TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 12 - Ceux qui rejoignirent David à Tsiqlag

Lire l'original

Le chapitre 12 du premier livre des Chroniques est le chapitre du rassemblement. Il s'ouvre sur des individus isolés et de petits groupes de vaillants guerriers ayant quitté Chaoul pour rallier David, alors que celui-ci était encore persécuté et caché dans les forteresses et à Tsiqlag, et il s'achève avec les foules de tout Israël venant à Hébron d'un cœur parfait pour proclamer David roi sur tout Israël. Le chapitre décrit ainsi l'ensemble du processus : depuis les individus isolés qui font don de leur personne pour la royauté de David du vivant de Chaoul, jusqu'à la grande allégresse de toute la nation lors de son couronnement.

Ceux qui vinrent vers David à Tsiqlag - du vivant de Chaoul
וְאֵלֶּה הַבָּאִים אֶל־דָּוִיד לְצִיקְלַג עוֹד עָצוּר מִפְּנֵי שָׁאוּל בֶּן־קִישׁ וְהֵמָּה בַּגִּבּוֹרִים עֹזְרֵי הַמִּלְחָמָה׃ - Voici ceux qui vinrent auprès de David à Tsiqlag, alors qu'il se tenait encore à l'écart par crainte de Chaoul, fils de Qich ; ils comptaient parmi les vaillants hommes qui lui apportaient leur aide dans la guerre.

« Ceux qui vinrent vers David à Tsiqlag » - ils rejoignirent David alors qu'il se trouvait à Tsiqlag, et à cette époque, Chaoul était encore en vie. Plus loin dans le chapitre, nous verrons également des membres de la tribu de Ménaché venir à Tsiqlag, et il est important de distinguer les périodes. Ici, le texte souligne : ceux que vous allez découvrir vinrent vers David alors qu'il était encore pourchassé par Chaoul, séjournant à Tsiqlag un an et quatre mois (I Samuel 27), période durant laquelle il était empêché de se rendre en terre de Juda. Et tous ceux qui le rejoignirent comptaient parmi les braves de David, ceux qui l'épaulaient dans ses guerres.

נֹשְׁקֵי קֶשֶׁת מַיְמִינִים וּמַשְׂמִאלִים בָּאֲבָנִים וּבַחִצִּים בַּקָּשֶׁת מֵאֲחֵי שָׁאוּל מִבִּנְיָמִן׃ - Armés d'arcs, habiles de la droite comme de la gauche à lancer des pierres et à tirer des flèches avec l'arc, parmi les frères de Chaoul, de la tribu de Binyamin.

« Armés d'arcs » - leur arme de prédilection était l'arc, et selon le commentaire attribué à Rachi, cela signifie armés d'arc et de flèches. « Habiles de la droite comme de la gauche » - le Malbim explique que la majorité des hommes de Binyamin étaient gauchers, or ceux-ci étaient entraînés des deux mains : non seulement de la gauche comme le faisaient les membres de leur tribu, mais ils avaient la capacité de tirer tant de la droite que de la gauche. « Des pierres et des flèches avec l'arc » - ils étaient experts pour propulser aussi bien des pierres que des flèches à l'aide d'un arc, à la manière de pierres de baliste, ce dont témoigne le commentaire attribué à Rachi : « Et j'en ai moi-même vu beaucoup de la sorte » - j'ai vu des experts tirer également des pierres avec un arc.

« Parmi les frères de Chaoul, de Binyamin » - parmi les proches parents de Chaoul. Il y a là un immense dévouement (méssirout néfech) : bien que Chaoul fût encore vivant, et qu'ils eussent naturellement dû soutenir le membre de leur famille qui occupait le trône, ils reconnurent néanmoins que David était l'oint de Dieu, et vinrent lui prêter main-forte.

Les chefs parmi les arrivants et leur dénombrement
הָרֹאשׁ אֲחִיעֶזֶר וְיוֹאָשׁ בְּנֵי הַשְּׁמָעָה הַגִּבְעָתִי וִיזִיאֵל וָפֶלֶט בְּנֵי עַזְמָוֶת וּבְרָכָה וְיֵהוּא הָעַנְּתֹתִי׃ - Le chef était Ahiézer, puis Yoach, fils de Hachemaâ le Guibéatite ; Yéziel et Pélet, fils d'Azmaveth ; Berakha et Yéhou d'Anatot.
וְיִשְׁמַעְיָה הַגִּבְעוֹנִי גִּבּוֹר בַּשְּׁלֹשִׁים וְעַל־הַשְּׁלֹשִׁים׃ - Et Yichmaïa le Guibonite, vaillant guerrier parmi les trente et placé à la tête des trente.

Soit dit en passant, la lecture traditionnelle (Qéri) est ici « Yéziel », mais le texte écrit (Ketiv) porte « Véyizouël » - un terme à la résonance très moderne (« visuel »), sans aucun lien bien entendu avec le sens contemporain, mais qui figure bel et bien dans le Tanakh, si vous souhaitez un jour poser une colle lors d'un quiz biblique.

Le Metsoudat David explique : parmi tous les arrivants, le chef suprême était Ahiézer, accompagné de son frère Yoach, tous deux fils de Hachemaâ le Guibéatite. Et le Malbim détaille le calcul : de Binyamin vinrent vingt-trois hommes, placés sous l'autorité de deux chefs de dizaines - Ahiézer et Yoach - commandant chacun dix hommes. De même, de Gad arrivèrent onze vaillants guerriers, comme nous le verrons au verset 9, avec là aussi un chef à leur tête - Yichmaïa le Guibonite, chef des hommes de Gad. Il en résulte qu'au total, sans compter les chefs et Yichmaïa, il y a trente guerriers, et Yichmaïa était à la fois un vaillant guerrier parmi les trente et le commandant placé au-dessus des trente.

וְיִרְמְיָה וְיַחֲזִיאֵל וְיוֹחָנָן וְיוֹזָבָד הַגְּדֵרָתִי׃ אֶלְעוּזַי וִירִימוֹת וּבְעַלְיָה וּשְׁמַרְיָהוּ וּשְׁפַטְיָהוּ הַחֲרוּפִי׃ אֶלְקָנָה וְיִשִּׁיָּהוּ וַעֲזַרְאֵל וְיוֹעֶזֶר וְיָשָׁבְעָם הַקָּרְחִים׃ וְיוֹעֵאלָה וּזְבַדְיָה בְּנֵי יְרֹחָם מִן־הַגְּדוֹר׃ - Et Yirmeya, Yahaziel, Yohanan et Yozavad le Guederati ; El'ouzaï, Yerimot, Be'alia, Shemaryahou et Shefatyahou le Haroufi ; Elkana, Yishiyahou, Azarel, Yo'ezer et Yashov'am, les Korahites ; et Yo'ela et Zevadiah, fils de Yeroham, de Guedor.
Les guerriers de Gad - Visage de lion et agilité de gazelle
וּמִן־הַגָּדִי נִבְדְּלוּ אֶל־דָּוִיד לַמְצַד מִדְבָּרָה גִּבֹּרֵי הַחַיִל אַנְשֵׁי צָבָא לַמִּלְחָמָה עֹרְכֵי צִנָּה וָרֹמַח וּפְנֵי אַרְיֵה פְּנֵיהֶם וְכִצְבָאיִם עַל־הֶהָרִים לְמַהֵר׃ - Et parmi les Gadites, des hommes vaillants se séparèrent pour rejoindre David au refuge du désert, hommes de troupe aguerris au combat, maniant le grand bouclier et la lance, dont la face était pareille à celle d'un lion, et aussi véloces que des gazelles sur les montagnes.

« Au refuge du désert » : les forteresses situées dans le désert, où David se cachait pour échapper à Saül, comme il est écrit : « Ils se levèrent et allèrent à Ziph devant Saül, tandis que David et ses hommes étaient au désert de Maon, dans la plaine », et de même : « David monta de là et s'établit dans les forteresses d'Ein Guédi ». « La face pareille à celle d'un lion » : leurs traits inspiraient la terreur, comparables à la face d'un lion. « Aussi véloces que des gazelles sur les montagnes » : ils avaient une foulée légère à la manière des gazelles qui, lorsqu'on les prend en chasse, dévalent et gravissent prestement les montagnes ; de même, les enfants de Gad étaient d'une grande agilité à la course.

Le Malbim souligne que les guerriers de Gad se rallièrent avant les Benjaminites mentionnés plus haut, et il éclaire le terme « se séparèrent » (nivdelou) : ils faisaient partie de l'armée auparavant, et ils se détachèrent, abandonnant leur propre armée pour rejoindre David au refuge du désert, à l'époque où David se cachait dans les forteresses.

עֵזֶר הָרֹאשׁ עֹבַדְיָה הַשֵּׁנִי אֱלִיאָב הַשְּׁלִשִׁי׃ מִשְׁמַנָּה הָרְבִיעִי יִרְמְיָה הַחֲמִשִׁי׃ עַתַּי הַשִּׁשִּׁי אֱלִיאֵל הַשְּׁבִעִי׃ יוֹחָנָן הַשְּׁמִינִי אֶלְזָבָד הַתְּשִׁיעִי׃ יִרְמְיָהוּ הָעֲשִׂירִי מַכְבַּנַּי עַשְׁתֵּי עָשָׂר׃ - Ezer le premier, Ovadia le deuxième, Eliav le troisième ; Mishmanna le quatrième, Yirmeya le cinquième ; Attaï le sixième, Eliel le septième ; Yohanan le huitième, Elzavad le neuvième ; Yirmeyahou le dixième, Makhbannaï le onzième.
אֵלֶּה מִבְּנֵי־גָד רָאשֵׁי הַצָּבָא אֶחָד לְמֵאָה הַקָּטָן וְהַגָּדוֹל לְאָלֶף׃ - Ceux-là, parmi les enfants de Gad, étaient capitaines de l'armée ; le moindre valait cent hommes, et le plus grand en valait mille.

« Le moindre valait cent hommes » : le plus petit d'entre eux pouvait poursuivre à lui seul cent ennemis, et le plus grand en poursuivait mille, réalisant ainsi la promesse : « Cinq d'entre vous en poursuivront cent, et cent d'entre vous en poursuivront dix mille ». Et quel est le sens de « capitaines de l'armée » ? Le Malbim répond : il ne s'agit pas de leur fonction actuelle, mais comme nous l'avons précisé, ils étaient déjà des hommes de guerre expérimentés, c'est-à-dire des chefs d'armée chez Saül, qui firent défection pour passer du côté de David.

La traversée du Jourdain au premier mois
אֵלֶּה הֵם אֲשֶׁר עָבְרוּ אֶת־הַיַּרְדֵּן בַּחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן וְהוּא מְמַלֵּא עַל־כָּל־גְּדוֹתָיו וַיַּבְרִיחוּ אֶת־כָּל־הָעֲמָקִים לַמִּזְרָח וְלַמַּעֲרָב׃ - Ce sont eux qui traversèrent le Jourdain au premier mois, alors qu'il débordait sur toutes ses rives, et ils mirent en fuite tous ceux des vallées, vers l'est et vers l'ouest.

« Au premier mois » : au mois de Nissan, moment où les neiges ont fondu et où le Jourdain déborde sur toutes ses rives (dans le commentaire attribué à Rachi, le texte imprimé porte nifreshou, mais il s'agit vraisemblablement d'une coquille pour nafshirou, « les neiges avaient fondu »). Deux explications s'opposent quant à l'expression « ils mirent en fuite / franchirent toutes les vallées » (vayavrihou) : certains expliquent qu'ils fendirent de leurs boucliers les profondeurs des eaux vers l'est et vers l'ouest pour passer comme à pied sec, tel un verrou (beriah) qui court d'un bout à l'autre ; d'autres l'entendent au sens de mise en fuite (havraha), signifiant qu'ils taillèrent en pièces les populations établies dans les vallées et les mirent en déroute vers l'est et vers l'ouest.

Et à quelle époque cela s'est-il produit ? Le Malbim précise : du temps où ils étaient encore officiers sous le règne de Saül, les enfants de Gad eurent à livrer bataille contre les Hagaréniens. Ils franchirent le Jourdain alors qu'il était en crue sur toutes ses rives, « et ils mirent en fuite tous ceux des vallées » : ils pourchassèrent et repoussèrent tous les Hagaréniens retranchés dans la plaine, les dispersant vers l'est et vers l'ouest.

Les hommes de Binyamin et de Yehouda - Le soupçon et la prière
וַיָּבֹאוּ מִן־בְּנֵי בִנְיָמִן וִיהוּדָה עַד־לַמְצָד לְדָוִיד׃ - Des hommes de Binyamin et de Yehouda vinrent aussi jusqu'à la forteresse auprès de David.

Lorsque David se trouvait dans la forteresse, des hommes de la tribu de Binyamin vinrent également à lui, accompagnés d'hommes de Yehouda, avec Amasaï à leur tête. Pourquoi avaient-ils joint Amasaï à leur groupe ? Parce qu'ils craignaient que David ne se méfie d'eux : ils appartenaient après tout à Binyamin, le clan de Shaoul, et David risquait de se dire : « C'est sans doute un piège, ils viennent pour me faire tomber sous prétexte de faire la paix avec moi, et c'est Shaoul qui les envoie pour me capturer. » Ils prirent donc avec eux un atout majeur en la personne d'Amasaï, qui appartenait à la tribu de Yehouda et était un proche parent de David. Placé à leur tête, il se fit leur porte-parole : regarde bien, les membres de ta propre famille ne viendraient certainement pas te trahir. C'est Amasaï qui s'adressa à David pour lui dire : tu n'as rien à craindre, nous ne sommes pas venus te faire tomber, mais bien au contraire pour nous unir et faire cause commune avec toi.

וַיֵּצֵא דָוִיד לִפְנֵיהֶם וַיַּעַן וַיֹּאמֶר לָהֶם אִם־לְשָׁלוֹם בָּאתֶם אֵלַי לְעָזְרֵנִי יִהְיֶה־לִּי עֲלֵיכֶם לֵבָב לְיָחַד וְאִם־לְרַמּוֹתַנִי לְצָרַי בְּלֹא חָמָס בְּכַפַּי יֵרֶא אֱלֹהֵי אֲבוֹתֵינוּ וְיוֹכַח׃ - David sortit à leur rencontre, prit la parole et leur dit : Si c'est pour la paix que vous venez à moi pour me secourir, mon cœur s'unira au vôtre ; mais si c'est pour me tromper au profit de mes adversaires alors qu'il n'y a point d'injustice dans mes mains, que le Dieu de nos pères voie et tranche !

L'inquiétude était bien réelle : les gens de Binyamin étaient les proches de Shaoul, et la question se posait de savoir s'ils venaient d'un cœur sincère pour faire la paix avec lui, ou s'il s'agissait d'une cinquième colonne - des hommes venus donner l'illusion d'être de son côté, mais en réalité venus pour espionner et le livrer aux mains des partisans de Shaoul. C'est pourquoi David sortit à leur rencontre. Le Malbim explique qu'il prononça ces paroles sous forme de prière : ne sachant pas s'ils venaient pour son bien ou pour son malheur, il demanda à Hachem, qui sonde les secrets, de lui révéler la vérité. S'ils venaient pour la paix et pour l'aider, qu'Hachem mette dans son cœur de l'amour pour eux et le désir de s'unir à eux. Mais s'ils venaient pour le tromper - alors qu'« il n'y a point d'injustice dans mes mains », puisqu'il ne leur avait rien fait de mal et qu'ils chercheraient malgré tout à le trahir - c'est à ce sujet qu'il demande : « Que le Dieu de nos pères voie et tranche ! » Le terme « yokha'h » renvoie au débat et à la preuve contradictoire, où deux parties s'affrontent et chacune prouve sa thèse ; ici, cela signifie qu'Hachem fasse éclater la vérité et m'éclaire, afin qu'Il m'inspire de me méfier d'eux et que la situation m'apparaisse avec une clarté absolue pour savoir m'en garder, à l'image du verset « et Il a tranché la nuit dernière » (Vayokha'h emech).

Un esprit revêtit Amasaï
וְרוּחַ לָבְשָׁה אֶת־עֲמָשַׂי רֹאשׁ הַשָּׁלִישִׁים לְךָ דָוִיד וְעִמְּךָ בֶן־יִשַׁי שָׁלוֹם שָׁלוֹם לְךָ וְשָׁלוֹם לְעֹזְרֶךָ כִּי עֲזָרְךָ אֱלֹהֶיךָ וַיְקַבְּלֵם דָּוִיד וַיִּתְּנֵם בְּרָאשֵׁי הַגְּדוּד׃ - Un esprit revêtit Amasaï, chef des officiers : À toi, David, et avec toi, fils de Yichaï ! Paix, paix à toi, et paix à tes soutiens, car ton Dieu t'est venu en aide ! David les accueillit et les plaça à la tête des troupes.

« Un esprit revêtit » - le Radak commente qu'il s'agit d'un élan de bienveillance sincère. Amasaï dit ainsi à David : je suis certes le chef des officiers, le commandant de ces braves guerriers, mais je t'appartiens, étant de ta chair et de ton sang, puisqu'il était un proche parent de David. Et que signifie « et avec toi, fils de Yichaï » ? Le Radak et le Malbim expliquent qu'Amasa était le fils d'Avigaïl. Or, le Malbim a déjà précisé plus haut qu'Avigaïl était la sœur utérine de David, et non germaine : sa mère avait d'abord épousé Na'hach et enfanté Avigaïl, puis elle avait épousé Yichaï et mis au monde David. Il s'avère donc qu'Avigaïl était la sœur de David de la même mère mais non du même père - elle descendait de Na'hach et David de Yichaï. Amasaï lui-même n'était donc pas un descendant direct de Yichaï, mais la mère de sa propre mère était l'épouse de Yichaï et la mère de David, et il avait grandi dans leur maison ; ainsi, lorsqu'il se tient aux côtés de David, frère de sa mère, il est considéré comme s'il était lui-même un fils de Yichaï. Amasaï était donc un membre de la famille de David à part entière.

C'est pourquoi il lui dit : puisque je suis de la maison de ton père et de ta parenté, paix à toi, ne crains rien ! « Paix à toi et paix à tes soutiens » - tous les hommes qui se présentent ici sont sincères et loyaux, tant envers toi qu'envers ceux qui t'épaulent ; leur intention est résolument pacifique, ils ne sont pas venus pour t'espionner ni pour te combattre. Et que signifie « car ton Dieu t'est venu en aide » ? Le Malbim explique que cela fait écho à l'épisode où David coupa le pan du manteau de Shaoul, moment où tous constatèrent qu'une assistance divine l'accompagnait. Ils lui dirent : après avoir vu que ton Dieu t'a secouru, que tu as réussi à couper le pan de son manteau et à t'en sortir indemne sans pourtant attenter à sa vie, nous avons compris qu'Hachem est avec toi ; voilà pourquoi nous voulons nous rapprocher de toi et faire alliance avec toi. On comprend dès lors le sens de « il les plaça à la tête des troupes » : David eut une telle confiance en eux qu'il les nomma commandants des bataillons qui combattaient pour lui.

Des hommes de Menashé se rallièrent à David - sur son chemin depuis le pays des Philistins
וּמִמְּנַשֶּׁה נָפְלוּ עַל־דָּוִיד בְּבֹאוֹ עִם־פְּלִשְׁתִּים עַל־שָׁאוּל לַמִּלְחָמָה וְלֹא עֲזָרֻם כִּי בְעֵצָה שִׁלְּחֻהוּ סַרְנֵי פְלִשְׁתִּים לֵאמֹר בְּרָאשֵׁינוּ יִפּוֹל אֶל־אָדֹנָיו שָׁאוּל׃ - De Menashé aussi, des hommes passèrent du côté de David lorsqu'il vint avec les Philistins pour combattre Shaoul ; mais ils ne leur furent d'aucun secours, car, sur conseil délibéré, les princes des Philistins le renvoyèrent en disant : C'est au prix de nos têtes qu'il retournera vers son maître Shaoul !

Comme on le sait, lorsque David fuyait Shaoul, il trouva refuge chez les Philistins. Ceux-ci voulurent l'emmener avec eux en guerre contre Shaoul, mais les princes des Philistins s'y opposèrent, déclarant : « Comment cet homme rentrerait-il dans les bonnes grâces de son maître, si ce n'est avec les têtes de nos gens ? » Leur raisonnement était le suivant : il est en conflit avec son souverain, comment pourrait-il se réconcilier avec lui ? Il va venir au combat à nos côtés et nous massacrer durant la bataille ; c'est par ce moyen qu'il se rendra agréable à son maître, et Shaoul l'accueillera avec les plus grands honneurs - celui qui jusqu'alors était tenu pour ennemi sera accueilli en allié précieux. C'est là l'un des dilemmes complexes auxquels fait face quiconque emploie des agents doubles ou des collaborateurs : l'un des risques majeurs est qu'ils peuvent se retourner à tout instant ; dès lors qu'ils craignent d'être découverts, ils éliminent leur officier traitant afin de rentrer dans les bonnes grâces des terroristes du Hamas, en disant : « Regardez, c'est moi qui l'ai abattu ! » Une telle situation exige une prudence extrême, pas à pas, car on ne sait jamais à quel moment les allégeances basculeront. C'était exactement la crainte des princes philistins : David cherchera à rentrer dans les bonnes grâces de Shaoul qui le poursuit, et pour cela, il nous frappera.

בְּלֶכְתּוֹ אֶל־צִיקְלַג נָפְלוּ עָלָיו מִמְּנַשֶּׁה עַדְנַח וְיוֹזָבָד וִידִיעֲאֵל וּמִיכָאֵל וְיוֹזָבָד וֶאֱלִיהוּא וְצִלְּתָי רָאשֵׁי הָאֲלָפִים אֲשֶׁר לִמְנַשֶּׁה׃ - Lorsqu'il s'en retourna à Tsiklag, se rallièrent à lui, de Menashé : Adnah, Yozavad, Yediyaël, Mikhaël, Yozavad, Elihou et Tsilétaï, chefs des milliers de Menashé.

« Ils tombèrent vers David » (se rallièrent à lui) - ils se joignirent à David. Lorsqu'il marcha avec les Philistins jusqu'à Afek pour combattre Chaoul, puis que les seigneurs philistins le renvoyèrent et qu'il fit demi-tour, il rencontra des hommes de Menashé qui s'étaient mis en route pour secourir Chaoul contre les Philistins, et ceux-ci se rallièrent à lui. On constate donc qu'ici encore, cela se déroule du vivant de Chaoul : lorsqu'il retournait à Tsiklag, après avoir été renvoyé par les Philistins, tous ces hommes mentionnés - les chefs de milliers, c'est-à-dire les notables de Menashé - se joignirent à lui.

וְהֵמָּה עָזְרוּ עִם־דָּוִיד עַל־הַגְּדוּד כִּי־גִבּוֹרֵי חַיִל כֻּלָּם וַיִּהְיוּ שָׂרִים בַּצָּבָא׃ - Et ils prêtèrent main-forte à David contre la troupe, car ils étaient tous de vaillants guerriers et devinrent officiers dans l'armée.

À cette même époque, pendant que David était parti à la guerre, une troupe d'Amalek était venue piller Tsiklag et avait capturé leurs femmes et leurs enfants. Le texte raconte qu'ils revinrent dans les pleurs et une immense douleur, puis partirent à la poursuite d'Amalek pour délivrer leurs familles. « Et ils prêtèrent main-forte à David contre la troupe » - ces vaillants hommes, les chefs de milliers de Menashé, sont ceux qui l'aidèrent à pourchasser Amalek. « Et ils devinrent officiers dans l'armée » - plus tard, lorsque David retourna en terre de Yéhouda, il les nomma chefs d'armée sur les hommes de Menashé qui le rejoignirent ensuite à Hébron.

Comme un camp de D.ieu
כִּי לְעֶת־יוֹם בְּיוֹם יָבֹאוּ עַל־דָּוִיד לְעָזְרוֹ עַד־לְמַחֲנֶה גָדוֹל כְּמַחֲנֵה אֱלֹהִים׃ - Car jour après jour, on venait vers David pour lui prêter main-forte, au point de former un grand camp, comme un camp de D.ieu.

Le commentaire attribué à Rachi explique : à quoi bon, pour ainsi dire, s'étendre davantage et détailler qui venait le rejoindre - à chaque instant et chaque jour, on accourait vers David pour le soutenir. Le verset dépeint ainsi la manière dont, peu à peu, toute la maison d'Israël se rassemblait pour accepter sur elle la royauté de David.

« Au point de former un grand camp, comme un camp de D.ieu » - en raison de la multitude de ses troupes, le texte le qualifie de « camp de D.ieu ». Le Radak explique, comme il le rappelle en plusieurs endroits, que la Bible a coutume d'amplifier la grandeur d'une chose en l'associant au Nom divin : « comme les montagnes de D.ieu » pour désigner des montagnes gigantesques, « une grande ville devant D.ieu » pour une cité immense, « une flamme de D.ieu » (chalhevet-yah) pour un embrasement prodigieux, ou encore « ma'apelya ». Par conséquent, « un camp de D.ieu » signifie un camp colossal, une armée prodigieuse et innombrable. Le commentaire attribué à Rachi propose une autre explication : si ce camp est devenu si vaste et imposant, ce ne fut que par la volonté de D.ieu. Le camp de David n'a pas atteint une telle ampleur par sa propre force, mais c'est l'Éternel qui le lui a constitué par décret divin, à l'instar de Yaakov à propos de qui il est dit « camp de D.ieu », illustrant l'assistance et le secours providentiels qui l'accompagnaient.

Le Malbim commente : « Car jour après jour, on venait vers David pour lui prêter main-forte » - dès l'instant où David revint en terre de Yéhouda, où il fut proclamé roi, des hommes vinrent également des autres tribus. Ils ne cessaient d'affluer et de grossir les rangs de son armée, conformément à ce qui est écrit dans Samuel II : « Et David allait se fortifiant, tandis que la maison de Chaoul s'affaiblissait » - la puissance de David s'amplifiait sans cesse tandis que celle de la maison de Chaoul déclinait progressivement.

Ceux qui vinrent à Hébron pour couronner David
וְאֵלֶּה מִסְפְּרֵי רָאשֵׁי הֶחָלוּץ לַצָּבָא בָּאוּ עַל־דָּוִיד חֶבְרוֹנָה לְהָסֵב מַלְכוּת שָׁאוּל אֵלָיו כְּפִי יְהֹוָה׃ - Et voici le dénombrement des chefs équipés pour l'armée qui vinrent auprès de David à Hébron, afin de lui transférer la royauté de Chaoul selon l'ordre de l'Éternel.

À partir d'ici, explique le Malbim, le texte relate ce qui advint lorsque tout Israël vint couronner David. « Le dénombrement des chefs équipés » (he'haloutz) - ce sont les chiffres présentés par les chefs de l'avant-garde, ceux qui arrivèrent en premier, remettant à David le compte exact de leurs troupes : « Mille hommes sont avec moi, deux mille avec moi », chacun déclarant l'effectif qui l'accompagnait. « Afin de lui transférer la royauté de Chaoul » - Chaoul était déjà mort, mais il s'agissait de transférer la royauté détenue par les descendants de Chaoul, car certains pensaient encore devoir couronner l'un des fils de Chaoul, et l'on transférait désormais la royauté à David.

בְּנֵי יְהוּדָה נֹשְׂאֵי צִנָּה וָרֹמַח שֵׁשֶׁת אֲלָפִים וּשְׁמוֹנֶה מֵאוֹת חֲלוּצֵי צָבָא׃ - Fils de Juda, portant le grand bouclier et la lance : six mille huit cents, équipés pour l'armée.

Le commentaire attribué à Rachi explique : ne t'étonne pas que la tribu de Juda soit venue en si petit nombre par rapport aux autres tribus, car les enfants de Juda n'avaient pas besoin de venir le couronner - ils l'avaient déjà proclamé roi dès le départ à Hébron. Les membres de Juda forment sa propre famille, ils étaient dès le début à ses côtés, attachés à lui et l'accompagnaient. C'est du reste des tribus qu'il avait besoin de recevoir du renfort, celles qui n'étaient pas avec lui jusqu'alors, qui s'étaient ralliées à Saül et qui viennent maintenant le couronner. « Équipés pour l'armée » (haloutsé tsava) - les hommes d'avant-garde qui partent au combat ; et le commentaire attribué à Rachi rapporte que certains expliquent haloutsim au sens d'hommes alertes et prompts, à l'image de l'expression rabbinique associant h'alitsout à la promptitude et au zèle.

מִן־בְּנֵי שִׁמְעוֹן גִּבּוֹרֵי חַיִל לַצָּבָא שִׁבְעַת אֲלָפִים וּמֵאָה׃ מִן־בְּנֵי הַלֵּוִי אַרְבַּעַת אֲלָפִים וְשֵׁשׁ מֵאוֹת׃ וִיהוֹיָדָע הַנָּגִיד לְאַהֲרֹן וְעִמּוֹ שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים וּשְׁבַע מֵאוֹת׃ - Des fils de Siméon, vaillants guerriers pour l'armée : sept mille cent. Des fils de Lévi : quatre mille six cents. Et Yehoyada, chef de la lignée d'Aaron, et avec lui trois mille sept cents.

Des fils de Siméon vinrent sept mille cent vaillants guerriers pour l'armée, et des fils de Lévi, quatre mille six cents. « Et Yehoyada, chef pour Aaron » - Yehoyada était le père de Benayahou ben Yehoyada, et il était le naguid (dirigeant) ; le Malbim explique qu'il était prince et dirigeant, tandis que le Radak explique « le naguid pour Aaron » au sens de la descendance d'Aaron, c'est-à-dire le Cohen Gadol. Il était le Grand Prêtre et vint auprès de David avec trois mille sept cents hommes, et son fils Benayahou était le chef des trente vaillants guerriers, comme nous l'avons mentionné plus haut.

וְצָדוֹק נַעַר גִּבּוֹר חָיִל וּבֵית־אָבִיו שָׂרִים עֶשְׂרִים וּשְׁנָיִם׃ - Et Tsadok, jeune homme, vaillant guerrier, et la maison de son père : vingt-deux chefs.

Ne sois pas surpris que Tsadok ne fût pas naguid (dirigeant), car à cette époque, il était encore jeune. « Et la maison de son père : vingt-deux chefs » - c'est là une distinction et une grandeur insigne, que de compter vingt-deux chefs dans sa maison paternelle. C'est pourquoi, plus tard, on retira la grande prêtrise (Kehouna Guedola) à Éviatar pour la confier à Tsadok le Cohen, qui possédait un rang supérieur, puisque la maison de son père comptait vingt-deux chefs et personnages d'importance.

וּמִן־בְּנֵי בִנְיָמִן אֲחֵי שָׁאוּל שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים וְעַד־הֵנָּה מַרְבִּיתָם שֹׁמְרִים מִשְׁמֶרֶת בֵּית שָׁאוּל׃ - Et des fils de Benjamin, frères de Saül : trois mille ; et jusqu'alors, la plupart d'entre eux montaient la garde pour la maison de Saül.

Ces trois mille hommes de Benjamin vinrent auprès de David à Hébron après la mort d'Avner et d'Ich-Bochet, lorsque tout Israël se rassembla auprès de David à Hébron, car jusqu'alors - jusqu'à ce moment précis - la majorité d'entre eux montaient la garde pour la maison de Saül. Contrairement aux Benjaminites qui avaient rejoint David à Tsiklag du vivant de Saül en abandonnant ce dernier, ceux qui viennent à présent étaient pour la plupart restés fidèles à la maison de Saül. Selon le Radak, le verset signifie qu'ils lui gardaient la royauté, espérant et attendant de voir régner la descendance de Saül, le verbe « garder » (chomer) ayant ici le sens d'attendre - comme dans « plus que les veilleurs n'attendent le matin » (michomrim laboker), ou encore « son père garda la chose » (ve-aviv chamar et ha-davar), attendant de voir comment tourneraient les événements. Le Malbim propose une autre explication : ils faisaient partie de la garde rapprochée du roi, les gardes de sa maison qui lui étaient entièrement dévoués.

וּמִן־בְּנֵי אֶפְרַיִם עֶשְׂרִים אֶלֶף וּשְׁמוֹנֶה מֵאוֹת גִּבּוֹרֵי חַיִל אַנְשֵׁי שֵׁמוֹת לְבֵית אֲבוֹתָם׃ - Et des fils d'Éphraïm : vingt mille huit cents, vaillants guerriers, hommes de renom selon leurs maisons paternelles.

« Hommes de renom » - célèbres et réputés par leur nom au sein de leur maison paternelle ; vingt mille huit cents d'entre eux vinrent auprès de David.

וּמֵחֲצִי מַטֵּה מְנַשֶּׁה שְׁמוֹנָה עָשָׂר אָלֶף אֲשֶׁר נִקְּבוּ בְּשֵׁמוֹת לָבוֹא לְהַמְלִיךְ אֶת־דָּוִיד׃ - Et de la demi-tribu de Manassé : dix-huit mille, qui furent désignés nominativement pour venir proclamer David roi.

« De la demi-tribu de Manassé » - ceux qui avaient reçu leur héritage en Terre d'Israël même, par opposition à la demi-tribu de Manassé établie sur la rive orientale du Jourdain. « Qui furent désignés nominativement » - on désigna précisément par leur nom qui partirait, c'est-à-dire qu'ils furent mentionnés et consignés par écrit avec leurs noms. Le Malbim explique : leurs chefs vinrent en apportant la liste de leurs noms signée, attestant de leur accord pour la royauté - tous ceux-là étaient signataires pour reconnaître David comme leur souverain.

Des hommes doués de discernement pour les temps
וּמִבְּנֵי יִשָּׂשכָר יוֹדְעֵי בִינָה לַעִתִּים לָדַעַת מַה־יַּעֲשֶׂה יִשְׂרָאֵל רָאשֵׁיהֶם מָאתַיִם וְכָל־אֲחֵיהֶם עַל־פִּיהֶם׃ - Et des fils d'Issachar, qui avaient l'intelligence des temps pour savoir ce que devait faire Israël : deux cents chefs, et tous leurs frères sous leurs ordres.

L'expression « sachant discerner les temps » (yod'é bina la'itim) est obscure, et les commentateurs s'efforcent d'en saisir le sens. Le Radak rapporte d'abord l'explication de nos Sages : ils savaient intercaler les années et fixer les mois - ils savaient observer les saisons et les cycles astronomiques pour déterminer quel était le moment opportun pour décréter une année embolismique et quel moment ne l'était pas. C'est là le sens de « pour savoir ce que devait faire Israël » : ils connaissaient les lois du temps et les cycles du monde, savaient calculer les solstices, les équinoxes et les constellations, et savaient par là comment Israël devait agir dans toutes ses affaires. Et pourquoi mentionne-t-on cela ici ? Parce que le roi a besoin de les consulter : en effet, l'intercalation de l'année et la fixation des mois se faisaient notamment avec le concours du roi - le roi y participait, comme nous l'avons vu à propos du roi Ézéchias ('Hizkiyahou) - et c'est pourquoi David a besoin des fils d'Issachar pour l'assister dans la fixation des années et des fêtes.

Rabbénou Yona, cité par le Radak, explique qu'il ne s'agit nullement de mois et d'années, mais que « sachant discerner les temps » signifie qu'ils savaient analyser les lois et les jugements, à l'instar de « tous ceux qui connaissaient la loi et le droit ». De même, le Malbim explique que ces connaisseurs des temps sont des personnes qui siègent longuement devant le roi et connaissent ses moindres réactions, chaque geste, chaque intonation, chaque allusion ou clignement d'yeux. Quand on vient lui dire : « Peut-être pourrions-nous parler au roi de cette affaire ? », il répond : « Laisse cela, ce n'est pas le moment, nous lui en parlerons dans une semaine » ; puis plus tard, il vous appelle : « Viens maintenant, c'est l'occasion idéale pour lui en parler. » Tel est l'homme doué de discernement pour les temps : il sait quel est le moment opportun et convenable pour s'adresser au roi, quand les paroles peuvent porter leurs fruits, et il discerne en toute chose le temps approprié à l'action. Il est d'ailleurs dit : « Le cœur du sage connaît le temps et le jugement », ce qui associe la notion de temps au jugement, et selon cela, le roi les consultait en matière de droit.

Toutefois, le Radak soulève une difficulté contre cette interprétation : s'il s'agit d'hommes de loi et de juges qui conseillent le roi, l'expression « pour savoir ce que devait faire Israël » ne convient guère ; il aurait fallu dire « pour savoir ce que devait faire le roi ». En revanche, selon l'explication des Sages relative aux fêtes, tout s'éclaire : savoir ce que doit faire Israël, c'est savoir quand tombe Roch Hachana, quand tombe Pessa'h, quand tombent les autres fêtes, quand l'année est embolismique, afin que le peuple d'Israël sache quelle conduite adopter. Quant au Malbim, il explique que « sachant discerner les temps » signifie qu'ils savaient donner des conseils sur la conduite des enfants d'Israël en fonction de chaque époque, c'est-à-dire qu'ils étaient des conseillers ; et remarquez bien sa précision : « sur la conduite des enfants d'Israël », par laquelle il résout la question du Radak : ils n'étaient pas seulement les conseillers personnels du roi pour ses propres affaires, mais ils savaient à chaque époque quelle était la juste manière de guider le peuple d'Israël. Le Malbim cite également l'enseignement de nos Sages selon lequel ils étaient versés dans le calcul des cycles solaires et des constellations. « Leurs chefs étaient au nombre de deux cents » : parmi les fils d'Issachar, deux cents chefs de milliers vinrent alors au nom de toute la tribu pour proclamer David roi.

« Et pour se ranger en bataille sans duplicité de cœur » - Zabulon
מִזְּבֻלוּן יוֹצְאֵי צָבָא עֹרְכֵי מִלְחָמָה בְּכָל־כְּלֵי מִלְחָמָה חֲמִשִּׁים אָלֶף וְלַעֲדֹר בְּלֹא־לֵב וָלֵב׃ - De Zabulon, ceux en âge d'aller à l'armée, prêts au combat avec toutes sortes d'armes de guerre, cinquante mille, et capables de se ranger en bataille sans duplicité de cœur.

De Zabulon vinrent des hommes en âge de combattre, prêts pour la guerre, afin d'aider David et de faire partie de ses troupes. « Avec toutes sortes d'armes de guerre » : ils connaissaient et maîtrisaient parfaitement l'usage de toutes les armes. Certains étaient experts au tir à l'arc, d'autres au maniement de la lance et du javelot, d'autres encore à l'épée pour le combat au corps à corps ; or, ceux-ci étaient versés dans toutes les armes et savaient combattre, et cinquante mille d'entre eux se présentèrent.

« Et pour se ranger en bataille sans duplicité de cœur » (vela'ador belo lev valev) est une formule difficile sur laquelle les commentateurs proposent plusieurs voies. Le commentaire attribué à Rachi explique « la'ador » à partir du mot bêche et labour (ma'der), comme il est écrit dans Isaïe : « Et toutes les montagnes que l'on bêchait avec la houe » : ils étaient experts dans le travail de la terre, et c'est parmi ces experts que se levèrent des hommes aptes au combat ; cependant, il n'explique pas comment cela s'articule avec « sans duplicité de cœur ». Il rapporte ensuite une autre explication selon laquelle « la'ador » signifie ordonner une bataille, ce que corroborent d'autres commentateurs. Le Radak affirme également : « la'ador » signifie ranger en ordre de bataille, de même que le troupeau de brebis est appelé « éder » parce qu'il forme une troupe ordonnée de bétail. Et ces hommes vinrent pour engager le combat contre les ennemis de David « sans duplicité de cœur » : ils n'avaient pas un cœur partagé, mais un seul cœur pleinement dévoué à David. Il arrive qu'un homme parte à l'armée le cœur partagé : il préférerait être ailleurs et vient avec hésitation ; mais eux vinrent sans hésitation ni duplicité, d'un cœur unanime, pleinement fidèles à David, prêts à donner leur vie pour le couronner roi.

Le Midrach explique l'expression « sans duplicité de cœur » d'une autre manière : que ce soit intentionnellement ou involontairement, ils l'emportaient toujours. Ils étaient victorieux quoi qu'il arrive, en toute situation : même si l'un d'eux tirait à l'arc sans viser précisément, la flèche atteignait sa cible. C'est semblable à ce que l'on trouve lorsqu'on tira contre le roi d'Israël et qu'on le toucha miraculeusement ; seulement, là-bas, il s'agissait d'un pur miracle dans la trajectoire, tandis qu'ici, lorsqu'ils tiraient des flèches, même un coup porté sans intention particulière était mortel - et chacun de leurs tirs atteignait les rois ennemis.

Le Malbim explique quant à lui que « la'ador » désigne une tactique militaire consistant à disposer les troupes par bataillons et par corps d'armée séparés (comme des troupeaux, « adarim »), face à l'ennemi. Une tactique militaire est une méthode pour ordonner la bataille en avançant par groupes distincts. Or, lorsqu'ils sont ainsi divisés en plusieurs corps de troupe, il arrive souvent que les cœurs soient également divisés : l'un appartient à tel corps, l'autre à tel autre, et des rivalités naissent entre eux. C'est à ce sujet que le verset précise : bien qu'ils aient adopté une tactique militaire les divisant en groupes distincts, ils agissaient néanmoins « sans duplicité de cœur » : leurs cœurs étaient pleinement unis les uns avec les autres face à l'ennemi, et il ne faut pas craindre que cette division tactique n'ait suscité une division des cœurs entre eux.

Les autres tribus
וּמִנַּפְתָּלִי שָׂרִים אָלֶף וְעִמָּהֶם בְּצִנָּה וַחֲנִית שְׁלֹשִׁים וְשִׁבְעָה אָלֶף׃ וּמִן־הַדָּנִי עֹרְכֵי מִלְחָמָה עֶשְׂרִים־וּשְׁמוֹנָה אֶלֶף וְשֵׁשׁ מֵאוֹת׃ וּמֵאָשֵׁר יוֹצְאֵי צָבָא לַעֲרֹךְ מִלְחָמָה אַרְבָּעִים אָלֶף׃ - De Nephtali vinrent mille chefs, et avec eux trente-sept mille hommes armés du grand bouclier et de la lance. Et des Danites, vingt-huit mille six cents hommes rangés pour la bataille. Et d'Acher, quarante mille hommes de troupe prêts pour le combat.

De Nephtali vinrent mille officiers et notables, et avec eux trente-sept mille hommes « armés du grand bouclier et de la lance » : le bouclier (tsinah) protège le corps, et la lance ('hanit) est l'arme d'attaque employée - peut-être une sorte de javelot ou de pique. De la tribu de Dan vinrent également des combattants aguerris, ainsi que d'Acher, des hommes aptes au service de l'armée.

וּמֵעֵבֶר לַיַּרְדֵּן מִן־הָראוּבֵנִי וְהַגָּדִי וַחֲצִי שֵׁבֶט מְנַשֶּׁה בְּכֹל כְּלֵי צְבָא מִלְחָמָה מֵאָה וְעֶשְׂרִים אָלֶף׃ - Et de l'autre côté du Jourdain, des Rubénites, des Gadites et de la demi-tribu de Ménaché, avec toutes les armes de combat pour l'armée, cent vingt mille.

Auparavant, le texte mentionnait la part de Ménaché établie à l'intérieur du pays, et il énumère ici ceux d'outre-Jourdain - Réouven, Gad et la demi-tribu de Ménaché - venus eux aussi munis de toutes sortes d'équipements militaires, au nombre de cent vingt mille, tous pour prêter main-forte à David et l'établir roi sur eux.

D'un cœur entier - un seul cœur pour proclamer David roi
כָּל־אֵלֶּה אַנְשֵׁי מִלְחָמָה עֹדְרֵי מַעֲרָכָה בְּלֵבָב שָׁלֵם בָּאוּ חֶבְרוֹנָה לְהַמְלִיךְ אֶת־דָּוִיד עַל־כָּל־יִשְׂרָאֵל וְגַם כָּל־שֵׁרִית יִשְׂרָאֵל לֵב אֶחָד לְהַמְלִיךְ אֶת־דָּוִיד׃ - Tous ceux-là, hommes de guerre, capables de se ranger en bataille, vinrent d'un cœur entier à 'Hévron pour proclamer David roi sur tout Israël ; et tout le reste d'Israël était également d'un seul cœur pour établir David roi.

« Rangés en bataille » (odré ma'arakha) : comme nous l'avons expliqué à propos de « sans duplicité », cela signifie qu'ils savaient ordonner parfaitement les lignes de combat. « D'un cœur entier, ils vinrent à 'Hévron » : ils ne venaient pas pour faire semblant ou simplement faire bonne impression, mais avec une sincérité absolue pour s'unir à lui, accepter sa souveraineté et proclamer David roi sur tout Israël. Et que signifie « et tout le reste d'Israël était d'un seul cœur » ? Le commentaire attribué à Rachi explique : même ceux qui ne s'étaient pas déplacés jusqu'à 'Hévron étaient de tout cœur avec David. Pourquoi le mot chérit est-il écrit sans aleph, au lieu de chéérit (« reste ») ? Pour faire allusion au fait qu'il n'y avait pour ainsi dire pas de « reste » : presque personne n'était demeuré en arrière, car tous étaient accourus dans la joie à 'Hévron ; et la petite minorité restée sur place avait elle aussi le cœur pleinement acquis à David. Le Radak, quant à lui, explique que « chérit » est simplement une forme où le aleph s'est élidé. Il ne faut pas s'en étonner, car le texte biblique en offre d'autres exemples, comme dans « qu'Hachem t'accorde ta requête (chélatékha) » au lieu de « chéélatékha », ainsi que d'autres occurrences où la lettre aleph est omise dans l'orthographe.

וַיִּהְיוּ־שָׁם עִם־דָּוִיד יָמִים שְׁלוֹשָׁה אֹכְלִים וְשׁוֹתִים כִּי־הֵכִינוּ לָהֶם אֲחֵיהֶם׃ - Ils demeurèrent là avec David pendant trois jours, mangeant et buvant, car leurs frères leur avaient préparé des vivres.

Le commentaire attribué à Rachi remarque : ne soyez pas surpris de voir qu'ils purent manger et boire ainsi durant trois jours - où avait-on pu trouver de quoi nourrir et désaltérer une armée aussi immense ? Il s'agissait après tout de centaines de milliers d'hommes rassemblés, qu'il fallait sustenter. C'est pourquoi le verset précise : « car leurs frères leur avaient préparé des vivres » - les habitants de 'Hévron, leurs frères, avaient préparé les approvisionnements à l'avance, comme l'explique le Metsoudat David.

וְגַם הַקְּרוֹבִים־אֲלֵיהֶם עַד יִשָּׂשכָר וּזְבֻלוּן וְנַפְתָּלִי מְבִיאִים לֶחֶם בַּחֲמוֹרִים וּבַגְּמַלִּים וּבַפְּרָדִים וּבַבָּקָר מַאֲכָל קֶמַח דְּבֵלִים וְצִמּוּקִים וְיַיִן־וְשֶׁמֶן וּבָקָר וְצֹאן לָרֹב כִּי שִׂמְחָה בְיִשְׂרָאֵל׃ - Et même leurs proches voisins, jusqu'à Issakhar, Zéboulon et Nephtali, apportaient du pain sur des ânes, des chameaux, des mulets et des bœufs, des mets de farine, des gâteaux de figues sèches, des raisins secs, du vin, de l'huile, du gros et du menu bétail en abondance, car il y avait de la joie en Israël.

« Et même leurs proches voisins » : ceux qui habitaient dans le voisinage de 'Hévron. La charge du ravitaillement ne reposait pas uniquement sur les habitants de la ville, mais aussi sur les contrées avoisinantes. « Jusqu'à Issakhar, Zéboulon et Nephtali » : même les tribus les plus lointaines, dont le territoire se trouvait à l'extrémité du pays d'Israël, se déplacèrent et apportèrent des vivres. Elles acheminaient du pain à dos d'ânes, de chameaux, de mulets et sur des bœufs - sur toutes sortes de bêtes de somme, afin de nourrir tous ceux qui étaient venus célébrer cet événement avec David durant ces trois jours. « Des mets de farine » : des préparations culinaires à base de farine ; « des gâteaux de figues sèches » (dévélim) : des figues séchées pressées en blocs compacts ; « des raisins secs » : au sens littéral ; « du vin, de l'huile, du gros et du menu bétail en abondance ». Et pourquoi toute cette abondance ? « Car il y avait de la joie en Israël » : une joie immense régnait alors au sein du peuple, heureux de mériter d'introniser un roi sage et guidé par le succès ; c'est pourquoi tous s'empressèrent d'acheminer ces provisions pour offrir un banquet mémorable dans l'allégresse.

En conclusion :

Ce chapitre nous conduit à travers les deux extrémités d'un même processus. À son commencement, des individus et de petits groupes - les fils de Binyamin proches de Shaoul, les vaillants guerriers de Gad aux visages semblables à des faces de lion, Amassaï et ses compagnons - se dévouent corps et âme et quittent le camp de Shaoul pour rejoindre David alors pourchassé dans les forteresses et à Tsiqlag, au point que David lui-même prie pour qu'il lui soit révélé s'ils viennent dans des intentions de paix. À son terme, toutes les tribus affluent à Hévron en foules immenses, « comme un camp de D.ieu », chacune avec sa vertu propre : les fils d'Issakhar, doués de discernement pour la conduite des temps, les fils de Zvouloun « d'un cœur sans partage », et tout le reste d'Israël d'un seul cœur. Tous sont venus d'un cœur parfait pour faire régner David, et le peuple apporte de tout le pays du pain, des vivres, du vin et de l'huile - « car la joie régnait en Israël ».