu. Et bien qu'en tout lieu la volonté du Saint béni soit-Il soit d'écouter quiconque crie vers Lui d'un cœur sincère, Salomon demande que ce lieu, de par son mérite et son éminence particulière, fasse office d'ange intercesseur pour celui qui prie. Et qui est cet intercesseur ? Le lieu lui-même - la sainteté du lieu, qui a le pouvoir d'aider à ce que ta prière et ta requête soient exaucées ; et que Tu écoutes quiconque prie dans cette Maison plus favorablement que celui qui prie ailleurs.
Le Malbim s'arrête sur la divergence entre la formulation des Chroniques (« Dieu habitera-t-Il avec l'homme sur la terre ? ») et celle des Rois (« Dieu habitera-t-Il sur la terre ? »). Il explique qu'Esdras a ici précisé l'expression : « avec l'homme » - aux côtés de l'homme, afin qu'Il réside parmi les êtres humains. Hormis cela, note le Malbim, dans tout le reste du texte jusqu'à la fin du verset 40, il n'y a que de légères variantes stylistiques : « et j'ai déjà amplement expliqué toute cette prière dans le commentaire du livre des Rois, et le lecteur en consultera l'explication là-bas ». Notre propos est d'étudier ici le Malbim à sa place, c'est-à-dire les variations qu'il relève, et quiconque désire le commentaire complet se référera à l'étude du livre des Rois.
וּפָנִיתָ אֶל־תְּפִלַּת עַבְדְּךָ וְאֶל־תְּחִנָּתוֹ יְהֹוָה אֱלֹהָי, לִשְׁמֹעַ אֶל־הָרִנָּה וְאֶל־הַתְּפִלָּה אֲשֶׁר עַבְדְּךָ מִתְפַּלֵּל לְפָנֶיךָ׃ - Tourne-Toi vers la prière de Ton serviteur et vers sa supplication, Éternel mon Dieu, pour écouter le chant et la prière que Ton serviteur adresse devant Toi.
Salomon implore : Maître du monde, tourne-Toi vers ma prière - car je prie précisément sur la vocation essentielle de cette Maison, sur ce en quoi elle mérite le nom de Maison de l'Éternel, et sur le privilège accordé à celui qui vient prier ici par rapport à celui qui prie en tout autre lieu.
לִהְיוֹת עֵינֶיךָ פְתֻחוֹת אֶל־הַבַּיִת הַזֶּה יוֹמָם וָלַיְלָה, אֶל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אָמַרְתָּ לָשׂוּם שִׁמְךָ שָׁם, לִשְׁמוֹעַ אֶל־הַתְּפִלָּה אֲשֶׁר יִתְפַּלֵּל עַבְדְּךָ אֶל־הַמָּקוֹם הַזֶּה׃ - Que Tes yeux soient ouverts jour et nuit sur cette Maison, sur le lieu où Tu as dit que Tu mettrais Ton Nom, pour écouter la prière que Ton serviteur fera vers ce lieu.
Sa prière est que, chaque fois qu'on priera ici, Tes yeux soient attentifs à cette Maison. « Vers ce lieu » - l'emplacement du Temple, où réside la Présence divine (la Chekhina), afin que quiconque prie ici voie sa prière exaucée.
וְשָׁמַעְתָּ אֶל־תַּחֲנוּנֵי עַבְדְּךָ וְעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר יִתְפַּלְלוּ אֶל־הַמָּקוֹם הַזֶּה, וְאַתָּה תִּשְׁמַע מִמְּקוֹם שִׁבְתְּךָ מִן־הַשָּׁמַיִם, וְשָׁמַעְתָּ וְסָלָחְתָּ׃ - Écoute les supplications de Ton serviteur et de Ton peuple Israël lorsqu'ils prieront vers ce lieu ; écoute depuis le lieu de Ta demeure, depuis les cieux, écoute et pardonne.
De même que j'implore que Tu écoutes ma prière, de même je Te demande d'écouter celle de tout Ton peuple Israël. Et afin qu'on ne s'imagine pas qu'il demande à Dieu de descendre ici-bas pour écouter la prière, il précise : « écoute depuis le lieu de Ta demeure, depuis les cieux ». Ce lieu ne servira que d'intermédiaire entre Toi et la prière d'Israël : Hachem écoute depuis les cieux, mais cet endroit sera le canal à travers lequel passent les prières, permettant ainsi qu'elles soient accueillies avec miséricorde. Et même si celui qui prie n'est pas irréprochable et ne mérite pas d'être exaucé, pardonne-lui également : « écoute et pardonne ».
Ce chapitre ouvre la prière de Salomon lors de l'inauguration du Temple. Comme sa majeure partie est parallèle au livre des Rois, le Malbim y est concis. Nous avons appris que l'obscurité et la nuée sont le signe de la présence de la Chekhina, d'où ce message : c'est précisément au cœur de l'épreuve et de l'obscurité que Dieu Se trouve. Nous avons vu que cette Maison est « une résidence où Tu demeureras éternellement », à la différence de Chilo, Nov et Guiv'on, car c'est ici le lieu choisi depuis la ligature d'Isaac (Akedat Yitz'hak) ; que David désirait de tout son cœur bâtir le Temple et qu'il lui fut dit « tu as bien fait », mais que seul son fils bâtirait « pour Mon Nom », sans la moindre considération d'intérêt personnel ; que toute la prière de Salomon fut prononcée à genoux sur l'estrade d'airain, enseignant ainsi que celui qui détient le pouvoir a besoin d'une humilité redoublée ; et que bien qu'aucun lieu ne puisse contenir le Saint béni soit-Il, car « Il est le Lieu du monde et le monde n'est pas Son lieu », Salomon a demandé que la sainteté de ce lieu agisse comme un avocat défenseur et que la Maison soit le canal par lequel montent les prières d'Israël : « écoute et pardonne ».