Dans les parties précédentes, nous avons dégagé les trois étapes. Toute la division qui nous occupe maintenant appartient à l'étape 3 : c'est là qu'existe une division à la fois quantitative et qualitative, et c'est là que l'occultation est la plus grande. Revenons au texte lui-même.
"להחיות העולמות והברואים שבהם, שהעולמות העליונים מקבלים כל אחד כפי כחו ותכונתו את בחינת ותכונת ההמשכה הפרטית אשר אין סוף ברוך הוא ממשיך ומאיר לו" : « pour faire vivre les mondes et les créatures qui s'y trouvent, les mondes supérieurs recevant chacun selon sa force et sa nature le niveau et le caractère de l'influx particulier que le Ein Sof, béni soit-Il, fait descendre et rayonner vers lui. » Autrement dit : chaque créature, et de même chaque organe, reçoit la vitalité divine selon sa propre nature. Le « Ein Sof, béni soit-Il » dont il est question ici désigne l'étape 2, ce niveau appelé Chekhina, qui fait descendre la vitalité vers chaque créature et la transmet jusqu'à l'étape 3.
"והתחתונים אפילו הרוחניים אינם מקבלים מבחינת גילוי כל כך, רק בלבושים רבים אשר אין סוף ברוך הוא מלביש בהם החיות והאור אשר ממשיך ומאיר להם להחיותם" : « et les mondes inférieurs, même ceux qui sont spirituels, ne reçoivent pas d'un niveau de révélation aussi grand, mais seulement au travers de nombreux vêtements dont le Ein Sof, béni soit-Il, revêt la vitalité et la lumière qu'Il fait descendre et rayonner vers eux pour les faire vivre. » Il y a donc des mondes supérieurs, qui reçoivent une vitalité plus grande, et des mondes inférieurs. Et à l'intérieur même des mondes inférieurs il existe des degrés : plus spirituels ou plus matériels, exactement comme nous voyons dans ce monde matériel une distinction entre des créatures plus élevées et des créatures plus basses.
Toute la fonction du vêtement est de couvrir. D'un côté il cache, de l'autre il révèle tout de même un peu : au vêtement, on devine si l'homme est riche ou pauvre, grand ou petit, mais on ne peut pas y lire les qualités intérieures de son âme. Le vêtement cache bien plus qu'il ne révèle.
Dans les mondes supérieurs, il n'y a aucun vêtement, et ce qui distingue un monde d'un autre n'est que le « selon sa force et sa nature ». Dans les mondes inférieurs, il y a déjà du vêtement, et dans les vêtements eux-mêmes il y a des degrés : il y a le vêtement fin et transparent, qui ne cache presque rien, et le vêtement épais, qui cache beaucoup, jusqu'au sac dans lequel on enferme un homme et que l'on ferme : on ne sait plus s'il contient des pommes de terre ou une personne. Voilà un vêtement qui cache totalement.
Il en va de même pour les mondes : le Saint béni soit-Il a fait descendre et a caché, ajoutant couverture sur couverture et vêtement sur vêtement, "וכל כך עצמו וגברו הלבושים אשר אין סוף ברוך הוא מלביש ומסתיר בהם האור והחיות, עד אשר ברא בהם עולם הזה החומרי והגשמי ממש" : « et les vêtements dont le Ein Sof, béni soit-Il, revêt et dissimule la lumière et la vitalité se sont tellement renforcés et multipliés, qu'Il a créé par eux ce monde-ci, matériel et proprement physique. » Et dans ce monde lui-même il y a des degrés : le parlant (medaber), l'animal ('haï) et le végétal (tsomea'h), et « proprement physique » désigne le minéral, le domem.
[Il vaut la peine de noter que le domem possède une très grande qualité, précisément en raison de ce qui semble être son manque : il se maintient des milliers d'années. Il connaît certes lui aussi des changements, puisque le Rambam écrit que toute chose dans le monde se forme et se décompose. Mais ici, nous nous intéressons justement au manque qui caractérise le domem.]
Quel est ce manque ? Que la couverture y est totale. Et pourtant le domem vit, il y a en lui de l'énergie. La preuve : dans l'animal, s'il n'y avait pas d'énergie, il serait mort ; dans le végétal, s'il n'y avait pas d'énergie, il ne pousserait pas ; et dans le domem, s'il n'y avait pas d'énergie, il n'existerait tout simplement pas. Le seul fait qu'il existe prouve qu'il y a en lui une vitalité qui le fait être à chaque instant.
"ומהווהו ומחיהו בחיות ואור אשר ממשיך ומאיר לו, אור המלובש ומכוסה ומוסתר בתוך הלבושים הרבים והעצומים המעלימים ומסתירים האור והחיות, עד אשר אין נראה ונגלה שום אור וחיות, רק דברים חומריים וגשמיים ונראים מתים" : « et Il le fait être et le fait vivre par la vitalité et la lumière qu'Il fait descendre et rayonner vers lui, une lumière revêtue, couverte et dissimulée dans ces vêtements nombreux et puissants qui occultent et cachent la lumière et la vitalité, au point qu'aucune lumière ni vitalité n'est visible ni révélée, mais seulement des choses matérielles et physiques, qui paraissent mortes. » Dans les parties plus élevées du monde, on voit quelque chose : la croissance, le mouvement, la logique. Dans le minéral matériel, on ne voit rien du tout : il est parfaitement statique et paraît mort.
De là, chaque homme est appelé à clarifier la chose avec lui-même et avec sa nefech habahamis (l'âme animale) : le monde matériel existe-t-il de lui-même, ou bien y a-t-il une vitalité divine qui le fait vivre à chaque instant, de sorte que si cette vitalité cessait il redeviendrait néant et vide ? La vérité, c'est ce qu'écrit l'Alter Rebbe : "אך בתוכם יש אור וחיות המהווה אותם מאין ליש תמיד, שלא יחזרו להיות אין ואפס כשהיו" : « mais à l'intérieur d'eux il y a une lumière et une vitalité qui les font être continuellement du néant à l'être, afin qu'ils ne redeviennent pas le néant et le vide qu'ils étaient. » Le domem n'existe que parce qu'il y a, maintenant, une vitalité qui le fait être et le maintient.
Dans le Chaar haYi'houd vehaEmouna, la partie suivante du livre, dont nous nous approchons, il est rapporté au nom du Ari HaKadoch que même dans les pierres il y a une âme qui les fait vivre. Beaucoup de ceux qui rencontrent cette expression pour la première fois haussent un sourcil : où y aurait-il une âme dans le domem, lui qui paraît mort ? Il paraît effectivement mort, mais à l'intérieur de lui il y a une vitalité.
[Il est évident que le domem possède des propriétés perceptibles de façon concrète, et des différenciations sans fin : des minéraux divers, des pierres précieuses et des perles, du sable, et ainsi de suite. Chaque pierre a son sens et sa vertu propres, comme les pierres du pectoral du Cohen Gadol, dont chacune porte un sens et une énergie différents. Mais ici, il est question de l'étape qui précède tout cela : avant même que « la pierre crie du mur », dans l'existence même du domem, là aussi il y a une vitalité qui le fait être.]
"ואור זה נמשך מאין סוף ברוך הוא, רק שנתלבש בלבושים רבים" : « et cette lumière descend du Ein Sof, béni soit-Il, sauf qu'elle s'est revêtue de nombreux vêtements. » Ici encore, « Ein Sof, béni soit-Il » désigne l'étape 2, car de l'étape 1 nous avons dit qu'elle est tellement au-delà qu'on ne peut rien lui attribuer, pas même d'en dire qu'elle est la source de quoi que ce soit. Et parce que cette lumière s'est revêtue de tant de vêtements, on ne voit dans le domem ni son énergie ni le moindre mouvement, et pourtant une vitalité divine s'y trouve bel et bien.
"וכמו שכתוב בעץ חיים" : à la fin du chapitre, l'Alter Rebbe apporte une citation qui enseigne que même dans le plus bas des êtres se trouve une vitalité dont la source est dans le plus élevé, selon les mots de Rabbi 'Haïm Vital dans le Ets 'Haïm : "שאור וחיות כדור הארץ החומרי הנראה לעיני בשר הוא ממלכות דמלכות דעשייה, ובתוכה מלכות דיצירה וכו', עד שבתוך כולם עשר ספירות דאצילות המיוחדות במאצילן אין סוף ברוך הוא" : « que la lumière et la vitalité du globe terrestre matériel, celui que voient les yeux de chair, proviennent de malkhout de malkhout de Assiyah, et à l'intérieur d'elle malkhout de Yetsirah, etc., jusqu'à ce qu'à l'intérieur de toutes se trouvent les dix sefirot d'Atsilout, unies à Celui qui les émane, le Ein Sof béni soit-Il. »
Il faut être précis sur l'expression « celui que voient les yeux de chair » : la vitalité elle-même, nous ne la voyons pas. Même dans le végétal, nous ne voyons pas la vitalité mais seulement son résultat : parce qu'il pousse, nous comprenons qu'il y a en lui une vitalité. Et ici il s'agit de la chose la plus basse de toutes, où nos yeux ne perçoivent que la matérialité.
Pour comprendre cela, il faut rappeler l'ordre des mondes : il y a quatre mondes, Atsilout, Beriah, Yetsirah et Assiyah. Dans chaque monde il y a dix sefirot, et chaque sefira est elle-même composée de dix : dans 'Hessed lui-même il y a le 'Hessed de 'Hessed, la Guevoura de 'Hessed, et ainsi de suite.
Selon cela, le monde le plus bas est le monde de Assiyah, et la sefira la plus basse en lui est malkhout ; et puisque la sefira de malkhout est elle aussi composée de tout, « malkhout de malkhout de Assiyah » est le niveau divin le plus contracté qui soit : c'est notre monde. Le monde physique et matériel ne reçoit sa vitalité qu'après tsimtsoum sur tsimtsoum (contraction après contraction), à partir de ce qui rayonne dans malkhout de malkhout de Assiyah.
Seulement, tout est inclus dans tout : à l'intérieur de malkhout de Assiyah est incluse malkhout de Yetsirah, et à l'intérieur d'elle malkhout de Beriah, et à l'intérieur d'elle malkhout d'Atsilout, dans laquelle sont incluses les dix sefirot d'Atsilout unies à Celui qui les émane, cette source supérieure que nous avons appelée l'étape 2. Il se trouve donc que même dans la pierre inanimée se tient, en son intériorité, la vitalité la plus élevée de toutes.
Une image tirée du corps humain : même dans l'ongle et dans le cheveu il y a une vitalité qui vient du cerveau, même si elle est sans commune mesure avec la vitalité du cœur ou de l'œil. Avant d'atteindre l'ongle, cette vitalité a parcouru un très long chemin.
Il en va de même dans l'ordre que l'Alter Rebbe a rappelé au chapitre 2 à propos de la naissance de l'enfant : chez le fœtus dans le ventre de sa mère, les premiers organes se forment dès les premières semaines, tandis que les ongles et les cheveux viennent au bout du chemin. Et ce qui est la fin du chemin du point de vue du temps l'est aussi du point de vue du niveau, car l'énergie descend et descend encore jusqu'à se former et se matérialiser dans une chose aussi basse que des ongles. Et pourtant, tout vient de la même racine, de cette goutte même dont se sont formés le cerveau et le cœur.
Il en va de même dans le nimchal : même le plus bas des mondes inférieurs a sa source dans ce même point premier d'où s'est contracté et formé le monde des anges et des séraphins ; simplement, il est descendu par tant d'étapes qu'il est arrivé tout en bas.
Au terme de cette chaîne se tient l'homme : nous sommes les derniers de la chaîne, et par là même les premiers, car la fin de l'action est dans la pensée au commencement. L'homme a été créé en dernier dans l'ordre de la Création, le sixième jour, et la Guemara enseigne que c'est précisément ainsi que la décision a été remise entre ses mains : s'il faute, on lui dit : tu es le dernier, même le moustique t'a précédé ; et s'il accomplit ce qui lui incombe, on lui dit : te voilà comme un roi, qui n'entre dans le palais qu'une fois que tout est prêt. Il n'entre pas en dernier parce qu'il est le dernier, mais parce que tout a été préparé pour lui. Le choix est entre ses mains et dépend de sa conduite : entrer en dernier comme le moustique, ou en dernier comme le roi.
En résumé : dans cette partie, nous avons étudié l'étape 3 du schéma, la division quantitative et qualitative entre les créatures, chacune recevant selon sa force et sa nature. Nous nous sommes arrêtés sur la question des vêtements : dans les mondes supérieurs il n'y a pas de vêtements, tandis que dans les mondes inférieurs ils se multiplient et se renforcent jusqu'à ce qu'aucune lumière ni vitalité ne soit visible, mais seulement des choses matérielles qui paraissent mortes, le domem en tête. Et malgré cela, il y a à l'intérieur d'elles une lumière et une vitalité qui les font être continuellement du néant à l'être. Nous avons vu dans les mots du Ets 'Haïm qu'à l'intérieur de malkhout de malkhout de Assiyah sont inclus tous les degrés, jusqu'aux dix sefirot d'Atsilout unies à Celui qui les émane ; et de même que l'ongle reçoit une vitalité venue du cerveau, ainsi, dans le plus bas des êtres inférieurs, se trouve la source du plus élevé.
Dans la partie suivante, nous traiterons de l'étape 2, le niveau de la Chekhina, qui n'a pas été développé ici, et qui est pourtant la finalité de toute cette affaire.