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Chapitre 6 - La prière de Chélomo - Deuxième partie

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Introduction : la suite de la prière de Chélomo

Le chapitre 6 est consacré à la grande prière du roi Chélomo lors de l'inauguration du Temple. Après la louange et la reconnaissance, Chélomo expose une série de requêtes : différentes situations dans lesquelles Israël aura besoin de la miséricorde céleste - un serment en justice, une défaite militaire, la sécheresse, la famine et la peste, la prière de l'étranger, le départ au combat ou l'exil - et pour chacune, il demande que le Saint, béni soit-Il, écoute depuis le Ciel et réponde. Dans cette partie, nous traiterons du passage allant du serment entre deux personnes jusqu'à la fin du chapitre.

Le serment devant l'Autel : que le jugement soit immédiat
אִם יֶחֱטָא אִישׁ לְרֵעֵהוּ וְנָשָׁא בוֹ אָלָה לְהַאֲלֹתוֹ וּבָא אָלָה לִפְנֵי מִזְבַּחֲךָ בַּבַּיִת הַזֶּה׃ - « Si un homme pèche contre son prochain, qu'on exige de lui un serment sous imprécation pour le faire jurer, et que le serment vienne devant Ton autel dans cette Maison : »

Il s'agit d'un homme tenu de prêter serment à son prochain : ce dernier l'accuse en disant « tu m'as volé », ou tout autre litige pour lequel la loi impose un serment, à l'instar du serment des gardiens. « Vénacha bo ala » : du terme désignant un créancier (noché), comme un homme qui réclame une dette ; ici, il porte plainte et exige un serment sous peine de malédiction (ala). « Ouva ala lifné mizba'hakha » : et il vient prêter serment devant l'autel de l'Éternel dans cette Maison.

וְאַתָּה תִּשְׁמַע מִן הַשָּׁמַיִם וְעָשִׂיתָ וְשָׁפַטְתָּ אֶת עֲבָדֶיךָ לְהָשִׁיב לְרָשָׁע לָתֵת דַּרְכּוֹ בְּרֹאשׁוֹ וּלְהַצְדִּיק צַדִּיק לָתֶת לוֹ כְּצִדְקָתוֹ׃ - « Toi, écoute depuis les Cieux, agis et juge Tes serviteurs, pour faire payer au coupable en faisant retomber sa conduite sur sa tête, et pour justifier l'innocent en lui accordant selon sa droiture. »

Deux cas de figure se présentent : il se peut que celui qui jure mente, mais il se peut aussi qu'il jure la vérité et que ce soit le plaignant qui agisse de façon indigne, sachant pertinemment qu'il n'y a pas lieu de lui imposer un serment et l'y contraignant malgré tout, méritant alors lui-même le titre de coupable. C'est pourquoi Chélomo demande : « Toi, écoute depuis les Cieux, agis et juge Tes serviteurs » - que le verdict s'exécute sur-le-champ, pour punir le coupable selon sa voie et pour reconnaître l'innocence du juste selon sa droiture.

Et voici la raison pour laquelle la sanction doit être immédiate : afin d'inspirer crainte et respect envers cette Maison. Lorsque le châtiment ne suit pas immédiatement la faute, la crainte disparaît. En effet, même si la sanction survient plus tard, qui parmi nous est capable de sonder les comptes de la Providence et de comprendre, dix ans après, pour quel péché précis il en paie le prix aujourd'hui ? Les hommes l'ignorent, et ils n'en concevraient donc pas la crainte convenable ni la révérence envers la parole divine. En revanche, lorsque le châtiment frappe sur-le-champ au sein de cette Maison, la crainte s'impose et l'on redoute le Tout-Puissant, ce qui rehausse la gloire divine. C'est d'ailleurs ce qu'a ordonné le Saint, béni soit-Il : que l'on voue une sainte crainte envers Sa Maison, ainsi que l'explique le Radak à partir du verset « Vous révérerez Mon sanctuaire » - l'homme doit pénétrer dans le Sanctuaire habité par l'effroi et la vénération.

La défaite face à l'ennemi : la faute en est la cause
וְאִם יִנָּגֵף עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי אוֹיֵב כִּי יֶחֶטְאוּ לָךְ וְשָׁבוּ וְהוֹדוּ אֶת שְׁמֶךָ וְהִתְפַּלְלוּ וְהִתְחַנְּנוּ לְפָנֶיךָ בַּבַּיִת הַזֶּה׃ - « Et si Ton peuple Israël est battu devant l'ennemi parce qu'ils auront péché contre Toi, et qu'ils reviennent, confessent Ton Nom, prient et T'implorent dans cette Maison : »

Si le peuple d'Israël essuie un revers face à l'ennemi, ce n'est pas parce que la main du Saint, béni soit-Il, serait trop courte pour sauver ; le texte précise immédiatement : « parce qu'ils auront péché contre Toi ». Si nous sommes défaits devant l'adversaire, c'est uniquement à cause de nos fautes. Tant que n'était pas survenu le péché d'A'han, coupable de sacrilège envers l'anathème, Israël remportait toutes les batailles ; dès l'instant où A'han a fauté en détournant de l'anathème, ils sont tombés devant la ville de Aï. De là découle l'enseignement : c'est la faute qui cause la perte. « Véchavou véhodou èt chemékha » : ils confesseront leur faute, rendront hommage à Son Nom, reconnaîtront leur tort et s'en détourneront, puis supplieront et prieront dans cette Maison.

וְאַתָּה תִּשְׁמַע מִן הַשָּׁמַיִם וְסָלַחְתָּ לְחַטַּאת עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל וַהֲשֵׁיבוֹתָם אֶל הָאֲדָמָה אֲשֶׁר נָתַתָּה לָהֶם וְלַאֲבֹתֵיהֶם׃ - « Toi, écoute depuis les Cieux, pardonne le péché de Ton peuple Israël et ramène-les sur la terre que Tu leur as donnée, à eux et à leurs pères. »

« Écoute depuis les Cieux » - comme nous l'avons vu, il ne s'agit pas d'une écoute issue de cette Maison elle-même, mais depuis les Cieux. « Et pardonne la faute de Ton peuple Israël » - pardonne leur iniquité. « Et fais-les retourner sur la terre » - car à la suite de la guerre, ils risquent d'en arriver à l'exil : lorsqu'ils sont vaincus et tombent devant leurs ennemis, ces derniers les capturent et les emmènent vers une autre terre. C'est pourquoi il demande : lorsqu'ils crieront vers Toi, ramène-les sur leur terre. Et quant au fait d'avoir mentionné « qu'à eux et à leurs pères », c'est peut-être parce que même s'ils ne le méritent pas réellement, puisqu'ils ont commis une faute à la suite de laquelle ils ont été exilés, la terre a malgré tout été promise à leurs pères, et c'est à ce titre qu'il convient d'accomplir cette promesse.

La retenue des pluies - une Techouva incomplète
בְּהֵעָצֵר הַשָּׁמַיִם וְלֹא יִהְיֶה מָטָר כִּי יֶחֶטְאוּ לָךְ וְהִתְפַּלְלוּ אֶל הַמָּקוֹם הַזֶּה וְהוֹדוּ אֶת שְׁמֶךָ מֵחַטָּאתָם יְשׁוּבוּן כִּי תַעֲנֵם׃ - Quand les cieux seront fermés et qu'il n'y aura point de pluie parce qu'ils auront fauté contre Toi, s'ils prient vers ce lieu, rendent hommage à Ton Nom et reviennent de leur péché pour que Tu les exauces :

Lorsque les cieux se ferment et retiennent la pluie, c'est la conséquence du péché, comme il est écrit : « Il fermera le ciel et il n'y aura point de pluie ». Ce n'est ni le réchauffement climatique, ni toutes sortes de causes étranges, ni les problèmes de couche d'ozone, ni la pression barométrique - tout cela est vanité. Le texte nous dit clairement : « Quand les cieux seront fermés et qu'il n'y aura point de pluie parce qu'ils auront fauté contre Toi », un point c'est tout. C'est la faute qui en est la cause.

Remarquez également que le texte lie toujours l'exaucement divin à la Techouva : cette Maison n'est pas un lieu magique où l'on viendrait prier pour recevoir automatiquement ce que l'on désire. « S'ils prient vers ce lieu, rendent hommage à Ton Nom et reviennent de leur péché pour que Tu les exauces » - pour que Tu les exauces, il faut d'abord qu'ils se détournent de leur faute ; sans cela, rien ne fonctionne. Le Metsoudat David souligne ici : ils sont revenus de leur faute « pour que Tu les exauces » (ki ta'anem) - afin que Tu les sauves. C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas ici d'une Techouva désintéressée (Lichma) ni d'une prise de conscience profonde de la faute, mais simplement du fait que l'homme a besoin d'une délivrance dans l'immédiat et adresse donc sa requête. Et malgré tout, Chlomo demande que même dans cette situation, où leur repentir n'est pas complet, le Saint, béni soit-Il, daigne leur répondre.

וְאַתָּה תִּשְׁמַע הַשָּׁמַיִם וְסָלַחְתָּ לְחַטַּאת עֲבָדֶיךָ וְעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל כִּי תוֹרֵם אֶל הַדֶּרֶךְ הַטּוֹבָה אֲשֶׁר יֵלְכוּ בָהּ וְנָתַתָּה מָטָר עַל אַרְצְךָ אֲשֶׁר נָתַתָּה לְעַמְּךָ לְנַחֲלָה׃ - Toi, écoute depuis les Cieux, et pardonne le péché de Tes serviteurs et de Ton peuple Israël, car Tu leur enseigneras le bon chemin dans lequel ils doivent marcher, et Tu donneras la pluie sur Ta terre, que Tu as donnée en héritage à Ton peuple.

C'est une supplique particulière : bien qu'ils ne soient pas revenus d'un cœur parfait ni par amour, Chlomo demande qu'Hachem écoute depuis les Cieux. Et pourquoi ? « Car Tu leur enseigneras le bon chemin dans lequel ils doivent marcher » - par là, Tu leur apprendras à suivre la bonne voie et à agir par amour ; lorsqu'ils constateront les bontés d'Hachem envers eux, cela les conduira à une Techouva parfaite, issue de l'amour. Alors, « Tu donneras la pluie sur Ta terre » - Tu pourras également exaucer leur requête et accorder la pluie sur Ta terre, que Tu as donnée en héritage.

Le Radak explique « car Tu leur enseigneras le bon chemin » d'une autre manière : fais-leur savoir pour quelle faute précise les cieux ont été fermés. Comme l'explique le commentaire attribué à Rachi, à l'image de ce qui se passa à l'époque de David, où sévit une famine durant trois ans : ils s'enquirent de la raison, et le Saint, béni soit-Il, leur révéla : « C'est à cause de Chaoul et de sa maison sanguinaire ». Chlomo demande de même : lorsqu'un malheur surviendra, montre-leur pour quelle cause il est venu, afin qu'ils puissent réparer et ainsi écarter l'épreuve.

Famine, peste et tout fléau - la prière de l'individu et la prière de la communauté
רָעָב כִּי יִהְיֶה בָאָרֶץ דֶּבֶר כִּי יִהְיֶה שִׁדָּפוֹן וְיֵרָקוֹן אַרְבֶּה וְחָסִיל כִּי יִהְיֶה כִּי יָצַר לוֹ אֹיְבָיו בְּאֶרֶץ שְׁעָרָיו כָּל נֶגַע וְכָל מַחֲלָה׃ - S'il y a famine dans le pays, s'il y a la peste, la rouille, la nielle, des sauterelles ou des criquets ; si ses ennemis l'assiègent dans le pays jusqu'à ses portes, quel que soit le fléau, quelle que soit la maladie :

Ici, il formule une supplique pour toutes sortes de calamités : la famine ; la peste (Déver) - une épidémie ; la rouille (Chidafon) - lorsque les grains de blé se dessèchent et s'altèrent avant d'achever leur maturation ; la nielle (Yérakon) - lorsque la céréale pâlit et prend une teinte verdâtre maladive, ce qui relève également de la malédiction et de la dégradation ; les sauterelles et les criquets (Arbé et 'Hassil) - différentes espèces de ravageurs qui fondent sur les récoltes et dévorent la production de la terre ; « si ses ennemis l'assiègent » - lorsque des ennemis viennent opprimer le peuple dans le pays, parvenus « aux portes de ses villes » ; ainsi que « quel que soit le fléau, quelle que soit la maladie ». Le Radak fait observer : bien qu'ayant énuméré de nombreuses formes d'épreuves frappant Israël, il formule une demande générale pour chaque plaie et affection possible, afin que pour chacune d'elles, lorsqu'ils adresseront prière et supplication, le Saint, béni soit-Il, les exauce et leur fasse miséricorde.

כָּל תְּפִלָּה כָל תְּחִנָּה אֲשֶׁר יִהְיֶה לְכָל הָאָדָם וּלְכֹל עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר יֵדְעוּ אִישׁ נִגְעוֹ וּמַכְאֹבוֹ וּפָרַשׂ כַּפָּיו אֶל הַבַּיִת הַזֶּה׃ - Toute prière, toute supplication qu'exprimera tout homme ou tout Ton peuple Israël, chacun reconnaissant sa propre plaie et sa douleur, et étendant ses mains vers cette Maison :

« À tout homme » - les individus ; « et à tout Ton peuple Israël » - la collectivité. C'est-à-dire que même lorsque le Saint, béni soit-Il, exauce les prières, Il peut exaucer chaque individu en ayant une connaissance exacte de ce qui lui manque. « Qui reconnaîtront chacun sa plaie et sa douleur » - de manière individuelle, chacun ayant sa propre plaie et sa souffrance personnelle, « et qui étendra ses mains vers cette Maison ».

וְאַתָּה תִּשְׁמַע מִן הַשָּׁמַיִם מְכוֹן שִׁבְתֶּךָ וְסָלַחְתָּ וְנָתַתָּה לָאִישׁ כְּכָל דְּרָכָיו אֲשֶׁר תֵּדַע אֶת לְבָבוֹ כִּי אַתָּה לְבַדְּךָ יָדַעְתָּ אֶת לְבַב בְּנֵי הָאָדָם׃ - « Toi, écoute depuis les cieux, le lieu de Ta résidence, pardonne et rends à chacun selon toutes ses voies, Toi qui connais son cœur, car Toi seul connais le cœur des enfants des hommes. »

« Et rends à chacun selon toutes ses voies » - le commentaire attribué à Rachi explique : au méchant Tu donneras selon sa méchanceté, et au juste selon sa droiture. Car s'Il ne rétribuait pas le méchant selon la noirceur de ses actes, celui-ci proférerait des reproches envers le Ciel et dirait qu'Hachem ne sonde pas son cœur : « Je suis venu, j'ai prié et j'ai "trompé" la Providence divine ; le Saint, béni soit-Il, a pour ainsi dire vu avec quelle ferveur j'ai prié et Il m'a accordé ce que je demandais, sans savoir ce que je fais en secret ! » Il en viendrait ainsi à affirmer que D.ieu ne connaît pas son cœur, et il en résulterait également une profanation du Nom divin ('hiloul Hachem) : les autres verraient ce méchant prospérer, comblé de bienfaits, Hachem lui accordant tout ce qu'il demande, et l'on croirait qu'Hachem ignore ce qu'il en est de lui. En revanche, agis envers le juste selon sa droiture lorsqu'il Te prie. Plus loin, nous verrons qu'il n'en va pas de même pour le non-juif : Chlomo demande que même s'il n'en est aucunement digne, le Saint, béni soit-Il, l'exauce dans tous les cas.

לְמַעַן יִירָאוּךָ לָלֶכֶת בִּדְרָכֶיךָ כָּל הַיָּמִים אֲשֶׁר הֵם חַיִּים עַל פְּנֵי הָאֲדָמָה אֲשֶׁר נָתַתָּה לַאֲבֹתֵינוּ׃ - « Afin qu'ils Te craignent pour marcher dans Tes voies tous les jours qu'ils vivront sur la surface de la terre que Tu as donnée à nos pères. »

« Afin qu'ils Te craignent » - afin que le méchant se détourne de sa voie ; c'est pourquoi je Te prie de rendre à chacun selon ses voies, pour que, voyant que le Saint, béni soit-Il, sonde les profondeurs de son cœur, il s'amende. Le Radak explique quant à lui : lorsqu'ils constateront que Tu leur pardonnes quand ils reviennent vers Toi et prient dans cette Maison, ils comprendront que c'est par nos fautes que les pluies ont été retenues, par nos fautes que nous sommes tombés en captivité, par nos fautes que sont survenus les ennemis, la sauterelle et le criquet - tout cela à cause de nos fautes. Par là même, ils feront une techouva sincère devant Toi, Te craindront, et seront animés de la crainte du Ciel.

C'est précisément le sens du verset : « Car le pardon est auprès de Toi, afin qu'on Te craigne ». Le pardon émane d'Hachem, et c'est par lui que s'éveille la crainte envers Lui. Car si l'homme ne se tourne pas vers Hachem, béni soit-Il, et ne Lui implore pas Son pardon, d'où lui viendrait la crainte ? Il s'imaginerait pouvoir commettre n'importe quelle iniquité tout en continuant à recevoir les bienfaits du Saint, béni soit-Il. Bien au contraire, lorsqu'il constate que ses mauvaises actions le privent de bien, et que lorsqu'il se repent, Hachem lui pardonne, c'est là tout le sens de « afin qu'on Te craigne », et c'est ainsi que naît la crainte envers Hachem.

La prière de l'étranger - pour qu'il ne récrimine point
וְגַם אֶל הַנָּכְרִי אֲשֶׁר לֹא מֵעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל הוּא וּבָא מֵאֶרֶץ רְחוֹקָה לְמַעַן שִׁמְךָ הַגָּדוֹל וְיָדְךָ הַחֲזָקָה וּזְרוֹעֲךָ הַנְּטוּיָה וּבָאוּ וְהִתְפַּלְלוּ אֶל הַבַּיִת הַזֶּה׃ - « Et quant à l'étranger aussi, qui n'est point de Ton peuple Israël, mais qui vient d'un pays lointain à cause de Ton grand Nom, de Ta main puissante et de Ton bras étendu, s'ils viennent prier vers cette Maison... »

« À cause de Ton grand Nom » - la renommée du Saint, béni soit-Il, s'étant répandue dans le monde entier, l'étranger vient d'une contrée lointaine pour prier dans la Maison d'Hachem ; il a entendu parler de Ta main puissante et de Ton bras étendu, et il vient prier vers cette Maison.

וְאַתָּה תִּשְׁמַע מִן הַשָּׁמַיִם מִמְּכוֹן שִׁבְתֶּךָ וְעָשִׂיתָ כְּכֹל אֲשֶׁר יִקְרָא אֵלֶיךָ הַנָּכְרִי לְמַעַן יֵדְעוּ כָל עַמֵּי הָאָרֶץ אֶת שְׁמֶךָ וּלְיִרְאָה אֹתְךָ כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל וְלָדַעַת כִּי שִׁמְךָ נִקְרָא עַל הַבַּיִת הַזֶּה אֲשֶׁר בָּנִיתִי׃ - « Toi, écoute depuis les cieux, du lieu de Ta résidence, et agis selon tout ce que cet étranger Te demandera, afin que tous les peuples de la terre connaissent Ton Nom, Te craignent comme Ton peuple Israël, et sachent que Ton Nom est proclamé sur cette Maison que j'ai bâtie. »

Le commentaire attribué à Rachi précise : pour Israël, je Te prie de lui donner selon ses voies - s'il le mérite, donne-lui ; s'il ne le mérite pas, ne lui donne pas. En revanche, pour les idolâtres, c'est « selon tout ce que [l'étranger] Te demandera ». Et pourquoi cela ? Parce qu'Israël connaît le Saint, béni soit-Il, et sait qu'Il a toute puissance d'agir ; ainsi, si sa prière n'est pas exaucée, le Juif s'en prend à lui-même et à ses propres fautes, et scrute ses actions : « J'ai mal agi et j'ai gâté ma subsistance » - il reconnaît que c'est par sa faute et assume sa responsabilité. Mais l'idolâtre, lui, récrimine et proteste : « J'ai entendu parler de Sa renommée dans le monde entier, j'ai affronté tant de fatigues sur les routes pour venir jusqu'ici - sais-tu combien ce voyage m'a coûté ? Combien de mois j'ai été balloté sur les flots pour arriver ici ? Et voilà que je suis venu, j'ai prié et je n'ai pas été exaucé ; j'ai prié en ce lieu et je n'y ai rien trouvé de plus réel que chez les autres divinités ! » C'est pourquoi il est dit : « Et agis selon tout ce que cet étranger Te demandera » - Chlomo implore que même s'il n'est pas droit ni digne d'être exaucé, sa demande soit satisfaite, afin qu'il ne blasphème pas et qu'il n'y ait point de profanation du Nom divin.

Nous avons déjà expliqué par le passé le sens de « récriminer » (koreh tagar). Nos Sages disent que celui qui donne une pièce à la tzedaka en disant : « Pour que mon fils vive », même si son fils vient à mourir en fin de compte, cet acte reste pleinement une tzedaka, car il donne d'un cœur sincère et tourné vers le Ciel ; son intention profonde est pour la gloire du Ciel, bien qu'il ait formulé ce vœu pour son fils. Mais chez le non-juif, il n'en va pas ainsi : il récrimine. Si Hachem n'a pas guéri son fils, il élève des réclamations contre le Saint, béni soit-Il : « J'ai payé, pourquoi ne m'as-Tu rien donné ? »

Il existe une autre explication que nous avons déjà mentionnée : « contester » (koré tagar) provient d'une racine évoquant le commerce et le marchandage (tagara). Le non-juif a le sentiment de conclure un marché avec le Saint, béni soit-Il : « Maître du monde, prends dix mille dollars et donne-moi cet enfant ». Il s'imagine avoir scellé une transaction, et si le Saint, béni soit-Il, ne remplit pas sa part, cela pose problème pour lui, car Dieu n'aurait pas respecté les termes de l'accord. À ses yeux, le Saint, béni soit-Il, est une sorte de commerçant : voilà, j'ai prié pour Toi, je T'ai donné, maintenant donne-moi. Chez lui, il n'existe pas de démarche désintéressée « pour la gloire du Ciel », pas de soumission à la volonté divine, pas d'effacement de soi. C'est précisément ce qui est dit à propos de Pharaon : les impies se placent au-dessus de leurs dieux ; ce n'est pas la divinité qui leur dicte leur conduite, c'est eux qui dictent son rôle à la divinité. Ils posent des conditions au Maître du monde, et s'Il ne s'y conforme pas, ils Le congédient. C'est pourquoi Salomon demande qu'il n'y ait pas de profanation du Nom divin (Hiloul Hachem), et que Dieu accorde sa requête au non-juif même s'il n'en est pas digne. Mais pour Ton peuple d'Israël, qui reconnaît Hachem et sait que tout pouvoir Lui appartient, si sa prière n'est pas exaucée, ses membres s'en prennent à eux-mêmes et à leurs fautes, et ils examinent scrupuleusement leurs actes.

Ceux qui partent à la guerre - orienter sa prière vers la Ville
כִּי יֵצֵא עַמְּךָ לַמִּלְחָמָה עַל אֹיְבָיו בַּדֶּרֶךְ אֲשֶׁר תִּשְׁלָחֵם וְהִתְפַּלְלוּ אֵלֶיךָ דֶּרֶךְ הָעִיר הַזֹּאת אֲשֶׁר בָּחַרְתָּ בָּהּ וְהַבַּיִת אֲשֶׁר בָּנִיתִי לִשְׁמֶךָ׃ - « Quand Ton peuple partira en guerre contre ses ennemis par le chemin où Tu les enverras, et qu'ils Te prieront en se tournant vers cette ville que Tu as choisie et vers la Maison que j'ai bâtie pour Ton Nom : »

« Par le chemin où Tu les enverras » - le Metsoudat David explique qu'ils ne partaient jamais à la guerre sans avoir d'abord consulté Hachem par le biais de l'Ourim veToumim, et c'est ainsi que Tu les envoies au combat. Remarquons bien qu'ils ne peuvent pas prier dans le Sanctuaire puisqu'ils sont en campagne militaire hors de la terre d'Israël. C'est pourquoi il est dit : « et qu'ils Te prieront en se tournant vers cette ville », le visage orienté en direction de Jérusalem, selon les termes attribués à Rachi.

D'où la règle universelle de direction dans la prière : celui qui se trouve au loin, en dehors de la terre d'Israël, oriente sa prière vers Erets Israël, vers Jérusalem, vers le Beth Hamikdach, vers le Saint des Saints, vers la Chekhina qui réside entre les chérubins, sous les ailes des chérubins. C'est ainsi que cela apparaît dans les siddourim avant la prière de la Amida (Chémoneh Esré) : il faut avoir cette intention à chaque prière, prendre conscience que l'on se tient devant le Roi, devant le Saint, béni soit-Il, et y concentrer son cœur. Quant à nous, qui vivons en terre d'Israël, nous n'avons pas besoin de nous tourner vers la Terre, mais seulement en direction de Jérusalem, du Beth Hamikdach, du Saint des Saints, vers la Chekhina qui se tient au-dessus de l'Arche, au-dessus du propitiatoire (Kapporet), entre les chérubins - voilà l'intention que l'on doit former. Ainsi, qu'ils Te prient avec l'intention que leur prière s'élève à travers cette ville, et alors Tu accueilleras aussi leur prière.

וְשָׁמַעְתָּ מִן הַשָּׁמַיִם אֶת תְּפִלָּתָם וְאֶת תְּחִנָּתָם וְעָשִׂיתָ מִשְׁפָּטָם׃ - « Écoute du Ciel leur prière et leur supplication, et fais-leur justice. »

« Et fais-leur justice » - que Tu tires vengeance de leurs ennemis. Selon une autre interprétation rapportée par le commentaire attribué à Rachi, « leur justice » (michpatam) désigne leurs besoins, à l'image du verset « pour faire justice à son serviteur » (la'assot michpat 'avdo), c'est-à-dire pourvoir à tous les besoins de Son serviteur.

Exil et repentir du fond du cœur
כִּי יֶחֶטְאוּ לָךְ כִּי אֵין אָדָם אֲשֶׁר לֹא יֶחֱטָא וְאָנַפְתָּ בָם וּנְתַתָּם לִפְנֵי אוֹיֵב וְשָׁבוּם שׁוֹבֵיהֶם אֶל אֶרֶץ רְחוֹקָה אוֹ קְרוֹבָה׃ - « S'ils pèchent contre Toi - car il n'est point d'homme qui ne pèche - et que Tu T'irrites contre eux et les livres à l'ennemi, et que ceux qui les ont capturés les emmènent captifs vers un pays lointain ou proche : »

« Car il n'est point d'homme qui ne pèche » - il n'existe presque aucun être humain totalement exempt de faute ; seuls quatre hommes sont morts uniquement par l'instigation originelle du serpent, mais tous les autres êtres humains sont susceptibles de fauter. « Et que Tu T'irrites contre eux » - Tu Te mettras en colère contre eux, Tu les livreras à leurs ennemis, et leurs ravisseurs les emmèneront en captivité dans un pays lointain ou proche.

וְהֵשִׁיבוּ אֶל לְבָבָם בָּאָרֶץ אֲשֶׁר נִשְׁבּוּ שָׁם וְשָׁבוּ וְהִתְחַנְּנוּ אֵלֶיךָ בְּאֶרֶץ שִׁבְיָם לֵאמֹר חָטָאנוּ הֶעֱוִינוּ וְרָשָׁעְנוּ׃ - « S'ils font un retour sur eux-mêmes dans le pays où ils ont été emmenés captifs, s'ils reviennent et Te supplient dans la terre de leur captivité, en disant : "Nous avons péché, nous avons commis l'iniquité, nous avons agi avec perversité !" : »

Après que l'ennemi les a capturés à la suite de leurs fautes, « ils feront un retour sur eux-mêmes » (véhéchivou el lévavam), expression désignant une prise de conscience intime ; « où ils ont été emmenés captifs » (nichbou cham), qui évoque la captivité. « S'ils reviennent » (véchavou) - ils accomplissent à présent leur repentir (téchouva) et T'adressent leurs supplications dans le pays de leur captivité.

וְשָׁבוּ אֵלֶיךָ בְּכָל לִבָּם וּבְכָל נַפְשָׁם בְּאֶרֶץ שִׁבְיָם אֲשֶׁר שָׁבוּ אֹתָם וְהִתְפַּלְלוּ דֶּרֶךְ אַרְצָם אֲשֶׁר נָתַתָּה לַאֲבוֹתָם וְהָעִיר אֲשֶׁר בָּחַרְתָּ וְלַבַּיִת אֲשֶׁר בָּנִיתִי לִשְׁמֶךָ׃ - S'ils reviennent à Toi de tout leur cœur et de toute leur âme, dans le pays de leur captivité où on les aura emmenés captifs, et qu'ils prient en se tournant vers leur terre que Tu as donnée à leurs pères, vers la ville que Tu as choisie et vers la Maison que j'ai bâtie pour Ton Nom.

Ce n'est pas sans raison qu'il est dit ici « de tout leur cœur et de toute leur âme », car c'est précisément lorsqu'un homme traverse une crise qu'il revient de tout son cœur et de toute son âme ; tant que tout va bien pour lui, il ne s'éveille pas. « Sur les fleuves de Babylone, là nous étions assis et nous pleurions », mais nous n'avions pas versé une seule larme lorsque nous étions ici. C'est pourquoi, dans le pays de leur captivité, ils reviendront véritablement de tout leur cœur et de toute leur âme, et prieront en se tournant vers leur terre que Tu as donnée à leurs pères - comme nous l'avons expliqué, orientés vers la terre d'Israël et Jérusalem - et ils dirigeront leurs intentions vers la ville que Tu as choisie et vers la Maison que j'ai bâtie pour Ton Nom.

וְשָׁמַעְתָּ מִן הַשָּׁמַיִם מִמְּכוֹן שִׁבְתְּךָ אֶת תְּפִלָּתָם וְאֶת תְּחִנֹּתֵיהֶם וְעָשִׂיתָ מִשְׁפָּטָם וְסָלַחְתָּ לְעַמְּךָ אֲשֶׁר חָטְאוּ לָךְ׃ - Écoute des cieux, du lieu de Ta résidence, leur prière et leurs supplications, fais-leur justice et pardonne à Ton peuple qui a fauté envers Toi.

« Des cieux, du lieu de Ta résidence » - comme nous l'avons expliqué, l'écoute vient de là-haut. Et par là, Tu pardonneras à Ton peuple qui a fauté envers Toi. Le commentaire attribué à Rachi explique : par cela, Ton Nom sera grandi dans le monde, car tous verront que le Saint, béni soit-Il, écoute la prière de Son peuple Israël où qu'il se trouve. « Fais-leur justice » - tire vengeance des ennemis, et l'on reconnaîtra alors que la volonté d'Hachem est de faire du bien à Son peuple Israël.

Conclusion de la prière
עַתָּה אֱלֹהַי יִהְיוּ נָא עֵינֶיךָ פְּתֻחוֹת וְאָזְנֶיךָ קַשֻּׁבוֹת לִתְפִלַּת הַמָּקוֹם הַזֶּה׃ - À présent, mon D.ieu, que Tes yeux soient ouverts et Tes oreilles attentives à la prière faite en ce lieu !

« Attentives » (kachouvot) - au sens d'écouter et de prêter attention.

וְעַתָּה קוּמָה יְהֹוָה אֱלֹהִים לְנוּחֶךָ אַתָּה וַאֲרוֹן עֻזֶּךָ כֹּהֲנֶיךָ יְהֹוָה אֱלֹהִים יִלְבְּשׁוּ תְשׁוּעָה וַחֲסִידֶיךָ יִשְׂמְחוּ בַטּוֹב׃ - Et maintenant, lève-Toi, Éternel D.ieu, pour Ton repos, Toi et l'Arche de Ta force ! Que Tes prêtres, Éternel D.ieu, soient vêtus de salut, et que Tes fidèles se réjouissent dans le bien !

« Lève-Toi, Éternel, pour Ton repos » - désormais, l'Arche ne sera plus déplacée de lieu en lieu, comme nous l'avons vu de Chilo à Nov et de Nov à Guivon ; Toi et l'Arche de Ta force êtes fixés ici en cet endroit. Et pourquoi est-elle appelée « l'Arche de Ta force » ? Parce que par son intermédiaire, Hachem accomplit des merveilles et des actes de puissance contre les Philistins, du mot oz (force), comme dans « Recherchez l'Éternel et Sa force ». Nos Sages disent que les vaches entonnèrent un chant : « Sa droite et Son bras saint Lui sont venus en aide » - en référence à l'Arche, par laquelle le Saint, béni soit-Il, opérait des miracles, des signes et des prodiges contre les ennemis. « Soient vêtus de salut » - car à présent, ils ne sont plus ballottés d'un endroit à l'autre, à l'image de « la justice sera la ceinture de ses reins ». « Et que Tes fidèles se réjouissent dans le bien » - par l'abondance de bienfaits que Tu déverseras sur eux ; le commentaire attribué à Rachi explique qu'il s'agit des dîmes données aux Lévites et de la rétribution pour la garde de l'Arche. Et cet endroit deviendra un lieu de repos, afin que l'Arche ne continue plus d'errer.

יְהֹוָה אֱלֹהִים אַל תָּשֵׁב פְּנֵי מְשִׁיחֶךָ זָכְרָה לְחַסְדֵי דָּוִיד עַבְדֶּךָ׃ - Éternel D.ieu, ne repousse pas la face de Ton oint, souviens-Toi de la piété de David, Ton serviteur !

C'est par ces mots que Salomon achève et scelle sa prière : de tout ce que je T'ai demandé, que ma prière soit agréée devant Toi. Il est le roi oint, c'est pourquoi il est appelé « Ton oint » : ne me renvoie pas les mains vides, et rappelle-Toi la piété de mon père David, et par le mérite de cette piété, ne me repousse pas. Et comme le disent nos Sages, c'est grâce à cette parole - « Souviens-Toi de la piété de David, Ton serviteur » - que les portes du Saint des Saints s'ouvrirent, lui permettant d'y introduire l'Arche.

Le résumé d'Ezra

Le Malbim explique qu'Ezra a abrégé ici la prière de Chlomo : il n'a pas recopié les trois derniers versets qui figurent dans le livre des Rois (Melakhim), mais a consigné à la place ce qu'il a trouvé dans d'autres écrits, à savoir qu'il conclut par deux versets du Chir HaMa'alot - le psaume 132 des Téhilim - composé à propos de l'entrée de l'Arche. Le texte comporte ici une légère variante ; le Malbim, dans son commentaire sur les Téhilim, détaille davantage les différences entre les deux versions, et celui qui le désire pourra l'approfondir dans les cours sur le livre des Téhilim.

En conclusion :

Dans cette partie de la prière de Chlomo se déploient ses supplications pour toutes les situations de détresse : le serment entre un homme et son prochain - où il demande que le jugement s'exécute sans délai afin d'inspirer la crainte du Sanctuaire ; la défaite militaire, la sécheresse, la famine, la peste, ainsi que toute plaie et maladie. Le texte rattache chacune de ces épreuves à la faute : le péché en est la cause, et la Techouva est la condition pour être exaucé, bien que Chlomo ait imploré qu'Hachem réponde même à un repentir imparfait, car c'est à travers lui que le peuple parviendra à une Techouva par amour. Concernant Israël, il a demandé : « Donne à chacun selon toutes ses voies », tandis qu'au sujet de l'étranger, il a sollicité : « selon tout ce qu'il T'invoquera » - afin qu'il ne récrimine pas et qu'il n'y ait pas de 'Hiloul Hachem (profanation du Nom divin). Pour ceux qui partent au combat et pour les exilés, il a demandé qu'ils prient tournés vers la ville et la Maison, et c'est cette même intention que nous formulons à chaque prière. Enfin, il a conclu : « Ne repousse pas Ton oint, souviens-Toi de la piété de David Ton serviteur » - et c'est par ce mérite que les portes du Saint des Saints se sont ouvertes.