Dans la partie précédente, nous nous sommes arrêtés sur la description du service des anges dans la bénédiction « Yotser or ». Jusqu'aux mots « ve-omrim be-yir'ah » (et ils disent avec crainte), l'Alter Rebbe n'avait pas encore précisé ce que disent exactement les anges : ils ouvrent la bouche avec sainteté, avec pureté, avec chant et avec mélodie. Et voici qu'on arrive enfin à l'essentiel : ce qu'ils disent concrètement. Et ils disent : « Kadoch, kadoch, kadoch » (Saint, saint, saint).
En voyant cette expression, que l'ange dit « kadoch », on pourrait comprendre à tort que les anges sont en train de raconter et de définir en quoi consiste la grandeur du Créateur : qu'Il est saint, etc.
(Et de toute façon, le Créateur n'a nul besoin qu'on le Lui dise sans cesse ; c'est Lui qui a créé les anges et leur a donné la capacité de le dire, et tout cela pour que nous, nous méditions sur toute cette grandeur et en tirions la conclusion qui s'impose : bien qu'il existe des anges si nombreux et si élevés, le Créateur du monde n'en est nullement impressionné, et Il dit pour ainsi dire : tout cela, Je n'en ai pas besoin. De qui ai-Je besoin ? De ce Juif-là, qui affronte ses penchants et les surmonte. Voilà la conclusion de toute cette affaire.)
Et de fait, ailleurs, le qualificatif « kadoch » décrit bel et bien un contenu précis. Le prophète raconte l'histoire de la Chounamite : Élisée le prophète passait chez elle, et elle dit à son mari : voici qu'un grand homme passe chez nous de temps à autre, et c'est un homme saint qui passe constamment chez nous, faisons-lui donc une petite chambre à l'étage, etc. La voilà qui décrit l'homme et dit qu'il est saint.
La Guemara cite ce verset et demande aussitôt : d'où savait-elle qu'il était saint ? Autrement dit, en quoi sa sainteté se manifestait-elle, puisque par le mot « kadoch » elle décrit quelque chose de précis. Et la Guemara rapporte deux avis : selon le premier, elle a vu qu'aucune mouche ne volait au-dessus de la nourriture qu'il mangeait ; elle constate que chez lui les choses sont différentes de chez tout autre homme, les mouches ne s'approchent même pas de lui. Et la Guemara apporte encore un autre exemple.
On voit donc que parfois, dire « kadoch » d'un homme décrit quelque chose, et qu'on peut demander : en quoi sa sainteté se manifeste-t-elle ? Selon cela, nous aurions pu penser qu'ici aussi, lorsque les anges disent « kadoch, kadoch », ils donnent une description précise, et qu'il faudrait s'arrêter et leur demander : que voulez-vous dire en affirmant qu'Il est saint ? En quoi cette sainteté s'exprime-t-elle ? Commencez donc à décrire et à détailler.
C'est pourquoi l'Alter Rebbe ajoute et précise « כלומר », « c'est-à-dire » : le mot « kadoch » ne vient pas ici décrire ni définir quoi que ce soit ; son sens est que le Saint béni soit-Il « שהוא מובדל ומופרש מהן », « qu'Il est séparé et distinct d'eux », élevé au-dessus d'eux, et qu'ils n'ont de Sa grandeur aucune saisie, aucune compréhension, aucune définition, « ואינו מתלבש בהן בבחינת גילוי », « et qu'Il ne se revêt pas en eux de manière révélée ».
Les anges disent : aussi spirituels et élevés que nous soyons (et les Serafim se tiennent et prononcent cela dans un monde extrêmement élevé, appelé dans la Kabbale et la 'hassidout le monde de Beriah, et c'est à ce niveau que se trouvent ces anges), malgré tout, « kadoch » : Il est au-dessus de toute notre saisie.
Et aussitôt les Serafim poursuivent : « Kadoch, kadoch, kadoch Hachem Tsevakot, melo kol ha'arets kevodo » (Saint, saint, saint est l'Éternel Tsevakot, toute la terre est remplie de Sa gloire). Autrement dit : par rapport à nous, Il est saint et séparé, nous n'avons aucune prise sur Lui, nous n'atteignons rien du tout, nous sommes comme néant ; mais l'information de l'endroit où Il se trouve, cela nous l'avons : « אלא מלא כל הארץ כבודו », « mais toute la terre est remplie de Sa gloire ».
Et qu'est-ce que la « terre » ? La dimension intérieure de la Torah enseigne que « arets » « היא כנסת ישראל למעלה וישראל למטה כנ"ל », « c'est Knesset Israël en haut et Israël en bas, comme mentionné » : la racine des âmes d'Israël s'appelle « Knesset Israël » et s'appelle « arets », et de même le peuple d'Israël ici-bas est appelé « arets ». (Une longue explication de ce sujet se trouve au début du Torah Or de l'Alter Rebbe, dans la parachat Berechit, et ce n'est pas ici le lieu d'en traiter.)
Voilà donc que, dès la première bénédiction, nous voyons à quel point les anges sont grands et à quel point leur bittul (leur effacement total devant D.ieu) est grand, et immédiatement ils déclarent que la gloire du Créateur du monde se trouve précisément chez le peuple d'Israël. Et ce sont les anges les plus élevés, les Serafim, qui le disent.
Juste après, il est question d'anges situés dans des mondes plus bas : les 'Hayot haKodech du monde de Yetsirah, et les Ofanim du monde de Assiyah. Ces anges inférieurs n'ont même pas la capacité de saisir ce que saisissent les Serafim : les Serafim, eux, savent et ressentent au moins à quel point Il est élevé au-dessus d'eux, alors que les Ofanim et les 'Hayot haKodech n'ont même pas cette perception.
Dans les termes du Tanya : « וכן האופנים וחיות הקודש ברעש גדול וכו' ברוך כבוד ה' ממקומו », « et de même les Ofanim et les 'Hayot haKodech, dans un grand fracas, etc. : bénie soit la gloire de l'Éternel depuis Son lieu ». Et la raison : « לפי שאין יודעים ומשיגים מקומו », « parce qu'ils ne connaissent ni ne saisissent Son lieu ». Ils s'élèvent face aux Serafim, louent et disent « Baroukh kevod Hachem mimekomo » : « baroukh » vient d'un terme qui signifie attirer et faire descendre une bénédiction, que la gloire de D.ieu soit attirée ; et d'où ? « Mimekomo », de là où Il se trouve. Ils ne peuvent rien décrire, et ils ne peuvent même pas dire « kadoch ». « Mimekomo » : grammaticalement, c'est une forme à la troisième personne, un lieu qu'ils ne connaissent même pas. Les Serafim peuvent encore dire : le voici là, sauf qu'Il nous dépasse ; les Ofanim et les 'Hayot haKodech ne peuvent même pas dire cela, mais seulement « mimekomo », de là où Il se trouve, sans pouvoir Le saisir le moins du monde, « וכמו שכתוב כי הוא לבדו מרום וקדוש », « et comme il est écrit : car Lui seul est élevé et saint ».
Si seulement nous méditions sur ce que nous disons dans la première bénédiction qui précède le Chema, il y a là un véritable élargissement des mo'hin (de la compréhension) quant à la grandeur de la création du Créateur du monde : quelle immensité dans cette création, combien de mondes il y a, combien d'anges il y a, et eux non plus n'ont aucune saisie de Sa grandeur. Et si des créatures aussi élevées n'ont aucune saisie, nous en apprenons à quel point la chose est sublime.
C'est comparable à un petit enfant qui se tient devant quelque chose et dit : je ne comprends pas ce que je vois ici. Et voici qu'il remarque qu'à côté de lui se tient un adulte, un grand sage à l'allure imposante, et que lui aussi dit : je ne comprends pas ce qui se passe ici. À l'instant où l'enfant voit que ce grand homme dit « je ne comprends pas », la grandeur de la chose s'élève à ses yeux : passe encore que moi j'aie dit ne pas comprendre, je suis un petit enfant, et peut-être que si j'étais plus grand je comprendrais ; mais puisque je vois que ce grand sage, si imposant, dit lui aussi qu'il ne comprend pas, c'est le signe que ce qui se passe ici est immense et extrêmement élevé.
Voilà ce que dit chacun dans la bénédiction « Yotser or » : la grandeur du Créateur du monde est infinie, et même les plus grands des anges, appelés Serafim, déclarent qu'en ce qui les concerne Il est « kadoch, kadoch, kadoch », séparé, et qu'ils n'ont de Lui aucune saisie. Or eux-mêmes sont saints, grands et élevés, car « kadoch » est un qualificatif relatif, et ils sont saints et sublimes par rapport à nous. Et si eux, qui nous sont si supérieurs, disent de Lui « kadoch, kadoch », on comprend par là à quel point Il est infini.
Après tout cela, il faut passer à l'étape suivante, à la deuxième bénédiction. Cette grandeur-là, cet infini-là : qui a-t-Il choisi ? Chacun et chacun du peuple d'Israël. Et qu'a-t-Il choisi ? Les petites actions que nous accomplissons, les petites épreuves que nous traversons ; c'est cela qu'Il désire et c'est cela qu'Il a choisi. À quel point, dès lors, devons-nous apprécier l'immense tsimtsoum (contraction) que le Créateur du monde a pour ainsi dire opéré pour nous : tout cet infini, tout cet espace immense, Il l'a comme mis de côté. Et pour qui ? Quel est Son but ? Le peuple d'Israël.
Dans les termes de l'Alter Rebbe : « ואחר כך », « et ensuite », une fois que nous avons compris le propos de la première bénédiction, combien Il est grand et merveilleux et combien les anges ne Le saisissent pas, vient la « ברכה שניה, אהבת עולם אהבתנו ה' אלקינו », « deuxième bénédiction : d'un amour éternel Tu nous as aimés, Éternel notre D.ieu ».
Et l'Alter Rebbe explique « כלומר », « c'est-à-dire », quel est le sens de ces mots : « שהניח כל צבא מעלה הקדושים », « qu'Il a délaissé toute l'armée céleste des saints ». Il possède une armée formidable d'anges saints, et Il l'a tout entière laissée de côté ; autrement dit, ce n'est pas là le but, et ce n'est pas pour cela qu'Il a fait tout l'ordre du hichtalchelout (l'enchaînement descendant des mondes). « והשרה שכינתו עלינו », « et Il a fait reposer Sa Chekhinah sur nous », Il a fait reposer Sa sainte présence sur le peuple d'Israël, « להיות נקרא אלקינו », « pour être appelé notre D.ieu ». Le Saint béni soit-Il dit pour ainsi dire : Je veux que Mon Nom soit sur vous, que vous disiez : c'est notre D.ieu.
Il est certes le D.ieu de toutes les créatures, mais cette relation personnelle n'est dite que du peuple d'Israël : à l'égard de toutes les créatures, Il est « Roi du monde », selon la formule que l'on prononce dans chaque bénédiction, « Baroukh Ata Hachem Elokeinou Melekh ha'olam ». Il est certes le Roi du monde entier, mais « Elokeinou », notre D.ieu, est une chose en soi, et nous nous y sommes longuement arrêtés dans les leçons précédentes, à la fin du chapitre 46 et au chapitre 47.
Nous y avons étudié la formule que l'on dit chaque jour à l'ouverture de la Amidah : « Baroukh Ata Hachem, notre D.ieu et D.ieu de nos pères, D.ieu d'Avraham, D.ieu de Yits'hak et D.ieu de Yaakov », et nous avons demandé : que signifie « D.ieu d'Avraham », puisqu'Il est le D.ieu de tous, et pourquoi les nommer eux en particulier ? Voici l'explication : Avraham, Yits'hak et Yaakov étaient liés, dans leur conduite quotidienne, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tous les jours de leur vie, à la volonté divine à cent pour cent ; il est donc juste de dire « D.ieu d'Avraham », car Avraham, par ses actes et sa conduite, représentait la Divinité dans chaque détail.
Chacun doit veiller à ce qu'il en soit de même pour lui, qu'Il soit « notre D.ieu » : que par ses actes il représente le Créateur dans chaque détail, en faisant ce qu'il y a à faire. Le Créateur du monde permet à l'homme d'être lié à Lui de cette manière, de sorte que l'on puisse dire « notre D.ieu », et que nous puissions dire de Lui qu'Il est notre D.ieu. Et c'est là l'accent mis ici : « שהניח כל צבא מעלה הקדושים והשרה שכינתו עלינו להיות נקרא אלקינו כמו אלקי אברהם וכו' כנ"ל », « qu'Il a délaissé toute l'armée céleste des saints et a fait reposer Sa Chekhinah sur nous, pour être appelé notre D.ieu, comme D.ieu d'Avraham, etc., comme mentionné plus haut », et par là l'Alter Rebbe renvoie à ce que nous avons étudié au chapitre 47.
Et pourquoi le Saint béni soit-Il a-t-Il délaissé toute l'armée céleste en disant pour ainsi dire que c'est le peuple d'Israël qu'Il veut ? « Ahavta », parce qu'Il nous aime, « והיינו כי אהבה דוחקת הבשר », « et cela parce que l'amour comprime la chair ». Comme nous l'avons longuement rappelé dans la leçon précédente, lorsqu'il existe un très grand amour pour autrui, on est prêt à se serrer soi-même afin de faire une place à son prochain. Selon l'expression bien connue : quand il y a de la place dans le cœur, il y a aussi de la place sur le banc, et dans la maison, et partout, parce que l'amour comprime pour ainsi dire la chair. Ainsi en est-il du Saint béni soit-Il : puisqu'Il nous aime, Il s'est pour ainsi dire contracté et a dit : Je Me contracte pour le peuple d'Israël.
« ולכן נקראת אהבת עולם », « et c'est pourquoi elle est appelée ahavat olam ». Cette expression comporte de nombreuses explications, et en de nombreux endroits elle est expliquée de différentes manières ; ici, l'Alter Rebbe apporte une explication nouvelle des mots « ahavat olam ».
En résumé : dans cette partie, nous avons appris ce que disent les anges dans la première bénédiction qui précède le Chema. Les Serafim disent « kadoch, kadoch, kadoch », non pas comme description et définition de Sa grandeur, mais au sens où Il est séparé, distinct et élevé au-dessus d'eux, et ne se revêt pas en eux de manière révélée. Et aussitôt ils ajoutent « melo kol ha'arets kevodo », « arets » désignant Knesset Israël en haut et Israël en bas. Les 'Hayot haKodech et les Ofanim, dans les mondes de Yetsirah et de Assiyah, disent « baroukh kevod Hachem mimekomo », parce qu'ils ne connaissent ni ne saisissent Son lieu. De tout cela découle un élargissement des mo'hin dans la grandeur du Créateur, et de là on passe à la deuxième bénédiction : « Ahavat olam ahavtanou Hachem Elokeinou », qu'Il a délaissé toute l'armée céleste des saints et a fait reposer Sa Chekhinah sur nous pour être appelé notre D.ieu, parce que l'amour comprime la chair.
Dans la partie suivante, nous étudierons l'explication nouvelle que l'Alter Rebbe apporte aux mots « ahavat olam ».