Nous nous étions arrêtés au folio 60b, trois lignes avant la fin. L'Alter Rebbe vient expliquer la formule que le Juif prononce au moment d'accomplir une mitsva: « achèr kidechanou bemitsvotav », « qui nous a sanctifiés par Ses commandements ». Que signifie exactement que le Saint béni soit-Il nous sanctifie par les mitsvot? Il en propose deux explications: la première convient aux mitsvot assé (les commandements positifs), la seconde aux mitsvot lo taassé (les interdits).
Premier sens: kiddouchin au sens d'union. Dans les mots de l'Alter Rebbe: וזהו שכתוב אשר קדשנו במצותיו, כאדם המקדש אשה להיות מיוחדת עמו ביחוד גמור (« Et c'est le sens de: qui nous a sanctifiés par Ses commandements, comme un homme qui consacre une femme pour qu'elle soit unie à lui d'une union totale »). De même qu'un homme consacre une femme en lui disant « te voici consacrée à moi », et que le premier but des kiddouchin est qu'elle soit unie à lui d'une union parfaite, comme il est dit d'Adam, et comme il en va de chaque couple qui se marie selon la Torah: כמ״ש ודבק באשתו והיו לבשר אחד (« il s'attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair »). La finalité des kiddouchin, c'est le « vedavak », l'attachement.
Et c'est ce que le Juif dit au Saint béni soit-Il: Toi aussi, Tu nous as consacrés. וכך ממש ויתר על כן לאין קץ הוא יחוד נפש האלקית (« et il en va exactement ainsi, et infiniment plus encore, de l'union de l'âme divine »): l'union qui se réalise dans l'accomplissement des mitsvot dépasse sans aucune mesure l'image des kiddouchin. העוסקת בתורה ומצות ונפש החיונית ולבושיהן הנ״ל באור א״ס ב״ה (« qui s'occupe de Torah et de mitsvot, ainsi que de l'âme vitale et de leurs vêtements mentionnés plus haut, dans la lumière de l'Ein Sof béni soit-Il »). Lorsqu'un Juif étudie la Torah et accomplit les mitsvot, son âme divine s'unit au Créateur; et pas seulement son âme divine, mais aussi sa nefech ha'hiyounit, l'âme vitale qui lui donne sa vitalité, celle par la force de laquelle la main bouge et le pied avance: elle participe elle aussi à la mitsva. Et de même les vêtements de l'âme: pensée, parole et action. Si la mitsva a été accomplie par la parole, c'est sa parole qui est unie; si c'est par l'action, c'est son action, et tout cela s'unit dans la lumière de l'Ein Sof béni soit-Il.
ולכן המשיל שלמה עליו השלום בשיר השירים יחוד זה ליחוד חתן וכלה בדבקה חשקה וחפצה וחיבוק ונישוק (« c'est pourquoi Chelomo, la paix soit sur lui, a comparé dans le Chir haChirim cette union à l'union du fiancé et de la fiancée, dans l'attachement, le désir, l'élan, l'étreinte et le baiser »). Tout le Chir haChirim est formulé comme une image d'homme et de femme, de fiancé et de fiancée, alors qu'en vérité il ne parle que du Saint béni soit-Il et du peuple d'Israël: le roi Chelomo compare l'union du Juif avec son Créateur à celle du 'hatan et de la kalla, union qui se produit à chaque occasion d'étude de la Torah et d'accomplissement d'une mitsva. C'est le lien le plus merveilleux qui soit, et c'est là le sens de « achèr kidechanou »: quand un Juif accomplit une mitsva, le Saint béni soit-Il lui remet pour ainsi dire l'anneau des kiddouchin. C'est aussi l'image étudiée dans la partie précédente: le roi qui prend l'homme souillé jeté dans les ordures, le relève et lui dit: désormais, toi et moi, ensemble.
Deuxième sens: « kedoucha » au sens de séparation. L'Alter Rebbe ouvre une seconde fois par les mêmes mots, וזהו שכתוב אשר קדשנו במצותיו (« et c'est le sens de: qui nous a sanctifiés par Ses commandements »), car le mot « kidechanou » opère encore autre chose, de plus élevé encore. Ici aussi, la leçon se tire des kiddouchin entre un homme et une femme, lorsque le 'hatan dit à la kalla « te voici mekoudéchet li », et ce mot « mekoudéchet » a deux significations:
Unie à moi: comme expliqué ci-dessus, être unie à lui d'une union totale.
Mise à part: jusqu'au moment des kiddouchin elle était « penouya », c'est-à-dire libre pour tout homme au monde, pouvant épouser n'importe quel autre Juif; dès lors qu'elle est consacrée à son mari, elle est séparée du monde entier et ne peut plus être qu'avec lui seul.
Ainsi le Saint béni soit-Il dit-Il au peuple d'Israël: Je vous élève. Dans les mots de l'Alter Rebbe: שהעלנו למעלת קודש העליון ברוך הוא (« qu'Il nous a élevés au niveau de la sainteté suprême, béni soit-Il »). Le Saint béni soit-Il donne la possibilité de s'élever jusqu'au niveau du « kodech haelyon », שהיא קדושתו של הקב״ה בכבודו ובעצמו (« qui est la sainteté du Saint béni soit-Il Lui-même, en Sa gloire et en Son essence »): chaque mitsva qu'un Juif accomplit le fait entrer de chambre en chambre, jusqu'à être uni au Roi en personne.
וקדושה היא לשון הבדלה (« et kedoucha signifie séparation »). L'Alter Rebbe souligne ici le sens supplémentaire du mot kedoucha: être séparé de tout. Non pas seulement des degrés inférieurs, mais de chaque degré sans exception. Dans l'image du roi: même s'il avait fait monter l'homme souillé jusqu'à la cour royale, et même jusqu'au grand salon, et même s'il le fait entrer de chambre en chambre, ce niveau-ci reste séparé de tous ces degrés. Telles sont les mitsvot lo taassé: elles sont plus élevées que tous les degrés auxquels se rattachent les mitsvot assé, et séparées d'eux.
Et l'Alter Rebbe poursuit: מה שהקב״ה הוא מובדל מהעולמות והיא בחינת סובב כל עלמין, מה שאינו יכול להתלבש בהן (« ce par quoi le Saint béni soit-Il est séparé des mondes, et c'est l'aspect de sovev kol almin, qui ne peut se revêtir en eux »). Cette lumière est appelée « sovev kol almin » (qui entoure tous les mondes) précisément parce qu'elle ne peut se revêtir dans les mondes, étant au-dessus d'eux. Comme cela a été mentionné plus haut: les mitsvot assé sont une lumière limitée qui entre dans les limites de l'homme et s'y revêt de manière active, tandis que les mitsvot lo taassé sont une lumière divine séparée. Le Rebbe développe longuement ce point lors de l'hitvaadout du Chabbat Yitro 5751, et y rattache ces deux niveaux aux mitsvot assé et aux mitsvot lo taassé.
כי על ידי יחוד הנפש והתכללותה באור אין סוף ברוך הוא, הרי היא במעלת ומדרגת קדושת אין סוף ברוך הוא ממש (« car par l'union de l'âme et son inclusion dans la lumière de l'Ein Sof béni soit-Il, elle se trouve réellement au niveau et au degré de la sainteté de l'Ein Sof béni soit-Il »): à l'instant où un Juif accomplit une mitsva, il est uni au Roi, et donc il se trouve au niveau du Roi, un avec Lui, מאחר שמתייחדת ומתכללת בו יתברך והיו לאחדים ממש (« puisqu'elle s'unit et s'inclut en Lui, et ils deviennent réellement un »). Comme dans l'image de l'homme et de la femme, « il s'attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair », où chacun des deux est appelé « peleg gouf », une moitié de corps, la plénitude ne se trouvant que dans leur union. Il en va de même dans le nimchal: le Juif devient un avec le Saint béni soit-Il, et au moment de la mitsva la sainteté de l'Ein Sof béni soit-Il se trouve réellement chez lui.
Le fait que l'homme ne le ressente pas, comme cela sera expliqué quelques lignes plus loin, ne change strictement rien, car la réalité ne dépend pas de son ressenti: au moment où il étudie la Torah et accomplit une mitsva, le Roi l'a fait entrer de chambre en chambre, et la Divinité est là, réellement. C'est aussi pour cette raison, comme il est dit plus loin, que lorsqu'un Juif accomplit une mitsva il faut se lever devant lui: car ce n'est pas lui seul qui est là, l'union avec le Roi est avec lui.
וזהו שכתוב (« et c'est ce qui est écrit ») dans le livre de Vayikra: והייתם לי קדושים כי קדוש אני ה', ואבדיל אתכם מן העמים להיות לי (« vous serez saints pour Moi, car Je suis saint, Moi l'Eternel, et Je vous ai séparés des peuples pour que vous soyez à Moi »). Un seul verset contient les deux sens: « vous serez saints pour Moi car Je suis saint », c'est le lien avec Sa sainteté, le sens d'union; « et Je vous ai séparés des peuples pour que vous soyez à Moi », c'est le sens de séparation, le peuple d'Israël étant séparé de tout, non seulement des nations, mais de tous les mondes et de tous les tsimtsoumim (les contractions de la lumière divine).
ואומר ועשיתם את כל מצוותי והייתם קדושים לאלוקיכם, אני ה' אלוקיכם וגו' (« et il est dit: vous accomplirez tous Mes commandements et vous serez saints pour votre D.ieu, Je suis l'Eternel votre D.ieu, etc. »). Qu'ajoute ce verset? C'est le langage d'un mari qui dit à son épouse que tout son être et toutes ses affaires lui appartiennent, qu'elle est devenue une partie de lui-même. Ainsi le Saint béni soit-Il dit-Il au Juif: « vous accomplirez tous Mes commandements et vous serez saints pour votre D.ieu », soyez une partie de Moi. Et l'Alter Rebbe explique: פירוש, כי על ידי קיום המצוות הריני אלוק שלכם (« c'est-à-dire que par l'accomplissement des mitsvot, Je suis votre D.ieu »): le Nom du Créateur repose sur nous.
A cet instant, le Saint béni soit-Il dit de chacun: Je suis son D.ieu, le D.ieu de Yaakov, le D.ieu de David, le D.ieu de Yossef. Je suis son D.ieu, Je repose sur lui, comme il est dit כמו אלקי אברהם אלקי יצחק וכו' (« comme D.ieu d'Avraham, D.ieu de Yits'hak, etc. »). A première vue, Il est pourtant le D.ieu du monde entier: pourquoi est-Il appelé précisément « D.ieu d'Avraham »? C'est qu'Avraham Avinou et Yits'hak étaient en permanence dans le bittoul, l'effacement total devant le Créateur, et qu'il n'y eut pas dans leur vie un seul instant dont on pourrait dire qu'ils n'étaient pas dans la Torah et les mitsvot. Et puisqu'à chaque instant ils étaient dans la Torah et les mitsvot, à chaque instant ils étaient un avec le Créateur et se trouvaient de chambre en chambre; c'est pourquoi le Créateur peut faire reposer Son Nom sur eux de façon permanente.
Et c'est ainsi que l'Alter Rebbe conclut: שנקרא כן מפני שהאבות היו בחינת מרכבה לו יתברך ובטלים ונכללים באורו (« Il est appelé ainsi parce que les Avot étaient l'aspect d'un char pour Lui, effacés et inclus dans Sa lumière »). Les Avot étaient comme un char pour le Créateur, en bittoul et inclus dans Sa lumière. Quelle est la nature du char? Les chevaux sont entièrement soumis au cocher: où qu'il les mène, c'est là qu'ils vont; et ailleurs on explique l'image du véhicule soumis à son conducteur, qui va partout où celui-ci le conduit. Les Avot étaient en bittoul devant le Créateur de manière permanente, au point de n'avoir aucune volonté propre en quoi que ce soit, comme nous l'avons longuement étudié: en rien, dans aucun détail, à aucun moment, dans aucun membre, toujours.
En résumé: dans cette partie, nous avons étudié deux explications de la formule « achèr kidechanou bemitsvotav ». La première, qui correspond aux mitsvot assé: « kidechanou » au sens de kiddouchin, une union totale, « il s'attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair »; et cette union se fait entre l'âme divine et l'âme vitale du Juif avec leurs vêtements (pensée, parole, action) et la lumière de l'Ein Sof béni soit-Il, comme le roi Chelomo l'a imagé dans le Chir haChirim. La seconde, qui correspond aux mitsvot lo taassé: « mekoudéchet » au sens de séparée, séparation d'avec tous les mondes et tous les tsimtsoumim, l'aspect de sovev kol almin qui ne peut se revêtir dans les mondes, et l'élévation du Juif au niveau du kodech haelyon. Les deux explications sont contenues dans les versets « vous serez saints pour Moi car Je suis saint, et Je vous ai séparés des peuples » et « vous accomplirez tous Mes commandements et vous serez saints pour votre D.ieu », d'où « Je suis votre D.ieu », comme il est dit « D.ieu d'Avraham, D.ieu de Yits'hak », eux qui étaient l'aspect du char et en bittoul devant le Créateur de façon permanente.
Dans la partie suivante, nous verrons que l'homme ne ressent pas cette union extraordinaire, et que le fait demeure pourtant entier; ainsi que l'enseignement pratique: se lever devant un Juif au moment où il accomplit une mitsva.