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Chapitre 53 - Le keter formé par la Torah et les mitsvot

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Dans la partie précédente, nous avons appris que la révélation de la Chekhina réside dans le Saint des Saints de chaque monde, et que de nos jours elle repose sur le Juif qui s'occupe de Torah. Nous abordons maintenant une autre question : pourquoi la lumière éclaire-t-elle précisément par le canal de la sefira de malkhout, et quelle est la qualité particulière de l'étude de la halakha ?

Nous parlons ici de l'étude de la Torah, et il nous faut comprendre pourquoi la lumière éclaire ici-bas précisément par malkhout, qui est le niveau de l'action et de la parole. La raison en est que la chose doit descendre jusqu'à un véritable revêtement : « Chekhina » vient de vechakhanti betokham, « Je résiderai en eux », c'est-à-dire que la chose habite dans l'être inférieur. Si la lumière ne descendait pas dans malkhout, elle ne pourrait être saisie par aucune réalité inférieure. Il en va ainsi dans chaque monde : si la lumière ne descendait pas se revêtir dans la malkhout de ce monde, ses créatures, qui en sont le produit, ne seraient pas créées. Et ce qui éclaire dans la malkhout d'un monde, c'est son Saint des Saints, le niveau de 'HaBaD (sagesse, compréhension, connaissance), sauf que ce 'HaBaD éclaire par l'intermédiaire de la sefira de malkhout.

Dans ce monde matériel, l'homme agit par des actes matériels et par une parole matérielle, c'est-à-dire par ce qui constitue l'expression de malkhout et de l'action, car c'est de malkhout que furent créées toutes les réalités concrètes. Et lorsqu'un Juif étudie la Torah, la lumière qui éclaire ici est plus élevée que tous les mondes ; simplement, elle se revêt, descend et se déploie par toute la hishtalshelout, à travers tous les mondes, jusqu'à la malkhout du monde de l'action.

Par conséquent, toute étude de la Torah produit cet effet, même lorsqu'on étudie la transcription d'un maamar ou un sujet abstrait et profond de Kabbale. Et pourtant, il y a une qualité particulière lorsque l'étude porte sur des sujets de halakha ; c'est pourquoi l'expression employée est : « les quatre coudées de la halakha ». La raison en sera expliquée dans la suite des propos de l'Alter Rebbe.

Lorsque l'Alter Rebbe donne des exemples de mitsvot qui dépendent de la parole, il en énumère quatre : l'étude de la Torah, le birkat hamazon, la lecture du Chema et la prière. Or, à première vue, la prière est très souvent comptée comme une mitsva derabbanan, instituée par nos Sages, et non comme une mitsva de la Torah. Et même dans le Tanya lui-même : dans Igueret haTechouva (que nous étudierons plus loin avec l'aide de D.ieu), là où il est question des réparations que l'homme doit accomplir pour avoir négligé des mitsvot, la prière est citée comme exemple de mitsva positive d'ordre rabbinique. Ici, en revanche, l'Alter Rebbe la cite comme exemple de mitsva de la Torah.

En vérité, la prière comporte les deux dimensions à la fois, et la distinction porte sur la partie de la prière dont on parle :

  • Le texte de la prière, le fait que nous récitions chaque jour la prière telle qu'elle figure dans le siddour, selon une formulation fixe et à des heures fixes : cela est d'ordre rabbinique.

  • L'essence même de la prière, le fait qu'un Juif se tourne vers le Saint béni soit-Il lorsqu'il a un besoin, lorsqu'il ressent un manque ou rencontre une difficulté, et qu'il ouvre la bouche, fût-ce avec ses propres mots, pour dire : « Maître du monde, aide-moi dans ceci et cela », par cela il accomplit une mitsva positive de la Torah, comme il est dit : ouleovdo bekhol levavkhem, « Le servir de tout votre cœur », et le service du cœur, c'est la prière.

Il ressort que l'obligation de prier est d'ordre biblique, tandis que la formulation, la fixation des moments de la journée et la mise en cadre de la chose sont d'ordre rabbinique. C'est pourquoi on met parfois en avant l'un de ces aspects de la prière, et parfois l'autre.

Avant d'aborder la supériorité de la halakha, arrêtons-nous sur la supériorité des mitsvot en général, y compris par rapport à la Torah. Où se révèle la volonté que le Saint béni soit-Il a envers nous ? La Torah, certes, nous explique quelle est cette volonté, mais l'expression de la volonté se trouve dans l'accomplissement même de la mitsva : la réalisation concrète est l'expression de la volonté divine. Or la volonté, comme on le sait dans l'ordre de la hishtalshelout des sefirot, est plus élevée même que la 'hokhma : lorsqu'on dessine l'ordre des sefirot, la volonté est le niveau de keter, la couronne placée au-dessus de tout, et « rien ne résiste devant la volonté ». La Torah est le niveau de 'hokhma, et la volonté lui est supérieure.

Et dans le texte du Tanya : « ותרי"ג מצוות התורה עם שבע מצות דרבנן בגימטריא כתר », « les 613 mitsvot de la Torah avec les sept mitsvot derabbanan ont la valeur numérique de keter » : les 613 mitsvot de la Torah ajoutées aux sept mitsvot instituées par les Sages font six cent vingt, valeur du mot keter, la couronne qui exprime la volonté située au-dessus de tout l'ordre des sefirot. Ainsi, l'expression du keter, c'est-à-dire de la volonté divine, se trouve dans les 613 mitsvot de la Torah et les sept mitsvot derabbanan, « שהוא רצון העליון ברוך הוא המלובש בחכמתו יתברך », « qui est la volonté suprême, bénie soit-elle, revêtue dans Sa sagesse » : la volonté divine se revêt et se révèle dans Sa sagesse, qui est la Torah.

À partir de là, il faut comprendre ceci : la Torah est l'explication de la volonté ; mais quelle partie de la Torah traite de la volonté elle-même, de ce que le Créateur veut concrètement ? C'est la halakha, dans la Torah orale. La halakha est la partie de la Torah qui se rattache de la manière la plus proche à la volonté. C'est pourquoi il est dit : « Quiconque s'assied et étudie la Torah, la Chekhina est avec lui », car chaque partie de la Torah est l'expression de la sagesse du Créateur, et la 'hokhma est le Saint des Saints de chaque monde, où rayonne la Chekhina. Mais cela vaut d'une manière toute particulière dans les quatre coudées de la halakha, où se trouve l'expression la plus directe de la volonté suprême.

On pourrait objecter : la Torah écrite comporte elle aussi des injonctions absolues, comme l'interdiction de l'idolâtrie. En réalité, pourtant, il n'existe pas dans la Torah écrite une seule mitsva dont on puisse savoir, à partir du verset lui-même, comment l'accomplir. Les tefilines, par exemple : où les poser, que nouer et comment nouer, de quelle couleur ? Rien de cela n'est écrit. De même pour les tsitsit, de même pour la mezouza : oukhtavtam al mezouzot beitekha, « tu les écriras sur les montants de ta maison ». Faut-il écrire sur le montant lui-même, à l'entrée, ou sur un parchemin ? Et comment l'écrire, et comment la fixer ? Il n'existe aucune mitsva dont l'ensemble des détails se trouve dans la Torah écrite, sans l'étude de la Torah orale et de sa partie halakhique.

La mitsva de la chemita est la seule au sujet de laquelle la Torah écrite entre dans plus de détails que pour toutes les autres ; c'est pourquoi il est dit à son propos « au mont Sinaï », pour indiquer que ses règles générales et ses détails y furent énoncés (bien que nous ayons appris que tout a été dit au mont Sinaï). Et malgré cela, même pour la chemita, la halakha pratique, la manière d'accomplir les choses dans tous leurs détails, ne peut être connue sans la Torah orale.

Il ressort que la finalité de l'étude de la Torah est la halakha, car c'est elle qui indique à l'homme ce qu'il doit faire et qui le rapproche de l'action concrète. Et par conséquent, lorsqu'un homme étudie les halakhot, il se relie à la volonté divine.

L'Alter Rebbe poursuit et explique : « המיוחדות באור אין סוף ברוך הוא בתכלית היחוד », « unies à la lumière de l'Infini, béni soit-Il, dans une unité parfaite », c'est-à-dire que la sagesse divine et la volonté divine sont unies à la lumière de l'Ein Sof dans une unité parfaite. Une question se cache ici, à laquelle il répond dans la ligne suivante. Nous avons en effet dit tout du long que la Chekhina réside dans la sagesse du Créateur ; or, dans la Torah elle-même, la Torah écrite est appelée 'hokhma, tandis que la Torah orale est appelée, dans la Kabbale, malkhout et « terre », selon le langage de Pata'h Eliyahou : « Malkhout, c'est la bouche ; nous l'appelons Torah orale. » Mais la halakha se trouve dans la Torah orale, niveau de malkhout : comment dire alors que c'est précisément là que réside la Chekhina ?

À cela il répond aussitôt : « וה' בחכמה יסד ארץ », « et D.ieu, par la sagesse, a fondé la terre ». La « terre », c'est malkhout, c'est la Torah orale, et ce qui y éclaire, c'est la 'hokhma. « היא תורה שבעל פה דנפקא מחכמה עילאה, כמו שכתוב בזהר דאבא יסד ברתא », « c'est la Torah orale, qui procède de la sagesse supérieure, comme il est écrit dans le Zohar : le père a fondé la fille ». Abba, le père, désigne la 'hokhma, et berata, en araméen, signifie la fille, c'est-à-dire malkhout. Tel est l'ordre des sefirot :

  • 'Hokhma est appelée abba, le père.

  • Bina est appelée imma, la mère.

  • Les six sefirot sont appelées le fils.

  • Malkhout est appelée la fille.

[De là aussi la raison pour laquelle la mitsva de « croissez et multipliez » est accomplie dans sa plénitude lorsque sont nés un garçon et une fille : il y a alors la plénitude de tout le Nom Havayé, père et mère, qui sont 'hokhma et bina, fils et fille, qui sont les six sefirot et malkhout.]

Et puisque « abba a fondé berata », c'est-à-dire que malkhout se révèle à partir de la 'hokhma, il ressort que dans la Torah orale se révèle la 'hokhma elle-même.

De là découle la conclusion et le résumé de tout le sujet : aujourd'hui encore, alors que le Temple n'est pas encore reconstruit et que la Chekhina ne se révèle ni ne réside dans le Saint des Saints, le Saint des Saints se trouve chez chacun d'entre nous : que l'homme s'asseye et étudie la Torah de D.ieu, et tout particulièrement la halakha, et par cela il se reliera à la Chekhina, qui reposera sur lui. Car en étudiant la halakha, il étudie les mitsvot qui sont la volonté divine, et cela fait venir la révélation de la Chekhina ici-bas. Ainsi, bien que le Temple ne soit pas encore reconstruit, le Saint des Saints est accessible à chacun.

Cela se fait évidemment par un revêtement très bas : dans le premier Temple, la chose se revêtait dans le monde de Beria ; dans le second Temple, elle descendait jusqu'à la 'hokhma du monde de Assia ; et ici, elle descend jusqu'à la malkhout de Assia, qui est le revêtement le plus bas de tous. Et pourtant, la lumière qui éclaire ici est une lumière qui se situe au-dessus de tous les mondes.

*

Complétons quelques points sur ce que nous avons lu : les 613 mitsvot de la Torah et les sept mitsvot derabbanan. D'abord, quelles sont ces sept mitsvot derabbanan ? Les institutions de nos Sages sont nombreuses, bien plus de sept, mais seules sept portent le nom de « sept mitsvot derabbanan » : celles sur lesquelles les Sages ont institué une bénédiction. [Les jeûnes n'en font donc pas partie, puisqu'on ne récite pas de bénédiction sur eux.] Les voici :

  1. La netilat yadayim, le lavage des mains.

  2. Les erouvin.

  3. Les bénédictions.

  4. Les lumières de Chabbat.

  5. La lecture de la Meguila.

  6. L'allumage des lumières de 'Hanouka.

  7. La récitation du Hallel.

Le livre Meguilé Amoukot donne un moyen mnémotechnique pour les retenir, par les initiales de l'expression « נוע בשמחה » (« bouge avec joie ») : noun pour netilat yadayim ; ayin pour erouvin ; beit pour berakhot ; chin pour ner chel Chabbat ; mem pour Meguila ; 'het pour 'Hanouka ; hé pour Hallel.

Voici ici un point très intéressant : où trouve-t-on l'allusion au fait que les sept mitsvot derabbanan font partie intégrante, indissociable, de l'ensemble des mitsvot ? Nous voyons en effet des institutions établies au fil des générations : la netilat yadayim et les erouvin furent institués par le roi Salomon, et jusqu'à lui ces mitsvot n'existaient pas. Comment dire alors que ce que le roi Salomon a institué est une partie indissociable des mitsvot de la Torah que Moché Rabbénou a descendues du mont Sinaï ?

Le fondement de tout ce que nous avons dit, c'est que tout rayonne dans les dix commandements, qui sont la Torah dans sa globalité. C'est pourquoi les dix commandements contiennent l'ensemble des 613 mitsvot, ainsi que les sept mitsvot derabbanan. Et l'allusion est très frappante : les dix commandements comptent six cent vingt lettres, et chaque lettre renvoie à une mitsva précise. Ce n'est pas un nombre quelconque.

Les sept dernières lettres des dix commandements sont les deux mots « אשר לרעך » (« qui est à ton prochain ») : acher, trois lettres, et lereekha, quatre lettres, soit sept en tout, et ce sont elles qui font allusion aux sept mitsvot derabbanan. La raison en est simple : les 613 lettres sont celles du Saint béni soit-Il, et les sept dernières, « acher lereekha », Il les a laissées aux sages de chaque génération pour qu'ils y ajoutent ce qu'ils dévoileraient au fil du temps ; et malgré cela, Il les a fait entrer comme partie indissociable des dix commandements.

Les six cent vingt lettres des dix commandements sont donc le niveau de keter, selon la valeur numérique du mot keter : la couronne divine, la volonté divine. Et telle est la révélation de la Torah dans sa globalité : toute la Torah se trouve dans les dix commandements, chaque lettre fait allusion à un contenu et chaque commandement fait allusion à un contenu, et la Torah globale contenue dans les dix commandements inclut la Chekhina.

Dans le Temple, les dix commandements étaient gravés sur la pierre ; de nos jours, ils doivent être gravés sur le cœur, sur la parole, sur les mains et sur les pieds, dans l'action, afin que nous accomplissions concrètement les six cent vingt lettres. Et lorsque nous accomplirons les 613 mitsvot de la Torah et les sept mitsvot derabbanan, nous aurons un keter parfait, la couronne divine, et c'est cela la révélation de la Chekhina ici-bas.

En résumé : dans cette partie, nous avons appris pourquoi la lumière éclaire dans ce monde précisément par la sefira de malkhout : « Chekhina » vient de vechakhanti betokham, et un revêtement dans l'être inférieur exige une descente jusqu'à malkhout ; et pourtant, la lumière qui éclaire ici-bas dans l'étude de la Torah est plus élevée que tous les mondes. Nous nous sommes arrêtés sur les deux aspects de la mitsva de la prière, biblique et rabbinique ; sur la supériorité des mitsvot, qui sont le niveau de keter, puisque les 613 mitsvot avec les sept mitsvot derabbanan ont la guematria de keter, la volonté suprême revêtue dans Sa sagesse ; et de là, sur la supériorité des quatre coudées de la halakha, où se trouve l'expression directe de la volonté, et sur le fait qu'il n'y a pas de halakha pratique sans la Torah orale. Nous avons appris comment la Chekhina réside dans la halakha, qui est pourtant du niveau de malkhout, puisque « D.ieu, par la sagesse, a fondé la terre » et que « abba a fondé berata », et comment le Saint des Saints se trouve aujourd'hui chez chacun, dans l'étude de la Torah. Enfin, nous avons énuméré les sept mitsvot derabbanan et l'allusion qui leur est faite dans les sept dernières lettres des dix commandements, « acher lereekha », qui comptent en tout six cent vingt lettres, comme la valeur de keter.

Ainsi s'achève l'explication du sujet commencé au chapitre 51 ; dans la prochaine partie, nous poursuivrons notre étude du Tanya.